« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Au sujet de la réfutabilité de la psychanalyse.
(Un très bref aperçu de la controverse entre Karl Popper et
Adolf Grünbaum.)
Renée Bouveresse :
« (...) On voit du coup que l'interprétation psychanalytique ne peut jamais être démentie par les faits : si elle fausse empiriquement, elle est toujours vraie « symboliquement » ou « structuralement ». Mais cette infaillibilité est obtenue par un glissement permanent d'un niveau de sens à un autre, qui est éminemment contestable, et qui apparente bien la démarche psychanalytique, comme on le lui a souvent reproché, à celle d'une mythologie : le gain d'expressivité obtenu par l'usage des concepts à des fins symboliques se paie d'une incontestable perte de rigueur ». (In : Les critiques de la psychanalyse. Presses Universitaires de France, 1° édition, Paris, mai 1991, page 53).
Je ne suis pas entièrement d'accord avec tous les arguments développés par
Adolf Grünbaum sur la
psychanalyse. En particulier les arguments célèbres qui ont
pour but de démontrer que la psychanalyse est bien falsifiable contrairement à
ce qu'en avait dit Karl R Popper. Lors d'une polémique avec Grünbaum, Popper
avait reconnu que certains énoncés de la physique pouvait être infalsifiables
ce qui ne faisait pas pour autant de la physique une pseudoscience. Je crois
cependant, que tout énoncé infalsifiable ne peut être scientifique, et que même
un corpus réputé scientifique, peut, provisoirement, comporter des énoncés
non-scientifiques, qui, une fois transformés, (quand ils ne sont pas rejetés),
peuvent rentrer dans le giron de leur science. Mais Popper n'a jamais accepté
que la psychanalyse puisse être reconnue comme falsifiable, donc comme une
science, étant donné :
- le caractère manifestement irréfutable (infalsifiable) de beaucoup de ses
énoncés, et, Adolf Grünbaum, lui-même, semble, à certains moments, le
reconnaître (mais aussi Eysenck, Borch-Jacobsen, et j'en passe...).
- l'argument des résistances opposé par les freudiens à toute contestation de
leur théorie. Pierre-Henri Castel, psychanalyste, écrit (in : http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG)
:
« Selon Freud, toute critique rationnelle de la psychanalyse, dans la mesure
où elle consiste, comme le reste de notre activité mentale, en représentations
chargées d'affect, est ultimement soumise aux lois de l'inconscient. Celles-ci
impliquent le refoulement hors du moi des idées désagréables qui contredisent
nos valeurs. Or, parmi ces idées, il y a cette vérité, révélée par la
psychanalyse, que nos motifs les plus nobles dissimulent parfois des motions de
désir amorales. Mais de ce point de vue, la critique prétendument désintéressée
de la psychanalyse sert (en réalité) à résister à sa désagréable vérité. Donc,
chaque fois qu'un critique de la psychanalyse s'exprime, celle-ci «doit
nécessairement susciter chez lui la même résistance qu'elle éveille chez le
malade, et il est facile à cette résistance de se déguiser en récusation
intellectuelle» (84, 45). Il suit qu'il est impossible de ne pas être d'accord
avec Freud sans être un névrosé, qui a besoin d'être soigné, pas d'être réfuté .»
Mais comme le souligne plus loin, Pierre-Henri Castel, être trop rapidement
d'accord avec la psychanalyse peut aussi être interprété comme une preuve de
résistance, il faut donc, selon Castel considérer les éléments suivants :
« De fait, s'il y a un progrès à escompter dans une psychanalyse, il passe
par une assimilation lente et problématique du sens qui s'y dévoile. »
Et :
« Aussi, ce qui est incontestablement une faiblesse épistémologique de la
construction de Freud, se corrige tout seul, si l'on aborde les choses sous un
autre point de vue: celui de l'attitude éthique particulière de quelqu'un qui
s'efforce de conquérir un savoir (peut-être scientifique) sur la part de
lui-même dont il ne veut rien savoir. Or, pour que cette contre-objection ne
soit pas qu'un sophisme aussi infalsifiable que la thèse qu'il vient soutenir,
il faut tenir compte du changement de perspective qu'il introduit, et qui
renforce un aspect de l'argument de Freud sur lequel ce dernier n'insisterait
alors pas assez: que l'assimilation de la vérité théorique de la psychanalyse
est coextensive à une expérience éthique d'appropriation subjective de la
vérité de ses propres désirs, parmi lesquels il faudrait ranger le désir de
savoir, et la curiosité intellectuelle en général. »
Mais, sur ce dernier point, on se rend compte, que, bien que Castel ne l'affirme
pas, c'est que seul le lieu de la cure serait supposé épistémiquement valide
pour confirmer subjectivement (!) les théories de la psychanalyse, puisque : «l'assimilation
de la vérité théorique de la psychanalyse est coextensive à une expérience éthique
d'appropriation subjective de la vérité de ses propres désirs». Si tel est
vraiment le cas, comment les psychanalystes peuvent-ils garantir que
l'acceptation, pendant la cure, des théories de la psychanalyse par le patient
ne se fait pas sous l'empire de la suggestion, et donc que le patient n'est pas
amené à lire ses propres affects toujours à la lumière de la théorie
psychanalytique, laquelle ne risque donc pas de ne pas trouver constamment des
confirmations, puisque, ainsi que nous l'avons vu précédemment, toute
contestation par le patient d'une confirmation de la théorie pendant la cure
peut être considérée par son thérapeute comme une résistance confirmant la
théorie psychanalytique. Je cite Adolf Grünbaum, dans son livre, «La
psychanalyse à l'épreuve», page 71 :
« (...)Nous avons vu plus
haut que les croyances théoriques plutôt que l'introspection directe sont ce
qui détermine les verdicts du sujet quant aux relations causales entre ses
propres états mentaux. De même, la reconstruction par interpolation et le
gauchissement des souvenirs par des croyances théoriques se combinent avec la
malléabilité de la mémoire sous l'effet de la suggestion pour produire des
pseudo-souvenirs d'événements qui ne se sont jamais produits, en particulier
quand ils sont distants dans le temps. En bref, le caractère rétrospectif du
test propre au cadre psychanalytique est incapable d'authentifier de manière
fiable ne serait-ce que l'existence de l'expérience d'enfance rétrodictée
(...), et encore moins son rôle pathogène. »
Il semble que «l'argument des résistances», comme le nomme Jacques Van Rillaer
dans son livre «les illusions de la psychanalyse», donne réponse à tout aux
psychanalystes qui peuvent toujours se reposer sur un réservoir inépuisable de «résistances»,
réelles (?) ou fabriquées (...), pour venir au secours de leur rhétorique
fallacieuse, laquelle pourrait être mise en péril par quelque patient
récalcitrant à se prosterner devant le totem de l'inconscient freudien. Quelles
sont les procédures de vérifications prétendument «scientifiques», opérées pour
passer de l'impression subjective qu'a le patient de ses propres affects, à la
validation objective de la théorie, qui, justement permet de les interpréter ?
Ne peut-on déceler, dans ce passage du subjectif à l'objectif, une procédure
typiquement inductive, où «le» cas subjectif serait pris pour généralité ? Nous
sommes convaincus, après ce qu'en disent Adolf Grünbaum (bien que défenseur,
contre Popper, de l'induction que ce dernier aurait «mal comprise») et bien
d'autres, que, dans l'immense majorité des cas, Freud a généralisé
inductivement, souvent à partir de son propre cas pour, prétendument valider
les théories de la
psychanalyse. Un bel exemple de ceci est la «découverte» soi-disant
scientifique du complexe d'Oedipe par Freud. Mais on peut supposer qu'en
réalité, il s'agit d'une authentique procédure hypothético-déductive de
contrôle où la théorie est mise à l'essai sur un patient, (lequel la «corrobore»
par sa guérison qui passe par son acceptation, mais aussi, éventuellement, par
son refus, témoin d'une résistance refoulée), puisque Popper soutient qu'il n'y
a pas d'induction dans le réel de nos tentatives d'accès à la connaissance
objective, mais toujours des procédures hypothético-déductives. Rappelons qu'il
n'y a pas d'induction pour Popper, en particulier parce qu'il ne peut jamais y
avoir d'observation pure des faits : il y a, logiquement, toujours un énoncé
universel au sens strict pour nous permettre d'appréhender sélectivement les
faits du «Monde 1» (celui des objets matériels), mais aussi du «Monde 2»,
(celui de nos représentations subjectives, de nos affects), et du «Monde 3» (de
la connaissance objective), comme, peut-être, la théorie freudienne. Mais, dans
le dernier cas que nous avons évoqué plus avant, s'agit-il vraiment d'un test
scientifique en conformité avec les exigences aussi draconiennes et fondées par
la logique que celles de Karl Popper ? Certainement pas ! Les tests
scientifiques «poppériens» exigent l'intersubjectivité, l'indépendance du test
(à toute suggestion du thérapeute, en l'occurrence), et dans le cas de la
psychanalyse, ainsi que l'a aussi souligné Adolf Grünbaum, que ces tests soient
extra-cliniques. Freud lui-même n'a-t-il pas explicitement honni la méthode
expérimentale dans une fameuse correspondance avec Rosenzweig : «la richesse
des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse
repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale» (Lettre
de Freud à Rosenzweig en 1934). Au sujet de l'attitude de Freud vis-à-vis du rationalisme
critique expérimental, le lecteur sera édifié par le réquisitoire accablant
dressé par Hans Jürgen Eysenck dans son livre «Déclin et chute de l'Empire
Freudien». Dans de telles conditions, comment, alors, Freud pouvait-il croire
avoir validé ses théories sinon en prenant ses fameux cas (quand ce n'était pas
le sien propre) pour des généralités ? Avait-on là une authentique procédure
scientifique ? Bien sûr que non ! En fin de compte, les conditions de la cure ne
permettent pas de tester, sur le divan, les théories de la psychanalyse de
manière scientifique, parce que le divan peut justement être le lieu de tous
les fantasmes du thérapeute et de son patient, et l'occasion aussi, de toutes
les manipulations affectives, notamment grâce au fameux «transfert positif» qui
irait du patient au thérapeute ! A propos de la prétendue valeur épistémique de
la situation «du divan» et des confirmations cliniques valides qu'elle
produirait en faveur des théories de la psychanalyse, voici un des multiples
arguments efficaces d'Adolf Grünbaum tiré de son livre «La psychanalyse à
l'épreuve», page 62 :
«(...)Les données cliniques fournies par les névrosés traités avec succès ne
proviennent pas de prédictions auto-réalisatrices. Ainsi, ces données sont
exonérées de l'accusation de perdre leur valeur de preuve. On peut en effet
objecter que même un patient sujet à de fréquents éclats émotionnels dirigés
contre son analyste lui obéira doctrinalement comme un élève, en dépit de tous les
efforts du médecin d'éviter toute communication explicite ou non de ses
attentes théoriques. Une telle contamination épistémique des diverses réponses
du patient se produiront qu'on le veuille ou non - ainsi va l'objection - parce
que le psychanalyste, inconsciemment mais non moins efficacement, laissera
transparaître ses propres attentes par une myriade de signes subtils; Et comme
l'analysant a recherché le recours d'un thérapeute explicitement freudien, il
souhaitera plaire à la figure d'autorité dont il dépend désormais tellement. La
déférence intellectuelle qui s'ensuit prépare l'autoréalisation des attentes
théoriques de l'analyste, et ainsi rend fallacieuses les multiples
confirmations cliniques invoquées.»
- l'attitude des freudiens et des psychanalystes en général vis-à-vis du rationalisme
critique, de la discussion critique, et de l'adoption massive de stratagèmes
d'immunisation pour préserver leur théories d'une possible falsification.
Citons, à ce sujet, un exemple traité par Adolf Grünbaum dans «La psychanalyse
à l'épreuve» :
Page 127 : «(...)Du même
coup, si la cure psychanalytique n'est pas d'emblée condamnée à l'échec dans le
cas des névroses en raison de l'excès des impulsions pathogènes, il est
inadmissible d'éviter par un argument ad hoc la réfutation qui se fonde sur la
production inaltérée des rêves même après que les désirs infantiles refoulés
sont devenus conscients.»
Certes, sur le problème de la falsification, Grünbaum a raison de demander
pourquoi, si les théories sont prétendument infalsifiables, les freudiens
auraient eu besoin de recourir à des stratagèmes d'immunisation. Mais pour
Popper, c'est aussi l'attitude des scientifiques qui est déterminante dans la
possibilité ou non de soumettre une théorie à des tests, et de la rendre plus
ou moins (ou pas du tout) falsifiable. Dans «La logique de la découverte
scientifique», Popper soutient que la Science comporte certaines règles, comme
les règles d'un jeu, et les scientifiques qui travaillent provisoirement avec
des théories infalsifiables, ou des stratagèmes d'immunisation, peuvent donc
être considérés comme «hors-jeu».
Après avoir lu le livre de Hans Jürgen Eysenck : «Déclin et chute de l'empire
freudien», et notamment la manière dont les psychanalystes ont pu tester
certaines de leurs théories, je suis convaincu que c'est Popper qui a raison :
les fautes méthodologiques des freudiens concernant les tests effectués sont
trop grandes pour estimer que leurs théories ont été convenablement testées et
même qu'elles étaient, à la base, testables !
Pour revenir à Grünbaum, nous citerons in extenso, un passage tiré de son livre
: «La psychanalyse à l'épreuve», pages 15, 16, et 17, dans lequel, l'auteur
nous semble se fourvoyer (mais les autres arguments développés dans le livre,
contre la psychanalyse, demeurent, hélas pour elle, cruellement accablants) :
« Dans un ouvrage consacré à la philosophie de Popper, ce dernier soutient - une fois encore - que la psychanalyse est une métaphysique psychologique empiriquement non-testable, qui n' «exclut pas de comportement humain physiquement possible». De cette allégation d'irréfutabilité empirique, il tire immédiatement l'inférence fallacieuse selon laquelle la psychanalyse peut, en principe, expliquer tout comportement réel. Ainsi, juste après avoir dit que les théories de Freud et d'Adler n'excluent pas de comportement humain possible, Popper nous dit que «quoi que ce soit que quelqu'un puisse faire, cela est, en principe, explicable en termes freudiens ou adlériens. »
Mais si une théorie, en conjonction avec des conditions initiales
particulières, n'exclut aucun comportement, comment peut-elle expliquer
déductivement un comportement particulier quel qu'il soit ? Car l'explication
déductive revient à exclure : comme l'a souligné Spinoza, affirmer (dériver) p
revient à nier tout proposition incompatible avec p. On notera qu'en théorie
psychanalytique comme dans la physique de Newton, par exemple, les énoncés à
forme de loi ou autres énoncés généraux ne peuvent expliquer de comportement
particulier sans des conditions initiales : sans des spécifications convenables
concernant la vélocité initiale, les lois du mouvement et de la gravitation de
Newton ne donnent pas une orbite elliptique de la terre sous l'action
gravitationnelle du soleil. Par conséquent, si aucun comportement potentiel ne
pouvait réfuter la psychanalyse dans des conditions initiales données I, cette
théorie ne pourrait, en conjonction avec I, expliquer aucun comportement réel
de manière déductive. A fortiori, si cette théorie T était irréfutable, elle ne
pourrait expliquer tous les comportements, comme le soutient Popper. En outre,
si la conjonction T
et I ne permet pas d'expliquer déductivement un certain comportement b
particulier, I et b ne peuvent confirmer (soutenir) T hypothético-déductivement.
Donc, si la psychanalyse était irréfutable, comment pourrait-elle expliquer un
comportement réel quelconque - sans parler de tous les comportements
physiquement possibles - de manière à en tirer une confirmation inductive,
comme le soutient Popper ? Bien au contraire, la prétendue irréfutabilité
interdirait une telle confirmabilité hypothético-déductive.
Mais le défaut majeur de la psychanalyse, souligné justement par Popper, et
remarqué plus tard par...Jacques Lacan (!), c'est que la psychanalyse explique
trop ! Popper dit qu'une théorie qui explique tout, n'explique plus rien du
tout, jetant ainsi un doute justifié sur ses prétentions explicatives, et sur
ses soit-disantes «explications». En rapport avec l'irréfutabilité comprise
comme certitude (puisqu'une théorie irréfutable est logiquement certaine), on
peut citer Popper dans «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la
connaissance» aux éditions Hermann, page 10 : «dans la mesure où les
propositions de la science se rapportent à la réalité, elles ne sont pas
certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas
à la réalité !». Par cette citation, on se rend bien compte que Popper
considérait que dans la mesure où une théorie (ou une doctrine quelconque)
revendique un pouvoir explicatif illimité, elle n'a en fait, aucun pouvoir
explicatif. On retrouve, dans la même veine, cet argument dans un autre livre
de Popper intitulé, «L'Univers irrésolu plaidoyer pour l'indéterminisme», aux
éditions Hermann, où il écrit, page 24, que : «(...)Et, s'il est vrai qu'en
science je préfère les théories les plus fortes aux plus faibles, c'est parce
qu'elles se laissent plus aisément argumenter, c'est-à-dire critiquer. Toujours
est-il que celui qui propose la théorie la plus forte accepte par là même la
charge de la preuve. Il
doit alléguer des arguments pour appuyer sa théorie - en montrant, pour
l'essentiel, son pouvoir explicatif. Mais de déterminisme, «scientifique» ou
non, n'appartient nullement à la science, et n'a aucun pouvoir explicatif ».
Ce que Popper a très clairement souligné dans sa Logique de la Découverte Scientifique, c'est qu'une authentique théorie scientifique ne peut avoir de valeur informative et explicative que sur ce qu'elle proscrit ou interdit, donc sur ce qu'elle revient à exclure comme le souligne justement Grünbaum en se fondant sur Spinoza...! Une théorie scientifique ne peut nous renseigner que sur les interdictions qu'elle corrobore, sur les énoncés permis elle ne nous dit rien (Popper). Je cite «La Logique de la Découverte Scientifique», page 67 : « (...)l'on voit que les lois naturelles pourraient être comparées à des «proscriptions» ou à des «prohibitions». Elles n'affirment pas que quelque chose existe ou se produit, elles le dénient. Elles mettent l'accent sur la non-existence de certaines choses ou de certains états de chose : elles les excluent. Si nous reconnaissons pour vrai un énoncé singulier qui enfreint en quelque sorte la prohibition en affirmant l'existence d'une chose (ou l'occurrence d'un événement) exclue par la loi, la loi est réfutée .»
Les théories scientifiques sont donc des interdictions, ou, comme le dit Popper, des énoncés sous la forme «il n'y a pas...telle chose X», parce que les énoncés existentiels au sens strict formulés sous la forme «Il y a...telle chose X», étant donné leur irréfutabilité, ne nous renseignent sur rien puisqu'il est impossible de saisir leurs contenus empiriques, parce que ce type d'énoncé « (...) n'est pas limité quant à l'espace et au temps. Ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle particulière limitée. C'est la raison pour laquelle les énoncés existentiels au sens strict ne peuvent être falsifiés. Nous ne pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Et c'est exactement pour la même raison que les énoncés universels ne sont pas vérifiables. Nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi.» (Popper, page 68).
Les énoncés existentiels
au sens strict, ne sont donc pas explicatifs, ils n'ont strictement aucune
valeur explicative. Une théorie irréfutable n'exclut aucun comportement
possible et n'a donc pas de base empirique, il est donc aussi impossible de
cerner son contenu empirique dans des limites qui soient testables puisqu'elle
fournit des prétentions (pseudo) explicatives illimitées. Certes, constatait
Popper, les freudiens ou les adlériens prétendaient fournir d'authentiques explications
scientifiques, mais ce que voulait nous dire Popper, c'est que ces
explications-là ne pouvaient être que des pseudo-explications et surtout
qu'elles n'étaient pas scientifiques. Donc Grünbaum a raison de dire, en se
fondant sur Spinoza, qu'une théorie qui fournit de véritables explications
exclut logiquement certains comportements (c'est, en fin de compte, très
exactement ce qu'a toujours affirmé et démontré Popper dans son œuvre !), mais
il se trompe sur ce que voulait dire Popper. Ce dernier pensait que les
explications de la psychanalyse étaient de pseudo-explications qui ne pouvaient
être tenues pour scientifiques, notamment à cause de l'attitude de leurs
défenseurs qui, par leurs arguments n'excluant pas les explications
potentiellement contradictoires, rendaient leur nombre logiquement illimité,
faisant ainsi de la psychanalyse un corpus irréfutable. En somme, Popper ne
croyait absolument pas dans les arguments freudiens ou adlériens où s'accommodaient
les explications incompatibles ou contradictoires, ou encore les arguments
contradictoires au sein d'une même explication, pour soutenir leur théorie. Il
ne croyait pas dans ces explications-là, tout comme il ne croyait évidement pas
dans les pseudo-prédictions du genre : «demain ou bien il pleuvra, ou bien il
ne pleuvra pas», c'est-à-dire le genre de prédictions manifestement
irréfutables.
Par ailleurs, bien que Grünbaum, esquisse, dans ce texte, le problème des
conditions initiales, il ne le développe pas comme il le faudrait. Car la
psychanalyse a revendiqué, depuis ses débuts, un déterminisme psychique prima
faciae et absolu, ce qui l'enjoindrait à justifier des conditions initiales de
testabilité en conformité avec ses revendications déterministes dans
l'éventualité d'une corroboration expérimentale aux qualités intransigeantes
telles que les conçoit Popper pour la Science. Nous avons tenté d'apporter des
arguments démontrant que la revendication d'un tel déterminisme confortait
l'irréfutabilité de la théorie de l'inconscient, à la base de tout dans la
psychanalyse (car le mécanisme du refoulement, est considéré par Freud comme un
mécanisme essentiellement inconscient), en nous basant sur la démolition que
fait Popper du déterminisme absolu dans son livre «L'univers irrésolu,
plaidoyer pour l'indéterminisme». Le lecteur au fait de l'oeuvre de Grünbaum
remarquera que ce dernier élude cette question pourtant essentielle dans
l'épistémologie de Popper, en relation avec la psychanalyse, bien qu'il se soit
intéressé à la problématique du déterminisme dans quelques unes de ses
nombreuses publications.
Publié par vdrpatrice à 11:23:40 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
Pour un résumé de Karl R. Popper lui-même, outre «La logique de la découverte scientifique», le lecteur pourra avantageusement se reporter au livre suivant : «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance» (Karl R. Popper, «La méthode de falsification empirique». Edition : Hermann, 1999, pages : 450 à 454).
Citations tirées du livre de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani : «Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse.» Edition Les Empêcheurs de Penser en Rond, Le Seuil, Chapitre 2, pages 171 à 174 :
- Adolf WOHLGEMUTH : « On trouve partout [chez Freud] une ignorance
quasi complète de la littérature et des résultats de la psychologie moderne, de
la méthode expérimentale et de la logique.»
- Erwin STRANSKY, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « L'ignorance
systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de
s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédience
psychanalytique.»
- William STERN, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « Les
psychanalystes, qui reprochent régulièrement à leurs adversaires leur ignorance
professionnelle, travaillent eux-mêmes dans ce domaine [la psychologie de
l'enfant] en dilettantes complets ; la recherche scientifique sur les enfants
on bien n'existe pas pour eux, ou bien est soumise à toutes sortes de
remaniements interprétatifs jusqu'à ce qu'elle puisse être rattachée à leur
système conceptuel.»
- Morton PRINCE : « Dans la poursuite de ces recherches
[psychanalytiques], on a trop négligé de très nombreux faits et données
psychopathologiques accumulés par les patientes recherches d'autres
observateurs. C'est un peu comme si un bactériologiste avait limité ses
recherches à l'étude d'un seul bacille et avait négligé la masse de connaissances
acquises dans le domaine bactériologique dans son ensemble.»
- Alfred HOCHE : « Comment un tel mouvement [psychanalytique] est-il
possible ? Sans aucun doute, la condition négative en est d'abord et avant tout
le manque de sens historique et de formation philosophique des adeptes portés
au fanatisme de la doctrine.»
Lorsque les hommes de science veulent améliorer leurs connaissances objectives d'un problème ou d'un phénomène particulier, ils doivent tout d'abord posséder une théorie qui tente d'expliquer le problème en question. Ils doivent donc émettre une conjecture explicative du problème qui prendra la forme d'un constat d'une certaine régularité. Par exemple : «il semble que toutes les fois que certaines conditions sont réunies, nous obtenons tel phénomène chimique ou biologique...». Comme on le voit cette première conjecture, ce point de départ, doit prendre la forme d'un énoncé universel. Dans un contexte authentiquement scientifique, cette première approche du problème à résoudre, formulée, comme nous l'avons dit, en conjecture d'une certaine régularité, dépendra fortement du «savoir acquis» déjà corroboré. Ce savoir participe à l'approche du problème dans la construction de la nouvelle conjecture en permettant aux scientifiques de «voir» ce nouveau problème parce qu'ils peuvent formuler des hypothèses sur les conditions initiales de son apparition. Le «savoir acquis», est donc nécessairement partie constitutive du système d'attentes perceptives objectif des scientifiques sur le problème étudié.
Ensuite, ils doivent rechercher les moyens d'améliorer les pouvoirs explicatifs de leur conjecture en en augmentant le contenu empirique corroboré, c'est-à-dire en augmentant le contenu de ce qu'elle peut dire du problème à résoudre ou du phénomène à expliquer. Pour cela, et ainsi que le montre Popper dans «la logique de la découverte scientifique», la méthode scientifique revient toujours à essayer de mettre à l'épreuve la théorie en lui demandant de prédire qu'elle ne sera pas réfutée si on lui oppose une autre théorie concurrente. Par cette mise à l'épreuve de son contenu explicatif et prédictif, les scientifiques espèrent que leur théorie sera corroborée (le sens commun aime dire, à tort, «confirmée», ce qui laisse souvent croire que les scientifiques recherchent activement des «confirmations» ou des «vérifications» plutôt que des réfutations). Mais ils savent que tenter de réfuter est inévitable et nécessaire pour apprendre quelque chose de nouveau, ils savent que même en cas de réfutation de leur théorie, le savoir progressera aussi. En d'autres termes, le pouvoir informatif et explicatif d'une théorie (son contenu empirique) progresse s'il parvient à résister à la prédiction de nouveaux faits qui pourrait la réfuter en l'obligeant à être reformulée donc à être reconnue comme fausse dans sa formulation initiale.
Par conséquent lorsque les scientifiques
veulent essayer de réfuter une théorie, ce qui constitue bien leur méthode de
travail, ils tentent de dériver (ce processus de dérivation est exclusivement
déductif et ne peut jamais relever d'une quelconque induction) de sa base
empirique, constituée par la classe des énoncés de base de la théorie, un
énoncé contradictoire susceptible d'être soumis à un test : un «énoncé de base»
sous la forme «il y a...tel événement E potentiellement capable de contredire la théorie T sous certaines
conditions initiales C . Encore faut-il que la conjecture que l'on veut ainsi
essayer de réfuter soit formulée de telle façon qu'elle admette l'existence
d'une classe d'énoncés contradictoires, ou qu'elle ne soit pas sans cesse
reformulée pour éviter ce genre de «contradictions»... Puis, si cet énoncé est
confirmé par le test, c'est-à-dire « qu'il y a bien tel ou tel événement se
produisant « pourtant interdit par la théorie, alors la théorie est réfutée,
par la confirmation d'un de ses falsificateurs potentiels ou énoncés de base.
Par contre, si le test infirme l'énoncé de base, c'est-à-dire « qu'il n'y a pas
tel ou tel événement qui se produit et que la théorie interdit bien de se
produire «, alors la théorie est corroborée. Mais que signifie exactement une
corroboration, au sens de Popper évoqué ici ? Une théorie ne peut être
corroborée que si le test qu'elle passe avec succès est inscrit dans une
tradition précédente de recherche ou des tests antérieurs logiquement
déductibles les uns par rapports aux autres, c'est-à-dire si le nouveau test
qui a permis de la corroborer a été déduit d'un précédent en lui demandant une
mise à l'épreuve supplémentaire, inédite, c'est-à-dire un contenu supérieur.
Donc lorsqu'une théorie passe avec succès un nouveau test, plus sévère parce
que plus riche en contenu, ou comportant un obstacle inédit pour elle (un
obstacle qui aura pu être construit grâce à de nouvelles avancées
technologiques ou théoriques permettant de nouveaux tests plus sévères), alors
elle nous apprend indiscutablement quelque chose de nouveau, en réussissant à
incorporer davantage de contenu et devient toujours plus improbable et
falsifiable. Il y a donc bien un critère de progrès scientifique (défini par
Popper dans le chapitre 10 de « conjectures et réfutations «) qui est le degré
d'improbabilité logique d'une théorie puisque plus une théorie à de contenu
corroboré, plus elle prend de risques à «prédire l'avenir» (le contenu corroboré
d'une théorie en aérodynamique, par exemple, permettra de prédire que si l'on
construit un avion ou une fusée de telle manière, son vol sera amélioré, ou
mieux sustenté, selon certaines conditions précisées par la théorie), plus elle
est donc falsifiable, c'est-à-dire que c'est le degré de falsifiabilité,
dépendant du degré de corroboration qui est le témoin du progrès scientifique.
La corroboration ne signifie donc jamais la stagnation dans le domaine de la
Science empirique, les tests qui permettent une corroboration scientifique sont
relatifs les uns aux autres et ont leur histoire...Si les hommes de science
arrêtaient leurs recherches à partir d'un certain degré de corroboration, il
n'y aurait plus de progrès scientifique, mais une science constituée jusqu'à un
certain point.
Il est donc impossible de produire une connaissance scientifique en ignorant
ou en faisant table rase de la tradition de recherche qui a pu se pencher
auparavant sur le problème que l'on se donne comme objet d'étude. La recherche
scientifique impose au chercheur d'être avant tout un historien passionné et
érudit de son objet de recherche, s'informant inlassablement des dernières
évolutions en matière de test qu'il est possible de faire subir à cet objet. De
ce fait, une connaissance scientifique ne peut être une «révélation du Néant»
(ou même une espèce d'autorévélation, comme la prétendue scientificité de la
découverte du complexe d'Oedipe par Freud), elle ne peut démarrer de zéro ou
même de l'observation passive (ou pure des faits), puisque toute observation
est forcément imprégnée de théorie, c'est-à-dire guidée par une théorie
sélective sur l'objet à observer, théorie plus ou moins performante dont
l'évolution est lisible par son histoire. Les «faits scientifiques» ne tombent
pas dans notre esprit comme s'il s'agissait d'un seau vide à remplir de
connaissances, ils dépendent de théories sélectives consciemment formulées, qui
après avoir été testées, permettent de les accepter ou de les rejeter. Puisque
les scientifiques doivent connaître leur tradition de recherche, la recherche
scientifique a donc des aspects sociaux : il est logiquement indispensable que
les scientifiques communiquent, discutent, en échangeant leurs points de vue
sur leurs travaux et en organisant une concurrence objective et contrôlée entre
leurs programmes de recherche, lesquels ne peuvent conserver leur valeur
heuristique en restant isolés de tout contexte concurrentiel concrétisé par
l'existence d'autres programmes pour un objet d'étude commun. Il est donc
inévitable que ce genre de discussion aboutisse à la construction de tests
communs, répétables, intersubjectifs, lesquels ne peuvent être absolus et
définitifs. Ces tests sont les moyens de ce que Popper nommait : « le rationalisme
critique ».
« La richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la
psychanalyse reposent les rendent indépendantes de vérifications
expérimentales.» (Lettre de Freud à Rosenzweig. 1934).
« Ce que nous dit le patient en analyse est parfois en rapport avec ses
véritables problèmes, mais c'est toujours en rapport avec les dogmes de
l'analyste. Celui-ci filtre ce qui s'accorde avec ses prémisses et plie les
associations du patient à ses cadres interprétatifs; l'analyste est en outre
largement responsable des thèmes qui apparaissent. Les prédictions qu'il
formule dès les premières séances se vérifient parce qu'elles sont posées au
départ. Le psychanalyste déclare qu'une série de fantasmes n'apparaissent que
dans la cure : c'est exact, mais il oublie que c'est la situation qui les
suscite et les modèle. Lorsque les aveux de l'analysé s'accordent avec ses
préjugés, le psychanalyste dit que les résistances sont vaincues et que le
transfert est positif. Le bon patient, c'est le bon élève, celui dont les
paroles sont l'écho de la doctrine. L'analyste croit être le miroir de son
patient. En fait c'est le patient qui est un miroir. L'analyste est tout
heureux de retrouver dans les paroles de l'analysé le scénario qu'il lui a «soufflé»;
il est chaque jour un peu plus convaincu de détenir la Vérité.»
(In: Jacques Van Rillaer. «Les illusions de la psychanalyse.». «Le programme
psychanalytique». Edition: Mardaga. Page 202.)
« Hypothèses non fingo, disait Newton. Freud, lui, déclare bien forger une
hypothèse ou «supposition» (Annahme), celle de l'inconscient psychique, en ce
sens qu'il induit, comme proposition, d'une série d'observations soumise au
contrôle de l'expérience et qu'il la vérifie a posteriori par un raisonnement
hypothético-déductif [...] »
Commentaire : comparer Freud et Newton ?...
«...soumise au contrôle de l'expérience...»
(!) Mais Freud n'a jamais procédé à aucune expérience qui ait pu mériter le
label de scientificité et pour cause : aucun contrôle intersubjectif, aucune
répétabilité de tests indépendants et extra cliniques, lesquels, de toute façon
n'ont jamais existé. Formuler l'expression : «...soumise au contrôle de
l'expérience...» à l'endroit de Freud relève donc du mensonge pur et simple et
de la désinformation, deux procédés pour lesquels, il est vrai, les
psychanalystes sont passés maîtres. Mais comme toujours, certains s'imaginent
que «plus c'est gros, mieux ça passe».
« Il (Freud) formule une hypothèse ferme induite de la parole névrotique et
en déduit rigoureusement les conséquences.»
(Paul Laurent Assoun, psychanalyste, in : Sciences et avenir, hors-série,
n°127, juillet août 2001).
Commentaire : oui, si la méthode inductive était réellement la méthode des sciences
permettant de «justifier» des énoncés universels, alors, en n'en pas douter, la
psychanalyse serait une science au même titre que n'importe quelle autre
science de la Nature. Or,
Assoun, soit ignore complètement en quoi peut bien consister la véritable
méthode scientifique depuis Karl R. Popper (lequel a démontré que, d'une part,
il ne pouvait y avoir de méthode inductive reposant elle-même sur un principe
d'induction qui soit utilisable comme critère de démarcation entre énoncés
scientifiques et métaphysiques, et d'autre part, que puisque de part leur forme
logique, les énoncés universels de la science ne peuvent être vérifiés de façon
certaine par aucune méthode inductive ou positive, ils peuvent en outre être
réfutés par la déduction puis la mise à l'épreuve de leur base empirique d'une
hypothèse falsifiante), soit a arrêté son horloge épistémologique au temps du
Cercle de Vienne (quoique dans ce cas il lui faudrait éliminer les énoncés sur
l'inconscient, tous de nature métaphysique). En effet, puisqu'il ne peut y
avoir d'observation pure des faits, (Kant : «nous ne connaissons à priori des
choses que ce que nous y mettons nous-mêmes.» Popper démontre également, dans «La
connaissance objective», que les faits ne tombent pas en nous comme dans un seau
vide, et que de ce fait, le progrès de la connaissance suppose toujours la mise
à l'épreuve des conjectures que nous pouvons formuler sur les problèmes) on se
demande comment «la parole névrotique», caractérisée en tant que telle, a pu
être identifiée sans qu'une théorie des névroses n'ait été, au préalable,
supposée. Personne, pas même Freud «découvrant» les névroses, ne peut dire sans
avoir clairement conjecturé à priori leur existence : «tiens, voilà mes
névroses tant recherchées.» C'est comme si un paléontologue découvrant pour la
première fois une dent de dinosaure, était en mesure de dire, sans même avoir
supposé le terme «dinosaure» : «tiens, la voilà ma dent de dinosaure que je
recherchais.» Par conséquent, la base empirique de l'hypothèse qui sous-tend ce
que l'on peut qualifier de névrotique dans «la parole névrotique», ne peut être
composée que d'énoncés singuliers d'observation qui la confirment positivement,
c'est-à-dire d'observations qui ne peuvent être réalisées qu'à la lumière de la
théorie des névroses, laquelle n'a jamais été testée de manière indépendante et
extra-clinique. Mais, comme l'a démontré Popper, cette catégorie d'énoncés de
la base empirique n'entrant pas en contradiction avec la théorie, ne risquent
pas d'en révéler son contenu (empirique), c'est de la deuxième catégorie
d'énoncés de la base empirique, ceux qui contredisent potentiellement la
théorie, que l'on peut, après un test, révéler le contenu empirique de la
théorie des névroses.
Assoun dit ensuite : « et en déduit rigoureusement les conséquences.»
Certes, cela ressemble ici à la méthode scientifique, car, une fois qu'une
hypothèse est formulée sous la forme d'un énoncé universel au sens strict, nous
pouvons tenter d'en déduire des conséquences testables. Mais en quoi consistent
ces «conséquences testables» ? Qu'ont-elles de particulier ?
On peut envisager 3 cas, qui finalement, diffèrent assez peu les uns des autres
:
1° cas :
Dans ce premier cas, les conséquences testables de la théorie que l'on met à l'épreuve expérimentale, consistent en la prédiction de faits potentiellement contradictoires et déductibles de la théorie, qui, si ils sont infirmés par le biais d'une hypothèse falsifiante, (déduite de la classe des énoncés de base de la théorie et construite sur la conjecture que ces «faits existent» et peuvent réfuter la théorie), laquelle tentait de les confirmer pour réfuter la théorie testée, permettent la corroboration de la valeur heuristique de la théorie initialement testée, puisque cette théorie a réussi à prouver que, telle qu'elle était formulée avant le test, elle a résisté à la prédiction de nouveaux faits jugés susceptibles de la réfuter (falsifier) . En d'autres termes, la nature d'un test proposé revient à demander à la théorie de prouver qu'elle n'est pas réfutée par la confirmation expérimentale d'un de ses falsificateurs potentiels, c'est-à-dire, un fait contradictoire (un «non-x», quand «x» représente un énoncé permis par la théorie) ou qui lui demanderait d'être reformulée pour rendre compte d'un contenu empirique supérieur.
2° cas :
On peut également rendre compte de ce processus du progrès de la connaissance scientifique en disant qu'une théorie scientifique prouve la réelle valeur heuristique de son contenu quand elle permet de prédire que certains événements inédits se réaliseront ou pourront être observés, lesquels si ils ne se réalisent pas ou ne sont pas observés, peuvent être considérés comme une réfutation de la théorie. Par exemple, l'observation d'une nouvelle planète ou une nouvelle particule. Bien que rejetant le critère de démarcation de Popper, Lakatos insiste particulièrement sur cet aspect, en décrivant ce qu'il nomme «l'heuristique positive» d'un programme de recherche. En pareil cas, la nature des faits à prédire diffère un peu de celle à laquelle nous avons fait allusion précédemment : dans cette catégorie, les faits à prédire peuvent ne pas constituer en eux-mêmes des négations pure et simple de la théorie ou quelque chose qui équivaudrait à une négation, ou une contradiction de la théorie. Ces faits sont inédits parce qu'ils nécessiteraient, à première vue, une théorie plus englobante, donc révisée dans sa formulation de base, pour l'ancienne théorie, mais pas pour celle qui est sensée permettre ces nouvelles observations. De ce point de vue les conséquences testables d'une théorie scientifique consistent en ce que ces conséquences, déductibles de la théorie, la mettent toujours à l'épreuve en lui demandant de réaliser une prédiction inédite. Si cet énoncé d'observation a vraiment une valeur inédite objectivement reconnue, il sera donc toujours un falsificateur potentiel de la théorie. On retrouve donc ici, la logique de la découverte, qui consiste toujours à mettre à l'épreuve les théories, donc à tenter de les réfuter. Lorsque nous disons qu'une théorie doit permettre de prédire tel événement, cette prédiction constitue une tentative de réfutation. Si la prédiction se réalise la théorie est corroborée, si elle ne se réalise pas la théorie est réfutée par l'intermédiaire de l'une de ses conséquences déduites.
3° cas :
Une théorie prouve sa valeur scientifique et heuristique également si elle
permet de prédire que certaines applications pratiques, par exemple
technologiques, seront possibles et sont effectivement réalisées, ce qui est un
peu semblable à ce que nous avons dit précédemment. Dans ce cas il y a aussi
mise à l'épreuve de la théorie dans le sens où l'hypothèse falsifiante de
telles théories amènerait à tester et confirmer que l'on ne peut réaliser telle
nouvelle machine. Dans ce sens, les scientifiques s'attendent logiquement à ce
que l'hypothèse falsifiante soit confirmée tout en espérant qu'elle ne le sera
pas et donc que la théorie initialement testée sera corroborée par la preuve
qu'elle permet la conception d'une nouvelle technologie. En somme dans ce
dernier cas les scientifiques semblent dire à leur théorie : «si tu es vraiment
une bonne théorie scientifique, tu devrais être capable de nous permettre telle
application pratique..» Si ce problème est effectivement posé par les
scientifiques c'est logiquement qu'ils envisagent à la fois une issue positive
et négative du problème parce que ce problème consiste en fait en une question
posée à leur théorie, question qui est nécessairement chargée d'incertitude
(une alternative) quant à la
réponse. Ce qu'il faut bien comprendre ici c'est que la seule
hypothèse qui peut être testée en pareil cas, comme hypothèse falsifiante de la
théorie, c'est : «non , sous certaines conditions initiales bien définies,
cette théorie ne nous permet pas la fabrication de cette machine...»
Comme on vient de le voir en résumé, tester une théorie scientifiquement
revient toujours à essayer de la réfuter...pour la corroborer. Les
scientifiques espèrent le plus souvent qu'il y aura une corroboration. Une réfutation
revient à démontrer que la théorie testée est fausse parce que niée ou
contredite par un de ses falsificateurs potentiels, ou bien fausse parce
qu'incomplète, pas suffisamment englobante ou générale, et enfin réfutée ou
comportant une part de fausseté parce qu'incapable de permettre la réalisation
de certaines choses ou d'autres observations.
Mais dans le cas des étiologies spécifiques développées par Freud pour les
différentes sortes de névroses (ces étiologies ont été développées pour adapter
la théorie des névroses à presque tous les cas...), il n'y a, faute de
conditions initiales expérimentales strictes qui soient reproductibles de
manière indépendante et extra-clinique, aucun moyen pour la psychanalyse
d'utiliser la théorie des névroses dans un sens authentiquement prédictif et
heuristique. Si l'on découvre que la théorie des névroses est «fausse» ce n'est
pas parce qu'une partie de son contenu empirique a été réfutée empiriquement
sur la base d'une hypothèse falsifiante, c'est plutôt parce que l'on découvre
qu'elle est plutôt sans fondement, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de preuves
indépendantes qui autorisent la supposition que les confirmations positives de
l'hypothèse des névroses soient fondées comparativement à d'autres types de
confirmations (le genre de preuves qui peut être logiquement déduit de la
théorie des névroses mais qui n'entre pas, à priori, en contradiction avec
elle. Autrement dit, le type même d'énoncé singulier possible, à partir de la
théorie des névroses, entrant dans la sous-catégorie «a)» décrite ci-après) :
quelles sont les raisons objectives et testées expérimentalement qui ont permis
à Freud d'éliminer certains types de confirmations positives au profit d'autres
?.
Par exemple et d'un point de vue plus général :
- De l'énoncé (E) : «Tous les cygnes sont
blancs», on peut déduire sa base empirique composée des deux sous-classes
suivantes :
- a) la sous-classe des cygnes blancs observés jusqu'à aujourd'hui, et
observables dans le passé et le futur (1)
- b) la sous-classe des cygnes non-blancs (rouges, noirs, gris, etc...) que
l'on a pas encore observés.
- a) et b) constituent la classe des énoncés de base de la théorie (E) : «Tous
les cygnes sont blancs».
Mais comment progresserait notre connaissance sur la couleur des cygnes ? La
seule manière, on le voit, est de demander à la théorie de prédire qu'il n'y a
effectivement pas de cygne non-blanc, même si on lui oppose, à titre
d'hypothèse falsifiante, (hypothèse proposée pour la construction d'un test
dans le but de falsifier ou réfuter (E) si cette même hypothèse est confirmée
par le test) que l'on peut, sous certaines conditions initiales, (car on ne
peut déduire aucun énoncé de base d'aucun énoncé universel sans conditions
initiales. Lire Karl R. Popper, in : «la logique de la découverte scientifique»,
édition Payot, pages 100 à 102) observer un cygne noir (dans tel pays, à tel
heure, etc...) qui constitue bien un fait inédit pour la théorie en dehors de
cygnes blancs déjà connus par l'intermédiaire de cette théorie. Par conséquent,
notre connaissance objective sur la couleur des cygnes, progressera si et
seulement si nous parvenons à démontrer qu'il peut y avoir des cygnes
non-blancs, c'est-à-dire si l'on parvient à réfuter (E), et même si (E) est corroborée,
c'est-à-dire si la tentative de réfutation échoue. Ce qui est important de
comprendre ici, c'est la possibilité de la mise à l'épreuve de (E) : si (E)
peut effectivement être mise à l'épreuve par l'intermédiaire d'un test
empirique lui demandant de prédire quelque chose d'inédit, la connaissance
progressera qu'il y ait corroboration ou réfutation de (E). Dans les deux cas
nous apprendrons quelque chose de nouveau sur la couleur des cygnes comme nous
allons le démontrer dans ce qui suit.
Partant de cette situation, il y a deux cas de figure :
1°) Si l'hypothèse falsifiante est infirmée et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire s'il reste impossible d'observer un cygne noir selon les mêmes conditions initiales prédéfinies lesquelles dépendent de la théorie testée, alors la théorie (E) est corroborée et nous apprend quelque chose de nouveau : «il n'y a pas de cygnes non-blancs (ou «autres que blancs») qui puissent être noirs». D'où, il demeure que (E) : «Tous les cygnes sont blancs (et non-noirs)». Ce dernier fait était inconnu avant le test et constitue bien une nouveauté apprise, laquelle engendre un nouveau problème pour le progrès de la connaissance sur la couleur des cygnes, celui de tester par exemple la théorie: «tous les cygnes sont blancs et non-noirs». Autrement dit : «existent-il des cygnes qui soient à la fois autres que blancs et autres que noirs ?» Ceci constitue le contenu du nouveau problème issu de la corroboration du premier énoncé : «tous les cygnes sont blancs».
2°) Si l'hypothèse falsifiante est confirmée
et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire si l'observation
d'un cygne noir (on en trouve en Australie), (observation qui prend la forme
d'un énoncé singulier relatif à des coordonnées spatio-temporelles, et non d'
un énoncé existentiel au sens strict), est reproductible selon des conditions
initiales prédéfinies, alors la théorie «Tous les cygnes sont blancs» est
réfutée et sa réfutation nous apprend aussi quelque chose de nouveau : «il n'y
a pas de cygnes qui puissent être non-blancs ou non-noirs». D'où la nouvelle
formulation : «Tous les cygnes sont blancs ou bien noirs». Cette dernière
formulation interdit les cygnes «non-blancs» ET les cygnes non-noirs»... Elle
sera à son tour réfutée si l'on observe un cygne rose qui n'est pas un flamant,
et donnera, en cas de réfutation : «Tous les cygnes sont blancs, ou bien noirs,
ou bien roses.» etc... (Comme dans le cas précédent, ce dernier énoncé,
engendrera de nouveaux problèmes pour l'amélioration de la connaissance scientifique
sur la couleur des cygnes).
Pour en revenir à notre propos, celui de la validation de la théorie des
névroses, la «réfutation» de la théorie n'entraîne pas d'augmentation de son
contenu empirique «corroboré», mais une diminution, (il n'y a pas de nouveau
problème à élucider qui surgit de l'échec d'une telle théorie : sa valeur
heuristique devient presque nulle) voire la preuve d'une absence totale de
fondement : un cas positif (et par voie de conséquence, peut-être plusieurs
autres) appartenant à la sous-classe du type «a)» se trouve éliminé. En
renouvelant d'autres expériences de ce type, il est probable qu' il ne reste
plus que des mots, une idée hégélienne, un mésusage du verbe complètement
métaphysique. (2)
« J'estime que l'on ne doit pas faire de théories - elles doivent tomber à
l'improviste dans notre maison, alors qu'on est occupé à l'examen des détails.»
(lettre de Freud à Ferenczi, cité par Paul Laurent Assoun, in : Sciences et
avenir, hors série, n°127, juillet août 2001).
Commentaire : c'est la «théorie de l'esprit-seau» (erronée) dans toute sa
splendeur. (Lire Karl R. Popper in : «La connaissance objective»).
« Le succès de l'entreprise scientifique s'évalue (...) traditionnellement à
la capacité qu'ont les chercheurs de déshistoriciser leurs descriptions, de les
rendre indépendantes des vicissitudes individuelles, sociales, matérielles,
climatiques, chronologiques, qui ont jalonné leur travail et en ont précédé
l'achèvement. Lorsque toutes les conditions pour cela sont remplies, il est
rare qu'on conteste les engagements ontologiques des chercheurs scientifiques
au nom du fait, évident, que leurs entités se laissent seulement connaître
comme phénomènes, à la fin d'une histoire performative et intellectuelle
complexe. (...) En psychanalyse, l'écart par rapport à la science classique de
la nature est encore plus grand. S'il est vrai que se prêter a postériori à
soi-même des désirs et représentations inconscientes est partie intégrante de
l'efficacité de la cure, la condition centrale pour affranchir cette
auto-attribution de l'histoire qui y a conduit ne se trouve pas remplie. L'«aveu»
(ou auto-attribution) est en effet constitutivement tributaire, comme on l'a
vu, de l'auto transformation obtenue au décours d'une histoire thérapeutique.
Rien en permet de faire abstraction des mutations psychiques que le patient a
subies durant le processus curatif, dans le contenu de la reconstruction
rationnelle qu'il est disposé à accepter en fin de parcours comme reflétant les
structures récurrentes de son propre psychisme. Quel que soit le pouvoir
régulateur d'une auto-attribution de motivation inconsciente au cours de la
cure, certaines conditions d'assertabilité de l'existence autonome d'un «inconscient»
font donc défaut. Le seul facteur qui a pu faire obstacle quelque temps à la
reconnaissance du manque de crédibilité de cette assertion est sans doute la
présence d'une boucle de rétroaction entre la vertu cathartique de la cure
psychanalytique et l'engagement ontologique qu'elle implique. L'œuvre
transformatrice de la psychanalyse ne dépend-elle pas dans une mesure non
négligeable de sa capacité à faire croire aux patients qui y ont recours, et
qui participent de notre culture, que la prétention de ses instances à l'existence
s'appuie sur des raisons du même ordre que celle des entités de la science
classique ? »
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique
et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 137-138.)
Notes :
(1) La confirmation positive, par observation, d'autres cygnes blancs, ne donne
aucune preuve définitive de la totalité du contenu et de la base empirique de E
: «Tous les cygnes sont blancs», pour le passé, le présent et le futur. En
fait, cette impossibilité tient au fait que l'on ne peut observer «toute la
partie du temps», mais seulement une partie singulière, moyennant des
conditions initiales d'observation. On peut aussi construire des énoncés
loufoques, de manière purement verbale, comme nous pourrions dire : «sur
Jupiter, il ne peut pas ne pas y avoir de cygnes». (Ou par exemple, dans le cas
de la psychanalyse : «l'homme ne peut pas ne pas avoir un inconscient du type
freudien»). Le premier énoncé interdit qu'il n'y ait pas de cygnes qui vivent
aussi sur Jupiter et peut donc être formulée à l'aide de l'énoncé existentiel
au sens strict : «il y a des cygnes sur Jupiter», ou dans le cas de la
psychanalyse : «il y a un inconscient du type freudien», ou : «il y a des
névroses qui répondent aux critères de la psychanalyse». Comme on le voit, ces
énoncés existentiels au sens strict sont irréfutables : on ne peut, dans la
totalité du temps, vérifier, sur Jupiter, qu'il n'y a pas de cygne ou, dans le
cas de la psychanalyse, qu'il n'y a pas quelque chose qui confirme la théorie
des névroses ou de l'inconscient freudien, (car le fait d'aller sur Jupiter
aujourd'hui ou même dans un siècle et ne pas réussir à observer un seul cygne
blanc ne peut réfuter l'énoncé : «il y a des cygnes blancs sur Jupiter»,
puisque sans avoir précisé de conditions initiales strictes avant d'être allé
sur Jupiter nous pouvons toujours dire que si nous n'avons observé aucun cygne
c'est par manque de chance et que l'observation des cygnes reste toujours
possible pour une prochaine tentative. En somme, ce n'est pas parce que nous
n'aurons observé aucun cygne blanc sur Jupiter aujourd'hui, qu'il n'y en aura
pas demain ou dans un millénaire, conformément à notre énoncé, puisque notre
énoncé «il y a des cygnes blancs sur Jupiter», ne précise aucune coordonnées
relatives au temps ou à l'espace, comme nous l'avons déjà dit. Mais comme cela,
et ainsi que je veux le faire comprendre, on peut affirmer à peu près tout et
n'importe quoi. On pourrait même rétorquer que l'absence d'atmosphère identique
à l'atmosphère terrestre sur Jupiter rendant impossible l'observation des
cygnes ne peut réfuter l'énoncé existentiel «il y a des cygnes sur Jupiter»
puisqu'il est impossible de prédire avec une certitude scientifique absolue de
quoi sera faite l'atmosphère de Jupiter dans, disons, quelques millénaires, et
de savoir s'il ne sera pas possible d'y faire nager des cygnes blancs...!) mais
on peut le(s) considérer comme «vérifiables(s) positivement», et non
certainement vérifiables(s) comme en psychanalyse, que l'on ait déjà vu ou non
au moins un cygne sur Jupiter, même à un moment du passé, donc sous certaines
conditions initiales déduites d'une théorie universelle. En fait, on s'aperçoit
que ce qui pousse les psychanalystes à croire en l'universalité, et donc en la
réfutabilité de leurs théories, c'est paradoxalement, leur croyance en la
validité des inférences inductives, lesquelles leur permettraient de valider ce
qui confirme d'abord positivement la conjecture : «il y a un inconscient» par
l'observation d'une ou plusieurs confirmations lues à la lumière de cette
conjecture, (observations qui ne peuvent donc être indépendantes de la théorie
qui permet de les relever, et qui ne sont donc pas des essais de réfutations
que la théorie à passé avec succès) pour ensuite induire que l'énoncé universel
: «tous les hommes ont un inconscient du type freudien» est justifié et même
vérifié par une telle procédure logique. Mais n'oublions pas que, même si le
terme «inconscient» est un terme universel, donc invérifiable, Freud a fait de
la théorie de l'inconscient une théorie universellement et absolument vérifiée,
grâce à la doctrine du déterminisme mental prima faciae et absolu sur laquelle
il se fonde pour affirmer exclure tout hasard et tout non-sens psychique dans
tout ce qui relève d'une causalité inconsciente).
(2) Le lecteur plus intéressé sur la façon dont «progresse» réellement la
psychanalyse pourra se référer au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : «Folies à
plusieurs», et au chapitre intitulé : «Portrait du psychanalyste en caméléon».
Ce chapitre aborde la question cruciale directement : «Qu'est-ce qu'un progrès
en psychanalyse ?» et y répond. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de véritable
progrès des théories psychanalytiques. Borch-Jacobsen permet ainsi d'effacer la
critique de Grünbaum selon laquelle les théories cliniques de Freud aurait été
prétendument falsifiables : «L'histoire de la psychanalyse est celle d'un
perpétuel conflit d'interprétations - libido contre protestation virile; Oedipe
contre trauma de la naissance, inceste fantasmé contre abus sexuel réel, mère préœdipienne
contre père symbolique, etc. - et il serait vain de vouloir chercher dans ces
controverses un quelconque développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès
de la psychanalyse» n'est plus souvent que la dernière interprétation en date
ou la plus acceptable dans un contexte institutionnel historique et culturel
donné.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs.» Edition : empêcheurs
de penser en rond. Page : 315.
Publié par vdrpatrice à 11:22:55 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
«...Freud estime avoir apporté (...) «une preuve incontestable de
l'existence (...)...» de l'inconscient et des instances de sa topique. Même si
l'on met entre parenthèses les critiques du caractère scientifique de la
psychanalyse, fondées sur un critère de démarcation comme celui de Popper; même
si l'on accepte de jouer le jeu en appliquant de bout en bout à la psychanalyse
les normes qui régissent les sciences, on peut émettre de sérieux doutes au
sujet de la validité de cette «preuve d'existence» offerte par Freud. En toute
rigueur, ni la cohérence explicative ni l'efficience pratique obtenue sous
l'hypothèse de l'existence d'une entité, n'en constituent une preuve
scientifique indubitable. Seule la démonstration que cette entité constitue la
seule explication possible d'un ensemble de phénomènes attestés serait
unanimement acceptée comme fournissant une telle preuve; on appelle cette
procédure idéale une inférence vers l'unique explication. (... Le problème est
que sur ce terrain de l'explication extrinsèque, mécanique et causale des
comportements, les thèses freudiennes rencontrent de sérieux concurrents, comme
par exemple la
neurophysiologie. Le système de la topique psychanalytique
n'est donc pas la seule explication disponible de ce type; de surcroît, la
question de savoir si elle est la meilleure, et selon quelle échelle de valeur
elle peut être tenue pour telle, reste largement ouverte.»
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique
et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 132.)
Toujours la même erreur : l'expérience subjective de la cure et les
confirmations que l'analyste et l'analysé y découvrent, prouveraient
« indubitablement « la réalité des processus décrits en théorie par la
psychanalyse...(Ou que : «post hoc, ergo propter hoc»). Mais c'est encore une
fois oublier que les confirmations qui sont toujours lues à la lumière de la
théorie qui permet justement de les relever ne prouvent pas que la dite théorie
a un contenu explicatif et empirique. Elles ne mettent pas la théorie en face
de son « état limite « (1). Les confirmations ne constituent pas, à elles
seules, la base empirique des théories. C'est l'existence d'une classe non vide
de falsificateurs potentiels ou énoncés de base, qui, s'ils sont confirmés ou
infirmés par un test, (indépendant, extra-clinique, et intersubjectif) révèlent
le contenu explicatif et empirique d'une théorie. (2) (Il est important de
préciser que la classe des énoncés de base d'une théorie universelle est
constituée de deux sous-classes : la classe des énoncés singuliers de base
compatibles avec la théorie, et la classe des énoncés incompatibles ou
contradictoires qui peuvent éventuellement corroborer une hypothèse falsifiante
de la théorie universelle. Par exemple, la théorie universelle «tous les cygnes
sont blancs» est dotée de la base empirique suivante : «il y a un cygne blanc à
tel endroit» et «il y a un cygne non-blanc à tel endroit, observable sous
certaines conditions initiales précises». De ces deux énoncés singuliers de
base, seul le dernier peut faire l'objet d'une hypothèse falsifiante, compte
tenu de certaines conditions initiales, de la théorie universelle : «tous les cygnes
sont blancs», il est le seul type d'énoncé de base à pouvoir rendre compte du
contenu explicatif et empirique de la théorie, en révélant sa limite.
Précisons, encore une fois, que l'on ne peut déduire aucun énoncé de base de
quelque énoncé universel que ce soit, sans conditions initiales nécessaires à
cette déduction. Popper : «...si l'on nous donne une théorie t et des
conditions initiales r, dont nous déduisons la prédiction p, l'énoncé de base
r.p. sera un falsificateur virtuel de la théorie et donc un énoncé de base.»
En effet, rien ne suit de directement observable de la simple formule : «tous
les cygnes sont blancs», il faut préciser, sous quelles conditions initiales on
observerait des cygnes blancs et, à fortiori, des cygnes non-blancs). L'expérience
de la cure ne permet donc pas de prouver que les théories qu'utilise l'analyste
comme fondement de ses procédés thérapeutiques, ont un contenu... Sauf si les
psychanalystes étaient en mesure de considérer que certains échecs répétés
constituent d'authentiques réfutations expérimentales de leur conception de
l'inconscient et de l'organisation psychique, ce qui n'en est rien, comme nous
le verrons par la suite.
L'argument qui s'apparente à la fameuse expression « et pourtant ça marche «
est évidemment fondé sur une autre erreur, très coriace à corriger dans nos
pays latins où la psychanalyse a toujours autant du succès : c'est l'erreur
positiviste reposant sur la croyance erronée (l'inductivisme) que l'on parvient
à justifier les énoncés universels au sens strict après l'observation d'un
grand nombre de confirmations ou que la validation de la connaissance procède
du particulier au général. Tout se passe comme si « mon expérience « de la cure
suffirait à prouver la vérité des énoncés généraux constitutifs de la psychanalyse. Mais
un grand nombre de confirmations, ou, en l'occurrence, de cures réussies, même
par des individus différents, ne prouveront pas que les théories de la
psychanalyse ont un contenu explicatif et empirique s'appliquant à la réalité
psychique. Il faut que les théories de la psychanalyse puissent être testées
indépendamment de tout risque de suggestion, d'influence de l'analyste sur
l'analysé. Précisons aussi qu'un autre argument, lui aussi largement employé au
niveau d'une réflexion du sens commun, se révèle tout à fait incapable de
fournir une base solide à toute justification et vérification d'énoncés
généraux. Cet argument repose sur la notion de probabilité. En effet, le sens
commun affirme volontiers qu'une thérapie «T» «marche» ou «marchera» ou « a
marché» (le mode d'emploi de ce verbe dénote bien sûr l'énoncé : «toutes les
fois que nous utiliserons cette thérapie cela marchera») sur la base d'un grand
nombre de «réussites» précédemment observées, lesquelles seraient l'argument indiscutable
d'un fort taux de probabilité de réussite (disons par exemple 99....%). Voilà
un argument des plus rigoureux semble-t-il, puisque se fondant sur la notion
mathématique de probabilité. Un fort taux de probabilité voulant exprimer ici,
de fortes chances de réussites futures, et en définitive, la «vérification» des
énoncés généraux que l'on soumet à cette appréciation. Mais tout ceci
s'effondre dans la mesure où lorsque nous disons qu'une théorie est «vérifiée»
parce qu'estimée probable dans 99...% des cas, nous ne pouvons omettre le fait
qu'il s'agit de cas observés nécessairement dans le passé, et que face à
l'infinité des cas non encore observés dans le futur, cette probabilité
impressionnante est mathématiquement égale à ZERO ! Les «cas observés» dont
nous parlons sont les observations empiriques ou cliniques effectuées à la
lumière de la théorie qu'ils sont censés étayer. Et comme nous l'avons déjà dit
plus haut, ils n'apportent aucune information supplémentaire sur le contenu de
la dite théorie. Les cures jugées «réussies» et confirmant simplement les
théories de l'analyste au cours de la cure psychanalytique ne permettent
d'apporter aucune information supplémentaire pour le jugement que nous
pourrions porter sur le contenu des théories de la psychanalyse.
Voici un autre argument afin d'essayer de comparer la situation de «testabilité»
dans laquelle serait la psychanalyse (pour les psychanalystes et les analysés
pour qui «ça a marché») avec la testabilité d'autres théories, scientifiques
celles-là, comme les théories constitutives d'un vaccin. Qu'est ce qui fonde
l'efficacité d'un vaccin ? Qu'est ce qui prouve la valeur empirique des
théories constitutives d'un vaccin ? Ce qui fonde l'efficacité d'un vaccin « A «
ce sont les théories, les diverses formules chimiques ou autres, qui ayant été
testées en laboratoire par leur mise à l'épreuve (tentative de réfutation) sur
un virus « B « , (supposant que les facteurs humains concernés et déjà reconnus
scientifiquement font partie des conditions initiales de la mise à l'épreuve et
sont donc considérées au moment du test comme « non problématiques «) n'ont pas
été réfutées par l'expérience de laboratoire. Si ces théories n'ont pas été
réfutées par la dite expérience, on suppose que le vaccin, son efficacité, sera
confirmée, selon certaines conditions initiales (par exemple certaines limites
d'utilisation du vaccin « A «), sur l'être humain. Mais ces confirmations,
aussi nombreuses soient elles n'apporterons rien de plus, en contenu explicatif
et empirique, sur la valeur des théories constitutives du vaccin « A «, seules
une ou des réfutations si possible (puisqu'un seul échec peut être considéré
comme purement accidentel), c'est-à-dire des échecs répétés, et reconnus par la
communauté scientifique, peuvent faire l'objet d'un questionnement sur
l'élaboration des théories constitutives du vaccin « A « et motiver la
nécessité de reformuler les théories constitutives du vaccin (si ce sont ces
théories qui sont considérées comme problématiques), ou les conditions
initiales du test (outils d'expérimentations, hypothèses sur les facteurs
humain, ou sur le virus) si ce sont elles qui sont devenues problématiques aux
yeux des scientifiques à l'issue des échecs de terrain répétés et constatés.
Dans le domaine de la pharmacologie clinique on distingue 4 phases nécessaires
d'expérimentation avant la mise sur le marché d'un nouveau médicament :
1) Une phase de première administration sur l'homme afin de définir la
posologie du médicament.
2) Des essais cliniques sur les maladies sélectionnées pour confirmer la
validité des posologies et les relations entre effets thérapeutiques et
médicament.
3) Définition des conditions exactes d'utilisation par la définition des
indications et contre-indications.
4) Suivi du nouveau médicament sur le marché pour mettre en évidence les effets
indésirables.
Ceci est pratiquement identique au cas évoqué précédemment, à savoir que tout
au long de ce processus, les confirmations positives n'apporteront aucune
information supplémentaire sur le contenu explicatif et empirique des théories
constitutives du médicament, seuls certains résultats négatifs et
reproductibles renseigneront efficacement les chercheurs. On objectera qu'un
psychanalyste peut aussi mettre à l'essai l'efficacité de sa thérapeutique sur
chaque patient, et que dans le cas de la psychanalyse, action thérapeutique et
recherche clinique, en quelque sorte, se confondent. Mais compte tenu des
aspects spécifiques de la thérapie psychanalytique, reposant essentiellement
sur le langage par l'utilisation de certaines verbalisations de l'analysé
sélectionnées par l'analyste en fonction des théories psychanalytiques qui sont
sensées être «testées», il est logiquement impossible pour l'analyste de
rechercher autre chose que des confirmations positives de ses théories, sauf à
considérer qu'au fur-et-à-mesure des «réfutations» observées, ses théories
doivent, les unes après les autres, être reconnues comme sans fondement. Par
ailleurs, puisque toute la psychanalyse repose sur la notion d'inconscient puis
de refoulement inconscient, inobservables empiriquement, accepter des «réfutations»
issues de la cure, reviendrait pour les psychanalystes, à accepter l'absence
totale de fondement de leur théorie de l'inconscient et du refoulement. Ils
sont donc contraints à adopter une conduite «épistémologique» visant à sans
arrêt rechercher des stratagèmes conventionnalistes (Popper) pour immuniser
leurs théories contre les réfutations. C'est de ce problème, que provient en
partie, le qualificatif de non-réfutabilité des énoncés de la psychanalyse.
« (...) Le résultat
de leur analyse est que l'observation qu'ils font d'un effet thérapeutique
positif sur la levée abréactive des refoulements, qu'ils interprètent dans le
sens de leur hypothèse thérapeutique, mène à la morale étiologique suprême qui
suit. Hypothèse étiologique (E) : un refoulement accompagné de la suppression
d'une charge affective est causalement nécessaire pour la pathogénèse initiale
et pour la persistance d'une névrose. Il est clair que cette hypothèse
étiologique E permet de déduire de façon valide la découverte thérapeutique
dont font état Breuer et Freud et qui est formalisée dans leur hypothèse
thérapeutique T : la levée cathartique des refoulements des souvenirs
traumatisants d'événements qui occasionnent les symptômes engendre la
disparition des symptômes. Et, comme ils nous le disent explicitement, cette
découverte thérapeutique est la «preuve» qu'ils avancent pour leur hypothèse
étiologique cardinale E. Mais je maintiens que cet argument inductif est vicié
par ce que j'aime à appeler le «sophisme de la pseudo-confirmation
hypothético-déductive grossière». (...) «Ainsi les récits psychanalytiques
sont-ils remplis de la croyance selon laquelle une scénario étiologique
hypothétique qui est inclus dans le récit psychanalytique de l'affliction d'un
analysé est rendu crédible uniquement parce que l'étiologie postulée permet
alors la déduction logique ou l'inférence probabiliste des symptômes
névrotiques qu'il faut expliquer.» (...)
Mais (...) le succès thérapeutique durable sur lequel Freud se fonde ne se
réalisa pas, comme il fut obligé de l'admettre à la fois au début de sa
carrière et à sa toute fin. Mais même dans les cas où un gain thérapeutique
transitoire a été obtenu, Freud n'a pas réussi à éliminer l'hypothèse rivale
rendant caduque l'attribution d'un tel gain à la levée des refoulements par
association libre, à savoir l'hypothèse menaçante de l'effet placebo, selon
laquelle ce sont les ingrédients du traitement autres que la compréhension des
refoulements du patient - comme la mobilisation par le thérapeute de l'espoir
du patient - qui sont responsables des améliorations ultérieures (...). D'autre
part, les autres analystes n'ont pas éliminé, eux non plus, l'hypothèse de
l'effet placebo au cours du siècle passé.» (In : Adolf Grünbaum. Revue Sciences et Avenir, n°127, juillet-août
2001. «L'inconscient à l'épreuve». Pages : 47, 49).
Mais comme l'a soulevé Adolf Grünbaum contre Karl Popper : pourquoi les
psychanalystes auraient-ils besoin d'immuniser leurs théories contre les
réfutations si celles-ci n'étaient pas réfutables ? En effet, il est démontré
que certaines théories de la psychanalyse sont réfutables, mais à quel degré ?
C'est-à-dire, sont-elles intersubjectivement réfutables comme le veut
l'épistémologie poppérienne, et quel est le degré de testabilité ? A la lecture
de ce qu'écrit Eysenck, on peut légitimement se demander si les différentes
expériences proposées par certains psychanalystes pour tester leurs théories,
respectent rigoureusement la méthode scientifique. Or, il apparaît que non,
dans quasiment tous les cas. Ensuite, les quelques théories psychanalytiques
qui ont pu être testées, ont, selon Grünbaum, été réfutées. Quoiqu'il en soit
de la controverse entre Grünbaum et Popper au sujet de la réfutabilité de la
psychanalyse, et donc de son accès au statut de science empirique, nous
donnerons, malgré certains arguments indiscutables de Grünbaum, encore
nettement raison à Karl Popper (d'ailleurs, Grünbaum lui-même, reconnaît dans
son livre «la psychanalyse à l'épreuve», le recours à des stratagèmes
immunisateurs des psychanalystes pour sauver leurs théories), en raison de la
revendication d'un déterminisme psychique absolu par la théorie de
l'inconscient freudien, et surtout en raison de la conception erronée et aussi
le rejet sans équivoque de la méthode expérimentale par les psychanalystes
contemporains, je cite par exemple : «Il n'est pas scientifique de recourir,
pour vérifier l'hypothèse de l'inconscient, à des procédures qui le nient, et
il est problématique de critiquer la rigueur méthodologique des recherches
expérimentales en donnant à penser qu'avec un peu plus d'application le
singulier pourrait se laisser appréhender par cette voie».
(http://www.seinemedia.com/manifestepourlapsychanalyse/article?id=38).
Comme je viens de le démontrer les confirmations positives (dans un sens
inductiviste) ne prouvent rien. Absolument rien. Seules les réfutations
réussies ou les échecs lors de tentatives de réfutations de théories mises à
l'épreuve, prouvent que les théories testées ont un contenu.
On peut contester, qu'un seul individu peut constituer, (du fait de sa
complexité faisant aussi son originalité), à lui tout seul, une expérience
cruciale ou un test sévère et indépendant pour le vaccin « A « (ou pour la
thérapie «... «) parce qu'il possèderait en lui-même assez de contenu pour «demander»
à la théorie du vaccin «A» quelque chose d'inédit quant à son efficacité, et
qu'il est possible d'inférer inductivement la validité générale d'une théorie
si le cas individuel ne la réfute pas, ou si « ça a marché «. On pourra aussi
objecter le fait que «l'on n'inocule pas la psychanalyse à un patient comme on
inocule un vaccin» ! Pourtant, le psychanalyste, tout comme le médecin qui
vaccine une personne malade, espèrent tous les deux que l'application, sur leur
malade, d'un certain produit, se traduira par sa guérison. Ce produit, ne peut
être, dans les deux cas, que le fruit de théories générales qui ont permis de
le fabriquer, de l'imaginer, qu'il soit constitué par des repères plus on moins
stricts sur les décisions que le thérapeute analyste jugera devoir prendre au
cours d'une cure pour guérir l'analysé, ou par cette substance que l'on
injecte...
Certes, si le vaccin « A « ne marche pas sur un cas, c'est aux scientifiques
qui ont conçu le vaccin de prendre une décision pour savoir s'il faut
considérer ce « cas « comme un falsificateur potentiel, qui se trouve en
l'occurrence vérifié, de la théorie du vaccin, pour que les scientifiques
considèrent qu'il y a dans « ce cas là « l'élément d'information suffisant pour
constituer une falsification de la théorie générale du vaccin (tout comme il y
aurait dans l'énoncé singulier « voici un cygne noir « assez d'éléments
d'information reconnus par la communauté scientifique pour falsifier la théorie
générale « tous les cygnes sont blancs «). Mais une réfutation de ce genre,
comme du reste toutes les réfutations empiriques, prouve seulement que la
théorie générale est fausse et qu'elle doit être reformulée, parce que dans sa
formulation initiale elle avait un contenu insuffisant pour englober le cas qui
la réfute. Elle
était donc d'un niveau d'universalité insuffisant par rapport à la nouvelle
formulation qui l'a supplantée.
Par conséquent, lorsqu'une équipe médicale va sur le terrain avec un nouveau
vaccin, elle s'attend à voir des confirmations de la théorie du vaccin et pas
des réfutations. Cela veut dire que normalement, on ne met pas sur le circuit
un vaccin qui ne risque pas de trouver un grand nombre de confirmations, ces «
confirmations « que sont les individus sur lesquels le vaccin fonctionne
doivent être « totalement « (par un énoncé universel au sens strict portant sur
« tous « les cas présents, passés et futurs) anticipées par la théorie, elles
ne sont pas des éléments nouveaux pour la théorie, lesquels pourraient la
mettre à l'épreuve. Ces confirmations ne permettent donc en rien de REVELER le
contenu de la théorie du vaccin, ou la limite de son efficacité. Seule une
réfutation reconnue REVELE le contenu de la théorie du vaccin ou la limite de
son efficacité. Ce n'est qu'à partir du moment où une théorie générale, quelle
qu'elle soit, s'est révélée réellement fausse par la confirmation d'un de ses
falsificateurs potentiels, que l'on peut avoir une information réelle,
supplémentaire, sur son contenu de vérité.
Notre démonstration peut paraître mal adaptée...parce que le cas de la
psychanalyse est encore plus précaire que le cas de la validation des vaccins.
Parce qu'il n'y a aucune expérience de laboratoire possible des théories de la
psychanalyse avant leur application sur le « terrain de la cure « où elles
pourraient être CONFIRMEES ! Il n'y a aucune expérience de ce genre possible à
cause du fameux problème du déterminisme prima faciae et absolu excluant tout
hasard psychique avant toute expérience scientifique, c'est-à-dire excluant la
possibilité d'existence de toute classe de falsificateurs potentiels de la
théorie de l'inconscient freudien, qui se trouve donc condamnée dès le départ à
une énorme erreur, une erreur caricaturale et fondamentale : celle qui consiste
à trouver partout des confirmations, et à être formulée (à l'aide du
déterminisme psychique) pour ne jamais être mise en échec. On pourra contredire
notre argument en invoquant le fait que, malgré tout, des expériences
extra-cliniques ont déjà été faites à partir de théories psychanalytiques, mais
comme le souligne Eysenck, dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous les
cas, les expérimentateurs ont négligé des hypothèses alternatives, et, selon
nous, pour que ces expériences aient été possibles, il a fallu nécessairement
s'écarter des postulat initiaux de Freud, comme le déterminisme psychique
absolu et prima faciae, avec lequel aucune théorie n'est testable puisqu'il est
impossible de satisfaire au «principe de responsabilité» dont parle Popper dans
«L'univers irrésolu...», c'est-à-dire de trouver des conditions initiales de
testabilité qui soient «suffisamment précises», en conformité avec les
exigences du déterminisme absolu revendiqué par Freud, et jamais démenti par
aucun psychanalyste qui lui ait succédé.
Freud a donc créé lui-même une circularité, le propre piège de la psychanalyse,
un piège qui lui interdit toute efficacité thérapeutique avant même d'avoir pu
commencer, qui l'oblige aux artifices du langage , à la rhétorique, et il est
vrai, un grand art pour pouvoir presque toujours retomber sur ses pattes...et
c'est précisément là que cela ne «fonctionne plus» parce qu'une véritable
science et un chercheur honnête et scrupuleux dans ses méthodes, ne peut
justement jamais toujours « retomber sur ses pattes «, il y a toujours la
possibilité ouverte d'une réfutation. Or, les cauchemars constituaient une
réfutation possible de la théorie des rêves (hypothèse auxiliaire de la théorie
de l'inconscient, « noyau dur « du programme de recherche de Freud (Lakatos)),
mais au lieu de considérer que la théorie des rêves était réfutée, Freud a
utilisé un stratagème ad hoc visant à dire que les cauchemars étaient des rêves
d'angoisse. Comme le souligne Imre Lakatos dans son livre « histoire et
méthodologie des sciences «, la « méthode « employée par Freud ne lui permet
pas de révéler le contenu réel de ses théories puisqu'il invente les hypothèses
toujours en réponse aux faits et sans jamais en prédire de nouveaux. En
d'autres termes, la théorie psychanalytique ne permet jamais à Freud de faire
de véritables prédictions, mais seulement des rétrodictions.
Par conséquent, l'argument des psychanalystes selon lequel les théories de la
psychanalyse apparaîtraient comme indubitablement vraies qu'à celui qui a fait
une analyse, n'est pas recevable, parce que celui-là ne pourra que relever des
confirmations du type de celles que nous venons de décrire. Cet argument est
donc, en lui-même, une escroquerie, puisque l'on gruge celui qui est prêt à y
croire en utilisant le mode de pensée le plus usuel, celui du sens commun,
justement enclin à croire aux confirmations positives et fonctionnant plus
volontiers selon le mode inductiviste. C'est l'argument typique des charlatans
(Essayez , essayez ma mixture, mon elixir, mon philtre magique, vous m'en direz
des nouvelles !) Jacques Benesteau, nous en parle dans son livre «Les mensonges
freudiens» en écrivant que cet argument consiste à affirmer que : «pour apprécier
Mozart il faudrait être compositeur, ou pour apprécier une omelette, être
capable de pondre des œufs.» On gruge les gens en utilisant un procédé créateur
de leur croyance qui s'accorde le mieux avec leur mode de raisonnement, et la
capacité de critique dont ils disposent le plus souvent, laquelle se fonde en
partie sur des connaissances épistémologiques qu'ils ne possèdent pas dans la
majorité des cas. Le geste est grossier, usité, vieux comme le monde, il
consiste tout simplement à «aller dans le sens du poil» et c'est pour cela
qu'il fonctionne à merveille. Et puisque certaines archives de Freud ne seront
ouvertes aux investigations des historiens qu'en l'an 2113, pour certaines
d'entre elles, et compte tenu de la complexité des connaissances épistémologiques,
les freudiens sont tranquilles : ils savent qu'ils pourront encore pendant
longtemps perpétuer leurs dogmes, adorer leur totem de l'inconscient et faire
avaler des couleuvres en jouant, tels des fakirs, les avaleurs de sabres,
quand, grâce à leur rhétorique en bois, ils parviennent à absorber toutes les
critiques.
Le lieu de la cure individuelle n'est donc pas le lieu qui permet à la
psychanalyse de prouver le contenu de ses théories ou des théories qui fondent
l'action thérapeutique de l'analyste. Le seul endroit où la psychanalyse
pourrait prouver que ses théories ont un contenu serait une situation de
laboratoire, où les conditions initiales des tests que l'on pourrait construire
seraient intersubjectivement contrôlables et manipulables. Une situation dans
laquelle le concept d'inconscient, par exemple, serait isolé, autant que
possible, des stratagèmes d'immunisation pratiqués par les psychanalystes.
Inutile de préciser que le Divan, situation subjective s'il en est, ne peut, en
aucun cas, constituer un laboratoire pour la psychanalyse. En
effet, en pareille situation, le psychanalyste peut injecter tout et n'importe
quoi (suggestion, manipulation affective, etc.) dans la relation que le lie à
l'analysé, et surtout, il fait lui-même partie des incontrôlables conditions
initiales dont il ne peut être indépendant et avec lesquelles il va appréhender
son patient, pour tenter d'examiner, sélectivement, les aspects de son
psychisme. Dans de telles conditions il ne peut pas garantir et soumettre à un
contrôle le fait que les théories, (consciemment formulées ou non), qu'il a
choisies pour «regarder» son patient, ne sont pas l'objet d'incessants
stratagèmes pour les remodeler afin d'éviter qu'elles ne s'adaptent pas à ce
qu'il recherche par le regard qu'il a sur son patient, et qu'elles réussissent
toujours à expliquer, interpréter, voire créer, avec la complicité du patient
(Cf. Borch-Jacobsen, in «Folie à plusieurs»), le fait pathologique. Comme nous
l'avons déjà dit plus haut, lorsqu'un échec à lieu au cours de la cure, nous
voulons dire quelque chose qui peut remettre en question un des grands concepts
théoriques de la psychanalyse, il ne s'agit nullement d'une réfutation, mais de
la preuve d'une absence de fondement. Ce point là est tout à fait crucial. Les
échecs en psychanalyse ne réfutent pas les théories de la psychanalyse, ce qui
lui permettrait de faire de véritables progrès, ils prouvent leur absence de
fondement. De plus, disons encore une fois qu'il est impossible de répéter et
de contrôler intersubjectivement ces pseudo-réfutations psychanalytiques en
contrôlant les conditions initiales de la répétition intersubjective, dans
d'autres cas, sur d'autres divans, car c'est aussi la subjectivité,
omniprésente en psychanalyse, qui lui empêche d'être une Science. «L'histoire
de la psychanalyse est celle d'un perpétuel conflit d'interprétations - libido
contre protestation virile, Oedipe contre trauma de la naissance, inceste
fantasmé contre abus sexuel réel, mère œdipienne contre père symbolique, etc. -
et il serait vain de vouloir chercher dans ces controverses un quelconque
développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès de la psychanalyse»
n'est le plus souvent que la dernière interprétation en date ou la plus
acceptable dans un contexte institutionnel, historique ou culturel donné.» (In:
Mikkel Borch-Jacobsen. Folies à plusieurs. Le psychanalyste en caméléon.
Edition : les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, mars 2002, page 315).
Conclusion :
«Post hoc, ergo propter hoc». Ceci est le sophisme célèbre qui affirme que
parce qu'un événement suit d'un autre, il serait causé par le premier. Les
arguments de ce type sont à l'origine de beaucoup de croyances magiques et de
superstitions. Mais si l'on affirme qu'un événement (B), qui suit de (A), est
causé par (A), on peut aussi affirmer que cet événement (B) est vrai, ou
vérifié, parce que (A) est, au départ, considéré comme vrai, si (B) suit de
(A). Ce qui revient à affirmer que :
« Si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi. » [mais, dans le cas de la psychanalyse, sans jamais apporter de preuve indépendante que la vérité de (A) impliquerait celle de (B)].
L'affirmation qui précède, revient à faire une affirmation selon le sophisme «post
hoc, ergo propter hoc».
Donnons quelques exemples afin de démontrer que l'argument des analystes
freudiens et de leurs analysants, selon lequel les réussites des analyses «prouveraient»
ou «valideraient» les théories de la psychanalyse :
Ex 1. : « S'il est vrai que je résiste aux interprétations de mon analyste (A)
; alors, il est vrai que ces résistances sont causées par des refoulements
pathogènes inconscients et non encore liquidés (B).»
Ex 2. : « S'il est vrai que les hommes rechignent à accorder aux femmes les
mêmes droits qu'eux (A) ; alors, il est vrai que c'est une peur inconsciente de
la castration qui en est la cause (B).»
Ex 3. : « S'il est vrai que j'ai guéri de mes névroses après mon analyse
freudienne (A) ; alors, il est vrai que les théories de la psychanalyse sont
validées et ont prouvé leur efficacité (B).»
Mais, si l'affirmation générale que nous avons donnée plus haut, et selon
laquelle : «si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi» est valide et nous permet
de prouver que (B) est bien causé par (A), ou que la vérité de (A), entraîne
nécessairement celle de (B), si (A) et (B) se succèdent, alors l'exemple qui
suit peut parfaitement illustrer comment (B) serait «prouvé» par (A) :
Ex 4. : « S'il est vrai que l'horizon est plat lorsque je le regarde de la
fenêtre de ma chambre (A) ; alors, il est vrai que la cause cachée (par
analogie avec l'inconscient) de la platitude de l'horizon, c'est que la Terre
est aussi plate que l'horizon (B).»
L'argument de la cure est donc un jeu de dupes où Freud a su forcer la raison
critique à jouer souvent à colin-maillard, voire à s'engager dans un labyrinthe
dont il lui est parfois très difficile de sortir après cette chasse au minotaure
qu'est l'inconscient. Mais heureusement, c'est grâce aux «résistances» ou au
génie de certains auteurs (Wittgenstein, Popper, Lakatos, Bouveresse, Kraus,
Van Rillaer, Debray-Ritzen, etc.) que la vérité, a une fois encore réussi à
retrouver son chemin. L'argument des psychanalystes repose donc sur la vieille
croyance erronée et inductiviste du progrès des connaissances objectives, elle
s'apparente à la théorie de la connaissance du sens commun (au cours de la cure
mon bon sens devrait m'ouvrir les yeux sur la prétendue indubitabilité et
universalité des processus tels qu'ils sont décrits par les psychanalystes) et
c'est, comme nous l'avons dit plus haut, pour cette raison qu'elle « accroche «
facilement « des êtres constitués comme nous le sommes « (Jacques Bouveresse),
c'est-à-dire des êtres à la recherche de régularités, de confirmations, de
connaissances absolument certaines et « indubitables « qui semblent s'accorder
au mieux avec la force de l'évidence donnée par l'observation de certains
faits. Mais l'évidence, (ainsi que le voudraient sans doute les psychanalystes
et les analysés pour qui «ça a marché», pour proclamer la réalité de
l'inconscient à partir de certaines «confirmations») n'a jamais été un guide
fiable pour les scientifiques. En effet, quand j'ouvre ma fenêtre, et que je
regarde l'horizon, il semble évident que celui-ci est plat, il n'en faut pas
moins, si l'on suit la logique des psychanalystes freudiens (laquelle consiste
à croire, que la cause d'un phénomène doit ressembler au phénomène lui-même),
pour confirmer que la Terre est aussi plate que l'horizon...c'est évident !
Notes :
(1) 1°) : Si quelqu'un nous dit qu'une certaine chose empirique, de l'eau par
exemple, (représentée par un terme universel), est présente partout, ou
universellement observable (vérifiable), dans la totalité de l'espace et du
temps, cela revient à affirmer, en quelque sorte, que cette chose est «tout» ,
et ne se distingue d'aucune autre par des limites spécifiques qui lui donneraient
un contenu qui lui serait propre. Puisque cette chose n'aurait pas de
limite spécifique, donc pas de contenant pour nous permettre de distinguer
son contenu, alors c'est que cette chose n'existerait pas empiriquement.
Il est important de s'apercevoir, que lorsque nous supprimons les limites, ou
le contenant, d'un concept (universel) «X» (tout ce qui est «non-X»),
nous rendons ce concept logiquement irréfutable, mais aussi vide de tout
contenu explicatif et empirique (en prétendant qu'il n'y a aucun non-sens
psychique, ou que le hasard psychique n'existe pas au niveau d'une causalité
inconsciente, et en ne donnant aucun cas humain qui puisse se soustraire à la
définition de l'inconscient, Freud, supprime le contenant du terme «inconscient».
Sous l'acception freudienne, le terme universel, «inconscient», n'a aucune
limite explicative testable. Sous cette même acception, ce terme est donc vide
de tout contenu empirique. Et Freud renforce encore l'irréfutabilité et
l'apriorisme dogmatique de sa conception de l'inconscient, en affirmant que
cette prétendue base ultime de notre vie psychique est justifiable, en tant que
telle, par le postulat ontologique d'un déterminisme mental prima faciae et
absolu. Ce que nous voulons dire, ici, c'est que, même si l'énoncé : «Tous les
hommes ont un inconscient du type freudien», est logiquement réfutable, c'est
Freud, qui en modifiant la nature du terme inconscient, fait que cette théorie
devient empiriquement irréfutable). Par conséquent, ce qui nous permet
d'observer de l'eau, (ou n'importe quelle autre objet du monde empirique) c'est
le fait apparemment paradoxal, que les termes universels sous lesquels sont
caractérisés les objets du monde réel, sont réfutables, et invérifiables
universellement, car même un grand nombre d'énoncés singuliers tels que «voici
de l'élément X» (ici et maintenant), ne peuvent vérifier définitivement qu'il y
aura toujours de l'élément «X». C'est-à-dire que les énoncés universels ou les
lois auxquels doivent répondre les caractéristiques propres à cet élément «X»
(définissable par un certain terme universel) pour lui permettre d'exister dans
le réel, sont réfutables du fait de leur forme logique, et peuvent être
éventuellement réfutées, et modifier ainsi notre système d'attentes perceptives
concernant cet élément «X». Karl R. POPPER: «...Nous ne pouvons exprimer
aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec
certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce
fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que
nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels;
tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un
verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet,
les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en
corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience
immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.)
Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui
présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également
pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes
d'expériences; ils ne peuvent être «constitués». (Karl R. POPPER, in: «La
logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la
base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le
psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.
2°) : Si nous affirmons maintenant et sans plus de précision concernant, par
exemple, quelques coordonnées spatio-temporelles, que : (A)»il y a de l'eau».
Comme on le voit, (A), en tant qu'énoncé existentiel au sens strict, est
irréfutable et «vérifiable», car on ne peut observer toute la partie du temps
et de l'espace pour vérifier que l'eau n'existe pas. De la même façon, on peut
formuler l'énoncé suivant « (A') «il y a un inconscient freudien» à titre de
conjecture et considérer que cet énoncé est confirmé par des événements jugés
caractéristiques que nous aurons observés ou analysés, mais toujours à la
lumière de cet énoncé. Mais dans ces conditions, (A') est toujours vérifiable
(confirmable) et irréfutable, et c'est d'ailleurs sous cette forme logique
qu'il faut entendre et aborder la théorie de l'inconscient freudien telle
qu'elle a toujours été présentée et défendue par les psychanalystes.
Par contre l'énoncé universel au sens strict : (B) «toutes les fois que
certaines conditions seront réunies, de l'eau tombera sous forme de pluie», est
invérifiable universellement et réfutable, car nous ne pouvons observer toute
la partie du temps et de l'espace pour vérifier que rien n'existe qui soit
exclu par cet énoncé. (Popper).
L'énoncé, «il y a de l'eau», ou «il existe de l'eau», se distingue de l'énoncé,
«voici de l'eau», car les formules, «il y a...X» ou «il existe...X», font
références à des quantités indéfinies de «X» dans l'espace et le temps, si
toutefois nous ne précisons aucune coordonnées spatio-temporelles, comme dans
un énoncé universel au sens strict.
A l'opposé, la formule, «voici...X», fait référence à une quantité de «X», ici
et maintenant, c'est-à-dire selon des coordonnées spatio-temporelles définies.
En conséquence, tous les énoncés précédés de, «voici...», sont des énoncés
existentiels singuliers et pas au sens strict. Ces énoncés disent «qu'il y a
telle chose «X», ici et maintenant», ou qu'il existe cette chose «X» ici et
maintenant, ils ne disent pas si cette même chose serait encore présente dans
le futur, ou l'était dans le passé. C'est la raison pour laquelle, ce dernier
type d'énoncé ne peut vérifier un énoncé universel au sens strict par la seule
expérience sensible qu'il représente». Par voie de conséquence, c'est aussi la
raison pour laquelle une seule cure analytique réussie («voici une cure «X»,
comportant telles caractéristiques, qui est réussie parce qu'elle a permis la
disparition définitive de symptômes spécifiquement traités»), ne permet pas de
vérifier l'énoncé universel au sens strict selon lequel la thérapie analytique
est (toujours) efficace. Et il en va de même pour toutes les formes de
thérapies, quelles qu'elles soient, prétendant prédire une guérison quelconque,
qu'elle que soit la pathologie concernée, dans n'importe quel domaine.
On aura remarqué que les énoncés, «Il y a...X, ici et maintenant» et «voici...X»
sont équivalents.
Ce qui rend les choses observables, empiriques, c'est l'existence possible d'un
contenant, qui a lui aussi une existence empirique, observable. Nous ne
pouvons prétendre qu'une chose a une existence ou une réalité empirique
quelconque si nous prétendons qu'elle peut se trouver partout, qu'elle est
toujours vérifiable, c'est-à-dire, dans le cas de la théorie de l'inconscient,
qu'elle n'a pas de contenant qui puisse nous la révéler en tant que... contenu.
Nous ne pouvons connaître le Bien que parce que nous lui connaissons une limite
«empirique» : le Mal. Autrement dit, nous ne pouvons savoir que telle action
est bonne que si nous disposons, à priori, d'une référence sur quelque action
mauvaise. Nous savons qu'agir de telle manière est «bien» parce que nous
supposons, à priori, qu'agir d'une autre manière sera «moins bien» ou carrément
«mauvais», compte tenu de certaines conséquences possibles. Sans cette
nécessaire opposition, aucune action jugée bonne ou mauvaise n'existerait. «moyennement
bien», n'est plus le «Bien» absolu et en constitue déjà une limite. Il ne peut
exister que le Bien, sans aucune forme de Mal, ou l'inverse, parce qu'alors ni
l'un ni l'autre n'existerait dans notre monde empirique sous une quelconque
manifestation et nous ne serions capables de distinguer ni le Bien ni le Mal :
il n'y aurait aucun système de valeurs morales. Il en va de même pour les
notions de chaud ou de froid, ou pour toute autre notion ou concept relatif à
notre monde empirique. Nous faisons cette démonstration, parce que pour les
psychanalystes, depuis Freud, il n'y a aucun cas humain (passé, présent et
futur) qui ne puisse vérifier leur théorie de l'inconscient, les psychanalystes
ne précisent pas dans quelle mesure cette théorie de l'inconscient pourrait
être réfutée, ils ne voient, ou ne donnent à voir que ce qui peut confirmer
positivement leur théorie, même les arguments critiques contre leur théorie
sont interprétables, en tant que «résistances», comme des confirmations. Nous
ne parlons pas de la théorie du refoulement, ou des autres théories comme les
névroses, sur les rêves, ou certaines «conséquences» possibles de la théorie
comme la psychosomatique, etc., mais uniquement de la théorie qui est à la base
de tout ce qui précède, (y compris du refoulement lequel est pour Freud un
processus inconscient empêchant la prise de conscience du matériel pathogène
inconscient), la théorie de l'inconscient psychique Freudien.
(2) (Cf: Karl R. Popper. «La logique de la découverte scientifique.» Edition :
Payot. Pages : 84 à 86.)
Publié par vdrpatrice à 11:20:20 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
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