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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (1° partie). | 02 novembre 2008

Chers internautes, me revoici...Pour apporter quelques critiques que j'ai intégrées à ce texte de Roger Perron, psychanalyste orthodoxe, selon mon jugement. Ce que j'ai écrit figure normalement en gras entre crochets.

(1° partie)


Roger Perron
Chercher en psychanalyse ? Modèles scientifiques et difficultés épistémologiques

Ce texte est à paraître sous une forme plus développée,  dans le numéro intitulé: Recherche et psychanalyse, Dans les : Monographies de la Revue Française de Psychanalyse, sous la direction de M. Emmanuelli et R. Perron. Nous remercions l'auteur et les directeurs de ce numéro de nous avoir permis cette publication.

(Abrégé et adapté d'un chapitre de : Recherche et psychanalyse, sous la direction de M. Emmanuelli et R. Perron, Monographies de la Revue Française de Psychanalyse, Paris, Puf, à paraître).

Depuis quelques années, cet impératif va croissant : « psychanalystes, faites de la recherche (scientifique) ou périssez ! ».

Que nous demande-t-on ? Il nous faut chercher quoi, comment, pour être « scientifiques » ? Qu'entend-on par « recherche (scientifique) » qui puisse porter de façon valide sur ce qui centre notre pratique et la réflexion qu'elle appelle, c'est-à-dire le fonctionnement du psychisme ? A quel modèle de démarche scientifique conviendrait-il de se référer ?

La pensée psychanalytique a, de fait, utilisé plusieurs de ces modèles tout au long de son développement : le modèle de la clinique médicale, bien sûr, mais aussi le modèle taxinomique (celui des sciences naturelles et de la nosographie), le modèle de la biologie, ou encore celui des sciences historiques, des modèles venus de la linguistique, etc. Cependant, dans cette invite à « faire de la science », c'est le modèle des sciences exactes, « dures », qui, plus ou moins explicitement, est en général invoqué ; en fait le modèle de ce qui a été longtemps la démarche expérimentale dans la science reine, la physico-chimie telle qu'elle s'est construite au 19ème siècle, jusqu'à ce que la physique quantique remette ce modèle en question. J'examinerai ici les principaux critères de scientificité invoqués sous ce modèle, pour ensuite mettre en évidence ce qui constitue à mes yeux les principales difficultés épistémologiques que ne peut éviter d'affronter la recherche en psychanalyse.

1. Les critères de scientificité dans le modèle des sciences exactes

J'envisagerai ici les trois critères les plus souvent cités : la quantification, la répétabilité de l'expérience (ce qui est lié à la prévision du résultat), et la réfutabilité de l'hypothèse.

a) La quantification et les illusions de la mesure

Un certain nombre de remarques s'imposent pour tempérer les mystifications que risque d'entraîner le prestige des mathématiques.

1- Il ne faut pas se prendre aux pièges de l'opposition du quantitatif et du qualitatif : la variation de quantité suppose toujours une « substance » qualitativement définie, qui peut présenter certes des variétés (dites, précisément « qualitatives ») mais qui est considérée comme homogène pour la détermination de sa quantité. [Où donc se trouve, ici, le prétendu « piège » de l'opposition entre le quantitatif et le qualitatif ?...] Peser un kg de légumes suppose qu'il s'agit d'une classe unique d'objets, dits « légumes », considérés comme tous identiques au regard de cette opération. Il en va de même si on les compte : tous les objets dénombrés sont supposés identiques dans le cadre de cette opération de comptage. Toute opération de mesure, fût-elle aussi élémentaire qu'un comptage, suppose la réduction à l'identique des êtres mesurés. Ce n'est pas du tout ainsi, bien sûr, que le psychanalyste entend le « quantitatif »... Ainsi, lorsqu'on l'invite à « mesurer » la dépression au moyen d'une échelle qui s'en prétend capable, on lui demande de considérer que tous les « déprimés » sont identiques au regard de cette opération même... ce que bien sûr aucun clinicien un peu avisé ne saurait accepter. [Pourtant les termes « déprime », « dépression », et autres termes afférents, sont des termes, qu'on le veuille ou non, universels. Et, en tant que tels, ils impliquent, qu'on le veuille ou non, des lois universelles strictes, « quasi-légales » comme l'écrit Karl Popper. Sans ces termes, et sans les lois implicites auxquelles ils renvoient, impossible de classifier la dépression par rapport à ce qu'elle n'est pas et donc ce qu'elle exclut. Le psychanalyste, fut-il « clinicien » est donc, lui aussi obligé, qu'il le veuille ou non (...) de considérer a priori que les déprimés présentent des caractéristiques communes dont la discrimination puis l'observation par rapport à d'autres n'est permise que par l'existence des termes et des théories universelles impliquées par des mots tels que « dépression », « déprime », etc. Que l'on soit psychanalyste ou pas, le qualitatif ne peut s'appréhender que sur la base de termes et d'énoncés universels au sens strict. Partant de là, toute mesure qualitative qui se voudrait spécifiquement analytique, ne peut elle aussi éviter un point de vue général donné, car comme l'écrivit si justement Popper, je le cite : « Le concept d'unique s'oppose à celui de typique : le typique se laisse apercevoir dans l'homme individuel lorsqu'on le considère d'un point de vue général donné. C'est pourquoi tout changement de point de vue entraîne un changement dans l'aspect typique. Il semble dès lors impossible à une psychologie, à une sociologie, quelles qu'elles soient, ou à tout autre espèce de science, de venir à bout de l'individuel ; une science sans point de vue général est impossible. » (citation de Arne Friemuth Petersen, in: « Popper et la psychologie: les problèmes et la résolution des problèmes ». Colloque de Cerisy, Karl POPPER et la science d'aujourd'hui. Editions: Aubier. 1989. Page: 377 - 378).]

- Il importe de se défier de l'opération de mesure elle-même, et de se souvenir qu'il existe quatre niveaux de mesure :

  • le niveau nominal, où les objets en cause sont distribués en deux ou plusieurs classes exclusives, ce qui permet de compter le nombre d'objets dans chacune de ces classes.
  • le niveau ordinal : en ce cas, les objets en cause sont ordonnés en fonction d'une certaine caractéristique : par exemple on peut ordonner les élèves d'une classe par tailles croissantes, et vérifier que les garçons viennent plutôt en début de file...
  • le niveau des échelles à intervalles. On ajoute ici une clause supplémentaire en stipulant que les écarts entre éléments ordonnés sont égaux. C'est, par exemple, le cas de l'échelle centigrade des températures.
  • Le niveau des échelles absolues. On ajoute une seconde clause supplémentaire, capitale : le 0 marque l'absence de la quantité mesurée. Zéro kg de pommes de terre, cela signifie pas de pommes de terre du tout. Toutes les opérations arithmétiques deviennent possibles, sur la base d'une unité de mesure où 0 indique l'absence de quantité et dont tous les intervalles sont égaux et divisibles.

À chacun de ces quatre niveaux on peut user du chiffre, et à chaque niveau sont possibles des contrôles statistiques si cela semble utile.

[Ces 4 niveaux de mesure, ne sont pas des éléments sur la base desquels il faut plaider contre la nécessité de la mesure dans tout projet scientifique, mais au contraire comme des possibilités supplémentaires, pour, par exemple, accroître l'heuristique de certains programmes de recherche.]

Ce rappel est utile pour se garder des illusions de la mesure ; en particulier pour montrer que les échelles d'anxiété, de dépression, etc., comme la quasi-totalité des « instruments de mesure » élaborés et utilisés en psychologie clinique, en psycho-pathologie, en psychiatrie, fonctionnent en fait aux deux niveaux inférieurs de cette gradation en quatre niveaux. On y fait des comptages, au mieux des ordinations. On ne « mesure » pas l'anxiété comme on pèse les pommes de terre : on peut juste déclarer que, sur la foi de tels indices, Mr X est « plus anxieux » que Mr Y, « moins anxieux » que Mr Z. ... [Mais ceci nous ramène la réflexion de Karl Popper cité plus haut...].

2 - La plupart des travaux qui s'offrent en modèles pour la recherche en psychanalyse s'inspirent de démarches techniques utilisées par les recherches en épidémiologie, en sociologie, en dynamique des populations, en psychologie (expérimentale, différentielle, comparative de groupes, etc.), etc., et plus prosaïquement d'études visant à contrôler l'efficacité de médicaments. Dans tous ces cas, le calcul est d'ordre statistique : il porte sur des ensembles d'observations et vise à déterminer des probabilités. On est là bien loin d'une opération de mesure au sens banal.

3 - Il faut enfin rappeler que bien des disciplines qui conduisent d'authentiques travaux de recherche n'utilisent pas le nombre, ou ne l'utilisent que dans le cadre de techniques annexes : c'est le cas de la géologie, de la zoologie, de la botanique, de la paléontologie, etc. L'archéologue peut certes trouver avantage à utiliser la datation au carbone 14, et ceci suppose l'usage du nombre ; mais il est bien évident que ce n'est pour lui qu'une commodité annexe, et que sa démarche scientifique se situe sur un autre plan. [fariboles à dormir debout que tout cela ! Prenons l'exemple de la géologie, c'est justement une science qui est saturée par l'utilisation d'instruments de mesure, ne serait-ce que dans le cadre de la foultitude des disciplines qui y sont apparentées ! Dire que la géologie n'utilise le nombre que dans des « techniques annexes » c'est faire preuve d'une méconnaissance grossière ou d'une lecture vraiment délirante du problème. Et pour la zoologie, la botanique, et la paléantologie, c'est strictement la même chose.]

b) La répétabilité de l'observation

Les sciences exactes en ont fait un principe fondamental : toute observation prétendant à du nouveau doit être répétable par tout observateur qualifié. S'il s'agit de constats expérimentaux, cela suppose que la procédure de production du phénomène soit décrite avec assez de précision pour que des collègues puissent la reproduire exactement. S'il s'agit d'une observation non provoquée, les circonstances de son recueil doivent elles aussi être décrites avec assez d'exactitude pour qu'un autre observateur se place dans les mêmes conditions.

Tel est le schéma idéal. En fait bien des démarches qui méritent d'être considérées comme scientifiques ne le respectent pas. L'égyptologue qui ouvre une tombe jusque là inconnue n'a pas besoin d'en trouver une seconde toute pareille pour valider sa découverte...[Mais qu'elle est le but de ce type de découverte ? C'est de découvrir non une loi universelle, mais la vérification d'un fait singulier, non répétable. Napoléon 1° est un fait singulier, pas une théorie universelle. La tombe de l'Empereur X est un fait singulier, pas une théorie universelle. Toutefois, certaines théories universelles sur la manière de découvrir les tombes à une certaine période sont peut-être corroborées ou réfutées pour l'occasion. Ces théories que doit nécessairement connaître l'égyptologue appartiennent à d'autres sciences nécessaires à sa découverte, et doivent avoir une valeur universelle pour permettre la prédiction « qu'ici il y a peut-être la tombe que nous cherchons ». Il y a donc confusion dans la comparaison des méthodes de recherche à partir d'une confusion des objets même de la recherche. Donc, même dans le travail de l'égyptologue il y a cet incontournable aspect de répétabilité et de valeur intersubjective dans les lois présidant à la définition des conditions initiales à partir desquelles on peut trouver la ou les tombes de certains dignitaires de haut rang à une certaine période de l'histoire de l'Egypte...]. Le paléontologue qui inscrit un nouveau chaînon dans la lignée ancienne des hominidés peut s'autoriser à le faire par la découverte d'un fragment de crâne ou de mandibule ; sans doute, il aimera trouver confirmation par la trouvaille d'autres fragments, mais justement il préférera probablement que ce ne soient pas les mêmes (pas les mêmes parties du squelette). [Là encore, la répétabilité de certaines conditions initiales d'observation est évidemment requise contrairement à ce que pense Perron. Pourquoi ? Ce qui importe ce sont les lois universelles qui permettront au paléantologue de classifier de manière reconnue par la communauté scientifique, les os qu'il vient de découvrir.  Peut importe donc qu'il s'agisse d'os de mandibule ou d'un membre. Ce qui compte, ce sont les lois précisant que « tous les os comportant ces caractéristiques X ou Y, et découverts selon les conditions initiales C ou D, peuvent être classifiés de cette manière-là, laquelle exclut ces autres caractéristiques, etc.]. Etc. ... Ce qui compte au premier chef, c'est évidemment la structuration de l'événement par la pensée ; sans doute a-t-on besoin de confirmation par de nouvelles observations, mais bien souvent il n'est nullement nécessaire qu'il s'agisse d'événements identiques : il suffit qu'ils prennent place de façon cohérente dans l'ensemble. [Oui, c'est ça. Et comment prennent-ils place ? A la seule condition que soient acceptées comme corroborées certaines lois universelles et aussi certains termes universels dont la caractéristique logique est d'être répétables donc réutilisables !...].

Ceci devrait conforter la position du psychanalyste si on lui reproche de n'avoir affaire qu'à des événements « non répétables ». Certes, ils ne le sont pas. [Non, ils ne le sont pas, et ceci ne conforte absolument pas la psychanalyse dans une quelconque ambition d'être une prétendue « science de l'individuel » qui se passerait des termes et des énoncés universels lui permettant de mesurer et de prédire certains phénomènes sous certaines conditions initiales. Renvoyons Perron à la citation de Popper sur l'unique et le typique, plus avant...]. Nous savons bien que même si un évènement se répète dans la vie d'un patient, même si, au niveau des faits psychiques, un fantasme, une représentation, un processus de défense, etc., sont récurrents, c'est à chaque fois autre chose parce que cela s'inscrit dans une histoire constamment retravaillée par les effets d'après-coup. Cependant, l'analyste peut à bon droit soutenir que, sous cette apparente diversité, il s'agit bien, pour une part au moins, de répétition à l'identique : il y a répétition d'un conflit, d'un fantasme, d'un mode de défense, etc., sous des expressions différentes. On sait depuis Freud à quel point la compulsion de répétition peut peser sur tel ou tel fonctionnement psychique ; et tout psychanalyste sait que bien souvent un consultant lui arrive avec se sentiment que « quelque chose » se répète fâcheusement dans sa vie. [Mais toute cette argumentation « d'école » et si « officielle » en ses termes, ne permet pas de répondre au vrai problème épistémologique, indépassable pour la psychanalyse, justement parce qu'elle s'emploie à l'occulter. Tout ce que vient de dire Perron n'est vrai que si la psychanalyse est vraie, c'est-à-dire a démontré qu'elle était vraie (mais par quelles méthodes ?). Et l'histoire de la psychanalyse montre, hélas, que c'est Freud, sur la base de ses propres pétitions de principe, arguments d'autorité, et autres vérités révélées, qui a décidé, seul que la psychanalyse était vraie, pour permettre à Perron d'écrire que « il y a répétition d'un conflit, d'un fantasme, d'un mode de défense ».].

Cette question de la répétabilité de l'observation est liée aux problèmes relatifs à la causalité et à la prédiction du phénomène. On déclare trop facilement qu'il n'y a de progrès scientifique que concernant des phénomènes prédictibles. [Il n'y a de progrès scientifiques que sur la base de phénomènes expliqués à partir de théories qui puissent être soumises à des tests intersubjectifs, indépendants, reproductibles et empiriques.]. C'est ignorer ce qu'ont introduit ces dernières décennies les théories du chaos ; et c'est faire bon marché de toutes les démarches authentiquement scientifiques qui ne prétendent pas prédire, qui se contentent - c'est déjà beaucoup- de rendre compte a posteriori. Ainsi, on peut assez bien comprendre l'apparition du rhinoceros, on ne pouvait certainement pas la prévoir. [Confusion des genres encore une fois ! Personne n'a dit qu'aucun scientifique avait été capable de prédire l'apparition ni même l'évolution des espèces ! La théorie de Darwin sur l'évolution n'est pas scientifique parce qu'elle est irréfutable, et elle est irréfutable parce qu'elle est impossible à tester (K. Popper). A l'opposé, la théorie créationniste souffre du même problème. Pourtant, comme disait Popper, à l'endroit de la théorie de l'évolution, elle offre quand même, un bon cadre de compréhension « post hoc », et peut-être est-ce aussi ce que pensait Popper de la psychanalyse (lorsqu'il écrivait que selon lui elle comportait « une grande part de vrai ») en critiquant tout de même très sévèrement son déterminisme dans « L'univers irrésolu plaidoyer pour l'indéterminisme », en reprenant un exemple où il démontrait l'impossibilité d'un projet déterministe de prédiction des comportements sur la base d'éléments qui se voudraient être uniquement psychologiques.].

Publié par vdrpatrice à 12:56:12 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (2° partie). Modifiée le 3 novembre 2008. | 02 novembre 2008

c) La réfutabilité

Préférons ce terme barbare (mais admis par le Grand Robert) à l'horrible anglicisme « falsifiabilité », qui l'est encore plus. Il s'agit là d'un argument très souvent brandi par les opposants à la psychanalyse : « vos hypothèses sont formulées de telle façon qu'on ne peut pas démontrer qu'elles sont fausses ([1]), or Popper a bien dit qu'une hypothèse n'est scientifique que si elle peut être démentie par l'expérience ; donc vous n'êtes pas scientifique ». Argument répété ad nauseam. Que vaut-il ? [Et cette mauvaise foi bien mise en lumière par Frank Cioffi, cette dénaturation (et désinformation) ad nauseam des arguments de Popper (ou d'autres philosophes) par les psychanalystes et des arguments des historiens indépendants, qui est, selon Cioffi, le critère de pseudo scientificité de la psychanalyse, identifiée avec raison comme une « culture de mauvaise foi », que vaut-elle ?. Il y a donc des psychanalystes qui croient encore naïvement que l'on peut résumer la méthodologie scientifique basée sur la réfutation de Popper, à cette seule phrase devenue populaire ? Mais comment font-ils pour mettre tellement de zèle à ignorer les textes de Popper, et tous les autres arguments, sophistications et démentis incessants de cet immense philosophe dont la complexité, la rigueur, la richesse, et l'aridité des problèmes soulevés ont visiblement été fatals pour la paresse et la superficialité intellectuelle de la plupart des freudiens ? Mais tout le monde dans la rue manipule sans souvent s'en rendre compte des hypothèses réfutables ! Tous les êtres vivants, «  de l'amibe à Einstein » écrira Popper dans la connaissance objective, doivent apprendre par essai et correction de l'erreur sur la base d'hypothèses réfutables mises à l'épreuve de l'expérience ! L'activité quotidienne de l'homme de la rue (ou des animaux) devient-elle scientifique pour autant ? Bref, on procède ici, ou ailleurs, avec des simplifications ou des généralisations complètement abusives et donc fallacieuses. Et avec les freudiens, cela n'arrêtera jamais.].

Il faut tout d'abord rappeler que Popper, qui a lui même sensiblement nuancé cette règle (dans son Plaidoyer pour l'indéterminisme , 1984), est loin d'avoir convaincu tout le monde (on pense ici plus particulièrement aux positions de Lakatos, Kuhn, Feyerabend, etc.). [Certes le falsificationnisme de Popper n'est pas naïf, mais très sophistiqué et « méthodologique », mais il n'est pas prétendument amoindri, ou « nuancé » dans le livre que cite Perron, où il n'est question que de la critique du « déterminisme scientifique » via l'impossibilité de satisfaire au « principe de responsabilité renforcé » et à réaliser une auto-prédiction. Le critère de Popper a toujours été, dès les débuts, présenté de façon très sophistiquée par ses soins, mais a souvent été mal lu et donc mal compris, puis présenté comme un critère non nuancé malgré les protestations répétées et indignées de Popper, que l'on peut lire dans « Le réalisme et la science » au tout début de l'ouvrage où il se plaint des façons de faire de Kuhn. Dans les pays anglo-saxons, le critère de démarcation a fait l'unanimité pendant de longues décennies et fait encore l'unanimité. Désinformation. Le livre de Popper sur le déterminisme tend bien sûr à rendre encore plus rigoureux son critère de démarcation, parce qu'en invalidant la version du déterminisme qui ne peut-être d'aucune utilité pour la science tout en continuant de défendre l'idée nécessaire que les sciences doivent corroborer des lois causales précises, (donc une forme de déterminisme post faciae et relative), et ce, contre une certaine métaphysique indéterministe qui voudrait mettre fin, justement, à tout espoir concernant ce but crucial pour toute science empirique, il montre comment les théories peuvent donc être davantage réfutées si, d'un point de vue épistémologique, on ferme définitivement la porte, à ce déterminisme aprioriste et absolu lequel rendrait inutile tout recours à l'expérience. Après ce travail de Popper, il n'est donc plus du tout possible, pour un quelconque projet scientifique, de se dérober au feu de la mise à l'épreuve des faits, puisque ç'eut été la victoire de l'apriorisme absolu ou de la version du déterminisme invalidée par Popper qui eut pu avoir raison de cette condition nécessaire au progrès de la connaissance objective dans les sciences empiriques. Après Popper, c'est donc le déterminisme prima faciae et absolu, et l'apriorisme absolu qui sont définitivement écartés. Demeurent d'autres formes de déterminismes nécessaires, et aussi, l'idée métaphysique, mais post faciae, d'une vérité certaine, comme inaccessible étoile, mais guidant toujours les scientifiques pour améliorer leur théories. C'est la seule forme de déterminisme absolu, post faciae, que peut tolérer la science, car le jeu de la science s'arrêterait dès lors que l'on penserait avoir atteint la vérité certaine et c'est justement le but des livres de Popper de démontrer que c'est rigoureusement impossible en pratique. La course vers cette inaccessible étoile qu'est la Vérité ne s'arrêtera donc jamais dans les sciences empiriques. Il plaide donc bien pour l'indéterminisme mais à condition qu'il soit dirigé contre une certaine forme bien précise de déterminisme, sinon il demeure contre une métaphysique indéterministe qui voudrait rendre vain le projet nécessaire à toute science empirique de rechercher à corroborer des lois causales de plus en plus précises et riches en contenu, donc réfutables (Cf. Karl Popper, dans La logique de la découverte scientifique, édition Payot, 1979, Métaphysique indéterministe, page 250.), car écrit Popper, la recherche de lois causales et celles de lois probabilistes n'est pas incompatible.].

Il faut ici tenir compte de la nécessaire distinction entre hypothèse générale et hypothèse « locale ». Il est certainement utile, dans le cadre d'une démarche expérimentale, de formuler une hypothèse locale (c'est-à-dire portant, dans des conditions bien précisées, sur un enchaînement phénoménal lui-même décrit en termes précis) de façon à ce que le réel puisse répondre par vrai ou faux. C'est à ce niveau des hypothèses locales que la règle de réfutabilité de Popper est utile, dans le cadre d'une démarche expérimentale au sens strict. Mais elle ne peut pas s'appliquer lorsqu'il s'agit d'hypothèses générales, surtout au niveau où elles définissent en faisceau une théorie scientifique. [Ceci est rigoureusement faux. C'est même la propagande standard anti-poppérienne en vigueur et propagée par tout ceux qui ont lu Popper avec leurs lunettes idéologiques. Popper s'est longuement expliqué sur la question de savoir si pour les scientifiques la réfutation d'une théorie inscrite dans un système théorique plus large entraînait la remise en cause de tout le savoir acquis. Tout repose, explique Popper, en dernier ressort, sur les décisions méthodologiques des chercheurs afin de considérer les liens logiques qui peuvent s'établir entre la falsification « locale » d'une hypothèse et le reste du système. De ce fait, il devient logiquement possible que tout un système théorique s'effondre, sur la seule base de la falsification réussie d'une théorie locale, logiquement déduite du système dont elle ne peut être indépendante.] Personne ne demande à la théorie newtonienne d'être formulée en des termes tels qu'elle puisse être détruite par une observation nouvelle (la cosmologie einsteinienne la dépasse en l'englobant, mais ne l'invalide pas). [Preuve est donc faite que Perron n'a pas lu Popper. Je le cite : « (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est « plus grande » que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est "falsifiable à un degré plus élevé". Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité. » D'ailleurs Popper parle lui-même de « cas limite » s'agissant des théories réfutées par d'autres plus englobantes. Ainsi la théorie de Newton n'est devenue qu'un cas limite par rapport à la vision plus générale d'Einstein, tout en conservant sa part de vérité pour les cas auxquels elle peut être encore appliquée. C'est exactement le point de vue inlassablement défendu par Popper et que Perron essaie maintenant de retourner contre lui ! Donc il faut reformuler ce que dit Perron en jouant frauduleusement sur les mots. La théorie d'Einstein réfute celle de Newton en en faisant un « cas limite » ; et elle la réfute parce qu'elle possède des pouvoirs d'explications sur certains phénomènes que ne possèdent pas celle de Newton qui donc, de ce point de vue est moins proche de la Vérité que celle d'Einstein, laquelle est donc moins fausse..]. Personne ne demande cela à une théorie néo-darwinienne de l'évolution (il y a bien des « créationnistes » qui prétendent la réfuter, mais c'est avec une argumentation étrangère au champ scientifique). S'agissant d'une théorie générale, cela n'a pas de sens de déclarer qu'elle est « vraie » ou « fausse » : ce qui est en cause, ce qui peut et doit être discuté, c'est son utilité. L'argumentation porte alors sur sa capacité à intégrer des faits de façon cohérente : plus elle intègre de faits, et plus elle y parvient de façon cohérente, meilleure elle est ([2]). Si deux théories sont en balance, c'est évidemment toujours en ces termes que les scientifiques en discutent. [Tout cela est complètement FAUX. Dire qu'il n'y a aucun sens à déclarer si une théorie générale est « vraie » ou « fausse » est une manière complètement frauduleuse de tenter de masquer que l'on ne veuille pas tenir compte qu'il est possible d'évaluer empiriquement un énoncé universel au sens strict sur la base de tests. Ou pire encore que les théories universelles de la science ne s'évaluent pas relativement à leur degré de correspondance progressivement testé avec les faits. Car il y a une asymétrie logique entre réfutation et vérification (une infinité d'énoncés particuliers ne peut vérifier avec certitude une théorie générale, mais un seul d'entre eux, peut logiquement la réfuter). Cela n'a aucun sens, effectivement d'affirmer qu'une théorie est « vraie » si c'est de la vérité certaine dont nous parlons, mais cela en a un si c'est de la corroboration, c'est-à-dire d'une « vérité » provisoire, relativement à certains tests passés avec succès. Si c'est prétendument « l'utilité » qui doit être un critère de démarcation entre science et non-science, je demande à Monsieur Perron de me dire à quoi peut bien servir une théorie générale non testable, et dont on ignore par conséquent les faits empiriques ou les occurrences d'événements qu'elle peut interdire ? A quoi donc peut bien servir une théorie générale dont on ignore (par l'intermédiaire de tests) le contenu empirique et les limites des pouvoirs explicatifs, descriptifs et prédictifs ? Qu'elle est donc son « utilité » pour la science s'il ne saurait exister une manière quelconque d'établir une relation entre un énoncé et des faits ou avec un seul fait ? Comment une théorie générale peut-elle intégrer des faits de façon « cohérente » ? Que signifie donc cette « cohérence » pour Roger Perron ? Certes, dans un autre contexte, Popper écrit lui-même que pour qu'une théorie soit testable il faut qu'elle soit cohérente dans la mesure où elle ne contient pas d'énoncés contradictoires qui la rende irréfutable, donc métaphysique, mais dans « La connaissance objective », il aborde le problème de la « théorie de la cohérence ». Je cite Popper : « un énoncé est considéré comme vrai (si et seulement si) il est cohérent avec le reste de nos connaissances. (...) Commençons par la théorie de la cohérence ; il en existe toutes sortes de versions ; je n'en indiquerai que deux. Selon la première, la vérité consiste dans la cohérence avec nos croyances, ou, pour être plus précis, un énoncé donné est vrai s'il est cohérent avec le reste de nos croyances. Je trouve l'idée un peu déconcertante car je me refuse à mettre les croyances sous une forme logique, pour des raisons bien connues. (Si Pierre croit p, et si p et q se déduisent l'un de l'autre, nous pourrions dire que Pierre est dans la nécessité logique de croire q. Cependant, il peut ignorer que p et q se déduisent l'un de l'autre et, en fait, ne pas croire q.). Selon la seconde version de la théorie de la cohérence, un certain énoncé donné, dont nous ne savons pas s'il est vrai ou faux, doit être accepté comme vrai si, et seulement si, il est cohérent avec les énoncés que nous avons préalablement acceptés. Cette version a pour effet de rendre notre connaissance foncièrement conservatrice : il n'est guère possible de déloger une connaissance ainsi « installée dans ses tranchées ». » Maintenant si Perron soutient qu'une théorie « intègre des faits » (inédits) à la suite de tests qu'elle passe avec succès, il est d'accord, sans s'en douter avec Popper (qu'il n'a donc pas lu...) ; s'il veut dire que la « cohérence » repose sur le caractère logiquement déductible des nouveaux tests par rapport aux précédents, c'est la même chose, il ne fait que confirmer ce qu'a toujours défendu Karl Popper. Mais le problème, c'est que Perron nous laisse peut-être volontairement dans le vague, ne sachant pas très bien lui-même comment défendre un point de vue qui jetterait par-dessus bord l'évaluation des théories relativement à leur valeur de fausseté ou de proximité à la vérité. Mais il y a encore un moyen de montrer que Perron rejoint, bien malgré lui, les arguments de Popper. Car, Dans la logique de la science que propose Popper, l'usage du concept de corroboration permet d'éviter l'usage quelque peu problématique, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncés (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279). Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d'aucun changement empirique » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280). Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l'absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu'ils sont peu adaptés pour s'accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu'il n'est pas habituel de dire d'un énoncé qu'il était parfaitement vrai hier mais qu'il est devenu faux aujourd'hui (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281) . La différence fondamentale entre vérité [certaine] et corroboration apparaît donc clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle relative à « la mise en évidence d'une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d'énoncés de base acceptés » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281).].

La psychanalyse est dans cette position : c'est une théorie générale. Il est vain de prétendre la « réfuter », et tout aussi vain de vouloir la « prouver ». [C'est donc une « théorie - zéro »...Mais il se trompe. La psychanalyse n'est pas « une théorie générale », comme l'est la théorie de la relativité ou celle de la gravitation de Newton. C'est une doctrine ou un corpus théorique comprenant un certains nombre de postulats théoriques et autres engagement ontologiques. Cela ne peut être que pour des commodités de langage que l'on peut la qualifier de théorie générale du psychisme, par exemple, et la déclarer non réfutable sur la base des autres théories non réfutables qu'elle contient. Elle comporte aussi beaucoup de concepts et de théories auxiliaires pour reprendre la terminologie de Imre Lakatos. Si l'on ne peut ni réfuter ni corroborer la psychanalyse, c'est donc qu'il n'y a rien. C'est un vide absolu, puisque cela implique qu'elle n'offirirait aucune point d'appui empirique concret qui soit issu de sa pratique thérapeutique ou de ses autres faits d'interprétation ou d'explication à partir desquels on pourrait évaluer si elle est fausse ou proche de la vérité. Perron vient tout simplement de déclarer (avec raison) que la psychanalyse est SANS FONDEMENT. C'est-à-dire que l'on ne peut se fonder sur rien qui puisse décider de sa fausseté ou de sa proximité à la vérité. La psychanalyse, est donc, de ce point de vue, une théorie « indécidable ». C'est pour cela qu'elle peut s'adapter à toutes les époques, à toutes les situations individuelles ou de société, sans jamais toucher à ses fondements théoriques. Et ceci permet la jonction avec le jugement selon lequel il n'y a pas « LA » psychanalyse, justement, comme le font remarquer Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani d'une part, et le psychanalyste André Green d'autre part, mais autant de psychanalyses qu'il peut y avoir d'individus sur Terre, ou de groupes humains. La doctrine de Freud est bien connue pour être une véritable « auberge espagnole ». La psychanalyse comporte, une théorie du refoulement inconscient, une théorie de la censure, une théorie de l'organisation spatiale de l'appareil psychique, une théorie des névroses, une théorie des pulsions, une théorie des rêves, et bien sur une théorie de l'inconscient, tout cela se basant sur un postulat fondamental qui tient de bout en bout le tout en cohérence jusque dans la pratique thérapeutique, il s'agit du postulat délirant et intenable du déterminisme psychique, prima faciae, absolu et excluant tout hasard et tout non-sens. Voilà ce qu'est « la » psychanalyse, et voilà pourquoi on ne peut ni la « réfuter » ni la « corroborer », mais seulement trouver toujours des faits qui ne peuvent que la confirmer en venant se coller, s'agglutiner en cohérence interne avec ce que permettent déjà de dire les théories constitutives en présence. Les fameux faits qu'intègreraient donc la psychanalyse de façon « cohérente » à son système, comme le défend Perron, ne sont donc jamais rien de plus que d'autres confirmations qui pouvaient être lues à la lumière du système mais qui ne risquent jamais de permettre d'en évaluer la vraie valeur explicative, descriptive et prédictive...]. On peut simplement montrer qu'elle est utile. En présence du sceptique, le meilleur parti que peut prendre l'analyste est de répondre : « vous avez parfaitement le droit de vous passer de l'hypothèse d'un inconscient dynamique (ou de la sexualité infantile, ou du fantasme inconscient, etc.). Mais vous perdez alors la possibilité de comprendre bien des faits que le recours à cette hypothèse permet de comprendre : votre champ phénoménal se restreint singulièrement...». [Dans ce cas, « tout est bon ». (On comprend mieux, désormais, les références à Paul Fayarebend utilisées par Perron dans la bibliographie de son article...). Toutes les théories sont utiles et incommensurables dès qu'elles permettent la lecture des faits à partir de leur propre lumière. Deux théories contradictoires sont donc « utiles » car chacune prise séparément peut toujours trouver des confirmations de ce qu'elle avance (K. Popper). En fin de compte, l'univers épistémologique dans lequel Perron fait vivre la psychanalyse est un univers RELATIVISTE ou toutes les théories sont bonnes à prendre du moment qu'on le juge utiles (mais selon quel critère qui ne soit pas spécialement fabriqué pour les besoins de la théorie ??..) sur la base des critères des analystes. Perron, comme Kuhn estime donc que les théories son incommensurables, inévaluables du point de vue objectif que défend Popper. Là est son erreur cruciale, tout comme ce fut celle de Kuhn, ou plus rigoureusement celle de Lakatos, lequel rejetait les expériences cruciales de falsification entre deux programmes de recherche concurrents (si deux programmes de recherches ou deux grands systèmes théoriques peuvent être mis en concurrence pour un objet de recherche commun, c'est que certains de leurs énoncés sont évaluables les uns par rapport aux autres, par exemple sur la base de certaines relations de déductibilité). Ce n'est donc jamais à l'aune de l'observation d'autres cygnes blancs que nous pouvons juger si la théorie « tous les cygnes sont blancs » est utile, mais à l'aune des tests qu'elle a subis et des faits inédits qu'elle a réussi à « intégrer » par le truchement de ces tests. Les théories telles que les envisage Monsieur Perron ne  peuvent donc être que des énoncés existentiels au sens strict et pas des énoncés universels au sens strict. Les premiers sont toujours potentiellement vérifiables et peuvent toujours intégrer des faits qui sont lus à partir de leur propre lumière. Ils ne sont jamais potentiellement réfutables (Cf. Popper). Par contre seuls les faits inédits pour une théorie générale, c'est-à-dire ceux déduits de la sous-classe de ses falsificateurs potentiels, ou « énoncés interdits » par la théorie, présentent un intérêt pour le progrès de la connaissance objective sur la valeur explicative de la théorie. Si c'est de ceux-là que voulait parler Monsieur Perron, nous sommes d'accord avec lui, et il est d'accord avec Popper, sans le savoir, sinon, il se trompe totalement...].

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Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (3° partie). | 02 novembre 2008

2. Sur quelques difficultés épistémologiques

Que la nécessaire recherche en psychanalyse s'inspire du modèle des sciences physiques ou de tout autre modèle, elle affronte nécessairement (y compris dans sa démarche clinique classique) de redoutables difficultés épistémologiques, que j'en envisagerai brièvement.

a) la constitution des faits et le risque de circularité

Bachelard y insistait, et tout chercheur en est aujourd'hui convaincu : il n'y a pas de faits bruts. Tout fait objet de science est construit à l'articulation de propositions théoriques et de techniques d'observation. [Confusion. Il y a le Réel, c'est-à-dire les faits bruts, et la Réalité, c'est-à-dire les théories que nous corroborons et qui tentent d'expliquer, de décrire, voire de prédire le Réel, ou les faits bruts. Mais aucune « réalité » construite par l'humain n'est certaine, et demeure donc susceptible de se voir améliorée par une autre plus générale et englobante, à la suite de tests. Les faits de la Nature, c'est-à-dire du Réel, ne sont pas « construits » par l'homme, dans la démarche scientifique, sauf s'il intervient directement sur eux par une manipulation quelconque. Ce qui est « construit » se sont d'abord des hypothèses sur la façon dont les faits de la Nature sont supposés être eux-mêmes... « construits », et ensuite des théories, « construites » progressivement grâce à des tests. Mais c'est toujours la Nature qui a le dernier mot et qui donne l'évaluation des réalités que nous avions construites, par « un non décisif ou un inaudible oui » (Weyl cité par Popper), parce que, comme l'écrivit Kant, « nous ne connaissons à priori des choses, que ce que nous y mettons nous-mêmes ». Ceci veut dire, que toute connaissance a priori ne peut avoir que le statut d'une conjecture ou d'une hypothèse directement dépendante de notre système d'attentes théoriques, de nos préjugés et pourquoi pas de nos affects (bien que Kant pensait au contraire, en s'inspirant des sciences dures de son temps que la connaissance pouvait être valide a priori, erreur fondamentale qui fut bien mise en lumière par Karl Popper notamment dans son livre, « les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance »), donc d'une simple réalité construite a priori mais qui doit être mise à l'épreuve du Réel !.].

La psychanalyse porte, par définition, sur des faits psychiques, et plus précisément sur ce qu'on peut désigner comme des faits psychanalytiques, c'est à dire des observables construits à l'intersection de théories et de techniques psychanalytiques. [On a donc l'impression que c'est la psychanalyse qui injecte sa réalité dans le Réel des faits psychiques de tout individu et qu'elle substitue les deux pour ses besoins...Les faits psychanalytiques sont donc ce que la psychanalyse se propose de « voir » chez tout individu, mais dans « l'intersection » dont parle Perron sur leur construction, il manque un élément de taille, l'individu lui-même... Les « faits psychanalytiques » ne sont donc pas de véritables « faits » issus de l'expérience, mais des théories universelles permettant de guider certaines observations donc renvoyant à des « observables » possibles et construits a priori, et considérées comme « vérifiées » selon des pétitions de principes.]. Il importe de bien distinguer le fait psychanalytique, ainsi défini, de l'évènement. Par exemple, si l'analyste est conduit à poser l'hypothèse d'un traumatisme psychique chez quelqu'un, il s'agit évidemment de tout autre chose que d'un évènement de l'enfance allégué par le patient, voire accepté comme "réel" par l'analyste, et supposé originaire de cette organisation traumatique du fonctionnement psychique. La réalité psychique se situe sur un autre plan de réalité (j'emprunte le terme à Henri Wallon) que la réalité événementielle ([3]). [Donc, s'il s'agit de détacher le « fait psychanalytique » de l'évènement tel que ce mot est envisagé par Perron, alors on peut le détacher aussi de ce que dit le patient, de ce qu'il ressent, de ses faits psychiques à lui. Comme le dit Perron, dès que l'analyste a choisit l'hypothèse d'un traumatisme quelconque, cela peut-être sans aucun rapport avec un traumatisme allégué par le patient devant lui et même supposé comme « réel » par l'analyste, et encore plus supposé même être à l'origine du traumatisme !??? Une solution pour comprendre : la réalité psychique, pour l'analyste, ne peut donc être que de nature « inconsciente » et donc pas alléguée consciemment par le patient, même s'il s'agit d'une souffrance acceptée comme « réelle » par l'analyste. L'analyse ne s'occupe donc pas des souffrances « conscientes » mais des « souffrances inconscientes » qui n'ont pas grand-chose à voir avec les souffrances conscientes. Elle cherche donc à éviter certains faits, pour mieux en confirmer d'autres qui font engraisser de manière « cohérente » sa prétendue « utilité ».].

Les faits psychanalytiques sont organisés, dans le cas individuel, dans la double dimension de leur structure et de leur histoire. Cette histoire n'est pas l'histoire événementielle « réelle » du patient (telle qu'elle aurait pu être écrite au fur et à mesure par un observateur neutre, à supposer qu'un tel observateur existe): c'est une histoire remodelée par les effets d'après coup, et de plus "recomposée" au fil de la cure par le travail même de l'analyse. [Ce n'est donc pas une histoire indépendante des théories de la psychanalyse, et des procédés de « remodelages » plus ou moins suggestifs de l'analyste ! En fait, l'analyste travaille comme il l'entend avec les faits, quitte à faire accepter au patient une histoire « remodelée » qui cadre au mieux, et de façon cohérente avec la théorie de Freud ou les « hypothèses » du thérapeute-analyste...].

Il résulte de ces considérations que, plus qu'en toute autre discipline, c'est la théorie qui prime dans la constitution et la construction des faits psychanalytiques. [Oui, ça, on a compris...]. Ceci ouvre un risque de circularité qu'on ne peut négliger. En effet, si les faits dont la recherche psychanalytique veut étayer ses progrès sont nécessairement préconstruits par de la théorie, on risque, en sélectionnant et construisant des faits « ad hoc », de ne démontrer que ce qu'on voulait démontrer : c'est une des objections les plus fréquentes des critiques de la psychanalyse, et que nous devons prendre au sérieux. [C'est bien, Monsieur Perron, c'est bien...].

Comment se garder de ce danger ? La meilleure réponse est sans doute : en restant constamment conscient de ce risque, en se gardant des victoires trop faciles, en recherchant ce qui, tout chercheur le sait bien, est le véritable moteur de la recherche : une constante sensibilité au contradictoire, à tout le moins au non cohérent avec ce qui était attendu. C'est ainsi qu'on reformule les hypothèses et les concepts, c'est ainsi que la recherche progresse. [Mais QUI se porte garant de l'inconscient de l'analyste quand il essaie, consciemment de se « garder des victoires trop faciles », etc. ? Quels sont les autres témoins qui participent à la « cure-laboratoire », et qui se portent garants de leurs inconscients à eux, si « le moi n'est pas le maître en sa propre maison ? » (S. Freud). De toute façon, puisque c'est bien la théorie qui prime et qui sert à remodeler ( !) l'histoire de l'individu, et à quelles fins, celle de la théorie ( !), alors, toutes les histoires individuelles sont bonnes à prendre par cette « théorie » merveilleuse qu'est l'inconscient tel que Freud l'envisageait. Dès qu'on remodèle le fait à étudier, on le dénature. Dès lors, toute tentative d'investigation scientifique, distanciée, et objective, s'effondre comme un château de cartes. Citons Michel Bitbol :   « Le succès de l'entreprise scientifique s'évalue (...)  traditionnellement à la capacité qu'ont les chercheurs de déshistoriciser leurs descriptions, de les rendre indépendantes des vicissitudes individuelles, sociales, matérielles, climatiques, chronologiques, qui ont jalonné leur travail et en ont précédé l'achèvement. Lorsque toutes les conditions pour cela sont remplies, il est rare qu'on conteste  les engagements ontologiques des chercheurs scientifiques au nom du fait, évident, que leurs entités se laissent seulement connaître comme phénomènes, à la fin d'une histoire performative et intellectuelle complexe. (...) En psychanalyse, l'écart par rapport à la science classique de la nature est encore plus grand. S'il est vrai que se prêter a postériori à soi-même des désirs et représentations inconscientes est partie intégrante de l'efficacité de la cure, la condition centrale pour affranchir cette auto-attribution de l'histoire qui y a conduit ne se trouve pas remplie. L'"aveu" (ou auto-attribution) est en effet constitutivement tributaire,  comme on l'a vu, de l'autotransformation obtenue au décours d'une histoire thérapeutique. Rien ne permet de faire abstraction des mutations psychiques que le patient a subies durant le processus curatif, dans le contenu de la reconstruction rationnelle qu'il est disposé à accepter en fin de parcours comme reflétant les structures récurrentes de son propre psychisme. Quel que soit le pouvoir régulateur d'une auto-attribution de motivation inconsciente au cours de la cure, certaines conditions d'assertabilité de l'existence autonome d'un "inconscient" font donc défaut. Le seul facteur qui a pu faire obstacle quelque temps à la reconnaissance du manque de crédibilité de cette assertion est sans doute la présence d'une boucle de rétroaction entre la vertu cathartique de la cure psychanalytique et l'engagement ontologique qu'elle implique. L'oeuvre transformatrice de la psychanalyse ne dépend-elle pas dans une mesure non négligeable de sa capacité à faire croire aux patients qui y ont recours, et qui participent de notre culture, que la prétention de ses instances à l'existence s'appuie sur des raisons du même ordre que celle des entités de la science classique ? »
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS,  chargé de cours à l'Université Paris-1. in: "Physique et philosophie de l'esprit." Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 137-138.)
.].

b) L'interprétation et la généralisation

S'il est une activité que le psychanalyste considère comme sienne, c'est bien l'interprétation. Cependant, l'interprétation d'un matériel clinique à l'échelon individuel est tout autre chose que, dans le cadre d'une activité de recherche, l'interprétation de faits par où l'on vise à fonder une loi générale, à caractériser un processus ou une structure de fonctionnement psychique définis au-delà de tout cas particulier, etc. Le péril est double : d'une part le risque de circularité qui vient d'être évoqué, invitant à prendre ses désirs pour des réalités ; d'autre part les risques d'une généralisation abusive, consistant à déclarer trop vite que « ce qui est vrai pour ce patient est vrai pour tout le monde ». [C'est exactement ce qu'à toujours fait Freud, dans tous les cas qu'il a traité, et le risque de la circularité est effectivement insoluble et permanent.].

Exemple tristement célèbre, l'erreur commise à une certaine époque en ce qui concerne les autismes et psychoses infantiles : sur la base d'observations qui montraient le poids dans certaines de ces évolutions pathologiques d'altérations de la relation mère - enfant, une généralisation abusive a porté à dire que l'autisme infantile est imputable à un mauvais amour maternel (ou à une distorsion du désir de l'autre, etc.), ce qui, dit vite, a été entendu « toujours, dans tous les cas ». Cette inacceptable généralisation a beaucoup nuit à l'image de la psychanalyse dans le public. Au plan de la recherche, il s'agissait évidemment d'une simplification abusive, par l'usage du singulier (« l'autisme », ce qui suppose à tort une classe homogène des états en cause) et par la méconnaissance de l'extrême complexité des facteurs en jeu et de leur enchaînement causal au cours de l'histoire de l'enfant et de son entourage. Une telle simplification au service d'une généralisation imprudente est toujours anti-scientifique. Comment s'en garder ? Par la prudence, par un effort de rigueur dans les étapes du processus de recherche. Cela s'apprend. [Bravo. Mais la vraie recherche scientifique, Monsieur Perron à bien montré que les causes de l'autisme sont uniquement génétiques...Il faudrait vous mettre à la page au lieu d'essayer insidieusement de sauver la psychanalyse du naufrage qu'elle a pourtant accompli, ne serait-ce que dans cette monstrueuse bévue de l'autisme infantile.].

c) Une antinomie fondamentale

Cette antinomie pèse sur toute démarche de recherche. La théorie progresse lorsque le chercheur constate qu'elle manque à rendre compte de ce qu'il observe. Il est alors conduit à remanier son appareil théorique et notionnel, puis à confronter cet appareil remanié à de nouvelles observations, etc. : le progrès passe par cet incessant va et vient entre l'observable et l'appareil d'observation. [Bravo, donc vous êtes d'accord avec Karl Popper, mais il faudrait le lire avec plus d'attention pour tous les autres problèmes.]. Mais toute cette démarche est sous-tendue par une contradiction fondamentale, entre la cohérence de l'appareil théorique, d'une part, et l'étendue des observables d'autre part. Plus l'appareil théorique est cohérent, et moins il est capable d'intégrer des faits nouveaux (et d'abord, tout simplement, de les percevoir) ; plus il s'ouvre à ces faits nouveaux qu'il ne prévoyait pas, et plus il est en danger de se disloquer. Les exemples abondent dans l'histoire des sciences. [N'importe quoi. Mais qu'appelle-t-il donc la « cohérence » d'un « appareil théorique » ? Le saura-t-on enfin ? J'ai peur que non, hélas. Pour que « l'appareil théorique » puisse être testé, il faut qu'il soit « cohérent » si l'on admet que la cohérence consiste en ce que cet appareil n'est pas déjà contradictoire en lui-même ou ne comporte pas d'énoncés métaphysiques. De ce point de vue, la cohérence ne pose aucun problème, elle est même nécessaire ! Si par « cohérent », Perron entend « corroboré » (qui sait, c'est peut-être de cela qu'il veut parler, après tout...) alors, plus un « appareil théorique » est « corroboré », et plus il est riche en contenu, donc plus il interdit logiquement certaines occurrences, et donc plus il est facilement testable (K. Popper). Là encore, l'argument de la « cohérence » retombe sur les pieds de Monsieur Perron. Le progrès scientifique n'a donc pas pour objectif de rendre un « appareil théorique » de plus en plus « cohérent » en ce qu'il deviendrait de plus en plus logiquement difficile à tester, mais le contraire, justement. Il faut le répéter : plus une théorie est corroborée et plus elle est logiquement « ouverte » aux possibilités de falsifications ou de corroborations, donc à  l'intégration de faits nouveaux, du fait même du caractère accru de la richesse de son contenu et de sa précision sur les explications ou les descriptions universelles qu'elle prétend fournir sur les faits.].

Comme toute autre discipline, la psychanalyse inscrit nécessairement ses développements dans le cadre de cette antinomie. Les exemples, ici encore, ne manquent pas. [C'est archi-faux. Il n'y a jamais eu de progrès cumulatif en psychanalyse, parce qu'il n'y a jamais eu le moindre test intersubjectif, indépendant, extra-clinique et reproductible, mais seulement des « recherches » cliniques réalisées sans le moindre contrôle dans le cadre intime et subjectif de la cure analytique.] Ainsi, Lacan, au fil de sa pensée, semble avoir de plus en plus mis l'accent sur la cohérence de notions abstraites en s'écartant de la clinique. A l'inverse, certaines recherches centrées sur l'observation directe des bébés ont pu être critiquées par des analystes qui les considèrent comme s'écartant trop des axiomes fondamentaux de la métapsychologie, au risque de verser dans le comportementalisme. Il est difficile de progresser sur cette crête étroite, entre les dangers de chute dans la fragmentation et l'affadissement théorique d'un éclectisme fourre-tout, et les dangers de chute dans une rigidité dogmatique réactionnelle à cette dispersion. Toute l'histoire de la psychanalyse montre que les débats et les conflits dont elle est marquée procèdent de cette antinomie. [Toute l'histoire de la psychanalyse montre surtout un rejet viscéral du rationalisme critique, de la méthode expérimentale, et de la confrontation avec des faits indépendants. Toute l'histoire de la psychanalyse montre qu'il n'y a jamais de progrès dans les théories, les concepts depuis les débuts de Freud, mais seulement des remaniements qui ne servent qu'à immuniser davantage la psychanalyse contre ses critiques sans toucher aux fondements.].

On peut observer que la position du psychanalyste est encore plus délicate s'il se veut chercheur, et ceci pour toute une série de raisons : le primat de la théorie et les risques de circularité, les relations du connaissant et du connu (ce sera envisagé plus loin), mais aussi la difficulté de parvenir au consensus sans lequel aucun progrès scientifique n'est possible. Cependant, il a peut-être un avantage sur ses collègues d'autres disciplines : il ne peut penser la contradiction dans les seuls termes de la logique formelle. Sans doute est-il tenu, comme tout le monde, d'éviter la contradiction dans la conduite de sa pensée ; mais il sait mieux que tout autre que l'ambivalence est sous-jacente à la contradiction. [Ah bon !? et comment le sait-il ? Et bien parce qu'il considère, grâce à une pétition de principe (non démontrée) que la théorie analytique de l'ambivalence inconsciente est « vraie » pour lui permettre de dire cela ! Donc c'est la psychanalyse qui se sert de ... la psychanalyse pour justifier le bien fondé des directions à prendre dans la recherche en psychanalyse pour l'améliorer...On croît rêve. Donc à quoi bon faire de la recherche en psychanalyse si, dès le départ, et sur la base de pétitions de principes non démontrées, elle peut déjà s'autoriser d'elle-même !]. Si, pour maintenir la cohérence de sa pensée, il est porté à négliger telle observation, à dédaigner telle objection, à rigidifier son système, etc., il ne peut ignorer (il ne devrait pas ignorer...) que, en deçà de la cohérence d'une construction intellectuelle, c'est sa propre cohérence personnelle qu'il tend à préserver, qu'en deçà de la contradiction joue l'ambivalence. Il y a là, sans doute, l'axe d'une réflexion épistémologique à poursuivre ([4]). [....].

 

Publié par vdrpatrice à 12:51:33 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (4° partie). | 02 novembre 2008

d) La causalité, le hasard et le chaos

Dans bien des disciplines, on ne peut plus s'en tenir au seul modèle d'une causalité linéaire où, lorsque sont réalisées certaines conditions, B succède nécessairement à A. En bien des domaines prévalent des modèles de causalité plus complexes, c'est-à-dire de causalité récurrente, en réseau, en feed back ou causalité rétroactive, etc. Une sorte de révolution a été marquée par le développement des théories du chaos, pour tenter de rendre compte de phénomènes par définition imprévisibles... et cependant déterminés. Il s'agit de bien autre chose que d'une prise en compte du hasard, au sens des théories et des calculs probabilistes. Dans le développement des phénomènes dits « chaotiques », on peut, théoriquement au moins, reconstituer a posteriori la chaîne des événements qui a conduit à une tornade destructrice à la Nouvelle Orléans, mais il n'était pas possible de la prévoir en voyant un papillon battre des ailes à Yokohama ([5]). On ne peut pas la prévoir, non pas par manque de moyens, mais par la nature même de la chaîne : il y a détermination pas à pas, mais les bifurcations entre possibles sont imprévisibles. [Il n'y a donc pas de prétendue « détermination » si elle est construite post hoc, s'agissant du chaos. Les phénomènes chaotiques imprévisibles ne sont donc pas des phénomènes déterminés. Ce sont plutôt les « micro-phénomènes » qui se succèdent les uns aux autres qui peuvent avoir une causalité scientifiquement corroborée, mais jamais toute une chaîne reconnue comme étant « chaotique ».]. Toute l'évolution du vivant est d'ordre chaotique : on peut assez bien comprendre après coup l'apparition du rhinocéros (en le situant dans une chaîne phylogénétique dont il est l'aboutissement), on ne pouvait certainement pas le prévoir. Ni l'apparition de l'homme bien sûr...

Peut-être le psychanalyste a-t-il ici une longueur d'avance. Il est accoutumé à envisager de telles causalités non linéaires. Il est habitué à concevoir la flèche du temps comme pointant dans les deux directions, dans la mesure où il accorde de l'importance aux effets d'après coup. En clinique comme en théorie, il pense toujours que, si crédible que soit l'événement rapporté par un patient, on se trouve en présence, non pas bien sûr de l'événement lui-même, mais du souvenir d'un tel événement. Ce souvenir, tout au long de l'histoire du sujet, a été remanié, reconstruit, il a contribué à intégrer, et parfois à provoquer, d'autres évènements, d'autres expériences, etc. [Oui, bien sûr. Et qu'est-ce qui donne cette « fameuse longueur d'avance » au psychanalyste sur toutes les autres sciences, et même les plus dures ? Et bien c'est son postulat déterministe. Un déterminisme prima faciae (d'où la « longueur d'avance »), absolu, qui exclut le hasard et le non-sens. C'est une version encore plus laplacienne que celle de Simon Laplace lui-même, c'est le plus grand délire métaphysique connu dans le monde occidental et peut-être ailleurs...].

Tout est au présent, même si ce présent se donne du passé et du futur. Il est important de s'en souvenir si l'on ne veut pas être piégé par un faux paradoxe, où l'on se scandaliserait de devoir accepter que quelque chose peut changer quelque chose qui s'est passé avant. Cela ne scandalise que si on oublie que, s'il s'agit d'une rétroactivité, elle ne modifie pas un évènement inscrit dans l'histoire du monde extérieur ; ce qui est modifié, c'est un fait psychique, donné dans le présent (comme tout ce qui fait la vie psychique) mais imputé au passé. Il doit être évident qu'il ne s'agit pas d'un effet de causalité antérograde exercé par un événement sur un autre évènement qui lui serait antérieur, idée inacceptable ; il s'agit d'une implication (ce qui est bien différent d'une causalité, Piaget y avait insisté) où un fait psychique modifie un autre fait psychique considéré comme antérieur.

Face au très difficile problème du déterminisme dans la vie psychique , c'est là, de toute évidence, une voie de recherche beaucoup plus intéressante que celle du « hasard » au sens des théories et des techniques probabilistes (les méthodologies axées sur le calcul statistique) ([6]).

Publié par vdrpatrice à 12:50:32 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (5° partie). (Modifié le 20 novembre 2008). | 02 novembre 2008

e) La relation du connaissant et du connu

Il s'agit ici de la question fondamentale de toute réflexion épistémologique : la relation entre l'appareil de la connaissance et le statut des réalités dont il traite. Jusqu'aux années 1920, le dogme scientifique prescrivait au chercheur de ne considérer comme du domaine de la réalité objective que des phénomènes posés par principe comme existant, tels qu'il les observe, antérieurement à l'acte même d'observation et indépendamment de cet acte. [Ce prétendu « dogme » est toujours en vigueur, nécessairement, dans les vraies sciences. Il faut une séparation entre le Réel, ou la Nature, et l'homme qui cherche à la comprendre en tentant de lui appliquer ses « réalités », c'est-à-dire ses théories. Sans cette distance, aucune variable indépendante, aucune preuve véritable ne peut être échafaudée. De plus, par leurs engagements ontologiques, les scientifiques se doivent de préciser ce qu'ils considèrent comme « Réel » dans leur objet de recherche et donc ce sur quoi devra porter l'effort de recherche ultérieur.]. L'objectif et le subjectif s'opposaient radicalement, et la rigueur scientifique obligeait à chasser de la démarche de connaissance toute inflexion procédant des particularités individuelles de l'esprit connaissant ([7]). [C'est toujours la seule et unique méthode qui soit viable, même si elle comporte d'indéniables difficultés.] La physique quantique a bouleversé tout cela, en acceptant - en intégrant comme un de ses principes fondamentaux - que l'acte de connaissance peut produire le connu tel qu'il est connu, de telle façon que l'idée même d'un connu existant antérieurement à cet acte, indépendamment de cet acte, n'a plus de sens. [...Du comique involontaire. Jamais la physique quantique n'a même supposé des sottises pareilles. C'est la honte. Mais reprenons la partie importante de la phrase de Perron : « (...) l'acte de connaissance peut produire le connu tel qu'il est connu ». Avec cette phrase on est en plein et dans l'erreur de Kant et dans l'apriorisme absolu ou déterminisme prima faciae et absolu. Pourquoi est-ce significatif de l'erreur de Kant ? Parce que Kant, comme nous l'avons déjà précisé plusieurs fois sur ce blog, pensait que la connaissance pouvait être valide a priori influencé qu'il était par l'observation des sciences de son temps comme les mathématiques ou la mécanique newtonienne, qu'il croyait abouties et donc valides a priori. Nous allons donc reprendre un passage d'un de nos textes, intitulé « Déterminismes, indéterminisme et justification de la théorie de l'inconscient de Freud » « il n'y a pas d'autre solution pour Freud que d'imposer dogmatiquement son inconscient comme une loi de la Nature qui serait valide a priori (dans un sens kantien), et par suite d'affirmer qu'il détermine tout  dans la vie psychique des individus ou qu'il la  « prescrit » . En effet, selon l'apriorisme de Kant en matière de théorie de la connaissance dont Freud semble s'être inspiré, « l'entendement ne puise pas ses lois...dans la Nature mais les lui prescrit » (Kant). C'est-à-dire qu'à l'instar de Kant qui croyait que les lois de la Nature étaient valides à priori en observant les sciences de son temps comme la physique Newtonienne, Freud a imaginé que les « Lois » de l'inconscient pouvaient elles aussi être valides à priori (en faisant de lui le « scientifique héroïque », le « Galilée » de son temps en matière de psychologie)  puisque, selon Kant « il y a beaucoup de lois de la Nature que nous ne pouvons connaître que grâce à l'expérience, mais la conformité à des lois dans la liaison des phénomènes,...en général, nous ne pouvons la connaître par aucune expérience, parce que l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité . La possibilité de l'expérience en général est donc, en même temps, la loi universelle de la nature et les principes de la première sont les lois mêmes de la seconde ». Ceci pourrait amplement justifier, selon les psychanalystes, les « confirmations » par observation ou expérience directe des phénomènes (grâce à quelques énoncés singuliers portant sur la réalité), de la loi de l'inconscient, selon toute circularité, car comme le souligne Kant ci-dessus  « ...l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité.» Mais, selon Popper, « la déduction transcendantale, la tentative pour prouver qu'il y a des régularités au sens des lois de la nature valides de manière strictement universelle, n'est pas concluante. La thèse selon laquelle l'expérience est possible en toutes circonstances - autrement dit : selon laquelle le monde doit pouvoir être connu en toutes circonstances - est impossible à prouver. Elle n'est pas seulement impossible à prouver, mais encore absolument irréfutable. Car la thèse selon laquelle l'expérience est possible ne peut jamais être falsifiée empiriquement, l'impossibilité de connaître le monde ne pouvant jamais être connue. Aussi longtemps qu'il y a de l'expérience et qu'il y a de la connaissance de la réalité, le monde doit être connaissable. Mais cette thèse - aussi impossible à prouver qu'à réfuter - de la connaissabilité du monde donne lieu, elle aussi, à une antinomie indécidable. » (Karl Popper, « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance ». Hermann). Donc, si comme le prétend Perron l'acte de connaissance peut produire le connu tel qu'il est connu, on cherchera en vain, la nécessité d'un recours à l'expérience puisque dans l'acte même de la connaissance (mais en quoi consiste cet acte dont parle Perron ?...) se trouverait déjà le résultat parfait de ce qu'elle doit produire ! Mais comment le produirait-elle sans que cet acte ait recours, à un moment ou un autre à l'épreuve des faits ? Il n'y a que trois solutions. La première, Perron est obligé d'envisager le recours à l'expérience, mais il le voile, et dès lors, il se contredit. La deuxième, Perron considère que les théories de Freud sont vraies a priori et que Freud nous a pondu des vérités révélées parce que l'acte de connaissance de son introspection au cours de son auto-analyse mythique aurait bien permis à Freud de produire le connu tel qu'il...le connaissait déjà avant de débuter son introspection, ce qui veut dire que cette méthode ne peut rien trouver d'autre que les confirmations et les attentes qu'elle se forge elle-même pour pouvoir commencer. La troisième est que l'acte de connaissance serait à ce point performant qu'il réaliserait le déterminisme absolu post faciae. C'est-à-dire que le recours à l'expérience permettrait de produire des résultats qui correspondraient exactement à nos attentes ou à nos hypothèses de départ. Voilà une supposition complètement opposée à la physique quantique et à ses résultats propres ! Mais dans la seconde partie de son assertion, il nous semble que Perron assimile le terme connu au Réel. Il écrit : de telle façon que l'idée même d'un connu existant antérieurement à cet acte, indépendamment de cet acte, n'a plus de sens. Qu'est-ce que cela veut dire si on prend ce qu'il écrit au pied de la lettre ? Cela veut dire, pour Perron que le Réel n'existe pas indépendamment des théories, ou de la réalité par laquelle nous essayons de le comprendre. On est proche maintenant de l'erreur de Hegel lequel pensait que tout ce qui est Réel est rationnel et que tout ce qui est rationnel est Réel. Pourtant il fut  bien nécessaire à la physique quantique d'avoir eu des engagements ontologiques pour décrire ce qu'elle considérait comme Réel, et donc ce sur quoi allait porter son effort de recherche. Lorsqu'elle explique ses objets d'expérience, la physique quantique ne peut se passer de se distancier d'eux grâce à la réalité qu'elle construit, via l'expérience, indépendamment d'eux. Mais, en définitive, c'est tout ce fatras écrit par Perron qui n'a ni queue ni tête (...). Il suffit de réfléchir un peu : comment est-ce que le connu, qui est donc en toute rigueur, le produit fini d'un acte de connaissance issu de l'expérience, pourrait-il exister avant même d'avoir pu être produit par ce dont il dépend directement, à savoir cet acte de connaissance issu du recours à l'expérience ?? C'est sûr, comme le dit Perron que cela n'a pas de sens... Ce que nous voulons dire ici, c'est que Perron a construit une phrase dont l'ambiguïté est source de conséquences absurdes. C'est absurde si l'on admet que Perron assimile le terme connu au Réel, c'est-à-dire avant tout acte de connaissance qui soit issu de recours à l'expérience, et c'est tout aussi absurde si l'on admet qu'il assimile ce terme au produit fini de cet acte de connaissance. Pour faire plus court, Perron ne débite que des absurdités, en se piégeant lui-même dans sa propre verbosité.]. Ce qu'on voit dans la caverne de Platon n'est pas le reflet d'une réalité extérieure à la caverne : c'est la réalité. [Oui, c'est la réalité, c'est-à-dire quelque chose que nous avons construit sur la base de notre système d'attentes, et de nos connaissances. Mais cela ne correspond pas exactement au Réel, mais tente de lui correspondre au mieux. C'est pour cela que les « réalités » construites mais dépendantes de la faillibilité universelle de l'homme, sont toujours susceptibles d'être révisées et d'être améliorées grâce à des tests. Si le Réel n'existe plus en dehors de nos « réalités » ou en dehors de nos théories, alors, pourquoi les chercheurs essaient-ils constamment et toujours, malgré la physique quantique, de soumettre ces théories aux faits du « Réel » ? Les freudiens ont de toute évidence procédé à une généralisation abusive et croquignolesque des conclusions de la physique quantique.].

Face à ce problème épistémologique fondamental, la psychanalyse est dans une situation unique, sans analogue en aucune autre discipline : l'appareil connaissant, le psychisme, y coïncide avec ce qu'il doit connaître, le psychisme. [L'objet d'étude ne peut donc jamais être indépendant de celui qui veut l'étudier. Donc pas d'avenir scientifique voire même simplement explicatif pour la psychanalyse qui restera une théorie zéro.] On pourrait objecter qu'il n'y a pas en fait coïncidence, puisque il s'agit d'une part de l'appareil psychique de l'analyste, d'autre part de celui du patient. Mais l'objection est-elle recevable ? Car, côté patient, la règle fondamentale de la psychanalyse est bien celle du vieux précepte : « connais toi toi-même... », et toute technique qui ferait du patient l'objet passif des interprétations imposées par l'analyste serait pure trahison. Du côté de l'analyste, nous savons bien qu'un tel travail n'est possible que s'il prend d'abord son propre psychisme comme objet de connaissance, par une auto-analyse indéfiniment reconduite. Nous savons aussi que dans le cadre de la cure tout cela se joue dans le jeu du transfert et du contre-transfert, de sorte que les deux appareils psychiques ne sont pas, de loin, aussi distincts qu'il pouvait paraître. [La messe est dite].

On semble ici se heurter à une impasse bien mise en lumière par le théorème de Gödel, selon lequel on ne peut connaître un système que par les moyens d'un système de niveau supérieur. D'où il devrait découler que le psychisme ne peut se connaître lui-même. Or il peut se connaître, c'est un fait. [Non, justement, ce n'est pas un FAIT. L'introspection comporte des impossibilités indépassables déjà bien mises en lumière par Wittgenstein. Et Popper a clairement montré l'impossibilité logique de l'auto-prédiction]. Alors, y a-t-il là une impasse logique ? Non sans doute. [Oui, sans doute.]. Car la solution est de considérer que le « système de niveau supérieur », c'est la relation patient - analyste, telle qu'elle s'établit dans cet « espace analytique » qu'avait si bien défini Serge Viderman. [Mais comment cette « relation » pourrait-elle être ainsi détachée du patient et de l'analyste, puisqu'elle leur serait « supérieure », sans être incarnée par l'un deux ou les deux en même temps ? Si c'est une sorte de métaphysique de l'inconscient qui planerait au-dessus des deux personnes (patient et analyste) et qui leur serait « supérieure », qu'est-ce qu'elle représenterait ? Le « sujet freudien » (c'est-à-dire, pour Borch-Jacobsen, Freud lui-même) ? Ou une autre forme désincarnée d'inconscient ? C'est bizarre, mais cela est certainement issu de cette farce hégélienne consistant à croire que « tout ce qui est réel est rationnel, donc tout ce qui est rationnel est réel » et par conséquent que ce système « de niveau supérieur » qu'est la relation patient-analyste, serait aussi « Réel » parce qu'il serait incarné sans le patient et l'analyste !? Ou bien alors cela voudrait dire que la relation patient-analyste leur permet de mettre leur inconscient ou leur conscience respective dans une sorte de lévitation au-dessus de leur psychisme (conscient et inconscient) et de se constituer ainsi en « garde fou ». Quoi de plus utile, en effet...].

f) Reformulations théoriques et nécessité du consensus

Quelles que soient ces difficultés, le chercheur poursuit vaillamment son chemin. Vient le moment où son travail débouche sur ce qui était son but ultime : reformuler des hypothèses, remodeler leur substance conceptuelle, de sorte que seront intégrés en un ensemble plus cohérent un plus grand nombre de faits mieux établis ([8]). [Pffiou...Ils sont forts pour les postures, mais hélas, de la posture à l'imposture il n'y a qu'un pas que les freudiens franchissent à grandes enjambées].

Encore faut-il que cela se sache. Une avancée scientifique qui satisferait à tous les critères d'une bonne démarche serait-elle une avancée scientifique si personne n'en savait rien, hors son auteur qui l'emporterait avec lui dans la tombe ? En 1865, Gregor Mendel établit deux lois fondamentales de l'hérédité ; mais il met fin à sa carrière de chercheur deux ans plus tard, car il doit se consacrer à ses nouvelles fonctions de supérieur de son monastère. Son travail restera à peu près totalement ignoré de la communauté scientifique. En 1900, trente quatre ans après, Hugo de Vries formule ces mêmes lois, et on exhume alors le travail du moine morave. Supposons que personne, jamais, ne s'en soit rétrospectivement avisé : pourrait-on dire alors qu'une avancée scientifique majeure a eu lieu en 1865 ? (cf Jean Rostand, 1945).

La question n'est pas que théorique. La science actuelle n'est plus faite par des individus isolés. [La vraie science n'a jamais procédé de manière isolée avec son chercheur reclus, par exemple dans une auto-analyse introspective, rejetant tous les témoins, dénigrant les travaux concurrents et la méthode expérimentale avec. Ni De Copernic à Mendel, aucun vrai scientifique n'a jamais travaillé de manière isolée, mais s'est toujours efforcé de reprendre de manière explicite et critique les travaux de ses prédécesseurs, car, contrairement à la psychanalyse, le rationalisme critique a toujours été la cheville ouvrière de la Science.] Elle procède sur un modèle industriel, surtout dans les sciences « lourdes » qui exigent beaucoup de personnel, beaucoup de temps, beaucoup d'équipements, et donc beaucoup d'argent, un argent que veulent rentable ceux qui en disposent. Chercheurs et équipes font tout leur possible pour que leur travail soit connu, et reconnu : les carrières et les financements en dépendent. Le consensus est la condition indispensable du progrès scientifique. Le consensus de qui ? des pairs bien sûr, des collègues compétents pour en juger. Ce n'est pas facile, car viennent y objecter la compétition, la jalousie, le poids des idées reçues, la crainte de voir démolie la cathédrale scientifique qu'on a mis si longtemps à bâtir et à orner... ([9]),

La situation est bien difficile en psychanalyse : comment s'assurer du consensus des pairs, et d'abord, qui sont les pairs ? Depuis ses origines ou presque, le mouvement psychanalytique est agité d'innovations et de variations qui développent des divergences théoriques et des oppositions de groupes qui vont de la discussion théorico-clinico-pratique courtoise à l'anathème et au schisme : qui fait partie de la communauté des pairs ? [Il n'y a jamais eu d'autre véritable consensus qu'autour des éternels dogmes de Freud. Le « pair-princeps » par excellence.]. Et à supposer qu'on s'accorde localement sur une telle communauté, quels critères mettra-t-elle en œuvre pour déclarer qu'une avancée scientifique vient d'être opérée en psychanalyse ? On voit bien que c'est là à peu près impossible. D'où ce constat : le développement de la psychanalyse n'est pas passé par des « découvertes », mais bien par le fait que l'accent est mis sur « quelque chose », à un certain moment et dans une certaine sociologie locale. [Bravo et merci. Tout cela est rigoureusement exact.]. Dans les meilleurs cas fleurit alors un mouvement d'authentique recherche théorico-clinique qui s'intégrera de façon (probablement) définitive au corpus général de la psychanalyse (exemple entre bien d'autres, la notion d'espace transitionnel de Winnicott). Il n'y a peut-être pas alors d'autre critère que celui de la durabilité de cette intégration ([10]).

 

Publié par vdrpatrice à 12:49:33 dans Résistances... | Commentaires (0) |

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