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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Sigmund Freud, déchiré entre faux scrupules et vrai cynisme.... | 13 juin 2008

ROSA, MITZI, DOLPHI, et PAULA - (Décembre 2003)

Les sœurs sacrifiées de Sigmund Freud.

 

« A Benito Mussolini, avec l'humble salut d'un vieil homme qui reconnaît dans le gouvernant le héros de la culture. » (Sigmund Freud, Vienne, le 26 avril 1933 ; dédicace du livre « Pourquoi la guerre »). 

 

Un portrait à l'huile montre Freud âgé de douze ans au côté de ses cinq sœurs et de son frère Alexander. Une photographie de ce tableau ( SIGMUND FREUD - Lieux, visages, objets - 1979 - Gallimard ) porte la légende suivante : ( Communication orale d'Alexander Freud )- « J'avais six ans lorsque mon frère Sigmund âgé de seize ans me dit " Regarde Alexander, notre famille est comme un livre. Tu es le cadet de la famille et moi l'aîné, ainsi nous sommes les solides couvercles qui doivent soutenir et abriter les faibles sœurs nées après moi et avant toi." ».

On le sait, toutes ( sauf Anna l'aînée mariée en Amérique) périrent en déportation en 1942 et 1943.

Sigmund Freud, lui, mourut en sécurité dans sa belle maison anglaise en 1939, un mois après le début de la guerre.

Son principal hagiographe Ernest Jones, à propos de la fin des quatre sœurs, écrit simplement : « Par bonheur il ne sut jamais ce qu'il advint d'elles »..Tout est bien puisque l'âme du grand homme peut dormir en paix. Et, après tout, le calvaire final de Rosa, Mitzi, Dolphi et Paula n'est que l'aboutissement de vies sacrifiées dès l'enfance à la gloire de l'aîné, le "Sigi en or" d'Amalia, sa mère idolâtre.

En réalité, si vraiment Sigmund Freud a prononcé les mots cités par son frère dans l' adolescence, on peut qualifier l' attitude qu'il eut par la suite de "forfaiture".

Sur le portrait de famille, les cinq regards des petites filles, dont la vivacité n'a pas échappé au peintre, nous interpellent. Pourquoi les lois de Mendel se seraient-elles trahies pour réserver au seul Sigmund l'aptitude à comprendre le monde ?... Malheureusement, aucune d'elles n'a eu droit même à l'embryon d'une culture. Déjà sur ce tableau les rôles sont distribués. Anna tient une guirlande de roses, Marie un panier de fleurs. Rosa aussi a sa petite branche. Les deux autres entourent leur petit frère âgé de deux ans qui tient un fouet et un polichinelle ; mais dans la main de Sigmund on a mis un livre. Hélas, cet homme considéré comme un des pionniers du progrès humain s'est fort bien accommodé de ces normes, au point d'en faire dans certains de ses écrits, l'apologie.

On retrouve les cinq sœurs sur une photo de famille de 1876. Les regards sont toujours pleins de promesses. Par exemple celui de la belle Paula avec son front haut, ses traits fins, sa silhouette élancée qu'on devine sous le corset, une dignité un peu hautaine... Elle n'a que douze ans mais porte haut sa petite poitrine et semble sûre d'elle. Elle fait penser aux Filles de Lumière qu'on voyait naguère en Israël, mi-femmes soldats, mi- madones des kibboutzim. Derrière elle se tient Anna, l'aînée, à côté de son frère Sigmund qui détesta l'intruse dès sa naissance. Plus loin Rosa réputée "la sœur préférée" de Freud. Elle habita sur le même palier pendant son bref mariage puis déménagea ensuite laissant aux Freud son appartement. Des recoupements ultérieurs laissent penser qu'elle fut toute sa vie une victime (consentante, précise Freud). Elle eut deux enfants, l'un, à vingt ans fut le seul tué de la famille pendant la guerre de 14-18 ; l'autre, enceinte hors mariage se suicida. La petite Marie (dite Mitzi) pas très jolie, eut un destin peu glorieux : dans les années 1880, Jacob Freud, le père, subit de graves revers financiers accrus par la crise qui sévissait à ce moment en Autriche. Le biographe Ernest Jones relate en détail la vie de la famille à cette époque. A un certain moment, nous dit-il, la famille ne disposait que d'un florin par jour (environ deux francs or). Les sœurs étaient dans un état de maigreur à faire peur. Jones nous dit pourtant que ce sont les femmes qui ont amélioré le sort de la famille. Mais comment ?... N'ayant pas fait d'études, les jeunes files ne pouvaient postuler qu'aux emplois domestiques. Alors, par amour-propre, on obligea Rosa à partir en Angleterre et on envoya Mitzi à Paris cacher sa pauvreté et se placer comme bonne à tout faire. (Jones signale qu'elle n'y apprit pas le français). De là elle trouva moyen d'envoyer deux cents francs à sa mère ...

Et Sigmund, lui, comment vit-il à cette époque ?... Il commence ses études de Médecine en 1873, année du crack qui ruina sa famille en même temps que la moitié de l'Autriche. Le jeune homme suit les cours qui lui plaisent, picorant dans des domaines annexes au point de consacrer trois années de plus que nécessaire à l'obtention de son diplôme. Quarante ans plus tard il écrira : « Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu dans mes jeunes années le désir de soulager l'humanité souffrante ». Apparemment il n'a pas non plus le désir de soulager la misère de sa famille qui se sacrifie pour lui car, à vingt-sept ans (alors qu'il est fiancé depuis un an) il vit toujours chez ses parents, monopolisant l'éclairage moderne ainsi qu'une pièce lui servant de bureau, tandis que les autres s'éclairent à la bougie et s'entassent dans les trois pièces restantes. Il fait également supprimer le piano d'Anna pour ne pas être dérangé par le "bruit".(D'autre part il surveille ses lectures lui interdisant Flaubert et Dumas et met en garde ses sœurs contre tout penchant à la séduction.)

Pendant son séjour de six mois à Paris (où il vit surtout avec de l'argent emprunté) il va au théâtre et fait bonne figure dans le cercle mondain de son maître Charcot. C'est probablement l'époque où sa sœur Mitzi s'y trouve, mais Jones ne mentionne pas la moindre rencontre.

Revenu en Autriche, logé et chauffé à l'hôpital de Vienne, il avait besoin du double de son traitement de trente florins pour vivre. Il lui fallait de la viande deux fois par jour, des cigares en quantités et il ne pouvait supporter d'être mal vêtu. Il finit par avoir de grosses dettes qu'il ne remboursera jamais.

Tandis que les petites sœurs, au bord de l'inanition trouvaient le moyen d'envoyer de l'argent à leurs parents, Freud ne s'installa comme médecin que sous la pression d'un de ses maîtres et surtout le désir d'épouser Martha après quatre ans de fiançailles. Il ouvrit son cabinet à Pâques 1886, soit plus de douze ans après le début de ses études et cinq ans après l'obtention de son diplôme.

Quatre de ses sœurs s'étaient mariées ou fiancées avant lui : Anna l'aînée avait épousé Elie Bernays, le frère de Martha ; Rosa, la préférée (dont il n'assista pas cependant au mariage) devint frau Graf ; la jolie Paula fut mariée pendant cinq ans à un Monsieur Winternitz puis devint veuve ; Marie, la petite exilée parisienne épousa un cousin roumain (méprisé par Freud comme "asiate") et continua à s'appeler Freud. En 1884 Freud écrit à Martha « Mais ne te semble-t-il pas qu'on s'arrache nos petites sottes ? Dolphi est la seule qui soit encore libre. Elle m'a dit hier - je l'avais invitée à goûter pour qu'elle répare ma redingote noire - "Comme ce doit être merveilleux d'épouser un homme cultivé, mais un homme cultivé ne voudrait pas de moi n'est ce pas ?" Je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant cette affirmation ». - (Ce n'est pas de la question qu'il rit mais bien de l'affirmation : la prétention à vouloir épouser un homme cultivé) Ce rire sonne donc comme une cinglante confirmation du peu de cas que Freud faisait de ses sœurs. Non pas par cruauté mais par un machisme impunément étalé qui tient pour zéro toute aspiration d'une femme à autre chose que l'humble service de l'homme. La petite Dolphi n'épousa pas un homme cultivé. Elle n'épousa personne et resta auprès de sa mère jusqu'à la mort de celle-ci survenue à quatre-vingt-quinze ans.

Trois mois après l'Anschluss du 11 Mars 1938, Freud et sa famille avaient quitté Vienne pour l'Angleterre. Le récit de cette émigration est consignée dans le détail par Ernest Jones (avec comme toujours quelques erreurs de dates), mais ce récit, cautionné par Anna Freud, est précieux. Son dévouement à Freud est si total, il épouse si complètement sa façon de voir vis-à-vis de ses sœurs, qu'il n'a même pas l'idée qu'une relation fidèle des évènements puisse le desservir .(D'ailleurs qui cela a-t-il choqué ?) Et pourtant...

Freud a quatre-vingt-deux ans. Il souffre depuis vint-trois ans d'un cancer de la mâchoire. Quand survient l'Anschluss il se dit d'abord trop vieux et trop malade pour quitter Vienne, mais il cède finalement à la pression de son entourage. Seulement quel pays voudrait l'accueillir avec sa famille ? Ensuite, les Nazis les laisseraient-ils partir ? Ernest Jones trouva facilement un pays d'accueil : l'Angleterre.

La Psychanalyse avait fait un chemin glorieux et Freud était mondialement connu. Ainsi on n'hésita pas à solliciter l'intervention du Président Roosevelt lui-même qui, par ambassadeurs, secrétaires d'Etat et chargés d'Affaires interposés fit pression pour obtenir cet exeat. (Il y eut aussi l'intervention inattendue de Mussolini à qui Freud avait dédicacé un de ses livres.)

Grâce à quelques autres appuis ou connaissances, y compris au sein du régime Nazi, Freud put sauver une bonne partie de sa fortune ainsi que ses collections de statuettes antiques qui arrivèrent intactes en Angleterre. Il put ainsi acheter Maresfeld Garden, la grande maison devenue musée, qu'on équipa même d'un ascenseur. Et Freud put faire face aux soins extrêmement coûteux que réclamait son état, y compris les visites des médecins et chirurgiens venus du continent, dont celle du Professeur Lassagne, médecin-chef de l'Hôpital Pierre et Marie Curie, à Paris.

En Angleterre, Jones avait remué ciel et terre pour que les précieux émigrés bénéficient même du droit de travailler. C'est ainsi qu'il écrit que par amitié (ils patinaient ensemble) le ministre de l'Intérieur lui donna « carte blanche pour remplir les formulaires d'entrée, concédant également le droit de travailler pour Freud, sa famille, ses domestiques, ses médecins personnels et pour un certain nombre de ses élèves et de leur famille ». Ainsi, en ordre dispersé arrivèrent là-bas, outre Freud et sa femme, sa belle-sœur Mina, ses fils, filles, brus, gendres, petits-enfants, l'amie d'Anna : Dorothy Burlingham, les domestiques, les médecins particuliers, sans oublier le Chow-Chow "Lün" et la précieuse collection à laquelle Freud attachait la plus grande importance. Si bien que, comme l'écrit Martha à la fille de sa belle-sœur Marie : « Si on ne pensait pas tout le temps au sort de ceux qu'on a laissé là-bas, on serait parfaitement heureux ». Brave Martha !... Que n'a-t-elle eu son mot à dire quand Freud décida de ne pas inscrire Rosa, Marie, Dolphi et Paula sur le formulaire envoyé par Jones.

Jones explique ainsi l'attitude de Freud envers ses sœurs « N'ayant aucun espoir de pouvoir subvenir à leurs besoins à Londres, Freud avait du laisser ses vieilles sœurs... Mais lorsque le danger nazi se fit plus proche, son frère Alexander et lui leur donnèrent la somme de 160 000 Schillings autrichiens (environ 22400 dollars) somme qui devait suffire pour leur vieillesse, à condition de ne pas être confisquée par les nazis ». Or :

1) 22000 dollars placés en Angleterre n'auraient-ils pas été plus en sécurité que dans l'Autriche nazie ?

2) En fait les 160000 Sch. ne sont pas un don tardif des deux frères (Alexander avait émigré deux mois avant son frère et se trouvait en Suisse complètement ruiné). mais résultait d'un fonds constitué dans les années trente par eux-mêmes et leur sœur Anna qui vivait en Amérique. Malheureusement il restait un arriéré d'impôt et la somme qu'on leur remit en 1938 fondit complètement du fait de cet arriéré augmenté d'un impôt de 25% qu'on nommait la juva (impôt expiatoire imposé aux juifs).

3) Sur « le danger nazi qui se fit plus proche », on lit dans le livre de Peter Gay : Freud, une vie, une œuvre (1998) « Cet esprit de haineuse vengeance, ce fanatisme sadique que les allemands avaient mis cinq ans à acquérir, fut l'affaire de quelques jours pour les autrichiens... Les incidents qui se multiplièrent dans les rues des villes et des villages...dépassèrent en horreur tout ce qu'on avait pu voir dans le Reich hitlérien » .

Jones qui était venu à Vienne à ce moment n'a pu ignorer cela, non plus que Martin et Anna ( les enfants Freud ) tout deux emmenés et retenus par la Gestapo. On ne peut pas croire, désireux comme ils l'étaient de convaincre leur père de la nécessité du départ qu'ils ne l'aient pas mis au courant. Freud lui-même avait reçu la visite de la Gestapo et tenait un journal des évènements.

Il était certes affaibli physiquement mais tout prouve qu'il avait entièrement sa tête. Pendant les deux mois qui le séparent de l'exil il travaille à son ouvrage sur Moïse et traduit, avec Anna, un livre sur le Chow-Chow de MarieBonaparte ( !)

Durant les quinze mois qu'il vivra encore en Angleterre, entre les interventions sur sa mâchoire il recevra des clients en analyse. Il écrira, recevra de nombreuses visites, se fera filmer et suivra de près la question de son éventuelle nomination pour le prix Nobel.

Les raisons pour lesquelles les quatre sœurs ont été laissées à Vienne, seules et sans appui, ne sont évidemment ni financières ni liées à un quelconque affaiblissement de son esprit. Les chroniqueurs sont, sur ce sujet, particulièrement discrets et leurs commentaires gênés sont presque toujours erronés. On a parlé de leur grand âge et de leur mauvais état de santé. Mais Sigmund n'était-il pas leur aîné, et il était difficile d'être plus malade que lui. Mina Bernays fut du voyage, et pourtant on la sortit d'une clinique où on venait de l'opérer des yeux, pour la transporter à Londres où elle eut une longue et périlleuse convalescence.

Les quatre sœurs avaient résisté à la famine dans leur jeunesse, à la guerre, aux deuils les plus cruels. (La longévité des femmes Freud est exceptionnelle). Quand elles furent déportées en 1942, elles avaient derrière elles quatre ans d'une vie épouvantable dont on a quelques échos, par exemple cette lettre de Janvier 1941 qu'elles adressent au gérant nazi de leurs biens : « Très honoré Docteur - La misère extrême nous oblige à faire appel à votre aide malgré votre attitude de refus dans la question de l'appartement » (Chassées de celui qu'elles louaient, elles s'étaient réfugiées dans celui d'Alexander). « Après avoir du, il y a trois mois, héberger deux couples dans notre appartement, nous recevons une nouvelle affectation de huit personnes et nous, les quatre sœurs, sommes confinées dans une seule pièce qui doit tenir lieu de chambre et de pièce de séjour. Nous sommes, comme vous le savez, des personnes âgées, souvent malades, alitées, une aération et le ménage sont impossibles sans atteinte à la santé ainsi que le rangement des ustensiles de première nécessité. Le plus simple commandement d'humanité s'oppose à une telle contrainte et nous ne pouvons pas penser que vous resterez insensibles devant cette exigence et que vous nous refuserez votre aide. C'est pourquoi nous nous tournons vers vous, très honoré Docteur, en tant que notre représentant avec la prière ardente de demander exceptionnellement et en insistant sur l'urgence auprès du responsable de la réinstallation des juifs du premier district, de restreindre la nouvelle installation à quatre personnes au lieu de huit ; pour ces personnes une solution a été trouvée. Dans l'attente que vous voudrez bien accorder une oreille attentive à notre appel désespéré, nous signons... Marie Freud, Adolphine Freud, Pauline Winternitz. » (Cette lettre ne porte pas la signature de Rosa). Le lendemain, les sœurs écrivent qu'une intervention est devenue sans objet, l'installation des huit personnes ayant déjà eu lieu.

A la fin de 1938, ce qui restait de leurs biens avait été bloqué sur un compte géré par un administrateur, Eric Führer qui se révéla une franche canaille. Il donna aux sœurs de quoi subsister jusqu'à Juin 40. A cette date, un SOS a été envoyé au fils d'Alexander parvenu à New York qui envoya 12O dollars mensuels.

Le 29 Juin 1942, on emmena Marie, Dolphi et Paula au camp de concentration de Théresienstadt. Rosa Graf les suivit par le convoi du 29 Août. Là, la célibataire un peu souffreteuse qui raccommodait les vêtements de son frère, survécut aux privations jusqu'en février 1943, puis mourut probablement de faim, à quatre-vingt un an. Marie, la petite exilée parisienne qui économisa sur ses gages pour envoyer 200 francs à sa mère, et la belle Paula, furent gazées au camp d'extermination de Maly Trostinec, le 23 Septembre 1942. Quant-à Rosa "la sœur préférée", elle se retrouva à Treblinka dans un des cinq convois de 8000 personnes qui y furent déportées entre le 5 et le 12 Octobre 1942.

Un témoin au procès de Nuremberg, Mr Razjman raconte ce qui suit « Le train arriva de Vienne. J'étais alors sur le quai quand les gens furent sortis des wagons. Une femme d'un certain âge s'approcha de Frantz Kurt (le commandant du camp), présenta un Ausweis et dit être la sœur de Sigmund Freud. Elle pria qu'on l'emploie à un travail de bureau facile. Frantz examina avec soin l'Ausweis et dit qu'il s'agissait probablement d'une erreur, la conduisit à l'indicateur de chemin de fer et dit que dans deux heures un train retournait à Vienne. Elle pouvait laisser là tous ses objets de valeur et documents, aller aux douches et, après le bain, ses documents et son billet pour Vienne seraient à sa disposition. La femme est naturellement entrée dans la douche d'où elle ne revint jamais ». Rosa qui, à quatre-vingt-deux ans, pense encore qu'on va l'employer à travailler ! ... Et comme elle est fière d'être une Freud, persuadée que le grand homme va la protéger au-delà de la mort !...

Si on voulait tenter de disculper Freud, on pourrait alléguer que, comme lui, les vieilles dames n'avaient pas très envie de quitter Vienne. Il n'en est rien, au contraire, elles attendirent avec confiance des visas pour la France qui ne vinrent jamais. Au mois d'Août 1938, Rosa se plaint à une amie que les visas français, malgré la « haute influence du bon ami de son frère (l'ambassadeur des Etats-Unis William Bullit) ne sont pas encore arrivés ». Mais comme elle l'aime ce frère ! « Le cher vieil homme ne va pas bien, écrit elle. On dit qu'Anna fait des choses extraordinaires pour aider son père ».

Cette destination française est une idée débattue depuis le début entre Freud et Marie Bonaparte.Alors pourquoi écrit-il à celle-ci le 12 Novembre 1938 : « Les derniers évènements horribles en Allemagne rendent plus aiguë la question du devenir des vieilles femmes , entre 78 et 80 ans »... ? (Rien de pire en Novembre en Allemagne qu'en Autriche en Juin et, rappelons-le, les "vieilles femmes" sont plus jeunes que lui). « Cela dépasse nos forces de les garder en Angleterre »... (Pourtant elles sont valides, apparemment faciles à vivre ; deux au moins doivent parler anglais et il y a l'Amérique ou vit leur aînée...) « La fortune que nous leur avons laissée à notre départ, 160 000 Sch. est peut-être déjà confisquée maintenant et sera sûrement perdue si elles partent ». ( Est-il possible d'aller plus loin dans le cynisme ?...) « Nous pensons à la Riviera française, Nice ou les environs. Mais sera-ce possible ? » (Pourquoi pas Monte Carlo ou autre station mondaine ? Freud oublie qu'elles ne parlent pas français.

Ce fut, hélas, Théresienstadt et Treblinka ....

Il est vrai que Marie Bonaparte fit tout ce qu'elle put pour les amener en France mais ce qui n'aurait posé aucun problème en Juin 1938 devint, au fil des mois, un projet irréalisable. Seulement il y a fort à parier que Freud ne se souciait pas de se trouver à Paris et à Londres où personnalités et journalistes l'attendaient, accompagné de ce cortège peu flatteur.

Cette ultime façon de faire à l'égard de ses sœurs est dans le droit-fil du mépris dans lequel il les a toujours tenues.

Finalement, en guise de condamnation, c'est à lui-même qu'il faut emprunter la citation suivante. Dans une lettre à Arnold Zweig de 1934 il écrit : « Au cours de l'une des batailles de César en Gaule, il s'avéra que les assiégés (était-ce Alésia et Vercingétorix ?) n'avaient plus rien à manger. Ils poussèrent leurs femmes et leurs enfants dans le no man's land situé entre la forteresse et l'armée romaine qui l'assiégeait, où ces pauvres misérables moururent de faim... Il aurait été plus miséricordieux de les tuer dans la ville ».

Le commentaire de Jones concernant la fin des sœurs de Freud est d'une rare mauvaise foi : « Freud n'avait pas de raison spéciale de se montrer anxieux à leur sujet, la persécution des juifs n'en était encore qu'à ses débuts ». Pourtant il avait écrit quelques pages plus tôt à propos de l'arrestation d'Anna, en Mars 1938 par la Gestapo « qui la retint toute une journée » : « Ce fut certainement le jour le plus sombre de la vie de Freud. La pensée que l'être le plus précieux au monde et aussi celui dont il dépendait tellement, puisse être en danger d'être torturé et déporté vers un camp de concentration, comme cela se produisait si couramment, lui était à peine supportable ».

Malgré la complicité évidente de Jones et d'Anna, y a- t-il dans ces conditions la possibilité de dédouaner Freud du forfait par lequel il abandonna ses sœurs aux nazis. ?...


Anonyme.

Publié par vdrpatrice à 10:07:59 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Pourquoi Freud n'a jamais obtenu le Prix Nobel. | 09 juin 2008

Pour le savoir, suivez ce lien. Il s'agit d'un texte écrit par Nils WIKLUND, et traduit en plusieurs langues.

Avec l'autorisation de son auteur, le voici dans sa traduction française :

 

Les Temps Modernes, 62, avril-juillet 2007, Nos 643-644, p. 336-341.

Pourquoi Sigmund Freud n'a-t-il jamais obtenu le Prix Nobel de littérature ?

 

Par Nils Wiklund.

 

Freud a été proposé douze fois pour le prix Nobel de médecine et, progressivement, il est arrivé à la conclusion que ce prix ne conviendrait pas, de toute façon, à sa manière de vivre. Ce que l'on sait moins, c'est que Freud - un "post-moderniste" de la première heure, dans le sens où il créait en toute liberté sa propre réalité - a été également nominé pour le prix de littérature.

En 1904, Sigmund Freud visita pour la première fois l'Acropole d'Athènes où il vécut une expérience peu commune. Bien qu'il sache parfaitement ce qu'était l'Acropole, depuis ses années passées sur les bancs du lycée, il lui vint subitement cette étrange idée : « Ainsi tout cela existe réellement comme nous l'avons appris à l'école ». Et, dans le même temps, comme il s'observait lui-même, il trouva cette réflexion remarquable, car il n'avait jamais mis en doute l'existence de l'Acropole.

Nombres, parmi nous, ont eu des sensations existentielles comparables quand nous avons vu pour de vrai un monument contemplé des centaines de fois auparavant sur des images : les pyramides, la tour Eiffel, le Taj Mahal -, une sensation fugitive d'irréalité difficile à cerner. Freud n'oubliera jamais son expérience sur l'Acropole. Et 32 ans plus tard, en 1936, il écrira un charmant petit article dans lequel il essaiera de l'interpréter. Il croyait que cette sensation d'irréalité pouvait être liée au sentiment d'être arrivé « aussi loin » qu'il l'avait fait (à l'Acropole comme dans ses travaux) et que par là, il avait dépassé son propre père, ce qui selon lui pouvait provoquer des réactions d'ordre psychique.

Son article "Un trouble de mémoire sur l'Acropole" a généré par la suite une longue série d'articles écrits par divers psychanalystes, dont celui de Risto Fried en 2003, une monographie fascinante de 657 pages intitulée « Freud on the Acropolis: A Detective Story » (Therapeia Foundation ed.). Risto Fried était psychanalyste et titulaire de la chaire de psychologie de l'Université de Jyväskylä (Finlande), mais il était né à Paris et avait soutenu sa thèse à Harvard - puis il avait suivi sa femme finlandaise dans sa patrie. L'ouvrage est une mine d'informations sur la vie et la personnalité de Freud. Achevée peu avant sa mort, on peut considérer cette publication comme l'œuvre maîtresse de Risto Fried.

Fried montre, entre autres choses, que l'article de Freud, hormis son contenu psychologique, est un chef d'œuvre littéraire, qui montre de façon magistrale que l'auteur possédait à fond les règles antiques de la rhétorique de Quintilien.

Le texte de Freud est écrit sous forme d'une lettre ouverte à Romain Rolland, lauréat du prix Nobel de littérature en 1916, à l'occasion du 70ème anniversaire de celui-ci, le 29 janvier 1936. Sigmund Freud aura lui-même 80 ans cette année là, en mai. Freud envoya son article le 15 janvier ainsi qu'un télégramme, le jour même de l'anniversaire de Rolland. Dans l'ouvrage de Henri et Madeleine Vermorel - qui publièrent en 1993 la correspondance choisie de Freud et Rolland -, il apparaît que Romain Rolland lui écrivit un petit mot de remerciements le 8 février, si court que l'on peut se demander si Rolland appréciait beaucoup l'article. Mais Romain Rolland fût sans doute honoré ! En effet, le 20 janvier, cinq jours après que Freud avait posté son texte, Romain Rolland écrivit de sa plus belle plume une lettre manuscrite à l'Académie suédoise :

Villeneuve (Vaud) Villa Olga, ce 20 janvier 1936

Cher Monsieur le Secrétaire,

Permettez-moi de proposer pour le prix Nobel de littérature le Prof. Dr Sigmund Freud, de Vienne.

Je sais qu'à première vue, l'illustre savant semblerait désigné plus spécialement pour un prix de médecine. Mais ses grands travaux intéressent directement la psychologie ; ils en ont renouvelé les sources ; ils ont ouvert une voie nouvelle à l'analyse de la vie émotive et intellectuelle ; et, depuis trente ans, la littérature en a subi l'influence profonde : on peut dire que plusieurs des représentants les plus marquants du nouveau roman et du théâtre, en France, en Angleterre, en Italie, portent sa marque.

J'ajoute que le Prof. Sigmund Freud, que j'ai l'honneur de connaître personnellement, est d'une rare hauteur de caractère, qu'il a maintenu pendant toute une vie de labeur stoïque, dénuée d'honneurs officiels et perpétuellement en butte à l'hostilité, ou étouffée sous le silence de la science officielle, que la hardiesse de ses vues nouvelle irritait.

Veuillez agréer, cher Monsieur le Secrétaire, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués

Romain Rolland.

Les lauréats en titre du Prix Nobel ont effectivement le droit de proposer de nouveaux candidats, ce qui dans le cas de la nomination de Freud par Rolland a bien sûr soulevé de vifs débats au sein de l'Académie suédoise. L'avis pour le moins réservé de l'Académie Nobel, publié en 2001, est aussi un chef d'œuvre de rhétorique, par son style comme par son ingéniosité : « En dépit du fait qu'il s'agisse ici d'une célébrité de rang mondial qui bénéficie encore, sous bien des rapports, d'une aura dont les feux durables ont brillé bien longtemps, il n'est cependant pas impossible à un profane de se permettre, sans problème de conscience, d'adopter une opinion critique envers la proposition de prix. »

Selon cet avis, la valeur de Freud ne pourrait être mesurée qu'en regard de sa méthode de traitement, dont la signification ne peut « être jugée que par des autorités médicales scientifiques et c'est devant cette assemblée que la proposition de prix aurait dû être déposée. » Il est « aisé de constater l'acuité, la souplesse et la clarté de sa dialectique » poursuit l'avis. « Il possède également, sans aucun doute, un style littéraire consommé et naturel, à l'exception peut-être de l'interprétation des rêves, sur laquelle toute sa doctrine repose. Là, il peut devenir obscur dans ses comptes rendus, et sa souplesse intellectuelle prend fin une fois ses matériaux organisés sur le lit de Procuste de son système. Pour résoudre le chaos du rêve, il travaille alors mécaniquement et de façon assez grossière, sans critique et à l'aide d'un langage symbolique dépouillé à l'extrême : le masculin et le féminin des organes sexuels. Toute la richesse des visions du rêveur sont réduites par des simplifications purement géométriques aux deux formes insinuées. Ce sont des Charybde et Scylla qui ne laissent passer rien. On peut exprimer ainsi quoi que ce soit, mais la méthode devient un peu trop commode et l'échange incontestablement pauvre et monotone. »

Sous leur plume, le complexe d'œdipe devient l'idée fixe de Freud : « Le fait que Freud ne peut, ne serait-ce qu'un instant, se délivrer de son idée fixe, ne parle d'ailleurs pas en faveur de la portée pratique de sa méthode curative : une confession illimitée jouant le rôle de l'éboueur de l'inconscient. Que l'époque ait fait main basse sur sa sagesse avec un tel engouement et dans de telles proportions devra être relevé comme un des côtés parmi les plus caractéristiques et les plus inquiétants de cette période. Un tel fait ne constitue pas une raison suffisante pour obtenir le prix Nobel de littérature. C'est d'autant moins le cas que ce sont plus particulièrement les auteurs littéraires qui se sont très souvent embourbés dans sa doctrine et en ont tiré des effets grossiers relevant d'une psychologie bien niaise. » La déclaration s'achève par : « Celui qui a tant corrompu, ne serait-ce que les plus petits de ces nains littéraires, ne doit certes pas être couronné des lauriers du poète, eût-il une imagination féconde dans ses spéculations scientifiques. »

Ces déclarations sont faites au nom de l'Académie suédoise en 1936, sous la signature de Per Hallström, qui était alors secrétaire perpétuel de l'Académie et président du Comité Nobel. Nombreux sont ceux - tels Hans Eysenck et Bror Gadelius - qui ont constaté que Freud était un auteur doué qui savait être persuasif grâce à ses talents rhétoriques en dépit d'une absence de fondements scientifiques. Néanmoins, on peut se demander pourquoi il a été proposé au prix Nobel de littérature alors que le prix de médecine aurait été plus naturel. La raison en est que le Comité Nobel de physiologie ou de médecine de l'Institut Karolinska a fait preuve d'une rare constance dans l'indifférence envers ses diverses nominations. La princesse psychanalyste Marie Bonaparte - descendant du frère de Napoléon 1er, Lucien, et mariée avec le prince George de Grèce et du Danemark - militait au milieu des années 1930 en faveur de la candidature de Freud, autant pour le prix Nobel de médecine que pour celui de littérature. Cette activité a pu également être à l'origine de la lettre de Romain Rolland à l'Académie suédoise.

Freud fut proposé au prix Nobel de médecine pour la première fois en 1915. Entre les années 1917 et 1920, il fut proposé chaque année par le lauréat du Nobel Robert Bárány, un médecin viennois qui après sa libération des camps de prisonniers russes devint professeur à l'Université d'Uppsala en 1917. Selon Ronald Clark dans « Freud: The Man and the Cause » (1980), Freud nourrissait des sentiments mitigés envers le soutien de Bárány, à qui il avait refusé auparavant d'être son élève. Freud a écrit que, pour sa part, il n'était intéressé que par les aspects financiers du prix Nobel et peut-être aussi par le côté piquant de dépiter certains de ses compatriotes. Il a été proposé de nouveau par plusieurs personnes, sept fois entre 1927 et 1938 (l'année avant sa mort). En 1937, il a été nominé par pas moins de 14 professeurs en titre ou lauréats du prix Nobel, mais sans succès. Cela ne conduisit même pas à l'examen complet des travaux de Freud. Peu à peu Freud trouva que le prix Nobel ne conviendrait pas à sa manière de vivre : un an avant sa mort il écrivit qu'il déclinerait le prix si d'aventure il lui était attribué. Mais ce ne fut pas le cas non plus.

J'ai obtenu d'intéressants documents originaux du Comité pour le prix Nobel de physiologie ou de médecine de l'Institut Karolinska. Le professeur Henry Marcus de l'Institut Karolinska fut chargé en 1929 d'émettre une avis préliminaire afin de décider s'il était opportun de se livrer à une étude complète des contributions de Freud. Le professeur Marcus exprima sans détour qu'une telle étude n'avait aucune raison d'être puisqu'il n'était pas avéré que les travaux de Freud aient une quelconque valeur scientifique. Après avoir résumé la théorie de Freud, Marcus conclut : « Si l'on veut essayer de se livrer à une examen critique plus approfondi de l'ensemble de la théorie psychanalytique de Freud, il faut alors admettre que ses recherches sur l'importance des pulsions refoulées dans l'apparition des symptômes de maladies nerveuses sont particulièrement intéressantes ; d'ailleurs la grande majorité des neurologues reconnaissent assez bien les liens entre ces deux phénomènes. En revanche, si l'on excepte les propres disciples de Freud, dont plusieurs ont cependant déjà pris leurs distances avec leur maître sur ce point, la plupart des chercheurs considèrent qu'il n'existe aucune preuve du déterminisme des complexes sexuels dans les névroses. C'est surtout l'hypothèse des traumas inconscients sexuels de la petite enfance qui ne peut être considérée de manière définitive comme prouvée ; son contenu apparaît au plus haut point étrange, pour ne pas dire invraisemblable, à un médecin raisonnant en termes scientifiques. Freud ne fonde ses affirmations que sur un nombre très limité d'exemples. C'est pourquoi ses interprétations de rêves ne peuvent être perçues que comme des expériences subjectives et des constructions de l'esprit. Toute la doctrine psychanalytique de Freud, dans son état actuel, ne relève pour une grande part que d'hypothèses que ses adeptes ont comprises avec fanatisme comme une confession à moitié religieuse. A l'aune de la vraie critique scientifique, elle ne résiste pas à l'examen ». En tant que critique globale de la psychanalyse, le jugement du professeur Marcus est assez sagace et toujours aussi pertinent.

En 1933, un nouvel examen préliminaire eut lieu - d'une page seulement -, écrit par le professeur Wigert : lui non plus n'était d'avis qu'il faille se livrer à une étude plus large. Wigert s'abstint de résumer le système de Freud car il le considérait comme connu de tous. Il retint que l'approche de Freud était au plus haut point révolutionnaire et que nombre des "découvertes" de Freud étaient d'une portée si considérable en psychiatrie qu'un prix Nobel était envisageable. Mais le problème résidait dans la constatation que les enseignements de Freud ne reposaient pas sur des preuves, alors qu'une condition sine qua non pour promouvoir l'attribution d'un prix Nobel était que celle-ci soit absolument sûre et certaine. Il souligna que des critiques extrêmement vives s'étaient élevées à l'encontre de la manière de voir de Freud, surtout de la part des autorités les plus compétentes de la psychiatrie autant en Suède (Bror Gadelius par exemple) que dans d'autres pays.

Les déclarations de l'Académie suédoise et du Comité Nobel de l'Institut Karolinska sont toujours valables aujourd'hui, autant qu'à l'époque où elles furent formulées. Au cours des dernières décennies, est enfin apparue une critique sérieuse de la psychanalyse avec des répercussions considérables.

Freud aurait été aussi étonné qu'il le fut au sujet de l'existence réelle de l'Acropole s'il s'était aperçu qu'effectivement ses propres conceptions intellectuelles existaient autrement que sous la forme d'un « jeu des perles de verre » [*]. Au mieux, on ne peut considérer Freud que comme un précurseur ''post-moderniste'' qui créa en toute liberté sa propre réalité.

 

Nils Wiklund, Docent (maître de conférences) en psychologie habilité à diriger des recherches. Stockholm.

Avec mes remerciements à l'Académie suédoise et au Comité Nobel de physiologie ou médecine de l'Institut Karolinska, pour m'avoir donné accès à leur documentation.

14 Février 2007

[*] note du traducteur : « le jeu des perles de verre » (''Glasperlenspiel'') est un célèbre ouvrage de Hermann Hesse, 1943.

 

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Psychanalyse et totalitarisme. (modifié le 29 mai 2009) | 05 mai 2008

Comme toutes les idéologies totalitaires, la psychanalyse est fondée sur un déterminisme absolu et aprioriste (décidément je ressasse... !) lequel implique un historicisme agissant comme une loi du destin pour tout individu, simple élément d'une masse, d'une « bande primitive », entièrement organisée à partir de « L'Eros », loi à laquelle il ne pourrait échapper. L'inconscient et son refoulé, (vous savez, c'est ce type, cet "autre", qui une fois sorti par la porte, revient toujours par la fenêtre), voilà qui tient dans une gangue tout individu, et qui permet de nier le libre-arbitre, grande bête noire de la gent freudienne.

Mikkel Borch-jacobsen , dans « Le Sujet freudien » (Edition Aubier Flammarion, Paris, 1982, pages 196 - 204), nous donne une analyse du totalitarisme inhérent à la théorie Freudienne, c'est-à-dire aussi au Sujet Freudien, indissociable d'elle. Il montre que pour Sigmund Freud, toute organisation sociale a besoin d'un lien indéfectible pour sa cohésion, d'une « socialité ». Il s'agirait d'un lien social primitif, comme « bande primitive » organisée uniquement autour de l'Eros, la libido, le principe de plaisir. Dans cette organisation freudienne, l'individu sacrifierait sa particularité propre à ce « grand individu » qu'est la masse. « La socialité (...), ne serait jamais qu'un des « degrés » d'Eros, comme puissance bandante, agglutinante et en ce sens archisociale de la vie ». Borch-Jacobsen met ainsi en évidence le caractère organiciste, biologique de l'organisation sociale de Freud, la rapprochant d'une conception totalitaire. « Mais on voit immédiatement ce qu'implique cette hypothèse, cette hypothèse organiciste : déjà toute une conception politique et, pourquoi ne pas le dire, totalitaire du lien social, puisqu'elle pose d'emblée la société comme société une, unie, unanime, indivise. » Borch-Jacobsen écrit ensuite que le terme même de « masse », est, selon les travaux de Hanna Arendt (voir « Le système totalitaire »), « le mot d'excellence des totalitarismes modernes ». Cependant, Borch-Jacobsen trouve absurde et relevant de la niaiserie le fait de vouloir, par ce biais, comparer Freud à un fasciste ou un stalinien. Car il trouve un Freud s'insurgeant contre la tyrannie de la suggestion (alors même que Borch-Jacobsen accusera plus tard, dans « Folies à plusieurs », puis dans « Le dossier Freud », ce même Freud de fonder toute la prétendue efficacité de la psychanalyse sur la suggestion..) et une « théorie autoritaire du lien social », ce qui en ferait le militant de l'autonomie du sujet individuel. Mais l'auteur du « Sujet freudien » poursuit en écrivant que Freud se situe bien dans la ligne idéologique de Le Bon, lequel inspira, comme le démontra Hannah Arendt, les idéologies fascistes, à commencer par celles d'Hitler et Mussolini. En effet, c'est la conception freudienne de la société comprise comme un organisme ou un corps (on trouve aussi cette conception chez Platon et Hegel, eux aussi accusés d'être les fondateurs du totalitarisme moderne, par Karl Popper avec leurs théories organique de l'Etat), qui permet de l'identifier comme un système totalitaire. Borch-Jacobsen écrit : « Affirmer l'unité organique du corps social revient immédiatement, (...), à affirmer une unité de Sujet (...). L'opposition entre l'individuel et le collectif reste de ce point de vue très secondaire et elle se produit à l'intérieur d'une identité fondamentale : le Nous est encore Moi (...) ». Enfin, « la figure du Chef omniprésent et omnipuissant, qui apparaîtra incessamment dans le texte de Freud », ne contredit pas, selon Borch-Jacobsen, cette logique du Sujet [freudien], « bien au contraire » (Borch-Jacobsen). « A ce corps qu'est la société, il faut en effet une tête, à cet organisme il faut un centre d'organisation. Et la masse, de fait, ne peut s'ériger en Sujet qu'en érigeant en s'érigeant comme figure d'un sujet indépendant, autonome, ne s'autorisant que de lui-même - donc un chef autoritaire. Donc un Narcisse, ainsi qu'on l'apprendra plus loin. Seul un Chef narcissique peut donner à la société l'unité d'un corps propre. Et inversement, en s'assujettissant à cette figure organique et narcissique du sujet, le sujets ne s'assujettissent en fin de compte qu'à eux-mêmes. La politique qui s'esquisse ici est une politique narcissique » (Borch-Jacobsen, page 198).

Mais que va démontrer, par la suite Borch-Jacobsen dans son livre ? Il va démontrer que toute la masse, toute société, si l'on suit la logique freudienne, est tenue en cohésion autour de ce « sujet narcissique », de sa représentation. Qui est ce sujet ? C'est je sujet freudien. D'où vient-il ? Il vient du seul Freud. A qui s'identifie-t-il donc ? A personne d'autre qu'à Freud. Par conséquent, il ne « s'autorise que de lui-même », tout comme la psychanalyse dans son ensemble. La psychanalyse est donc bien un système totalitaire, et le système d'un seul. Totalitaire, en partie à cause des conceptions organicistes de Freud, et de l'identification totale du sujet dans les liens qui l'enchaîneraient à la masse, liens se basant toujours sur l'Eros, la libido, la sexualité (voir notre texte « Freud astronome de l'inconscient »).

Freud s'est présenté comme l'apôtre de l'autonomie du sujet, mais à quelles conditions ? A condition qu'il accepte la blessure narcissique majeure que son libre-arbitre n'existe pas et qu'une telle revendication est toujours une résistance à la psychanalyse, donc à Freud. (« Le moi n'est pas le maître en sa propre maison » (S. Freud)). C'est-à-dire à une seule personne, un Duce, un Chef, puisque c'est le seul Freud qui est l'unique témoin, l'unique responsable, s'autorisant de lui-même, de toute la création de la psychanalyse. Par conséquent, tout sujet « qui se regarde », ne regarde pas des théories objectives, indépendantes de Freud, il « regarde Freud », son Chef, son unique référence. Vivre en société, consiste donc à vivre comme dans un système totalitaire digne de ceux imaginés ou décrits par Platon puis Hegel, en ayant constamment « le regard tourné vers le Chef ».

Et si le Chef, le Dichter originel (Borch-Jacobsen) était aussi le symbole du Père ? Que devient le Complexe d'Oedipe, lui aussi grand principe fondateur ? Il s'effondre. Parce que celui (Freud) qui avait voulu que le sujet s'émancipe notamment à partir de la résolution de ce complexe, ne peut au contraire que l'aliéner si jamais son moi ne peut être libéré du fantasme du Chef qui a imaginé le dit Complexe. Si nous ne pouvons tuer symboliquement Freud, parce, que quoique nous fassions (en tant que sujet normal ou névrosé), nous serions toujours soumis aux dogmes freudiens régissant nos vies, c'est qu'il y a un Père qui ne peut ni ne doit jamais mourir. Et ce Père-là ne confirme pas la règle du Complexe d'Oedipe, au contraire. On ne sort donc pas d'un système totalitaire, puisque, selon la théorie, chaque individu ne peut s'émanciper et devenir adulte qu'à partir de la résolution du complexe d'Oedipe, c'est-à-dire en tuant symboliquement son père naturel, mais sans pouvoir jamais tuer le Père de la psychanalyse.

On peut objecter que Freud n'est pas le père biologique et naturel de tous les hommes. Et que c'est en tuant symboliquement le père biologique, que l'on résout le Complexe d'Oedipe. Notre argument paraît alors une nouvelle fois s'effondrer. Pourtant ce Freud opère bien comme un symbole du père, en tant que chef idéologique. C'est lui seul qui enfanta sa science privée, la psychanalyse, c'est lui qui fut l'unique géniteur. Et il est incontournable de s'identifier à lui, puisque, répétons-le, il ne toléra aucun témoin pendant l'accouchement et la maturation de son immaculée progéniture : la psychanalyse et tous ses complexes. Il demande donc, implicitement ou explicitement, une identification universelle à sa personne, via ses théories et ses méthodes. En conséquence, s'il on veut rejeter le complexe d'Oedipe, il faut aussi rejeter et s'émanciper de cette identification symbolique universelle au Père de la psychanalyse. Rejet, on le sait, impossible, parce que toujours assimilable à une résistance à la théorie, donc à Freud. On peut donc bien tuer tous les autres pères, sauf Freud.

S'il n'y a plus d'autre père vivant que celui de la psychanalyse, comment faire pour éviter d'avoir toujours le regard sur lui ? Impossible. Le piège rhétorique semble imparable. Comme tous les systèmes totalitaires, le freudisme est donc un système ultra-paternaliste, paradoxalement parce que ce n'est qu'après avoir tué symboliquement leurs pères, que les hommes seraient obligés de reconnaître que c'est à cause de Freud (libérateur et Père universel), qui lui reste donc vivant tout au long de l'histoire de n'importe quel individu, donc de la Terre entière que Freud, dans un délire messianique, pensait avoir comme patient.

Il y a bien une identification, voire une reconnaissance suprême et indépassable qui nous enchaîne avec la psychanalyse et Freud.

Certes les hommes peuvent bien être dépendants de théories scientifiques sans lesquelles ils ne peuvent agir sur le monde, (sauf à tenter des conjectures audacieuses, inédites, pour par exemple tenter de réfuter ou corroborer les théories scientifiques qui semblent les mieux établies), mais cette dépendance n'est pas absolue. Car les théories scientifiques, elles, peuvent être détachées de ceux qui les produisent, et appartenir à un monde (le Monde 3 de Popper) où elles peuvent être critiquées et mises à l'épreuve par qui veut s'en donner la peine. Comme l'écrit Karl Popper, une fois que les théories passent dans le Monde 3, celui de la connaissance objective, Monde qui peut être détaché du sujet connaissant, elles peuvent bien mourir à notre place, ou à la place de celui qui dans son Monde 2 (le monde de la subjectivité et des opinions ou théories non divulguées dans le Monde 3) effectua les premières conjectures audacieuses.

Freud, lui, ne peut mourir à la place de ses théories, et inversement. Comme le démontrent Borch-Jacobsen et Shamdasani dans leur livre Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse, pour critiquer la psychanalyse, il faut s'en prendre de façon privilégiée, à son unique géniteur, Sigmund Freud et vice-versa. Car c'est lui qui en revendique en totalité la naissance et la maturation, en ayant justifié dès les commencements exclure tous les témoins. Née dans la matrice de l'auto-analyse freudienne, situation typiquement subjective qui plus est inventée par lui seul, qu'il fut le premier à pratiquer, et qui restera le seul à pouvoir pratiquer puisqu'à partir de lui le refoulé nécessitera, selon ses injonctions, le psychanalyste, la psychanalyse se veut pourtant être la science objective de la subjectivité ! Et on ne pourra donc la connaître que par ouïe-dire (!), écrira Freud, dès les premières pages de Introduction à la psychanalyse. Voilà qui est inouï. C'est inouï, en regard de la prétention freudienne à la scientificité et à l'objectivité. Prétention encore très vivace aujourd'hui chez les freudiens, lesquels ne semblent pas disposés à renier les méthodes complètement opposées à la science du témoin princeps : Freud. De plus, son aptitude à répudier de manière aussi explicite et répétée, toutes les autres approches concurrentes de la sienne, toutes les critiques, et y compris les propositions de Rozensweig (auquel Freud répond que la richesse des observations fiables qu'il réalise, seul, dans son cabinet avec ses patients, les rende indépendante de toute vérification expérimentale), renforce encore le lien indiscutablement univoque et subjectif entre Freud et sa psychanalyse. Il souligne à gros traits fluos le caractère non poppérien, et du personnage freudien, et de sa doctrine, malgré les dernières exhortations rafistolées de Roland Gori, Jean Laplanche et quelques autres récemment, à prétendre tout de go, que Freud serait même un poppérien avant la lettre. Nous vivons bien dans une époque où l'on ose tout...

Comment faire plus subjectif, et plus naïvement inductif que le procédé freudien d'accouchement de la psychanalyse ? Le seul rêve de l'injection faite à Irma (rêve mythique d'un mythomane, qui est déjà un mensonge, une fabrication légendaire bien mise en lumière par le Professeur Robert Wilcocks), permet à Freud, sans même la base inductive d'autres rêves effectués selon les mêmes méthodes par d'autres chercheurs, d'affirmer qu'à partir de son seul cas, il y a, indubitablement généralité, donc loi objective et universelle, et par suite, science de la psyché. Et quand bien même il aurait auto-analysé une foultitude d'autres rêves, on ne sortirait pas de ce cadre inductiviste naïf, scientiste et positiviste. On connait différentes sortes d'inductivismes tout comme différentes versions du falsificationnisme, allant des plus naïves aux plus méthodologiques. C'est dans l'inductivisme le plus naïf, parce que le plus isolé, que Freud a procédé. Les grands principes fondateurs de la psychanalyse, l'Oedipe, le refoulement, la censure, l'interprétation des rêves etc., furent forgés à partir des mêmes méthodes. Lorsque certains, comme Laplanche, voient dans Freud, un poppérien (!), et des remises en question (des réfutations) de ses propres théories ; d'une part, comme le remarque Borch-Jacobsen, il n'y a jamais de véritables remises en question, encore moins des réfutations, puisqu'il n'y a pas davantage de tests expérimentaux, indépendants, extra-cliniques et reproductibles que Freud ait pu faire une seule et unique fois, et, d'autre part, comme le reconnaît Laplanche, Freud n'aimait pas les contradictions et ne les recherchait pas activement. Mais surtout, ces freudiens qui tentent maintenant de donner une aura poppérienne au travail de Sigmund Freud, en avançant l'argument de l'intersubjectivité et de la nature indépendante des méthodes freudiennes, n'ont visiblement encore rien compris à ce qu'à décrit Karl Popper dans La logique de la découverte scientifique, et pensent encore, de toute évidence, qu'il suffit d'être deux, dans le cabinet de l'analyste, et que l'analysé reconnaisse les interprétations de l'analyste, pour qu'il y est un cadre prétendument intersubjectif, puisqu'il y a deux sujets (voire trois, puisque l'on ne peut omettre Freud étant donnée la nature de sa théorie). Ceci ne correspond vraiment en rien à ce que préconisait Karl Popper. On n'est même plus dans la caricature, on se trouve dans une mise en forme totalement superficielle voire ignorante de l'épistémologie de ce philosophe.

On ne tuera donc pas Freud sans tuer la psychanalyse ou l'inverse. Comme dans tout système totalitaire, la passation de pouvoir ne peut éviter la violence, la technique de la tabula rasa, et ce, contrairement aux systèmes démocratiques. C'est encore Karl Popper qui nous explique cela. Certes, des dictateurs peuvent bien accéder au pouvoir, démocratiquement, comme ce fut le cas pour Hitler, mais aucun ne refuse de le céder sans violence ou en devant être physiquement éliminé. Les institutions démocratiques ont pour but de pouvoir destituer les gouvernants incompétents ou corrompus sans effusion de sang. C'est ce qui s'est passé lors de l'affaire du Watergate, pour le Président Richard Nixon. C'est dans la violence, le meurtre, que les Chefs totalitaires disparaissent. C'est la raison pour laquelle ils échafaudent des systèmes qui les rendent inusables, et inamovibles, où l'identification à eux doit être permanente, et où le zèle envers leur idéologie doit être enseigné et propagé, par tous les moyens, jusqu'à venir corrompre l'esprit de la jeunesse dans les programmes de philosophie.

Les théories véritablement scientifiques, sont nos projecteurs (certes toujours limités et faillibles) sur le futur, nous permettant des anticipations, et toutes sortes d'actions prévisibles. C'est donc parce qu'elles sont éminemment détachables et indépendantes des sujets ou du sujet qui ont pu les imaginer, qu'elles constituent de véritables clés de notre libre-arbitre, toujours accru grâce à elles, mais jamais absolu. Mais dès lors qu'une théorie reste toujours liée à son « Dichter », sur les plans historiques, épistémologiques et thérapeutiques, parce qu'elle naquit dans un cadre bien trop subjectif, assumé en tant que tel, donc en dehors de tout contrôle ; et qu'en plus des légendes désinformatrices et des stratagèmes en tous genres furent construits et sont maintenus autour d'elle et de son Dichter pour les préserver des assauts de la critique, cette théorie ne devient plus une lumière indépendante du Monde 3 de Popper, elle reste le sujet mythique et originel qui la produit, elle est l'incarnation parfaite de son Dichter, elle est donc le Sujet, son identification propre (Sigmund Freud). Il ne s'agit plus de prétendues Lumières, mais de l'obscurantisme le plus évident.

Si les hommes peuvent échapper à la théorie de la relativité d'Albert Einstein en essayant de la réfuter, (tout comme cette même théorie échappait à Einstein lui-même dès qu'il proposa de la soumettre à des tests indépendants, et parce qu'il ne pouvait, comme tout scientifique, en anticiper toutes les conséquences logiques et empiriques, ce qui est le contraire du déterminisme psychique absolu et prima faciae freudien), et, par le choix des tests, se rendre relativement maîtres de leur destin, aucun d'entre eux ne peut échapper à l'inconscient, lequel ne peut échapper à Freud. Donc aucun homme n'échappe à Freud. Nous lui devons en permanence une reconnaissance absolue et indéfectible. « La psychanalyse m'a sauvé la vie », peut-on entendre de la bouche de ceux pour qui ça a marché. Mais comment ne plus être redevable ensuite, ad vitam eternam, de quelqu'un qui vous a sauvé la vie et, qui plus est incarné, comme Sigmund Freud, par sa propre théorie ? La dette devient éternelle, et même si vous contribuez à sauver Freud et sa psychanalyse des assauts de la critique en devenant un prosélyte fidèle et fanatique, le cas échéant. Être sauvé par Freud, c'est être enchaîné à lui pour la vie, que vous soyez guérit ou pas. Le détester c'est glorifier sa théorie de l'Oedipe, car pour les freudiens, ce n'est pas Freud qui vous haïssez, ce père-là, personne ne peut le tuer (sinon, tout s'effondre...), c'est un autre père symbolique, inconscient, réfoulé, qui est en vous. Ignorer Freud ? Bah, un freudien vous révèlera à vous-même, un de ces jours, vous verrez bien...Alors, comme le loup de La Fontaine, moi, je préfère courir et garder mon propre malheur qui ne doit rien à Freud, plutôt que de porter ce collier et vivre dans cette demeure qui lui devrait tout et où il serait partout mon maître. Je ne veux pas du bonheur que Freud veut pour moi. Je ne veux pas marcher dans les traces toutes faites de la psychanalyse. Je ne veux pas de son déterminisme. Je crache sur la négation du libre-arbitre des freudiens, bien que je sois conscient et lucide sur le fait que toute liberté réelle est toujours limitée (la liberté absolue n'est que métaphysique pour moi). Je vomis leur paternalisme et leur empathie d'emprunt écoeurante.


Mais s'il n'y avait pas la reconnaissance consciente de ce meurtre pour l'ensemble de l'humanité (c'est-à-dire la reconnaissance de l'universalité du Complexe d'Oedipe), puisque ce meurtre est inconscient selon Freud ? Il n'y aurait donc pas non plus de prétendu totalitarisme qui obligerait toujours a regarder vers Freud. Un enfant n'est pas sensé savoir qu'il tue son père, et plus encore, en le tuant, il n'est pas sensé savoir qu'il « en regarde un autre » : Sigmund Freud. Même plus tard, une personne adulte n'est pas sensée savoir qu'elle a tué le père quand il le fallait, et que dans sa vie de tous les jours, elle a soi-disant, constamment le regard tourné vers Freud, même symboliquement ou inconsciemment. Tout cet échafaudage semble délirant...Délirant, d'autant plus que l'exemple de l'enfant prouverait la valeur de la psychanalyse, puisque les enfants ne peuvent comprendre Freud au moment de la résolution de leur Complexe d'Oedipe. Mais c'est oublier que ce sont encore des adultes freudiens, qui, ayant chaussé leurs lunettes (ou le télescope...) freudiennes qui ont observé l'enfant avec leurs préjugés freudiens, et ainsi n'ont pu faire autrement que de trouver des confirmations illustrant parfaitement la théorie de Freud, via leurs préjugés. Confirmations lues à la lumière de ce qu'énonce la théorie. Donc éléments notoirement insuffisants pour affirmer que la théorie est prétendument prouvée par ce biais. Dans un cas comme celui-ci (comme dans beaucoup d'autres), on ne dispose, bien entendu, d'aucun élément de preuve véritable, c'est-à-dire d'aucun élément indépendant qui ait pu être testé de manière intersubjective. Et ce n'est pas, par exemple, la présence d'un analyste et de son patient dans le cadre d'une cure, qui puisse assurer l'intersubjectivité dont parle Popper pour la Science.

Qu'avons-nous donc voulu dire ? Freud a pensé avoir validé une norme universelle, et surtout, irrécusable. Une frontière possible entre le normal et le pathologique. Dans nos sociétés occidentales, et particulièrement en France, la norme freudienne a toujours une prépondérance écrasante, dans tous les secteurs de la société qu'elle a véritablement envahis et inféodés. « La France est la chasse gardée de la psychanalyse » (Roudinesco). Si je me sens mal, si je présente des problèmes psychologiques, c'est Freud que l'on convoquera. Et, le cas échéant, c'est lui et sa théorie du complexe d'Oedipe. Même si je ne suis pas d'accord, et surtout si je ne suis pas d'accord...Car plus je résiste, et plus je confirme la théorie...Je suis donc obligé de me tourner vers Freud et de me plier à sa volonté. Et pour tous les autres individus c'est pareil. La norme freudienne, parce qu'elle est irréfutable, parce qu'elle donne à ses acrobates de la pensée que sont les freudiens, le loisir d'abuser ad infinitum de la mauvaise foi et de l'arrogance intellectuelle, est une norme qui n'en tolère aucune autre. En France, Freud, ses mots, ses théories, ses fantasmes, sont tellement passés dans les moeurs, qu'il est impossible de ne pas s'être fait interpréter de façon freudienne à un moment ou à un autre de sa vie. Si c'est pour plaisanter, dans la rue, ou au bistrot, le problème est moins grave, mais si c'est pour décider de votre carrière, de votre travail, de votre vie sentimentale, là, par contre, cela devient inacceptable, d'autant que les travaux des historiens, des philosophes, des scientifiques, ont montré que Freud a menti, et qu'il avait tort.

L'accès à la prétendue autonomie du sujet que revendiquait Freud, n'est donc qu'un leurre, un coup de bluff, une promesse sans lendemain, un miroir aux alouettes pour amadouer les masses, les tromper, et les attirer dans le piège totalitaire de la psychanalyse. Parce que le sujet ne se libère jamais d'un inconscient qui serait régit par un déterminisme psychique extrémiste tel que l'a conçu Freud. Si je sors prétendument « guérit » d'une analyse, pour le restant de mes jours, j'aurais cette théorie, ce Freud, en moi-même, sans jamais pouvoir me délier de lui. Je vivrais constamment dans une autonomie surveillée, supervisée par ce Freud. Une autonomie bidon, « paternalisée » par ce Freud. Si ma liberté d'action, mon libre-arbitre, comme l'a affirmé ce Freud, n'est qu'une illusion, une vanité, pourquoi puis-je me prétendre soi-disant « autonome » si je ne puis agir, penser, rêver, chanter et jouir, sans que ce Freud ait constamment une œil sur « Moi » (...). « notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l'opinion d'un tourne-broche sur sa liberté d'action » écrit aussi le psychanalyste Pierre-Henri Castel. Et il a raison.

Non, bien sûr, on ne peut comparer Freud à Hitler ou a Staline. Parce que le totalitarisme, bien réel de Freud, est aussi beaucoup plus sophistiqué, et finalement plus puissant que celui des deux autres barbares. C'est un totalitarisme d'autant plus dangereux, pernicieux et fourbe, qu'il opère en avançant derrière le masque de l'humanisme, en se faisant le chantre de l'autonomie du sujet, voire en revendiquant sans vergogne le label de scientificité (comme le fit le marxisme).

Comme toutes les utopies totalitaires, le Freudisme promet des lendemains qui chantent à tous les individus sur Terre, lorsqu'ils auront pris le contrôle de leur inconscient. Mais en réalité, personne ne prend le prétendu contrôle de cet inconscient-là. Il n'y a donc pas de victoire du Moi à espérer. Car personne ne peut avoir le contrôle du hasard et du non-sens, hasard et non-sens exclus de toute causalité psychique inconsciente, comme le veut le déterminisme psychique absolu et aprioriste de Freud. C'est donc toujours l'inconscient qui contrôle. Si vous êtes d'accord, ça va. Si vous ne l'êtes pas, vous résistez inconsciemment. Cette théorie interdit toute résistance. Freud donc interdit qu'on lui résiste. Toute rébellion peut et doit être récupérée sous le front humiliant et infantilisant du symptôme. Le chef, toujours le chef. Il a toujours raison. Une seule voie s'offre à l'individu pour sortir du cercle infernal de l'humiliation et de l'infantilisation : devenir chef soi-même, virtuellement, en prodiguant sa parole, ses « habitus » intellectuels et moraux, et surtout en faisant comme lui, donc en s'identifiant totalement corps et âme, à lui. Il faut donc apprendre l'algèbre rhétorique du petit freudien de base, maîtriser son terrorisme de l'interprétation sauvage et humiliante, être capable d'entrer en surveillance de son prochain en pratiquant, même contre son gré ou sa demande, une psychothérapie journalière de boulevard. Comme la société toute entière est organisée dans l'acceptation devenue tacite de telles choses inacceptables, personne ne vous le reprochera et ne vous identifiera comme un oppresseur. Vous pourrez donc donner libre court en toute impunité à vos fantasmes de domination et d'humiliation d'autrui.

Enfermer les gens sans violence, sans mur apparent et concrets. Faire en sorte qu'ils créent eux-mêmes leurs propres murs, et les placent, de leur plein gré apparent, dans leurs propres têtes, tout en continuant d'ignorer le mal extraordinaire qu'on leur a fait, et en vénérant leurs Maîtres. Voilà le truc. Les totalitarismes brutaux, ne marchent plus. Il en faut d'autres. C'est avec des moyens beaucoup plus sophistiqués, de nos jours, que l'on apprend insidieusement aux gens à se méfier de la liberté, de leur propre libre-arbitre, puis à le nier, à « regarder » celui des autres, à en prendre possession par des interprétations en tous genres, etc.

Nous vivons dans une société « supervisée » par les Freudiens. Mais qui sont les freudiens ? Ce sont toutes les personnes qui ont lu Freud et qui sont en accord avec ses écrits. Il s'en trouve même qui recommandent de ne pas lire les critiques, parce qu'on leur a dit qu'il ne fallait pas lire les critiques ! Les freudiens s'occupent de vous en permanence. Dès que vous dites quelque chose de travers, ils déploient leur infâme bric-à-brac suggestif, fait de regards, de mimiques, de silences, de gestes, de petits mots. Bref, tout un panel humiliant destiné à « vous remettre sur le droit chemin » du bonheur et de l'équilibre. Le freudien vit en permanence derrière son armure protectrice : vous traiter comme un « symptôme ». Le freudien domestique est devenu un psychothérapeute en puissance au jour-le-jour, dans la rue, au bureau, partout. Un psychothérapeute que vous le vouliez ou non. Comme Freud, il ne s'autorise que de lui-même pour déployer sur vous son bric-à-brac même si vous ne lui avez rien demandé. Bien sûr, toute cette description relève de la paranoïa pour notre grand-frère freudien. Grand-frère ? Il aime, comme le disait Jung à Freud, se « placer tout en haut comme le père » (voire comme la mère si c'est une femelle) afin de mieux vous réduire, et vous humilier.

Voici la célèbre réponse de Jung à Freud, laquelle ne manque ni de piment, ni de cette insolence éclairée qui est l'une des qualités de l'homme libre :

« J'aimerais vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter vos élèves comme vos patients est une fausse manoeuvre. Vous produisez par là des fils-esclaves ou des gaillards insolents (Adler, Stekel, et toute la bande insolente qui s'étale à Vienne). Je suis assez objectif pour percer votre truc à jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par là vous rabaissez tout l'entourage au niveau du fils ou de la fille, qui avouent en rougissant l'existence de penchants fautifs. Entretemps vous restez toujours bien tout en haut comme le père (...) Voyez-vous, mon cher Professeur, aussi longtemps que vous opérez avec ce truc, mes actes symptomatiques ne m'importent pas du tout, car ils ne signifient absolument rien à côté de la poutre considérable qu'il y a dans l'oeil de mon frère Freud ». (Jung). (In : Jacques Van Rillaer, Les illusions de la psychanalyse, chapitre : L'argument des résistances). 

Les freudiens sont donc des « Big brothers » s'identifiant tous à leur « Big brother » suprême : Sigmund Freud.

« Tout est joué dans l'enfance » nous martèle les soldats de l'armée du Phallus. Le refoulé est immuable renchérissent-ils, et ce, contre les plus récentes découvertes neurobiologiques, lesquelles, comme le fait remarquer Sémir Zéki, ont détruit le vieux dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'était créé à l'âge adulte. La théorie du refoulé freudien ? Qu'en reste-t-il après ça ? Rien.

Donc, on a bien une doctrine historiciste, comme pourrait l'écrire Karl Popper : à partir d'une certaine connaissance des faits, il est possible de dire que les choses sont déterminées de manière absolue, et qu'il ne sert à rien de s'y opposer. Les staliniens eux aussi étaient historicistes, ils croyaient que la dictature du prolétariat était une loi du destin scientifique et qu'il était criminel de s'opposer à ce bonheur inéluctable dont l'enfantement, certes, ne se ferait pas sans beaucoup de sang et beaucoup de larmes...

En psychanalyse, malgré les apparences (et les idéologies totalitaires savent bien appâter les gogos et autres victimes avec des promesses de bonheur), ce n'est pas l'individu qui est la fin, mais la théorie, sa survie, son pouvoir, et son statut d'idéologie dominante dans la société. La théorie est un totem lequel est présenté comme le garant du bonheur. Détruire le totem c'est mettre en danger tout le monde, donc le totem est plus important que l'individu. L'analysant est là pour venir servir la théorie et devenir un nouveau prosélyte. Le problème de la guérison ? Pas grave, il suffit de dire que guérir est un terme médical, pas un terme psychanalytique. D'ailleurs la psychanalyse n'a jamais guérit personne. La psychanalyse n'est pas au service de l'individu, c'est le contraire. L'inconscient est un dogme qui ne peut appartenir à aucun individu possédant une enveloppe humaine. Car l'humain, c'est le domaine du faillible, de l'erreur, de l'imprécision, de lois précises, certes, et probabilistes également, mais pas de lois absolues et excluant tout hasard et tout non-sens. Aucun être humain ne peut fabriquer une machine à supprimer le hasard, ou même à le mesurer. Aucune mesure, aucune tentative de mise en correspondance de deux points ne peut jamais être parfaite sur le plan empirique. Car cela dépend toujours d'instruments qui sont eux aussi imparfaits puisqu'ils dépendent de lois universelles, imparfaites, pour leur propre fabrication.

Exclure le hasard et le non-sens ne relève donc pas de l'humain, d'un humanisme. Mais du magique, du tribal, du barbare, du totalitaire. De l'abject. L'inconscient et le refoulé ne sont pas des possibilités pour le genre humain, mais des anathèmes, des totems, des miroirs aux alouettes, qui ne sont utiles que pour la suprême jouissance des psys : pratiquer le terrorisme de l'interprétation et recueillir du « gaz hilarant ».

Elle est paternaliste la psychanalyse, parce qu'elle infantilise. Ils nous infantilisent sans arrêt les membres de la tribu psy. Les femmes-psy donnent du petit sourire en coin et condescendant, parfois assortit de cette petite voix que l'on sert aux bébés ou aux enfants. Elle aime faire comme si "elle vous avait fait", la psy-femelle. C'est sa manière à elle de se sentir en sécurité, d'affirmer son égo qui n'en peut plus de vouloir prendre l'ascendant (tous les psys souffrent de cette maladie incurable chez eux). Et le psy-mec, il fait comment ? Lui, prend une attitude détachée, méprisante, condescendante aussi. Vous n'êtes qu'un con, un ignorant, un sale névrosé. "Les patients c'est de la racaille", disait Sigmund. C'est sa manière de vous lancer un défi que vous ne pourriez pas refuser, puisqu'il tente de vous humilier dans ce qui peut vous toucher en plein cœur : une certaine vanité intellectuelle (pas d'inquiétude à avoir pour lui, par contre, les frustrations de ce genre c'est la première chose dont il a appris à se prémunir en face des autres, bien que cela le tiraille en permanence). Car, comprenez-vous, pour cette créature, il relève de la vanité intellectuelle de mépriser Freud, d'ignorer l'inconscient, de s'en foutre, et de penser que votre conscience vous donne aussi un certain libre-arbitre.

Comme lui a été analysé, qu'il s'est soumis, qu'il sait qu'il a accepté la soumission sans condition aux articles de foi de papa Sigmund, que sa vie et son casse-croûte dépendent d'eux, qu'il est supervisé, et qu'il a perdu toute indépendance d'esprit pour ne devenir rien d'autre qu'un prosélyte fanatique de l'immaculée doctrine, et haineux de la raison critique, il envie votre indépendance, cette idée si insolente, si audacieuse et vivifiante de la liberté que vous avez encore en vous, que vous osez afficher avec tellement d'impudence bien naturelle, et qu'il n'a plus, qu'il ne peut plus rallumer et qui ne peut le conduire qu'à se réfugier dans le dépit puis la haine de cette lumière éteinte, de cette route abandonnée.

Pour le petit freudien de base, l'homme libre est un personnage étrange. Surtout s'il le dit haut et fort. C'est une menace permanente, un symbole de son échec, de sa déconfiture, de son angoisse de savoir qu'il s'est enlisé jusqu'aux cheveux dans cette secte. Alors il a besoin de se conforter, et de se réconforter sans arrêt, le psy-mec. Il faut donc qu'il se place "en haut", dès le départ, et qu'il y reste. Il devient un esclave à vie de l'impitoyable et épuisante dictature du "dernier mot". Car sa doctrine fondée sur son déterminisme absolu, et ses engagements personnels, les poussent invariablement à toujours vouloir se sortir victorieux de toutes les joutes, les combats, les discussions, les polémiques, les débats, les thérapies. Il faut qu'il gagne, il y va de sa foi, de sa vie, de son équilibre. Mais il sait aussi que c'est insupportable pour les autres, cette attitude, alors, souvent, il tente de la faire passer avec un peu ou beaucoup de vaseline. Il s'adonne au tutoiement, ou alors il vous vouvoie en vous appelant par votre prénom. Il est toujours tout miel, et les angles, quant il y en a, il les arrondit pour vous (car vous ne seriez pas assez intelligent pour un peu de finesse, bien sûr, en tout cas jamais autant que lui). Et tant pis s'il écorne allègrement la vérité au passage. Car la vérité ce n'est pas son but, c'est son ennemi juré. Les faits. Les faits têtus, voilà la bête noire de tous les membres de la secte freudo-lacanienne. Alors vive le langage, la polysémie, les métaphores, le symbolisme délirant, le relativisme, la suggestion, la manipulation, la pathologisation, la diffamation, l'hégélianisme...Et oui : mieux vaut tenter de surnager dans un tel foutoir pour qu'au moins le spectre affreux de la vérité s'éloigne.

En face de ces petits-chefs, il n'y a donc qu'une seule alternative possible : se soumettre ou se faire humilier. Vous vous êtes soumis lorsque vous avez accepté d'ânonner comme un béni oui-oui, que "l'analyse vous a sauvé la vie", ou d'autres stupidités de ce genre, comme les articles de foi de la mythologie freudienne. Et surtout lorsque, plusieurs fois par semaine, et tout au long de nombreuses années passées sur le divan, vous acceptez, en fin de séance, de rejouer avec lui une farce. La "farce freudo-sphinctérienne" (Marie-Jeanne Marti), celle qui consiste à comprendre que votre bel argent c'est "anal", mon pauvre vieux ! Et oui : lorsque vous étiez petit, et que vous alliez au pot-pot avec maman, eh ben, vous lui faisiez un gros "cadeau", ou, comme disent les grands benêts, une "grosse commission". Tout ça est encore dans votre inconscient refoulé, à l'état latent et névrotique pour vous, bien sûr, mon vieux. Vous n'avez pas oublié (contrairement à ce que vous croyez, c'est juste "refoulé" donc pathogène ; pas bon ça de garder tout ce "fric" en vous, ça vous rend malade), et le psy est là pour le rappeler au bon souvenir de...votre portefeuille, et vous "libérez" ainsi de beaucoup de cette névrose sonnante et trébuchante, voire bruyante. Quoi ? Vous l'ignoriez ? Ne saviez-vous donc pas que, pour Freud, l'argent c'est du "gaz hilarant" ? Vous voilà "initié" à présent. Eh oui : l'analyse, c'est comme les fayots, ça fait péter. Asseyez-vous donc sur le "pot-pot", et faites offrande de votre matière fécale (votre fric) à votre psy, vous vous sentirez mieux après, une fois que vous aurez enfin fait émerger à la conscience de ce refoulé qui vous empoisonnait tant la vie. Vous vous sentez mieux ? Bravo...

L'autre accent totalitaire est donc le culte du héro et de l'héroïsme, le culte de la personnalité, inévitable, et reconnu par tous, des critiques et des psychanalystes, du moins ceux qui voient un peu de lumière de temps en temps. Ensuite il y a le caractère occulte, sectaire de l'organisation freudienne, son « Comité secret », et son fétichisme de la bague décernée à ceux qui sont les plus proches du septième cercle. Ils sont illustres à dénoncer le caractère indiscutablement sectaire de la psychanalyse. On retiendra tout particulièrement le nom d'Henri Ellenberger qui écrit ceci : « La psychanalyse est-elle une science ? Elle ne répond pas aux critères (science unifiée, domaine et méthodologie définie). Elle répond aux traits d'une secte philosophique (organisation fermée, initiation hautement personnelle, doctrine changeante mais définie par son adoption officielle, culte et légende du fondateur.» Et encore ceci : « Ce que Freud a introduit : [...] retour au système « secte » antique : [...] initiation de caractère plus qu'intime, sacrifices d'argent considérable[s], doctrine commune, culte du Fondateur ». (In : « Les incertitudes de la psychanalyse », notes dactylographiées, Centre Henri Ellenberger, hôpital Saint-Anne, Paris).

Mais l'aspect le plus totalitaire de la psychanalyse, celui qui la fait ressembler encore plus au stalinisme ou au nazisme, ce sont ses méthodes de propagande et d'invasion. Et son invasion surtout dans toutes les institutions françaises.

Elle est partout. Dans la santé, les médias, les arts, la politique, l'éducation, l'entreprise, l'université, le sport, les loisirs. Partout, absolument partout. « Je suis partout » (...), voilà ce qui pourrait être le leitmotiv, ou même le slogan publicitaire de la société holding « Freud and co. ». Elle veut dire son mot sur tout, la psychanalyse (quoique lors de la lamentable débâcle judiciaire d'Outreau, elle aurait beaucoup mieux fait de fermer sa grande gueule...), avoir un œil sur tout, donc tout contrôler, tout rationaliser dans les filets extensibles à l'infini de ses théories. Rien ne doit s'échapper du royaume de Sigmund IV et 2 font 6 et 10 font 16, empereur de l'interprétation des nombres et des mots, apôtre canonisé de la numérologie, cocaïnomane invétéré et prosélyte, et grand débiteur de fariboles pseudo-scientifiques à dormir debout. La raison critique, cette jolie petite bergère, peut toujours courir, l'infernale et bruyante mécanique freudienne sera toujours là, maniée par son roi qui l'observe de loin, par le petit bout de la lorgnette, mais non pour la séduire, mais pour l'écraser. Ah...Pauvre Dora ! A quelle infernale bande de gros dégueulasses tu as eu à faire !

La gangrène freudo-lacanienne sera toujours là, à vous imposer son terrorisme abject et immoral de l'interprétation. Comme tout totalitarisme, la psychanalyse n'est qu'un piège à rat. Et oui, quand elle vous a empoigné, elle ne vous lâche plus, écrira, en substance Ludwig Binswanger, ancien compagnon de route du Très Saint Gourou.

Elle est donc totalitaire encore, parce qu'hégélienne. Elle place l'idée, avant les individus, qui ne sont pour elle, que des « formes vivantes » (Hegel) au-dessus desquelles gouverne « l'esprit du temps », donc l'idée, l'idéologie. Et les idées, seraient plus belles, plus nécessaires que les individus qui doivent ne pas être des obstacles, ni des fins, mais des moyens pour la réaliser. Mais qui vient donc "réaliser" la psychanalyse ? Qui vient l'honorer, se prosterner, et devenir ses plus ardents prosélytes ? Et bien les patients pour qui "ça à marché". Par un "conditionnement bidirectionnel" (Van Rillaer), ils caressent l'analyste et l'analyse dans le sens du poil, qui donc les caresse aussi pour mieux endoctriner, manipuler, suggérer, séduire, piéger, convertir. Ceux qui s'y refusent aussi, l'honorent la psychanalyse, en lui offrant une autoroute à quatre voies bien dégagées pour son argument terroriste et charlatanesque de la résistance refoulée.

La psychanalyse est donc comme les utopies totalitaires : elle se présente comme l'idée du bonheur pour tous, indépassable, inaltérable, immaculée de toute critique et de toute objection possible, sinon c'est le goulag réservé aux « névrosés résistants », aux « fascistes », au « antisémites masqués », etc. Il faut être conforme à l'idée du bonheur et du bien-être qu'a imposé la psychanalyse, dans sa grande manœuvre messianique et paternaliste. Impossible pour elle de ne pas écraser les récalcitrants. Il était aussi impossible, pour le marxisme vulgaire (le communisme) de ne pas écraser ce qui pouvaient s'opposer à cette marche inéluctable vers un « monde promis d'amour et de beauté », la dictature du prolétariat et la fin de l'histoire. Tu parles... !

Freud astronome de l'inconscient. (modifié le 31octobre 2008) | 18 avril 2008

Peut-être suffit-il de quelques phrases pour démystifier tout le parcours de celui qui voulu être l'égal de Copernic et Galilée réunis ? Celui qui aurait soi-disant réussi une « rupture épistémologique majeure » avec la psychologie de son temps sans toutefois en reprendre les travaux issus de la tradition de tests scientifiques qui l'a précédé. S'agissant de la théorie des rêves, pilier grâce auquel toute la psychanalyse justifierait son utilité selon Freud (Cf. Cinq leçons sur la psychanalyse. Troisième leçon), Alan J. Hobson, écrit que « l'interprétation des rêves n'est issue essentiellement ni de son désaccord avec les théories existantes, comme son chapitre VII voudrait le laisser croire, ni d'études attentives de récits de rêves, mais plutôt d'un ensemble d'hypothèses a priori résultant de ses efforts pour bâtir une psychologie fondée sur la neurobiologie des années 1880 » (J. Allan Hobson. Le cerveau rêvant. Gallimard, Paris, 1988, page87). Celui enfin qui tout en travaillant dans un isolement qui fera de lui ce héros auto proclamé de sa nouvelle science privée, (laquelle n'est sortie que de l'auto-analyse de ses propres délires alimentés à doses massives de cette magique substance, la cocaïne, ainsi que d'autres inventions rocambolesques qui ont fait long feu depuis les travaux des historiens comme Jacques Bénesteau, Robert Wilcocks, Allen Esterson, Frederick Crews, Frank Cioffi, et tant d'autres encore), affirmera mordicus que cette imposture sans aucun précédent dans l'histoire des idées, était la science du psychisme, et pourquoi pas la « science des sciences »...

Malgré l'héroïsme freudien, dès les débuts de la psychanalyse, de vives objections s'élevèrent contre les revendications de scientificité de son Père fondateur. Voici l'une de ses vaines protestations que nous livrent Borch-Jacobsen et Shamdasani dans leur Dossier Freud (p. 205) :

« Vous savez que récemment les médecins d'une université américaine ont dénié à la psychanalyse le caractère d'une science en alléguant qu'elle ne pouvait fournir aucune preuve expérimentale. Ils auraient alors tout aussi bien pu faire la même objection à l'astronomie, car les expériences pratiquées sur les corps célestes sont particulièrement malaisées ». (S. Freud)

Voici maintenant ce qu'écrit le Professeur J. Allan Hobson, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School et directeur du Laboratoire de neurophysiologie au Massachusetts Mental Health Center, et qui répond à la perfection à la protestation de Freud. Rappelons que le professeur Hobson est mondialement connu pour avoir démontré scientifiquement l'effondrement total du pilier central de la psychanalyse : la théorie des rêves. Il fut aussi celui qui invalida les travaux de Mark Solms, basés sur des I.R.M., en démontrant qu'ils ne confirmaient en rien les théories de Freud. Hobson reprend, dans cette citation, la prétention de Freud à comparer sa psychanalyse à une science équivalente à l'astronomie. Il écrit :

« Freud remarque que certains médecins d'une université américaine non citée refusent déjà à la psychanalyse un caractère scientifique, parce qu'elle ne peut apporter de preuve expérimentale de ses postulats (1932). Il réplique en dressant un parallèle entre l'astronomie et la psychanalyse. Personne ne reprochant à l'astronomie de n'être pas scientifique parce qu'elle éprouve des difficultés à faire des expériences sur des corps célestes, il est donc injuste - aux yeux de Freud - de critiquer la psychanalyse parce qu'elle ne fait pas d'expérience sur l'esprit inconscient et ses idées.
Si Freud a raison d'observer qu'en psychanalyse comme en astronomie on se trouve limité aux observations à distance, son analogie passe par-dessus deux critères fondamentaux de la science : la mesure et la prévision. L'astronomie effectue les deux, la psychanalyse aucune ».
(J. Allan Hobson. « Le cerveau rêvant ». Gallimard, Paris, 1988. Page 80).

Mais soyons reconnaissants et plus respectueux du génie, oublions les propos déstabilisants et récalcitrants du professeur Hobson, et marchons un moment sur les sentiers dorés de la légende freudienne...

Freud, comme Galilée, possédait donc son télescope (la magie de l'interprétation alliée au symbolisme délirant). Il l'avait d'ailleurs fabriqué lui-même. Dès lors, il pouvait comparer ses objets de recherche à des étoiles ou à des planètes, certes inaccessibles pour des observations empiriques, mais possédant la même valeur intrinsèquement scientifique, croyait-il, que les astres de son modèle : Galilée.

Comme on le lira dans ce qui va suivre, nous avons quelque peu détourné la définition que Freud lui-même donnait de son télescope. Il écrit au chapitre premier de son abrégé de psychanalyse, je cite : « Nous admettons que la vie psychique est la fonction d'un appareil auquel nous attribuons une étendue spatiale et que nous supposons formé de plusieurs parties. Nous nous le figurons comme une sorte de télescope, de microscope ou quelque chose de ce genre ». Pour Freud, le « télescope » n'est rien d'autre que la façon dont sont organisés le « ça », le « moi » et le « surmoi ». Pour nous, il subit une transformation (tout à fait libre) et devient ce qui est constitué par ses préjugés, ses attentes théoriques, sa théorie du symbolisme, sa méthode d'investigation des associations libres, et surtout sa méthode d'auto-analyse isolée par le recours à l'introspection. En bref, nous considérons que le télescope de Freud est constitué de tout ce qui va lui permettre d'avoir cet accès soi-disant privilégié à l'inconscient, et plus encore, au refoulé, mais en tenant compte du fait important que ces deux aspects de l'appareil psychique freudien seraient régis par un déterminisme absolu excluant tout hasard et tout non-sens. Là, réside toute l'originalité du télescope freudien, qui a son époque, lui permet de se démarquer de tous les autres en concurrence possible avec le sien.

Comment donc faisait Freud pour « voir » dans son télescope tant d'étoiles, de planètes, ces objets merveilleux de l'univers encore inexploré dans lequel il croyait s'aventurer en authentique « découvreur », et que son talent rhétorique (confinant parfois au génie, ça, il faut le reconnaître) enrobera de cette célèbre brillantine pseudo-scientifique afin de mystifier son public ?

C'est fort simple, mais il nous faut quand même considérer que Sigmund Freud lui-même se plaçait très en avance sur son temps. Faisons de même.

Il utilisa donc des « négatifs », c'est-à-dire ses propres préjugés, ses fantasmes, ses rêves, qu'il plaça sur l'œilleton de son fabuleux télescope, exactement comme si un charlatan de l'astronomie avait planqué une photo dedans pour mieux exposer au regard des autres le résultat extraordinaire de sa nouvelle découverte. A travers ces négatifs, Freud voyait donc tout ce qu'il voulait voir, et l'image projetée sur la lentille ne pouvait jamais le mettre en défaut. Ces « négatifs » étaient de véritables filtres du réel que Freud croyait découvrir de manière indépendante, comme Galilée. Ils étaient la réalité que Freud confondait allègrement avec le réel quand il ne la lui substituait pas totalement. Mais Ils possédaient eux aussi, une propriété extraordinaire que les plus grands artistes de la photographie ne leur renieraient pas encore aujourd'hui ou demain. C'était des négatifs qui ne pouvaient se tromper. Ils étaient auto-déformables à volonté, parce que les yeux de celui qui regardait à travers étaient également capables d'en modifier l'aspect. Comment était-ce possible ? Freud n'avait qu'à rêver, penser, fantasmer, délirer, ou prendre de la cocaïne, et ses idées lui venaient à l'esprit, elles lui disaient comment faire pour changer la nature du négatif à coller sur l'œilleton de son télescope dans un infernal et éternel retour circulaire sur lui-même, de ses projections vers l'expression de ses fantasmes délirants.

On pourrait penser que les négatifs freudiens dont nous parlons, étaient en fait ses propres conjectures qu'il mettait à l'épreuve de l'observation, en bon poppérien qu'il fut, comme disent maintenant certains, en tentant d'enfourcher un mode de provocation nouveau...Mais Freud était tout sauf poppérien, et dans son état d'esprit, et dans ses façons de faire. Comme il le dit d'ailleurs lui-même, au lieu d'être un scientifique, il n'était qu'un Conquistador...Il ne se servit de ses préjugés et autres fantasmes (ses négatifs...) que pour observer d'abord en lui-même les choses de son propre esprit dans le cadre de ce qui allait constituer la matrice de toute la psychanalyse : sa propre auto-analyse introspective ! Comment pouvait-il alors prouver quoique ce soit de manière indépendante et intersubjective, en adéquation avec les célèbres injonctions épistémologiques de Karl Popper, sans même avoir le recul que lui aurait permit un observateur extérieur, que Freud, au contraire de Charcot dont il assista aux séances d'hypnose, acquis justement de répudier sans délai, dès l'Introduction à la psychanalyse ? Sur ce point, il me semble primordial de citer Freud :

« La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d'auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. (...) Quant aux renseignements dont l'analyste a besoin, le malade ne les donnera que s'il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière ; il se taira, dès qu'il s'apercevra de la présence ne serait-ce que d'un seul témoin indifférent. (...) Vous ne pouvez donc pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements, pour ainsi dire, en seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d'un jugement. Tout dépend en grande partie de degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne ». (S. Freud. Introduction à la psychanalyse. Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 8).

Ces propos de Freud suscitent certains commentaires simples.

- Freud reconnaît que le traitement psychanalytique n'est pas démontrable. Ce traitement repose donc entièrement sur une approche dogmatique et subjective du réel qu'il étudie, et les historiens ont démontré que Freud co-fabriquait une réalité, à partir de ce réel, toujours « à deux », afin que sa réalité cadre au mieux avec le réel, ou qu'il ne soit connaissable qu'à partir de la réalité qu'il avait complètement fabulée, soit entre lui et ses motivations théoriques au cours de son auto-analyse, ou encore entre lui et ses patients dans le cadre ultra secret de son cabinet ou du bureau où il rédigeait ses interprétations sans jamais les soumettre à aucun contrôle extérieur, quelqu'en ait été la nature et à n'importe quel moment du processus.

- Si le malade ne peut fournir à l'analyste des renseignements utiles à sa guérison qu'à la condition que s'instaure le fameux transfert, alors il devient rigoureusement impossible de garantir que les propos ou les associations prétendument libres du patient soient indépendants des sentiments personnels qu'il éprouve vis-à-vis de son analyste et par suite qu'ils ne puissent dépendre de son influence, de quelque nature qu'elle soit (suggestion, manipulation, etc.). Au sujet de l'éternel problème de la suggestion en psychanalyse, outre les travaux de Mikkel Borch-Jacobsen, on peut citer Thierry Melchior qui nous parle d'un procédé freudien fallacieux consistant (comme c'est souvent le cas avec Freud) à retourner la situation à l'avantage de la psychanalyse en faisant de ce qui aurait dû l'anéantir un élément capable, au contraire, d'en démontrer le bien fondé. Je cite Melchior :

« (...) Au moment où la psychanalyse risque d'être suspectée, du fait de l'apparition des émois dits « transférentiels », de n'être qu'une thérapie par suggestion, cette dernière se voit recadrée comme n'étant rien d'autre qu'un de ces phénomènes révélateurs de la sexualité infantile et de l'activité libidinale infantile. En d'autres termes, la suggestion qui, en sapant son fondement même, pouvait ruiner toute l'entreprise psychanalytique, se trouve réinterprétée par Freud comme le seraient, à la limite, un simple, rêve, un vulgaire lapsus, un quelconque oubli, un banal jeu de mots...

Que penser de cette argumentation ? Elle use, de toute évidence, d'un raisonnement fallacieux. Car Freud ne voit pas ou ne veut pas qu'on voie que, pour que la psychanalyse puisse interpréter le phénomène de suggestion comme un phénomène transférentiel, de nature libidinale, il faut évidemment que la théorie psychanalytique (relative au transfert, à la sexualité infantile et à son refoulement) soit vraie. Or, pour qu'elle soit vraie, il faut que rien de ce qui est « trouvé » par les patients n'ait été suggéré (même involontairement) par l'analyste, sauf à commettre une pétition de principe. Et on retrouvera encore la même pétition de principe quand, plus loin dans le texte, il écrit : « les connaissances que nous avons acquises grâce à la psychanalyse nous permettent de décrire à peu près ainsi les différences entre la suggestion hypnotique et la suggestion psychanalytique. (...) La thérapeutique analytique, lorsqu'elle se trouve en présence des conflits qui ont engendré les symptômes, cherche à remonter jusqu'à la racine et se sert de la suggestion pour modifier dans le sens qu'elle désire l'issue de ces conflits. » Or, ces affirmations ne valent que pour autant qu'il ait été démontré que les « connaissances acquises grâce à la psychanalyse » reposent sur autre chose qu'un processus à base de suggestion. Le fait que les symptômes soient dus à des « refoulements », par exemple, est vrai si et seulement si, au cours de son travail thérapeutique, l'analyste ne suggère pas au patient, même involontairement, 1) que ces refoulements existent et 2) qu'ils constituent précisément ce qu'il faut déterrer pour que les symptômes disparaissent. Or, c'est très exactement ce qui est en question, d'où la pétition de principe : on considère comme admis cela même qu'il s'agit de démontrer.

Alors même qu'il se voit dans l'obligation de concéder que, quand même, la suggestion joue un rôle en psychanalyse, Freud fait tout, on le voit, pour en minimiser l'incidence sur les « découvertes » qu'elle permet. Á peine reconnue du bout des lèvres, la suggestion se voit - au prix d'un grossier paralogisme - cantonnée dans un rôle du supplétif. » (Thierry Melchior. In : « La guerre des psys. Manifeste pour un psychothérapie démocratique. » Sous la direction de Tobie Nathan. Edition les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2006. « Guérir par la vérité ». Pages 80 à 82.).

- Si comme l'affirme récemment Daniel Widlöcher, la méthode des associations libres reste encore la méthode de recherche scientifique de la psychanalyse, en tant que « science de la subjectivité », il est clair que l'objet même de la recherche se confond entièrement avec la méthode en étant toujours intimement lié à l'expérimentateur dont il ne peut en être indépendant. La recherche en psychanalyse a donc ceci de particulier qu'elle représente le cas où le chercheur ne peut jamais se départir d'un contact direct, permanent, et subjectif avec son objet de recherche, ce qui le place, d'entrée de jeu, hors du champ de toute véritable recherche scientifique...Freud aggrave encore le cas de la méthode analytique en précisant que les objets de recherche n'apparaissent plus si, justement, il n'y a même que le soupçon d'un contrôle indépendant. En poussant un peu plus loin la critique de cette situation épistémologique si spécifique, il n'est pas exclut que dans le cadre de la cure analytique, l'inconscient de l'analyste se confonde ou interfère avec l'objet de recherche qui est celui de son patient. Mais même dans cette situation, les freudiens peuvent rétorquer que l'inconscient est donc toujours l'objet de recherche et qu'il est intéressant d'étudier les interférences qu'il peut y avoir entre l'analyste et son patient...Ce qui entraîne une régression à l'infini quant à la validation épistémologique d'une telle situation. Car il faudrait une tierce personne qui interviendrait pendant la cure et dont on pourrait s'assurer que son inconscient ne peut en aucune façon interférer de manière « subversive » (...) avec les relations inconscientes entre l'analyste et son patient afin de les étudier, et ainsi de suite.

- Ainsi l' « inconscient désirant », comme dirait peut-être Gaston Bachelard dans La formation de l'esprit scientifique, serait bien toujours là et subversif dans le « laboratoire » freudien. En suivant Bachelard, si l'on doit se servir de la psychanalyse pour purifier l'esprit du chercheur parce que son inconscient aurait tendance à déformer le réel, c'est que l'on admet que la psychanalyse est vraie, dotée de lois causales corroborées par des tests scientifiques. Mais comme nous ne cessons de le dire, seul Freud sait si elle est « vraie » et il rejeta tout type d'expérimentation autre que les siennes, subjectives et sans contrôle. Gaston Bachelard propose que former l'esprit scientifique c'est lui montrer comment il doit renoncer aux affects afin de se concentrer sur les seuls buts, arides, de la démarche scientifique. En somme, la voie empruntée par Bachelard ressemble un peu à celle de Popper laquelle consiste à évacuer tout psychologisme dans la justification d'une logique de la découverte scientifique, mais justement sans s'occuper délibérement de l'origine psychologique de l'imagination créatrice qui concourt aussi à la formulation de ce que Popper nomme des « conjectures hardies ». Mais si l'analyste qui veut étudier l'inconscient dans son prétendu laboratoire clinique doit pour ce faire, renoncer aux affects, doit-il aussi renoncer à la relation de transfert qui le lie avec son patient, et par voie de conséquence à l'authenticité d'un véritable cadre d'étude analytique ? Le projet de Bachelard serait peut-être viable pour d'autres disciplines si nous avions les preuves indépendantes que la psychanalyse est vraie, et repose sur tout autre chose que des pétitions de principes ou des vérités révélées par Freud, mais pour la psychanalyse il ne peut l'être. C'est impossible. Car personne ne peut se vanter d'avoir acquis une maîtrise suffisante de son refoulé donc d'avoir le contrôle a priori du déterminisme absolu dont il dépend, lequel dépasse toute capacité d'appréhension humaine. Pour cela, il faudrait être le Démon de Simon Laplace, et encore...La psychanalyse ne peut donc être, circulairement, la justification d'elle-même sauf à s'autoriser, encore une fois, entièrement d'elle-même. Elle ne peut donc aspirer à « superviser » les autres sciences ou s'affirmer comme « la science des sciences ». Voilà qui étouffe dans l'oeuf le projet des freudiens et celui de Gaston Bachelard.

- Cette théorie de l'inconscient se fait donc une nouvelle fois piéger par le déterminisme dont elle dépend. Car si le déterminisme psychique inconscient est si absolu et demeure en toutes circonstances la cause de toutes les représentations psychiques (conscientes ou inconscientes) de l'analyste et de son patient, alors il est impossible de se mettre à distance de lui pour l'étudier en tant qu'objet, s'il n'y aucun moi sur Terre (aucun autre individu conscient) qui puisse être suffisamment maître en sa propre maison (S.Freud) pour prendre le recul nécessaire à l'étude de l'inconscient d'un autre individu tout en contrôlant le sien. Personne ne pourra donc jamais s'assurer que son propre inconscient n'a pas de responsabilité dans le choix de voies erronées de recherche (fallacieuses, névrotiques, etc.) pour étudier celui d'autrui. Et dans l'acception déterministe aprioriste et absolue que donne la psychanalyse à cette théorie, la présence de personnes supplémentaires coopérant à la recherche ne pourrait qu'aggraver à chaque fois le problème. Mais maintenant que vaut l'argument selon lequel seul un analyste professionnel, c'est-à-dire une personne qui a été analysée puis est supervisée pendant sa carrière soit apte à réaliser ce type de recherche dans le cadre de la cure, sans recourir à d'autres témoins ou procédures garantissant l'indépendance du chercheur par rapport à son objet ? Là encore, tout repose sur une subjectivité en chaîne, qui n'a rien à voir avec l'intersubjectivité dont parle Karl Popper dans sa logique de la découverte scientifique. Car si un analyste a été analysé, il n'a pu l'être que dans les conditions subjectives, intimes, du cadre de la cure, qui ne ressemblent en rien à celles d'un contexte expérimental avec manipulation de variables indépendantes. La psychanalyse n'est donc qu'une sorte de transmission d'un cadre intime, subjectif, à un autre, depuis l'auto-analyse légendaire de Sigmund Freud, quelles que soient les critiques internes qui peuvent opérer au décours de ce processus.

- La dernière partie des propos de Freud cités plus haut nous semble encore la plus significative et riche en enseignements sur la façon dont Freud lui-même entrevoyait sa propre position de géniteur de la psychanalyse. De tels propos confirment très clairement les critiques les plus dévastatrices formulées par Bénesteau, Borch-Jacbosen et Shamdasani, parce que Freud, non seulement exclut tout possibilité de preuve scientifique véritable, et enfonce encore le clou du subjectivisme et de sa position de gourou auto-proclamé, en écrivant que ce n'est que par ouï-dire et uniquement grâce à la confiance que l'on a en sa seule personne, que l'on peut avoir connaissance de la psychanalyse. C'est exactement comme si Galilée n'avait jamais été confronté au Cardinal de Bellarmin, lequel aurait admis que la Terre est ronde, seulement par ouï-dire ! Voilà justement ce qui a manqué à Freud pour qu'il puisse se comparer à Galilée. Certes des contradicteurs se sont exprimés par la suite, mais contrairement à ce qu'affirment les légendes freudiennes (qui les ont fait passer pour des inquisiteurs obscurantistes en face du génie scientifique soi-disant incompris) ils ont accueilli plutôt favorablement ses théories, et surtout ses disciples des premières heures n'ont jamais contesté la règle freudienne de l'isolement et du subjectivisme en acceptant de se transformer en prosélytes de cette nouvelle science du psychisme née de la mythique auto-analyse freudienne.

- Mais j'aurais dû comparer Freud à Einstein. Il suffit d'imaginer Einstein, écrivant sa théorie de la relativité grâce à un puissant travail introspectif isolé de toute recherche précédente ; faisant ses propres tests, sans aucun contrôle indépendant, donc définissant lui-même les conditions initiales d'expérimentation au seul gré de son imagination subjective ou de son Monde 2 (K. Popper) ; écrivant un beau livre où il affirme la valeur scientifique de ses recherches en alignant les pétitions de principes et autres vérités révélées les unes à la suite des autres ; puis demandant à tout le monde de le croire tout bonnement sur parole, de lui faire entièrement confiance, et en plus, de transmettre sa bonne parole, par le simple jeu du bouche-à-oreille, et aussi en interdisant toute réunion à plusieurs, dans des laboratoires, pour mettre à l'épreuve ses théories. On comprend mieux désormais pourquoi malgré l'insistance de ses disciples ou de lui-même, on refusera avec raison, plus de dix fois le Prix Nobel à Sigmund Freud, Prix qu'il n'obtiendra jamais.

- Avec la toute dernière phrase de Freud, on se demande comment certains freudiens aient pu s'indigner des critiques démontrant que pour s'attaquer à la psychanalyse, il faut s'attaquer au personnage freudien. En effet, puisque la psychanalyse est née à partir du seul Sigmund Freud, dans le cadre intime de son auto-analyse, et si, partant de cette matrice, le reste du monde, ne pourra la connaître désormais que par ouï-dire sur la base d'une confiance totale dans le Père fondateur ; alors si la police du passé (Borch-Jacobsen & Shamdasani ; mais aussi Bénesteau, Sulloway, Ellenberger, Cioffi, Crews, Van Rialler,...) met en évidence que Freud a menti, fabulé, suggéré, contrefait, etc., le lien de confiance qui lie Freud à tous ses lecteurs et auditeurs est rompu, et si ce lien est rompu c'est tout l'édifice qui s'effondre.

- Enfin, si c'est donc bien sur la confiance que nous avons pu avoir en Freud, donc sur un facteur lié aux sentiments (« nous », c'est-à-dire tous les individus qui ont pu entrer en contact avec lui, que ce soit directement ou indirectement par l'intermédiaire de ses livres ou d'autres témoignages de personnes initiées, ou « semi initiés ») que repose la crédibilité de tout l'édifice psychanalytique, comment être sûr que Freud, ses disciples, ses sympathisants, ses lecteurs ou toute autre personne ayant pu entrer en contact avec le profane par quelque moyen que ce soit, n'aient usé de la suggestion, de la manipulation, ou de tout autre moyen de pression ou d'influence plus ou moins subtil pour endoctriner leurs auditeurs ou leurs lecteurs ? A ce propos, le psychanalyste canadien Patrick Mahony est pour le moins explicite sur les effets que peuvent avoir la lecture des livres de Freud et sur sa façon particulière pour pratiquement prendre le contrôle du lecteur voire pour forcer son adhésion. Je cite Mahony :

« (...) Une manière efficace d'analyser la textualité de Freud consiste à suivre un fil à la fois et à voir comment il se déroule ; sinon, on a tendance à se perdre, mené par Freud qui poursuit un fil, puis le mêle à d'autres, au point que se mélange les nuances et les directions des fils et de leur entrelacs. Un des aspects dominants du discours de Freud est le mode réflexif du centrage sur soi et du centrage sur l'autre. D'abord, comme je l'ai développé ailleurs, il nous fait partager ses réflexions sur sa pensée et ses processus d'écriture. Ensuite, mieux que personne, Freud nous dit comment le lire ; (...) Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l'interprétation, bonne et mauvaise, de n'importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n'importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lire. De manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l'on est pas d'accord avec les idées d'un de ses passages, on est amené à tomber d'accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l'inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminement intériorisable : le piège transférentiel posé par l'écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. » (Patrick Mahony, « Dora s'en va. Violence dans la psychanalyse ». Les empêcheurs de penser en rond. Paris, 1996, pages 238 - 239).

- Le caractère subversif de l'inconscient permet donc à la psychanalyse et à l'analyste de toujours sortir vainqueurs d'un débat, d'une polémique, où l'on essaierait de critiquer et d'invalider ses théories et ses résultats thérapeutiques. Ce n'est que grâce à la version si extrémiste et aprioriste du déterminisme que Freud a choisit pour sa psychanalyse, qu'elle peut toujours retomber sur ses pattes. Je me permettrais donc, encore une fois, et avec l'appui de l'épistémologie de Karl Popper d'en tirer la conclusion fondamentale suivante, contre les positions d'Adolf Grünbaum : la théorie de l'inconscient de Freud, fondement de l'édifice freudien, est une théorie indiscutablement irréfutable. Et si Freud se réserve la possibilité de recours à l'argument de la subversivité de l'inconscient lorsqu'il a pu avancer quelque énoncé réfutable, alors dans ce contexte plus large, aucun énoncé produit à partir des fondements propres à la psychanalyse n'est réfutable, contrairement à ce qu'avait écrit Adolf Grünbaum.

Le caractère subversif de l'inconscient n'est pas étanche...Il a aussi des effets sur tous les autres fondements de la psychanalyse devenant tous irréfutables. L'irréfutabilité de la théorie des rêves que Freud considérait comme « la voie royale vers l'inconscient » (S. Freud. Cinq leçons sur la psychanalyse. Troisième leçon), et l'outil de formation et de justification de l'ensemble de la psychanalyse (de la théorie à la pratique thérapeutique), est bien identifiée par Allan Hobson :

« (...) Je crois que la théorie psychanalytique du rêve n'est pas scientifique, parce qu'elle n'a pas de base empirique. (...) Ce n'est pas un Freud impartial qui la conçoit, après avoir collationné systématiquement les relations de rêves de nombreux sujets. » (J. Allan Hobson. Le cerveau rêvant. Gallimard, Paris, 1988, page 77).

« (...) La théorie psychanalytique du rêve est donc largement spéculative, c'est une théorie a priori. Et, même si on tient compte de cet aspect, on trouve qu'elle ne repose sur aucune preuve, ou presque. Toutes les données de l'Interprétation des rêves sont subjectives : la plupart des rêves envisagés sont ceux de Freud lui-même ; ou alors ce sont des comptes rendus de seconde main ; et aucun n'est soumis à un traitement quantitatif. Deuxièmement, la théorie psychanalytique n'est pas construite selon une logique qui la rende susceptible de vérification expérimentale. En fait, les psychanalystes n'ont jamais défini quelle sorte de preuve pourrait infirmer leur théorie. Il n'est donc pas surprenant que, en presque quatre-vingt-dix ans, la théorie des rêves n'ait donné lieu à aucun test critique expérimental. » (J. Allan Hobson. Ibid, page 78).

« (...) Quelle qu'elle soit, la littérature que Freud passe en revue confirme sa théorie : il trouve une explication pour chaque cas embarrassant ou contraire. En 1936, sa pensée se caractérisait par l'arbitraire, l'autoritarisme et l'incapacité à définir des règles ou à imaginer des résultats qui pourraient contredire sa théorie. » (J. Allan Hobson. Ibid, page 84).

Ecoutons maintenant René Pommier, dans son dernier livre, « Sigmund est fou et Freud a tout faux » :

Il cite d'abord Freud, puis commente : 

« L'étude du travail du rêve nous a appris bien d'autres particularités, aussi remarquables qu'importantes, des processus qui se déroulent dans l'inconscient, mais nous n'en pouvons donner ici qu'un aperçu. Les règles de la pensée logique ne jouent pas à l'intérieur de l'inconscient et l'on peut appeler ce dernier le royaume de l'illogisme. (S. Freud). Mais c'est son propre mépris de la logique que Freud attribue sans vergogne au travail du rêve, un mépris qui lui a permis d'élever son échafaudage bancal de fariboles en ne tenant aucun compte des objections les mieux fondées. Quand on veut faire passer pour des vérités scientifiquement établies des hypothèses aussi arbitraires qu'absurdes, on a évidemment tout intérêt à récuser les règles de la logique. » (René Pommier. Sigmund est fou et Freud a tout faux. De Fallois, Paris, 2008, page 81).

« (...) On a souvent l'impression, en effet, que, dès qu'il a trouvé un élément dont il peut faire quelque chose, il arrête l'interrogatoire sur ce point, dans la crainte que la patient n'ajoute quelque chose qui pourrait contredire l'interprétation qu'il a en vue. » (René Pommier. Ibid, page 107).

Poursuivons maintenant notre périple vers cet Olympe où règnerait sans partage le Deus ex machina des sciences de la psyché (l'inconscient selon Freud). Ce lieu mythique et légendaire où un simple mortel nommé Sigmund Freud infligea une blessure narcissique à l'humanité, pour les siècles des siècles, en accouchant des dix commandements par lesquels la vie psychique de toute créature humaine se verrait scellée. Dans une immaculée rencontre avec lui-même, le très saint gourou qui plus tard laissera crever quatre de ses sœurs dans les camps de la mort nazis tout en dédicaçant un livre à Benito Mussolini de la plus empathique des manières, régurgitera pour la postérité une doctrine totalitaire dont le vœu le plus pieux fut de libérer l'homme d'un inconscient qui n'était rien d'autre qu'une identification à sa seule personne investie du destin messianique d'être un modèle pour la Terre entière, le Sujet freudien, ou l'inconscient, c'est-à-dire Sigmund Freud (Borch-Jacobsen). S'il y a donc bien une chose dont il est urgent de se libérer, c'est uniquement de Sigmund Freud et de ses délires velcro, mais passons.. Voici encore d'autres propos du génie, tirés du même livre, page 9 et 10 :

« Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu'il n'existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n'avons aucune possibilité de faire de celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s'assurer de la vérité de ses affirmations ? (...) On apprend d'abord la psychanalyse sur son propre corps, par l'étude de sa propre personnalité. (...) Il va s'en dire que cet excellent moyen ne peut toujours être utilisé que par une seule personne et ne s'applique jamais à une réunion de plusieurs ».

Commentaires :

- Encore une fois, Freud écrit qu'il n'existe aucun moyen de vérifier de manière objective les affirmations de la psychanalyse. Pourtant il affirmera que c'est bien une science faisant de lui l'égal de Galilée, Copernic ou Newton. Il faut donc apprendre la psychanalyse, en ayant d'abord entendu la bonne parole freudienne directement issue de son unique géniteur  (!..), puis à l'aide de ses négatifs, les poser sur son propre télescope de l'âme pour y redécouvrir les délires de Freud à la lumière fournie par les visions du Maître. Et surtout ne pas se réunir à plusieurs, ce qui évitera le risque que les nouveaux disciples ne pensent à quelque moyen de contrôle indépendant, intersubjectif, ou une discussion critique sur le vif. Freud était vraiment astucieux. Sachant pertinemment que sa méthode n'était ni scientifique, ni objective et qu'elle ne pouvait être démontrée, il se trouva devant un cruel dilemme : dois-je dire que je suis un scientifique ou un Conquistador ? Tout le poussa à choisir la deuxième voie, la soif de pouvoir, de gloire et d'argent étant nettement plus forte chez lui que tous ces petits scrupules rationnels et scientifiques. Mais pour que la mayonnaise puisse monter, il avait besoin d'un autre énorme coup de poker : faire accepter que chacun travaille séparément sur ses théories, et puis revienne devant lui pour parfaire son dressage. Surtout pas de laboratoire de recherche, (jamais de réunion à plusieurs, comme il l'écrit si bien), que chaque individu face seul son propre dressage, en acceptant de devenir un clone de la pensée du Maître, totalement dépendant de lui. Totalitarisme...

- Personne n'a jamais eu vent des variables indépendantes que Freud a pu manipuler, seul, et dans sa propre tête, afin de prouver les fondements de la psychanalyse, tout simplement parce qu'il n'est pas possible qu'un individu s'introspectant lui-même tout en décidant seul de la manière de s'introspecter, et, de surcroît, en pensant que ses méthodes d'introspection sont inédites, puisse recourir à d'autres variables ne dépendant que de lui-même et de ses propres préjugés les plus intimes. Il n'était donc évidemment pas question de pouvoir manipuler la moindre variable indépendante ou hypothèse alternative dans des conditions aussi isolées, subjectives et partiales que furent celles de l'auto-analyse de Sigmund Freud. On peut même dire qu'en pareil cas, il ne s'agit même plus d'une méthode...

- Et quand bien même Freud aurait tenté de manipuler un concept ou une variable issus de la recherche scientifique qui le précédait, bref, de quelque chose d'extérieur, apriori à sa propre personne, puis dans sa propre personne, cela ne pouvait pas davantage tenir lieu de méthode valide pour prouver quoique ce soit. Car, l'élément fondamental est l'isolement délibéré et le rejet explicite et répété de tout contrôle indépendant, de toute discussion critique, que ce soit avant, pendant, ou après ses prétendues recherches ou autres expérimentations. On ne pourrait, par exemple, comparer Freud à certains de ces pionniers de la recherche médicale qui s'injectent un virus pour en mesurer les effets. Car dans cette situation, une bonne partie des éléments de l'expérimentation est extérieure au sujet, est empirique, mesurable, donc objectivable, prédictible, et contrôlable de manière indépendante. Dans le cas de Freud, tout, absolument tout s'est déroulé dans l'intimité la plus hermétique et légendaire d'autant qu'à son époque, Freud ne pouvait disposer d'instruments qui, sur la base de ses goûts originaux pour la neurologie, par exemple, lui aurait permis de tenter d'objectiver ses investigations (I.R.M. ; scanner ; électro-encéphalogramme ; etc...). Enfin, il n'y a jamais eu, dans aucun des livres que Freud a pu écrire, le moindre compte rendu de recherches quantitatives et statistiques sur ses délires théoriques, et, encore moins, le moindre protocole de recherche expérimentale, méthode qu'il rejeta d'ailleurs de la manière la plus claire en réponse à Saul Rosenzweig : « J'ai examiné avec intérêt vos études expérimentales en vue de la vérification des propositions psychanalytiques. Je ne peux pas accorder une très grande valeur à ces confirmations, car la profusion d'observations fiables sur lesquelles reposent ces assertions [psychanalytiques] les rend indépendantes de toute vérification expérimentale » (In Borch-Jacobsen & Shamdasani, Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse. Pages 204 - 205).

...Mais le télescope aussi était très spécial. Il était né et demeurait dans la tête de Freud. Personne d'autre que lui ne pouvait le manipuler, le vérifier, ni bien sûr, en avait pu contrôler la fabrication. Il se présentait comme le tout premier du genre, et n'était pas l'objet indépendant dont tout scientifique a un impérieux besoin. Il lui permettait de découvrir dans son esprit ce que son esprit lui indiquait de voir, tout en étant né de son seul esprit... Merveilleux.

Une fois que l'aventure intérieure fut terminée, il tenta alors d'orienter son télescope vers d'autres sujets que lui-même. Et là, chose merveilleuse, les négatifs fonctionnaient aussi. Freud retrouvait sans arrêt des confirmations de ce qu'il voulait voir. Et surtout, il interdisait à quiconque de modifier les réglages du télescope qu'il avait légué. On ne pouvait en modifier la position, ni même en changer les négatifs sans respecter les préceptes du Maître. Il fallait toujours se référer au Maître qui orientait toujours le regard et même l'inconscient de ceux qui étaient initiés puis autorisés à manipuler le télescope. Ceux qui voulait regarder ailleurs, qui ne voyait pas les objets du Maître, ou qui prétendaient voir le contraire de ce que le Maître indiquait de voir, ceux-là, tels d'infâmes hérétiques étaient excommuniés du Cercle des initiés ou bien étaient considérés comme des malades, car leurs esprits pervertissaient l'esprit du Maître, lequel tout en enfantant le télescope avait dû se purifier au même instant de toutes les perversions et autres névroses qui circulairement auraient empêché cette naissance. La lunette magique permettant de voir les premières névroses connues et observées par le génie freudien ne pouvait elle-même être pervertie par ces mêmes névroses que Freud soigna seul en lui-même pour autoriser sa propre naissance ! Naissance qui ne s'autorisa donc que d'elle-même (Borch-Jacobsen).

Ce que nous avons tenté d'expliquer ici est cette chose qui nous paraît évidente : si c'est avec son télescope introspectif que Freud a prétendu découvrir les névroses refoulées (sans aucun contrôle indépendant), alors il n'a pu éviter d'observer que ce qu'il avait déjà a priori en pensée consciente, et le refoulé n'est donc qu'une construction totalement gratuite et métaphysique. Il ne s'agit donc pas d'une découverte. Si la psychanalyse pour être valide puis apte à fonder la thérapie de toute autre personne que Freud, ne peut être un objet névrotique parce qu'issu des névroses de Sigmund Freud  qui fut donc le seul et unique géniteur de cette science, ou comportant des résidus non liquidés de ses névroses (comme le démontrera Lacan, ce qui lui vaudra d'être exclu de l'IPA pour avoir osé s'en prendre à ce qu'il ne fallait pas : l'immaculée matrice de tout le corpus freudien, l'auto-analyse de Freud), alors comment faire confiance à une méthode déjà non-valide pour découvrir quoique ce soit, méthode qui plus est conçue et utilisée sans autre observateur que Freud lui-même ?

Comme le faisait déjà remarquer Ludwig Wittgenstein en critiquant William James, « la tentative d'analyse introspective revient à se saisir d'une toupie en mouvement pour en surprendre le mouvement, ou, à essayer d'allumer la lumière assez rapidement pour voir à quoi ressemble l'obscurité. Les conséquences de cette difficulté propre à l'introspection sont funestes. S'il est ardu de fixer les états transitifs du courant de pensée sans les observer, alors la grande erreur que toutes les écoles risqueront de commettre est de ne pas réussir à les saisir, et de trop insister sur les états plus substantifs du courant. Le paradoxe de l'introspection est donc de sélectionner les états substantifs de la pensée alors que nous voudrions capter les autres.» (L. Wittgenstein). Wittgenstein soutient ensuite que l'examen de la grammaire de penser dans l'usage ordinaire montre que le concept de penser n'est pas un concept d'expérience, mais de capacité, avec bien sûr un sens occurrent à certaines personnes et certains temps. L'introspection ne saurait donc rien nous apprendre que nous sachions déjà grammaire à l'appui. (Tous les propos que vous venez de lire sur la critique de Wittgenstein sont issus d'un texte de Christiane Chauviré intitulé « Les mirages de l'introspection Wittgenstein critique de James »).

Freud imagina donc seul et sans témoin qu'il y avait des névroses dans son âme, afin de pouvoir les soigner, et se montrer en premier vainqueur de l'inconscient pathogène qu'il avait lui même fabulé pour pouvoir observer ses névroses... Il est permis de penser que même un serpent se mordant la queue n'aurait pu aller aussi loin que lui pour fermer le cercle pour le moins vicieux et pervers, et que c'est à force de se torturer ainsi l'esprit pour y chercher, en vain, une substantifique moelle, que Freud devint enclin à nous faire avaler des couleuvres...

Freud avait donc perçu l'immense danger qui menaçait la crédibilité de son télescope une fois qu'il fut ainsi sortit de sa propre tête d'où il était manipulé par ses propres pensées. Il n'était pas à mettre entre toutes les mains. Ce télescope ne devait donc pas sortir du Monde 2, subjectif et freudien pour risquer de subir les affres et autres assauts du Monde 3 de la connaissance objective. Il fallait donc que chaque prochaine tête dans laquelle il devait être inséré, fut le plus possible semblable à la sienne. Des initiés, un Comité Secret, une bague d'alliance, et d'autres rites sectaires (H. Ellenberger ; Bénesteau) gage de fidélité absolue, tant par l'esprit que par le corps, étaient devenus logiquement nécessaires. Ainsi, le télescope restait toujours la propriété du Maître, de son Monde 2, à jamais dépendant de sa propre personne, lui qui avait été le premier et unique témoin de l'auto-fabrication de l'œil universel...Et qu'arriva-t-il après la mort du Maître lorsque Lacan entreprit de débarrasser l'auto-analyse de Freud de ce morceau de névrose qui portait un préjudice si décisif à la légende ? « L'œil était dans la tombe et regardait Sigmund »...

Ce télescope n'en tolérait aucun autre, sinon c'eût été avouer clairement que l'Esprit du Maître s'était peut-être trompé, donc avait été pervertit, à sa source, par le Maître lui-même, puisqu'il avait été le seul témoin de sa naissance (Borch-Jacobsen ; Lacan ; Haddad). Le Maître était devenu un "Dichter" (Borch-Jacobsen ; "Le sujet freudien"), voire un Duce, ou une sorte de Führer, ne tolérant personne d'autre que lui et obligeant tous ses initiés, non seulement à porter toujours le même uniforme de l'Esprit, à se promener partout avec cet uniforme au même pas cadencé et avec l'arrogance intellectuelle de ceux qui pensent avoir triomphé sans partage, mais aussi à se muer en "Big brothers" du tout un chacun dans le monde. Tous les "Big brothers", clones de Freud, avaient maintenant pour mission de ramener l'immense troupeau humain sur les chemins humiliants et infantilisants de la reconnaissance de leurs prétendues névroses. La victoire totale de cette véritable blitz krieg de la psychologie qu'avait entamé Sigmund Freud, lançant ses "hordes sauvages" à l'assaut de la civilisation était consommée lorsque d'autres non initiés devenaient à leur tour des "Big brothers" capables de superviser ou de soigner (y compris et surtout contre leur gré) toute brebis égarée qui ne se serait pas encore prosternée devant le nouvel Esprit du temps (Hegel).

Freud et son télescope réussit à concevoir et à mettre en branle un système totalitaire parfait. « Les formes de l'organisation totalitaire (...) sont destinées à traduire les mensonges de la propagande, ourdis à partir d'une fiction centrale (...) en réalité agissante ; à édifier, même dans des circonstances non totalitaires, une société dont les membres agissent et réagissent conformément aux règles d'un monde fictif. » (Hannah Arendt. « Le système totalitaire », Seuil, 1972, p. 91).

La fiction centrale de Freud c'est son postulat déterministe faramineux et la théorie de l'inconscient qui lui est associée. Fiction parce que ce déterminisme-là, aussi extrémiste, ne peut avoir aucune valeur explicative, descriptive ou prédictive. Un tel déterminisme ne peut donner lieu à aucune loi causale qui puisse être corroborée ou réfutée par l'expérience. Elle n'a donc aucune prise sur le réel, et ne peut être fondée à partir de lui. Elle est centrale, enfin, parce que comme l'ont remarqué d'autres grands penseurs comme Sulloway, Levy-Strauss, ou Bouveresse, elle organise toute la psychanalyse de la théorie à la pratique thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres, en passant par l'infernale mauvaise foi des freudiens (F. Cioffi) et leur goût immodéré pour les acrobaties rhétoriques (J. Van Rillaer). En effet, comment voulez-vous que quelqu'un qui pense que tout ce qu'il propose se justifie sur la base d'un déterminisme capable d'exclure tout hasard et tout non-sens, ne puisse être éternellement porté à aussi penser qu'il doit aussi toujours avoir raison, et à avoir le dernier mot sur tout...?

Mensonges et propagande légendaire sur le rêve princeps de l'injection faite à Irma (Wilcocks), et sur Anna O. ; mensonges et propagande légendaire sur tous les autres grands cas traités par Freud (Ellenberger ; Crews, Bénesteau ; Borch-Jacobsen ; Van Rillaer ; Wilcocks ;  etc.) ; mensonges et propagande encore sur sa correspondance, sur son auto-analyse, sur ses données cliniques, sur tout. Le mensonge dans le cas de la psychanalyse est à l'image de son créateur : lui aussi, il est pour ainsi dire « total ».

Le prolongement logique de la fiction centrale de la psychanalyse c'est son fameux « télescope », l'auto-analyse et l'interprétation délirante et dogmatique. Enfin, à partir des affirmations d'Elisabeth Roudinesco, laquelle n'hésite pas à déclarer que la France est la chasse gardée de la psychanalyse, et que c'est en France que la psychanalyse a le mieux investit tous les secteurs de la société, nous pouvons considérer que la psychanalyse a bien réussi, en des circonstances non-totalitaires, à édifier une société (qu'elle a donc massivement infiltrée voire infectée) où ses membres agissent et réagissent conformément aux règles de ce monde fictif qu'est le déterminisme psychique absolu et prima faciae de l'utopie totalitaire freudienne et de tous les concepts et autres théories qui en découlent. Cette vision d'un pays si profondément infiltré par la culture freudienne nous est bien confirmée par les propos d'un psychanalyste, Pierre-Henri Castel, dans son livre intitulé « A quoi résiste la psychanalyse ? ». Il écrit : « Enfin, il serait trompeur de croire que la langue et la vie de tous les jours, en incorporant tant d'expressions freudiennes dans la justification de nos attitudes psychologiques (Untel refoule, dénie, et pensez aux nuances hystériques qu'on sait si bien détecter dans la sexualité ou l'agressivité d'autrui), prouvent par là le caractère acquis, voire indéracinable du savoir freudien (...) » (p. 3).

Quelle machine bizarroïde que ce télescope freudien... Tout cet attirail engendra, telle une boîte de Pandore, d'autres fictions et tous les autres mensonges. Elle engendra aussi la désinformation et le terrorisme intellectuel pour protéger les légendes dont ils étaient le ciment (Bénesteau). Dans ces conditions, l'indépendance d'esprit et le jugement critique des futurs initiés devaient être exclus, excommuniés, et placés dans les goulags prévus à cet effet (névrosés résistants ; antisémites masqués ; etc.).

« Au centre de ce mouvement [totalitaire], tel un moteur qui lui donne l'impulsion, se trouve le Chef. Il est coupé de la formation d'élite par le cercle intérieur des initiés qui répandent autour de lui une aura de mystère impénétrable correspondant à sa « prépondérance intangible ». (...) Toute sa hiérarchie a été entraînée à une seule fin - communiquer rapidement la volonté du Chef à tous les échelons. Cela accompli, le Chef est irremplaçable parce que toute la structure compliquée du mouvement perdrait sa raison d'être sans ses commandements. (...) La tâche suprême du Chef est d'incarner la double fonction qui caractérise toutes les couches du mouvement - d'agir comme défenseur magique du mouvement contre le monde extérieur ; et en même temps, d'être le pont qui relie le mouvement à celui-ci. » (Hannah Arendt, ibid, p. 101-102).

Revoilà donc notre Freud, au centre de sa propre création et lui donnant toujours l'impulsion par ouï-dire (Introduction à la psychanalyse). On retrouve aussi notre cercle d'initiés que Freud constitua, avec des disciples fidèles et soumis. Il fallait aussi répandre la psychanalyse à tous les échelons de la société, puis à la Terre entière comme Freud le dit explicitement lui-même : « ce n'est pas une mince affaire que d'avoir toute l'humanité comme patient » (S. Freud). Et quel mystère impénétrable que cette fameuse et immaculée auto-analyse entourée de tant de glorieuses légendes qui nous ont fait de Freud un génie scientifique, véritable héros de son temps et de ceux à venir ! Quel mystère impénétrable autour de ses archives freudiennes bloquées jusqu'en 2052 et qui furent bloquées jusqu'à il y a peu, pour 2113 (Borch-Jacobsen ; Bénesteau).. Pour le reste on retrouvera sans peine la fonction de nos Big brothers freudiens.

« On appelé les mouvements totalitaires « des sociétés secrètes établies au grand jour ». (...) Les sociétés secrètes, elles aussi, forment des hiérarchies suivant les degrés « d'initiation », elles règlent la vie de leurs membres selon une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, elles adoptent une stratégie de mensonge cohérent pour tromper les masses non initiées (...) [le] Chef est entouré, ou est censé être entouré, d'un petit groupe d'initiés, eux-mêmes entourés par les semi-initiés qui forment tampon contre l'hostilité du monde profane. » (Hannah Arendt, ibid., p. 103-104).

Comité secret de Freud, cercle d'initiés encore, et on sait aussi que la passe, comme l'écrivait Lacangourou, était en fait l'initiation à la psychanalyse. Une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, écrit Arendt. En effet, pour les freudiens, tout ce qui n'est pas la psychanalyse de Freud et qui prétend parler des mêmes objets, est autre, c'est-à-dire indigne de respect et de reconnaissance. Et Freud s'employa à constamment discréditer les autres disciplines concurrentes de la sienne pour affirmer sa psychanalyse qui devait être la seule à parler de son objet (Borch-Jacobsen et Shamdasani). Une stratégie de mensonge cohérent...A ce sujet, on doit une étude incontournable à Jacques Bénesteau. Et puis cette hostilité du monde profane ; hostilité légendaire elle aussi dans l'histoire du freudisme, n'est-elle pas constituée de nos névroses de résistances à cette fiction qu'est la théorie de l'inconscient de Freud ? On a enfin l'immense troupeau des semi-initiés dont parle Hannah Arendt, c'est-à-dire tout ceux qui se sont allongés sur le divan et qui annonent que la psychanalyse leur a prétendument sauvé la vie, ou ceux qui ont lu Freud comme on lit un bréviaire que l'on ne doit pas critiquer et qui inondent leur vie et celle des autres par leurs interprétations, leurs mots, leurs gestes, leurs regards devenus freudiens jusqu'à l'os. Tous ceux enfin, et ce sont les pires, qui se permettent de s'occuper de vous, même contre votre gré, qui vous analysent, qui vous psychothérapient, qui vous dégoulinent dessus de leur empathie indisposante et de circonstance, pour mieux assouvir leur soif narcissique et obsessionnelle (...) de pouvoir et de domination. L'on pourrait trouver encore bien d'autres indices de la ressemblance frappante du système freudien avec la description que fit Hannah Arendt du système totalitaire.

La légende freudienne était donc en marche, plus rien ne pouvait l'arrêter. Et les clones de Freud disséminés de par le monde, allaient répéter de manière roborative les milles et unes équations nécessaires au maniement du télescope. Mieux que cela, certains affirmèrent qu'il suffisait désormais de lire les maniements de l'appareil dans quelque livre du Maître pour être, comme lui, possédé par cet appareil, voir comme le Maître, puis devenir, à son tour, un clone du Maître prêt à aller prodiguer les saintes paroles avec la même ferveur, et se faire le Big brother de son prochain, employé à le superviser, si nécessaire contre son assentiment. Suivant l'exemple du Maître ne s'autorisant que de lui-même, les doublures de Freud s'arrogeaient ainsi le droit de s'autoriser aussi d'elles-mêmes, en vase clos, où qu'elles soient, avec n'importe qui, en toutes circonstances, du névrosé à l'individu normal, et maintenant envers et contre tous ceux qui les identifient comme de dangereux charlatans. Comble de l'horreur.

De temps à autre, pourtant, il y avait des défauts dans les négatifs que le Maître plaçait sur l'œilleton de son télescope, comme si soudain ils étaient devenus réfutables. Alors il suffisait à notre génie de se mettre à rêver avec une bonne paluchée de coke pour changer son regard, ce qui modifiait la structure des négatifs pour qu'ils puissent à nouveau lui permettre de lire les faits à partir de leur propre lumière...

Ainsi, la boucle était toujours bouclée. Et les récalcitrants rétifs aux absurdités et autres délires du Maître, eux aussi, pouvaient la boucler...

Publié par vdrpatrice à 10:32:53 dans Résistances... | Commentaires (1) |

La censure et le refoulement : unis pour périr ? (Une ébauche). | 09 mars 2007

Définition :

« Le refoulement est, (...), le processus grâce auquel un acte susceptible de devenir conscient, c'est-à-dire faisant partie de la préconscience, devient inconscient. Et il y a encore refoulement lorsque l'acte psychique inconscient n'est même pas admis dans le système préconscient voisin, la censure l'arrêtant au passage et lui faisant rebrousser chemin. » (Introduction à la psychanalyse, p. 321, 322)

On voit donc bien là où se trouve le processus de censure pour Freud : entre l'inconscient le plus profond (le refoulé) et le préconscient. Par conséquent, la censure est un processus totalement inconscient dans le sens où il empêche certains « faits psychiques refoulés » de remonter au préconscient, puis à la conscience.

Par contre, l'acte de censure peut être tout à fait conscient lorsqu'il s'agit de rejeter des pensées conscientes désagréables, de les « oublier », bref, de les « refouler ». Elles sont donc, pour Freud, engrangées dans notre inconscient, en constituent le « refoulé », mais ne sont jamais totalement oubliées et agiraient en permanence à l'insu du sujet.

Mais la censure semble rigoureusement identique, pour Freud, à un autre refoulement, en ce qu'elle serait, elle aussi permanente. Il écrit, à propos des rêves, page 126 :

« Nous voyons ainsi que la censure ne borne pas sa fonction à déterminer une déformation du rêve, mais qu'elle s'exerce d'une façon permanente et ininterrompue, afin de maintenir et conserver la déformation produite. »

Dans ce même livre, page 127, Freud écrit :

« Soyez certains que lorsque vous refusez de donner votre acquiescement à une interprétation correcte de vos rêves, les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure et à la déformation et rendent l'interprétation nécessaire. »

Donc, pour Freud, il y a une identité parfaite entre des raisons conscientes et inconscientes liées à la résistance consciente de l'interprétation du thérapeute. Dans ce cas, il est quand même assez difficile d'admettre l'existence d'une partie inconsciente, même minime de la censure dont parle Freud. Mais lorsque Freud écrit que « les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure », il veut dire aussi qu'il y a identité entre les raisons inconscientes, liées aux actions de refoulement, et les autres raisons inconscientes, liées au processus de censure.

Il est donc clair que pour Freud, les processus dits de censure et de refoulement sont inconscients et tous deux permanents. On peut même dire qu'en situant la censure aux frontières de la conscience, mais en contact direct avec le refoulement, Freud fait du refoulé, la partie la plus inconsciente de ce qu'il appelle « l'appareil psychique ».

Selon lui, c'est cette partie profonde qui justifie l'intervention extérieure d'un analyste. C'est, comme l'écrivit Freud, « la clé de voute » de toute la psychanalyse.

Le refoulé a pour contenu tous les souvenirs traumatiques, les émotions, les représentations vécues dans l'enfance de manière traumatisante, et qui seraient des agents pathogènes source de symptômes, parce qu'inconsciemment refoulés. Ce serait donc la levée cathartique des refoulements (donc l'accès de la conscience au refoulé) qui permettrait au patient de prendre conscience de ses traumatismes enfouis, de les contrôler, et, par cette voie, de guérir de ses symptômes. Le refoulé serait la partie la plus archaïque, dynamique (donc pathogène), mais aussi permanente de la personne. Le « matériel psychique » qui intéresse donc, au premier chef l'analyste, est le refoulé inconscient, et ce qui est censé représenter son contenu « manifeste » (dans le conscient) : par exemple, les rêves (leur contenu manifeste) et les névroses du patient.

Mais les actions de refoulement (et le refoulé), doivent, pour être maintenues dans leur statut inconscient, subir l'action d'un autre niveau supérieur d'interdit. C'est là qu'intervient, selon Freud, la censure.

Cette censure, située à la frontière du conscient doit elle aussi avoir un statut inconscient, car si elle était consciente, alors le sujet pourrait avoir un accès direct à son refoulé, lequel ne serait donc plus inconscient et ne justifierait donc plus l'intervention d'un analyste ni même la psychanalyse toute entière.

Si donc la censure doit elle aussi être inconsciente, c'est qu'un autre mécanisme (probablement « psychique » ?) la maintient dans ce statut en l'empêchant de devenir consciente. Cet autre mécanisme, dont Freud ne parle pas et qui doit pourtant logiquement exister, doit lui aussi être, à son tour, inconscient (et maintenu en tant que tel), sinon, le sujet pourrait avoir accès à sa censure, puis à son refoulé, qui, du même coup, ne seraient plus inconscients comme la théorie freudienne l'exige.

On a donc bien un problème de régression à l'infini, et il devient tout à fait impossible de justifier la notion de censure. Par conséquent, cette notion injustifiable, en perdant tout fondement, disparaît, et avec elle, la théorie du refoulement freudien. (Comme le démontra, notamment, Adolf Grünbaum dans « La psychanalyse à l'épreuve »).

Cependant, il faut admettre que si la censure était un processus inconscient totalement autonome, donc ne dépendant pas lui-même d'une autre instance supérieure, il n'y aurait pas de problème de régression à l'infini. Dans ces conditions, et bien que faisant partie de l'appareil psychique inconscient, la censure, « gardienne du refoulé », serait donc éternellement vierge de toute influence de ce avec quoi elle est en contact. Elle serait cette sorte d'agent que l'on ne peut influencer, que l'on ne peut plier, qui est absolument rigide, mais qui pourtant est doté de capacités de discernement inouïes puisqu'elle se charge de contrôler le contenu du refoulé inconscient qui, selon Freud, est régit par un déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard.

Mais les questions cruciales demeurent : pourquoi n'y aurait-il pas dans les choix mêmes opérés par la censure sur ce qu'elle interdit, des choses que le conscient ne doit pas savoir ? Autrement dit, si pour être en contact direct avec le refoulé inconscient, la censure se doit, elle aussi, d'être inconsciente, pourquoi n'avons-nous pas un accès direct à cette censure, parce que certaines de ses opérations, seraient inacceptables pour le conscient ? N'y a-t-il pas dans les façons de faire de la censure, des choses que le conscient ne peut admettre et qui sont aussi la cause du maintient de la censure dans son statut inconscient ? Pourquoi la censure ne pourrait-elle être influencée, modifiée, par ce qu'elle doit interdire tout en étant en contact direct et permanent avec le refoulé ? Ce serait comme si un geôlier qui vivrait en permanence et en contact direct avec ses prisonniers ne pouvait jamais être influencé par eux de quelque manière que ce soit !

En effet, si le « refoulé » représente quelque chose d'inavouable pour le conscient, quelque chose donc qui pourrait mettre le sujet dans un état de malaise profond s'il en était conscient, et si c'est bien la censure qui protège ainsi le conscient des éléments refoulés, c'est donc qu'elle aussi, a partie liée de façon très intime, directe même, avec « l'inavouable ». La censure est donc chargée de la « basse besogne » consistant à maintenir dans le cachot profond du refoulé, ce que le « sujet ne doit pas savoir ». Mais puisqu'elle est inconsciente, c'est donc que l'on veut la cacher elle aussi, comme un Etat voudrait masquer, et ses secrets les plus dangereux, et ceux qui les protègent, les « censeurs ».

On ne peut donc éviter de se poser la question : « qui » empêche la censure de devenir consciente ? Quelle autre force qui lui est supérieure, laquelle doit, elle aussi être inconsciente, et ainsi de suite... ?

Comme on le voit, le problème de la régression à l'infini, bien que sortit par la porte, revient par la fenêtre...

 

Il n'y a donc ni censure, ni refoulement, ni refoulé qui soient inconscients, et surtout qui soient réglés par un déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non-sens comme Freud l'affirma explicitement dans son livre « Psychopathologie de la vie quotidienne ».

Il n'y a donc pas de psychanalyse, ou, comme l'écrit Mikkel Borch-Jacobsen dans « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse » : « la psychanalyse est une théorie zéro ».

Jean-Paul Sartre avait déjà vu le problème lié à la notion de censure. Il écrit, à propos de la mauvaise foi, in : « L'Etre et le Néant » :

« La censure, pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu'elle refoule. Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles, force est bien d'admettre que la censure doit choisir et, pour choisir, se représenter. D'où viendrait, autrement, qu'elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu'elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s'expriment dans la claire conscience ? Et comment expliquer qu'elle peut relâcher sa surveillance, qu'elle peut même être trompée par les déguisements de l'instinct ? [...] En un mot, comment la censure discernerait-elle les impressions refoulables sans avoir conscience de les discerner ? [...] Il faut que la censure soit consciente d'être consciente de la tendance à refouler, mais précisément pour n'en être pas consciente. Qu'est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi ? »


Comme le fait comprendre Sartre, il est donc impossible que pour Freud, la censure ne soit pas en contact direct avec le refoulé. Mais, à l'insu du sujet, elle agirait pourtant avec une étonnante capacité de discernement (et même de jugement) qui serait même totalement infaillible si l'on s'en tient au déterminisme psychique absolu de Freud. Sartre montre qu'à un tel niveau « d'intelligence » il est peu plausible que la censure ne soit pas, en fait, consciente. Mais cette intelligence infaillible de la censure, en liaison avec le déterminisme absolu de Freud, n'est-elle pas analogue à celle du Démon de Laplace ? Sartre n'entrevoit certes pas le problème de la régression à l'infini, mais celui de la capacité d'un agent supposé inconscient, comme la censure, à effectuer les mêmes actions complexes de jugement, de discrimination et de représentation qu'un agent conscient. Mais comme pour Sartre il est impossible de n'être pas conscient de faire quelque chose consciemment sans être de mauvaise foi, il assimile donc la censure à de la simple mauvaise foi.

Il ressort néanmoins de l'analyse de Sartre, que la censure est bien inconsciente et en contact permanent avec le refoulé. Par conséquent on ne peut que retomber dans le problème insoluble de la régression à l'infini que nous avons exposé plus haut.

 

 

Publié par vdrpatrice à 17:38:12 dans Résistances... | Commentaires (1) |

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