« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Introduction. Pour comprendre la position freudienne sur le déterminisme :
Comme pour la plupart des critiques d'une autre nature, comme par exemple les critiques historiques, les propos de Freud sont d'une importance capitale pour comprendre sa pensée et en restituer l'essentiel, en les replaçant dans leur contexte.
Au sujet des positions de Freud sur le déterminisme, le nombre et le contenu même des citations révélant les options sans équivoque de Freud, a pour objectif de démontrer à quel point il tenait à cette version du déterminisme qu'il défendra avec âpreté jusqu'à la fin de sa vie. (Sur ce point précis, Frank Sulloway, écrit dans « Freud biologiste de l'Esprit », Fayard, p. 87 : « Dans le travail scientifique auquel il consacra toute sa vie, Freud se caractérise par une foi inébranlable dans l'idée que tous les phénomènes de la vie, y compris ceux de la vie psychique, sont déterminés selon des règles inéluctables par le principe de la cause et de l'effet. (...) Qui plus est, que les réponses du patient fussent vérité ou fantasme, elles étaient toujours déterminées psychiquement, comme Freud l'expliquait devant la Société de psychanalyse de Vienne en 1910. »).
Les citations que l'on trouvera dans le présent article s'inscrivent directement dans ce contexte du déterminisme puisqu'elles sont tirées, pour la plupart d'entre elles du chapitre 12 de la « Psychopathologie de la vie quotidienne » (c'est-à-dire le dernier du livre) qui s'intitule : « Déterminisme, croyance au hasard et superstition ». Qui plus est, Freud introduit ce chapitre fondamental par les propos suivants :
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.257 :
« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi : certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique [...] et certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. »
On remarque ici que Freud parle de « certaines » insuffisances et actes, donc, à priori, pas « toutes » les insuffisances et actes. L'on pourrait croire, par conséquent, que le postulat célèbre du déterminisme psychique absolu ne s'appliquerait que dans certains cas concernant la causalité psychique et non dans tous les cas. Autrement dit que l'individu n'est pas, selon Freud, entièrement soumis au principe du déterminisme qu'il propose. Mais après la lecture des diverses citations qui vont suivre, aussi et surtout de l'avis même d'un psychanalyste de renom, en la personne de Pierre-Henri Castel, l'on s'apercevra qu'il n'en est rien, considérant le fait que toute la thérapie psychanalytique ne s'intéresse qu'au psychique qui s'exprimerait par le biais des « associations libres » du patient...
1. Une grille de lecture : la critique du « déterminisme scientifique » de Karl Popper :
1.1. La définition de Karl Popper :
Dans son livre « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », Karl
Popper, démontre, l'impossibilité pour toute forme de déterminisme absolu et
aprioriste (prima faciae), qu'il nomme « déterminisme scientifique », d'avoir
une quelconque valeur explicative, descriptive, et prédictive. Pour Popper,
cette forme de déterminisme, n'est absolument d'aucune utilité pour la science
car elle ne peut avoir strictement aucune valeur explicative. Voici comment
Popper définit le déterminisme aprioriste et absolu dans ce même livre, Pages
25 et 27 : « On peut décrire ce que j'appelle le caractère prima faciae
déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le
Démon de Laplace. (...) Laplace introduit (...) la fiction d'une intelligence
surhumaine, capable de déterminer l'ensemble complet des conditions initiales
du système du monde à un instant donné, quel qu'il soit. A condition de
connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les
équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de
déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les
lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans
chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie.
(...) J'introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la
théorie de Newton, de Maxwell, ou d'Einstein, par opposition à d'autres
théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie
quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition
suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement
si elle permet de déduire, à partir d'une description mathématiquement exacte
de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la
théorie, la description, avec n'importe quel degré fini de précision stipulé,
de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions
mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être
absolument exactes. »
On remarque donc que lorsque Popper parle du caractère « prima faciae
» que peut revêtir le déterminisme qu'il définit (qui est en fait la
version la plus forte du déterminisme, qu'il nomme « scientifique » et
qu'il va totalement invalider), il explique que cet apriorisme dépend
uniquement (« si et seulement si... ») de conditions initiales
mathématiquement exactes, lesquelles permettraient, comme il l'écrit, une «
description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique
fermé décrit dans les termes de la théorie ». Ceci nous semble tout à fait
comparable à ce qu'écrivait Freud à propos du déterminisme psychique, excluant
tout hasard et tout non-sens. Il est donc parfaitement clair que pour
Popper, toute forme de déterminisme qui exclurait le hasard (comme le fait
explicitement Freud), en revendiquant des conditions initiales mathématiquement
exactes (ce qui revient au même), est forcément « prima faciae »,
c'est-à-dire aprioriste.
Si donc il était possible de détenir une théorie permettant la réalisation de tels projets déterministes de prédiction, elle ne pourrait que trouver partout des confirmations de ce qu'elle dit, et jamais des réfutations, puisqu'il lui serait impossible d'échouer aussi faiblement que ce soit dans un quelconque projet de prédiction qu'elle pourrait tenter. Par conséquent, il serait totalement inutile d'avoir recours à la moindre expérience pour tenter de la corroborer puisque elle serait capable de contenir, à elle seule, tout le savoir ultérieur. Si l'on tient compte maintenant de l'affirmation de Freud selon laquelle, tous les individus, qu'ils soient névrosés ou normaux, sont soumis à la règle stricte d'un inconscient psychique lui-même fondé sur un déterminisme qui exclut tout hasard et tout non-sens, alors, effectivement, c'est dans l'histoire passée de chaque individu, que se trouveraient les causes strictes, et absolues, qui ne devraient rien au hasard, de tous ses comportements présents, ainsi que de toute son activité psychique. En paraphrasant Popper, (le présent) et le futur de toute personne serait donc implicite dans chaque instant de son passé. Comme l'affirmait aussi Freud, « le moi n'est pas le maître en sa maison ».
L'un des arguments critiques essentiels de Karl Popper contre le « déterminisme scientifique » réside dans la démonstration magistrale du philosophe que tout projet de prédiction qui voudrait respecter, à la lettre, les injonctions d'un tel déterminisme, devrait se soumettre à ce qu'il nomme, « le principe de responsabilité renforcé ». Selon ce principe, un projet de prédiction qui serait régit par le « déterminisme scientifique », doit pouvoir rendre compte, avant la réalisation de la prédiction, ne n'importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales de la prédiction. Ceci, afin de priver le prédicteur du droit de plaider que si son projet échoue, c'était parce que les conditions initiales « n'étaient pas suffisamment précises ». Mais, remarque Popper, il est impossible de calculer apriori, un degré infinitésimal de précision dans une mesure, sachant qu'il est tout aussi impossible de mettre deux points parfaitement en coïncidence dans le monde empirique. Personne ne peut calculer, apriori, l'infinitésimal.
Dans « La logique de la découverte scientifique », Popper
écrit : « L'on dit souvent que
tout mesure consiste à déterminer des coïncidences de points. Mais toute
détermination de ce type ne peut être exacte que dans certaines limites. Il n'y
a pas de coïncidences de points au sens strict. Deux points physiques, peuvent
au mieux être étroitement rapprochés. Ils ne peuvent coïncider, c'est-à-dire se
fondre en un point. » (« La logique de la découverte
scientifique ». Section 37 : Domaines logiques. Notes sur la théorie
de la mesure. Page
125).
1.2. Le déterminisme et les buts de toute science :
L'un des plus importants aspects critiques, de nature épistémologique, basé sur les thèses de Karl Popper, concerne donc la question fondamentale du déterminisme. En effet, comme l'explique Popper, dans « La logique de la découverte scientifique » la démarche scientifique, vise à la corroboration de lois universelles dont le but est de permettre la prédiction, l'explication, ou la description des phénomènes qu'elle se donne comme objets d'étude. Tout cela dans le but d'édifier des classifications sans lesquelles le monde resterait inconnaissable puisqu'en permettant de discriminer les objets et les phénomènes ainsi que les lois qui les régissent, les classifications scientifiques permettent aussi de les reconnaître et donc aussi de les connaître.
2. Différentes versions du déterminisme et leur utilité respective pour la découverte scientifique :
En conséquence, la science vise donc à l'édification de lois précises, ou causales (donc déterministes) ou de lois fréquentistes (Popper explique que ces deux types de recherche ne sont nullement incompatibles. Voir Popper, in « La logique de la découverte scientifique », chapitre 9, section 78, « métaphysique indéterministe »). Il en résulte que toute doctrine, tout corpus théorique prétendant à la scientificité (comme la psychanalyse) se doit de se positionner clairement par rapport à la question du déterminisme, dans la présentation de ses engagements ontologiques (ce que les scientifiques considèrent comme réel, et donc ce sur quoi doit porter l'effort de recherche).
Il faut donc rappeler que, d'un point de vue général l'idée philosophique du déterminisme affirme qu'il n'y a pas de phénomène sans cause, ou que tout effet à une cause, c'est-à-dire que tout effet est « régit » par une loi causale plus ou moins précise, conception qui s'oppose aux lois probabilistes de la mécanique quantique.
2.1. Déterminisme aprioriste (prima faciae) et déterminisme après-coup (post faciae) :
Ensuite, on peut distinguer deux catégories :
Un déterminisme aprioriste (prima faciae ou avant tout test ou tout recours à l'expérience) et un déterminisme après-coup (post faciae ou après tout test ou recours à l'expérience). En quoi consistent-ils ? Que peuvent-ils signifier, concrètement, pour un usage scientifique (ou non) ? Que « disent-ils » ? Nous considérons que le déterminisme prima faciae dit ceci : « cet objet qui se présente directement sous nos yeux, est déterminé par telle(s) cause(s) ». On affirme donc une connaissance apriori de l'objet. Mais, en reprenant la célèbre formule de Kant (« nous ne connaissons apriori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes »), nous nous rendons compte que les tests sont nécessaires, ainsi que le démontra Karl Popper, critique de l'apriorisme kantien. Ceci nous amène logiquement à définir le déterminisme post faciae (après-coup) qui nous dit donc ceci : « après les tests que nous venons d'effectuer, nous constatons que cet objet est déterminé par telle(s) loi(s) universelle(s) corroborée(s), que nous supposions, prima faciae, mais que nous venons de mettre à l'épreuve ».
2.1.2. Déterminisme prima faciae absolu :
Une fois ces deux distinctions effectuées entre déterminisme prima faciae et déterminisme post faciae, l'on peut encore identifier deux autres distinctions pour chacune des précédentes. On aurait, d'une part, un déterminisme prima faciae absolu, et le même déterminisme dans une version relative, et, d'autre part, un déterminisme post-faciae absolu, et ce même déterminisme dans sa version relative.
Commençons par le déterminisme prima faciae et absolu (celui de Freud en est l'exemple type). Il signifierait ceci : « notre connaissance apriori de l'objet est absolue et exclut toute forme de hasard. Par conséquent elle exclut, apriori tout risque d'être contredite par les faits, y compris ceux du hasard. Nous n'avons donc pas besoin de tests ultérieurs pour augmenter notre connaissance laquelle sera donc toujours confirmée par les faits ». D'où peut-être, la célèbre réponse de Freud à Saul Rosenzweig : « la profusion d'observations fiables sur lesquelles reposent ces assertions psychanalytiques les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale ». (Lettre de Freud à Rosenzweig). On trouve un autre exemple illustratif chez Henri Atlan. Il écrit dans son livre « La science est-elle inhumaine » : « Dès que l'on peut prédire un événement futur par une loi, cet événement existe en quelque sorte déjà dans la connaissance qu'on en a et le futur d'apportera rien de plus ». Cette forme de déterminisme est la plus radicale, elle correspond à ce que Popper nomme « déterminisme scientifique » dans son livre « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », et, comme il le démontre, elle n'est absolument d'aucune utilité pour la science, puisqu'elle ne peut donner lieu à la réussite d'aucun projet de prédiction, d'explication ou de description qui soit falsifiable. Il nous paraît indiscutable que la psychanalyse toute entière s'inscrit indissociablement dans cette forme de déterminisme, selon les propres termes de Freud, et qu'elle n'est donc qu'un apriorisme.
2.1.3. Déterminisme prima faciae relatif :
Le déterminisme prima faciae et relatif, pourrait signifier ceci : « cet objet qui se présente devant nos yeux et que nous nommons, est sans doute déterminé par telle(s) loi(s) causale(s). Des tests seront nécessaires à notre verdict ». Cette forme de déterminisme est indispensable pour la science, parce qu'aucune recherche ne peut démarrer sans la formulation d'hypothèses. Aucune hypothèse ne peut naître sans tentative de description sélective apriori. Et aucune description sélective n'est possible sans la possession apriori de termes et d'énoncés universels au sens strict, donc d'un savoir acquis déjà corroboré par des tests précédents, ou alors orientée par une conjecture purement métaphysique (d'où la notion de préscience de Karl Popper). Sans l'usage de cette forme de déterminisme, aucune recherche scientifique ne peut débuter. C'est ce que Karl Popper n'a eu de cesse de démontrer dans toute son œuvre épistémologique. Personne ne peut reprocher à Freud d'avoir formulé des conjectures, y compris des conjectures métaphysiques. Ce n'est pas Popper, en tout cas qui lui en aurait fait le reproche, mais plutôt les positivistes du Cercle de Vienne, dont le projet avéré était d'éliminer complètement et dès le départ, tout énoncé métaphysique de la Science. Dans son livre « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance », Popper, qui fut « l'opposition officielle » aux thèses du Cercle de Vienne (sans jamais être adepte du positivisme logique, mais au contraire, s'accusant, dans « La Quête inachevée » d'avoir « tué le positivisme »), est bien entendu d'accord sur le fait que les énoncés métaphysiques doivent progressivement être éliminés de la Science, puisque son critère de démarcation est justement un critère, comme il le précise, entre science et métaphysique, et qu'il considère que les énoncés infalsifiables sont métaphysiques (comme les tautologies ou les énoncés existentiels au sens strict). Mais il démontre que la plupart des sciences prétendument « exactes » comme la Physique, ont toutes débuté à partir de conjectures métaphysiques, qui, grâce au rationalisme critique, ont pu être reformulées en hypothèses falsifiables puis se prêtant à des tests empiriques, indépendants, et intersubjectifs. Le reproche que l'on doit faire à Freud est donc d'avoir pris une position sur le déterminisme qui fut totalement métaphysique, pour une position capable d'avoir des conséquences empiriques, et aussi, une valeur scientifique.
2.1.4. Déterminisme post faciae absolu :
Le déterminisme post faciae et absolu pourrait signifier ce qui suit : « Les recherches que nous venons d'effectuer démontrent que nous venons d'achever notre quête de la vérité certaine sur la connaissance de cet objet. Nous sommes donc sûrs et certains des lois qui déterminent le comportement de cet objet, lesquelles excluent toute forme de hasard donc d'imprécision possible dans la mesure ». Nous citerons encore une fois Henri Atlan pour illustrer cette version du déterminisme post faciae et absolu : « (...), en ce sens, la biologie semble achever cette conquête du déterminisme absolu et, par conséquent, éliminer complètement la réalité de notre expérience de libre choix efficiente ». Cette forme de déterminisme est logiquement impossible à atteindre, contrairement à ce que croit Henri Atlan. Parce que les théories scientifiques sont obligatoirement des énoncés universels au sens strict, donc des énoncés toujours potentiellement réfutables, donc incertains et imparfaitement déterminés. Popper, en distinguant formellement la Vérité certaine, et la Vérité relative, identifiant cette dernière à la corroboration, ou aux degrés de corroboration des théories scientifiques (donc à leurs degrés de falsifiabilité) a bien montré que les scientifiques avaient toujours besoin d'une idée métaphysique de la Vérité certaine, car ce qui pousse les hommes à toujours imaginer de nouveaux tests, c'est justement cette insatisfaction permanente, logique et naturelle, en face de l'imperfection et la faillibilité logique de tous les résultats authentiquement scientifiques. Mais les théories scientifiques sont « fausses » si on les compare à la Vérité certaine. Les théories scientifiques qui se présentent comme « vraies » par rapport à cette vérité, parce qu'elles seraient soutenues par un déterminisme strict, ne sont pas scientifiques, et n'ont donc aucun pouvoir d'explication sur le monde. Les hommes doivent donc se contenter de la corroboration, qui n'est que le degré d'assujettissement de leurs théories universelles à des tests. Freud n'a jamais échafaudé le moindre test qui respecte strictement toutes les exigences de la logique de la découverte scientifique, même si certains déclarent dernièrement que Freud aurait soi-disant été « plus poppérien que Popper » (Laplanche).
On peut imaginer une deuxième forme de déterminisme post faciae et absolu qui dirait ceci : « comme les lois universelles que nous venons de corroborer lesquelles donnent une explication et une description sur les déterminants de cet objet, ne peuvent être logiquement certaines, et comme nous recherchons des explications et des descriptions toujours meilleures, parce toujours plus précises et s'accordant mieux avec les faits, la vérité certaine ne peut être qu'un guide, une inaccessible étoile ». Une citation de Karl Popper l'illustre parfaitement : « La science ne poursuit jamais l'objectif illusoire de rendre ses réponses définitives ou même probables. Elle s'achemine plutôt vers le but infini encore qu'accessible de toujours découvrir des problèmes nouveaux, plus profonds et plus généraux, et de soumettre ses réponses, toujours provisoires, à des tests toujours renouvelés et toujours affinés ». Ce déterminisme post faciae et absolu est indispensable pour la découverte scientifique. L'exemple des mutations génétiques en est la preuve. En effet, certaines théories constitutives de vaccins, et qui semblent bien établies (corroborées), peuvent toujours être réfutées par des mutations génétiques lesquelles nécessiteraient leur reformulation.
2.1.5. Déterminisme post faciae relatif :
Cette dernière forme de déterminisme que nous identifions pourrait dire ceci
: « les tests que nous venons d'effectuer nous renseignent sur les déterminants
de notre objet de recherche. Mais comme tous les tests sont relatifs et ne
peuvent être absolus, et comme toute loi universelle est logiquement réfutable,
il nous faudra de nouveaux tests pour nous approcher, au mieux, de la vérité
certaine sans jamais pouvoir l'atteindre ». En somme ce déterminisme
représente, ni plus ni moins que les résultats fournis par les tests
scientifiques. Concrètement, il représente donc l'ensemble des occurrences
logiquement interdites par une théorie, ou, pour reprendre la terminologie de
Popper, l'ensemble des énoncés de base ou « falsificateurs virtuels » de la théorie. Bien sûr,
l'œuvre de Popper illustre bien cette forme de déterminisme. Cette ultime
version du déterminisme est indispensable pour la science, parce que la science
doit produire des résultats,
c'est-à-dire qu'elle doit aussi réussir à corroborer des théories. Ces
résultats sont avant tout, et in fine, des classifications,
lesquelles dépendent des lois universelles corroborées à l'issue de tests.
Puisque les classifications qui permettent de discriminer les objets et les
phénomènes dépendent de lois universelles, elles ne peuvent être que relatives
et non définitives ou absolues. Freud n'a jamais corroboré la moindre
classification scientifique des phénomènes qu'il a étudiés. Si son déterminisme
lui permet justement d'appréhender apriori, les « associations
libres », c'est donc que ces associations ne peuvent être classifiées. Il
est donc permis d'en tirer logiquement tout ce que l'on veut.
3. Analyse plus détaillée du déterminisme freudien et de ses conséquences sur la psychanalyse :
Or, pendant toute sa carrière, Freud a revendiqué le statut de science à sa psychanalyse en postulant un « déterminisme psychique absolu », excluant tout hasard et « valable sans exception », mais aussi, aprioriste (ce problème de l'apriorisme est le trait distinctif crucial du déterminisme freudien, comme l'on remarqué des philosophes tels Timpanaro, ou Jacques Bouveresse. Voir, Freud, in « Psychopathologie de la vie quotidienne » , chapitre 12 : « Déterminisme, croyance au hasard et superstition » ; in « Cinq leçons sur la psychanalyse », la troisième leçon ; in « Introduction à la psychanalyse »).
3.1. Un déterminisme « absolu », et « valable sans exception » :
Quelques citations importantes de Freud, au sujet de sa conception du déterminisme, illustrant son caractère absolu, prima faciae (aprioriste) et excluant tout hasard (et aussi tout non-sens psychique) :
Freud, dans « De la psychanalyse » (1910), Œuvres complètes, Paris, P.U.F., 1993, X, p.36 (Cité par Jacques Van Rillaer, in « Le livre noir de la psychanalyse », page 417) :
« Deux obstacles s'opposent la reconnaissance des cheminements de pensée psychanalytique : premièrement, ne pas avoir l'habitude de compter avec le déterminisme, rigoureux et valable sans exception, de la vie animique, et deuxièmement, ne pas connaitre les particularités par lesquelles les processus animiques inconscients se différencient des processus conscients qui nous sont familiers. »
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p. 273 :
« On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leurs convictions intimes de l'existence d'un libre arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. »
3.2. Les nombres et les mots isolés, sont « les meilleurs exemples » du déterminisme freudien :
Vient ensuite la fameuse position de Freud vis-à-vis des nombres et des mots isolés. Comme on le constatera, ces éléments se révèlent dans la position freudienne, comme tout à fait centraux et déterminants. En effet, l'interprétation sur les nombres et les mots isolés était considérée par Freud comme exempte de l'accusation selon laquelle il pourrait suggérer les réponses à ses patients dans le sens de ses théories. Trois citations fondamentales :
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, page 265 :
« Je veux insister sur les analyses de « cas de nombres «, car je ne connais pas d'autres observations qui fassent apparaître avec autant d'évidence l'existence de processus intellectuels très compliqués, complètement extérieurs à la conscience ; et, d'autre part, ces cas fournissent les meilleurs exemples d'analyses dans lesquelles la collaboration si souvent incriminée du médecin (suggestion) peut être exclue avec une certitude à peu près absolue. »
L'importance des nombres isolés, comme preuve de la « puissance combinatoire » de l'inconscient fut également soutenue par Jacques Lacan :
« C'est à celui qui n'a pas approfondi la nature du langage que l'expérience d'association sur les nombres pourra démontrer d'emblée ce qu'il est essentiel ici de saisir, à savoir la puissance combinatoire qui en agence les équivoques, et pour y reconnaître le ressort propre à l'inconscient. En effet, si des nombres obtenus par coupure dans la suite des chiffres du nombre choisi, de leur mariage par toutes les opérations de l'arithmétique, voire de la division répétée du nombre originel par l'un des nombres scissipares, les nombres résultants s'avèrent symbolisant entre tous dans l'histoire propre du sujet, c'est qu'ils étaient déjà latents au choix où ils ont pris leur départ ». (In : J. Lacan, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 269.).
Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.269 :
« Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions. »
On note que dans la précédente citation, Freud ne précise, à priori, aucune classification des nombres ou des mots (même si, dans le reste du livre, il s'attache à étudier l'oubli des noms propres de manière séparée, il en conclut, dans le chapitre 12, à l'extension d'un déterminisme psychique absolu à tous les mots), sachant que l'expression les nombres, implique logiquement tous les nombres (quel que soit le nombre de chiffres pouvant les composer), et que l'expression n'importe quel mot, implique aussi tous les mots, quel que soit leur sens, leur composition en syllabes, et le nombre de lettres. C'est ainsi que dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne », Freud prend l'exemple du mot « taganrog » (ibid, page 269). Ce mot, de prime abord absurde et dénué de sens, appartient au genre de mot qui intéresse Freud au premier chef, puisqu'il permet de justifier l'emploi de l'interprétation pour en dégager le sens psychique inconscient lequel devient logiquement signifiant jusque dans l'agencement même des syllabes les unes par rapport aux autres, si l'on tient compte de l'affirmation de Freud selon laquelle tout hasard et tout non-sens doivent être exclus dans la détermination d'un tel mot.
De telles affirmations ont, bien malgré Freud, des conséquences absurdes. En effet, si tous les nombres sont bien déterminés sans aucune part possible pour le hasard, alors Freud se doit d'expliquer causalement, (mais aussi de prédire comme le souligne Jacques Bouveresse) des nombres composés de n'importe quel nombre de chiffres, d'une part, et, d'autre part, de se livrer, comme il le fait dans « Psychopathologie de la vie quotidienne «, à l'interprétation de la place de chaque chiffre dans un nombre, les uns par rapport aux autres. Considérant, en outre, que c'est bien une science de l'inconscient que prétendait fonder Freud, on est en droit de demander non seulement des explications de la formulation de tous les nombres, mais aussi des prédictions avec n'importe quel degré de précision stipulé à l'avance dans le calcul des conditions initiales de la prédiction. A l'aide de son déterminisme psychique aprioriste et absolu, Freud doit logiquement pouvoir expliquer et prédire n'importe quel nombre ou mot composé d'autant de membres que l'on voudra, et ce, en excluant toute erreur aussi minime soit-elle.
3.3. Le déterminisme freudien est uniquement « psychique ». Freud
exclut tout « hasard intérieur » :
Dans « Introduction à la psychanalyse » Freud explique les objectifs de la
psychanalyse, en écrivant « qu'elle veut donner à la psychiatrie la base
psychologique qui lui manque ». Mais pour bien préciser la nature
exclusivement psychique du déterminisme, Freud affirme que « pour parvenir à
ce but, elle [la psychanalyse], doit se tenir à distance de toute
présupposition d'ordre anatomique, chimique ou physiologique, ne travailler
qu'en s'appuyant sur des notions purement psychologiques (...). ». (Freud,
ibid, introduction, « les actes manqués », page 11).
Freud, ibid, page 275 - 276 (dans cette citation très importante, on remarquera
comment Freud précise bien que le déterminisme auquel il croit est
exclusivement psychique). On remarquera surtout le fait que Freud exclut le
hasard dans toute causalité psychique. On a donc bien un déterminisme psychique
absolu excluant toute forme possible d'imprécision ou d'erreur de calcul par
l'inconscient. C'est la raison pour laquelle Freud et aussi Lacan estimèrent
que les mots isolés ainsi que les nombres étaient les meilleurs exemples de ce
déterminisme psychique absolu.
« Ce qui me distingue d'un homme superstitieux, c'est donc ceci : je ne crois pas qu'un événement, à la production duquel ma vie psychique n'a pas pris part, soit capable de m'apprendre des choses cachées concernant l'état avenir de la réalité ; mais je crois qu'une manifestation non-intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n'appartient qu'à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). (...) »
3.4. Caractère aprioriste de la position freudienne sur le déterminisme :
Le déterminisme psychique absolu est aussi apriori.
Ce statut est en effet nécessaire pour pouvoir permettre une technique
thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres,
puisque pendant l'analyse, selon Freud le patient doit dire tout ce qui lui
passe par la tête. (Pour Jacques Bouveresse, ibid, p. 107 : « La croyance au déterminisme mental est
évidemment le préalable qui justifie la confiance de Freud dans la méthode dite
de l'association libre »).
Si c'est donc bien l'ensemble des associations verbales, [ou non verbales comme par exemple des dessins ou des œuvres d'art] que la psychanalyse se propose d'interpréter mais aussi d'expliquer à l'aide de ses lois causales strictes, en tant que ces associations seraient appréhendées comme libres, alors il est nécessaire pour la psychanalyse de disposer d'une théorie fondée sur un tel déterminisme permettant d'appréhender, a priori et sans aucun risque d'erreur, (puisqu'elle exclut le hasard), le libre jeu apparemment [comme Freud l'annonce] indéterminé et libre de toutes les associations verbales ou non verbales que peut faire n'importe quel patient. D'après Karl Popper, et aussi Jacques Bouveresse, aucun déterminisme de ce type, ne peut en réalité, permettre à la psychanalyse ou même à tout autre doctrine de réaliser les objectifs qu'elle se donne que ce soit sur le plan théorique, ou thérapeutique. Et comme nous l'avons écrit plus haut dans les commentaires de la définition du déterminisme prima faciae que donne Karl Popper, toute version du déterminisme qui prétendrait pouvoir réussir un projet de description à partir d'un calcul mathématiquement exact de ses conditions initiales, (donc qui exclurait le hasard, comme le fait Freud), ne peut qu'être une version prima faciae et absolue, donc non valide, et complètement inutile pour tout projet scientifique quel qu'il soit.
Le déterminisme freudien, qui éradique dans l'œuf toute créativité humaine et tout libre arbitre, n'est donc ni humaniste, ni scientifique, et ne peut qu'échouer, par nature, avant même d'avoir pu commencer. Il constitue même le postulat le plus délirant de toute la psychanalyse en l'inscrivant, dès le départ, sur un chemin diamétralement opposé à la voie de la Science. Avec une telle foi déterministe, on ne voit pas comment un esprit rationnel pourrait ranger la psychanalyse dans ce que l'on a coutume d'appeler : les « Lumières ». Il s'agit plutôt, comme le souligna Hayek, de « superstitions », ou de « mythologie », ou d'une autre méthode d'inspiration hégélienne de corruption de la Raison. Ou enfin de « magie concrète », comme le dira Timpanaro, édifiée par un gourou mégalomane et manipulateur.
Finalement, c'est sans aucun doute le mot de Schopenhauer au sujet de la philosophie hégélienne, qui conviendra le mieux à la psychanalyse (et particulièrement à celle de Jacques Lacan) : « encore un rêve de dément, issu de la langue et non de la tête ».
Concernant l'apriorisme freudien, Jacques Bouveresse (ibid, page 116), en évoquant Timpanaro, écrit :
« Timpanaro caractérise la psychanalyse comme étant « simultanément une doctrine qui n'a jamais abandonné certains principes matérialistes et une construction métaphysique et même mythologique ». Et il propose une explication marxiste tout à fait classique des raisons pour lesquelles le deuxième aspect l'a emporté de plus en plus sur le premier. Mais il ne considère pas, comme on le fait souvent, que c'est seulement dans la dernière phase de son évolution que Freud abandonné l'exigence de scientificité pour l'apriorisme. »
Il semble donc clair, que pour Timpanaro, Sigmund Freud ait opté assez tôt pour l'apriorisme métaphysique plutôt que pour la «Voie de la Science ».
3.5. Conséquences sur la pratique thérapeutique du déterminisme freudien. Freud exclue tout libre-arbitre :
Freud, dans « Cinq leçons sur la psychanalyse », Paris, petite bibliothèque Payot, 2001, Troisième leçon, page 53 (dans cette citation, le mot arbitraire, est relatif au libre arbitre pour Freud, c'est-à-dire à la possibilité d'un contrôle conscient) :
« Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique. »
Dans cette précédente citation, on remarque, une fois encore, comment Freud exclu de la « vie psychique », toute possibilité d'arbitraire (c'est-à-dire, pour lui, de quelque chose de soumis au contrôle du libre-arbitre, donc de la conscience), et de fortuit, (c'est-à-dire, le hasard). Mais en excluant de façon aussi explicite (et répétée dans son œuvre) le hasard au niveau d'une causalité inconsciente, Freud exclu aussi, logiquement, toute erreur de calcul que puisse faire l'inconscient, dans les déterminations qu'il imposerait à la « vie psychique ». Et ceci implique à son tour, qu'il soit également exclu tout comportement, tout fait, toute imprécision, aussi infinitésimaux soient-ils, dans ce qui pourrait constituer les déterminants de cette « vie psychique ». Ce sont de telles implications logiques, issues en droite ligne du déterminisme prôné par Sigmund Freud, qui en font un déterminisme plus laplacien encore que ne le fut celui de Laplace lui-même. Cette version du déterminisme, est entièrement réfutée par Karl Popper.
3.5.1. Le jugement d'un psychanalyste renommé : Pierre-Henri Castel :
On citera, Pierre-Henri Castel, (chargé de recherches au CNRS (Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques-Université Paris 1-École Normale Supérieure) et au Centre de Recherche Psychotropes, Santé mentale et Société, (CNRS-INSERM-Université Paris 5), psychanalyste, membre de l'Association Lacanienne Internationale), sur le déterminisme freudien :
« (...) La position de Freud, pour être conséquente, doit donc interpréter tous les phénomènes considérés en général comme fortuits, comme des produits du déterminisme psychique. Il n'est plus ici question du rêve ou du mot d'esprit, mais de la liste par définition indéfiniment ouverte des ratages qui attestent l'action d'un refoulement. » [http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG].
Puis ceci :
« (...) Mais quels que soient les aspects étranges que présentent les actes manqués et leurs corrélats, il reste que le déterminisme psychique qu'ils illustrent, s'étendant à tant de manifestations différentes, paraît changer de nature. Il se métamorphose en principe métaphysique. Car pour la science, on l'a dit, il se résume à affirmer que si tel phénomène est donné, alors tel autre suit, selon telle loi. Son expression est donc conditionnelle. En outre, la nécessité de l'enchaînement est manifestement une nécessité pensée, et introduite du dehors dans les phénomènes par le jeu des hypothèses et de leurs confirmations empiriques. Mais que se passe-t-il, quand rien n'échappe, dans le réel même des connexions mentales, aux lois d'un inconscient déterministe? La conditionnalité de l'enchaînement disparaît : tout est déterminé de façon fatale, au sens où la succession des causes et des effets ne peut nulle part être réorientée dans un sens ou dans un autre. Notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l'opinion d'un tournebroche sur sa liberté d'action. Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. »
Castel remarque bien le caractère métaphysique du déterminisme de Freud et ses conséquences rédhibitoires tant pour la théorie que pour la pratique thérapeutique, puisque selon Castel, une telle ambition déterministe, en privant le malade de toute possibilité de choix, le prive aussi de redevenir acteur et maître de sa propre vie après l'analyse.
3.5.2. Le point de vue de Karl Popper sur les possibilités pratiques du « déterminisme scientifique » (absolu et aprioriste) :
En invalidant totalement cette version du déterminisme par la démonstration qu'aucun projet déterministe de ce type de ne pourra jamais rendre compte, avant la prédiction, de n'importe quel de degré de précision dans « les mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales », posant de cette manière les bases du « principe de responsabilité renforcé » (Popper, ibid, page 11), Popper prend l'exemple de la psychanalyse. Il écrit, page 20 :
« Un psychanalyste, au cours de longues années d'étude (...), pourra déterrer des «causes» en tout genre - (...) - enfouies dans l'inconscient de son patient. Ira-t-on pour autant jusqu'à croire que l'analyste, avec toute la science qu'il a des motifs de son patient, serait en mesure de prédire avec précision le temps que celui-ci mettra pour monter les escaliers ? Le psychanalyste affirmera peut-être pouvoir effectuer même cette prédiction, à condition de disposer de suffisamment de données. Mais il sera incapable d'énoncer les données qui seraient suffisantes à cet égard, et d'en rendre compte. Car d'une théorie qui permettrait à l'analyste de calculer le degré de précision requis des données, il n'existe pas même le soupçon. »
Certes, l'intérêt d'une analyse n'est pas de se lancer dans de telles prédictions. Mais il reste que toute tentative thérapeutique est un projet de prédiction puisque l'on prédit que par l'application de certaines techniques thérapeutiques soutenues par la corroboration de certaines théories universelles, le patient guérira de ses névroses, ou alors trouvera un nouveau sens positif à sa vie. Mais comme la psychanalyse postule explicitement le genre de déterminisme insoutenable invalidé par Karl Popper, on serait en droit de lui demander de réaliser des prédictions avec n'importe quel degré de précision stipulé à l'avance sur l'évolution d'une névrose.
Conclusion :
L'invalidation du « déterminisme scientifique » est sans aucun doute la
démonstration la moins contestée de toute l'œuvre de Popper. Comme toute la
psychanalyse, des fondements théoriques, jusque dans la pratique thérapeutique
dépend directement de cette forme de déterminisme intenable prônée par Freud,
il s'en suivrait des conséquences fatales pour toute la doctrine. (Voir,
Jacques Bouveresse, in «Mythologie, philosophie et pseudoscience, Wittgenstein
lecteur de Freud», aux éditions l'Eclat). En effet, dans ce dernier livre,
Bouveresse démontrerait, en s'appuyant (notamment) sur la critique du
déterminisme « scientifique « élaborée par Karl Popper, que les théories
freudiennes supposées détenir une valeur explicative, ne pourraient en réalité
fournir les causes aussi strictes impliquées par l'affirmation d'un
déterminisme psychique absolu et aprioriste (prima faciae), et, encore moins,
donner lieu à de quelconques prédictions sur le psychisme humain, puisque la
capacité revendiquée par Freud de fournir les causes d'un phénomène implique
logiquement celle de pouvoir les prédire, comme nous le rappelle Bouveresse
dans son livre. Bouveresse écrit, page 98 :
« indépendamment des questions que l'on peut se poser à propos de la nature et de l'origine de la causalité, il semble, en effet, qu'un processus qui peut être prédit avec certitude est d'une manière ou d'une autre causalement déterminé et qu'inversement le caractère causalement déterminé d'un processus implique la possibilité de le prévoir, pour un observateur qui aurait une connaissance complète de toutes les circonstances qui concourent à sa production et rendent inévitable son occurrence. »
Puis, page 105 :
« (...)De toute façon, même si l'on était tenté de croire que Freud a effectivement réussi, comme il le suggère, à soumettre à des lois causales rigoureuses, des événements qui sembleraient jusque là inexplicables ou fortuits, on devrait tout de même admettre que la connaissance des causes, que la psychanalyse prétend détenir, est d'une manière générale bien incapable d'autoriser le genre de prédiction qu'exigerait la thèse du déterminisme scientifique, si on la comprend à la façon de Popper. »
Freud, écrit lui-même, à propos de l'oubli des noms propres, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », page 6 :
« Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, ou bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect. Je prétends que ce déplacement n'est pas l'effet de l'arbitraire psychique, mais s'effectue selon des voies préétablies et possibles à prévoir. (...). »
Cependant, et malgré les critiques qui ont été faites à Freud sur son déterminisme, et sa croyance en la numérologie (bien illustrée dans le fait que les nombres isolés sont pour lui « les meilleurs exemples » du déterminisme psychique absolu), on trouve une persistance de telles croyances encore aujourd'hui chez certains psychanalystes. Voir par exemple le projet de ces deux psychanalystes voulant démontrer que « l'inconscient peut calculer la date de naissance », ici [2], en voici également, l'hypothèse centrale :
« (...) pour bien des femmes la date involontairement prévue pour la naissance sera une date non venue du hasard, mais commémorative d'un autre événement du passé et dont la réapparition comme date de naissance de l'enfant prend valeur de répétition ».
On remarquera que, tout au long de ce compte rendu de recherche, il n'est question que de l'inconscient de la mère, celui du père demeurant totalement absent comme cause possible du calcul de la date de naissance...
Enfin, contre le déterminisme absolu de Freud, outre Karl Popper, on peut évoquer Lévi-Strauss et Timpanaro (voir, Jacques Bouveresse, in « Philosophie, mythologie et pseudoscience. Wittgenstein lecteur de Freud », Paris, l'Eclat, 1991, page 121) :
« Comme l'ont souvent fait remarquer les anthropologues (en particulier Lévi-Strauss), la pensée magique ne se caractérise pas par la négation du déterminisme, mais plutôt par l'adhésion à une forme universelle et particulièrement rigoureuse de déterminisme. Elle exclut le hasard et l'accident de façon beaucoup plus définitive et radicale que ne pourrait le faire la croyance scientifique à l'existence de lois naturelles qui déterminent le cours des événements. »
« (...) Timpanaro soutient avec raison que, dans le cas de Freud, les convictions déterministes invoquées, comme il se doit, au niveau de la « science abstraite « n'empêchent pas par elles-mêmes les explications causales détaillées qui sont proposées pour des cas particuliers de relever, somme toute, beaucoup moins de la science proprement dite que de la « magie concrète. »
Publié par vdrpatrice à 17:34:36 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) | Permaliens
« Les psychologies de la profondeur de Nietzche, de
Freud, de Jung, etc. percèrent la mince croûte de la conscience, mais chacune
creusa ensuite son tunnel dans une direction unique, habitée par une seule
espèce de démons. Le concept d'inconscient s'entoura d'un halo mystique, ou
dégagea une odeur de clinique ; ce fut bientôt une boîte de Pandore que
les sceptiques déclarèrent vide, quand d'autres s'en servaient comme d'une
valise d'illusionniste, à double fond et tiroirs secrets. » A. Koestler
(Le cri d'Archimède »), cité par Pierre Debray-Ritzen (« La
psychanalyse cette imposture »).
La psychanalyse, du fait du postulat déterministe spécifique que Freud lui a donné, est dans la situation logique qui consiste à ne pouvoir rechercher et ne trouver que des confirmations et non des corroborations de la théorie. Et Freud et les freudiens, se sont donc placés, du fait même des fondements théoriques absolus qui furent les leurs, dans une position qui ne pouvait être différente du discours dogmatique excommuniant toute critique, du discours obscurantiste et pseudo scientifique, du discours mythique, et des pratiques charlatanesques. Ce sont aussi les raisons pour lesquelles, la défense de telles positions et de telles pratiques, ne pouvait éviter de recourir à la construction de légendes autour d'un «héros isolé» et patriarcal de la théorie, et aussi autour de la théorie elle-même (Cf. Jacques Bénesteau in : «Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire». Mardaga). Enfin le maintien de ces légendes exigea et exige encore le recours à la fabrication, aux mensonges, à la rétention des informations, à la désinformation, puis, au terrorisme intellectuel, lequel n'hésite pas à avoir recours à la diffamation, à l'insulte, la calomnie, la pathologisation, et la diabolisation des adversaires éclairés et érudits (les «Freud Scholars») de la poulpesque mythologie freudienne.
Tous ces mauvais génies sont issus, selon nous, de la même boîte de Pandore : le déterminisme prima faciae et absolu. Ainsi, comme on le voit, tout ce tient. Tout est lié.
Des présupposés théoriques jusqu'aux comportements sociaux des membres de ce qui n'est rien d'autre qu'une secte. [Je cite Jacques Bouveresse, in « Mythologie, philosophie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud « : « (...) Comme l'ont souvent fait remarquer les anthropologues (en particulier Lévi-Strauss), la pensée magique ne se caractérise pas par la négation du déterminisme, mais plutôt par l'adhésion à une forme universelle et particulièrement rigoureuse de déterminisme. Elle exclut le hasard et l'accident de façon beaucoup plus définitive et radicale que ne pourrait le faire la croyance scientifique à l'existence de lois naturelles qui déterminent le cours des événements. Timpanaro soutient avec raison que, dans le cas de Freud, les convictions déterministes invoquées, comme il se doit, au niveau de la « science abstraite « n'empêchent pas par elles-mêmes les explications causales détaillées qui sont proposées pour des cas particuliers de relever, somme toute, beaucoup moins de la science proprement dite que de la « magie concrète «]. Les sectes nécessitent un gourou, lequel nécessite la construction de légendes héroïques autour de sa personne. Un vrai culte de la personnalité. Un gourou nécessite à son tour des dogmes et des charlatans pour les propager. Les dogmes nécessitent l'éradication de la critique et l'exclusion des récalcitrants. Le maintient des dogmes et du gourou nécessitent des rituels (le divan, le « Comité Secret «, la bague offerte par Freud, la « passe «, le paiement en liquide, « gaz hilarant « des freudiens, etc.), le recours à l'obscurantisme (par exemple le rejet explicite et non équivoque de la méthode expérimentale par Freud), aux mensonges, à la désinformation, à la rétention des informations (comme certaines archives de Freud qui furent bloquées, jusqu'en 2113 !) à la diffamation contre les adversaires, (aux attaques ad hominem), et encore au terrorisme intellectuel.
Par ailleurs l'infiltration et le maintient de la psychanalyse et de l'adoration des totems freudiens dans notre société, nécessitent donc aussi une démarche totalitaire.
Je cite Freud : «La psychanalyse est comme le Dieu de l'Ancien Testament, elle ne peut tolérer qu'il y ait d'autres dieux.». Freud : «Ma situation a quelque chose d'effrayant car ce n'est pas une mince affaire que d'avoir toute l'humanité comme patient.» Freud, comme tous les gourous, c'est lui aussi, cru investit d'un destin messianique. Le caractère totalitaire de la psychanalyse s'exprime, bien sûr particulièrement bien dans sa capacité à se démultiplier en diverses variantes. A pouvoir ainsi étendre son discours partout et sur tout. Absolument tout. Il n'est pas un seul domaine touchant aux activités humaines, sur lequel la psychanalyse ne puisse avoir son mot à dire grâce à sa boule de cristal. Elle serait même capable de psychanalyser la logique, l'épistémologie, pour en rejeter la tradition et se fabriquer sa propre épistémologie, en vase clos. En dehors, bien entendu, de tout cadre qui risquerait de la mettre à mal.
La psychanalyse peut analyser le génie. Elle prétend expliquer le génie de Léonard de Vinci par exemple ! Mais si elle a, prétendument un tel pouvoir, parce qu'elle disposerait en plus de ce qu'une vraie science ne dispose pas, à savoir des lois causales explicatives, descriptives et prédictives, strictes et absolues, pourquoi, alors, ne pourrait-elle prédire le génie avec n'importe quel degré de précision ? Et par suite, pourquoi ne pourrait-elle prédire l'évolution des connaissances scientifiques ? Compte tenu de ce qu'elle revendique en théorie, on est parfaitement en droit, de lui demander de telles preuves (qui demeurent logiquement impossible à fournir !). Et ce, bien que les freudiens le contestent. La psychanalyse, si on suit ses ambitions déterministes au pied de la lettre possède donc, intrinsèquement le pouvoir de l'omniscience, puisque si elle prétend retrouver les causes strictes ou absolues d'un mot ou d'un nombre isolé formulé au hasard, jusque dans la combinatoire même des membres qui peuvent composer le mot ou le nombre, elle doit, en tant que science, retrouver les causes tout aussi strictes et absolues qui ont «motivé» Albert Einstein à la formulation d'une association de signes telle que par exemple : E = mc², ou même prédire la formulation par n'importe quel savant de ce genre de formule, sans aucun risque d'erreur.
La psychanalyse, a donc bien, selon son déterminisme absolu, le pouvoir du Démon de Laplace, tout en étant plus laplacienne encore que ne l'était Laplace lui-même s'agissant de cette version du déterminisme qu'il entrevoyait seulement à titre métaphysique.
Puisque la psychanalyse peut dire son mot sur tout, s'adapter à tout, à toutes les époques, à tous les discours, à toutes les critiques, elle n'est plus rien du tout à force de vouloir être tout et n'importe quoi (Borch-Jacobsen). Grâce à ses pouvoirs illimités, la psychanalyse peut présenter une offre thérapeutique qui peut toujours correspondre à la demande (Borch-Jacobsen). C'est la raison, pour laquelle elle recrute toujours autant de patients et d'alliés (Borch-Jacobsen). Mais c'est aussi la raison pour laquelle la psychanalyse n'est qu'une « théorie zéro « (Borch-Jacobsen). Je le cite : (In : « Le livre Noir de la psychanalyse «) : « Voilà le grand secret du succès de la psychanalyse, que la légende freudienne a si longtemps caché : il n'y a jamais eu la « psychanalyse «, seulement une myriade de conversations thérapeutiques aussi diverses que leurs participants. La psychanalyse, c'est très exactement tout et n'importe quoi parce que n'importe quoi. «
Mais, afin de rendre à César ce qui lui appartient, laissons donc, ici, le dernier mot à Jacques Bénesteau. Je le cite, dans «Mensonges freudiens.» : «L'Immuable Ecole du Rien, qui se voulait science du fantasme et science de l'âme, est bien un fantasme, non une science et n'a pas d'âme. Elle avait certes de nombreux élèves, qui ne pouvaient assurer aucune victoire avec du Rien dans le monde vivant. La vérité ne se divise pas, et ne se multiplie pas. La fidélité des soldats à leurs dogmes et à leurs rites ne fait pas leur validité. Les croisés pouvaient aussi se rassembler dans l'adhésion à la doctrine de la résurrection du Christ, mais leur accord démocratique n'augmenta pas significativement les chances de résurrection du Sauveur, empêchée par des lois bien naturelles, auxquelles les combattants de la juste mission, quels que fussent leurs nombres et la force de leur conviction vociférée, ne purent échapper.»
Publié par vdrpatrice à 11:31:19 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (1) | Permaliens
Précision importante :
Le lecteur de cet article, devra, selon nous, invariablement se reporter au livre du Professeur Jacques Bouveresse, intitulé : "Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud (Edition : l'Eclat. Collection : tiré à part. Paris, mars 1991).
En effet, on y retrouve l'essentiel de nos arguments de manière beaucoup plus détaillée et développée.
Par contre, il n'y est fait aucun rapprochement, entre la psychanalyse et l'apriorisme kantien, comme nous avons essayé de le faire.
Les chapitres les plus en rapport avec nos arguments sont : Le chapitre 4 : "les raisons et les causes" ; le chapitre 5 : "la mécanique de l'esprit" (dans ce chapitre la question du déterminisme psychique et ses conséquences épistémologiques y sont particulièrement bien développées) ; le chapitre 6 : "le principe de raison suffisante et le droit au non-sens".
"Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n'est pas parce qu'elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s'appuie ou parce qu'elle crée de toutes pièces la réalité qu'elle prétend décrire. C'est parce qu'elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l'artifice." (Mikkel Borch-Jacobsen. In : "Folies à plusieurs. de l'hystérie à la dépression." Edition: Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002).
"La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l'heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience." (Sigmund FREUD, in : "Psychopathologie de la vie quotidienne." Chapitre 12: "Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue". Édition: Payot. Paris, 1980. Page: 257.)
Le déterminisme à priori (1) et absolu n'est que le masque d'une difficulté logique fondamentale que Freud a su frauduleusement éviter : celle de la régression à l'infini pour la justification du même déterminisme et par conséquent de la théorie de l'inconscient. Pourquoi ?
1°) Parce que le type d'inconscient que revendique Freud, (non vérifiable positivement ET non testable selon la méthode hypothético-déductive développée par Popper), ayant pour "mission" de fonder toute psychanalyse ultérieure, ne peut qu'avoir le statut logique d'une vérité révélée, imposée dogmatiquement (quoique présentée par Freud comme une "hypothèse"), s'il veut pouvoir jouer son rôle dans le "programme de recherche" freudien. Précisons, avant d'aller plus loin, que par l'usage d'expressions comme "programme de recherche", "heuristique négative", "heuristique positive" , "noyau dur", que nous emprunterons au philosophe des sciences Imre Lakatos, nous ne reconnaissons nullement un quelconque passé scientifique à la psychanalyse. Cette terminologie nous est utile parce qu'elle permet de faire correspondre la psychanalyse à l'une de ses plus fameuses prétentions, la scientificité, et parce qu'elle constitue une grille de lecture intuitivement efficace (quoique n'apportant rien de plus, selon nous, à une grille de lecture "poppérienne") pour tenter de mettre à l'épreuve ses propres fondements théoriques.
L'inconscient serait donc bien, "le noyau dur" du programme freudien, et le déterminisme de Freud son "heuristique négative" c'est-à-dire la règle méthodologique fondamentale permettant de détourner de l'inconscient les mises à l'épreuve expérimentales (le "modus tollens"). Quant à "l'heuristique positive" du programme freudien elle serait constituée par des hypothèses auxiliaires "formant un glacis protecteur" autour du noyau (l'inconscient) contre lesquelles devrait être orienté le choc des mises à l'épreuve expérimentales. L'heuristique positive est donc constituée par la théorie des névroses, la théorie des rêves, des pulsions, du refoulement, etc. C'est cette heuristique qui est déterminante pour la réussite du programme si et seulement si les hypothèses qui la constituent résistent, dans le temps, aux mises à l'épreuve expérimentales (extra cliniques, empiriques et indépendantes) en prédisant toujours plus de faits nouveaux et en triomphant à chaque fois des éléments nouveaux et contradictoires, des "anomalies", qui peuvent les réfuter empiriquement. Mais l'insuffisance d'un tel programme n'a pas cessé d'être démontrée au cours de son histoire, puisque même si le programme de recherche de Freud est "unifié" et "présente les grandes lignes du type de théories auxiliaires qu'il va utiliser pour absorber les anomalies, il invente, à tout coup, les véritables théories auxiliaires en réponse aux faits et sans, en même temps en prédire de nouveaux." (Imre Lakatos). C'est, notamment, cette dernière raison qui rend le programme de recherche de Freud et les hypothèses qui le composent, irréfutable , donc sans aucune valeur scientifique et empirique.
(Le lecteur au fait de ces questions épistémologiques et tout particulièrement de l'oeuvre d' Imre Lakatos aura reconnu la terminologie de ce dernier employée ici, a dessein : celui de démontrer que même l'adversaire le plus virulent de Popper en matière d'épistémologie parvient aux mêmes conclusions que lui au sujet de la psychanalyse. Précisons que nous considérons que Lakatos a échoué dans sa tentative d'élimination du critère de démarcation de Popper, et que même si sa terminologie est convaincante et dénote bien intuitivement en quoi peut constituer le progrès des connaissances scientifiques, elle n'apporte aucune connaissance épistémologique réellement novatrice par rapport au système de Popper qu'elle croît pourtant réfuter parce qu'elle donnerait davantage d'explications rationnelles sur le progrès scientifique que ne l'aurait jamais fait Popper. En effet, il faut rappeler que cette notion de "programme de recherche" fut empruntée à Popper, lequel l'utilisa dans son tout premier livre. Ce que Lakatos nomme "heuristique positive", ne peut se passer dans son mouvement d'expériences cruciales, fussent-elles "mineures". C'est-à-dire que les hypothèses scientifiques constituant cette heuristique (mouvement progressif vers la découverte et la corroboration possible de faits inédits) doivent pouvoir être réfutables. Comme on ne peut concevoir qu'une telle heuristique se développerait sans le moindre recours à l'expérience empirique intersubjective, la réfutabilité est donc particulièrement requise pour tout programme de recherche, fut-il "lakatosien" (comme le démontre Elie Zahar, disciple de Lakatos, ce dernier ne peut éviter la réfutabilité dans sa méthodologie des programmes de recherche). Voilà pourquoi, Lakatos, a échoué dans son projet de supplanter l'épistémologie poppérienne en prétendant se passer du fameux critère de démarcation, selon lequel une théorie n'est scientifique que si on peut la soumettre à un test visant à la réfuter. Disons encore, que selon nous, en présentant Popper tantôt comme un "falsificationniste naïf", tantôt comme un "falsificationniste sophistiqué", pour essayer de le supplanter, Lakatos se livre à une véritable désinformation de son oeuvre par l'utilisation d'un amalgame entre la prétendue évolution de la théorie du progrès scientifique de Popper vers plus de sophistication, et la chronologie des explications dans son oeuvre, d'une part, et, d'autre part, entre le fait que Popper ait produit un modèle épistémologique "a-historique" et la volonté de fonder un critère de démarcation objectif alors même qu'il reconnu dès le début que si aucun travail scientifique dans l'histoire ne corroborait son modèle il serait prêt à l'abandonner. Par conséquent, et à l'instar de Paul Fayarebend, nous considérerons que l'oeuvre de Lakatos n'est constituée que "d'ornements verbaux" certes bien pratiques, en l'occurrence, pour mettre en exergue la supercherie freudienne. ) Pour une compréhension plus complète de ces problèmes et de cette terminologie, le lecteur devra se reporter au livre de Lakatos : "Histoire et méthodologie des sciences." P.U.F.
2°) L'on s'aperçoit que ce type d'inconscient, s'il ne peut être mis à l'épreuve empirique d'aucune façon qui satisfasse la véritable méthode scientifique, nécessite pourtant, et c'est le minimum, ne serait-ce qu'une justification théorique qui joue le rôle de fondement de base. Nous sommes là en présence du "masque" d'une difficulté logique du programme freudien : le déterminisme mental prima faciae. "Prima faciae" , puisqu'il n'y a pas d'autre solution pour Freud que d'imposer dogmatiquement son inconscient comme une loi de la Nature qui serait valide à priori (dans un sens kantien), et par suite d'affirmer qu'il détermine tout dans la vie psychique des individus ou qu'il la "prescrit" . En effet, selon l'apriorisme de Kant en matière de théorie de la connaissance dont Freud semble s'être inspiré, "l'entendement ne puise pas ses lois...dans la Nature mais les lui prescrit" (Kant). C'est-à-dire qu'à l'instar de Kant qui croyait que les lois de la Nature étaient valides à priori en observant les sciences de son temps comme la physique Newtonienne, Freud a imaginé que les "Lois" de l'inconscient pouvaient elles aussi être valides à priori (en faisant de lui le "scientifique héroïque", le "Galilée" de son temps en matière de psychologie) puisque, selon Kant "il y a beaucoup de lois de la Nature que nous ne pouvons connaître que grâce à l'expérience, mais la conformité à des lois dans la liaison des phénomènes,...en général, nous ne pouvons la connaître par aucune expérience, parce que l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité . La possibilité de l'expérience en général est donc, en même temps, la loi universelle de la nature et les principes de la première sont les lois mêmes de la seconde" . Ceci pourrait amplement justifier, selon les psychanalystes, les "confirmations" par observation ou expérience directe des phénomènes (grâce à quelques énoncés singuliers portant sur la réalité), de la loi de l'inconscient, selon toute circularité, car comme le souligne Kant ci-dessus "...l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité." Mais, selon Popper, "la déduction transcendantale, la tentative pour prouver qu'il y a des régularités au sens des lois de la nature valides de manière strictement universelle, n'est pas concluante. La thèse selon laquelle l'expérience est possible en toutes circonstances - autrement dit : selon laquelle le monde doit pouvoir être connu en toutes circonstances - est impossible à prouver. Elle n'est pas seulement impossible à prouver, mais encore absolument irréfutable. Car la thèse selon laquelle l'expérience est possible ne peut jamais être falsifiée empiriquement, l'impossibilité de connaître le monde ne pouvant jamais être connue. Aussi longtemps qu'il y a de l'expérience et qu'il y a de la connaissance de la réalité, le monde doit être connaissable. Mais cette thèse - aussi impossible à prouver qu'à réfuter - de la connaissabilité du monde donne lieu, elle aussi, à une antinomie indécidable."
3°) Puisque la psychanalyse n'existe pas sans une théorie irréfutable de l' inconscient, le déterminisme qui la fonde doit lui aussi être absolu, en plus d'être "à priori" (prima faciae), pour éviter le fameux piège d'une justification de la théorie de l'inconscient entraînant une régression à l'infini, c'est-à-dire la recherche, avec preuves (empiriques) à l'appui, d'un autre principe en amont du déterminisme pour le justifier, puis d'un autre encore pour justifier le précédent, et ainsi de suite (2) ... Précisons que "normalement", une science vise à établir par "conjectures et réfutations", des théories de mieux en mieux déterminées, mais jamais parfaitement déterminées. En effet, rappelons que si une théorie veut avoir une portée générale elle doit avoir la forme d'un énoncé universel au sens strict (et pas seulement au sens numérique). Mais en tant que telle, elle ne peut être définitivement vérifiée ou "valide à priori" (Kant), ou posséder en elle-même assez de contenu pour déterminer parfaitement le futur, et demeure ainsi toujours ouverte à la possibilité d'une réfutation. Si une science comme la génétique peut revendiquer une certaine forme de déterminisme, c'est qu'elle suppose corroborer avec le temps et au fil de ses connaissances les mieux testées, que l'être humain est déterminé par ses gènes. Cela ne signifie pas pour autant que la génétique a le pouvoir effectif d'affirmer que nous sommes absolument et entièrement déterminés par des processus génétiques avant toute preuve scientifique, cela signifie que ce déterminisme "à posteriori" ne peut que constituer qu'une idée directrice pour la recherche.
Certes, on peut supposer qu'il y a également une forme de déterminisme "à priori" dans la génétique, ou dans toute science empirique, mais il s'agit là d'une illusion qui ne doit pas se confondre avec les engagements ontologiques nécessaires à tout programme de recherche scientifique, lesquels (ces engagements) ne ressemblent en rien à quoi que ce soit d'absolu et d'irréfutable comme le déterminisme ou l'inconscient freudien ("donc, demander à des scientifiques de préciser leurs engagements ontologiques, c'est leur demander, ce qui pour eux est entendu comme réel dans leur objet de recherche, indépendamment de toute activité théorique. L'engagement ontologique semble demander aux savants d'expliquer et de formuler leurs choix sur ces objets de recherche considérés comme purs et réels. (...) La question ontologique, pour l'épistémologie, c'est d'abord celle de la réalité des entités théoriques dont parle la science ; cette question a pris une forme critique aiguë avec la mécanique quantique ; c'est en effet la physique moderne qui a relancé la question de savoir ce que le savant entend par réalité ; autrement dit, la question ontologique, pour la science, c'est d'abord la question du référent du discours scientifique : demander ce qui est, c'est demander ce qui est réel ; et demander ce qui est réel, c'est demander de quoi on parle dans la science". in : Encyclopediae Universalis.). Ce qui ressemble à une forme d'apriorisme dans les engagements ontologiques de tout programme de recherche scientifique est donc inoffensif pour la recherche elle-même, et nécessaire pour attirer les hommes de science vers la corroboration de nouvelles théories. Freud a sans doute contribué à alimenter une confusion entre les deux formes de déterminisme, voire à galvauder la notion d'ontologie. Le déterminisme "à priori" et absolu, est une doctrine qui s'enracine dans l'apriorisme kantien, repris par Freud, et dépassé par la théorie de la connaissance de Karl Popper.
4°) L'indéterminisme est autant nécessaire à la recherche scientifique que le déterminisme à posteriori : sans la croyance en cette forme de déterminisme aucune science ne démarrerait, et il n'y aurait aucune science véritable sans également la croyance en l'indéterminisme à priori, lequel permet le doute, le hasard, les événements imprévus, les falsifications, et par conséquent lequel permet la science elle-même. ("Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister." Paul Valéry, in : Cahiers 1, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1973). Par exemple, par quelle espèce de super théorie une mesure scientifique pourrait-elle être parfaitement déterminée ? Réponse : aucune, puisque les mesures scientifiques sont effectuées à partir de théories scientifiques qui ont permis la fabrication d'outils de mesures, et ces théories comme toutes les théories scientifiques, ont une valeur scientifique si et seulement si elles demeurent en principe réfutables c'est-à-dire imparfaitement déterminées. N'y a-t-il donc pas de place pour l'imprécision possible dans le calcul d'un poids atomique, ou pour la prédiction du cours de la Bourse de Paris d'ici 10 ans ? Je crois, que d'un point de vue philosophique ou même épistémologique, il est tout aussi impossible d'invalider le déterminisme à posteriori que l'indéterminisme à priori. Leur « élimination » ne pouvant relever que d'un choix dogmatique voire...idéologique ! Par contre il me semble tout à fait possible d'invalider le déterminisme à priori, comme le déterminisme mental de la psychanalyse qui est bien à priori bien plutôt que d'être à posteriori, ce point là est essentiel, en lui demandant des preuves (qu'il ne peut pas fournir) conformes à ses prétentions : des prédictions parfaitement réussies en ayant donné A L'AVANCE et avec une absolue exactitude (par exemple en excluant tout hasard) « la mesure exacte de la réussite annoncée ». Par exemple, avec quel degré de précision stipulé à l'avance, les psychanalystes peuvent-ils prédire quel sera le prochain de mes actes manqués ou de mes lapsus ? Peuvent-ils prédire de quoi sera formé le contenu de mon prochain rêve après avoir "analysé" mon inconscient ? Les psychanalystes n'ont évidemment jamais réussi de telles prédictions malgré le caractère absolu du déterminisme auquel ces objets seraient censés être soumis ! (...et, à ma connaissance, ils ne les ont, comme on s'en doute, jamais tentées dans des conditions expérimentales dignes de ce nom). Ce qui est en soi un paradoxe qui devrait éveiller des soupçons quant à la prétendue valeur prédictive, "scientifique", des théories psychanalytiques . Il est facile d'interpréter, dans l'après-coup, un acte manqué, un lapsus, un rêve, les pensées d'un psychopathe et leur évolution vers un crime monstrueux, mais il est frauduleux d'affirmer que cela confirme le prétendu pouvoir de prédiction des théories qui permettent de faire ces rétrodictions interprétatives... L'impossibilité de leur prédiction selon le degré de précision nécessairement induit par la revendication déterministe spécifique de la psychanalyse, démontre que l'étiologie de pathologies mentales graves ou même d'un "simple" rêve, ne peut relever d'aucun déterminisme absolu, ce qui a logiquement contraint les psychanalystes à inventer une parade pour sauver l'édifice, laquelle consiste à donner, notamment, des interprétations ambivalentes leur permettant de sauver à la fois le postulat du déterminisme mental absolu et leur théorie de l'inconscient. Mais tout cela n'est que rhétorique frauduleuse qui repose sur la croyance suivante : "le fait que, nous les psychanalystes, ayons réponse à tout avec notre théorie de l'inconscient et du refoulement inconscient, et le fait que nous puissions expliquer la chose et son contraire, dans le moindre détail, en absorbant ainsi toutes les contradictions, prouve la valeur empirique et scientifique de notre théorie !"(ce qui, bien sûr, est totalement faux, car cette croyance repose, comme le démontra Popper, sur une conception erronée de la science en général et de la méthode scientifique en particulier).
On objectera que des changements « psychiques » obtenus à la suite d'une analyse ne se mesurent pas au double décimètre. Une provocation de ma part pourrait être alors la suivante : si ils ne se mesurent pas au double décimètre, il ne reste alors que la « relative » précision des explications, des formules données par l'analyste, lequel doit ("devrait", en tout cas...) le plus possible éviter le vague, l'imprécision, le langage métaphorique, et surtout, les ambivalences qui lui permettent trop souvent de retomber sur ses pattes en évitant le reproche du manque de précision, ou croyant qu'une avalanche d'explications métaphoriques ou ambivalentes suffisent à répondre à la demande de rigueur et de précision nécessaire à toute mesure « précise et rigoureuse » justement requise en science !
A ces derniers arguments, on pourrait répondre, avec raison, que dans une véritable science, toutes les théories, toutes les explications, et de surcroît, tous les tests que l'on peut effectuer sont relatifs et jamais absolus, parce que des conditions initiales, scientifiques, de testabilité ne peuvent jamais être "suffisamment" précises (Popper). Nous sommes parfaitement d'accord avec ce point de vue et Karl Popper s'en est largement expliqué dans "La logique de la découverte scientifique" (Voir le chapitre : "la corroboration : ou comment une théorie résiste à l'épreuve des tests"), et dans "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme". En effet, et comme nous l'avons déjà expliqué plus haut, les tests scientifiques, et par conséquent les énoncés qui permettent de les élaborer, sont relatifs les uns aux autres, dans la mesure où ils dépendent nécessairement d'autres énoncés universels, faillibles, d'autres tests précédents. Je cite Popper : "(...)En effet, un énoncé peut être corroboré, mais toute corroboration est relative à d'autres énoncés, qui sont, eux aussi, proposés à titre d'essai." (in : la LDS, page : 286"). En fin de compte, ce que je tiens à souligner, c'est que la "relativité" des explications qui peuvent être données par un psychanalyste, ne tient d'aucune scientificité de la psychanalyse et de ses explications dans le sens donné par Popper à la notion de relativité : on ne peut observer dans l'histoire réelle de la psychanalyse, aucune suite de tests intersubjectifs sur la théorie de l'inconscient (et du refoulement), suite de tests qui soient logiquement dépendants les uns des autres. Le relativisme psychanalytique tient au fait, que les psychanalystes en fournissant toujours des explications vagues, ambivalentes, voire métaphoriques, et toujours suffisamment et stratégiquement imprécises, essaient de se réserver la possibilité de contrer toute critique afin de préserver les fondements théoriques. Mais par ce genre de manoeuvre, et ainsi que nous l'avons déjà dit, ils prouvent qu'ils sont clairement attachés à l'irréfutabilité comme critère de validité de leurs théories, lesquelles doivent s'imposer à tous les autres hommes comme des dogmes, des mythes irrécusables. D'ailleurs, Freud lui-même affirmait que "la richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale" (Lettre de Freud à Rozenzweig en 1934). Et puis, il y a cet argument tout à fait trivial : c'est qu'à l'époque de Freud, les instruments d'observation ultra-modernes comme l'imagerie à résonnance magnétique (I.R.M.), le scanner, ou ceux utilisés couramment dans les recherches sur le cerveau, n'existaient pas, lesquels auraient pu éventuellement permettre de tester de manière empirique et intersubjective une théorie aussi ambitieuse que la théorie de l'inconscient, qui, du fait de l'absence de ces instruments, était, de ce point de vue, non testable. (D'un autre point de vue, celui des conséquences thérapeutiques, la théorie de l'inconscient était, et demeure toujours irréfutable puisque la réussite ou l'échec d'une cure peut, selon les freudiens la confirmer : si vous guérissez c'est la preuve que votre inconscient s'est restructuré grâce à l'action de l'analyste, et si vous ne guérissez pas c'est parce qu'il y a encore des résistances inconscientes, aussi infimes soient-elles, à la prise de conscience de vos problèmes, lesquelles sont refoulées inconsciemment, donc... il peut toujours y avoir des résistances refoulées pour venir à la rescousse de la théorie freudienne en cas d'échec ou de non confirmation thérapeutique ! En fait la théorie du refoulement, associée à l'argument des résistances, est une véritable tarte à la crème rhétorique : à tous les coups l'on gagne !). Si l'on songe un seul instant aux difficultés techniques que rencontrent encore aujourd'hui les neurobiologistes du cerveau pour tenter de corroborer une quelconque théorie du psychisme inconscient, on mesurera l'imposture scientifique que pouvait représenter la théorie de l'inconscient, présentée comme une vérité bien confirmée dans de "très nombreux cas", à l'époque de Freud. Ces "très nombreux cas" sont la signature révélatrice de la conception méthodologique de Freud en matière de connaissance scientifique, il s'agit bien sûr du positivisme logique et de l'induction. Mais Karl Popper et Carl Hempel, pour ne citer qu'eux, ont balayé l'induction comme méthode scientifique, malgré les arguments érigés par Adolf Grünbaum pour tenter de la sauver, lesquels sont, de toute manière, dévastateurs pour la psychanalyse, car Grünbaum démontre à plusieurs reprises le caractère fallacieux des inférences freudiennes dans ses études de cas... Et s'il n'y avait que cela ! Les "très nombreux cas" avancés par Freud n'ont jamais existé ! Il n'y eut en tout et pour tout que 6 cas, qui, de plus, furent tous des échecs retentissants (Cf. Bénesteau), à commencer par LE cas princeps de toute la psychanalyse, celui de Bertha Pappenheim (Cf. Borch-Jacobsen). Freud fut donc obligé de proposer une théorie de l'inconscient, qui soit parfaitement irréfutable, qui ne pouvait être confirmée qu'à la lumière des preuves justement fabriquées ou convoquées pour l'étayer, et qui devait s'imposer dans l'esprit des gens grâce aux réflexes intellectuels issus de la pensée inductive positiviste (mais erronnée), et pour ce faire, qui nécessitait deux autres "instruments" : l'argument du refoulement inconscient et le postulat d'un déterminisme mental prima faciae et absolu. Cette théorie de l'inconscient n'était donc pas, quoi qu'en ait dit Freud, une "hypothèse", ("l'hypothèse de l'inconscient"), c'était un dogme, et Freud ne pouvait l'ignorer. Avec le livre de Jacques Bénesteau, "Mensonges Freudiens", on peut se permettre de penser, que c'est la soif de pouvoir, d'une reconnaissance internationale et d'un prestige rapidement acquis, qui ont pu inciter le "Conquistador" (comme il aimait se nommer) à vouloir imposer un dogme quasi mythique, plutôt que de risquer l'aventure périlleuse, et souvent ingrate de la Science...
Une autre objection peut être avancée contre nos arguments : d'où provient notre système d'attentes ? Ne peut-il être, comme l'a dit Popper dans son livre "A la recherche d'un monde meilleur", en partie inconscient ? D'où viennent tous ces mots, tous ces souvenirs qui ressurgissent à notre conscience, précisément à l'occasion de problèmes à résoudre et lorsque les émotions nous submergent ? Nous avons toujours admis qu'il nous était impossible, (et nous pensons qu'il serait ridicule de le nier étant donnés certains travaux scientifiques), de ne pas avoir de mémoire à long terme, de mémoire inconsciente, ou d'une "mémoire implicite" comme disent certains neurophysiologistes. Ce que nous rejetons fermement c'est, par contre, la possibilité d'une mémoire inconsciente, telle qu'elle est et a toujours été définie et présentée par les psychanalystes. C'est-à-dire une mémoire qui déterminerait tous nos actes conscients, toutes nos représentations, toutes nos émotions, que sais-je encore, et ce, avec le degré de précision le plus abouti que l'on voudrait, selon le postulat du déterminisme mental absolu des freudiens. Par exemple, dans l'ensemble infini de tous nos désirs, il n'est, selon le déterminisme freudien, logiquement pas exclu du supposer ou d'envisager des désirs inconscients infinitésimaux (et des "supers désirs"), mais comment faire, alors, pour vérifier expérimentalement dans quelle mesure et sous quelles conditions initiales infinitésimales ces désirs nous détermineraient et interagiraient avec les "supers désirs" ? Et quel est donc le désir le plus infinitésimal ? C'est-à-dire, comment être sûr d'avoir, à priori, sondé assez loin l'infini dans la précision requise pour l'identification et la mesure d'un désir infinitésimal pour se permettre d'affirmer dogmatiquement la possibilité empirique du déterminisme mental absolu ?? Comme on s'en aperçoit, le déterminisme freudien rend la théorie de l'inconscient non scientifique parce qu'il permet de supposer comme mesuré et vérifié, a priori, l'infinitésimal, il prétend pouvoir connaître ce qui est inconnaissable avant tout test expérimental, selon une méthode positiviste et en excluant le hasard dans la mesure.
Nous rejetons aussi cette théorie de l'inconscient, d'autant plus qu'à ce jour, les neurophysiologistes du cerveau ont corroboré qu'il n'y avait aucune aire du cerveau humain dédiée à l'inconscient freudien ! Chaque fois que nous pensons à une confirmation de la théorie de l'inconscient de Freud c'est parce que nous avons été guidé par elle pour lire cette confirmation qui n'est donc pas une prédiction réussie. (Comme dirait Popper, les théories de Freud nous influencent à voir les choses d'une certaine manière, elles produisent leur "effet oedipe"). Enfin , comme l'a démontré Popper, il est impossible de construire un test expérimental, où les conditions initiales seraient "suffisamment" précises pour nous permettre de corroborer le déterminisme absolu et que, par exemple, une certaine émotion (observée et caractérisée avec "suffisamment" de précision) détermine parfaitement et avec une absolue certitude (sans aucune place laissée au hasard ou au non-sens psychique comme disent les freudiens) un acte bien précis, lui-même caractérisé avec "suffisamment" de précision.
Mais revenons un instant sur un problème que je juge essentiel et que je formule par les questions suivantes :
« Le déterminisme de la psychanalyse freudienne est-il oui ou non véritablement A PRIORI (prima faciae) ? », cette question me paraît être logiquement reliée à une autre question tout aussi importante :
« Est-il possible qu'une forme de déterminisme A PRIORI puisse "exister" (parce qu'elle permettrait la réussite de projets de prédictions) ou bien ne peut-il exister que des formes de déterminisme A POSTERIORI, lesquelles ne peuvent qu'être relatives et non absolues ? »
Comme j'essaierai de la montrer, ces deux questions se « confondent » en une seule et même réponse.
Supposons que Freud ait voulu entendre par son déterminisme mental qu'il projetait construire des théories sur les événements psychiques humains qui soient de mieux en mieux déterminées mais jamais parfaitement déterminées. C'est-à-dire qu'il ait reconnu qu'une véritable science ne peut jamais atteindre le savoir absolu sur son objet de recherche (c'est comme si la génétique affirmait que lorsque que l'on aura « complètement » déchiffré le structure du génome humain, ces théories seront définitives. Ou encore comme si la cosmologie affirmait qu'il sera possible un jour de donner une théorie « complète et définitive » de la structure de l'univers ou de son origine, une théorie qui soit A JAMAIS non problématique). Ou, en d'autres termes, qu'il ait admis qu'il n'y a plus de progrès scientifique ou qu'une science « s'arrête » de progresser lorsqu'elle a atteint la vérité certaine. Bref, que Freud considérait bien son déterminisme comme A POSTERIORI et non pas A PRIORI. Si Freud avait vraiment considéré son déterminisme comme devant être qualifié de "déterminisme A POSTERIORI" en entrevoyant les conséquences décrites précédemment, alors il n'aurait pas affirmé exclure tout hasard psychique ! Parce que croire pouvoir continuer le développement ad infinitum des connaissances (scientifiques) exclue la possibilité d'atteindre un jour une quelconque certitude sur des énoncés universels. Une science qui exclue le hasard dans ce qui peut faire l'objet de ses prédictions conjecturales, exclue du même coup la réfutabilité et la testabilité, et s'élimine donc d'elle même. Une science sans indéterminisme, n'est pas une science. Comme un déterminisme A POSTERIORI qui soit un jour accessible avec n'importe quel degré de précision est impossible, c'est donc d'un autre genre de déterminisme dont parle Freud, et il n'en reste plus qu'un : c'est le déterminisme A PRIORI. Et si cette dernière forme de déterminisme « peut bien exister » comme nous l'avons dit dans notre question, elle n'existe que philosophiquement parlant, ou d'un point de vue métaphysique, parce qu'elle ne peut conduire à la réussite d'aucune prédiction empirique concrète qui soit conforme à des ambitions projetées d'absolue exactitude. Par conséquent, elle n'est d'aucune utilité pour concevoir des prédictions scientifiques corroborables, "elle n'existe pas". Popper : "Mais le déterminisme, "scientifique" ou non, n'appartient nullement à la science, et n'a aucun pouvoir explicatif." (In:Karl R. POPPER. "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme." Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1 : "Les différentes sortes de déterminisme". Section 9 : "La charge de la preuve. Page : 24).
5°) Freud a donc fraudé, théoriquement, pour "établir" les fondements de la psychanalyse : il a utilisé le déterminisme qu'il revendique, pour éviter l'impasse de la régression à l'infini dans laquelle serait tombée une justification de sa théorie de l'inconscient qui fut toujours considérée comme valide à priori par Freud. Freud ne pouvait concevoir sa théorie de l'inconscient que comme absolument certaine et valide à priori, d'une part parce qu'il était vital pour lui de l'imposer tout en sachant qu'il était impossible de la soumettre à l'épreuve expérimentale (Freud en avait besoin également pour sa théorie du refoulement), puis, d'autre part pour permettre toutes sortes de confirmations lues à la lumière de cette théorie (confirmations qui ne prouvent donc pas le contenu empirique de l'inconscient) confortant ainsi son caractère tout puissant, irréfutable et soit-disant empirique.
Le déterminisme psychique absolu de Freud et sa théorie de l'inconscient sont donc deux objets théoriques indissociables l'un de l'autre (on pourrait même les confondre au lieu de les séparer) : le premier a été conçu pour permettre "l'existence" du second, et le second trouve sa justification et sa validation par le premier. En fin de compte, la situation est toute simple : il ne peut pas y avoir d'inconscient freudien sans déterminisme psychique prima faciae et absolu tant que la théorie de l'inconscient demeure non testable de manière empirique, indépendante et extra-clinique, puisque la prétention fondamentale de cette théorie de l'inconscient consiste en pouvoir expliquer tous les événements, les phénomènes de notre vie psychique consciente ou inconsciente sans aucune part laissée au hasard ou au non-sens psychique (tout ce que nous faisons aurait un sens, selon les freudiens, et ce sens, s'il ne peut être trouvé dans le conscient, peut toujours l'être dans l'inconscient).
Freud, ne fut donc jamais le "scientifique héroïque" que l'on a présenté, encore moins une sorte de Galilée bravant les préjugés et prétendument victime des esprits arriérés et obscurantistes de son temps. Car, au début du XX° siècle, il y avait déjà un Wittgenstein, capable de démolir philosophiquement presque toutes les conjectures freudiennes (Cf. le livre de Jacques Bouveresse : "Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud) ! Et pour ce qui est de l'obscurantisme : la destruction ou la fabrication des preuves cliniques, l'excomunication systématique et définitive de tous ceux de ses disciples qui ont osé critiquer vertement les "hypothèses" freudiennes parce qu'ils refusaient de les accepter sans condition donc pour des raisons obscures, tout cela fait que Freud était bien plus proche d'une attitude obscurantiste enclin à rejeter tout rationnalisme critique dirigé contre ses théories, que ses adversaires. Le "Conquistador" n'était en réalité (Cf. le livre de Jacques Bénesteau) qu'un expérimentateur raté qui aurait eu sa place dans une piece de Molière plutôt que dans un laboratoire, et surtout un menteur, un mystificateur, et un mégalomane paranoïaque. Ses relations avec d'authentiques scientifiques comme Russell ou Einstein, qui lui fit confiance pour une analyse de longue durée, l'honnorent de trop : ces hauts personnages de la Science devaient ignorer le comportement réel, en coulisse, du "Conquistador". Comment aurait réagi un esprit aussi intègre que celui de Bertrand Russell s'il avait pu lire les livres de Jacques Bénesteau, de Borch-Jacobsen et des autres "Freud scholars" ? Einstein, lui, fut sans aucun doute plus proche d'un Newton, ou d'un Galilée, pour avoir consciemment et volontairement soumis les théories qui lui étaient les plus chères aux tests les plus sévères et les plus objectifs que les possibilités techniques et théoriques de son temps permettaient, c'est-à-dire pour avoir recherché la discussion rationnelle et critique avec d'autres scientifiques au lieu de la minimiser ou de la mépriser comme Freud. En ce sens, Einstein fut certainement l'un des plus grands "champions" de l'éthique et de la découverte scientifique. Quant à Freud, les supercheries et les mensonges (3) qu'il a développés, et l'allégeance dont ils bénéficient encore aujourd'hui ne peuvent être compréhensibles que par son absence totale de scrupules, (qu'il reconnaissait), par l'ignorance au sujet des questions aussi abstraites de l'épistémologie qui est encore le fait de beaucoup d'entre nous, et aussi, par la censure qui est maintenue par les psychanalystes gardiens des archives freudiennes jusqu'en 2113 (!), laquelle empêche de faire toute la lumière sur les fondements et l'histoire réelle de cette "mystification centenaire" (Borch-Jacobsen).
Freud et Einstein suivaient donc deux voies diamétralement opposées : une pensée close et néo-tribale pour Freud afin d'imposer l'adoration d'un totem (l'inconscient), puis une mythologie suffisamment sophistiquée pour être des plus difficiles à combattre (la psychanalyse), et l'éthique d'une pensée ouverte, de la voie de la Science pour Einstein afin de perpétuer une tradition, un bien commun inestimable : la libre discussion rationnelle et critique. Mais même si l'histoire "est écrite", il appartient toujours à l'homme libre de décider...
Notes
(1)Nous donnons à l'expression "à priori" la même signification que l'expression "prima faciae" que l'on retrouvera dans cet article.
Popper, au sujet du déterminisme "scientifique" : "Je désigne par là la doctrine selon laquelle la structure du monde est telle que tout événement peut être rationnellement prédit, au degré de précision voulu, à condition qu'une description suffisamment précise des événements passés, ainsi que toutes les lois de la nature, nous soit donnée." (In : Karl R. POPPER. "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme." Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1: "les différentes sortes de déterminisme". Page : 1).
Dans le même livre, page 5 : "Ainsi l'idée fondamentale qui sous-tend le déterminisme "scientifique" peut se formuler comme suit : la structure du monde est telle que tout événement futur peut, en principe, être rationnellement calculé à l'avance, à condition que soient connues les lois de la nature, ainsi que l'état présent ou passé du monde. Mais on ne peut affirmer que tout événement peut être prédit qu'à condition qu'il puisse l'être avec n'importe quel degré souhaité de précision. En effet, la différence de mesure la plus infime peut légitimement être invoquée pour servir à distinguer des événements différents."
Page 10, maintenant, et à propos du "principe de responsabilité" dont parle Popper, que doit assumer tout projet de prédiction fondé sur un déterminisme "scientifique" : "Le résultat d'un calcul de sera pas, en règle générale, plus précis que la moins précise des données. De même, une prédiction ne sera pas, en règle générale, plus précise que l'une quelconque des conditions initiales sur lesquelles elle est basée. Si bien que pour satisifaire à l'exigence qui veut qu'il soit toujours possible de rendre nos prédictions précises au degré de précision voulu, il faudra également pouvoir, en règle générale, augmenter la précision des conditions initiales en question autant qu'on le voudra. Les conditions initiales devront être suffisamment précises pour qu'on puisse résoudre le problème posé par le projet de prédiction. Dans la recherche d'une définition du déterminisme "scientifique", ce serait à l'évidence trop vague d'exiger que l'on parvienne à prédire sur des conditions initiales "suffisamment précises". Formulée de cette manière, la définition serait triviale. En effet, l'on pourrait toujours affirmer y avoir satisfait, tout en échouant de façon systématique dans la déduction des prédictions, en faisant valoir que les conditions initiales n'étaient pas : "suffisamment précises". Afin de remédier à cette situation, il nous faut exiger qu'on puisse déterminer si les conditions initiales sont suffisamment précises ou non avant même de tester les résultats de nos prédictions. En d'autres termes, il faut pouvoir déterminer à l'avance, en partant du projet de prédiction (lequel doit énoncer, entre autres, le degré de précision des conditions initiales ou des données nécessaires afin que puisse se réaliser le projet de prédiction en question. Pour le formuler d'une manière plus complète, nous dirons qu'il faut pouvoir rendre compte par avance de tout échec de la prédiction d'un événement avec le degré de précision voulu ; et cela, en montrant que nos conditions initiales ne sont pas suffisamment précises, et en établissant le degré de précision qu'elles devraient avoir pour que cette tâche de prédiction puisse être effiace."
Page 13 : "Le déterminisme "scientifique" n'affirme pas seulement en effet que les prédictions peuvent être améliorées par une connaissance accrue. Il exige que l'on puisse calculer, à partir d'un projet de prédiction spécifié, le degré de précision nécessaire dans notre information de départ pour que le projet puisse être mené à bien.
Pages 25 et 27 : "On peut décrire ce que j'appelle le caractère prima faciae déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le Démon de Laplace. (...) Laplace introduit(...) la fiction d'une Intelligence surhumaine, capable de déterminer l'ensemble complet des conditions initiales du système du monde à un instant donné, quel qu'il soit. A condition de connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie." (...) J'introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la théorie de Newton, de Maxwell, ou d'Einstein, par opposition à d'autres théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement si elle permet de déduire, à partir d'une description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie, la description, avec n'importe quel degré fini de précision stipulé, de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être absolument exactes."
Pour les problèmes concernant :
- la régression à l'infini,
- l'apriorisme,
Nous nous réferrons à :
Karl R. POPPER, in : "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance." Livre 1 : "Le problème de l'induction (expérience et hypothèse)." Chapitre 3 : "Le problème de l'induction." Section 5 : "La régression à l'infini (argument de Hume), page : 55. Chapitre 4, sections 9 et 10 : "La méthode transcendantale. Exposé de l'apriorisme." Page : 73. "Critique de l'apriorisme." Page : 88. Chapitre 5 : "Kant et Fries." Section 11 : "Complément à la critique de l'apriorisme. Psychologisme et transendantalisme chez Kant et Fries. La question de la base empirique. Edition : Hermann. Paris 1999.
(2) Autrement dit, la théorie de l'inconscient freudien, ne pouvant être vérifiée positivement ou réfutée empiriquement, doit être irréfutable dans la mesure où Freud lui attribue des vertus capables de tout expliquer (J'ajoute que dans un domaine comme la criminologie, on reproche justement à l'interprétation de source psychanalytique une bien trop grande flexibilité et par conséquent des pouvoirs d'explication nuls). Elle doit aussi justifier de se passer d'être soumise au contrôle expérimental puisque elle ne peut justement pas y être soumise. (Il n'y a pas, à l'époque de Freud, d'instruments suffisamment sophistiqués pour soumettre la théorie de l'inconscient à une expérience de laboratoire. Par contre, et par comparaison, les instruments théoriques et techniques pour soumettre la théorie de la relativité d'Einstein à l'épreuve expérimentale existaient, et ont permis de corroborer cette théorie). Par conséquent, pour justifier la non-testabilité et l'irréfutabilité de la théorie de l'inconscient donc pour pouvoir la soustraire à toute nécessité d'un contrôle expérimental, il lui fallait un autre fondement, qui lui aussi, ne nécessiterait pas d'autre justification entraînant une régression à l'infini. Ce fondement devait être ultime et absolu (permettant de tout expliquer sans aucune part laissée au hasard ou à l'imprécision) et en amont de la théorie de l'inconscient, c'est le déterminisme mental prima faciae et absolu revendiqué par Freud pour sa théorie de l'inconscient. Pour Freud, en somme, il était inutile de soumettre sa théorie de l'inconscient à l'épreuve expérimentale puisqu'elle pouvait être justifiée définitivement par un déterminisme qui était lui aussi autojustifiable en tant que base ultime et définitive et qui fut érigé en principe fondateur de la théorie de l'inconscient. Ce que nous dit, finalement, la psychanalyse freudienne c'est : "la théorie de l'inconscient est une vérité incontestable puisqu'elle est justifiée par une autre vérité incontestable, qui, elle-même, ne nécessite aucune autre justification, c'est la doctrine du déterminisme psychique prima faciae et absolu. Voilà comment on impose un dogme, un véritable "bobard", écrit Mikkel Borch-Jacobsen à propos de la psychanalyse. Et nous n'avons même pas fait allusion aux autres tricheries et mensonges de Freud démystifées par Borch-Jacobsen, à ses multiples forgeries qu'il a opérées dès le premier "cas" fondateur de la psychanalyse, qui est lui-même un échec cuisant, le cas de Bertha Pappenheim. Voilà comment on parvient à faire accepter que ce bobard dogmatique qu'est l'inconscient freudien puisse à la fois avoir une valeur "scientifique" tout en pouvant se soustraire à toute expérience cruciale, indépendante, intersubjective et extra-clinique !
(3) Le lecteur pourra se référer, et sera édifié, au sujet des "méthodes" employées par Breuer puis Freud pour fonder sa psychanalyse, au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : "Souvenirs d'Anna O. Une mystification centenaire". Edition : Aubier. Egalement, au sujet des mensonges freudien, Borch-Jacobsen écrit : "(...) Pour peu en effet, on oublierait que les patients et les collègues de Freud ont gobé ses mensonges, y compris les plus gros et les plus flagrants. Or, c'est précisément cela qu'il faut expliquer si l'on veut rendre compte de la psychanalyse et de son extraordinaire succès culturel : comment se fait-il que ce bobard ait si bien marché ? Comment est-il devenu réel pour tant de gens au XX° siècle ? In : "Folies à plusieurs". De l'hystérie à la dépression. Editions : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, Paris, mars 2002, page 224.
Voici encore deux idées de Popper, tirées de son livre sur le déterminisme que nous avons déjà cité, et qui, mises ensemble, me semble constituer un argument convaincant voire dévastateur contre tout projet d'une psychanalyse fondée sur un déterminisme absolu, excluant tout hasard psychique au niveau d'une causalité inconsciente, et, le projet thérapeutique d'aider le sujet, à mieux se connaître lui-même, sinon à acquérir, par l'analyse, une maîtrise totale de son inconscient :
Page 89 : "Connais-toi toi-même - c'est-à-dire connaissez vos limites - est un idéal qui, nous pouvons le voir maintenant, est logiquement irréalisable. Puisque nous sommes des calculateurs, nous ne pouvons nous connaître pleinement, pas même toutes nos limitations, du moins, pas celles de notre savoir."
Page 103 : "(...) La mécanique quantique, cependant, introduisit des événements fortuits d'une deuxième sorte, bien plus radicale : le hasard absolu. D'après la mécanique quantique, il existe des processus physiques élémentaires qu'on ne peut pas analyser davantage en termes de chaînes causales, mais qui sont des soi-disant "sauts quantiques" ; et un saut quantique est censé être un événement absolument imprévisible qui n'est contrôlé ni par des lois causales, ni par la coïncidence des lois causales mais uniquement par des lois probabilistes. Ainsi, la mécanique quantique a introduit, malgré les protestations d'Einstein, ce qu'il décrit comme "le dieu jouant aux dés".
Publié par vdrpatrice à 11:27:00 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) | Permaliens
« Dans la mesure où les propositions de la mathématique se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité. »
(A. Einstein. In : «Géométrie et expérience», œuvres choisies, t.5, Paris, Seuil, 1991, p.71)
« ...Nous ne pouvons exprimer aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels; tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet, les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.) Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes d'expériences; ils ne peuvent être «constitués» » (Karl R. POPPER, in: «La logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.)
L'inconscient est un terme universel, et comme tous les termes universels, tels que : «conscient», «cerveau», etc. Il est invérifiable mais par contre réfutable. C'est-à-dire qu'il nous est impossible de dénombrer, et à fortiori d'observer dans le passé, le présent, le futur, toutes les preuves qui «garantissent» une définition de l'inconscient qui nous satisfasse définitivement par rapport à une certaine réalité que nous voulons représenter. Autrement dit, la notion d'inconscient ne peut jamais être proposée comme une notion irréfutable et surtout vérifiable avec certitude quelles que soient les conditions initiales d'observation. En conséquence, Il est inacceptable de faire en sorte que cette notion soit toujours confirmable et ne puisse jamais être mise en défaut, grâce, notamment, à la fameuse rhétorique des freudiens, laquelle ne fait que trahir leur échec puisqu'il est anormal d'avoir toujours réponse à tout. Donc, pour que cette notion ait un contenu empirique, c'est-à-dire pour qu'elle puisse exprimer quelque chose d'empirique, de réel, il lui faut des limites, une sorte de contenant empirique qui permette de distinguer le contenu, elle ne peut toujours tout expliquer sans changer de sens ou de définition. (Karl R. Popper : « Je définis le contenu empirique d'une énoncé p comme la classe de ses falsificateurs virtuels. » In : «La logique de la découverte scientifique». Page : 120) Elle ne peut être elle-même fondée par une doctrine ou un postulat déterministe, qui lui donnerait définitivement un pouvoir absolu d'explication. Elle ne peut donc reposer sur un déterminisme apriori et absolu, comme en psychanalyse. Si les psychanalystes ont fait, et font encore de leur théorie de l'inconscient un concept «fourre-tout» ou «explique-tout», flexible et adaptable quelles que soient les conditions initiales d'observation, alors ce concept n'a pas de limite, son véritable sens n'est jamais saisissable et ce concept n'explique plus rien du tout. L'inconscient freudien, et son inséparable acolyte, le refoulement, est pour les psychanalystes, une ressource tout à fait inépuisable d'explication puisque pour les freudiens il n'est pas un seul événement de notre conscience et un seul de nos actes aussi insignifiants soient-ils dont la cause ne soit pas fondamentalement réductible à une explication par l'inconscient. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ce genre de réductionnisme n'est en rien une réussite scientifique. Ce n'est qu'un dogme à l'invincibilité clairement revendiquée par les psys que nous voulons contribuer à démystifier et à détruire, parce que les dogmes invincibles que l'on réussit à inculquer aux gens et qui contribuent à leur manipulation et à leur contrôle, tiennent de la mythologie voire du sectarisme et n'ont rien à voir avec la Science, qui, au lieu du sectarisme, nécessite la libre discussion critique pour le progrès de ses concepts. En effet, une authentique Science n'offre jamais des concepts au pouvoir absolu et donc à l'heuristique bloquée, elle permet l'évolution des théories et des concepts, qui, parce qu'ils peuvent être soumis à des tests, ont la possibilité d'augmenter à l'infini leur pouvoir heuristique. Les freudiens ont fermé, d'entrée de jeu, toutes possibilités de réelle évolution à leur concept d'inconscient, qui est une sorte de caméléon théorique, donc une entourloupette, et non le produit d'une véritable succession de conjectures et de réfutations.
Exemple 1:
Quand nous disons: «cet homme est fou» nous supposons nécessairement l'énoncé suivant: «toutes les fois que nous sommes (seront) en présence d'un homme ayant telle(s) caractéristique(s), nous dirons qu'il est fou. Mais comme le terme «fou» est un terme universel (tout comme le terme «homme»), et qu'il est invérifiable, il est parfaitement possible que d'ici quelque temps (un siècle ?) les mœurs, la culture, et que sais-je encore, aient changés, de sorte que nous ne jugions plus du tout les gens comme étant des fous, de la même façon qu'avant. Citons, à ce sujet, Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre, « Folies à plusieurs » : « les maladies dites «mentales » changent dans le temps et l'espace, subissent des mutations, disparaissent, réapparaissent. Chaque époque, chaque société produit son propre type de «folie» ou de «maladie de l'âme», sans qu'on puisse traduire l'une dans l'autre ou faire de celle-ci la vérité de celle-là ». (In: «Folies à plusieurs». Edition : les empêcheurs de penser en rond, Paris 2002, page 174).
Exemple 2:
Quand nous disons: «c'est une table» nous supposons: «toutes les fois que nous sommes en présence d'une objet ayant telles caractéristiques, nous disons «table» (en non «autel», ou «pupitre», ou autre chose..) et nous sommes obligés de supposer un tel énoncé universel, sinon il ne nous serait pas possible d'observer des tables (les tables ne seraient pas identifiables pour nous, de toute façon , dans de telles conditions, puisque même s'agissant d'un objet n'étant plus fabriqué aujourd'hui, un archéologue serait dans l'obligation de pouvoir disposer dans son système d'attentes, de ce genre d'énoncés pour rechercher les objets n'étant plus utilisés de nos jours). Tous les objets de notre monde empirique (le «Monde 1» de Popper) nous sont connaissables que parce que nous possédons et formulons, à priori, des termes et des énoncés universels permettant de légiférer sur les conditions de leur acceptation et de leur identification par nos sens. Et ceci vaut, également, pour les objets encore inconnus, jamais vus par nous : si un objet inconnu se présente par hasard devant nos yeux, nous l'identifions parce que nous disposons, à priori, avant sa présentation, de concepts tels que : «objet» et «inconnu». Ainsi, pour un objet tombant subitement sur la Terre, nous pourrions dire : «tiens voici un objet ou une chose inconnue qui tombe au sol», et non pas : «tiens voici un astéroïde ou une météorite» à moins, bien sûr, de conjecturer qu'il s'agit d'un astéroïde ou d'une météorite, grâce à notre système d'attentes nous permettant la formulation instantanée de cette conjecture par la reconnaissance de certaines formes. Enfin, l'absence de concepts aussi élaborés à l'époque de l'homme préhistorique ne pouvait dispenser ce dernier de posséder des termes, un langage ou un code, même archaïques, pour identifier le monde et agir sur celui-ci, à moins de rester en permanence immobile et bouche bée. Les freudiens diraient, bien entendu, que l'homme préhistorique disposait déjà d'un inconscient, d'un «ça», lui aussi primitif et archaïque (en correspondance avec le niveau d'évolution) donc de pulsions inconscientes ou d'origine inconsciente à agir dans certaines directions, lui permettant ainsi d'appréhender le Monde 1 ? (Sinon, à partir de quand les hommes ont-ils eu un «inconscient» psychanalytique qui les détermine ? A partir de Sigmund Freud et pas avant ??). Mais quelles «directions», alors, aurait-il choisies en l'absence des problèmes auxquels il a pu être confronté, comme la fabrication d'outils de plus en plus performants pour la chasse du gibier courant !! Il lui fallait donc conjecturer l'efficacité d'une probable arme pour la chasse ou d'un outil, et cette conjecture n'a pu naître que de la mise en relation de son système d'attentes, et le problème à résoudre. L'homme préhistorique ne pouvait donc être dirigé par des pulsions psychanalytiques inconscientes, mais par une volonté de survie nécessairement consciente pour générer des conjectures efficaces face aux problèmes urgents. L'évolution, c'est-à-dire les problèmes de plus en plus complexes que l'homme a été capable de résoudre, est le produit de l'enrichissement de l'inné par l'enrichissement de l'acquis parce que de nouvelles théories explicatives du monde enrichissent notre système d'attentes et le modifie, et inversement, (et ces modifications, changent, à leur tour, nos actions motrices, qui, elles-mêmes, finissent par faire évoluer nos organes, comme nos organes sensoriels par exemple).
Mais comment faisons-nous alors pour identifier le «déjà là», comme les étoiles ou le ciel, dira le sceptique ? Ces objets ne tombent-ils pas dans notre entendement avant que nous disposions de concepts universels puisqu'ils existaient avant que nous soyons sur la Terre ? L'homme ne peut-il pas identifier, malgré lui, (passivement) le ciel avant toute possession du concept universel «ciel». La réponse est non : sans le concept qui lui est approprié, l'homme ne peut identifier le ciel que comme un objet étrange et inconnu, c'est uniquement de cette façon qu'il existe devant ses yeux.
On comprend aisément comment cet argument s'applique aussi à celui qui recherche par exemple un squelette de Tyrannosaure : les Tyrannosaures peuvent bien «exister» aujourd'hui, car il est tout à fait viable de supposer que l'on découvre encore des squelettes de Tyrannosaure, compte tenu du fait que l'on en a déjà découverts bien après qu'ils aient totalement disparus sous une forme vivante de la surface du globe. Ils «existent» donc toujours d'une manière empirique bien spécifique et bien utile pour les approcher...Cette existence déjà corroborée, n'a pu être elle-même corroborable qu'à partir de la mise à l'essai de certains énoncés généraux relatifs à la paléontologie et de certaines conditions initiales relatives à la géologie ou la géographie. Elle permet donc au chercheur d'espérer trouver d'autres squelettes de Tyrannosaure à l'unique condition qu'il puisse disposer dans son système d'attentes d'un énoncé du genre : «toutes les fois que je me trouve en face d'un squelette ayant telles caractéristiques quasi légales, et sous certaines conditions initiales (relatives par exemple au lieu de la découverte) je pourrai dire qu'il s'agit d'un squelette de Tyrannosaure et pas d'un Allosaure, encore moins d'un éléphant». En fin de compte, toute recherche empirique, nécessite la possession à priori de théories universelles au sens strict lesquelles sont nécessairement réfutables, puisque si je trouve un requin possédant 6 fentes branchiales au lieu de 5, la théorie «tous les requins n'ont que 5 fentes branchiales» est réfutée. Le problème avec une théorie de l'inconscient telle que Freud l'a conçue, c'est-à-dire irréfutable, c'est qu'elle amène inévitablement le «chercheur» qui tente de se plonger dans l'histoire d'une personne, à découvrir un os de Diplodocus plutôt qu'une patte de mouche, voire à transformer l'un en l'autre selon les circonstances, s'il s'avère que les aléas de la «recherche» semblent mettre en péril le caractère irréfutable donné (absolument nécessaire tant que les psychanalystes affirment de surcroît exclure tout hasard psychique) à la théorie qui sous-tend la notion d'inconscient freudien. Tout cela est rendu possible par la fameuse «algèbre psychanalytique», composée des fameuses ambivalences, du jeu subtil des métaphores, des analogies, etc...
Exemple 3:
Quand nous disons: «cet homme
possède un inconscient du type freudien», nous ne saurions parler de cet
inconscient sans disposer au préalable de l'énoncé: «toutes les fois que nous
serons devant telle(s) condition(s) ou caractéristique(s) nous serons en mesure
de reconnaître un inconscient du type freudien». Ceci suppose que la notion d'inconscient,
indépendamment des aspects freudiens qu'elle peut revêtir, est une notion
universelle, donc invérifiable (à cause du «toutes les fois que...») et aussi,
de ce point de vue, réfutable.
Mais Freud a toujours avancé
des arguments qui faisaient de l'inconscient un terme, ou une notion
irréfutable, c'est-à-dire définitivement vérifiée ou universellement
confirmable, ce qui, comme nous l'avons démontré, est impossible. D'ailleurs,
pouvait-il faire autrement ? Comme le confirme l'affirmation de Freud cité plus
bas, laquelle souligne sa croyance dans le déterminisme mental absolu et prima
faciae, qui est étroitement liée de manière logique à l'irréfutabilité
puisqu'il exclue tout élément de hasard ou tout non-sens dans la vie psychique.
En effet, en excluant tout non-sens psychique par l'affirmation que tout ce qui
est produit en termes de rêves, de représentations, d'émotions, de sensations, d'intuitions, trouve une cause dans
l'inconscient pour la plus infime et pour l'ensemble de nos représentations,
émotions sensations ou intuitions, etc, Freud ne peut fournir de conditions initiales
permettant de prédire qu'en fonction de sa théorie de l'inconscient, un
individu aura telle représentation ou fera tel rêve à tel moment. Freud n'a
donc jamais pu se lancer dans un authentique programme de recherche
scientifique avec des conditions initiales aisément manipulables et
reproductibles pour des tests expérimentaux indépendants. Des conditions initiales
(freudiennes) de prédiction ne peuvent
être fournies parce qu'elles supposent un degré de précision infini en
corrélation avec le plus infime des faits psychiques censé être observé,
interprété ou prédit, et parce qu'il est impossible de fournir toutes les
conditions initiales de prédiction pour l'infinie diversité de nos émotions,
représentations et intuitions. En somme,
c'est le genre particulier de déterminisme soutenu par les freudiens (prima
faciae et absolu) qui est le piège de la psychanalyse. En
prônant ce genre de déterminisme, Freud ne s'est probablement pas rendu compte
qu'il imposait à sa théorie de l'inconscient une tâche impossible : faire des
prédictions, pour être reconnue comme une authentique science, mais avec un
degré de précision infini dans les conditions initiales. Mais aucune prédiction
de ce genre n'est possible dans une Science quelle qu'elle soit. Sa théorie
s'est donc heurtée, d'entrée de jeu, au fameux «principe de responsabilité»
dont parle Popper dans son livre : «L'univers irrésolu, plaidoyer pour
l'indéterminisme».
Popper :
« En premier lieu, l'idée que se fait le sens commun d'un événement (à expliquer de manière causale) est essentiellement qualitative. Or, le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire un événement avec n'importe quel degré de précision, ce qui dépasse certainement l'idée universelle du sens commun (...) En second lieu, l'idée que se fait le sens commun d'une cause est également essentiellement qualitative. C'est pourquoi certains états de fait échappent au sens commun, dont ceux-ci : les causes - c'est-à-dire, les conditions initiales - ne nous sont jamais données avec un degré de précision absolu; il nous faut donc nous contenter de conditions initiales qui sont, jusqu'à un certain point, imprécises; ce qui, à son tour, soulève des problèmes particuliers. Un troisième problème découle des deux premiers. Le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire tout événement avec le degré voulu de précision, à condition que soient données des conditions initiales suffisamment précises. Mais que veut dire ici «suffisamment» ? Il nous faut, de toute évidence, expliquer ce «suffisamment» d'une manière qui nous prive de droit de plaider - chaque fois que nous échouons dans nos prédictions - que les conditions initiales données n'étaient pas suffisamment précises. En d'autres termes, notre théorie devra rendre compte de l'imprécision de la prédiction. Etant donné le degré de précision que nous exigeons de la prédiction, elle devra nous permettre de calculer le degré de précision des conditions initiales qui suffirait à nous donner une prédiction ayant le degré de précision voulu. J'appelle cette exigence le «principe de responsabilité». Il faudra nécessairement l'incorporer à la définition du déterminisme «scientifique ». (in : Karl R. Popper. «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme.» Edition Hermann. Page 9. Mais nous conseillons vivement de lire jusqu'à la page 21).
Précisons que, puisque l'infini est impossible à sonder, à priori, pour un être humain ou même une machine conçue et étalonnée par l'homme, un «degré de précision infini» dans la stipulation de conditions initiales pour une prédiction est rigoureusement inaccessible et n'existe pas. En conséquence nous ne pouvons connaître la plus infime de nos représentations ou l'ensemble infini représentant leur diversité, pas plus que nous pouvons faire des prédictions avec une telle théorie de l'inconscient. La psychanalyse ne permet donc jamais de faire de prédictions comme dans une Science digne de ce nom, mais seulement des rétrodictions qu'elle a l'habileté de faire passer pour des prédictions. Je cite, au sujet des rétrodictions freudienne, Adolf Grünbaum, dans son livre, «la psychanalyse à l'épreuve», paru aux éditions de l'Eclat, page 67 : « Freud a conjecturé que le développement d'une névrose N par un individu I dépendait non seulement de l'exposition de I à des expériences pathogènes P, mais aussi à la vulnérabilité héréditaire de I. Ses hypothèses étiologiques affirmaient généralement que la présence de P est causalement nécessaire à la pathogénèse de N, et non qu'elle est causalement suffisante. Une hypothèse de ce genre implique la rétrodiction universelle que tous ceux qui sont affligés Par N ont subi P. Mais l'hypothèse ne prédit pas que toutes les victimes de N seront affligées par N ! »
Mais si les freudiens ne peuvent prédire la plus infime de nos représentations, ou toute leur diversité, ou même une simple représentation ou émotion courante avec n'importe quel degré de précision donné avant la prédiction, comme le voudrait leur théorie de l'inconscient, ils ne peuvent que l'observer en ayant déjà à l'avance une idée précise du résultat de leur observation qui soit exactement conforme à leur théorie : elle (la représentation ou l'émotion qu'ils veulent observer) «tombe sous leurs yeux», comme toute observation, non seulement parce que leur système d'attentes constitué des théories psychanalytiques les y prédispose, et aussi parce qu'ils conjecturent à l'avance le degré de précision voulu de l'observation. Les observations que peuvent faire les freudiens à partir de leur théorie de l'inconscient, ne peuvent être confondues avec d'authentiques prédictions réussies, elles sont, tout au plus, de fausses prédictions dont les résultats (les observations réalisées) sont préfabriqués à partir de leur théorie. On ne peut donc objecter que c'est précisément parce que la théorie de l'inconscient a des pouvoirs de prédiction et un contenu qu'elle permet de rendre observables ou interprétables certains faits qui resteraient invisibles ou incompréhensibles sans l'éclairage de cette théorie, puisque ces faits en sont les purs produits, ils ne sont pas des énoncés d'observation contradictoires ou falsificateurs virtuels (Popper) que la théorie a surpassé à l'issue d'un test indépendant. Les freudiens construisent en quelque sorte leur réalité, à l'aide de leurs interprétations et observations, pour qu'elle s'accorde avec leur théorie de l'inconscient. Quand un psychanalyste nous dit à propos d'une représentation, d'une émotion, ou d'un événement psychologique quelconque : « tiens, vous l'avez là, l'inconscient, il est confirmé, vous voyez bien ?! », il nous gruge sur la prétendue indépendance du fait observé avec les théories psychanalytiques qui permettent justement de l'interpréter comme un fait significatif de quelque chose ayant un rapport avec la théorie de l'inconscient. Répétons encore que les observations qui confirment positivement la théorie de l'inconscient, (lesquelles sont souvent stratégiquement confondues avec des prédictions par les freudiens ou présentées comme de vraies prédictions) qui peuvent être réalisées à partir de la théorie de l'inconscient de Freud, sont toujours faites à la lumière de cette théorie qu'elles ne peuvent que confirmer et sont nécessairement innombrables pour prétendre rendre compte, causalement, de la vie psychique et somatique dans ses moindres détails, puisque le plus insignifiant des faits psychologiques peut être expliqué par les freudiens, ou l'ensemble infini représentant la diversité des faits psychologiques. Ceci étant conforme avec les exigences de leur déterminisme mental prima faciae et absolu. Et c'est là que gît le principal problème : la classe des confirmations de la théorie de l'inconscient écrase tout. Il y a trop de confirmations et il ne peut y avoir que cela. Ceci rend le contenu de la théorie de l'inconscient insaisissable empiriquement. Et ceci rend la psychanalyse non conforme avec les règles du jeu scientifique, ainsi que l'explique Karl R. Popper : « Or la science théorique vise précisément à obtenir des théories aisément falsifiables (...). Son but est de restreindre au minimum l'éventail des événements permis.» In : «La logique de la découverte scientifique » Page : 113. Que voulons-nous dire ? Nous voulons dire, d'une part, que ce n'est pas sur la base d'un nombre même très grand d'observations qui paraissent la confirmer que nous pouvons dire qu'une théorie a prouvé sa valeur scientifique ou même son contenu empirique, et d'autre part, que cette classe illimitée des confirmations positives possibles de la théorie de l'inconscient ne permet pas l'existence d'une classe d'énoncés contradictoires qui la rendrait réfutable (et donc qui lui donnerait un contenu empirique) : les freudiens peuvent-ils, donner un seul exemple de rêve, de cauchemar, de représentation, d'émotion, d'intuition, etc, aussi simple soit-il, qui puisse contredire ou réfuter leur théorie ? La réponse est : non. Egalement, tout ce que je fais, le moindre de mes gestes, et de mes actes manqués peut être expliqué par la théorie de l'inconscient (mais il arrive aussi que les psychanalystes confondent prédiction et explication et oublient que prédire n'est pas expliquer). Les freudiens peuvent-ils donner un exemple d'acte manqué qui ne soit pas explicable par leur théorie ? La réponse est toujours : non. Autre exemple, quel est l'objet que nous pouvons manipuler dans la vie de tous les jours qui n'aurait pas pour les freudiens en lien quelconque avec la sexualité ou être interprétable d'après leur théorie psycho-sexuelle ? La réponse est encore : non, il n'y a aucun objet qui ne puisse échapper d'une façon ou d'une autre à l'explication freudienne. Si je rejette la théorie de l'inconscient, c'est que je refoule (inconsciemment), mon rejet de la théorie est le signe d'un refoulement psychopathologique, je confirme donc la théorie de l'inconscient, impossible de lui échapper, le piège rhétorique s'est refermé. Cette rhétorique du refoulement, (appelée «argument des résistances» par Jacques Van Rillaer dans son livre « Les illusions de la psychanalyse »), parce qu'elle se veut invincible, est précisément le talon d'Achille de la théorie freudienne, elle est l'une des multiples signatures de son irréfutabilité et de vouloir soustraire la théorie de l'inconscient à toute possibilité de critique rationnelle. Pour les raisons que nous venons de décrire, la psychanalyse ne peut être considérée comme une science empirique composée d'énoncés eux-mêmes dotés d'un contenu empirique donc d'un réel pouvoir d'explication et de prédiction. Certes, il existe des théories auxiliaires du programme de recherche de Freud qui peuvent être réfutables, mais tout ceci se fait sur la base d'une théorie de l'inconscient irréfutable laquelle ne peut permettre de ne déduire aucune conséquence testable, et qui est au fondement de toutes les prétentions thérapeutiques de la psychanalyse. Comme on l'aura compris, ce qui nous intéresse, ici, c'est le problème de la réfutabilité de la théorie de l'inconscient et non de quelques autres théories auxiliaires du «programme» de Freud. Notre point de vue rejoint la thèse poppérienne selon laquelle tant que les psychanalystes ne précisent pas les moyens par lesquels leur concept d'inconscient peut être mis à l'épreuve par une expérience indépendante, intersubjective, et extra-clinique, et tant qu'ils justifient le pouvoir explicatif illimité de leur théorie de l'inconscient à l'aide de leur postulat d'un déterminisme mental prima faciae et absolu, la psychanalyse ne doit pas être considérée comme une science capable de faire d'authentiques prédictions donc pouvant fonder une action thérapeutique d'une quelconque efficacité indépendante de tout effet placebogène.
Sigmund FREUD:
« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l'heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Sigmund FREUD, in : «Psychopathologie de la vie quotidienne.» Chapitre 12: «Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue». Édition: Payot. Page: 257.)
Conclusion :
L'inconscient freudien se voulant irréfutable et ne pouvant donner lieu qu'à la déduction d'autres énoncés théoriques fondés sur un déterminisme absolu, ainsi qu'à des «explications» de type circulaire du genre : «la mer est agitée parce que Neptune est de mauvaise humeur, ce qui se prouve par le fait que chaque fois que Neptune est de mauvaise humeur il agite la mer»; il est donc vide de tout contenu empirique (puisqu'il n'existe précisément rien sur quoi faire porter un test qui pourrait réfuter la théorie : on ne peut déduire de la théorie aucun énoncé de base contradictoire, qui puisse être confirmé ou infirmé expérimentalement, de manière indépendante et extra clinique) et ne peut s'appliquer à aucune réalité psychique qui, elle-même, ne soit définie ou fabriquée spécialement de toute pièce de façon à pouvoir permettre sa propre «vérification» (1)(Freud : « Au cours d'une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient ». In : « Cinq psychanalyses ») ! Comme le démontre Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre «Folies à plusieurs», la psychanalyse n'est qu'une machine auto-confirmatrice de ses propres affirmations dogmatiques et de ses propres «cas» qu'elle invente elle-même pour les besoins de ses théories. «Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n'est pas parce qu'elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s'appuie ou parce qu'elle crée de toute pièce la réalité qu'elle prétend décrire. C'est parce qu'elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l'artifice.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De L'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002). Le propre d'une théorie ou d'un concept authentiquement scientifique n'est pas d'être flexible au point de pouvoir tout expliquer, tout récupérer. « (...) Une fois de plus, on ne peut qu'admirer les capacités de récupération de la psychanalyse : non seulement elle intègre les faits qu'on lui objecte, mais elle va jusqu'à en faire l'effet de ratés de la théorie.» (In : Mikkel Borch-Jacobsen. Ouvrage cité plus haut, page 312). Une théorie ou un concept prouve sa valeur scientifique quand il permet de préciser ou de déduire dans quelles conditions particulières on pourrait effectuer des tests pour améliorer la théorie ou la valeur explicative du concept, en mettant ainsi en exergue son caractère empirique et falsifiable (réfutable). Ce qui signifie que ce sont les tests que l'on peut effectuer qui précisent les contours de la théorie ou du concept donc ses limites explicatives et par conséquent son contenu empirique. C'est la seule possibilité de permettre les tests qui prouve l'existence d'un contenu pour la théorie ou le concept que l'on teste. Dès lors, si un concept comme l'inconscient freudien, n'offre aucune limite (en montrant partout des confirmations quelles que soient les conditions par exemple) c'est-à-dire une trop grande flexibilité ou un pouvoir explicatif illimité, il ne prouve pas sa scientificité, mais précisément le contraire : son absence totale de testabilité donc de scientificité, puis de contenu, et par suite de pouvoir d'explication.
Il serait toutefois ridicule d'affirmer que nous n'avons pas d'activité inconsciente du fait de l'existence de certains travaux scientifiques dans les neurosciences par exemple, travaux que nous ne confondrons pas ou n'amalgamerons pas avec des preuves de scientificité de la psychanalyse ou la prétendue corroboration de sa théorie de l'inconscient, ce que les psychanalystes ne se sont pas privés de faire chaque fois qu'ils ont cru pouvoir le faire. Ainsi, et contrairement à la théorie freudienne, les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient.
« (...) Pourtant le père de la psychanalyse, lui aussi, s'était profondément trompé sur la nature des souvenirs dans le cerveau. (...) Le cerveau n'est pas un organe passif qui ne fait qu'enregistrer des stimuli et les comparer avec l'information déjà emmagasinée. L'esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l'environnement. (...) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, comme l'a écrit le neurophysiologiste Semir Zeki, n'est pas un simple chroniqueur de la réalité physique externe, mais il participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (...) Ainsi les pertes de mémoire seraient des pertes de connaissance. Ce qui nous conduit à penser que certains mécanismes de perte de mémoire peuvent être très différents des mécanismes énoncés par Freud, par exemple, le refoulement. (...) Le refoulement, (...), repose sur l'hypothèse qu'il existe des souvenirs figés. (...) Dans le cas de Sacks et de Wasserman, la connaissance des couleurs n'est pas bloquée - comprenons refoulée -, mais c'est la capacité même du cerveau à créer la catégorie des couleurs qui est détruite. Ce sont deux conceptions radicalement différentes du souvenir, de la conscience et de l'inconscient. (...) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l'âge adulte risque d'être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l'apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur le dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'est produit après la naissance. Cette découverte nous conduit à réviser toutes les théories - de Freud à l'intelligence artificielle - qui présupposaient l'existence de souvenirs figés, (...) notamment les théories sélectionnistes de Jean-Pierre Changeux et Gerald Edelmann.» (in : Israël Rosenfield. «Souvenirs artificiels». Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 - 90).
Mais ce que l'on peut affirmer c'est que l'inconscient de Freud et des psychanalystes n'a jamais existé, qu'il n'existe pas et qu'il n'existera jamais tant que les freudiens voudront le présenter comme quelque chose capable de tout expliquer, d'irréfutable. Enfin, à la suite de ceci on peut logiquement affirmer que les topiques freudiennes de l'organisation psychique ne sont que de pures constructions métaphoriques posées dogmatiquement sans aucune valeur préscientifique, qu'elles ne s'inscrivent explicitement dans aucune tradition de recherche scientifique préexistante (les freudiens seraient bien en peine d'en démontrer les liens logiques de testabilité). Aucun test respectant les règles de la méthode scientifique proposée par Popper n'a été construit et démontré par Freud pour justifier le passage de la première à la deuxième topique du psychisme. Ces spéculations que sont «l'inconscient», le «préconscient», le «ça», le «moi» et autre «surmoi» n'ont jamais pu aboutir à de véritables explications (scientifiquement testées) sur le fonctionnement de notre psychisme, et, surtout, des prédictions, et donc mener à aucune thérapie qui puisse être efficace. Mais les freudiens ont toujours eu l'audace de faire croire que de tels concepts avaient la même valeur scientifique que des concepts comme «électron», «atome», ou «énergie cinétique» employés dans une véritable science comme la Physique. C'est en cela que les psychanalystes signent leur grossière imposture scientifique. Tous ces termes freudiens ne sont que des métaphores, voire des images qui nous bluffent parce qu'une image ou une métaphore sont plus faciles d'accès par rapport à notre psychologie d'acquisition des connaissances et s'accordent plus facilement avec une certaine sensation ou intuition que nous pouvons avoir sur le réel fonctionnement des choses de notre psychisme. De ce point de vue, le texte freudien est, en lui-même une manipulation de l'esprit (2) (mais qu'à cela ne tienne, rétorquent les freudiens : cette manipulation peut aussi s'expliquer par nos théories !). La cohérence d'un discours ou d'un conte de fées, le poids des mots et le choc de certaines représentations qu'ils suscitent, ne suffisent pas à faire une Science. Ce qu'il faut pour «faire Science», ce sont, encore et toujours, des tests. Mais des tests bien différents dans leur nature de ceux du docteur Freud.
Toute la psychanalyse est une supercherie qui repose sur les délires mythomanes et les propres obsessions fantasmagoriques de Freud, sans parler des rêves de gloire de celui qui se disait être un «Conquistador» ! Pour la supercherie les mensonges et la gloire ça a marché et ça marche encore, mais pour la Science, les véritables scientifiques qui, heureusement, n'ont jamais attribué le Prix Nobel à Freud, ne s'y trompent plus et préfèrent ranger la psychanalyse du côté de l'astrologie ou la dianétique et les psychanalystes du côté des conteurs de fables ou des tireurs de tarots.
Notes :
(1) Ceci peut être rapproché de l'argument de Mikkel Borch-Jacobsen : « (...) L'effet de série, si souvent invoqué par Freud pour prouver l'objectivité des «découvertes» psychanalytiques, cache en fait un processus d'autoréplication et d'auto validation sans fin, chaque récit en engendrant un autre qui le confirme en retour. C'est ce que Karl Popper appelait non sans malice l'«Effet Oedipe», en reprochant aux psychanalystes de l'avoir insuffisamment étudié : l'histoire de l'Oedipe ne confirme l'oracle que dans l'exacte mesure où elle en est la conséquence. Les récits de cas psychanalytiques, de même, président et produisent ce qu'ils font mine de décrire, ils «performent» ce qu'ils prétendent constater. » (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil. Paris, mars 2002. Pages : 232-233).
(2) Citons, d'un autre point de vue, Patrick Mahony, dans son livre «Dora s'en va, violence dans la psychanalyse « (Editions : Seuil, les Empêcheurs de penser en rond), page 239 : « Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l'interprétation, bonne au mauvaise, de n'importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n'importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lire. De manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l'on n'est pas d'accord avec les idées d'un des ses passages, on est amené à tomber d'accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l'inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminemment intériorisable; le piège transférentiel posé par l'écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. »
« (...) il est clair que si l'on conçoit ainsi les lois naturelles, passant outre à la distinction entre énoncés singuliers et énoncés universels, le problème de l'induction doit paraître résolu. En effet, il est évident qu'il est parfaitement admissible d'inférer à partir d'énoncés singuliers des énoncés qui ne sont que numériquement universels. Mais il est également clair que le problème méthodologique de l'induction n'est pas concerné par cette solution. Car pour vérifier une loi naturelle, il faudrait relever de manière empirique chaque événement singulier auxquels pourrait s'appliquer la loi et constater que chacun s'y conforme effectivement, ce qui constitue une tâche manifestement impossible. (...) Tenter d'identifier une chose individuelle par les seules propriétés et relations universelles qui paraissent n'appartenir qu'à elle est voué à l'échec. Un tel procédé ne décrirait pas une seule chose individuelle, mais la classe universelle de tous ces individus auxquels ces propriétés et relations appartiennent. Même l'usage d'un système universel de coordonnées spatio-temporelles n'y changerait rien. La question de savoir s'il y a des choses individuelles correspondant à une description faite au moyen des noms universels et, dans ce cas, combien il y en a, est destiné à demeurer une question toujours ouverte. » (In : «La logique de la découverte scientifique.» Karl R. POPPER. Edition : Payot. Chapitre 3 : «les théories». Pages 61 et 64).
Publié par vdrpatrice à 11:24:22 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par vdrpatrice à 19:37:15 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) | Permaliens
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