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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Déterminismes, utopies, et tentation totalitaire. (Modifié le 5 janvier 2009). | 28 décembre 2008

"Il est rare que la liberté se perde d'un seul coup."
(David HERME, cité par Friedrich A. HAYEK in : "La route de la servitude.").
 

"La mort d'un homme est une tragédie, la mort d'un  million d'hommes, une statistique."
(STALINE).

"La connaissance de plus en plus poussée des mécanismes physico-chimiques conduit inévitablement à la conception d'un déterminisme qui ne laisse que peu de place au libre arbitre, sinon aucune." (Henri Atlan, in: "La science est-elle inhumaine ?" Essai sur la libre nécessité. Edition:  Bayard. Page 20).


 


J'oserais dire que de "La solution finale" à "la Lutte finale"...il n'y a qu'un pas qui se franchit au pas de l'oie (les armées des deux camps marchaient au pas de l'oie pour parader)...et qui se mesure en millions de victimes (10 millions et 85 millions). Les questions qui me viennent à l'esprit sont les suivantes : est-ce que cette "marche" ne doit pas être inversée ? Je veux dire : n'est-on pas allé de "la lutte finale" à la "solution finale" ? Les tenants de la première utopie n'ont-ils pas inspiré dans leurs méthodes (voir les pogroms, la famine organisée en Ukraine qui tua 6 millions de personnes) les tenants de la deuxième ? A-t-on le droit de chercher qui est le plus coupable de crimes contre l'humanité entre les deux ? Pour  quoi faire ? Certains oseraient vous dire que "l'histoire à jugé" qu'une différence de quelques dizaines de millions de morts n'est qu'un "détail", voire une "statistique" (Staline). Mais attention à ces propos : ils pourraient laisser croire que nous voulons minimiser les horreurs des aventuriers du nazisme pour mieux mettre en exergue celles du marxisme vulgaire (le communisme) à des fins douteuses, ou que sous cette prose infâme se dissimule une provocation révisionniste, ou encore, que nous pensons, comme l'écrivit Hegel, que "l'histoire est le tribunal du monde" ! Ce que vous allez lire maintenant risque de prêter le flanc un sentiment de dérision pour ceux qui considèrent les problèmes évoqués comme dépassés ou plus d'actualité. A ceux-là nous répondons qu'il faut se méfier de vouloir rire de tout compte tenu du nouvel "essor" du nazisme et de l'antisémitisme sur Internet par exemple, et de la vitesse de propagation des idées que ce moyen d'information et de communication permet. "L'ère de l'information" dont parle Bill Gates a eu des effets sur le renouveau de doctrines que n'avaient sans doute pas prévu ceux qui s'indignaient et criaient "plus jamais ça".  

Faut-il renoncer également à se poser le problème suivant : pourquoi devrions nous pratiquer une "hypermnésie" du génocide juif et une "hyperamnésie" des crimes du communisme ? (L'on pourra se référer au numéro spécial de la revue "Histoire" consacrée au crimes du communisme). D'autres questions méritent d'être posées, (en tous cas, si elles ont déjà été posées et si on y a déjà superbement répondu, je pense que ne pas oublier ces questions et leurs meilleures réponses fait partie du "fardeau de la raison" (Popper) que doit endosser tout homme libre à qui il incombe de se cultiver en la matière) et Hannah Arendt, Popper, Hayek, Russell, Monod, pour ne citer qu'eux, les ont posées : il s'agit de se demander quelles doctrines, idées philosophiques, théories scientifiques ou pseudo-scientifiques peuvent bien inspirer les doctrines du totalitarisme et de l'élimination en masse, ou de comprendre quels peuvent être les "engagements ontologiques" d'un "programme totalitaire" de transformation de la société.

Nous avons parlé précédemment d'Internet, mais n'oublions pas que les médias plus vulgarisés comme la télévision  ou la presse écrite, lorsqu'ils se contentent du suivisme idéologique de quelque pensée unique ou deviennent des instruments de propagande, peuvent constituer de très puissants moyens de contrôle des masses et représenter les plus grands dangers contre la démocratie. Un parfait exemple de ceci est l'emprise réalisée depuis des décennies sur la société française par le freudisme et la psychanalyse, emprise orchestrée par Elisabeth Roudinesco dont l'influence auprès des médias de tout type est proprement stupéfiante et inquiétante également. En fait, il serait sans doute plus juste de craindre l'émergence puis l'impossibilité d'éliminer ce genre d'oppression qu'une forme de totalitarisme plus "brutale". L'émergence d'un programme totalitaire de transformation de la Société est toujours possible, sous une forme plus ou moins sophistiquée. Et que ceux qui ont une confiance aveugle dans les potentialités de nos démocraties modernes à annihiler le totalitarisme, sachent bien qu'il n'y aura jamais assez d'éléments d'information dans l'histoire ou dans le temps présent pour rendre possible la prédiction d'un tel programme avec toute la précision requise calculée à l'avance. Celle-ci nous permettrait d'être absolument sûrs de pouvoir anticiper ce programme afin d'en écarter définitivement l'occurrence. Mais rappelons également que rien ne garantit que de prétendues régularités historiques se répèteraient exactement selon un même prototype (Popper).

Tout ceci donne à mes yeux encore plus d'importance au problème de l'éducation intellectuelle et philosophique de mes concitoyens, de l'éveil et du maintien de notre esprit critique et de la sauvegarde d'institutions permettant la discussion critique nécessaire au progrès des connaissances scientifiques. Parce que je considère qu'une prise de conscience efficace du danger que représente la tentation du totalitarisme (par une prise de conscience de ce qu'il y a de séduisant dans les fondements philosophiques des doctrines totalitaires), passe en tout premier lieu par une connaissance de l'histoire des idées et des doctrines philosophiques qui ont toujours favorisé son émergence, bien que l'on ne puisse attribuer l'émergence des diverses formes de totalitarisme connues aux seuls effets de quelques théories. Nous conjecturons que cette tentation du totalitarisme peut très bien naître du fait que certains peuvent être déçus de la démocratie, ou du refus d'abandonner le rêve qu'il est possible de construire une société sans défaut, ou même des institutions si parfaites qu'il ne serait plus jamais nécessaire d'en assumer le bon fonctionnement.

Mais il n'y aura jamais aucun système créé par l'homme qui puisse être parfait et le délivrer de ses responsabilités. "Vivre libre en société" suppose donc un activisme permanent et sans cesse amélioré : la lutte "finale" consiste davantage à éviter que le Mal ne l'emporte sur le Bien, parce que croire (ou faire croire) qu'elle consiste à faire en sorte que dans un avenir proche le Bien l'emportera définitivement, c'est commettre une grave erreur car de toutes nos actions nous ne pouvons prédire toutes les conséquences dont certaines sont souvent néfastes, et ce sont ces conséquences qui une fois identifiées nous décident ou non à les corriger ou à les éliminer. Il n'y a donc pas de "Lutte finale" qui ait un sens dans la mesure où nous pourrions un jour nous arrêter de "lutter". Et ceux qui ont cru en "La lutte finale" au cours du XXème siècle, en essayant d'en purger les éléments opposants ou "anti-progressistes", on eut recours à des actes dont les résultats ressemblaient bien à la fin du genre humain. Les meilleures fins que nous sommes en droit d'espérer sans risquer de commettre les horreurs des régimes totalitaires, sont à l'échelle humaine, elles ne relèvent d'aucun "Esprit universel" (Hegel) qui ferait des individus de simples moyens d'action. Par conséquent ces fins là ne supposent jamais que ceux qui doivent les "réaliser" n'en sont que les "simples formes vivantes", ou qu'ils s'identifient directement à la réalisation de la substance d'un quelconque "Esprit universel" (comme l'a malheureusement écrit Hegel). Les individus sont plus que de "simples formes vivantes" et il semble que Popper ait eu raison, de ce fait, de qualifier la philosophie hégélienne ainsi que les doctrines philosophiques ayant inspiré le totalitarisme, de "jargon irresponsable".  

La doctrine philosophique qui représente pour moi "l'idée" la plus favorable à une nouvelle émergence du totalitarisme est d'abord la doctrine du déterminisme prima faciae et absolu puis celle de l'historicisme qui lui est logiquement corrélée comme le démontre Karl R. POPPER (Voir les livres suivants: "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme." et : "Misère de l'historicisme"). Le déterminisme prima faciae et absolu suppose que nous aurions le pouvoir de prédire l'avenir ou le comportement de quelqu'un, ou les événements de sa vie psychique, avec n'importe quel degré de précision donné à l'avance parce qu'il serait possible de détenir des théories qui permettraient ce genre de prédiction, en maîtrisant avant la prédiction les mesures possibles à partir desquelles calculer n'importe quel degré de précision dans toutes les conditions initiales avec une exactitude mathématiquement parfaite.  Ces théories déterministes auraient donc, en elles-mêmes, suffisamment de contenu informatif pour prédire le cours de l'histoire en étant capables de fournir à l'avance une description parfaite de l'état futur de la Société, ou pour expliquer, en excluant toute part de hasard, les causes des événements de la vie psychique (les émotions, les représentations) de tout individu ou même du plus insignifiant de ses comportements ou "actes manqués". Mais ces théories, parce qu'elles supposent l'élimination du hasard, sont  liées à l'obligation de rendre compte de niveaux de précision absolus dans les conditions initiales, donc inaccessibles pour leurs prédictions, et ne peuvent donc jamais réaliser de telles prédictions qui demeurent hors de portée de l'intelligence humaine et à fortiori d'une quelconque machine conçue par l'homme, à moins de supposer, comme Laplace, la possibilité d'un "Démon", c'est-à-dire d'une intelligence surhumaine  capable de connaître toutes les lois de la Nature et toutes les conditions initiales liées à l'application de ces mêmes lois (Popper) avec un degré infini de précision, ce qui est impossible. Il ne peut être donné à aucun être humain ou aucune machine de sonder suffisamment loin l'infini pour savoir en quoi consiterait a priori et précisément le contenu d'une "infinie précision", que ce soit dans le cadre d'un projet de prédiction, pour l'être humain, ou d'une tâche d'observation, pour la machine. De ce fait, une "infinie précision" est une proposition qui ne peut avoir de contenu réel parce qu'elle reste insondable a priori pour l'homme. Il n'y a donc pas "d'infinie précision" et par suite pas de prédiction possible selon la doctrine déterministe critiquée par Popper. En effet, si l'on pouvait connaître avec exactitude les "motifs d'agir" de chaque être humain, ne serait-il pas possible d'établir une synoptique complète des besoins de chacun selon une hiérachie exhaustive des valeurs, donc de justifier un projet global et infaillible de transformation de la Société, chose que réfutent Friedrich Von Hakek et Karl R. Popper, et par suite de régir entièrement l'ordre social présent et futur ?

La psychanalyse qui, avec sa théorie de l'inconscient refoulé, exclut toute part de hasard dans la vie psychique et toute possibilité de non-sens psychique (Jacques Bouveresse) ne risque-t-elle pas d'inspirer, ou n'a-t-elle pas déjà contribué à inspirer des idées de cet ordre ? . Popper : "si la doctrine déterministe est vraie, il devrait en principe être possible à un physicien ou à un physiologue ignorant tout de la musique, de prédire, par l'étude du cerveau de Mozart, les endroits sur le papier que celui-ci touchera." (in: "L'Univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme"). Bien sûr, un partisan du déterminisme absolu dira que les individus opprimés sont aussi déterminés à agir pour se libérer puisqu'ils ne peuvent plus supporter leurs oppresseurs. Ce déterministe dira sans doute que le courage de ceux qui se libèrent de l'oppression est déterminé par des lois biologiques, génétiques, ou sociologiques, et que finalement ce sont leurs gènes ou la "Société" qui décident à leur place, ou leur inconscient, bref qu'ils ne sont pas "libres". Il dira aussi que lorsque la biologie aura parachevé sa tâche,  nous pourrons prédire les massacres, les attentats suicides, les guerres et les révolutions ! Henri Atlan écrit : "En ce sens, la biologie semble achever cette conquête du déterminisme absolu et, par conséquent, éliminer complètement la réalité de notre expérience de liberté, conçue comme une capacité de libre choix efficiente." Henri Atlan, in : "La science est-elle inhumaine ?" Essai sur la libre nécessité. Edition Bayard. Page 21. Nous ne croyons pas que ce genre de déterminisme, s'il doit être fondateur de lois scientifiques, puisse être absolu, il ne peut être que relatif ou bien demeurer une idée métaphysique nécessaire pour constituer une "idée directrice" pour la recherche : nous avons le droit de penser que nous sommes "déterminés" par des processus génétiques, parce que nous croyons en certaines causes sur certains phénomènes, mais cette croyance ne peut elle-même être fondée que par le fait que les causes identifiées ont été testées scientifiquement et corroborées, donc qu'elles ne sont pas des causes absolues et définitives et que notre connaissance sur elles peut toujours être enrichie grâce à de nouveaux tests inédits. Certes, le sens commun et sa logique, permet aux gens de penser que certaines de leurs croyances peuvent être légitimement "fondées", notamment par la logique inductive, mais ils ignorent le plus souvent que c'est la logique de la découverte scientifique, hypthético-déductive, qui, grâce à sa méthode, permet de trancher entre légitimité d'une croyance au niveau du sens commun et légitimité de cette même croyance au niveau scientifique. Nous ne nions pas que certaines croyances peuvent êtres "vraies" au niveau du sens commun, mais notre conviction (ne reconnaissant pas pour autant un pouvoir absolu à la science), qui prend racine dans celle en la supériorité de la méthode scientifique décrite par Popper, nous amène à penser que ce sont les théories scientifiquement corroborées qui sont les plus proches de la Vérité objective et non les théories issues de la logique du sens commun.

Comme l'a démontré Popper, dans bien des cas, la science se nourrit du sens commun, mais permet de le dépasser. C'est le fait que les causes corroborées selon la méthode scientifique, c'est-à-dire, certains énoncés universels au sens strict assortis de conditions initiales, soient toujours potentiellement réfutables par l'expérience et engendrent de nouveaux problèmes, qui incite donc l'homme de science à diriger ses recherches vers des niveaux d'explication par les causes, toujours plus affinés et "déterminés" mais jamais achevés. Car si la biologie est vraiment une science, alors elle restera à jamais inachevée, tant que les biologistes voudront s'approcher de la Vérité certaine qui est leur idéal inaccessible. "Je suggère que donner une explication causale d'un certain événement spécifique signifie déduire un énoncé décrivant cet événement à partir de deux sortes de prémisses, c'est-à-dire à partir de certaines lois universelles, et à partir de certains énoncés singuliers ou particuliers que nous pouvons appeler conditions initiales particulières." Karl R. Popper, in : "Misère de l'historicisme". Edition Agora, presses pocket. Page 154.  

Une des conséquences des théories déterministes ou historicistes, c'est de fonder des idéologies qui peuvent donner l'illusion de rendre inutile la responsabilité individuelle de chaque membre de la Société dans la mesure où l'avenir serait scientifiquement prédictible (l'idéologie marxiste ne prévoyait-elle pas la fin de la lutte des classes après l'avènement du prolétariat comme classe dominante, ce qui fut son erreur fondamentale puisque comme l'a fait remarquer Popper, la fin de tout conflit social et politique est incompatible avec la démocratie, avec le principe de liberté d'opposition et ses implications ?). Mais ce qui est prédictible à un niveau authentiquement scientifique ne peut être absolument certain. Les véritables prédictions scientifiques, parce qu'elles sont réfutables, demeurent toujours ouvertes à la discussion critique, et l'application d'idéologies historicistes ne peut tolérer la discussion critique mais seulement un activisme qui aille dans le sens de leurs prophéties socio-historiques. Dans son livre : "La science est-elle inhumaine", Henri Atlan écrit : "dès que l'on peut prédire un événement futur par une loi, cet événement existe en quelque sorte déjà dans la connaissance qu'on en a et le futur n'apportera rien de plus." Cet argument de l'auteur, fondé par une croyance ferme dans le déterminisme absolu, semble assez proche de l'argument (erroné) de Kant selon lequel la connaissance peut être valide à priori, sauf que la connaissance à priori est toujours hypothétique quand il s'agit de prédictions. Mais la seule connaissance que nous ayons de l'événement prédit avant qu'il ne se produise réellement, n'est qu'une anticipation de cet événement, une conjecture, elle n'est pas l'observation de l'événement produit et de ce fait ne nous renseigne pas encore sur son degré de correspondance  avec le résultat de la prédiction. Car, comme l'a soutenu Alfred Tarski, et, à sa suite, Karl Popper : "un jugement est vrai lorsqu'il correspond aux faits"; cela signifie que nous ne pouvons évaluer le résultat d'une prédiction, qu'à posteriori, selon le degré de correspondance des faits produits avec les faits prédits ou conjecturés. Il est alors plus aisé de comprendre que, premièrement, un jugement ou  un énoncé, est vrai, selon son degré de correspondance avec des faits empiriques, et que, deuxièmement, il est nécessaire de disposer d'un méta-énoncé pour parler de la correspondance entre cet énoncé (qui parle de certains faits) et les faits évoqués. (Pour ces questions sur le problème de la vérité comme corresondance avec les faits, on peut se reporter au livre de Karl  Popper : "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de connaissance". Edition : Hermann. Pages : 12 et 13).

Par conséquent écrire que "le futur ne nous apportera rien de plus" est une erreur parce que nous ne pouvons savoir, avant que la prédiction se soit réalisée, ce que le futur nous réserve parce qu'il nous est impossible de le prédire avec une exactitude parfaite ou que nous ne pouvons inventer une machine permettant de nous envoyer dans le futur , ce qui ramène toutes les prédictions que nous pouvons formuler au niveau de simples conjectures. Ce que le futur nous réserve, très souvent, ce sont des réfutations même partielles de nos prédictions, puisque celles-ci ne peuvent se réaliser tout à fait parfaitement. Ce n'est que parce que nous avions anticipé, avec une précision relative, une certaine marge d'erreur ou bien parce que nous décidons d'accepter la nécessaire imperfection dans la réalisation d'une prédiction que nous la validons. Ceci nous contraint toujours, dans le domaine scientifique, à renoncer au déterminisme absolu, et à décider, que les théories scientifiques les mieux corroborées ne peuvent avoir atteint aucun degré de certitude, donc relever d'aucun déterminisme absolu. C'est une des raisons pour laquelle le marxisme vulgaire, chaque fois qu'il a été appliqué, a été réfuté par l'expérience humaine, fondamentalement labile et grande génératrice d'erreurs, dans la mesure où la prophétie marxiste au lieu de se réaliser, a scellé le sort de ses infortunées victimes envoyées par dizaines de milliers à la mort ou dans les goulags, parce que chacune d'entre elles constituait une mise en échec possible et évidente de l'utopie planificatrice totalitaire du stalinisme. C'est la seule issue réservée par les idéologies historicistes ou déterministes à ceux qui n'en sont que les moyens et non les fins. L'échec cuisant du stalinisme et du nazisme réfute le déterminisme absolu, il montre que la liberté des individus n'est pas une illusion, contrairement à ce qu'écrit Henri Atlan dans son livre ("le déterminisme absolu où tout est prévu s'exerce à travers nos choix eux-mêmes qui nous sont donnés comme une possibilité, sans qu'ils puissent pour autant changer quoi que ce soit dans la chaîne des causes. Nous avons la possibilité de jouer à être libres tout en devant prendre conscience qu'il s'agit là d'une illusion." Page 54), mais une force réelle puisque c'est aussi l'imprévisible et l'incalculable jeu des relations entres les individus de l'Union soviétique qui a fini par mettre en échec une idéologie et un système d'oppression pourtant conçu pour contrôler la population au maximum. Mais aucun système, même le plus autoritaire, ne peut contrôler indéfiniment toutes les contingences, toutes les occurrences possibles qui naissent spontanément des relations entre les gens et qui créent elles-mêmes de nouveaux problèmes imprévisibles. L'Union Soviétique toute entière, même au temps de Staline, était soumise, malgré l'autarcie, à des contingences intérieures et extérieures inévitables et contraignantes comme le contrôle des autres états vassaux (la Hongrie, la Tchékoslovaquie, l'Allemagne de l'Est...), la course aux armements ou la conquête spatiale, l'entraînant dans une impasse économique et finalement à l'implosion. Tout cela provoquant un ensemble de conséquences imprévisibles qui démontrent que la liberté, même étouffée, existe bel et bien (au-delà d'un déterminisme qui pourrait l'anticiper donc la contrôler totalement), et que, tout comme la Vie ou la Vérité, "elle finit toujours par trouver un chemin". Le Mur de Berlin, né du clivage entre l'Est et l'Ouest, était le dernier rempart de protection des certitudes utopistes et idéologiques, pour le régime d'Union Soviétique, fondé sur le déterminisme absolu et l'historicisme. Mais la liberté, comme manifestation inattendue d'un désir trop longtemps réprimé, s'insinuant d'abord hors de l'Allemagne de L'Est via la Hongrie, s'est enfin révélée, puis cette force colossale et pourtant humaine, a fini par renverser des barrières que l'on croyait définitives. Non, les allemands de l'Est n'ont pas "joué à être libres", ils ont agit en hommes et femmes maîtres de leur destin, et en refusant toute destinée préétablie, ils ont brisé leurs chaînes.

Une autre des conséquences désastreuses de telles théories (fondatrices d'idéologies comme le marxisme ou de mythologies comme la psychanalyse) c'est donc, d'une part, qu'elles permettent de nier le libre arbitre humain, et d'autre part, que cette négation peut entraîner la justification de pratiques visant à supprimer la liberté individuelle. Dans cette mesure, pourquoi tolérer le "libre jeu indéterminé des relations interindividuelles" risquant de faire obstacle à la réalisation d'un grand Idéal, puisque nous détenons des théories, fondatrices des projets de poursuite de cet idéal, qui dans leur contenu démontrent que ce libre arbitre, au fond, ne peut exister, ou qu'il n'est qu'illusion, voire utopie !! Pourquoi ne pas penser que la suppression des libertés individuelles peut s'avérer tout à fait justifiée dans la mesure où l'existence de ces libertés peut gêner la réalisation de ce qui est présenté comme une forme de bonheur suprême ?  Pourquoi ne pas s'autoriser  à penser concevoir de tels programmes de transformation de la Société, quitte à devoir (re-)commettre les pires abominations, en ayant au préalable complètement bouleversé notre système de valeurs morales, si nous croyons que ces programmes sont légitimement fondés par des théories dont la scientificité et la valeur objective ne feraient prétendument aucun doute ? (Nous pensons qu'il ne faut pas confondre cette quête d'un prétendu bonheur suprême, tout à fait utopique, par la voie du marxisme et de la dictature du prolétariat à ce qui s'apparente à la doctrine utilitariste du libéralisme classique d'Adam Smith ou de John Stuart Mill, selon laquelle il est parfaitement justifié, dans des cas d'urgence (comme une catastrophe naturelle ou une pandémie) de limiter voire de supprimer temporairement certaines libertés dans l'intérêt général, c'est-à-dire, comme le précisent ces théoriciens du libéralisme, "le plus grand bonheur possible pour la collectivité". En effet, le marxisme vulgaire propose d'atteindre le "bonheur suprême" de manière entièrement planifiée à l'avance, donc utopique, ce qui s'oppose à la socio-technique fragmentaire préconisée par Karl Popper dans son livre : "la société ouverte et ses ennemis").  

Le déterminisme et l'historicisme contribuent donc à éliminer l'individu et la liberté individuelle en éliminant sa responsabilité parce qu'elle devient entièrement subordonnée à des buts qui l'écrase complètement. Ces doctrines contribuent aussi à nuire au progrès de la Science parce qu'en certaines circonstances (un régime totalitaire par exemple) elles rendent plus difficile voire impossible la libre discussion critique qui est logiquement requise pour la mise en oeuvre des tests intersubjectifs que nécessite le progrès des connaissances scientifiques.  

Chacun peut tenir compte de ces questions comme ça lui chante. Mais puisque tellement de personnes sont encore séduites par des théories reposant sur l'espèce de déterminisme que nous évoquons, ceci est peut être la preuve que de telles croyances existent bel et bien. Et ceci tend à prouver également que l'émergence du totalitarisme ("La bête immonde" selon un certain humoriste que nous n'aimons pas) est toujours possible, tout comme le bacille de la peste, si nous renonçons à une certaine forme d'activisme intellectuel, qui se veut d'abord critique sur nos traditions et nos institutions, tout en ne cédant rien à la morale, et à une éthique orientée par une fin suprême : l'individu humain.

 

Pour répondre à Henri Atlan, citons John C. Eccles, Prix Nobel de médecine, dans son livre "Comment la conscience contrôle le cerveau", édition Fayard, 1994, pages 25 : 

"Les découvertes scientifiques sur le cerveau rendent plus nette la distinction entre événements cérébraux et phénomènes mentaux, et pourtant ces derniers ne cessent de nous émerveiller. Le matérialisme d'extrapolation n'est qu'une superstition cautionnée par quelques matérialistes dogmatiques. Il s'apparente à une prophétie messianique, portant en germe un avenir débarrassé de soucis - quelque nirvana pour nos infortunés descendants. L'attitude scientifique véritable, elle, consiste à considérer à l'inverse que les problèmes de la science sont infinis et qu'ils posent un défi permanent à notre compréhension de la nature et de l'être humain."

Publié par vdrpatrice à 11:57:22 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

Théorie et observation. | 08 août 2008

Ici réside l'un des arguments essentiels de Popper contre l'induction (outre celui de considérer que toute justification de l'induction par un principe d'induction, entraîne inévitablement une régression à l'infini [1]). Cette thèse, selon laquelle toute observation ou description est toujours précédée par une « attente théorique », traverse toute l'œuvre de Karl Popper en philosophie de la connaissance ainsi qu'en épistémologie, et en reste, avec la défense de l'indéterminisme, un des thèmes récurrents.

Comme il l'argumente inlassablement dans beaucoup de ses ouvrages, il ne peut jamais y avoir d'observation « pure des faits », car pour saisir le monde, pour observer, et pour le décrire [2], nous avons toujours besoin d'utiliser, selon lui, même inconsciemment, des termes et des énoncés universels au sens strict. Sinon, nous resterions aveugles ou indécis devant les faits. Popper pensait donc que des « attentes théoriques », y compris inconscientes [3], sont indispensables et qu'aucune connaissance ne peut débuter sans elles.

Il soutient que toute observation est nécessairement sélective, donc filtrée par un terme ou une théorie universelle mis à l'essai, parce que, propose-t-il, notre esprit ne fonctionne jamais de manière passive, et ne se remplit pas comme un seau vide. Il a besoin de faire des conjectures qu'il met sans arrêt à l'épreuve [4].

Popper explique que sur l'ordre simple : « observez ! », donné à un groupe de personnes, chacun relève les faits qui correspondent à ses attentes perceptives, à son vécu, et d'autres paramètres personnels mais sans jamais savoir, exactement quoi observer de précis. Sur la base de cet argument de Popper, il s'en suit que dans un laboratoire de recherche sur le cancer (par exemple), un savant saurait ce qu'il faut observer dans un microscope pour reconnaître une cellule cancéreuse, et, a fortiori, comment choisir les faits d'observation les plus pertinents par rapport à ceux connus compte tenu de résultats de recherche antérieurs, (lesquels pourraient permettre la corroboration d'une théorie afin de faire progresser la connaissance scientifique sur le cancer). Alors que le néophyte que l'on n'aurait pas, au préalable informé, selon Popper, lui, ne verrait rien. Car sans la connaissance apriori des concepts et des théories scientifiques corroborées et connues de la communauté scientifique, sur les cellules cancéreuses, il ne saurait même pas comment commencer à diriger son regard pour réaliser une observation, puis une discrimination scientifiquement correcte des faits qu'il a sous les yeux.


Popper aime donc à citer Novalis [5] : « les théories sont des filets, celui qui lance pêchera ».


 
Références bibliographiques :

[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ». Section 1 : « Le problème de l'induction ». Page 23.
[2] Karl Popper. « La Logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 5 : « Le problème de la base empirique ». Section 25 : « L'expérience perceptive comme base empirique : le psychologisme ». Page 94. Popper écrit notamment : « (...) Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels ; tout énoncé à le caractère d'une théorie, d'une hypothèse ».
[3] Karl Popper. La connaissance objective. Edition Aubier. Paris, 1991. Pages 71, 398, 503, 504.
[4] Karl Popper. « La connaissance objective ». Edition Aubier. Paris, 1991. Chapitre 2 : « Les deux visages du sens commun : une argumentation en faveur du réalisme du sens commun et contre la théorie de la connaissance du sens commun ». Section 12 : « La théorie erronée de la connaissance selon le sens commun ». Pages 119 à 126.
[5] Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot. Paris, 1973. Page 9.


Publié par vdrpatrice à 13:27:12 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

Unité de la méthode scientifique. (Modifié le 12 septembre 2008). | 08 août 2008

Contre la pluralité de la méthode, Karl Popper soutient, que toutes les sciences sont obligées, d'un point de vue logique, de progresser par « conjectures et réfutations », en soumettant sans cesse leurs meilleures théories corroborées à de nouveaux tests inédits.

« Toutes les sciences théoriques ou généralisantes (...) font usage de la même méthode » [1].

Cependant, Popper « ne prétends pas qu'il n'y ait aucune différence d'aucune sorte entre les méthodes des sciences théoriques de la nature et celles de la société (...) mais que les méthodes dans les deux domaines sont fondamentalement les mêmes. » [2]

L'argument essentiel de Popper, à l'appui de sa thèse, tient à ce qu'aucune observation d'aucun phénomène et/ou d'aucun problème quel qu'il soit, et dans quelque domaine que ce soit, n'est possible, sans la possession, apriori, de termes et d'énoncés universels au sens strict [3].

Tous les organismes vivants, seraient, (« de l'amibe à Einstein », écrit-il dans « La Connaissance objective »), obligés de faire des essais de solution à leurs problèmes et de les soumettre à des tests plus ou moins complexes. De ce fait toute connaissance est le fruit de la même et unique méthode par « conjectures et réfutations », ou, plus simplement, par essai et correction progressive de l'erreur. Toutefois, reconnaît Popper, il y a une différence fondamentale entre l'amibe et Einstein, c'est que l'« amibe fuit devant la falsification (réfutation) : son attente constitue une partie d'elle-même » [4], elle court donc le risque d'être anéantie par la réfutation de l'hypothèse. Alors qu'Einstein, explique Popper, « objective son hypothèse. (...). Elle représente quelque chose d'extérieur à lui : le scientifique peut anéantir son hypothèse par sa critique sans disparaître avec elle » [5].

Karl Popper, qui considérait que l'étude de la méthode scientifique, n'était qu'un cas particulier de la philosophie de la connaissance, pensait donc que « toute vie est résolution de problème » [6], et que l'apprentissage, donc aussi l'acquisition de la connaissance objective, s'agissant de la formation de la Science, nécessitait la formulation d'hypothèses sur la solution des problèmes, hypothèses qui ne pouvaient éviter d'être soumises à des tests pour en être renseigné sur leur valeur informative. Selon ce philosophe, qui croyait en l'intelligence animale, compte tenu de l'observation des comportements de certaines espèces (comme l'enseignement-apprentissage de l'échouage volontaire chez les orques pour chasser le phoque, ou les techniques complexes de chasse du Martin-pêcheur adaptées en fonction des difficultés), quiconque veut apprendre et établir un loi générale, doit donc en passer par une mise à l'épreuve de ses « attentes théoriques » voire de certains préjugés.

Par ailleurs, dans son livre, « Conjectures et réfutations », Popper souligne que la science est aussi tradition, en ce que les hommes ne peuvent véritablement s'engager sur la voie d'un véritable travail scientifique qu'en reprenant, de manière critique et intersubjectivement contrôlée, les tests de leurs prédécesseurs, en essayant d'imaginer de nouveaux tests sur la base d'éléments inédits. Il est donc impensable que les scientifiques puissent travailler de façon totalement isolée et subjective, ils doivent, selon Popper, et dans tous les cas possibles, constamment soumettre les théories qui leur sont les plus chères au risque d'une falsification (ou réfutation) empirique réalisée par d'autres.

Par conséquent, le rationalisme critique, est la cheville ouvrière de toutes les sciences. Il s'actualise concrètement dans l'existence des laboratoires, des tests intersubjectifs qui y sont réalisés, dans la remise en question constante de ces tests grâce à la discussion critique entre les scientifiques (séminaires, conférences, publications, etc.), et par des institutions qui, favorisées par les systèmes démocratiques, permettent leur échange et leur divulgation dans le monde, créant ainsi ce que l'on nomme couramment la « communauté scientifique ».

Karl Popper ne peut imaginer que les scientifiques puissent faire évoluer leurs théories sans avoir recours à des tests dont la qualité fondamentale est d'être reproductibles de manière intersubjective, à condition bien sûr, que cette intersubjectivité soit elle-même organisée et contrôlée par des institutions (la prétendue intersubjectivité dont nous parlent dernièrement des psychanalystes comme Roland Gori, et qui aurait lieu au cours de l'analyse, situation privilégiée de recherche scientifique, selon eux, en psychanalyse, comme le pense Daniel Widlöcher, n'est donc que fort éloignée, sinon diamétralement opposée avec la conception de l'intersubjectivité qu'a toujours défendue Karl Popper). Parce que les théories de la science, si elles sont générales donc objectives, ne peuvent jamais être autre chose que des énoncés universels stricts, lesquels sont tous logiquement réfutables et invérifiables donc incertains [7]. C'est-à-dire des énoncés dont il est nécessaire d'en réévaluer sans cesse le contenu par des tests, suite aux problèmes nouveaux qui surgissent inévitablement des plus récentes réfutations, et aussi des nouvelles corroborations, qui, elles mêmes, concourent directement à l'accumulation du savoir scientifique, laquelle est, pour Popper, le résultat, et non la méthode de la science.


Références bibliographiques :

[1] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 (et suivantes).
[2] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 - 165.
[3] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : « Les théories », Pages 57 à 74.
[4] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25.
[5] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25.
[6] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1.
[7] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : les théories ». Pages 57 à 74.


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La réfutabilité (ou falsifiabilité) des théories. (Modifié le 03-03-2009). | 08 août 2008

Le problème de la démarcation, ou « problème de Kant » :

Pour Popper, le problème fondamental en philosophie des sciences est celui de la démarcation : c'est la question de la distinction entre ce qui relève de la science ou de la métaphysique. Dans son livre intitulé « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance », Popper explique que le problème de la démarcation est également identifiable au « problème de Kant » auquel il prétend apporter une solution originale, tout comme pour le problème de l'induction, appelé « problème de Hume ».

Le célèbre critère de démarcation proposé par Karl Popper en 1934, provient de son invalidation de la doctrine de l'induction, qui se caractérise par une solution au problème de l'induction, laquelle consiste à démontrer, qu'il n'y a tout simplement pas d'induction, ou que l'induction n'est qu'un mythe.

Cette doctrine [l'induction] était défendue par les philosophes positivistes du Cercle de Vienne, tels Rudolf Carnap, Moritz Schlick, Ludwig Wittgenstein, Cercle au sein duquel Popper était admis comme étant « l'opposition officielle ». Le projet du Cercle de Vienne était d'éliminer entièrement la métaphysique, ou, plus exactement d'extirper de la Science tous les énoncés métaphysiques lesquels étaient considérés comme « vides de sens ». Les membres du Cercle admettaient que seuls les énoncés vérifiables par les « données des sens », (les énoncés singuliers portant sur la réalité, « énoncés atomiques ») avaient une signification utile pour la science et l'édification des lois universelles, à partir d'eux, par des procédures inductives. La vérifiabilité des lois universelles, à partir des énoncés atomiques, était le critère de démarcation positiviste qui devait permettre de trancher entre science et métaphysique, tout en éliminant complètement la métaphysique de toute entreprise scientifique.

L'erreur commise par le Cercle de Vienne consiste donc à considérer les énoncés universels au sens strict, comme métaphysiques, parce que « vides de sens » du fait de l'impossibilité logique de les vérifier empiriquement. Paradoxalement, les lois générales qui devaient être vérifiées selon une procédure inductive de vérifications d'énoncés atomiques devaient donc être exclues de la science. Parce que ces énoncés sont non vérifiables, ils étaient aussi appelés de « pseudo-énoncés » par les membres du Cercle de Vienne. On remarquera pourtant la position tout à fait similaire entre Popper et ses adversaires sur le statut logique des énoncés universels stricts : ils sont invérifiables avec certitude. Mais la différence fondamentale et qui met définitivement Popper à distance du positivisme est qu'il remarque que certes, ces énoncés ne sont pas vérifiables même par un nombre illimité d'énoncés atomiques, mais réfutables par un seul d'entre eux qui puisse entrer en contradiction. Par cette voie, Karl Popper proposera son principe d'asymétrie entre vérification et falsification.

Il est à préciser que Karl Popper adoptera une position plus nuancée vis-à-vis du statut de la métaphysique dans les sciences empiriques. En effet, il était d'accord, dans l'absolu, avec l'idée que l'une des tâches importantes de toute science empirique était de remplacer progressivement ses énoncés métaphysiques par des lois universelles corroborées par des tests, et accordait une certaine valeur à la métaphysique arguant du fait que l'histoire des sciences empiriques montrerait qu'elles sont « presque toujours sorties du giron de la métaphysique » et que « le point de vue selon lequel la métaphysique devrait être éliminée comme « non scientifique » est lui-même expressément contesté par de nombreux représentants de ces sciences » [1]. Cependant il fallait trouver une solution au problème de la démarcation lequel pouvait être formulé à partir de quelques questions :

- « Qu'entend-on exactement par ces expressions de métaphysique et de science empirique ? »

- « Peut-on ici, en général, établir des distinctions rigoureuses, des limites précises ? » [2].

La réponse que donne Popper à ce problème est que « la théorie de la connaissance doit établir un critère rigoureux et universellement applicable permettant de distinguer les propositions des sciences empiriques des assertions métaphysiques (critère de démarcation). » [3].

Pour Karl Popper, l'induction, (dont les problèmes insurmontables auraient, selon lui, été bien mis en évidence par David Hume) comme méthode scientifique, n'est qu'un mythe. Il pense qu'aucune loi scientifique n'a jamais pu être édifiée par une procédure inductive, et qu'une telle croyance repose toute entière sur une version erronée de la théorie de la connaissance s'apparentant à celle du sens commun. Il soutient, de façon répétée dans toute son œuvre, qu'il n'y a pas d'induction à proprement parler, puisque toute observation est précédée par une théorie générale et sélective, et parce que toute justification d'un principe d'induction sombre irrémédiablement dans la régression à l'infini ; parce que, explique Popper, « pour le justifier, nous devrions pratiquer des inférences inductives [il serait particulièrement contradictoire qu'un inductiviste ait recours à des procédures déductives pour justifier son principe d'induction] et pour justifier ces dernières nous devrions assumer un principe inductif d'un ordre supérieur et ainsi de suite. La tentative visant à fonder le principe d'induction sur l'expertise échoue donc puisque celle-ci doit conduire à une régression à l'infini ». [4].

Il ne sert donc à rien de collectionner des milliers ou des millions d'observations de cygnes blancs pour affirmer la vérification de la théorie universelle « tous les cygnes sont blancs ». Ce genre de théorie n'étant pas limitée dans le temps, il est toujours logiquement possible qu'elle soit réfutée par l'observation d'un cygne non blanc.

Selon « La logique de la découverte scientifique » de Popper, une loi scientifique n'est donc pas une loi vérifiée - ni même vérifiable par l'expérience - mais une loi réfutable (ou falsifiable) dont la réfutation reste toujours logiquement possible. Il affirme que toutes les lois scientifiques universelles ont obligatoirement la forme logique d'énoncés universels au sens strict non vérifiables avec certitude mais par contre réfutables (et non d'énoncés universels au sens numérique ou d'énoncés singuliers portant sur la réalité, lesquels peuvent être vérifiés).Cependant, et malgré les nombreuses incompréhensions de ses détracteurs, Popper a toujours soutenu et expliqué sont point de vue selon lequel aucune falsification ne peut être concluante, tout reposant, in fine sur les décisions méthodologiques des chercheurs. C'est la raison pour laquelle Popper estime que son critère de démarcation, doit se comprendre comme un critère méthodologique de démarcation.

Les propositions qui annoncent l'existence de faits, sans préciser de coordonnées spatio-temporelles, sont appelées, par Popper, des énoncés existentiels au sens strict (exemple : « il y a ou il existe des créatures vivant sur Mars » ; ou bien : « il y a l'inconscient refoulé »). Les énoncés à propos de tous [les événements logiquement compatibles avec une théorie universelle], mais qui ne précisent pas de conditions initiales d'observation, sont nommés énoncés universels au sens strict [5] (Exemple : « tous les requins tigres ont des dents en forme de crête de coq »).
- Les énoncés existentiels au sens strict ne peuvent être falsifiés, mais sont toujours potentiellement vérifiables. Pour cette raison, Popper les considère comme non-empiriques ou métaphysiques ce qui implique qu'ils ne possèdent aucune valeur informative, (comme les tautologies). En effet, Popper explique que nous de pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais [6].
- Les énoncés universels au sens strict, parce qu'ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle limitée, ne sont pas vérifiables, car nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi [7]. Par contre, les énoncés universels au sens strict, s'ils ne sont donc pas logiquement vérifiables, sont logiquement falsifiables par la confirmation expérimentale de falsificateurs virtuels acceptés par la communauté scientifique [par décision méthodologique] comme pouvant faire l'objet de tests intersubjectifs afin de tenter de corroborer une théorie ainsi mise à l'épreuve.
Popper en vient donc à émettre le principe d'asymétrie entre vérifiabilité et falsifiabilité, avec comme conséquence, la falsifiabilité unilatérale des énoncés de la science empirique [8].

C'est donc la démarche par « conjectures et réfutations », qui soit la seule valide selon Popper, pour l'accroissement des connaissances scientifiques.

Le critère de falsifiabilité :

Il peut être ainsi formulé : « si on entend par énoncé un simple un rapport d'observation, nous pouvons dire qu'une théorie est scientifique si elle divise sa base empirique (la classe de tous les énoncés de base possibles) en deux sous-classes, dont une est composée de falsificateurs virtuels, seuls énoncés capables d'en révéler les limites, donc le contenu empirique. Il faut obligatoirement que la sous-classe des falsificateurs virtuels soit non-vide. » [9] :

1 - La sous-classe des énoncés qui peuvent mettre en échec la théorie, appelés falsificateurs potentiels ou énoncés interdits par la théorie [10] (si ces énoncés sont confirmés à la suite d'un test élaboré grâce à une hypothèse falsifiante, la théorie est dite réfutée ou falsifiée ; si ces mêmes énoncés sont infirmés, la théorie est alors dite corroborée. Pour qu'il y est corroboration, il faut donc qu'il y est eu un test négatif qui a échoué en tentant de falsifier la théorie) ;

2 - La sous-classe des énoncés avec lesquels la théorie universelle s'accorde apriori telle qu'elle est formulée avant toute mise à l'épreuve, appelés par Popper les énoncés permis par la théorie (les nouvelles observations réalisées et qui s'accordent directement avec ce que dit déjà la théorie, n'en sont jamais, pour Popper, des corroborations, mais seulement des confirmations, sachant que pour Popper, il y a corroboration, que s'il y a eu tentative de réfutation par le biais d'un test tentant de confirmer expérimentalement un falsificateur virtuel de la théorie, tentative qui a échoué. L'observation d'autres cygnes blancs, ne fera qu'apporter de nouvelles confirmations positives de la théorie universelle tous les cygnes sont blancs, mais sans en démontrer sa valeur descriptive, explicative et prédictive, et donc son contenu empirique, sachant que Popper définit le « contenu empirique » par la sous-classe des falsificateurs virtuels [11]).

Donc une théorie est dite « scientifique », si et seulement si elle admet une sous-classe non-vide de falsificateurs virtuels, parmi la classe de tous les énoncés de base possibles. Ceci est, bien entendu, la condition sine qua non de la scientificité pour Popper, mais elle s'accompagne de bien d'autres sophistications que l'on ne peut éluder pour prétendre avoir bien cerné les exigences de scientificité selon ce philosophe, comme par exemple le caractère reproductible des tests, leur indépendance, leur intersubjectivité, sans oublier l'attitude sociologique des chercheurs vis-à-vis de leurs propres théories, des tests, des conclusions de leurs collègues, ainsi que des institutions démocratiques nécessaires à l'organisation et au contrôle de tout ces processus constituant le rationalisme critique défendu par Karl Popper. Après avoir pris en compte tous les corollaires indispensables à l'édification de la scientificité tels que le décrit Karl Popper, on comprend mieux pourquoi il a imaginé une cohérence entre ses conceptions épistémologiques et celles sur le manière de concevoir le fonctionnement des démocratie contre l'utopie totalitaire.

Les psychanalystes, pour ne citer qu'eux en tant qu'adversaires déclarés de l'épistémologie poppérienne, limitent bien trop souvent (et parfois à dessein) leur compréhension de la scientificité du philosophe à sa seule formule célèbre sur la falsifiabilité pour affirmer par exemple que la psychanalyse comporte aussi des énoncés réfutables ou que Freud ne cessait de réfuter ses théories ! Effectivement, si l'on isole la plupart des propositions ou autres énoncés sur n'importe quel thème théorique de la psychanalyse, comme la paranoïa, les rêves, et même la théorie de l'inconscient, on trouve beaucoup d'énoncés réfutables. Et Freud, dans son cabinet, ne pouvait éviter de manier des concepts universels, et de tenter des hypothèses adaptées à chaque patient sur la base de ses théories générales. De ce point de vue, on ne peut donc objecter à Adolf Grünbaum que la psychanalyse serait « saturée d'énoncés falsifiables ».

Mais dans toute l'histoire de la psychanalyse, on n'a à faire qu'à de pseudo-réfutations, donc à une pseudo-réfutabilité de la doctrine, et par suite, à une pseudo-science. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois que Freud formulait un énoncé réfutable sur un cas ou une situation clinique particulière, dès que les faits risquaient de remettre en question sa tentative, il se servait de son fameux postulat sur le déterminisme psychique absolu comme roue de secours increvable rendant possible sa version délirante du symbolisme ou de l'ambivalence pour que ses interprétations retombent à tous les coups sur leurs pieds. C'est à cause de cette constante propension à engloutir toutes les réfutations possibles, que certains ont finit par déclarer que face à l'interprétation freudienne toute tentative de critique est promise à l'échec et que l'interprétation analytique c'est « pile je gagne, face tu perds »...

Ce qui se passe surtout, c'est qu'à chaque fois et sans aucune exception dans l'histoire de la psychanalyse freudienne, la reformulation des théories est réalisée sans que jamais il y ait eu le moindre test indépendant, extra-clinique, reproductible et intersubjectif. Pour le vérifier il suffit de contrôler la table des matières de tous les ouvrages de Freud pour constater que strictement aucun d'entre eux ne renvoie à des références bibliographiques sur des tests aux qualités bien spécifiques que nous décrivons et que Sigmund Freud aurait effectués ou qu'il aurait utilisés comme base de ses recherches pour en échafauder de nouveaux.

Pas de tests intersubjectifs construits sur la base d'autres tests antérieurs élaborés par une communauté de chercheurs en psychanalyse, donc jamais de réel progrès cumulatif des théories, puisqu'en science seul des tests qui se succèdent les uns aux autres et dont on peut en critiquer rationnellement la teneur, peuvent générer ce type de progrès dans le savoir. L'absence de progrès cumulatif découle aussi directement de l'infalsifiabilité effective de toute la psychanalyse. Le passage de la première à la deuxième topique du psychisme, par exemple, ne constitue pas un progrès cumulatif, mais une remise à plat des idées freudiennes sur l'organisation spatiale de la vie psychique, rien de plus.

Tout comme Freud, l'homme de la rue, dans son contexte isolé, manipule constamment des concepts et des théories universelles réfutables, et le plus souvent sans s'en rendre compte. Cela fait-il de lui un homme de science [pourtant la vie quotidienne de tout individu est saturée par l'utilisation de concept et d'énoncés universels !] ? On comprend alors tout de suite pourquoi il ne suffit pas de se référer à la seule phrase célèbre de Karl Popper, une théorie est scientifique si elle peut être réfutée, pour prétendre avoir compris en quoi consiste une réfutation scientifique pour ce philosophe accompagnée de toutes ses autres implications lesquelles ne sont jamais remplies par la psychanalyse d'hier ou d'aujourd'hui contrairement à ce qu'a pu écrire dernièrement le psychanalyse Jean Laplanche.

En résumé, ce qui fait donc largement défaut à la psychanalyse depuis ses débuts jusqu'à nos jours c'est une certaine dimension sociale de construction et d'administration de la preuve. A tel point qu'un des plus célèbres critiques externes de la psychanalyse comme Frank Cioffi, identifia la psychanalyse comme une pseudo-science, non sur la base des critères de Popper, mais sur le fait que c'était une culture de mauvaise foi, les psychanalystes n'ayant pas cessé, tout au long de leur histoire, de nier les invalidations et les réfutations souvent éclatantes qui leur étaient démontrées.

Différence entre falsifiabilité et falsification :

Popper s'est montré très vigilant sur la distinction à respecter entre falsifiabilité et falsification. C'est sur la base d'une confusion entre les deux concepts que beaucoup de ses détracteurs (comme Imre Lakatos et Thomas Kuhn), échafauderont la critique selon laquelle son critère de démarcation serait inapplicable dans le travail réel des scientifiques, arguant du fait qu'il serait impossible de falsifier une théorie définitivement, donc de manière décisive.

Dans son livre « Le réalisme et la science », il s'indigne de cette tenace incompréhension de sa thèse, et soutient qu'il avait pourtant bien précisé qu'aucune théorie scientifique n'est falsifiable de manière décisive [12], et que cela ne posait aucun problème pour la recherche scientifique, bien au contraire [13], comme on va le voir en lisant les propos de Popper :

« La difficulté, voire souvent l'impossibilité d'obtenir en pratique une falsification concluante, est avancée comme une objection au critère de démarcation que j'ai proposé, ou même comme une démonstration de l'impossibilité qu'il y aurait à le mettre en application. Tout cela n'aurait que peu d'importance, n'était que certains en furent conduits à abandonner le rationalisme en épistémologie pour tomber dans l'irrationalisme. Si ce n'est pas de manière rationnelle et par la critique que la science progresse, comment espérer que des décisions rationnelles puissent être prises dans d'autres domaines ? Une mise en cause désinvolte d'un terme logico-technique mal compris a ainsi conduit d'aucuns à des conclusions philosophiques, voire politiques, d'une portée considérable et d'un effet désastreux. Il faut insister sur le fait que le caractère incertain de toute réfutation empirique (que j'ai moi-même relevé à maintes reprises) ne doit pas être pris trop au sérieux (comme je l'ai également fait valoir). Il y a beaucoup de falsifications importantes qui sont aussi définitives que l'autorise l'universelle faillibilité de l'homme. De plus, toute falsification peut, à son tour, être soumise à des tests. »

« L'attribut spécifique de la connaissance humaine est qu'elle peut se formuler dans le langage, sous forme de propositions. La connaissance peut ainsi devenir consciente et objectivement critiquable par des arguments et par des tests. Nous en arrivons par là à la science. Les tests sont des tentatives de réfutation. Toute connaissance demeure faillible, conjecturale. Il n'y a pas de justification, et en particulier, bien évidemment, pas de justification définitive d'une réfutation. Pourtant nous apprenons par réfutation, c'est-à-dire par élimination de l'erreur, par rétro-action. Une telle analyse ne fait pas la moindre place à une quelconque « falsification naïve ». »

La falsifiabilité ne concerne, pour Popper, que la nécessité pour une théorie, si elle veut être empirique, d'être dans un certain rapport logique avec les énoncés de base possibles [14].

La falsification, concerne les tests reproductibles qu'il a été possible d'effectuer. Pour Popper, « l'on doit considérer une théorie comme falsifiée, que si nous découvrons un effet reproductible qui la réfute » (Popper). La falsification fait donc directement référence à une hypothèse falsifiante qu'il a été possible de soumettre à des tests pour corroborer ou réfuter une théorie [15]. Il s'agit donc d'un critère méthodologique.



Références bibliographiques :

[1] Karl Popper. « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. » Edition Hermann, Paris, 1999. Chapitre 1, page 27.
[2] Karl Popper. Op. cit. Page 28.
[3] Karl Popper. Op. cit. Page 28.
[4] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ».
[5] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 3 : « Les théories ». Section 15 : « Enoncés universels au sens strict et énoncés existentiels », pages 66 à 69.
[6] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[7] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[8] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[9] Karl Popper. Op. cit. Page 84.
[10] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[11] Karl Popper. Op. Cit. Pages 120 à 121.
[12] Karl Popper. « Le réalisme et la science ». Edition Hermann, Paris, 1990. Introduction, pages 3 à 6.
[13] Karl Popper. Op. Cit. Introduction, pages 3 à 6, puis pages 13 à 17.
[14] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 4 : « La falsifiabilité ». Section 22 : « Falsifiabilité et falsification ». Page 85.
[15] Karl Popper. Op. Cit. Page 85.

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« Corroboration » (Modifié le 5 mai 2009). | 30 juillet 2008

Voilà la dernière version de « Corroboration », un article que j'ai entièrement créé sur Wikipédia.fr. En fait de « dernière version », celle qui apparaît dans l'encyclopédie est amputée de certains éléments qui se trouvent ici. Je ne prétends pas que cette mouture est parfaite et son contenu pourrait être amélioré tant pour coller davantage au style encyclopédique que pour sa richesse en informations et en références. Mais un effort de départ a été fait, par moi seul, et j'en suis fier.

Cet article fut créé et publié sous IP alors que j'étais déjà banni de l'encyclopédie. Sa première version fut éliminée par l'indécollable « Yugiz » (une conchita wikipédienne très expérimentée dans le vandalisme « officiel » et la censure). Mais, heureusement, tous les administrateurs de Wikipédia ne sont pas à ranger dans le même sac, et c'est grâce à l'indépendance d'esprit, la clairvoyance et le courage de « Alchemica » qu'il a été rétabli puis maintenu.

Par la suite, j'ai dû multiplier mes interventions sous IP et sous une longue série de « faux-nez », pour parvenir, non sans mal à en améliorer continuellement le contenu. Ce n'est donc qu'après moult révocations de « Yugiz » (qui fut de loin le plus zélé dans cet infâme domaine) et d'autres administrateurs bornés suivies de mes contre révocations, que j'ai fini, avec de la chance, par réussir à enrichir le contenu de cet article.

Les toutes dernières modifications importantes (je répète encore que tous les autres contributeurs n'ont apportés que des modifications mineures concernant la forme) que j'ai réalisées sous les faux-nez de « Pim-pam-poum » ; « Allosaurus » et « Yens », ont toutes été révoquées et je pense maintenant qu'il me faudra beaucoup de chance pour parvenir à rétablir celle-là.

Avec le recul, je me dis maintenant que je n'aurais jamais dû fournir cet effort pour Wikipédia (et encore moins pour tous les autres articles pour lesquels je suis le principal contributeur, comme « Critique de la psychanalyse »), j'aurais dû garder tout ce travail pour moi, pour mon propre profit ou pour une autre encyclopédie d'un niveau bien plus honorable et administrée par des personnes qui aiment vraiment le savoir.

Wikpédia n'est qu'un repère de cliques dont le but est de protéger des lobbies. Ces lobbies sont protégés par ces cliques formées par des administrateurs et des contributeurs pour écœurer tous ceux dont les apports dans Wikipédia peuvent porter atteinte à leurs intérêts. Ainsi toute question de neutralité de point de vue est entièrement réglée selon les intérêts et autres totems à protéger. Il n'y a donc pas de prétendu « projet encyclopédique » dans Wikipédia.fr sur certains thèmes, mais des projets de propagande et de contrôle de l'information et de la connaissance. Vous avez dit « Lumières » ?

Et quel rapport peut avoir cet article - « Corroboration » - avec la critique de la psychanalyse ? C'est relativement simple : l'histoire du mouvement freudien et de la psychanalyse nous montre que Freud prétendait non seulement être l'égal de Galilée mais encore avoir fondé une authentique science du même niveau que la physique ou l'astronomie. Tout dernièrement, j'ai appris que des freudiens tels Jean Laplanche affirment que Freud aurait été un « poppérien avant la lettre », ou d'autres qu'il aurait même été « plus poppérien encore que Popper » (... !) ou d'autres encore, comme Roland Gori, que l'épistémologie de Karl Popper reste impropre et inefficace à juger la psychanalyse, et, notamment, que la psychanalyse aurait bel et bien « progressé » comme une véritable science, et que ses théories seraient falsifiables.

Je crois avoir d'excellentes raisons de penser que tout cela est faux. Malheureusement pour les freudiens, l'histoire (non « officielle » donc non légendaire) de la psychanalyse nous apprend que Freud rejeta explicitement la méthode expérimentale, qu'il s'isola pour découvrir ses « objets » (l'inconscient, l'Œdipe, le refoulé, etc.) par le procédé délirant de l'introspection en suivant donc l'inductivisme le plus naïf ; qu'il ne publia jamais une seule étude quantitative qui ait pu conforter ses théories (Alan J. Hobson) ; que strictement aucune de ses nombreuses publications ne contient la moindre référence à un quelconque test qui fut réalisé de manière extra-clinique, intersubjective, indépendante, empirique et reproductible.

De nos jours, tout en continuant de haïr à mots couverts le rationalisme critique de Popper et son falsificationnisme méthodologique, les freudiens qui se sont rendus compte (tels Laplanche et Gori, pour ne citer qu'eux), qu'on ne pouvait éternellement éluder l'extraordinaire puissance des arguments de Popper comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tentent, uniquement pour des raisons « politiques », afin d'essayer de devancer l'air du temps (cyclonique je dois dire...) qui souffle sur leur théorie, d'accrocher au wagon...Mais comment s'y prennent-ils ? Toujours de la même façon : par déformations, arrangements frauduleux donc désinformation. Ainsi redéfinissent-ils la notion si importante d'intersubjectivité dans l'épistémologie de Popper afin qu'elle colle avec le cadre totalement subjectif de l'analyse. Il leur suffit, à eux les freudiens, d'être deux (le patient et l'analyste), dans un cabinet, pour satisfaire à l'intersubjectivité telle que Popper la considérait ! Pour eux, le fait qu'il y ait des propositions réfutables dans l'œuvre de Freud (mais irréfutables si l'on tient compte de l'incontournable position de Freud sur le déterminisme psychique) suffit donc aussi à satisfaire les injonctions de Popper sur la scientificité ! Mais comment lisent-ils Popper ?? Ce qu'ils ne comprennent pas c'est que dans la vie de tous les jours, le tout un chacun fait continuellement des propositions réfutables ou non réfutables et utilise aussi des noms communs donc des termes universels dépendant eux-mêmes de lois universelles réfutables. Cela suffit-il à faire de chacun d'entre nous un « scientifique » au sens de Popper ? Je crois qu'il vaut mieux rire des derniers arguments des freudiens. Certes Popper a écrit, répété, martelé que pour qu'une théorie soit scientifique il faut qu'elle soit logiquement falsifiable (réfutable), cela voulait-il dire que les conditions de scientificité se limitent à cette seule phrase ? Bien sûr que non. Réfutable, certes, mais dans un contexte plus précis, beaucoup plus complexe et bien spécifique que celui du rationalisme critique institutionnellement contrôlé, prenant vie dans des articles scientifiques, des discussions, et surtout une tradition de tests bien spécifiques eux-aussi, qui précèdent toute nouvelle tentative de réfutation ou de corroboration. Sur quelle tradition de tests respectant les critères poppériens Freud s'est-il explicité fondé ? Réponse : aucune. Quelle tradition de tests expérimentaux et scientifiques répondant aussi aux critères de Popper, Freud a-t-il légué ? Réponse : désespérément aucune. Pour couronner le tout, c'est Jean Laplanche lui-même qui écrit que Freud ne recherchait pas activement des réfutations et qu'il cherchait même surtout à les éviter ! Voilà bien une attitude typiquement non-poppérienne. Quant aux termes d'indépendance des tests et de reproductibilité les freudiens ne font pas mieux. Il n'y a pas si longtemps ils considéraient, en s'appuyant sur les propos d'Heisenberg, qu'aucune expérience n'était tout à fait indépendante de l'expérimentateur. Pourtant la preuve scientifique ne fonctionne pas sans être « indépendante » et de l'expérimentateur et de l'objet de recherche. Un exemple ? Ceux qui veulent prouver scientifiquement et de manière indépendante l'existence de Jésus Chirst ont recours au fameux linceul et aux traces que Jésus y auraient laissées. On peut avoir là, effectivement une preuve « indépendante ». Pourquoi ? Où donc réside-t-elle ? Elle réside dans le linceul, comme chacun l'aura compris. Parce qu'un linceul, tout le monde peut en avoir un. Et cela ne dépend donc pas de Jésus mais des traces que peut laisser la mort sur un tissu, la mort ici testée en tant que théorie universelle (tous les morts, y compris Jésus, laissent des traces reconnaissables selon des caractéristiques répondant elles-mêmes à des lois de la science ; caractéristiques prédictibles donc testables en fonction de conditions initiales déjà connues et testées dans d'autres cas). Mais dans le cadre si intime de la cure, du divan, où l'analysé est isolé avec son analyste, directement en prise avec l'objet de recherche (l'inconscient ou le refoulé) tout en étant lui-même « juge et partie » de cet objet, et tout en étant directement sous l'influence possible de son analyste, et, faut-il le rajouter, sur la base d'informations exclusivement qualitatives que sont les associations libres...Comment fonder des théories prétendument objectives et de quelle réalité, dans un cadre comme celui-ci ? Comment la psychanalyse pourrait-elle devenir une soi-disant « science de la subjectivité » selon les vœux pieux de Daniel Widlöcher ? Quel genre de test pourrait-on construire sur la base de théories elles-mêmes fondées par la version du déterminisme la plus absolue et aprioriste de l'histoire des idées ? Bref. On a beau tourner et retourner encore en tous sens la situation épistémologique de la psychanalyse, tout, absolument tout l'éloigne de Karl Popper et de la Voie de la Science.

Le véritable progrès scientifique de la connaissance objective exige des procédures de « corroboration » très strictes et fondées sur la logique. C'est Karl Popper qui en a précisé les conditions avec une rigueur qui lui a valu une renommée et un prestige mérités et sans aucun précédant pour un philosophe des sciences.

L'histoire de la psychanalyse et du Freudisme nous montre avec l'éclairage des historiens indépendants comme Borch-Jacobsen, Bénesteau, Van Rialler, etc., qu'en psychanalyse, il n'y a jamais eu, et il n'y a pas de « progrès » véritable et cumulatif des connaissances comme dans une science digne de ce nom. Et il n'y en aura pas non plus si les freudiens n'abandonnent pas le postulat du déterminisme prima faciae et absolu, c'est-à-dire l'apriorisme, sachant que c'est seulement en vertu de ce postulat qu'ils considèrent être en mesure d'investiguer voire même d'écouter les fameuses associations libres constituant et la méthode et une partie de l'objet de toute « recherche » en psychanalyse ! Autant dire que dès les débuts, la psychanalyse n'était même pas dans une impasse scientifique, elle était déjà un projet scientifique mort-né et son heuristique n'est qu'une illusion entretenue par les mots, la rhétorique, et la mauvaise foi.


Introduction

Le concept de corroboration fut introduit par le philosophe des sciences et de la connaissance autrichien, Karl Popper, en 1934, dans son œuvre intitulée « La logique de la découverte scientifique » (« Logik der forschung »).

1. Définition

Le concept épistémologique attaché à ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d'un terme ''neutre'' permettant d'« exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves ». (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Éditions Payot, 1973, Chapitre : ''La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests''. Pages 256 et suivantes.)

Dans ''La logique de la découverte scientifique'', Karl Popper stipule qu'une théorie est corroborée aussi longtemps qu'elle passe les tests avec succès. « L'évaluation qui affirme la corroboration (l'évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d'incompatibilité. Nous interprétons l'incompatibilité comme une falsification de la théorie ». (op. cit. page 271). Une théorie (scientifique ou autre) est considérée comme falsifiée si un test déduit de cette théorie a pu en démontrer la fausseté à partir de certaines conditions initiales.

2. Genèse du concept

Ce concept provient d'une réflexion de Popper contre ce qu'il appelle la logique inductive, qui se serait, « développée comme une logique susceptible d'attribuer aux énoncés non seulement les deux valeurs « vérité » et « fausseté » mais encore des degrés de probabilités ». (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256.)

Ce que Popper reproche à la logique inductive, c'est de proposer que les énoncés scientifiques pourraient être considérés comme tels, à la suite d'une évaluation inductive laquelle permettrait d'en vérifier de manière décisive, soit la vérité, soit la fausseté, soit encore un certain de degré de probabilité mathématique. Or, Popper affirme qu'il est logiquement impossible, non seulement de vérifier de manière certaine les énoncés généraux de la science (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256), également de les réfuter de manière décisive, sachant que des stratagèmes ad hoc peuvent toujours, les sauver d'une réfutation (Karl Popper. Le réalisme et la science. Edition Hermann, Paris, 1983. Page 3 à 11), et aussi de les accepter sur la base d'une probabilité mathématique, laquelle, écrit Popper, est toujours égale à zéro face à l'infinité des cas non encore observés.

Popper en vient donc à proposer que « au lieu de débattre de la probabilité d'une hypothèse nous devrions essayer d'évaluer les tests, les épreuves, qu'elle a passés, c'est-à-dire que nous devrions essayer d'évaluer jusqu'à quel point elle a pu prouver son aptitude à survivre en résistant aux tests. Bref, nous devrions essayer d'estimer jusqu'à quel point elle a été corroborée » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256)

3. Corroboration et falsification

Dans sa vision de la logique de la découverte scientifique, Karl Popper met en exergue des liens logiques entre la formulation des théories de la science et leur possibilité d'être soit falsifiables, soit corroborables par des tests. Il en résulte que les deux moyens dont dispose le scientifique pour accroître son savoir (la falsification ou la corroboration) est dépendant du fait qu'il est impossible, d'un point de vue méthodologique, de vérifier avec certitude les théories universelles comme celles d'une science (Karl Popper. Ibid. p. 258).

3.1. Corroboration et invariance des lois de la science

Popper fait observer que traditionnellement les scientifiques ont tendance à considérer que ce sont les théories qui changent pour s'adapter à la Nature qui elle ne changerait pas, posant ainsi le principe de l'immuabilité des processus naturels ou « le principe de l'uniformité de la nature » (Karl Popper. idid. p.257).

Cependant des changements dans l'ordre de la Nature peuvent bien se produire, comme le fait que le soleil ne se lève pas demain. Dès lors, Popper propose qu'il relève de la tâche de la science que d'expliquer de tels changements par des lois nouvellement corroborées, ce qui engage à réviser de fond en comble les lois antérieures de telle sorte que « les théories révisées devraient rendre compte non seulement de la nouvelle situation mais encore de nos expériences antérieures » (Karl Popper. Ibid. p.258).

Ceci implique à son tour que le principe de l'uniformité de la nature doit être remplacé par le postulat d'invariance des lois naturelles (Karl Popper. Ibid. p.258), posant en principe que ces lois ne doivent pas comporter d'exceptions, ce qui donne toute sa signification à la méthode qui consiste à tenter de falsifier une théorie en montrant qu'une exception reconnue par la communauté scientifique s'est bien produite, ou à les corroborer en montrant que la formulation initiale des théories leur permet quand même de résister au test d'une occurrence jugée inédite a priori.

3.2. Degré de corroboration et degré de falsifiabilité

Le degré de corroboration d'une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas la corroborant, concerne principalement « la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise » (op. cit. page 272). En somme, le progrès en science, ne résulterait pas de l'accumulation progressive de nos expériences sensorielles non interprétées rendues possibles par une utilisation toujours améliorée de nos sens (Karl Popper. Ibid. p. 285-286). Seules des idées audacieuses, des anticipations injustifiées et des spéculations peuvent être des outils pour saisir et comprendre la Nature. Popper justifie ainsi le recours à des tests, sur la base de ces conjectures audacieuses dont le destin est leur réfutation ou leur corroboration.

Popper, précise dans « La logique de la découverte scientifique » et dans « Conjectures et réfutations » (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d'une théorie s'apparente à son « contenu logique » et son « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès, ce qui veut dire que sous certaines conditions initiales nouvelles, certaines prédictions déduites de la théorie ont pu infirmer des occurrences possibles de faits qui risquaient de la réfuter. Par conséquent, avec l'accroissement du degré de corroboration, s'accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie (au sein de la classe de tous les énoncés de base de la théorie), les « falsificateurs virtuels », qui peuvent potentiellement la mettre en échec. Car en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise.

Plus une théorie est corroborée, plus elle est précise et potentiellement falsifiable. Cette précision accrue implique une information accrue sur ce que la théorie interdit grâce à l'augmentation de la sous-classe des falsificateurs virtuels qui seuls sont aptes à fournir aux scientifiques une information utile sur son contenu empirique et informatif. La sous-classe des énoncés permis (ou énoncés illustratifs), parce qu'ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie avant d'être testée - en la ''confirmant'' - ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échec (op. cit. pages 112 à 135).

L'accroissement du degré de corroboration entraîne l'accroissement du degré de falsifiabilité de la théorie testée (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Edition Payot, 1973, Chapitre : Les degrés de falsifiabilité. Pages 112 - 113) et aussi son improbabilité logique.

En résumé, plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi « improbable » (ses possibilités de succès en face de nouveaux tests deviennent logiquement plus réduites du fait de l'augmentation du nombre de prédictions qui peuvent être déduites de son contenu).

« (...) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l'obtention d'une degré élevé de réfutation, d'invalidation potentielles ou d'assujettissement potentiel aux tests constitue l'un des objectifs de la science ; cet objectif n'est d'ailleurs rien d'autre, en réalité, que la recherche d'un contenu informatif élevé ». (Karl Popper. ''Conjectures et réfutations''. Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 : ''Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique''. Page 325).

« L'une des raisons pour laquelle nous n'accordons pas aux prophéties typiques des chiromanciennes et des devins un degré positif de corroboration est que leurs prédictions sont tellement prudentes et imprécises que la probabilité logique qu'elles soient exactes est extrêmement forte » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979, p.275).

Donc, lorsqu'une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l'épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c'est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d'être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde de l'expérience que l'ancienne théorie, grâce au cumul d'informations qu'elle contient par rapport à la précédente (laquelle devient un « cas limite » de la nouvelle, en conservant ainsi un certain degré de vérité).

« (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est « plus grande » que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est "falsifiable à un degré plus élevé". Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité. »

4. La corroboration : vers une évolution « quasi-inductive » de la science. (Karl Popper. Ibid. p. 283 de la science.)

Bien qu'étant reconnu comme le philosophe de la connaissance et l'épistémologue ayant « tué le positivisme » (Karl Popper. La quête inachevée) par la démonstration de l'impossibilité de l'induction et de la méthode inductive comme méthode scientifique, Karl Popper imagine le résultat du processus d'accroissement du savoir scientifique comme étant « quasi-inductif ». En effet, si une théorie « bien corroborée » ne peut être remplacée que par une théorie d'un « niveau d'universalité supérieur », donc par une théorie susceptible d'être soumise à plus de tests et qui contient, en outre, l'ancienne théorie bien corroborée (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. p. 282), alors, on peut imaginer une évolution quasi-inductive de la science en ce que les nouvelles théories corroborées par les tests, viennent, par couches successives, se déposer sur les anciennes en épaississant de la sorte le « dépôt » (Karl Popper) du Savoir.

Pour Popper, il en résulte aussi que « les notions qui flottaient dans de hautes régions métaphysiques peuvent être atteintes par la science en croissance, entrer en contact avec elle et se précipiter ». (Karl Popper. ibid. p.283) avec le « dépôt » déjà corroboré.

Ces dernières allégations de Popper montrent son attachement à l'idée que les sciences ont le plus souvent besoin de considérations métaphysiques, (ne serait-ce que dans les engagements ontologiques de leurs programmes de recherche) lesquelles, une fois transformées en hypothèses falsifiables peuvent éventuellement concourir à l'augmentation du savoir scientifique. En cela, Popper s'opposa de façon radicale à ce que fut le projet des néopositivistes du Cercle de Vienne voulant expurger la science de toute trace de métaphysique, mais aussi des énoncés universels au sens strict qui du fait de leur non-vérifiabilité (caractéristique identifiée aussi par Popper) étaient considérés comme « vides de sens », donc métaphysiques, et inutiles pour la Science. Dans ces conceptions se trouvaient l'une des erreurs les plus importantes du Cercle de Vienne, fondant par opposition l'un des arguments de la logique de la découverte scientifique de Karl Popper.

5. Intérêt du concept

5.1. Corroboration, confirmation, validation, et vérification

L'intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction cruciale pour Popper avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories, bien que ces termes soient souvent considérés, à tort, comme synonymes.

5.1.1. Corroboration et confirmation

En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces « théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu'elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés ». (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 : ''la corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests''. Section 80 : ''la probabilité d'une hypothèse et la probabilité d'événements : critique de logique de la probabilité''. Page 267). Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie ''concorde'', ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les « falsificateurs virtuels », c'est-à-dire, lorsqu'ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base, qui peuvent mettre en échec la théorie s'ils sont confirmés par le biais d'une « hypothèse falsifiante » (op. cit. pages 256 à 282).

Par conséquent, une théorie qui vient d'être corroborée à la suite d'une série de tests, n'est pas équivalente à une théorie dont on se contente de déduire les faits qui ne sont lus qu'à la lumière de ce qu'elle énonce. Par exemple, l'observation d'autres cygnes blancs ne fait que confirmer la théorie, tous les cygnes sont blancs, mais ne la corrobore pas. Par contre, la corroboration, c'est-à-dire l'échec reconnu par la communauté scientifique, d'une tentative de réfutation dépend du fait qu'un des falsificateurs virtuels de la théorie n'a pu être confirmé par le biais d'une « hypothèse falsifiante ». Par exemple, si l'observation d'un cygne noir est confirmée, cela réfute la théorie, tous les cygnes sont blancs, et si elle est infirmée, la théorie est corroborée.

Popper rappelle que Rudolf Carnap avait assimilé « degré de corroboration » avec « degré de confirmation » et que c'était une erreur, parce que, écrit Popper, Carnap utilisa « degré de confirmation » comme synonyme de « probabilité » Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 257.

5.1.2. Corroboration et validation

Le terme de validation d'un énoncé, s'emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l'évaluation d'un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l'étude de sa structure logique.

5.1.3. Corroboration et vérification

Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérification (op. cit. page 258). En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossible à vérifier avec certitude et inversement falsifiables ; et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d'abord se comprendre comme un critère méthodologique de démarcation (Karl Popper. "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance". Hermann, 1999, pages 370-383)).

Si l'on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d'énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l'on ne peut leur accorder foi sur la base d'un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l'infinité des cas non encore observé, même un fort degré de probabilité est égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l'épreuve d'éléments inédits.

Dans le processus d'une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que « jamais encore on n'a dû considérer qu'une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d'une loi bien confirmée. Jamais il n'arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l'encontre d'une ancienne théorie. L'ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d'approximation, aux cas où elle l'était avec succès auparavant ». (op. cit. page 257).

Dans la logique de la science que propose Popper, l'usage du concept de corroboration permet d'éviter l'usage quelque peu problématique, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncés (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279). Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d'aucun changement empirique » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280). Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l'absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu'ils sont peu adaptés pour s'accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu'il n'est pas habituel de dire d'un énoncé qu'il était parfaitement vrai hier mais qu'il est devenu faux aujourd'hui (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281) . La différence fondamentale entre vérité [certaine] et corroboration apparaît donc clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle relative à « la mise en évidence d'une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d'énoncés de base acceptés » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281).

6. Corroboration et probabilité

Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d'une hypothèse et la corroboration. Il précise que si l'on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une « séquence d'énoncés », aucun moyen d'évaluation ne pourrait éviter d'en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité (op. cit. page 262).

Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d'énoncés. (op. cit. page 263). Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables. « Elles ne sont pas vérifiables parce qu'elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu'aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles » (op. cit. page 266). Par conséquent ce type d'hypothèse ne peut faire l'objet d'aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper la corroboration ne peut s'expliquer qu'en termes d'évaluation, il n'y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité (op. cit. page 271).

7. Corroboration, tradition, et recherche scientifique

Dans son livre intitulé « Conjectures et réfutations », Karl Popper démontre que le développement de la science est comparable à celui d'une tradition parce que toute recherche scientifique exige du scientifique qu'il connaisse au préalable les travaux de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Il faut qu'il connaisse même l'histoire des tests qui ont pu être réalisés par le passé sur son objet de recherche privilégié et qu'il retrouve de manière déductive la raison d'être des tous derniers tests reconnus par la communauté auquel il prétend appartenir. (« Si nous travaillons dans un domaine scientifique, notre objectif est d'ordre heuristique, ce qui signifie que nous devons nous maintenir en quelque sorte sur les épaules de nos prédécesseurs et nous n'avons pas d'autre choix que d'être les continuateurs d'une certaine tradition » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p. 196)). Sinon, précise Popper, un scientifique court le risque de refaire les mêmes erreurs déjà corrigées par d'autres avant lui ou d'appauvrir l'heuristique des énoncés constitutifs de ce que Kuhn nommait le paradigme dominant, notion que Popper finit par accepter. « Mais la science est l'une des rares activités humaines - et sans doute la seule - où les erreurs soient systématiquement critiquées et, bien souvent, avec le temps rectifiées » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.321).

L'une des raisons essentielles mettant en évidence cette nécessité du caractère traditionnel de toute recherche scientifique, est que méconnaître les travaux de la communauté implique aussi le risque de ne pas construire de tests ayant une valeur intersubjective, condition que Popper juge primordiale pour garantir l'objectivité des procédures de corroboration des travaux scientifiques.

La conception poppérienne du progrès et de la rationalité scientifique exclut de travailler de manière isolée ou de faire table rase des travaux de recherche qui précèdent toute nouvelle tentative d'améliorer le savoir déjà constitué sur un objet scientifique, soit en les ignorant, soit en les déclarant d'emblée obsolètes, même si « la majeure partie de cet immense savoir constitué auquel nous nous référons constamment dans toute discussion (...) ne pourra naturellement pas, pour des raisons d'ordre pratique, être mis en question (...). En outre, une tentative mal inspirée qui consisterait à tout mettre en question - donc à faire table rase - pourra aisément entraîner la faillite de la discussion critique envisagée [donc des tentatives de corroboration ou de réfutation] (car s'il nous fallait partir du point dont Adam lui-même est parti, je ne vois pas par quelle raison nous nous trouverions plus avancés que lui en fin de parcours) » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.352).

8. Corroboration, résolution des problèmes et progrès de la connaissance scientifique

En Science, les tests indépendants sont toujours nécessaires, parce non seulement la Nature change parfois et oblige à reconsidérer les théories les plus performantes et récentes qui en fournissaient la meilleure explication reconnue du comportement, et parce qu'une fois que l'on a réussit à corroborer ou à falsifier une théorie, de nouvelles questions inédites, donc de nouveaux problèmes surgissent logiquement de cette nouvelle situation dans laquelle se trouve le savoir constitué.

Les connaissances scientifiques qui ont du être nécessaires pour expliquer les problèmes auxquels l'homme a été confronté par le passé (dans n'importe quel domaine), progressent vers des contenus informatifs toujours plus riches ; nous percevons toujours davantage de contenu dans les problèmes et davantage de problèmes parce que nous disposons de théories qui elles-mêmes évoluent dans le sens où elles nous permettent l'observation de ces nouveaux problèmes en nous engageant à nous poser des questions inédites sur le monde.

Quand nos connaissances scientifiques progressent, elles modifient notre vision du monde. Ces connaissances créent de nouveaux problèmes, parce qu'elles parviennent en résistant aux tests les plus sévères connus et déduits des tests antérieurs, à interdire toujours plus d'événements empiriques possibles tout en étant capables de prédire de nouveaux faits par rapport à des connaissances concurrentes.

Ce sont ces progrès, qui se caractérisent par l'enrichissement des contenus informatifs de nos théories scientifiques, qui nous conduisent inévitablement à voir de nouveaux problèmes pour lesquels nous restions aveugles avec nos anciennes théories plus pauvres en contenu corroboré, parce que l'homme est toujours attiré par la recherche des moyens lui permettant d'améliorer ses conditions de vie dans sa « niche écologique ».

Si nous percevions moins de problèmes nouveaux, ce serait l'indice d'une stagnation de la "Culture", voire les prémisses de sa régression, par l'abandon de la quête de la Vérité.

Certes, dans ne nombreux cas, la corroboration des théories scientifiques a pour effet de rendre les choses plus faciles dans divers domaines de la vie courante, en éliminant ou en réduisant certains problèmes pratiques ; et c'est aussi cette perception de moindre difficulté et complexité qui en nous permettant de mieux maîtriser nos limites nous motive à non seulement faire un meilleur usage de nos capacités et compétences, mais aussi à risquer de les confronter à des situations nouvelles et que pourtant nous percevions auparavant comme inaccessibles. Mais il est clair que l'enrichissement des connaissances scientifiques entraîne logiquement un enrichissement du pouvoir heuristique des cadres de référence théoriques, suscitant de nouvelles expectatives et des attentes, donc l'imagination de nouvelles questions liées à de nouvelles aspirations à mieux contrôler le monde. (Nous sommes irrésistiblement attirés par cette quête du pouvoir sur notre monde dès lors que nous sentons que nous disposons des moyens pour la réaliser).

Ensuite, en réponse à ces questions, émergent de nouvelles solutions et possibilités d'action au plan technologique, puis de nouveaux problèmes (parce qu'il est impossible de prédire à l'avance toutes les conséquences théoriques et pratiques qu'auront certaines avancées technologiques), lesquels engendrent à leur tour des investigations scientifiques inédites pour leur résolution, dont l'issue nous ramène à la situation initiale où nos connaissances se trouvent enrichies...

9. Exemple général

9.1. Méthodologie 

Soit (E) l'énoncé universel au sens strict suivant :

(E) = « Tous les cygnes sont blancs ».

Nous supposerons que cet énoncé représente l'état du savoir scientifique le mieux corroboré du moment sur un objet de recherche : l'étude de la couleur des cygnes.

De cet énoncé nous pouvons déduire sa base empirique laquelle est composée de deux sous-classes d'énoncés de base (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Pages 84 à 86) :

1. La sous-classe des énoncés confirmant la théorie, que nous nommerons p.

2. La sous-classe des énoncés potentiellement contradictoires, ou que la théorie interdit, que nous nommerons non-p.

Exemple d'énoncé singulier de base appartenant à p = « il y a un cygne blanc à l'endroit k ».

Exemple d'énoncé singulier de base appartenant à non-p = « il y a un cygne non-blanc [par exemple noir] à l'endroit k ».

Problème posé : comment améliorer le pouvoir descriptif (puis explicatif et prédictif) de la théorie universelle (E) si l'on suppose une recherche portant sur l'amélioration de la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes ?

1. Première voie de recherche inductiviste : trouver et dénombrer d'autres cygnes blancs, dans d'autres conditions. C'est-à-dire se servir de la sous-classe des énoncés singuliers de base appartenant à p. Puis estimer que le relevé est suffisant et qu'il permet de conforter une forte probabilité mathématique à (E). Ce type de méthode est récusé par Karl Popper. Il argumente d'une part sur le fait que l'observation d'autres cygnes blancs ne permet pas d'augmenter le pouvoir descriptif de (E) sur la couleur des cygnes, en général, et, d'autre part, que la probabilité des énoncés ne peut constituer un critère de scientificité à partir duquel l'on pourrait conforter la corroboration des théories.

2. Deuxième voie de recherche hypothético-déductive : parier sur l'hypothèse qu'il existe, sous certaines conditions, des cygnes non-blancs, par exemple noirs, mais tels que ces spécimens soient reconnus et admis comme pouvant être classifiés comme étant bien des ''cygnes'' par la communauté scientifique, sur la base de connaissances scientifiques déjà corroborées et donc jugées « non-problématiques » (Popper). Il s'agit donc de se servir de la sous-classe des énoncés non-p. Pour Karl Popper, cette voie de recherche représente l'unique possibilité logique pour améliorer toute connaissance objective, dans tous les domaines, comme celui de la Science. Popper prône donc une unité de la méthode scientifique (Cf. « Misère de l'historicisme ».) en défendant la thèse selon  laquelle l'unique moyen d'en savoir plus, en Science, comme ailleurs, consiste toujours à rechercher des moyens inédits de mettre les théories à l'épreuve de l'expérience.

- A partir de la deuxième voie de recherche, Popper démontre qu'il faut formuler une « hypothèse falsifiante ». C'est-à-dire que les scientifiques doivent tenter de parier sur le fait que si l'on peut observer « intersubjectivement » de manière « répétée », « contrôlable », et « reproductible », un cygne non-blanc [qui pourrait être noir] selon des conditions initiales (des énoncés singuliers de testabilité) inédites, afin d'en ''confirmer'' l'existence, alors, la théorie (E) pourra être reconnue comme falsifiée (ou réfutée) si les scientifiques admettent après discussion, la validité de toute la procédure de falsification.

1. De ce fait, si l'hypothèse falsifiante « confirme » un énoncé de base appartenant à non-p, alors (E) est falsifiée, et la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes progresse. On sait désormais que, (E') = « tous les cygnes sont blancs ou [par exemple] noirs » (Mais, à ce stade, on ignore encore s'ils peuvent être d'une autre couleur que blanc ou noir).

2. Si l'hypothèse falsifiante infirme un énoncé de base appartenant à non-p, (et s'il reste admis par la communauté scientifique, et d'après les conditions initiales de testabilité choisies), alors (E) est « corroborée » et la connaissance scientifique progresse également. On sait que (E) = « tous les cygnes sont blancs et [par exemple] non-noirs ». (Chose qui était inconnue avant que l'on ne soumette (E) à un test inédit, puisque portant sur la confirmation possible d'un de ses « falsificateurs virtuels », non-p (Cependant, il demeure, que les tous les cygnes sont bien blancs à l'exclusion de tout autre type de couleur, dans l'état actuel de la recherche scientifique, jusqu'à ce qu'une nouvelle expérience soit réalisée).

9.2. Conséquences sur les pouvoirs des théories universelles

Toute théorie universelle qui vient d'être corroborée augmente, selon cette logique, ses pouvoirs descriptifs, explicatifs et aussi prédictifs.

- Description :

Parce qu'en intégrant des faits inédits grâce aux tests, la théorie permet de dire plus de choses sur la Nature qu'elle ne le pouvait avant les tests qu'elle a subit avant sa dernière mise à l'épreuve. Mais, souligne Popper, une théorie de nous renseigne que sur les faits ''qu'elle interdit'', sur les autres, elle ne nous dit rien (rien qui ne puisse déjà être connu à partir de ce qu'elle énonce). C'est-à-dire, et comme il l'est précisé au début de cette section, seule la sous-classe des énoncés singuliers potentiellement interdits par la théorie, peut donner une information sur son contenu empirique parce ces énoncés en constituent, justement, les limites testables de manière expérimentale. La théorie ''« tous les cygnes sont blancs »'', interdit, a priori, l'existence de cygnes d'une tout autre couleur (non-blancs). Mais si cette théorie se trouve corroborée après une nouvelle tentative de falsification'' (qui échoue)'', alors elle permet de décrire la Nature avec plus de précision.

- Explication :

Les lois universelles de la Science se veulent être, pour la grande majorité d'entre elles, des lois causales, c'est-à-dire des lois dotées d'un certain déterminisme. Popper estime que la recherche de ce type de lois causales de plus en plus précises est indispensable pour toute science empirique en s'insurgeant contre une certaine métaphysique indéterministe qui voudrait rendre vain la recherche de ce type de lois (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Payot, 1979. Chapitre 9. Section 78, page 250). Mais Popper plaide pour l'indéterminisme (Cf. « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme ») contre la version la plus extrémiste du déterminisme, qu'il nomme « déterminisme scientifique » (Karl Popper. L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme. Editions Hermann. Paris, 1984. Chapitre 1, page 1 ; 31.), et dont les pouvoirs outrepasseraient les possibilités de tout projet scientifique. Car, selon lui, certes, il faut une idée de la ''Vérité certaine'' pour continuer les recherches, mais cette idée-là ne pourra jamais être atteinte car aucun projet de description d'un phénomène de la Nature ne pourra être bâti sur la base d'un calcul aussi précis que l'on voudrait des mesures possibles à partir desquelles calculer n'importe quel degré de précision dans les conditions initiales de la prédiction d'un tel projet (Karl Popper décrit ici, ce qu'il nomme « le principe de responsabilité renforcé »)  (Karl Popper. Ibid, page 10). En conséquence, aucune loi corroborée ne peut l'être avec certitude et donc répondre à un déterminisme absolu, et la connaissance humaine ne permet jamais de calculer avec suffisamment de précision les mesures des conditions initiales de tout projet scientifique pour prédire avec exactitude qu'elle sera le degré futur de corroboration d'une théorie scientifique (c'est sur la base de cette critique fondamentale des possibilités du « déterminisme scientifique », que Popper fonde sa réflexion éthique et politique contre le totalitarisme via une critique de l'historicisme, doctrine fondatrice, selon lui, des grandes prophéties socio-historiques et des utopies totalitaires. Cf. « La société ouverte et ses ennemis » et « Misère de l'historicisme »). Les explications causales fournies par la corroboration d'une loi sont donc toujours incomplètes et doivent même être ''fausses'' par comparaison avec la Vérité certaine.

- Prédiction :

Plus le degré de corroboration d'une théorie s'accroît à la suite des tests successifs, plus s'accroît également son contenu informatif sur la Nature. La théorie court donc de plus en plus le risque de pouvoir être réfutée par l'expérience, puisqu'en augmentant son contenu elle augmente aussi sa précision et donc la classe de ses énoncés interdits ou falsificateurs virtuels. Donc, une théorie (A) dotée d'un plus fort de degré de corroboration qu'une théorie (B) permettra de prédire plus de faits lus à partir de la sous-classe des nouveaux énoncés singuliers qui la confirment et aussi d'envisager plus de tests à partir de la sous-classe de ses énoncés interdits.

Conclusion :

La conclusion de ces options méthodologiques de recherche est que les confirmations d'une théorie universelle, aussi nombreuses et rigoureusement étudiées soient-elle ne peuvent, en toute logique, apporter aucune information supplémentaire sur ce qu'il est permis de décrire, expliquer ou prédire, à partir de la formulation initiale de la théorie que l'on cherche à évaluer. Les confirmations ne sont donc, selon Popper, d'aucune utilité pour faire progresser le contenu empirique et logique des théories scientifiques, seuls les éléments logiquement interdits a priori par la théorie sont intéressants. Mais ces éléments doivent être testés sur la base de conditions initiales, elles aussi, inédites, et toujours déductibles des précédents tests déjà effectués et reconnus comme valides par la communauté scientifique. En conséquence, la méthode scientifique revient toujours à tenter de réfuter une théorie, même si les scientifiques espèrent dans la plupart des cas, que les tests aboutiront à des corroborations, bien que dans les deux cas, réfutation ou corroboration, le savoir scientifique s'en trouve toujours significativement amélioré si l'on a pu contrôler que les conditions de mise à l'épreuve d'un énoncé scientifique étaient bien novatrices et inscrites

Publié par vdrpatrice à 16:03:51 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

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