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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Elisabeth Roudinesco... (Fin) | 20 août 2009

5. Elisabeth Roudinesco

et Le Livre noir de la psychanalyse.

5.1. Le livre noir de la psychanalyse

Le livre noir de la psychanalyse est un ouvrage qui a été co-écrit par près de quarante auteurs (historiens, philosophes, psychiatres...) spécialistes du freudisme et de la psychanalyse. On y découvre les thèses des érudits anglo-saxons de Freud, jusque-là pratiquement inconnues du grand public, mais également des témoignages de personnes ayant vécu la psychanalyse douloureusement. Le bilan de la psychanalyse que ce livre dresse est accablant. On y trouve les principales approches critiques de la psychanalyse : épistémologique, historiographique et thérapeutique. Il est à noter que certains articles réalisent une interaction entre les trois approches en montrant comment des preuves historiques établies à partir de documents d'archives permettent d'avoir une vue très précise sur les « méthodes de découverte et d'investigation de Freud » et d'en déduire que les conséquences thérapeutiques de ses théories sont bien différentes des prétendus succès éclatants qu'il n'a cessé de vanter tout au long de sa carrière.

A la lecture de ce livre, on se rend compte qu'on est en présence de récits rigoureux solidement étayés par des démonstrations et des preuves vérifiables.

Compte tenu du caractère synthétique des thèses développées dans Le livre noir et du langage simple et clair employé par ses auteurs, on peut considérer qu'il constitue une excellente invitation à se documenter plus en profondeur en découvrant les ouvrages de référence écrits des auteurs.

Le livre noir de la psychanalyse avec les Mensonges freudiens de Jacques Bénesteau offrent désormais au grand public français ce qu'il n'est plus permis d'ignorer sur Freud et sa théorie.

Contrairement à l'ouvrage de Jacques Bénesteau, Le livre noir de la psychanalyse n'est pas passé inaperçu dans les médias français, mais, tout comme Mensonges Freudiens, il a suscité moult réactions de la part des psychanalystes. Comme toujours, Madame Elisabeth Roudinesco n'a pas manqué d'occuper le devant de la scène, marquant ses interventions avec la méthode désormais reconnaissable par tous et qui constitue sa marque déposée.

5.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du Livre noir de la psychanalyse

Avant même la parution du livre noir (eh oui, c'est possible !), Elisabeth Roudinesco publie une longue note de lecture pour information à propos du livre, datée du 29 août 2005, qu'elle rend disponible sur Internet.

Dans la première partie de ce texte, l'historienne de la psychanalyse décrit le contenu de l'ouvrage comme étant une violente insulte envers tous les représentants du mouvement psychanalytique. Tout est bon pour discréditer le contenu de l'ouvrage : « Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interprétations parfois délirantes. Les références bibliographiques sont tronquées et l'index est un tissu d'erreurs ».

Roudinesco reconnaît, dans ce texte, que la psychanalyse traverse une crise dont les causes sont multiples et reproche aux auteurs du Livre noir de ne pas les avoir évoquées et d'avoir « abandonné tout esprit critique pour se livrer à des dénonciations extravagantes ». Elle explique également que Freud et la psychanalyse ne doivent pas payer pour des abus commis par des « charlatans » en évoquant les familles d'enfants autistes.

Elle nous dévoile ensuite la tonalité générale de l'ouvrage qu'elle compare à « celle d'un réquisitoire qui vise à réduire l'individu à la somme de ses comportements et à dénoncer toute tentative d'explorer l'inconscient ».

Ce livre, poursuit-elle, « est écrit dans une langue dénonciatrice, et truffée d'une terminologie évoquant les procès en sorcelleries : mystification, imposture, possession, préméditation, assassinats, meurtres, complots, etc. »

Puis, Elisabeth Roudinesco nous révèle que, dans deux des chapitres du Livre noir, les textes qui y sont rassemblés ne sont ni plus ni moins que des résumés de livres déjà publiés, et renvoie le lecteur à son Dictionnaire de la psychanalyse pour vérifier tout cela.

A la fin de la première partie de ce texte, Elisabeth Roudinesco évoque la une du Nouvel Observateur du 1er septembre 2005 qui, il faut le souligner, a été le premier à ouvrir la polémique en présentant honnêtement et courageusement Le Livre noir, grâce à un dossier d'Ursula Gauthier accusée par Roudinesco d'être « favorable de longue date aux TCC ».

La deuxième partie du texte de l'historienne est consacrée au statut juridique de l'ouvrage. Elle y précise que Le Livre noir est une « opération éditoriale », un « montage ou collage éditorial de différents articles » dont le but est de « nuire à une discipline et à ses représentants ». Elle dénonce également le fait que certains articles du livre n'ont rien à voir avec « l'expression de la volonté destructrice affirmée par l'éditrice et par ses trois collaborateurs ». Il faut savoir ce que l'on veut !

Dans la troisième partie de son travail, Roudinesco explique que « de nombreux passages de ce livre sont [...] diffamatoires » sans préciser lesquels, et qu'ils « pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats ». Elle termine ce paragraphe sans pouvoir s'empêcher de nous dévoiler sa peur quant à « l'impact » que pourrait avoir Le Livre noir sur l'opinion publique.

La quatrième partie du texte concerne la maison d'édition : Les Arènes, spécialisée, d'après Roudinesco, « dans la dénonciation des dossiers noirs de tout ».

Enfin, Roudinesco termine par un commentaire dans lequel elle dénonce le retranchement des psychanalystes « de la vie publique et de tout engagement politique», ce « retrait » qu'elle qualifie de néfaste (elle doit probablement compenser ce vide vu le nombre incalculable de ses interventions médiatiques). Elle lance clairement un appel de détresse à la « communauté psychanalytique » en la mettant en garde à propos de l'impact du Livre noir sur l'opinion publique et sur les patients en souffrance et en lui demandant de cesser de jouer à l'autruche quant aux « débats de sociétés » qui touchent leur discipline. Madame Roudinesco se sentirait-elle en position de faiblesse ?

Du côté de la presse, L'Express présente le Livre noir comme « une attaque au vitriol de l'œuvre de Freud et de ses héritiers, accusés de charlatanisme et d'abus de pouvoir » dans un contexte de crise mêlant deux affaires : le rapport de l'Inserm et l'amendement Accoyer qui « ont déclenché des prises de bec mémorables entre comportementalistes et analystes ».

Puis, le quotidien offre à Elisabeth Roudinesco sa propre tribune afin de mener sa « contre-attaque », seule, sans aucune partie adverse pour s'opposer à ses arguments. En effet, l'auteur de cet article, Gilbert Charles, n'a pas jugé nécessaire d'inviter un seul des auteurs du Livre noir pour le défendre ou même en justifier le contenu. C'est alors que la psychanalyste se voit accorder une interview sur mesure qui lui permet d'introduire un à un l'ensemble des arguments qu'elle avance dans le document Internet que nous avons vu précédemment. Mais, cette fois, elle est sûre de toucher un plus large publique : effet mouche garanti ! C'est à se demander si le journaliste n'a pas ajusté ses questions en fonction du discours préalablement préparé...

Cependant, la plaisanterie a assez duré et les réactions ne se sont pas faites attendre. Une semaine après la publication de cet article, le professeur Jacques Van Rillaer, un des principaux auteurs du Livre noir, s'adonne à une petite « analyse des affirmations d'Elisabeth Roudinesco » qui s'y trouvent. Il passe ainsi en revue une vingtaine de ses énoncés traitant divers aspects du contenu et de la forme de l'ouvrage et « qui témoignent d'une étonnante mauvaise foi ». Encore une fois, les rectifications apportées par le professeur concernent, la plupart du temps, des propos détournés et déformés par Mme Roudinesco. Il ne manque pas d'appuyer ses affirmations à l'aide de références bibliographiques précises, chose qu'Elisabeth Roudinesco omet souvent de faire... Il souligne également les énormes lacunes de la psychanalyste concernant la psychologie scientifique ce qui est quelque peu fâcheux pour quelqu'un qui prétend critiquer les TCC.

Une autre réaction, suite à l'interview de l'historienne de la psychanalyse parue dans l'Express du 5 septembre 2005, est celle de Laurent Beccaria, directeur des éditions Les Arènes qui adresse un droit de réponse à Elisabeth Roudinesco. En effet, d'après lui, la psychanalyste met gravement en cause la réputation des éditions qu'il dirige en supposant que certains articles du Livre noir auraient été inclus « à l'insu du plein gré » de leurs auteurs, ce qui est totalement faux ! Pour prouver qu'il n'a pas « violé le droit moral des propos des auteurs », il met à disposition l'ensemble des documents qui montrent que tous les auteurs du Livre noir ont écrit leurs textes en connaissant parfaitement « l'intention critique de l'ouvrage ».

Enfin, c'est au tour des principaux auteurs du Livre Noir de la Psychanalyse de répondre collectivement à Roudinesco. Ce sont toujours les mêmes faits qui lui sont reprochés : ils dénoncent les contrevérités et les accusations de la psychanalyste qui n'apporte aucune preuve de ce qu'elle avance. D'ailleurs, plusieurs points rejoignent ceux évoqués dans l'analyse du Professeur Van Rillaer.

En référence à l'article d'Ursula Gauthier : « Faut-il en finir avec la psychanalyse ? » paru dans le numéro du 1er septembre 2005, le Nouvel Observateur explique sa démarche qui n'a visiblement pas été appréciée par les psychanalystes. Laurent Joffrin précise dans cet article qu'il n'a jamais été question, pour le journal, de déclarer la guerre aux psychanalystes qu'il reconnaît comme étant de leurs amis. Tout simplement, le Livre Noir leur semblait soulever « des questions qui ne pouvaient rester sans réponse » et, c'est pourquoi, « pour équilibrer » leur dossier, ils avaient d'abord fait appel à « l'historienne de la psychanalyse la plus connue en France, Elisabeth Roudinesco ». C'est alors que l'on apprend que cette dernière « a d'abord refusé de débattre avec un quelconque auteur du "Livre noir" » à la grande surprise des journalistes du Nouvel Observateur. Puis, elle leur a proposé de « passer sous silence l'ouvrage » et de « remplacer les extraits prévus par un long entretien avec elle » justifiant sa démarche que le livre est « politiquement louche, à la limite de l'antisémitisme » (encore le fameux argument de l'antisémitisme !). Laurent Joffrin termine son courageux article en disant que le débat reste ouvert et qu'il « continuera à donner la parole à tous les protagonistes, sans se laisser intimider par un terrorisme intellectuel [...] qui ne sert pas les défenseurs de la cause freudienne ». 

La réaction d'Elisabeth Roudinesco face à cet article ne s'est pas fait attendre. Elle écrit un droit de réponse dans lequel elle tient à apporter quelques « précisions et mises au point ». Elle justifie ainsi son refus de participer au numéro du Nouvel Observateur consacré au Livre Noir en expliquant qu'il lui était impossible de participer à la « promotion d'un livre qui travaille, à l'évidence, à la démolition de la psychanalyse ». Concernant l'histoire du remplacement des extraits de l'ouvrage par un entretien avec elle, Roudinesco se défend en disant qu'elle aurait accepté une tribune à condition que la une du journal ne contribue pas également à « l'entreprise de démolition » de la discipline. Dans un troisième point, elle dit ne jamais avoir parlé d'antisémitisme à l'égard de cet ouvrage où elle n'en a décelé aucune trace. D'après elle, le journaliste a dû confondre avec les Mensonges Freudiens de Bénesteau (qu'il est bête, alors, ce journaliste !). Enfin, elle termine ce droit de réponse par une note de « fagotage », en sous-entendant qu'elle n'a aucune raison de faire partie du « petit groupe » qui aurait « mis en doute les capacités intellectuelles de la direction du Nouvel Observateur » étant donné que le journal l'a toujours très bien accueillie (il ne faudrait pas que Madame Roudinesco qui a déjà Le Monde à ses pieds, perde ses entrées au Nouvel Obs...).

Le 17 septembre 2005, le journal Libération publie deux articles sur la parution du Livre Noir de la Psychanalyse. Le premier donne la parole aux psychanalystes en rassemblant des répliques trouvées ça et là sans oublier de citer Elisabeth Roudinesco qui déclare que l' « on ne discute pas avec des gens qui veulent vous tuer. On parle d'eux sans eux. Pas de débats ». Cette réplique semble prendre des airs de justification à son refus au Nouvel Observateur précédemment évoqué. Puis le journaliste fait un rapide rappel des faits concernant les violents affrontements, qui durent depuis trois ans, entre psychanalystes et cognitivo-comportementalistes, auxquels vient s'ajouter la publication du Livre Noir... qui obtient un franc succès !

Le deuxième article est une interview qui donne enfin la parole à l'un des principaux auteurs du Livre Noir : Jean Cottraux [12], psychiatre des hôpitaux et chargé de cours à l'université de Lyon 1, et qui est présenté comme « un des plus ardents défenseurs des TCC ». Il explique que, selon lui, le but était de « lancer un débat sur la validité de la psychanalyse ». Le problème central, explique Jean Cottraux, c'est l'ambiguïté de la psychanalyse elle-même : guérit-elle ou ne guérit-elle pas ? Ce « double jeu » et « cette violence intellectuelle » deviennent insupportables aux yeux du psychiatre. Il termine cette interview en réfutant l'historienne de la psychanalyse qui déclarait qu'il n'y avait que 500 praticiens  « técécistes » : Cottraux en compte un peu plus du double et affirme que les TCC « vont bien » et qu'elles ont du succès non seulement auprès des professionnels mais aussi auprès des patients.  

Le document suivant provient de la plume d'Elisabeth Roudinesco qui règle ses comptes avec le professeur Jacques Van Rillaer qui lui aurait attribué des propos et des jugements, dans le Livre noir, qui ne sont pas les siens (ne serait-ce pas plutôt sa méthode à elle ?). Cette fois, l'historienne de la psychanalyse n'oublie pas de préciser les pages où se sont glissées les fausses déclarations. En fait, la psychanalyste ne recense que deux exemples et conclut que Jacques Van Rillaer « utilise des citations pour leur faire dire ce qu'elles ne disent pas ».

Dans son numéro 269 d'octobre 2005, le magazine Science et pseudo-sciences publie un article qui résume les mésaventures du Nouvel Observateur avec l'historienne de la psychanalyse à propos du Livre Noir. Pour cela, il cite l'article de Laurent Joffrin déjà évoqué et termine par une conclusion plutôt incisive que voici : « Elisabeth Roudinesco aurait dû demander directement à Philippe Douste-Blazy, le ministre de la Santé qui a retiré le rapport dérangeant de l'Inserm, l'interdiction pure et simple du Nouvel Obs, et de tous les journaux (peu nombreux) qui rendent compte de façon honnête et sans passion de la sortie du Livre noir ».

Le 12 octobre 2005, Elisabeth Roudinesco passe chez Jean Lebrun, seule (une fois de plus) sur France Culture dans l'émission Travaux publics. Elle y est invitée pour répondre de manière argumentée aux attaques du Livre Noir. Une seule question lui est posée à ce propos et dans laquelle Jean Lebrun lui demande de présenter certains aspects de la polémique autour de l'ouvrage de Catherine Meyer. Elle répond en disant que les courants comportementalistes ont toujours existé et les définit comme « des méthodes, au pire de dressage, au mieux de rééducation ». Elle explique ensuite qu'« il faut penser l'histoire de la psychanalyse avec ses périodes sombres, ses excès, ses questions d'héritage ». Or, c'est ni plus ni moins ce que le lecteur retrouve dans le Livre Noir, mais Elisabeth Roudinesco ne le voit pas de cet œil. Elle déclare également que les auteurs du Livre Noir disent que « tout ça n'a pas existé » ce qui est complètement faux ! Il n'a jamais été question de nier l'existence de la psychanalyse qui est, comme le dit Jean Cottraux dans Libération, « une des plus grandes idéologies du XXe siècle ». En revanche, il est évident que l'ouvrage démontre brillamment que, sur certains points, le père de la psychanalyse a effectivement menti.

Elisabeth Roudinesco ne mâche pas ses mots et n'hésite pas à parler d'une « théorie du complot » qui fait que « on ne peut pas parler avec des gens qui veulent assassiner et qui veulent prendre des places alors qu'ils ont des places ». Encore une fois, on peut entrevoir un semblant de justification concernant son refus de participer au débat proposé par le Nouvel Observateur. On se demande même si Elisabeth Roudinesco n'est pas en train de remercier furtivement le journaliste de France Culture pour l'avoir invitée SEULE !

L'interview s'achève par un petit « coup de pub » pour le livre à venir d'Elisabeth Roudinesco qui s'intitule : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse, dont nous parlerons dans le point 5.3.

Une autre interview a été accordée à la psychanalyste par la Radio Suisse Romande de Genève dans l'émission Les temps qui courent à l'occasion de la sortie d'un autre livre de l'historienne [13]. Au cours de l'entretien, la journaliste amène son invitée à donner son sentiment vis-à-vis du Livre Noir et vis-à-vis de l'attitude des psychanalystes qui devraient peut-être entreprendre une tâche d'autocritique de leur discipline. L'historienne répond que les psychanalystes se livrent bel et bien à la critique de la psychanalyse et de Freud, contrairement aux auteurs du Livre Noir qui, selon elle, montrent une véritable « volonté guerrière d'éradication de la discipline ». Elle ajoute, une fois de plus, que le débat est impossible avec des « extrémistes de cet ordre-là ».

5.3. La réplique littéraire d'Elisabeth Roudinesco

5.3.1 : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse

Pourquoi tant de haine ? paru aux éditions Navarin deux mois après la publication du Livre Noir, et qui a pour ambition de faire « comprendre pourquoi l'œuvre freudienne continue de susciter une telle haine » sonne faux.

Premièrement, il sonne faux de par sa taille. Le titre annonce tout de même l'anatomie d'un livre qui compte pas moins de 800 pages. Or la démonstration ne dure que le temps du premier chapitre d'un minuscule livre, qui en contient quatre et qui s'étendent sur 91 pages.

Deuxième et dernier point (la taille du commentaire reflète la taille de l'ouvrage), ce livre sonne faux de par son contenu. En effet, à plusieurs reprises, la psychanalyste a déclaré que certains textes du Livre Noir ne sont ni plus ni moins des résumés d'ouvrages ou des reprises d'articles déjà publiés. Or, pour cette œuvre anatomique, Roudinesco a explicitement repris ses propres interventions médiatiques pour trois des quatre chapitres dont sa note de lecture diffusée sur plusieurs sites « le 28 août 2005 » (sauf qu'elle est datée du 29 août) et son entretien avec Gilbert Charles de L'Express. Pour le dernier chapitre intitulé Autres voix, elle n'a fait que donner la parole à d'autres psychanalystes en reprenant simplement, pour la plupart, leurs interventions dans la presse française. Quel intérêt de lire cet ouvrage ? Autant lire la presse !

5.3.2 : Les retombées de son livre dans la presse française

On note que la presse française n'a pas fait beaucoup écho du livre de l'historienne de la psychanalyse. Seuls le journal Libération et Le Magazine littéraire font état de cette publication.

Libération ne lui consacre qu'un bref article dans lequel le journaliste décrit le contenu de l'ouvrage qui permettra aux lecteurs de « décoder » (c'est le mot !) « la longue histoire des résistances à la psychanalyse ».

Quant au Magazine littéraire, qui est ouvertement favorable à la psychanalyse, le livre de Roudinesco y est qualifié de « brillant » et « incisif », répondant parfaitement aux attaques du Livre Noir contre Freud.

La publication du Livre Noir est une très bonne chose étant donné que cet ouvrage s'adresse au grand public et non pas uniquement aux professionnels de la santé mentale. Ainsi, une quantité non négligeable d'informations a été mise à la disposition des Français qui peuvent désormais se faire leur propre opinion à propos de la théorie de l'inconscient. Malheureusement, en France, les « détracteurs » de Freud gênent et lorsqu'il s'agit de rétablir ou d'établir une vérité, les médias ne jouent pas le jeu (c'est le moins que l'on puisse dire).

C'est alors que nous avons pu constater que les interventions d'Elisabeth Roudinesco ne se faisaient jamais en présence de personnes qui pourraient la contredire. Par conséquent, elle peut avancer toutes sortes de choses qui sont souvent inacceptables mais qui sont prises pour argent comptant par un public vulnérable et crédule. C'est là qu'est le danger puisque c'est de cette manière que des fausses vérités sont intégrées dans le sens commun.

Les psychanalystes, cautionnés par les médias, bloquent les débats et parviennent ainsi à conserver une place influente dans le domaine de la santé mentale !

6. Conclusion.

Pour conclure ce travail, permettez-nous de laisser la parole à Patrice Van den Reysen qui semble avoir suivi de très près cette « guerre des psys »» et dont il fait une analyse brillante dans un article Internet intitulé La « guerre des psys », Elisabeth Roudinesco et les médias français, qui résume tout à fait le point de vue que nous avons adopté tout au long de ce travail :

 « [...] Cette dame [Elisabeth Roudinesco] n'a qu'à claquer des doigts, et la télévision, les journaux, les radios les plus en vue lui déroulent le tapis rouge.

A bien y réfléchir, on se demande s'il est bon pour la démocratie, ou, en tout cas, pour l'idée que nous nous en faisons, qu'un tel pouvoir sur l'information et sur la vérité, soit détenu par une seule personne, qui ne fait partie, de surcroît d'aucun organisme d'Etat. [...]

La question que je soulève, encore une fois, on l'aura compris, c'est : pourquoi accorder autant de pouvoir d'expression et donc de décision à une seule personne civile, telle que Madame Roudinesco ? En étendant un peu ma question à la cause de la psychanalyse, on peut se demander, pourquoi, des journaux comme l'Express, et, l'Humanité, ne laissent s'exprimer dans leurs tribunes prétendument "libres", qu'une partie des opposants dans la guerre des psys, c'est-à-dire les psychanalystes ? [...]Ces gens [les journalistes] ne sont pas des démocrates. Et il n'y a pas de tribunes, qui seraient « libres » et démocratiques sans refléter toutes les opinions en présence sur un problème. Car, comme l'explique Popper, un système dictatorial et totalitaire ne peut tolérer les opposants à la doctrine imposée à tous. Il y a eu des goulags pour les opposants au marxisme vulgaire, il y a eu des millions de morts. Et l'erreur fondamentale de Karl Marx, est d'avoir cru que l'instauration d'une dictature du prolétariat entraînerait la fin de tout conflit social politique, car cette façon de voir les choses implique aussi la fin de la démocratie qui suppose nécessairement l'existence des conflits politiques et rejette un système à parti unique.

On nous rétorquera que les partisans des TCC veulent imposer, eux aussi, leur pensé unique en évinçant la psychanalyse de la place prépondérante qu'elle occupe dans la Société française. Cette vision des choses me semble erronée, car les critiques, parfaitement fondées de la psychanalyse et qui auraient dû signer son arrêt de mort, existent depuis bien plus longtemps que les TCC n'aient atteint le niveau de développement et de médiatisation qu'on leur connaît aujourd'hui. [...]

La situation de Madame Roudinesco dans ce conflit, les possibilités d'expression et de décision dont elle dispose, sont, à mon sens, irrecevables dans une démocratie. Il suffit de constater qu'aucun autre corps de métier dans l'Hexagone, n'a de représentant qui puisse profiter d'une aussi large présence dans les médias pour, justement, se rendre compte qu'il y a quelque chose d'anormal ; c'est-à-dire que les psychanalystes jouissent d'une situation nettement privilégiée et disproportionnée par rapport aux autres corps de métier, ou même aux autres professionnels de la santé mentale ! Cette situation si particulière étant, bien entendu, la preuve que le freudisme et la psychanalyse ont acquis le statut de pensée unique au détriment des autres. Et Madame Roudinesco entend tout faire pour maintenir cet intolérable statu quo.

Je pense que la prise de conscience de cette situation aurait pu être faite, depuis longtemps, par la plupart des médias, qui ont, à tout crin, accueilli Madame Roudinesco et les psychanalystes, pour parler de tout et n'importe quoi au sujet des problèmes de notre société. C'est-à-dire pour leur permettre de conditionner et de dresser la société à leur mode de pensée (le symbolisme, l'analogie, l'évidence, l'induction...), leurs concepts creux et leur mirobolantes interprétations sur tous nos maux. C'est le cas de le dire, en France il y a deux langues « nationales » : le français, et le freudien ! (le lacanien, trop abscons, est devenu une langue morte après avoir été une langue de bois).

Il ne s'agit pas, en dernier ressort, de faire taire les psychanalystes par un moyen autoritaire, ou les censurer, comme ils ont fait censurer le rapport de l'INSERM sur les psychothérapies. Il s'agit de faire accepter et de faire comprendre que la recherche de la Vérité exige logiquement le rationalisme critique, c'est-à-dire, d'abord le pluralisme des idées, ensuite l'organisation, la création de tribunes permettant aux différents théoriciens et praticiens en opposition de confronter leurs arguments sur la place publique, afin que les usagers soient informés sur toutes les positions en présence et non pas sur une seule ligne de pensée. [...]Soyons responsables et courageux : mettons fin à la méthode de la pensée unique et à ses corollaires. Osons le rationalisme critique, et parions sur le fait que, loin d'avoir fait taire les freudiens par un moyen autoritaire et anti-démocratique, ces derniers se trouveront contraints au silence devant la publicité, rendue accessible à tous, de leurs mensonges, de leur esprit sectaire et fanatique, et l'imposture de leur discipline.

Notre seul espoir est de parier sur l'indépendance d'esprit, le jugement critique et le courage intellectuel du public, non encore informé sur les vérités que l'on étouffe ou que l'on détourne sur la psychanalyse dans ce pays. Ce n'est qu'au prix de ces coûteuses qualités, que la Vérité reprendra ses droits ».

 

Bibliographie

Bénesteau, J. (2002) Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire. Mardaga, 400 p.

Clément, C. (2006) Histoire de la psychanalyse à travers le monde. Le magazine littéraire, 449, 28-59.

Courtillier, M. (2005) La lutte de la Science contre les vérités révélées : le rapport de l'Inserm Psychothérapie. Trois approches évaluées, histoire d'un débat couru d'avance. Rapport de stage de Master 1 non publié. Université de Picardie Jules Verne.

Marti, M-J. (2006) Les marchands d'illusions : Dérives, abus, incompétences de la nébuleuse « Psy » française. Mardaga.

Meyer, C. (2005). Le Livre Noir de la Psychanalyse : vivre, penser et aller mieux sans Freud. Paris : les arènes.

Nordé, G. (2005). L'amendement Accoyer. Rapport de stage de Master 1 non publié. Université de Picardie Jules Vernes.

Roudinesco, E. (2004) Le patient, le thérapeute et l'Etat. Paris : Fayard.

Roudinesco, E. (2005) Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse. Paris : Navarin.

Van den Reysen, Patrice. (2005).  La « guerre des psys », Elisabeth Roudinesco et les médias français. Disponible sur le site Internet : http://vdrp.chez-alice.fr/index.html

 

Notes

[1] La présentation de l'historique s'appuie sur le rapport de stage de Nordé, 2005.

[2] Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders.

[3] Inserm, expertise collective (2004). Psychothérapies : trois approches évaluées. Les éditions de l'Inserm, Paris.

[4] Visiblement Mme Roudinesco semble ignorée que Jean-Michel Thurin, psychiatre, psychanalyste, était un des huit experts qui a rédigé le fameux rapport. Ou alors, le met-elle dans le même « panier » que ces scientistes de técécistes du fait qu'il soit psychiatre ?

[5] La présentation du rapport de l'Inserm s'appuie sur le rapport de stage de Courtillier, 2005

[6] Association créée en 1998, faite par et pour des personnes ayant souffert et souffrant de troubles anxieux et phobiques.

[7] Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie.

[8] Professeur de philosophie à la Sorbonne.

[9] Professeur Emérite de l'Université de Liège, Belgique.

[10] Cette lettre a été reproduite dans le Journal de Nervure.

[11] Thierry Meyssan, auteur de L'effroyable imposture (Carnot, 2002).

[12] Jean Cottraux est également un des auteurs du rapport de l'Inserm sur l'évaluation des thérapies (2004).

[13] Philosophes dans la tourmente. Fayard (2005).

Publié par vdrpatrice à 12:28:57 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Les causes de la schizophrénie et la part de la psychanalyse. | 02 juillet 2009

Chers récalcitrants éclairés,

 

L'aventure pseudo-scientifique de l'immaculée psychanalyse serait-elle en train de ressembler à un chemin de croix ? Dans son numéro du jeudi 2 juillet 2009, Martine Perez, journaliste au Figaro, nous livre les tous derniers résultats de recherches de haut niveau sur les  causes de la schizophrénie. Elle entame son propos en ces termes :

« Certains psychanalystes, des "antipsychiatres" ont accrédité durablement dans les années 1970-1980 l'idée que la schizophrénie était une maladie due à des perturbations et des interactions entre parents et enfants. Ces théories, sans aucun fondement autre qu’idéologique, ont durablement culpabilisé des générations de parents, prêts à se coucher sur le divan pour régler des problèmes réels ou imaginaires. Aujourd’hui, trois études publiées dans la revue scientifique Nature confirment le rôle majeur des anomalies génétiques dans cette maladie psychiatrique grave (…) ».

On sait depuis longtemps qu’un autre bastion de la psychanalyse, les causes de l’autisme, est tombé pour les mêmes raisons. Voici maintenant le tour de la schizophrénie. Par ailleurs, le rapport de l’INSERM sur l’évaluation des psychothérapies mettait aussi en évidence de manière claire le caractère foncièrement inopérant des cures d’orientation psychodynamique pour la plupart des troubles mentaux légers ou graves.

Cependant, les scientifiques qui ont corroboré le versant génétique de la schizophrénie ne sombrent pas pour autant dans un dogmatisme qui défendrait un déterminisme fondé sur la seule génétique. Ils envisagent en effet, d’autres facteurs déclanchants de cette pathologie comme certaines infections. Quid de la psychanalyse ? Rien.

Il faut maintenant faire le rapprochement entre l’emprise idéologique, médiatique donc, et pseudo-scientifique de l’Empire freudien en France, son caractère reconnu comme étant bien vide de tout pouvoir explicatif ou descriptif, et la façon scandaleuse dont ont pu être traités certains de ses critiques externes les plus avisés.

L’Empire freudien ne survit donc que pour défendre ses intérêts. Et il est vrai qu’avec un chiffre d’affaire annuel de plus 14 milliards d’euros pour l’ensemble des psychothérapies (dont une très large part est dominée par la théorie freudienne) (Cf. Marie-Jeanne Marti, « Les marchands d’illusions »), tous les gourous défenseurs du totem ne sont sans doute pas prêts de lâcher un tel morceau.

Le combat continue…

 

Publié par vdrpatrice à 20:30:58 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Le freudisme et la psychanalyse en Suède, ou le destin des impostures scientifiques. | 29 janvier 2009

Des nouvelles fraîches du front chers récalcitrants éclairés ! Nos amis suédois réagissent et s'organisent. Le "National Board of Health and Welfare" a tout récemment décidé que les thérapies psychodynamiques devaient disparaître des cliniques et hôpitaux du secteur public...

Une cible privilégiée à ce cataclysme : le traitement de l'autisme où, d'un jour à l'autre, le traitement par la psychanalyse disparaîtra totalement.

Tout cela permet l'émergence d'une nouvelle génération de thérapies efficaces et le rejet de la psychanalyse aux oubliettes de l'histoire de la santé publique de ce grand pays qu'est la Suède.

Espérons une réaction en chaîne qui ferait exploser tout le reste de l'édifice freudien, ou ce qu'il en reste, de part le monde, et surtout chez nous, bien sûr.


Mais hélas, comme en atteste l'énergie inépuisable de nos freudolâtres franco-franchouillards dans l'art de la désinformation, de la mauvaise foi, de la propagande et aussi du terrorisme intellectuel, cette idéologie dominante en France qu'est le freudisme, (grand totem de tous ces intellos médiatisés que sont les BHL, Roudinesco, Gori, JAM, Finkelkraut et consort), a encore de beaux jours devant elle si nous ne faisons rien. Mais que faire, justement, me direz-vous ? Et bien c'est simple. Il suffit d'user de son indépendance d'esprit, de son jugement critique, et de faire un effort. Un effort de lecture et d'auto formation sur les critiques externes de Freud et de la psychanalyse, au lieu de se contenter de faire la politique de l'autruche ou de s'endormir sur les dogmes freudiens, tels la théorie de l'inconscient refoulé. Assurément il y a des livres qu'ont peut lire...A commencer par "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire" de Jacques Bénesteau, dont l'auteur et le contenu du livre ont été si odieusement diffamés et diabolisés parce qu'ils disaient la vérité avec cette précision, cette richesse et cette ironie qui ne peuvent atteindre que les charlatans et ceux qui se croient pour toujours protégés par leurs capacités à exécuter des triples saltos rhétoriques à chaque assaut de la critique.

L'écran de fumée déployé par les freudiens autour du cristal de la vérité finit de jour en jour par se dissiper. Il pique de moins en moins les yeux...Car la poudre qu'il contient n'est que de la poudre de perlinpinpin, et bientôt c'est eux qui pourront prendre la poudre d'escampette et notre société fera enfin place nette de tous ces imposteurs grands pourvoyeurs d'obscurantisme.

Freud est partout en France, partout. A l'Ecole, dans les programmes de philosophie de terminale ; dans les discours de certains collègues lors des conseils de classe, lesquels ne se rendent plus compte de leurs réflexes intellectuels typiquement freudiens ; dans les propos inquiets des parents ; dans la formation des professeurs ; dans la santé mentale ; le monde de l'entreprise ; le monde du spectacle où les réalisateurs et autres metteurs en scène s'ingénient à créer des histoires et des personnages qui cadrent à ce que Freud à dit. Faire comme-Freud-a-dit voilà le leitmotiv. Et pour eux cela confirme la psychanalyse...Il est aussi présent dans le sport. Bachelard voulait superviser les chercheurs afin de mieux assurer la formation de l'esprit scientifique, mais heureusement ce projet n'a jamais donné lieu, à notre connaissance, à de tangibles avancées dans le domaine scientifique lequel ne doit rien à Freud. Et puis Freud est dans la rue, sur le comptoir du bistrot, dans une dispute de couple, dans les propos de la mouche du coche qui vous reproche sur un ton miéleux d'être trop sévère avec vos enfants. Le freudisme est une véritable gangue qui colle et se colle à tout, mais qui ne retient que ce qui s'y colle. Et quand cela ne colle pas, soit il développe divers stratagèmes pour engluer davantage les faits tout en protégeant la théorie, soit c'est le sempiternel recours à l'attaque personnelle (antisémite, névrosé, fasciste, mage noir des TCC, etc.).

Toute la psychanalyse repose sur une rhétorique du mensonge et de la déformation auto justifiée des faits. Mais le freudien ne "ment pas", il "redonne du sens" (!). Le freudien  ne déforme pas les faits, il tient compte de sa théorie selon laquelle l'inconscient n'a pas de logique (!) ou que c'est son ambivalence qui justement autorise à jouer comme il l'entend et selon les circonstances avec la nature des faits. Le freudien ne désinforme pas, il prétend empêcher que des "idées dangereuses" n'atteignent le public et le désinforme. Car pour le freudien être désinformé c'est ne pas être formé, ou formaté à son idéologie, c'est sortir du cadre, s'autoriser un bol d'air frais intellectuel à dose massive d'indépendance d'esprit.

Le freudien veut donc s'imposer partout où il va sans résistance. Si vous dites résister consciemment, pour lui, vous ne vous doutez pas que c'est inconsciemment que vous résistez. Donc que ce que vous dites n'est que le contenu manifeste d'un autre contenu qui lui est inconscient (latent), et qui veut certainement dire autre chose pour lui, de telle sorte que cela cadre toujours avec la théorie qu'il a en tête. Bref, lorsque vous parlez de vos souffrances conscientes, pour le freudien, c'est comme si vous rêviez ! Si vous ne dites rien, vous résistez encore. Votre silence est l'aveu d'une résistance inconsciente. Si vous dites enfin être d'accord, et bien nous sommes d'accord ! Freud a raison pardi ! Voilà comment le freudien peut faire ce qu'il veut avec les faits du réel. Parce que pour lui le réel n'est pas du domaine de la conscience, mais de l'inconscient psychique qui pour l'instant n'est rien d'autre que le produit du premier témoin princeps à l'avoir vu : Sigmund Freud. Le "Dichter" (Borch-Jacobsen) de base, ce poète qui a tout découvert dans le seul cadre de son auto-analyse et qui voulait cloner la Terre entière à l'image de son esprit. En France, on peut dire qu'il a presque réussit. Mais pour combien de temps encore ?...

 

Espoir...

 

Publié par vdrpatrice à 23:44:20 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Un cas de conscience éditorial. (Au sujet de deux livres du Professeur Robert Wilcocks. Par Jean-Pierre Luauté). | 23 janvier 2009

Avertissement : la revue « Neuro Psy news » vient, pour des raisons budgétaires, de disparaître. Elle avait été créée en 1986 par le Dr Georges Kouchner, père de l'actuel ministre et du Dr Gérard Kouchner, son dernier directeur lequel, malgré son entregent, n'a rien pu faire. Cette disparition est regrettable car il s'agissait de la dernière revue française qui osait encore accoler neuro et psy dans son titre et qui, malgré la séparation des deux disciplines en 1968, maintenait l'idée qu'« il n'y a pas de domaine réservé en psychopathologie dans lequel l'activité mentale serait indépendante des mécanismes cérébraux ». Cette citation heureuse se trouvait dans le premier numéro de la revue sous la plume d'un psychanalyste éminent, membre depuis le début du comité éditorial.

L'auteur de ces lignes (J-P Luauté) qui pendant une vingtaine d'années a intensément collaboré à la revue, relate ici un épisode survenu en 2005 qui lui était apparu significatif du caractère sacré et intouchable de la psychanalyse, et ce malgré l'esprit d'ouverture des personnes qui composaient le comité éditorial (le psychanalyste mentionné était absent). J-P Luauté, auteur pour la revue de plusieurs analyses d'ouvrages - sur commande ou le plus souvent à son initiative - avait proposé la recension que l'on va lire des deux livres de Robert Wilcocks. Sa proposition avait posé un cas de conscience au comité éditorial et, après une vive discussion, avait été acceptée mais à la condition d'être accompagnée d'un encart, que l'on trouvera en fin de cet article. Or c'était la première fois (et seule fois) qu'une recension faisait l'objet d'un tel appel au peuple, c'est-à-dire à un peuple dont on devait respecter les croyances. C'est ainsi qu'il avait interprété cet appel. Le Dr Jean-Pierre Luauté a fait une carrière de psychiatre public. Il est l'auteur de nombreux travaux sur des sujets de neuro-psychiatrie.

***

Maintenant que les vagues provoquées par la publication du « Livre noir de la psychanalyse »(1) - et plus encore par le commentaire plutôt favorable de tel grand hebdomadaire (11) - se sont apaisées, il nous paraît utile de revenir sur le sujet. Non pas tant pour un énième commentaire (les colonnes et le site de l'hebdomadaire en ont accueilli des dizaines), que pour la présentation de deux ouvrages de la même veine par un même auteur Robert Wilcocks, à peine mentionné dans le livre noir.

Il s'agit de « Maezel's Chess Player : Sigmund Freud and the Rhetoric of Deceit »(2) et de « Mousetraps and the Moon : The Strange Ride of Sigmund Freud and the Early Years of Psychoanalysis »(3). Les deux ouvrages se recoupent sur de nombreux points, nous indiquerons par WI et WII celui dans lequel se trouvent les passages qui ont retenu notre attention, en ajoutant en chiffre arabe le chapitre.

Pour qui a suivi depuis plusieurs années les nombreuses parutions d'ouvrages critiques sur la psychanalyse, le « Livre noir » ne contenait pas de nouveauté (si l'on excepte la trouvaille de l'article publié en 1925 par Huxley, joyau d'humour féroce comme seuls les britanniques sont capables d'en écrire). Disons que ce livre a eu le mérite, malgré ses défauts, de porter sur la voie publique un sujet resté trop longtemps tabou dans notre pays. Ses défauts sont ceux qui sont inhérents à ce genre d'ouvrages de compilation à auteurs multiples (quarante !), avec des textes où avoisinent le meilleur et le médiocre, avec de nombreuses redites et, compte tenu de son titre, des oublis curieux sur les dégâts causés par certaines idées psychanalytiques. Comparativement, pour qui voudrait aborder le sujet, on recommandera plutôt la lecture de « Mensonges freudiens » de Jacques Bénesteau (4) qui sous une forme ramassée est tout aussi complet mais avec une verve polémique qui stimule en permanence l'attention (rappelons que le prix de la Société Française d'Histoire de la Médecine avait été attribué à « Mensonges freudiens »).

L'ouvrage de Bénesteau n'est même pas cité dans le « Livre noir » en raison d'une censure avouée, et à notre avis (ayant suivi le procès qui a opposé l'auteur à Mme Roudinesco devant la 17ème chambre) parfaitement injustifiée. Mais l'affaire a été jugée et ceci est une autre histoire.(12) Cette parenthèse pour expliquer aussi pourquoi Robert Wilcocks a refusé, par solidarité avec Bénesteau, de participer au « Livre noir » et aussi probablement pourquoi ses propres ouvrages y sont à peine mentionnés. Nous les tenons pourtant pour essentiels et, dans la bibliothèque idéale d'un psychiatre cultivé, il faudrait, à notre avis, les ranger (au moins l'un des deux et nous avouons notre préférence pour WI) à côté de la Standard Edition, au même niveau que « Les fondements de la psychanalyse » de Grünbaum (5) et que les « Souvenirs d'Anna O » de Borch-Jacobsen (6).

Robert Wilcocks est britannique et son origine, c'est-à-dire sa formation, ont de l'importance. Il est professeur (depuis peu émérite) de littérature française à Edmonton (Université d'Alberta, Canada) et il a consacré vingt ans de sa vie à la critique du freudisme. Il fait partie de ces érudits anglo-saxons (scholars) qui ont soumis les textes fondateurs à une critique impitoyable et parmi ces auteurs il se range avec Cioffi et Crews, du côté des plus virulents. Toutefois son intransigeance concernant l'étendue des tromperies freudiennes va de pair avec la reconnaissance de l'immense talent littéraire de Freud, et Wilcocks explique ainsi son succès persistant auprès du public ainsi que les ravages causés dans les départements d'études littéraires en Amérique du Nord, là où il était bien placé pour en faire le constat désolé. L'application des théories freudiennes aux textes littéraires (WI, 1) repose le plus souvent sur l'argument d'autorité avec le pont aux ânes d'affirmations du genre « la psychanalyse nous enseigne que..., a prouvé que..., etc. ». Mais Wilcocks ne vise pas que des travaux d'étudiants, il épingle des critiques célèbres qui n'ont pas hésité ces dernières années à proposer des lectures psychanalytiques de textes aussi sacrés pour le lettré de langue anglaise que sont « Les grandes espérances » de Dickens, « Moby Dick » de Melville, « Le tour d'écrou » d'Henry James (WI, 8) et même Kipling, chez lequel tel critique célèbre (WII, 6) s'est fait fort de démasquer une homosexualité latente. Wilcocks s'insurge et il oppose à cet imposteur, et à propos justement de l'homosexualité latente, cette citation de René Girard « la latence fournit au prurit démystificateur partout exacerbé une occasion perpétuelle de se soulager sans dépense excessive de matière grise ». Mais c'est la réfutation d'un ouvrage laudateur de la psychanalyse par Peter Brook (WI, 1), auteur que Wilcocks admire par ailleurs, qui lui permet d'introduire ce qui constitue le socle de son argumentation critique, à savoir que tous ces auteurs acceptent les thèses psychanalytiques a priori, en ne se posant jamais la question de leur validité empirique. Wilcocks reprend ici ce qui devrait être selon Grünbaum (WI, 2) le préalable de toute application de la psychanalyse à d'autres domaines que le sien, étant entendu que dans son domaine propre elle aurait dû se soumettre la première à cette obligation... Wilcocks tient à se situer dans la continuité de Grünbaum et comme lui il dénonce la méthode clinique de la psychanalyse avec ses inférences causales étiologiques qui la rendent fondamentalement défectueuse du point de vue épistémique. Reconnaissons ici, à la décharge de nombreux littéraires, que les pièges élémentaires de l'inférence causale ne leur sont probablement pas familiers, sans rien dire de tous ceux qui ignorent la tradition empirique britannique et la pensée de Bacon et de Stuart Mill. Les ravages causés par la diffusion des thèses freudiennes en Amérique du Nord ont été dénoncés il y a déjà quelque temps par Fuller Torrey (7). On dira un mot de la situation dans notre pays.

Reste à s'expliquer les raisons du prestige persistant dont jouissent la psychanalyse et ceux qui s'en réclament. Pour Wilcocks son succès tient, depuis sa création, à l'immense talent de rhétoricien de son auteur et il en fait, en tant qu'écrivain de fiction, non seulement l'égal d'un Kipling, que Freud admirait tant (WII, 6,7), mais un émule d'Edgar Poe. Avec ce rapprochement Wilcocks pénètre au coeur de ce que permet la rhétorique (au-delà de sa définition même) : la tromperie. Mais autant son utilisation par Poe était-elle le moyen de servir la cause littéraire, autant Freud l'utilisait-il, selon Wilcocks, pour le pire : la duperie de ses malades et de ses lecteurs. L'exemple du récit intitulé « le joueur d'échecs de Maelzel » (WI, 5) lui permet d'opposer le pseudo récit scientifique créé par Poe, aux prétendus cas cliniques sur lesquels repose la psychanalyse. Wilcocks démonte brillamment l'art rhétorique de Poe, dont on rappellera qu'il s'était attaqué, dans cette parodie d'étude scientifique, au mystère de l'automate joueur d'échecs que Maelzel exhibait. Dans son argumentation Wilcocks fait référence à Boyle et à son « middle mode of discourse » (WI, 2), c'est-à-dire à la confusion délibérée entretenue par un discours à la fois référencé et métaphysique (par exemple le sens personnel que Freud donnait au terme de castration ou son invention du complexe d'OEdipe et de son universalité). On apprend que Poe, qui savait ce qu'il faisait, et qui était parfaitement conscient de l'effet trompeur obtenu auprès de lecteurs naïfs, avait dû assurer à l'un d'eux, à propos de « La vérité sur le cas de M. Valdemar », qu'il s'agissait bien d'un canular. On admirera le tact de sa réponse « quelques rares personnes y croient (à la vérité) - mais pas moi - et pas vous non plus ». Freud savait-il ce qu'il faisait quand il utilisait le « middle mode of discourse » pour rendre crédibles ses histoires cliniques ? Si pour Wilcocks la tromperie à l'égard d'autrui est manifeste, la question qui reste posée est de savoir si Freud était ou non dupe de ce qu'il avançait ? Cette question divise ses contempteurs et Wilcocks y consacre un chapitre entier (WII, 1). Le titre en est la phrase assassine du prix Nobel de médecine Sir Peter Medawar « la psychanalyse doctrinaire est le plus formidable abus de confiance intellectuel du XXème siècle ». Wilcocks rappelle les conditions historiques dans lesquelles la phrase a été écrite (dans sa recension en 1975 du neurochirurgien, Irving S. Cooper, The Victim Is Always The Same, où Cooper constate que de nombreux jeunes patients atteints de dystonia musculorum deformans qu'il devait opérer n'avaient pas été diagnostiqués et avaient été traités par la psychanalyse), puis il cite longuement les commentaires qu'elle a suscités. Les arguments à charge ne manquent pas : Freud accusé de ne pas examiner ses malades, de choisir systématiquement des diagnostics d'hystérie etc. Ils permettent à Wilcocks de réfuter la position de tous ceux qui trouvent des excuses à Freud. Il s'oppose ainsi, malgré le respect qu'il lui porte à Grünbaum (qui défendait l'honnêteté scientifique de Freud) et il refuse de suivre Webster (8) qui considère Freud comme un prophète messianique propagateur d'une authentique et indéniable mission morale. En revanche il rend hommage à Cioffi qui dès 1974 avait accusé Freud d'être un menteur, alors même qu'il ne disposait pas du formidable outil de travail apporté par la publication en 1985 de la correspondance intégrale de Freud à Fliess. Il rend grâce, à ce sujet, au courage de J Masson qui a exhumé ces documents, même s'il ne partage pas, loin de là, ses opinions. On signalera ici que la publication de l'intégralité de cette partie de la correspondance a été jusqu'à présent différée dans notre pays et que le lecteur francophone ne dispose toujours que de la version expurgée de 1956. L'édition intégrale devrait être publiée en 2006, on verra bien.(13)

Comparant pas à pas les textes publiés par Freud pendant cette période, à ses pensées et à ses préoccupations telles qu'il les confiait à son ami Fliess, Wilcocks s'étend longuement d'une part sur l'effrayante histoire d'Emma Eckstein (WI, 3), d'autre part sur la fabrication du premier rêve, celui de l'injection faite à Irma (WI, 7). Pour Wilcocks la catastrophique opération d'Emma, telle qu'elle n'a jamais été, et pour cause, publiée, devrait même constituer, à l'instar du premier rêve, ce que Freud appelait un cas spécimen (Borch-Jacobsen revendique cette appellation pour le cas Anna O.). Reconstituant la correspondance des deux compères, Freud et Fliess, Wilcocks rapproche de façon humoristique, mais parfaitement pertinente, leurs échanges de ceux de Bouvard et Pécuchet : mêmes certitudes absolues sur un sujet particulier (et ce malgré des connaissances minima) même enthousiasme, mêmes changements rapides de théorie, sans compter l'obsession sexuelle et le désir d'épater le bourgeois et de se faire valoir. Il n'empêche. C'est l'acceptation par Freud de la réalité d'une prétendue névrose nasale réflexe (une des élucubrations de Fliess) qui l'a amené à proposer à Emma Eckstein, qu'il traitait pour hystérie, l'ablation d'un cornet nasal, moyen radical pour supprimer ses douleurs d'estomac, lui ayant été affirmé que celles-ci étaient la conséquence de la masturbation qu'elle lui avait avouée, et qu'il existait un lien entre les tissus érectiles des fosses nasales et les muqueuses génitales !! (On rappelle que Freud pour qui la masturbation était une obsession, était lui-même un client de Fliess à qui il confiait ses fosses nasales détériorées par ses applications répétées de cocaïne). Les conséquences de l'opération d'Emma réalisée par Fliess furent désastreuses avec des écoulements purulents et des saignements, qui obligèrent à faire appel, cette fois, à un professionnel sérieux qui en examinant la malade découvrit une longue bande de gaze oubliée par Fliess...dont l'élimination provoqua un saignement cataclysmique. On ne peut s'empêcher en lisant ce récit d'évoquer encore une fois Flaubert décrivant la calamiteuse opération du pied bot tentée par Charles Bovary avec ses malheureuses conséquences. Une année plus tard donnant à Fliess des nouvelles d'Emma, Freud le rassurait et le disculpait définitivement en lui assurant qu'Emma continuait à saigner... mais qu'elle avait toujours saigné depuis son enfance car c'était pour elle un moyen d'attirer l'attention, ergo que c'était bien une hystérique. C'est en cela que le cas d'Emma Eckstein est exemplaire pour Wilcocks. On y voit en effet Freud à l'oeuvre : remplaçant une causalité exogène aux saignements (les conséquences d'une opération malheureuse) par une étiologie endogène (l'hystérie). Il introduisait là la répudiation prochaine (quelques mois plus tard) de la théorie de la séduction, au profit de l'OEdipe, soit également l'abandon d'une causalité extérieure au profit d'une « réalité psychique » (WI, 6). Or c'est dans cette même lettre, où il rassurait Fliess, qu'il lui racontait l'accueil glacial qu'il venait d'essuyer en présentant devant la Société Impériale de Médecine la possibilité d'une guérison totale de l'hystérie par la mise au jour, grâce à la psychanalyse, d'événements réellement vécus dans l'enfance, sa « neurotica ». On conçoit l'intérêt de ce changement de théorie puisqu'il lui permettait d'éviter dorénavant toute tentative de vérification empirique. La célèbre remarque de Krafft-Ebing qui présidait la séance « cela ressemble à un conte de fées scientifique » (WI, 4) consacrait à la fois le fiasco scientifique de la présentation et le talent de Freud en tant que conteur, mais cet hommage-là, Freud n'était pas prêt à l'accepter. L'injection faite à Irma était, selon Freud, le rêve spécimen de la « Traumdeutung » de 1900. C'est pour Wilcocks un spécimen de tromperie. Au terme d'un examen chronologique minutieux du texte et des lettres il peut en effet affirmer que l'incorporation des préoccupations de Freud concernant la diphtérie de sa fille Martha ne pouvaient pas être datées de son rêve du 24/7/1895, car la maladie n'est mentionnée dans la correspondance que deux ans plus tard. Il estime de plus que ce rêve n'est qu'une concaténation élaborée à partir d'une série de rêves datant de cette période. Et, « psychanalysant » quelque peu l'auteur, il interprète le rêve en fonction des soucis que Freud devait continuer à se faire pour sa carrière, quelques mois à peine après la désastreuse affaire Emma, personnage non mentionné dans le rêve mais clé de sa signification. Cela dit il apprécie la virtuosité du style, le brio du récit monologué et son apparente sincérité, d'où l'impact qu'il a toujours sur les lecteurs naïfs.

Les deux ouvrages de Wilcocks sont agrémentés, si l'on peut dire, de plusieurs « perles » freudiennes, appréciées par les connaisseurs, et que l'on laissera découvrir (WII, 4,8). Il est riche, compétence oblige, en références littéraires dont l'une (WI, 4) qui constitue la conclusion du « double assassinat dans la rue Morgue » pourrait avoir été, selon Wilcocks, la pensée adressée par Krafft-Ebing à Freud à l'issue de sa présentation (à notre avis elle s'applique aussi bien aux sentiments que Wilcocks porte à Freud). On rappellera qu'ayant résolu le mystère, Dupin avait dû affronter la mauvaise humeur du préfet de police, ce qu'il commenta ainsi : « notre ami le préfet est un peu trop fin pour être profond. Sa science n'a pas de base... Je l'adore particulièrement pour un merveilleux genre de cant auquel il doit sa réputation de génie. Je veux parler de sa manie de nier ce qui est et d'expliquer ce qui n'est pas » (dans la traduction de Baudelaire ; la fin en italique et en français dans le texte de Poe, est tirée de la Nouvelle Héloïse de Rousseau). Wilcocks ne se prétend pas un Dupin et il laisse aux hommes de sciences, et particulièrement aux neuroscientifiques le soin d'apporter les réponses aux sujets si superficiellement traités, mais avec tant d'aplomb par Freud. L'ambition de Wilcocks n'est que de préparer le terrain, de le débarrasser de ses détritus et il se définit ainsi comme l'un de ces obscurs « under-labourers » dont parlait John Locke (WII, 8). Commentant (WII, 5) l'hypothèse freudienne liant l'amnésie infantile physiologique à la masturbation, il critique vertement cette fantasmagorie et il estime que la prétention à un « dévoilement de l'amnésie infantile », qui a été à la base de l'épidémie du syndrome des faux souvenirs, en est une des raisons (WII, 5). Une autre étant que Freud n'avait jamais vraiment abandonné la thèse de la séduction infantile, thèse reprise par J Masson et les féministes. Le « livre noir » est discret (prudent ?) sur l'impact social des idées freudiennes, que ce soient celles du Père ou celles de ses épigones. Nombre d'affirmations, devenues des vérités officielles en sont des développements, mais tout autant dépourvus de preuves. Ainsi la nécessité de parler à un professionnel pour éviter le stress post traumatique, l'affirmation selon laquelle l'enfant dit toujours la vérité. Il aura fallu, à ce sujet, plusieurs drames récents pour que l'on revienne au simple bon sens et à la prudence. L'inventaire des méfaits de la psychanalyse tant sur le plan médical que « sociétal » reste à faire, et particulièrement dans notre pays compte tenu de son immense diffusion et de son emprise sur certaines professions.(14) Les mises en garde n'avaient pourtant pas manqué et il fallait être courageux à l'époque de la psychanalyse triomphante pour s'y opposer. C'était le cas de Pierre Debray-Ritzen dont les deux livres (9, 10) ne sont jamais cités par les critiques actuels. Une autre injustice à réparer.

 

Jean-Pierre Luauté.

Références & Notes

1 Le livre noir de la psychanalyse. Sous la direction de C Meyer. Les arènes 2005

2 R Wilcocks. Maezel's Chess Player : Sigmund Freud and the Rhetoric of Deceit. (Le joueur d'échecs de Maelzel : Sigmund Freud et la rhétorique de la tromperie) Roman & Littlefield ed 1994

3 R Wilcocks. Mousetraps and the Moon : The Strange Ride of Sigmund Freud and the Early Years of Psychoanalysis (Des souricières et la lune : l'étrange chevauchée de Sigmund Freud et les premières années de la psychanalyse) Lexington books ed 2000

4 J Bénesteau. Mensonges freudiens. Mardaga 2002

5 A Grünbaum. Les fondements de la psychanalyse. PUF 1996

6 M Borch-Jacobsen. Souvenirs d'Anna O. Une mystification centenaire. Aubier 1995

7 E F Torrey. Freudian Fraud. The Malignant Effect of Freud's Theory on American Thought and Culture. N Y Harper Collins 1992

8 R Webster. Le Freud inconnu. Exergue 1998

9 P Debray-Ritzen. La scholastique freudienne. Fayard 1972

10 P Debray-Ritzen. La psychanalyse, cette imposture. Albin Michel 1991.

11 le grand hebdomadaire est le Nouvel Observateur.

12 en réalité le procès n'a pas eu lieu sur le fond puisque la « citation » a été rejetée par le tribunal.

13 l'édition française des lettres de Freud à Fliess a bien paru à l'automne 2006, cinquante ans après l'édition caviardée, aux Presses Universitaire de France.

14 l'inventaire des méfaits de la psychiatrie reste toujours à faire sur le plan psychiatrique, notamment en ce qui concerne les soins aux malades les plus graves, les psychotiques. Quelques affaires récentes sont hélas là pour montrer les dangers que les psychiatres publics font courir à leurs patients, et à la société, en voulant calquer leur activité sur celle du psychanalyste en cabinet. Nous y reviendrons.

***

Texte paru dans Neuropsy News vol 5 n° 1 janvier 2006, pages 41-44,
accompagné de l'encart suivant intitulé : « Droit de réponse (sic). » « La teneur des propos de Robert Wilcocks et la coloration volontairement polémique du texte de Jean-Pierre Luauté ont, bien sûr, vocation à susciter des réactions. Voilà pourquoi un droit de réponse est ouvert à tous nos lecteurs et sera publié dans un prochain numéro. N'hésitez pas à nous adresser vos commentaires sur cet article. Ils sont les bienvenus... » Il y eut trois réponses que l'on peut lire, si on le désire, dans le numéro suivant de la revue.

Publié par vdrpatrice à 21:45:02 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Jean de La Fontaine, anti-freudien avant l'heure ?... | 14 décembre 2008

La Fontaine...La Fontaine...Si je devais choisir parmi tous les génies de la Terre, et bien ce serait lui. Alors, le génie cela ne se commente pas. Cela se laisse entendre ou bien lire.

Je propose cette fable, qui s'intitule : Les médecins.

Par cette fable de la Fontaine, nous voulons illustrer le fait que considérés comme "médecins" de l'âme, les psychanalystes qui aiment tellement jouer des ambivalences, sont tout à la fois "Tant Pis" et "Tant Mieux", c'est-à-dire une seule et même personne.


 

Le médecin Tant Pis allait voir un malade


Que visitait aussi son confrère Tant Mieux.


Ce dernier espérait, quoique son camarade


Soutînt que le gisant irait voir ses aïeux.


Tous deux s'étant trouvés différents pour la cure,


Leur malade paya le tribut à nature,


Après qu'en ses conseils Tant Pis eut été cru.


Ils triomphaient encore sur cette maladie.


L'un disait : "Il est mort; je l'avais bien prévu.


- S'il m'eût cru, disait l'autre, il serait plein de vie." 

 

Publié par vdrpatrice à 19:35:20 dans Résistances... | Commentaires (0) |

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