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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Un résumé de la véritable méthode scientifique. | 17 septembre 2006

Pour un résumé de Karl R. Popper lui-même, outre «La logique de la découverte scientifique», le lecteur pourra avantageusement se reporter au livre suivant : «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance» (Karl R. Popper, «La méthode de falsification empirique». Edition : Hermann, 1999, pages : 450 à 454).

 

Citations tirées du livre de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani : «Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse.» Edition Les Empêcheurs de Penser en Rond, Le Seuil, Chapitre 2, pages 171 à 174 :


- Adolf WOHLGEMUTH : « On trouve partout [chez Freud] une ignorance quasi complète de la littérature et des résultats de la psychologie moderne, de la méthode expérimentale et de la logique.»

- Erwin STRANSKY, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « L'ignorance systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédience psychanalytique.»

- William STERN, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « Les psychanalystes, qui reprochent régulièrement à leurs adversaires leur ignorance professionnelle, travaillent eux-mêmes dans ce domaine [la psychologie de l'enfant] en dilettantes complets ; la recherche scientifique sur les enfants on bien n'existe pas pour eux, ou bien est soumise à toutes sortes de remaniements interprétatifs jusqu'à ce qu'elle puisse être rattachée à leur système conceptuel.»

- Morton PRINCE : « Dans la poursuite de ces recherches [psychanalytiques], on a trop négligé de très nombreux faits et données psychopathologiques accumulés par les patientes recherches d'autres observateurs. C'est un peu comme si un bactériologiste avait limité ses recherches à l'étude d'un seul bacille et avait négligé la masse de connaissances acquises dans le domaine bactériologique dans son ensemble.»

- Alfred HOCHE : « Comment un tel mouvement [psychanalytique] est-il possible ? Sans aucun doute, la condition négative en est d'abord et avant tout le manque de sens historique et de formation philosophique des adeptes portés au fanatisme de la doctrine.»

Lorsque les hommes de science veulent améliorer leurs connaissances objectives d'un problème ou d'un phénomène particulier, ils doivent tout d'abord posséder une théorie qui tente d'expliquer le problème en question. Ils doivent donc émettre une conjecture explicative du problème qui prendra la forme d'un constat d'une certaine régularité. Par exemple : «il semble que toutes les fois que certaines conditions sont réunies, nous obtenons tel phénomène chimique ou biologique...». Comme on le voit cette première conjecture, ce point de départ, doit prendre la forme d'un énoncé universel. Dans un contexte authentiquement scientifique, cette première approche du problème à résoudre, formulée, comme nous l'avons dit, en conjecture d'une certaine régularité, dépendra fortement du «savoir acquis» déjà corroboré. Ce savoir participe à l'approche du problème dans la construction de la nouvelle conjecture en permettant aux scientifiques de «voir» ce nouveau problème parce qu'ils peuvent formuler des hypothèses sur les conditions initiales de son apparition. Le «savoir acquis», est donc nécessairement partie constitutive du système d'attentes perceptives objectif des scientifiques sur le problème étudié.

Ensuite, ils doivent rechercher les moyens d'améliorer les pouvoirs explicatifs de leur conjecture en en augmentant le contenu empirique corroboré, c'est-à-dire en augmentant le contenu de ce qu'elle peut dire du problème à résoudre ou du phénomène à expliquer. Pour cela, et ainsi que le montre Popper dans «la logique de la découverte scientifique», la méthode scientifique revient toujours à essayer de mettre à l'épreuve la théorie en lui demandant de prédire qu'elle ne sera pas réfutée si on lui oppose une autre théorie concurrente. Par cette mise à l'épreuve de son contenu explicatif et prédictif, les scientifiques espèrent que leur théorie sera corroborée (le sens commun aime dire, à tort, «confirmée», ce qui laisse souvent croire que les scientifiques recherchent activement des «confirmations» ou des «vérifications» plutôt que des réfutations). Mais ils savent que tenter de réfuter est inévitable et nécessaire pour apprendre quelque chose de nouveau, ils savent que même en cas de réfutation de leur théorie, le savoir progressera aussi. En d'autres termes, le pouvoir informatif et explicatif d'une théorie (son contenu empirique) progresse s'il parvient à résister à la prédiction de nouveaux faits qui pourrait la réfuter en l'obligeant à être reformulée donc à être reconnue comme fausse dans sa formulation initiale.

Par conséquent lorsque les scientifiques veulent essayer de réfuter une théorie, ce qui constitue bien leur méthode de travail, ils tentent de dériver (ce processus de dérivation est exclusivement déductif et ne peut jamais relever d'une quelconque induction) de sa base empirique, constituée par la classe des énoncés de base de la théorie, un énoncé contradictoire susceptible d'être soumis à un test : un «énoncé de base» sous la forme «il y a...tel événement E potentiellement capable de contredire la théorie T sous certaines conditions initiales C . Encore faut-il que la conjecture que l'on veut ainsi essayer de réfuter soit formulée de telle façon qu'elle admette l'existence d'une classe d'énoncés contradictoires, ou qu'elle ne soit pas sans cesse reformulée pour éviter ce genre de «contradictions»... Puis, si cet énoncé est confirmé par le test, c'est-à-dire « qu'il y a bien tel ou tel événement se produisant « pourtant interdit par la théorie, alors la théorie est réfutée, par la confirmation d'un de ses falsificateurs potentiels ou énoncés de base. Par contre, si le test infirme l'énoncé de base, c'est-à-dire « qu'il n'y a pas tel ou tel événement qui se produit et que la théorie interdit bien de se produire «, alors la théorie est corroborée. Mais que signifie exactement une corroboration, au sens de Popper évoqué ici ? Une théorie ne peut être corroborée que si le test qu'elle passe avec succès est inscrit dans une tradition précédente de recherche ou des tests antérieurs logiquement déductibles les uns par rapports aux autres, c'est-à-dire si le nouveau test qui a permis de la corroborer a été déduit d'un précédent en lui demandant une mise à l'épreuve supplémentaire, inédite, c'est-à-dire un contenu supérieur. Donc lorsqu'une théorie passe avec succès un nouveau test, plus sévère parce que plus riche en contenu, ou comportant un obstacle inédit pour elle (un obstacle qui aura pu être construit grâce à de nouvelles avancées technologiques ou théoriques permettant de nouveaux tests plus sévères), alors elle nous apprend indiscutablement quelque chose de nouveau, en réussissant à incorporer davantage de contenu et devient toujours plus improbable et falsifiable. Il y a donc bien un critère de progrès scientifique (défini par Popper dans le chapitre 10 de « conjectures et réfutations «) qui est le degré d'improbabilité logique d'une théorie puisque plus une théorie à de contenu corroboré, plus elle prend de risques à «prédire l'avenir» (le contenu corroboré d'une théorie en aérodynamique, par exemple, permettra de prédire que si l'on construit un avion ou une fusée de telle manière, son vol sera amélioré, ou mieux sustenté, selon certaines conditions précisées par la théorie), plus elle est donc falsifiable, c'est-à-dire que c'est le degré de falsifiabilité, dépendant du degré de corroboration qui est le témoin du progrès scientifique. La corroboration ne signifie donc jamais la stagnation dans le domaine de la Science empirique, les tests qui permettent une corroboration scientifique sont relatifs les uns aux autres et ont leur histoire...Si les hommes de science arrêtaient leurs recherches à partir d'un certain degré de corroboration, il n'y aurait plus de progrès scientifique, mais une science constituée jusqu'à un certain point.

Il est donc impossible de produire une connaissance scientifique en ignorant ou en faisant table rase de la tradition de recherche qui a pu se pencher auparavant sur le problème que l'on se donne comme objet d'étude. La recherche scientifique impose au chercheur d'être avant tout un historien passionné et érudit de son objet de recherche, s'informant inlassablement des dernières évolutions en matière de test qu'il est possible de faire subir à cet objet. De ce fait, une connaissance scientifique ne peut être une «révélation du Néant» (ou même une espèce d'autorévélation, comme la prétendue scientificité de la découverte du complexe d'Oedipe par Freud), elle ne peut démarrer de zéro ou même de l'observation passive (ou pure des faits), puisque toute observation est forcément imprégnée de théorie, c'est-à-dire guidée par une théorie sélective sur l'objet à observer, théorie plus ou moins performante dont l'évolution est lisible par son histoire. Les «faits scientifiques» ne tombent pas dans notre esprit comme s'il s'agissait d'un seau vide à remplir de connaissances, ils dépendent de théories sélectives consciemment formulées, qui après avoir été testées, permettent de les accepter ou de les rejeter. Puisque les scientifiques doivent connaître leur tradition de recherche, la recherche scientifique a donc des aspects sociaux : il est logiquement indispensable que les scientifiques communiquent, discutent, en échangeant leurs points de vue sur leurs travaux et en organisant une concurrence objective et contrôlée entre leurs programmes de recherche, lesquels ne peuvent conserver leur valeur heuristique en restant isolés de tout contexte concurrentiel concrétisé par l'existence d'autres programmes pour un objet d'étude commun. Il est donc inévitable que ce genre de discussion aboutisse à la construction de tests communs, répétables, intersubjectifs, lesquels ne peuvent être absolus et définitifs. Ces tests sont les moyens de ce que Popper nommait : « le rationalisme critique ».


Un exemple de conception erronée de la démarche
et de la méthode scientifique :



« La richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse reposent les rendent indépendantes de vérifications expérimentales.» (Lettre de Freud à Rosenzweig. 1934).

« Ce que nous dit le patient en analyse est parfois en rapport avec ses véritables problèmes, mais c'est toujours en rapport avec les dogmes de l'analyste. Celui-ci filtre ce qui s'accorde avec ses prémisses et plie les associations du patient à ses cadres interprétatifs; l'analyste est en outre largement responsable des thèmes qui apparaissent. Les prédictions qu'il formule dès les premières séances se vérifient parce qu'elles sont posées au départ. Le psychanalyste déclare qu'une série de fantasmes n'apparaissent que dans la cure : c'est exact, mais il oublie que c'est la situation qui les suscite et les modèle. Lorsque les aveux de l'analysé s'accordent avec ses préjugés, le psychanalyste dit que les résistances sont vaincues et que le transfert est positif. Le bon patient, c'est le bon élève, celui dont les paroles sont l'écho de la doctrine. L'analyste croit être le miroir de son patient. En fait c'est le patient qui est un miroir. L'analyste est tout heureux de retrouver dans les paroles de l'analysé le scénario qu'il lui a «soufflé»; il est chaque jour un peu plus convaincu de détenir la Vérité.»
(In: Jacques Van Rillaer. «Les illusions de la psychanalyse.». «Le programme psychanalytique». Edition: Mardaga. Page 202.)

« Hypothèses non fingo, disait Newton. Freud, lui, déclare bien forger une hypothèse ou «supposition» (Annahme), celle de l'inconscient psychique, en ce sens qu'il induit, comme proposition, d'une série d'observations soumise au contrôle de l'expérience et qu'il la vérifie a posteriori par un raisonnement hypothético-déductif [...] »

Commentaire : comparer Freud et Newton ?...

«...soumise au contrôle de l'expérience...» (!) Mais Freud n'a jamais procédé à aucune expérience qui ait pu mériter le label de scientificité et pour cause : aucun contrôle intersubjectif, aucune répétabilité de tests indépendants et extra cliniques, lesquels, de toute façon n'ont jamais existé. Formuler l'expression : «...soumise au contrôle de l'expérience...» à l'endroit de Freud relève donc du mensonge pur et simple et de la désinformation, deux procédés pour lesquels, il est vrai, les psychanalystes sont passés maîtres. Mais comme toujours, certains s'imaginent que «plus c'est gros, mieux ça passe».

« Il (Freud) formule une hypothèse ferme induite de la parole névrotique et en déduit rigoureusement les conséquences.»
(Paul Laurent Assoun, psychanalyste, in : Sciences et avenir, hors-série, n°127, juillet août 2001).

Commentaire : oui, si la méthode inductive était réellement la méthode des sciences permettant de «justifier» des énoncés universels, alors, en n'en pas douter, la psychanalyse serait une science au même titre que n'importe quelle autre science de la Nature. Or, Assoun, soit ignore complètement en quoi peut bien consister la véritable méthode scientifique depuis Karl R. Popper (lequel a démontré que, d'une part, il ne pouvait y avoir de méthode inductive reposant elle-même sur un principe d'induction qui soit utilisable comme critère de démarcation entre énoncés scientifiques et métaphysiques, et d'autre part, que puisque de part leur forme logique, les énoncés universels de la science ne peuvent être vérifiés de façon certaine par aucune méthode inductive ou positive, ils peuvent en outre être réfutés par la déduction puis la mise à l'épreuve de leur base empirique d'une hypothèse falsifiante), soit a arrêté son horloge épistémologique au temps du Cercle de Vienne (quoique dans ce cas il lui faudrait éliminer les énoncés sur l'inconscient, tous de nature métaphysique). En effet, puisqu'il ne peut y avoir d'observation pure des faits, (Kant : «nous ne connaissons à priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes.» Popper démontre également, dans «La connaissance objective», que les faits ne tombent pas en nous comme dans un seau vide, et que de ce fait, le progrès de la connaissance suppose toujours la mise à l'épreuve des conjectures que nous pouvons formuler sur les problèmes) on se demande comment «la parole névrotique», caractérisée en tant que telle, a pu être identifiée sans qu'une théorie des névroses n'ait été, au préalable, supposée. Personne, pas même Freud «découvrant» les névroses, ne peut dire sans avoir clairement conjecturé à priori leur existence : «tiens, voilà mes névroses tant recherchées.» C'est comme si un paléontologue découvrant pour la première fois une dent de dinosaure, était en mesure de dire, sans même avoir supposé le terme «dinosaure» : «tiens, la voilà ma dent de dinosaure que je recherchais.» Par conséquent, la base empirique de l'hypothèse qui sous-tend ce que l'on peut qualifier de névrotique dans «la parole névrotique», ne peut être composée que d'énoncés singuliers d'observation qui la confirment positivement, c'est-à-dire d'observations qui ne peuvent être réalisées qu'à la lumière de la théorie des névroses, laquelle n'a jamais été testée de manière indépendante et extra-clinique. Mais, comme l'a démontré Popper, cette catégorie d'énoncés de la base empirique n'entrant pas en contradiction avec la théorie, ne risquent pas d'en révéler son contenu (empirique), c'est de la deuxième catégorie d'énoncés de la base empirique, ceux qui contredisent potentiellement la théorie, que l'on peut, après un test, révéler le contenu empirique de la théorie des névroses.

Assoun dit ensuite : « et en déduit rigoureusement les conséquences.» Certes, cela ressemble ici à la méthode scientifique, car, une fois qu'une hypothèse est formulée sous la forme d'un énoncé universel au sens strict, nous pouvons tenter d'en déduire des conséquences testables. Mais en quoi consistent ces «conséquences testables» ? Qu'ont-elles de particulier ?

On peut envisager 3 cas, qui finalement, diffèrent assez peu les uns des autres :

1° cas :

Dans ce premier cas, les conséquences testables de la théorie que l'on met à l'épreuve expérimentale, consistent en la prédiction de faits potentiellement contradictoires et déductibles de la théorie, qui, si ils sont infirmés par le biais d'une hypothèse falsifiante, (déduite de la classe des énoncés de base de la théorie et construite sur la conjecture que ces «faits existent» et peuvent réfuter la théorie), laquelle tentait de les confirmer pour réfuter la théorie testée, permettent la corroboration de la valeur heuristique de la théorie initialement testée, puisque cette théorie a réussi à prouver que, telle qu'elle était formulée avant le test, elle a résisté à la prédiction de nouveaux faits jugés susceptibles de la réfuter (falsifier) . En d'autres termes, la nature d'un test proposé revient à demander à la théorie de prouver qu'elle n'est pas réfutée par la confirmation expérimentale d'un de ses falsificateurs potentiels, c'est-à-dire, un fait contradictoire (un «non-x», quand «x» représente un énoncé permis par la théorie) ou qui lui demanderait d'être reformulée pour rendre compte d'un contenu empirique supérieur.

2° cas :

On peut également rendre compte de ce processus du progrès de la connaissance scientifique en disant qu'une théorie scientifique prouve la réelle valeur heuristique de son contenu quand elle permet de prédire que certains événements inédits se réaliseront ou pourront être observés, lesquels si ils ne se réalisent pas ou ne sont pas observés, peuvent être considérés comme une réfutation de la théorie. Par exemple, l'observation d'une nouvelle planète ou une nouvelle particule. Bien que rejetant le critère de démarcation de Popper, Lakatos insiste particulièrement sur cet aspect, en décrivant ce qu'il nomme «l'heuristique positive» d'un programme de recherche. En pareil cas, la nature des faits à prédire diffère un peu de celle à laquelle nous avons fait allusion précédemment : dans cette catégorie, les faits à prédire peuvent ne pas constituer en eux-mêmes des négations pure et simple de la théorie ou quelque chose qui équivaudrait à une négation, ou une contradiction de la théorie. Ces faits sont inédits parce qu'ils nécessiteraient, à première vue, une théorie plus englobante, donc révisée dans sa formulation de base, pour l'ancienne théorie, mais pas pour celle qui est sensée permettre ces nouvelles observations. De ce point de vue les conséquences testables d'une théorie scientifique consistent en ce que ces conséquences, déductibles de la théorie, la mettent toujours à l'épreuve en lui demandant de réaliser une prédiction inédite. Si cet énoncé d'observation a vraiment une valeur inédite objectivement reconnue, il sera donc toujours un falsificateur potentiel de la théorie. On retrouve donc ici, la logique de la découverte, qui consiste toujours à mettre à l'épreuve les théories, donc à tenter de les réfuter. Lorsque nous disons qu'une théorie doit permettre de prédire tel événement, cette prédiction constitue une tentative de réfutation. Si la prédiction se réalise la théorie est corroborée, si elle ne se réalise pas la théorie est réfutée par l'intermédiaire de l'une de ses conséquences déduites.

3° cas :

Une théorie prouve sa valeur scientifique et heuristique également si elle permet de prédire que certaines applications pratiques, par exemple technologiques, seront possibles et sont effectivement réalisées, ce qui est un peu semblable à ce que nous avons dit précédemment. Dans ce cas il y a aussi mise à l'épreuve de la théorie dans le sens où l'hypothèse falsifiante de telles théories amènerait à tester et confirmer que l'on ne peut réaliser telle nouvelle machine. Dans ce sens, les scientifiques s'attendent logiquement à ce que l'hypothèse falsifiante soit confirmée tout en espérant qu'elle ne le sera pas et donc que la théorie initialement testée sera corroborée par la preuve qu'elle permet la conception d'une nouvelle technologie. En somme dans ce dernier cas les scientifiques semblent dire à leur théorie : «si tu es vraiment une bonne théorie scientifique, tu devrais être capable de nous permettre telle application pratique..» Si ce problème est effectivement posé par les scientifiques c'est logiquement qu'ils envisagent à la fois une issue positive et négative du problème parce que ce problème consiste en fait en une question posée à leur théorie, question qui est nécessairement chargée d'incertitude (une alternative) quant à la réponse. Ce qu'il faut bien comprendre ici c'est que la seule hypothèse qui peut être testée en pareil cas, comme hypothèse falsifiante de la théorie, c'est : «non , sous certaines conditions initiales bien définies, cette théorie ne nous permet pas la fabrication de cette machine...»

Comme on vient de le voir en résumé, tester une théorie scientifiquement revient toujours à essayer de la réfuter...pour la corroborer. Les scientifiques espèrent le plus souvent qu'il y aura une corroboration. Une réfutation revient à démontrer que la théorie testée est fausse parce que niée ou contredite par un de ses falsificateurs potentiels, ou bien fausse parce qu'incomplète, pas suffisamment englobante ou générale, et enfin réfutée ou comportant une part de fausseté parce qu'incapable de permettre la réalisation de certaines choses ou d'autres observations.

Mais dans le cas des étiologies spécifiques développées par Freud pour les différentes sortes de névroses (ces étiologies ont été développées pour adapter la théorie des névroses à presque tous les cas...), il n'y a, faute de conditions initiales expérimentales strictes qui soient reproductibles de manière indépendante et extra-clinique, aucun moyen pour la psychanalyse d'utiliser la théorie des névroses dans un sens authentiquement prédictif et heuristique. Si l'on découvre que la théorie des névroses est «fausse» ce n'est pas parce qu'une partie de son contenu empirique a été réfutée empiriquement sur la base d'une hypothèse falsifiante, c'est plutôt parce que l'on découvre qu'elle est plutôt sans fondement, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de preuves indépendantes qui autorisent la supposition que les confirmations positives de l'hypothèse des névroses soient fondées comparativement à d'autres types de confirmations (le genre de preuves qui peut être logiquement déduit de la théorie des névroses mais qui n'entre pas, à priori, en contradiction avec elle. Autrement dit, le type même d'énoncé singulier possible, à partir de la théorie des névroses, entrant dans la sous-catégorie «a)» décrite ci-après) : quelles sont les raisons objectives et testées expérimentalement qui ont permis à Freud d'éliminer certains types de confirmations positives au profit d'autres ?.

Par exemple et d'un point de vue plus général :

- De l'énoncé (E) : «Tous les cygnes sont blancs», on peut déduire sa base empirique composée des deux sous-classes suivantes :
- a) la sous-classe des cygnes blancs observés jusqu'à aujourd'hui, et observables dans le passé et le futur (1)
- b) la sous-classe des cygnes non-blancs (rouges, noirs, gris, etc...) que l'on a pas encore observés.
- a) et b) constituent la classe des énoncés de base de la théorie (E) : «Tous les cygnes sont blancs».
Mais comment progresserait notre connaissance sur la couleur des cygnes ? La seule manière, on le voit, est de demander à la théorie de prédire qu'il n'y a effectivement pas de cygne non-blanc, même si on lui oppose, à titre d'hypothèse falsifiante, (hypothèse proposée pour la construction d'un test dans le but de falsifier ou réfuter (E) si cette même hypothèse est confirmée par le test) que l'on peut, sous certaines conditions initiales, (car on ne peut déduire aucun énoncé de base d'aucun énoncé universel sans conditions initiales. Lire Karl R. Popper, in : «la logique de la découverte scientifique», édition Payot, pages 100 à 102) observer un cygne noir (dans tel pays, à tel heure, etc...) qui constitue bien un fait inédit pour la théorie en dehors de cygnes blancs déjà connus par l'intermédiaire de cette théorie. Par conséquent, notre connaissance objective sur la couleur des cygnes, progressera si et seulement si nous parvenons à démontrer qu'il peut y avoir des cygnes non-blancs, c'est-à-dire si l'on parvient à réfuter (E), et même si (E) est corroborée, c'est-à-dire si la tentative de réfutation échoue. Ce qui est important de comprendre ici, c'est la possibilité de la mise à l'épreuve de (E) : si (E) peut effectivement être mise à l'épreuve par l'intermédiaire d'un test empirique lui demandant de prédire quelque chose d'inédit, la connaissance progressera qu'il y ait corroboration ou réfutation de (E). Dans les deux cas nous apprendrons quelque chose de nouveau sur la couleur des cygnes comme nous allons le démontrer dans ce qui suit.

Partant de cette situation, il y a deux cas de figure :

1°) Si l'hypothèse falsifiante est infirmée et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire s'il reste impossible d'observer un cygne noir selon les mêmes conditions initiales prédéfinies lesquelles dépendent de la théorie testée, alors la théorie (E) est corroborée et nous apprend quelque chose de nouveau : «il n'y a pas de cygnes non-blancs (ou «autres que blancs») qui puissent être noirs». D'où, il demeure que (E) : «Tous les cygnes sont blancs (et non-noirs)». Ce dernier fait était inconnu avant le test et constitue bien une nouveauté apprise, laquelle engendre un nouveau problème pour le progrès de la connaissance sur la couleur des cygnes, celui de tester par exemple la théorie: «tous les cygnes sont blancs et non-noirs». Autrement dit : «existent-il des cygnes qui soient à la fois autres que blancs et autres que noirs ?» Ceci constitue le contenu du nouveau problème issu de la corroboration du premier énoncé : «tous les cygnes sont blancs».

2°) Si l'hypothèse falsifiante est confirmée et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire si l'observation d'un cygne noir (on en trouve en Australie), (observation qui prend la forme d'un énoncé singulier relatif à des coordonnées spatio-temporelles, et non d' un énoncé existentiel au sens strict), est reproductible selon des conditions initiales prédéfinies, alors la théorie «Tous les cygnes sont blancs» est réfutée et sa réfutation nous apprend aussi quelque chose de nouveau : «il n'y a pas de cygnes qui puissent être non-blancs ou non-noirs». D'où la nouvelle formulation : «Tous les cygnes sont blancs ou bien noirs». Cette dernière formulation interdit les cygnes «non-blancs» ET les cygnes non-noirs»... Elle sera à son tour réfutée si l'on observe un cygne rose qui n'est pas un flamant, et donnera, en cas de réfutation : «Tous les cygnes sont blancs, ou bien noirs, ou bien roses.» etc... (Comme dans le cas précédent, ce dernier énoncé, engendrera de nouveaux problèmes pour l'amélioration de la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes).

Pour en revenir à notre propos, celui de la validation de la théorie des névroses, la «réfutation» de la théorie n'entraîne pas d'augmentation de son contenu empirique «corroboré», mais une diminution, (il n'y a pas de nouveau problème à élucider qui surgit de l'échec d'une telle théorie : sa valeur heuristique devient presque nulle) voire la preuve d'une absence totale de fondement : un cas positif (et par voie de conséquence, peut-être plusieurs autres) appartenant à la sous-classe du type «a)» se trouve éliminé. En renouvelant d'autres expériences de ce type, il est probable qu' il ne reste plus que des mots, une idée hégélienne, un mésusage du verbe complètement métaphysique. (2)


« J'estime que l'on ne doit pas faire de théories - elles doivent tomber à l'improviste dans notre maison, alors qu'on est occupé à l'examen des détails.» (lettre de Freud à Ferenczi, cité par Paul Laurent Assoun, in : Sciences et avenir, hors série, n°127, juillet août 2001).

Commentaire : c'est la «théorie de l'esprit-seau» (erronée) dans toute sa splendeur. (Lire Karl R. Popper in : «La connaissance objective»).







« Le succès de l'entreprise scientifique s'évalue (...) traditionnellement à la capacité qu'ont les chercheurs de déshistoriciser leurs descriptions, de les rendre indépendantes des vicissitudes individuelles, sociales, matérielles, climatiques, chronologiques, qui ont jalonné leur travail et en ont précédé l'achèvement. Lorsque toutes les conditions pour cela sont remplies, il est rare qu'on conteste les engagements ontologiques des chercheurs scientifiques au nom du fait, évident, que leurs entités se laissent seulement connaître comme phénomènes, à la fin d'une histoire performative et intellectuelle complexe. (...) En psychanalyse, l'écart par rapport à la science classique de la nature est encore plus grand. S'il est vrai que se prêter a postériori à soi-même des désirs et représentations inconscientes est partie intégrante de l'efficacité de la cure, la condition centrale pour affranchir cette auto-attribution de l'histoire qui y a conduit ne se trouve pas remplie. L'«aveu» (ou auto-attribution) est en effet constitutivement tributaire, comme on l'a vu, de l'auto transformation obtenue au décours d'une histoire thérapeutique. Rien en permet de faire abstraction des mutations psychiques que le patient a subies durant le processus curatif, dans le contenu de la reconstruction rationnelle qu'il est disposé à accepter en fin de parcours comme reflétant les structures récurrentes de son propre psychisme. Quel que soit le pouvoir régulateur d'une auto-attribution de motivation inconsciente au cours de la cure, certaines conditions d'assertabilité de l'existence autonome d'un «inconscient» font donc défaut. Le seul facteur qui a pu faire obstacle quelque temps à la reconnaissance du manque de crédibilité de cette assertion est sans doute la présence d'une boucle de rétroaction entre la vertu cathartique de la cure psychanalytique et l'engagement ontologique qu'elle implique. L'œuvre transformatrice de la psychanalyse ne dépend-elle pas dans une mesure non négligeable de sa capacité à faire croire aux patients qui y ont recours, et qui participent de notre culture, que la prétention de ses instances à l'existence s'appuie sur des raisons du même ordre que celle des entités de la science classique ? »
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 137-138.)


Notes :

(1) La confirmation positive, par observation, d'autres cygnes blancs, ne donne aucune preuve définitive de la totalité du contenu et de la base empirique de E : «Tous les cygnes sont blancs», pour le passé, le présent et le futur. En fait, cette impossibilité tient au fait que l'on ne peut observer «toute la partie du temps», mais seulement une partie singulière, moyennant des conditions initiales d'observation. On peut aussi construire des énoncés loufoques, de manière purement verbale, comme nous pourrions dire : «sur Jupiter, il ne peut pas ne pas y avoir de cygnes». (Ou par exemple, dans le cas de la psychanalyse : «l'homme ne peut pas ne pas avoir un inconscient du type freudien»). Le premier énoncé interdit qu'il n'y ait pas de cygnes qui vivent aussi sur Jupiter et peut donc être formulée à l'aide de l'énoncé existentiel au sens strict : «il y a des cygnes sur Jupiter», ou dans le cas de la psychanalyse : «il y a un inconscient du type freudien», ou : «il y a des névroses qui répondent aux critères de la psychanalyse». Comme on le voit, ces énoncés existentiels au sens strict sont irréfutables : on ne peut, dans la totalité du temps, vérifier, sur Jupiter, qu'il n'y a pas de cygne ou, dans le cas de la psychanalyse, qu'il n'y a pas quelque chose qui confirme la théorie des névroses ou de l'inconscient freudien, (car le fait d'aller sur Jupiter aujourd'hui ou même dans un siècle et ne pas réussir à observer un seul cygne blanc ne peut réfuter l'énoncé : «il y a des cygnes blancs sur Jupiter», puisque sans avoir précisé de conditions initiales strictes avant d'être allé sur Jupiter nous pouvons toujours dire que si nous n'avons observé aucun cygne c'est par manque de chance et que l'observation des cygnes reste toujours possible pour une prochaine tentative. En somme, ce n'est pas parce que nous n'aurons observé aucun cygne blanc sur Jupiter aujourd'hui, qu'il n'y en aura pas demain ou dans un millénaire, conformément à notre énoncé, puisque notre énoncé «il y a des cygnes blancs sur Jupiter», ne précise aucune coordonnées relatives au temps ou à l'espace, comme nous l'avons déjà dit. Mais comme cela, et ainsi que je veux le faire comprendre, on peut affirmer à peu près tout et n'importe quoi. On pourrait même rétorquer que l'absence d'atmosphère identique à l'atmosphère terrestre sur Jupiter rendant impossible l'observation des cygnes ne peut réfuter l'énoncé existentiel «il y a des cygnes sur Jupiter» puisqu'il est impossible de prédire avec une certitude scientifique absolue de quoi sera faite l'atmosphère de Jupiter dans, disons, quelques millénaires, et de savoir s'il ne sera pas possible d'y faire nager des cygnes blancs...!) mais on peut le(s) considérer comme «vérifiables(s) positivement», et non certainement vérifiables(s) comme en psychanalyse, que l'on ait déjà vu ou non au moins un cygne sur Jupiter, même à un moment du passé, donc sous certaines conditions initiales déduites d'une théorie universelle. En fait, on s'aperçoit que ce qui pousse les psychanalystes à croire en l'universalité, et donc en la réfutabilité de leurs théories, c'est paradoxalement, leur croyance en la validité des inférences inductives, lesquelles leur permettraient de valider ce qui confirme d'abord positivement la conjecture : «il y a un inconscient» par l'observation d'une ou plusieurs confirmations lues à la lumière de cette conjecture, (observations qui ne peuvent donc être indépendantes de la théorie qui permet de les relever, et qui ne sont donc pas des essais de réfutations que la théorie à passé avec succès) pour ensuite induire que l'énoncé universel : «tous les hommes ont un inconscient du type freudien» est justifié et même vérifié par une telle procédure logique. Mais n'oublions pas que, même si le terme «inconscient» est un terme universel, donc invérifiable, Freud a fait de la théorie de l'inconscient une théorie universellement et absolument vérifiée, grâce à la doctrine du déterminisme mental prima faciae et absolu sur laquelle il se fonde pour affirmer exclure tout hasard et tout non-sens psychique dans tout ce qui relève d'une causalité inconsciente).


(2) Le lecteur plus intéressé sur la façon dont «progresse» réellement la psychanalyse pourra se référer au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : «Folies à plusieurs», et au chapitre intitulé : «Portrait du psychanalyste en caméléon». Ce chapitre aborde la question cruciale directement : «Qu'est-ce qu'un progrès en psychanalyse ?» et y répond. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de véritable progrès des théories psychanalytiques. Borch-Jacobsen permet ainsi d'effacer la critique de Grünbaum selon laquelle les théories cliniques de Freud aurait été prétendument falsifiables : «L'histoire de la psychanalyse est celle d'un perpétuel conflit d'interprétations - libido contre protestation virile; Oedipe contre trauma de la naissance, inceste fantasmé contre abus sexuel réel, mère préœdipienne contre père symbolique, etc. - et il serait vain de vouloir chercher dans ces controverses un quelconque développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès de la psychanalyse» n'est plus souvent que la dernière interprétation en date ou la plus acceptable dans un contexte institutionnel historique et culturel donné.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs.» Edition : empêcheurs de penser en rond. Page : 315.

Publié par vdrpatrice à 11:22:55 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

"Freud et Joshué : la suppression de la censure." | 17 septembre 2006

Chers internautes, voici, très gracieusement fourni par son auteur, sous le pseudonyme de "Forumm", un texte qui ravira les adorateurs de la cause freudienne.
A lire avec délectation et sans modération.
(Dans le texte "ICS" = inconscient, et "FRD" = Freud).



(...)Nous arrivons au cœur de la technique psychanalytique.
Pour interpréter, le psy a besoin d'ICS. L'inconscient étant un "refoulé', il faut le défouler. Pour le défouler il faut "suspendre la censure" force refoulante
Tout client qui s'allonge pour la séance inaugurale, s'entend enjoindre l'ordre de suivre la "Règle fondamentale" de tout dire, parce que l'espace psycha est un espace de "non censure".
Chouette! Quelle aubaine ! Vous vous rendez compte ! La libération totale !
Hélas ! la censure n'est pas un planeur que l'on arrête ! Freud suspend la censure comme Josué arrêtait le soleil.
La censure se moque de l'ordre du psy. Elle traverse les murs du cabinet de Freud et continue son règne si bien qu'elle transforme Freud, le "suspenseur" de censure en un dévot de censure, en supercenseur, le censeur de l'omniprésent désir oedipien, le chien de garde de la censure oedipienne. Il n'a plus en tête que cette censure unique. Il se met à l'affût pour le dénicher dans les moindres propos du client.
Il renifle le moindre signe de sexualité oedipienne, comme le chien renifle la cocaïne dans les bagages à la douane. Il suspend si bien la censure qu'il a fini par la tabouiser, la sacraliser, la diviniser, en censure absolue. Il s'érige en prêtre de la censure oedipienne, ou plus précisément antioedipienne .
Voyons comment il "analyse".
La psycha se donne comme une recherche, une investigation. Mais quel besoin a-t-on encore de recherche ? Les jeux sont faits. Freud fait semblant de chercher, mais dans sa tête tout est déjà donné : Œdipe, oedipe, re-oedipe, partout oedipe...
Le client peut parler des jours, des semaines, des mois voire des années, la religion de Freud est faite, comme celle d'un certain juge au procès d'Outreau.
Freud considère le client comme un enfant qui dit des mots dont il ne saisit pas le sens, qui
annone un langage codé dont il n'a pas la clé que seul Freud possède
De temps en temps il fait " h'm !h'm !" pour faire croire qu'il écoute, mais il peut aussi bien faire son courrier ou rédiger un chapitre d'un futur bouquin que la situation resterait pareille.
Les paroles du client glissent sur Freud. Elles rentrent dans une oreille pour sortir de l'autre. Il paraît que dans certaines réunions confessionnelles, appelées charismatiques, il arrive que des fidèles se mettent à parler une langue étrangère qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes, tels les apôtres qui parlaient au jour de la Pentecôte, à la descente du Saint-Esprit. On appelle le phénomène la glossolalie. Il faut un médium, dépositaire d'une grâce de l'Esprit saint pour la traduire, l'interpréter. Freud se considère comme le medium qui traduit la langue codée de l'ICS dont lui seul possède la clé.
Mais le client ne tarde pas à s'apercevoir qu'il parle devant un mur. Dès que Freud sent qu'il y a risque de rupture, d'abandon, il se réveille et donne quelques souffles sur le feu du foyer qui risque de s'éteindre. Il fait miroiter de nouveau la menace et la promesse : " Si vous abandonnez la cure, vous conserverez votre névrose ou votre malaise existentiel, tandis qu'en poursuivant vous serez "guéri".
Le pauvre client mord de nouveau à l'hameçon. La confiance et l'espoir mis dans le publicitaire de génie qu'était Freud se raniment aussitôt. On est reparti pour une nouvelle étape.



Les premiers clients de Freud étaient, comme il le faisait observer, des désespérés, laissés pour compte par la neuropathologie de l'époque. Freud représentait la dernière chance, la dernière carte. En quittant Freud ils risquaient de ne savoir plus où s'adresser. Freud avait profité de la situation pour les recueillir, en faire ses cobayes et sa garde prétorienne.

Cette comédie du dialogue peut durer de la sorte indéfiniment. L'"homme aux rats ou aux loups" est resté en analyse, paraît-il, quarante ans, jusqu'à sa mort. L'histoire n'a rien d'absurde, ni d'invraisemblable. La technique de Freud comporte toutes les conditions de possibilité pour qu'elle en fût ainsi.
Tant que le but secret, le but non-dit, le but inavoué et inavouable ne sera pas atteint les séances pourront se prolonger.
Quel est ce but de Freud qui constitue le point noir, le point aveugle de la psychanalyse, qu'il est nécessaire d'analyser ?
Il nous fait croire que la psy vise à rendre conscient l'inconscient. Or il n'est pas nécessaire de passer beaucoup de séances pour faire le tour du soi-disant noyau de toute névrose et psychose: le complexe oedipien .
La compréhension, la conscientisation de ce complexe ne comporte aucune difficulté particulière. C'est la réalisation de la promesse du miracle, de la liquidation du complexe qui pose problème à Freud.
En proclamant urbi et orbi qu'il suffisait de prendre conscience du complexe nucléaire oedipien pour en être débarrassé, pour le catharsiser, à l'instar de la première analysée qu'est Anna O...il savait pertinemment qu'il n'en était rien dans la pratique.
Pour justifier ses échecs Freud sortait de sa manche un expédient : la résistance.
Si le miracle annoncé n'avait pas eu lieu
c'était la faute au client qui résistait.

Que veut insinuer Freud quand il parle de résistance à propos d'un client qui a compris l'ensemble du système freudien ?
L'inconscient oedipien n'a rien de compliqué. C'est vite fait de le démasquer, de l'expliquer. C'est un roman assez simple . Si le miracle promis de la catharsis n'était pas au rendez-vous, c'est parce qu'il ne s'agit pas de catharsis mais d'endoctrinement

Nous voici parvenus au cœur du cœur de la cure freudienne :
Freud exige, sans oser le dire, non pas une compréhension intellectuelle soi-disant catharsisant, qui dissipe l'"inconscient" mais autre chose très peu avouable. Il propose, impose et exige que le client, non seulement comprenne la soi-disant structure de son inconscient, au plan intellectuel, mais qu'il s'IDENTIFIE à l'oedipe, qu'il endosse le personnage Œdipe, qu'il se crève les yeux de honte comme Œdipe, qu'il se frappe la poitrine comme Œdipe, qu'il renonce à son désir sexuel, ses revendications, ses révoltes, etc..., tout ce qui le travaille et engendre son mal être, son malaise existentiel. Il faut qu'il se débarrasse de tout pensée personnelle, lave son cerveau, pour y implanter la révélation freudienne que son inconscient oedipien, dynamique, lancinant, invincible, incontournable, s'engage dans une impasse. Il faut qu'il en prenne son parti. Le seul parti qui reste: se soumettre à la loi antioedipienne, se reconnaître incestueux, parricide/matricide, s'en repentir, se couler dans cette loi cosmologique. La paix, le bonheur, l'apaisement se logent dans l'identification avec la censure antioedipienne.
Ainsi Freud se conduit comme un de ses illustres ancêtres, le prophète Nathan. On se rappelle le comportement de ce dernier. Envoyé par Yaweh pour annoncer à David le châtiment qui l'attendait après le crime commis contre le mari de Bethsabée, Nathan commence par raconter une histoire qui provoque l'ire du roi. Puis devant l'indignation de David, déchirant le masque , il se dresse, le désigne en s'écriant " c'est toi ce criminel !"
Pris au piège, David s'effondre et passe le reste de sa vie à implorer le pardon de Yaweh en se répandant en des psaumes interminables, merveilleux par ailleurs.
C'est une conversion que veut Freud, une "metanoïa", pas une simple information intellectuelle, annoncée comme cathartique. Ca c'est pour la publicité. ( mensongère ?)
Tant que le client ne s'est pas agenouillé pour se frapper la poitrine, comme Henri à Canossa, Freud continue ses "h'm! h'm! " jusqu'à l'usure. Il n'a rien à perdre, il peut attendre un an, deux ans, vingt ans, c'est pas lui qui paie !!!
C'est une des raisons pour laquelle les psy freudiens finissent tous par se révéler comme des sergents recruteurs, récupérateurs, réadaptateurs, normalisateurs. Ils se ressemblent et se rassemblent en meutes de chiens de garde de l'ordre établi, l'ordre dominant. La réalité finit par percer sous le vernis de leurs discours révolutionnaires.
Telle est la réalité de la suspension de la censure oedipienne. La censure est si peu suspendue, qu'elle a rendu Freud aliéné au point de se croire libérateur quand il travaillait pour elle.



Quittons le cabinet de Freud où l'air empesté nous suffoque pour nous détendre avec une bouffée d'air hilarant sous le ciel de l'épistémologie.
N'est-ce pas un spectacle euphorisant que de voir notre fondateur lancer un canular dont la mayonnaise s'est mise à prendre contre toute attente.
Entrons dans le système de Freud, non parce que nous le prenons pour vrai ni digne d'une valeur logique quelconque, mais pour en vérifier la cohérence, la "consistance", serrons le d'un peu plus près pour voir s'il "résiste".
Admettons l'hypothèse de Freud que l'inconscient soit un "refoulé". Admettons que ce refoulé soit dynamique, à l'instar des prisonniers maintenus dans sa caverne par Eole, que le refoulé ait la dynamique du vent qui ne cesse de vouloir s'échapper pour aller semer de la tempête etc...
La censure, l'Eole psychique, veille. Pour échapper à sa vigilance que fait le refoulé ? Il se travestit, il se camoufle, il se déguise et trompe le geôlier, répond l'imagination dévergondée de Freud.
Le refoulé s'échappe en lapsus, en acte manqué, en rêve, en mot d'esprit. Fort bien !
Tout cela semble cohérent. La cause du refoulé travesti, camouflé, masqué est donc la censure, la censure en tant que force refoulante.

S'il en était ainsi, l'annonce de la suspension de la censure devrait produire un soulagement pour le refoulé. Lui qui vivait tapi dans l'ombre comme un clandestin, perdu dans la foule, à l'annonce de la régularisation des sans papiers, il devrait jeter aux orties tous ses atours pour travesti, tout son appareil de camouflage.
Alors pour quelle raison continue-t-il à se camoufler et pourquoi diable a-t-il encore besoin d'un Freud , chien policier, pour le démasquer ?

En suspendant la censure, Freud n'a-t-il pas scié la branche sur laquelle il est assis ?
En voulant à la fois libérer un refoulé et le maintenir camouflé il est en pleine incohérence.
Freud montre qu'il ne raisonne pas sur les choses, mais sur les mots. Il se paie de mots. Il prend ses métaphores, ses allégories pour des réalités. Comme Josué qui arrêtait le soleil n'a arrêté que le soleil dans sa tête.
Freud a besoin de deux choses contradictoires. Il les pose au prix d'une incohérence logique dont il était inconscient.
Pour avoir de la matière à interpréter, il a besoin des refoulés-libérés. Mais il ne sait pas, car les mots ne le lui font pas savoir, qu'en libérant le refoulé, du coup il le dévoile, le démasque, le décamoufle et se rend inutile, superfétatoire .
Alors il maintient un libéré-camouflé pour pouvoir continuer à exercer son art de renifleur des contrebandes. Il veut à la fois le beurre et l'argent du beurre. Il veut avoir des régularisés mais clandestins.
Quel génie que ce FRD ! Il s'est fabriqué un ICS sur mesure qu'il localise, enferme une fois pour toutes dans les associations comme pour une garde à vue, à sa disposition. Il envoie le client extraire ICS pour l'amener devant lui afin qu'il puisse l'incriminer de crime oedipien. Il se réserve un travail de tout repos, le travail noble du juge d'instruction, et charge le client d'accomplir la basse besogne. Sacré Freud !
Si vous voulez guérir du "Malaise de la civilisation" convertissez vous au dogme de l'Œdipe , et si vous voulez gagner votre vie faites vous missionnaire de ce culte, ça paie très bien.


FORUMM

Publié par vdrpatrice à 11:22:12 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Vous avez dit : Symptôme ? | 17 septembre 2006

(Un vieux démon de la psychanalyse : « tout le monde est fou ! »).




« La psychanalyse est une passion non une science. Il lui manque la fermeté de l'investigateur. En fait, c'est précisément ce défaut qui singularise le psychanalyste. Il aime et déteste son patient; il envie sa liberté et son pouvoir, et son affaire est de ramener ses forces au niveau de sa propre faiblesse. Elle affirme que l'artiste sublime un défaut parce qu'il se sent incapable. La psychanalyse est, en réalité, un acte de revanche par lequel l'infériorité du psychanalyste est transformée en supériorité. Le patient tend naturellement à se soumettre au médecin. C'est pourquoi, aujourd'hui, n'importe quel idiot veut traiter son génie. Peu importe comment le médecin s'efforce d'expliquer le génie, tout ce qu'il arrive à faire est de montrer qu'il en est dépourvu.»
(Karl Kraus).


Cher internaute, avant d'aller plus loin, nous vous informons que l'essentiel de nos arguments ci-après se basent sur le livre de Jacques Van Rillaer intitulé : «les illusions de la psychanalyse», ou au moins le chapitre consacré à «l'argument des résistances». (Édition : Pierre Mardaga). Voilà bien un livre «qu'on peut lire» au sujet de la psychanalyse...

L'objet de cette page (qui sera pour l'occasion une réponse à un internaute psychanalyste) est de parler, une fois encore d'une attitude caractéristique des psychanalystes (ou du moins certains d'entre eux), une attitude tout à fait «symptomatique»...Résultat d'une forme bien connue de «résistance» : le refus de la critique et d'admettre les arguments anti-psychanalyse les plus efficaces, ceux-là mêmes que les psychanalystes considèrent évidemment comme pathogènes et témoins d'un refoulement spécifique. Je précise que j'ai déjà développé des arguments que l'on peut consulter, sur ce site, aux liens suivants : «Adieu la psychanalyse», «Et pourtant, ça marche...!», «Bas les masques...», «Termes universels et le terme d'inconscient dans la psychanalyse.».

Si vous êtes contre la psychanalyse c'est la preuve d'une «résistance», c'est-à-dire le refus ou l'incapacité de prendre conscience d'un «matériel pathogène» qui est en vous...Vous êtes donc «malade»...Et la seule solution pour vous d'être à nouveau reconnu comme un individu «normal» à part entière et plus comme un vulgaire «symptôme» par les psychanalystes c'est d'admettre que vous «résistez», et aussi de reconnaître l'existence de votre inconscient. Vous voilà donc piégé...Inutile de «résister», d'ailleurs votre énervement, le fait que vous perdez votre sang-froid si vous réagissez négativement lorsque l'on vous traite de «symptôme», tout cela confirmera de toute façon, et «que vous le voulez ou non» de manière «scientifique», la réalité de vos symptômes et de votre inconscient. Cela me fait un peu penser à ce qu'écrivait encore Karl Kraus : «les aliénés sont toujours reconnus par les psychiatres au fait qu'après l'internement ils montrent un comportement agité.» Vous voyez : tout est mis en œuvre par les psychanalystes pour que vous donniez, de vous-mêmes, les confirmations que réclament leurs théories (1). La psychanalyse ne fait pas offrande de sa «substance spirituelle» à son patient, (à part la camisole de mots dans laquelle elle séquestre ses victimes, elle est vide de toute substance) c'est le contraire : elle demande à ce dernier de déposer à ses pieds, comme un sacrifice, les constituants de cette substance, et pousse le culot jusqu'à une situation quasi tragi-comique où elle se targue de lui dire : «Tu vois ? Je te l'avais prédit que tu me les donnerais !» (Bien qu'en réalité il ne s'agit jamais de prédictions, mais toujours de rétro dictions (2) de ses «résultats»). Elle demande à tout un chacun de se soumettre à la règle de l'inconscient, sinon c'est l'infantilisation, la négation de votre personne.»Après avoir découvert le sens d'une action, il faut faire admettre ce sens à ce patient. C'est ce que Freud prétend faire. Il n'en est rien, ce que le psychanalyste veut ce sont des aveux, obtenus par quelqu'un qui sait, avant toute enquête, ce qui doit être, auprès de quelqu'un qui refuse d'admettre ce que l'autre veut qui soit. Comme nous le savons cette résistance devient la preuve d'un refoulement. On est exactement dans les procès bolchéviques. Il faut persuader l'autre d'admettre une vérité dans l'intérêt du système dont il fait partie grâce au transfert. Tout le sens de la technique est là.»

Lorsque vous entamez une discussion (avec l'illusion qu'elle sera honnête et fructueuse) avec un psychanalyste dont l'objet est la critique épistémologique de, par exemple, la théorie de l'inconscient, le psy, sentant que vos arguments sont susceptibles de mettre très largement à mal les élucubrations freudiennes...ne répond pas sur le terrain où vous l'attendez (bien sûr), celui de l'épistémologie, mais débute une stratégie (psy) de réponse, par la fameuse question : «avez-vous réfléchi d'où vous vient cette idée de critique de l'inconscient ?» (Réponse finalement attendue par lui : de votre inconscient...ou de toute autre cause confirmant des raisons psychanalytiques, de vos «pulsions» à critiquer la psychanalyse. Vous confirmez, sans le savoir, sans en avoir conscience, le bien fondé de la psychanalyse, même en lui opposant les arguments les plus efficaces.) Autre stratégie : il n'a rien écouté, ou d'une «écoute flottante», il a focalisé son attention sur les émotions, (procédé particulièrement humiliant et infantilisant, comme si vos arguments n'avaient aucune valeur, ou qu'une valeur infantile) à ce qui s'est dégagé émotionnellement de votre façon de parler, et tente de détourner le problème en vous disant, toujours de manière bienveillante, voire infantilisante : «...vous êtes très passionné lorsque vous en parlez», ou encore: «vous voyez que vous avez des émotions». Reprenant les thèses de Karl Bülher, Karl Popper soutient les arguments suivants : le langage a, au moins, 4 fonctions :

« 1) La fonction expressive, ou le langage considéré comme symptomatique de l'état de l'organisme ;
2) la fonction d'appel, ou le langage considéré sous l'angle de sa capacité de stimuler des réponses dans d'autres organismes ;
3) la fonction descriptive, ou le langage considéré comme décrivant des états de fait (qu'ils existent ou non) ;
4) la fonction argumentative, ou le langage considéré comme moyen pour la critique rationnelle (plutôt que pour la simple affirmation et contre-affirmation). (...) la fonction argumentative, de même, n'est pas réductible aux deux fonctions inférieures - exprimer et appeler -, bien que tous nos arguments expriment et appellent. Ainsi, par exemple, la validité d'un argument ne peut pas être réduite à sa force de persuasion (ce serait la réduire à un appel efficace) un argument valide peut ne pas convaincre qui que ce soit, tout comme des arguments invalides ont pu convaincre de nombreuses personnes, et pendant de longs siècles. Ainsi, la description et l'argumentation ne sont pas seulement des expressions et des appels. Une théorie déterministe du langage exprimée en termes de lois naturelles ne peut pourtant expliquer que ces deux fonctions inférieures : il lui faut concevoir tout langage comme symptomatique, et toute réponse comme la réponse à un appel. Il en va de même pour toute théorie qui a recours aux machines. Une machine à calculer réagi à des appels reçus ; et les réponses qu'elle calcule sont autant d'expressions, ou de symptômes, de ces états internes. Et, du point de vue du déterminisme «scientifique», elles ne peuvent être rien d'autre. La différence entre une machine qui ferait usage d'une méthode de calcul ou d'un argument valides et une autre qui ferait usage d'une méthode invalide est située au-delà de la portée de toute théorie qui se restreint à l'approche causale du déterminisme «scientifique». C'est ainsi que le déterminisme « scientifique « se voit obligé soit d'ignorer la différence entre les fonctions «supérieures» et les fonctions «inférieures», soit d'affirmer la réductibilité de celle-là à celle-ci. Mais l'une et l'autre de ses manières de procéder sont inacceptables, et tout particulièrement parce qu'elles sont forcées d'exclure tant la fonction que la structure de l'argumentation.»
(In : Karl R. Popper, «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme». Edition : Hermann. Paris, 1984. Pages 70, 71).

Comme on l'aura compris, a partir du moment où Sigmund Freud postule un déterminisme psychique absolu, il ne peut admettre qu'il y ait le moindre espace de non-sens psychique (comme le fait remarquer Jacques Bouveresse). Tout doit pouvoir être interprété (quand ce mot n'est pas volontairement confondu avec «expliqué») grâce à la théorie de l'inconscient et du refoulement inconscient. La théorie de Freud n'accepte donc aucun espace de «non-savoir» pour ce qui concerne (entre autre) le psychisme humain ! Evidemment, les psychanalystes pensent qu'il est possible de se «connaître soi-même» grâce à l'analyse, et d'avoir, in fine, une connaissance de son inconscient. Mais comme le démontre de manière dévastatrice Karl Popper dans le livre cité plus haut, je cite : « Connais-toi toi-même - c'est-à-dire connaissez vos limites - est un idéal (...) logiquement irréalisable. Puisque nous sommes des calculateurs, nous ne pouvons nous connaître pleinement, pas même toutes nos limitations, du moins, pas celles de notre savoir.» Popper, page 89.

Ainsi, comme le suggère Popper, que nous utilisons ici, on peut arguer du fait que le psychanalyste, «armé» de son déterminisme, va utiliser massivement l'argument conceptuel du «symptôme», qui n'est, par définition, que la manifestation d'une pathologie toujours décrite à la lumière de la théorie permettant de le relever, et donc qui ne peut être, d'emblée, la preuve formelle de la pathologie puisqu'il n'y a que la méthode expérimentale qui permette de corroborer que certains symptômes que l'on relève chez un malade, sont bien associés à une pathologie spécifique, par rapport à d'autres symptômes «concurrents» comparativement testés ! Parce que la logique de la découverte scientifique exige qu'au moins deux théories concurrentes soient en présence pour faire émerger de la connaissance. On n'apprend rien sur les chenilles, en observant une seule et unique chenille (Popper). Et en paraphrasant Popper, nous pouvons donc dire que l'on ne peut rien apprendre sur la manifestation symptomatique d'une pathologie sans tenter de la comparer avec une autre possible, hypothétique et concurrente.

En somme, le déterminisme freudien, permet d'observer, de justifier, d'inventer, de nuancer à l'infini n'importe quel «symptôme» qui se rapporterait au psychisme, et de trouver des confirmations en nombre illimité et d'une infinie subtilité (conséquence logique de son déterminisme), dans tous les cas pathologiques étudiés, sans pour autant que toute cette symptomatologie puisse être testée inter subjectivement !

Par conséquent, les psychanalystes croient que ce qui fait l'immense force de leur doctrine c'est cette capacité à tout interpréter, à trouver des confirmations partout, (et à prétendument expliquer), sans jamais comprendre que c'est là que se trouve, au contraire, toute sa faiblesse, ensuite la preuve flagrante de sa non-scientificité, et enfin la nullité de son pouvoir d'explication.
Cette «méthodologie» rend la théorie freudienne, dans la plupart des cas, certaine (irréfutable), sinon hautement probable (courant très peu de risque d'être réfutée, grâce à l'emploi de certains stratagèmes). Or, comme le démontre Popper, plus le degré de corroboration d'une théorie s'accroît à la suite de tests intersubjectifs passés avec succès, plus son degré d'improbabilité logique s'accroît également, c'est-à-dire que la théorie a d'autant plus de chances d'être réfutée par l'expérience qu'elle revendique un pouvoir de prédiction élevé (dépendant de son degré de corroboration).

En somme, la «logique» de l'attribution de la preuve par le psychanalyste, en s'appuyant sur sa théorie du «symptôme révélateur» de l'inconscient ou d'un refoulement inconscient a, toujours, la structure suivante (laquelle correspond au fameux sophisme : «POST HOC ERGO PROPTER HOC», selon lequel si un événement suit d'un autre, il serait causé par le premier) :

« Si (A) est vrai, alors, (B) l'est aussi. »


Exemples :

1°) «(A) : S'il est vrai que je résiste aux interprétations de mon analyste,
(B) : alors, il est vrai que j'ai un refoulement inconscient.»

ou bien :

«(A) : S'il est vrai que je viens de faire un lapsus linguae,
(B) : alors, il est vrai qu'il dépend d'un déterminisme psychique inconscient, absolu, et excluant tout hasard.»

Ou encore :

«(A) : S'il est vrai que vous avez tel symptôme «psychique»,
(B) : alors il est vrai que la cause (cachée) de ce symptôme est inconsciente et procède d'un refoulement inconscient.»

Ou bien encore (pour les irréductibles) :

«(A) : S'il est vrai que les hommes rechignent à ce que les femmes accèdent à certains droits dans la Société,
(B) : Alors, il est vrai que la cause (cachée) de cette attitude est une peur inconsciente de la castration.


Par conséquent, si la structure d'attribution de la preuve employée par les psychanalystes est bonne, appliquons la dans les exemples qui suivent :

2°) «(A) : S'il est vrai que l'horizon est plat lorsque je l'observe de la fenêtre de ma chambre,
(B) : alors il est vrai que la cause cachée (par analogie avec l'inconscient) de la platitude de l'horizon, c'est que la Terre est aussi plate que l'horizon.»

Ou bien :

« (A) : S'il est vrai que Socrate est un homme et qu'il est chauve,
(B) : alors il est vrai que les hommes sont chauves.»


...Mais le psychanalyste croit que tout est réductible aux deux premières fonctions du langage dans un échange, voire à la seule première fonction. Les mots n'étant que des chewing-gums (Lacan), ce qui compte ce sont les émotions exprimées, et parmi elles, celles qui confirment les théories de la psychanalyse (celles qui ne les confirment pas à priori, finissent d'une manière ou d'une autre par être «récupérées» par le filet théorique freudien, filet aux mailles extensibles à volonté).
J'ai souvent constaté, que lors de ces prétendus échanges fructueux, le psy se croit supérieur, il vous traite de haut, il me fait penser à ces personnes, qui vous écoutent parler assises lourdement en prenant une pose empruntée, épanouie et décontractée à l'excès (comme s'ils étaient parvenus à une espèce de sérénité et de maturité archétypique avec leur potion), parlant sur un ton exagérément calme, et en vous regardant comme si pour eux vous étiez totalement prévisible, le tout agrémenté de ce fameux petit sourire fait de fausse bienveillance, de fausse chaleur humaine, de fausse patience, de vrai mépris, de vrai snobisme, d'authentique imposture...Quand ce sourire ne signifie pas tout bonnement qu'il se moque, avant même que vous en parliez , de tous vos arguments. «Les patients c'est de la racaille» disait Sigmund. Votre super-interlocuteur assume sa super-théorie, laquelle autorise toutes les pirouettes. Il en assume donc aussi la langue de bois. Ne pétez pas un plomb, il aurait raison !
Le psy vous prend donc pour un imbécile. Ce n'est pas grave. Il ne vous reste qu'à continuer de «résister» pour inverser les rôles afin qu'il comprenne que l'on est toujours l'imbécile de quelqu'un, et que l'honnêteté n'est pas forcément le symptôme d'une résistance.


Soyez donc heureux, souriez, vous faites désormais partie de la tribu.
La secte psy, où que vous soyez, vous lancera ses filets pour récupérer votre dignité et votre fierté d'homme libre sous sa chape théorique irréfutable, toute puissante, éternelle...Amen ! D'ailleurs il suffit d'écouter Dieu, en personne, parler :
«Toute la théorie psychanalytique est construite sur la perception de la résistance qu'oppose le patient lorsque nous essayons de lui rendre conscient son inconscient.»
«Les hommes, dans leur ensemble, se comportent envers la psychanalyse comme l'individu névrosé.»
«Ma situation a quelque chose d'effrayant car ce n'est pas une mince affaire que d'avoir toute l'humanité comme patient.» (S. Freud) Freud s'est probablement cru investi d'un destin messianique ? (Comme l'hilarant Raël ?)
...Mais certains, parmi les proches de dieu, on osé «résister», voici ce qu'ils lui ont répondu :

« J'aimerais vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter vos élèves comme vos patients est une fausse manœuvre. Vous produisez par là des fils-esclaves ou des gaillards insolents (Adler, Stekel, et toute la bande insolente qui s'étale à Vienne). Je suis assez objectif pour percer votre truc à jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par là vous rabaissez tout l'entourage au niveau du fils ou de la fille, qui avouent en rougissant l'existence de penchants fautifs. Entretemps vous restez toujours bien tout en haut comme le père (...) Voyez-vous, mon cher Professeur, aussi longtemps que vous opérez avec ce truc, mes actes symptomatiques ne m'importent pas du tout, car ils ne signifient absolument rien à côté de la poutre considérable qu'il y a dans l'œil de mon frère Freud. » (Jung).
S. Freud, in «Les illusions de la psychanalyse.» Jacques Van Rillaer. Chapitre : «l'argument des résistances.»

Il n'y aurait donc pas âme qui vive (ou qui ait vécu, ou qui vivra...) qui puisse échapper à la définition que donne Freud de l'inconscient (n'oublions pas qu'il existe des définitions de l'inconscient inscrites dans des contextes authentiquement scientifiques. Et j'ajouterais que je ne nie absolument pas avoir un inconscient dont la définition serait donnée par quelque théorie, par exemple, neuroscientifique).
L'humanité toute entière (passée, présente, et future) doit être psychanalysée (sauf Freud lui-même ?), il n'y a strictement aucun moyen d'y échapper puisque si vous niez l'existence de votre inconscient (freudien) c'est que vous refoulez. Il ne reste plus qu'à répandre sur vous l'idée du symptôme. Quant à l'amalgame qui sera fait entre ces prétendues constatations «scientifiques» et le fait qui vous soyez fou ou malade mentalement, ne vous inquiétez pas, le sens commun s'en charge, les psychanalystes le savent bien, et du reste, ils comptent sur sa logique de bistrot pour l'aider à confirmer ses théories.
Mais une question cruciale peut encore être posée par ceux qui «résistent» et ne veulent pas se laisser piéger : Comment une telle théorie de l'inconscient qui ne peut être remise en question de quelque façon empirique que ce soit peut-elle avoir un contenu ? Autrement dit : Quelles sont les limites empiriques et testables de cette théorie qui, justement, permettraient d'en baliser le contenu ? Et pour formuler le problème de manière plus épistémologique : Quelle peut bien être la base empirique d'une théorie qui ne peut admettre aucune classe d'énoncés contradictoires ? Les réponses à ces questions se résument en une seule réponse : puisqu'aucun cas humain ne peut échapper à la définition de l'inconscient que donne Freud, cette théorie n'a donc pas de limite, par conséquent, elle n'a pas non plus de contenu empirique qui puisse être balisable. Ceux qui ont fait l'effort de lire l'œuvre de Karl R. Popper savent bien ce que tout cela implique : cela implique qu'une théorie qui explique tout, en fait n'explique rien du tout. Ou, en d'autres termes, que la théorie de l'inconscient de Freud n'est même pas un gaz, elle n'est rien d'autre qu'un jeu de langue mouillée de salive hégélienne.

L'internaute psychanalyste avec qui j'ai échangé quelques propos acerbes, m'a dit que je ferais mieux, notamment, de «feuilleter» Kant et Freud pendant les vacances d'été. On pourrait répondre à ce monsieur que, premièrement il ferait mieux de lire Popper avec attention, et, deuxièmement, que s'il pratiquait un «effeuillage» de la théorie de l'inconscient de Freud comme j'ai tenté de le faire, il se rendrait compte, que «le Roi est nu» !


Jacques Van Rillaer, dans le livre cité plus haut, IV° partie : «L'avenir des illusions» :

«Une pratique de bavardage»

Tout récemment, dans le dernier numéro de la revue Ornicar (1979, 19 : 5s), le Président de l'Ecole freudienne de Paris (Jacques Lacan) déclarait :
«La psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une science. Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n'est pas une science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera.
C'est une pratique de bavardage.
Le mot bavardage implique quelque chose...Bavardage met la parole au rang de baver ou de postillonner. Il la réduit à la sorte d'éclaboussement qui en résulte.
Les mots font la chose, la chose freudienne, la crachose freudienne. Mais c'est justement à l'inadéquation des mots aux choses que nous avons à faire...»

Publié par vdrpatrice à 11:21:19 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Et pourtant... « Ça marche ! » | 17 septembre 2006

(«Misère de la psychanalyse.»)




(ce titre, ainsi que la démonstration qui va suivre, s'inspirent d'une page
contenue dans le site de Jean BRISSONNET vers lequel nous avons fait un lien dans notre page d'accueil. L'objet de cette page est de développer des arguments
démontrant l'inefficacité du confirmationnisme psychanalytique à fonder, d'une part, l'encrage empirique de l'inconscient, d'autre part, la scientificité de la psychanalyse
laquelle demeure un archétype de pseudoscience voire d'imposture scientifique.).




«...Freud estime avoir apporté (...) «une preuve incontestable de l'existence (...)...» de l'inconscient et des instances de sa topique. Même si l'on met entre parenthèses les critiques du caractère scientifique de la psychanalyse, fondées sur un critère de démarcation comme celui de Popper; même si l'on accepte de jouer le jeu en appliquant de bout en bout à la psychanalyse les normes qui régissent les sciences, on peut émettre de sérieux doutes au sujet de la validité de cette «preuve d'existence» offerte par Freud. En toute rigueur, ni la cohérence explicative ni l'efficience pratique obtenue sous l'hypothèse de l'existence d'une entité, n'en constituent une preuve scientifique indubitable. Seule la démonstration que cette entité constitue la seule explication possible d'un ensemble de phénomènes attestés serait unanimement acceptée comme fournissant une telle preuve; on appelle cette procédure idéale une inférence vers l'unique explication. (... Le problème est que sur ce terrain de l'explication extrinsèque, mécanique et causale des comportements, les thèses freudiennes rencontrent de sérieux concurrents, comme par exemple la neurophysiologie. Le système de la topique psychanalytique n'est donc pas la seule explication disponible de ce type; de surcroît, la question de savoir si elle est la meilleure, et selon quelle échelle de valeur elle peut être tenue pour telle, reste largement ouverte.»
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 132.)

Toujours la même erreur : l'expérience subjective de la cure et les confirmations que l'analyste et l'analysé y découvrent, prouveraient
« indubitablement « la réalité des processus décrits en théorie par la psychanalyse...(Ou que : «post hoc, ergo propter hoc»). Mais c'est encore une fois oublier que les confirmations qui sont toujours lues à la lumière de la théorie qui permet justement de les relever ne prouvent pas que la dite théorie a un contenu explicatif et empirique. Elles ne mettent pas la théorie en face de son « état limite « (1). Les confirmations ne constituent pas, à elles seules, la base empirique des théories. C'est l'existence d'une classe non vide de falsificateurs potentiels ou énoncés de base, qui, s'ils sont confirmés ou infirmés par un test, (indépendant, extra-clinique, et intersubjectif) révèlent le contenu explicatif et empirique d'une théorie. (2) (Il est important de préciser que la classe des énoncés de base d'une théorie universelle est constituée de deux sous-classes : la classe des énoncés singuliers de base compatibles avec la théorie, et la classe des énoncés incompatibles ou contradictoires qui peuvent éventuellement corroborer une hypothèse falsifiante de la théorie universelle. Par exemple, la théorie universelle «tous les cygnes sont blancs» est dotée de la base empirique suivante : «il y a un cygne blanc à tel endroit» et «il y a un cygne non-blanc à tel endroit, observable sous certaines conditions initiales précises». De ces deux énoncés singuliers de base, seul le dernier peut faire l'objet d'une hypothèse falsifiante, compte tenu de certaines conditions initiales, de la théorie universelle : «tous les cygnes sont blancs», il est le seul type d'énoncé de base à pouvoir rendre compte du contenu explicatif et empirique de la théorie, en révélant sa limite. Précisons, encore une fois, que l'on ne peut déduire aucun énoncé de base de quelque énoncé universel que ce soit, sans conditions initiales nécessaires à cette déduction. Popper : «...si l'on nous donne une théorie t et des conditions initiales r, dont nous déduisons la prédiction p, l'énoncé de base r.p. sera un falsificateur virtuel de la théorie et donc un énoncé de base.» En effet, rien ne suit de directement observable de la simple formule : «tous les cygnes sont blancs», il faut préciser, sous quelles conditions initiales on observerait des cygnes blancs et, à fortiori, des cygnes non-blancs). L'expérience de la cure ne permet donc pas de prouver que les théories qu'utilise l'analyste comme fondement de ses procédés thérapeutiques, ont un contenu... Sauf si les psychanalystes étaient en mesure de considérer que certains échecs répétés constituent d'authentiques réfutations expérimentales de leur conception de l'inconscient et de l'organisation psychique, ce qui n'en est rien, comme nous le verrons par la suite.

L'argument qui s'apparente à la fameuse expression « et pourtant ça marche « est évidemment fondé sur une autre erreur, très coriace à corriger dans nos pays latins où la psychanalyse a toujours autant du succès : c'est l'erreur positiviste reposant sur la croyance erronée (l'inductivisme) que l'on parvient à justifier les énoncés universels au sens strict après l'observation d'un grand nombre de confirmations ou que la validation de la connaissance procède du particulier au général. Tout se passe comme si « mon expérience « de la cure suffirait à prouver la vérité des énoncés généraux constitutifs de la psychanalyse. Mais un grand nombre de confirmations, ou, en l'occurrence, de cures réussies, même par des individus différents, ne prouveront pas que les théories de la psychanalyse ont un contenu explicatif et empirique s'appliquant à la réalité psychique. Il faut que les théories de la psychanalyse puissent être testées indépendamment de tout risque de suggestion, d'influence de l'analyste sur l'analysé. Précisons aussi qu'un autre argument, lui aussi largement employé au niveau d'une réflexion du sens commun, se révèle tout à fait incapable de fournir une base solide à toute justification et vérification d'énoncés généraux. Cet argument repose sur la notion de probabilité. En effet, le sens commun affirme volontiers qu'une thérapie «T» «marche» ou «marchera» ou « a marché» (le mode d'emploi de ce verbe dénote bien sûr l'énoncé : «toutes les fois que nous utiliserons cette thérapie cela marchera») sur la base d'un grand nombre de «réussites» précédemment observées, lesquelles seraient l'argument indiscutable d'un fort taux de probabilité de réussite (disons par exemple 99....%). Voilà un argument des plus rigoureux semble-t-il, puisque se fondant sur la notion mathématique de probabilité. Un fort taux de probabilité voulant exprimer ici, de fortes chances de réussites futures, et en définitive, la «vérification» des énoncés généraux que l'on soumet à cette appréciation. Mais tout ceci s'effondre dans la mesure où lorsque nous disons qu'une théorie est «vérifiée» parce qu'estimée probable dans 99...% des cas, nous ne pouvons omettre le fait qu'il s'agit de cas observés nécessairement dans le passé, et que face à l'infinité des cas non encore observés dans le futur, cette probabilité impressionnante est mathématiquement égale à ZERO ! Les «cas observés» dont nous parlons sont les observations empiriques ou cliniques effectuées à la lumière de la théorie qu'ils sont censés étayer. Et comme nous l'avons déjà dit plus haut, ils n'apportent aucune information supplémentaire sur le contenu de la dite théorie. Les cures jugées «réussies» et confirmant simplement les théories de l'analyste au cours de la cure psychanalytique ne permettent d'apporter aucune information supplémentaire pour le jugement que nous pourrions porter sur le contenu des théories de la psychanalyse.

Voici un autre argument afin d'essayer de comparer la situation de «testabilité» dans laquelle serait la psychanalyse (pour les psychanalystes et les analysés pour qui «ça a marché») avec la testabilité d'autres théories, scientifiques celles-là, comme les théories constitutives d'un vaccin. Qu'est ce qui fonde l'efficacité d'un vaccin ? Qu'est ce qui prouve la valeur empirique des théories constitutives d'un vaccin ? Ce qui fonde l'efficacité d'un vaccin « A « ce sont les théories, les diverses formules chimiques ou autres, qui ayant été testées en laboratoire par leur mise à l'épreuve (tentative de réfutation) sur un virus « B « , (supposant que les facteurs humains concernés et déjà reconnus scientifiquement font partie des conditions initiales de la mise à l'épreuve et sont donc considérées au moment du test comme « non problématiques «) n'ont pas été réfutées par l'expérience de laboratoire. Si ces théories n'ont pas été réfutées par la dite expérience, on suppose que le vaccin, son efficacité, sera confirmée, selon certaines conditions initiales (par exemple certaines limites d'utilisation du vaccin « A «), sur l'être humain. Mais ces confirmations, aussi nombreuses soient elles n'apporterons rien de plus, en contenu explicatif et empirique, sur la valeur des théories constitutives du vaccin « A «, seules une ou des réfutations si possible (puisqu'un seul échec peut être considéré comme purement accidentel), c'est-à-dire des échecs répétés, et reconnus par la communauté scientifique, peuvent faire l'objet d'un questionnement sur l'élaboration des théories constitutives du vaccin « A « et motiver la nécessité de reformuler les théories constitutives du vaccin (si ce sont ces théories qui sont considérées comme problématiques), ou les conditions initiales du test (outils d'expérimentations, hypothèses sur les facteurs humain, ou sur le virus) si ce sont elles qui sont devenues problématiques aux yeux des scientifiques à l'issue des échecs de terrain répétés et constatés.
Dans le domaine de la pharmacologie clinique on distingue 4 phases nécessaires d'expérimentation avant la mise sur le marché d'un nouveau médicament :
1) Une phase de première administration sur l'homme afin de définir la posologie du médicament.
2) Des essais cliniques sur les maladies sélectionnées pour confirmer la validité des posologies et les relations entre effets thérapeutiques et médicament.
3) Définition des conditions exactes d'utilisation par la définition des indications et contre-indications.
4) Suivi du nouveau médicament sur le marché pour mettre en évidence les effets indésirables.

Ceci est pratiquement identique au cas évoqué précédemment, à savoir que tout au long de ce processus, les confirmations positives n'apporteront aucune information supplémentaire sur le contenu explicatif et empirique des théories constitutives du médicament, seuls certains résultats négatifs et reproductibles renseigneront efficacement les chercheurs. On objectera qu'un psychanalyste peut aussi mettre à l'essai l'efficacité de sa thérapeutique sur chaque patient, et que dans le cas de la psychanalyse, action thérapeutique et recherche clinique, en quelque sorte, se confondent. Mais compte tenu des aspects spécifiques de la thérapie psychanalytique, reposant essentiellement sur le langage par l'utilisation de certaines verbalisations de l'analysé sélectionnées par l'analyste en fonction des théories psychanalytiques qui sont sensées être «testées», il est logiquement impossible pour l'analyste de rechercher autre chose que des confirmations positives de ses théories, sauf à considérer qu'au fur-et-à-mesure des «réfutations» observées, ses théories doivent, les unes après les autres, être reconnues comme sans fondement. Par ailleurs, puisque toute la psychanalyse repose sur la notion d'inconscient puis de refoulement inconscient, inobservables empiriquement, accepter des «réfutations» issues de la cure, reviendrait pour les psychanalystes, à accepter l'absence totale de fondement de leur théorie de l'inconscient et du refoulement. Ils sont donc contraints à adopter une conduite «épistémologique» visant à sans arrêt rechercher des stratagèmes conventionnalistes (Popper) pour immuniser leurs théories contre les réfutations. C'est de ce problème, que provient en partie, le qualificatif de non-réfutabilité des énoncés de la psychanalyse.

« (...) Le résultat de leur analyse est que l'observation qu'ils font d'un effet thérapeutique positif sur la levée abréactive des refoulements, qu'ils interprètent dans le sens de leur hypothèse thérapeutique, mène à la morale étiologique suprême qui suit. Hypothèse étiologique (E) : un refoulement accompagné de la suppression d'une charge affective est causalement nécessaire pour la pathogénèse initiale et pour la persistance d'une névrose. Il est clair que cette hypothèse étiologique E permet de déduire de façon valide la découverte thérapeutique dont font état Breuer et Freud et qui est formalisée dans leur hypothèse thérapeutique T : la levée cathartique des refoulements des souvenirs traumatisants d'événements qui occasionnent les symptômes engendre la disparition des symptômes. Et, comme ils nous le disent explicitement, cette découverte thérapeutique est la «preuve» qu'ils avancent pour leur hypothèse étiologique cardinale E. Mais je maintiens que cet argument inductif est vicié par ce que j'aime à appeler le «sophisme de la pseudo-confirmation hypothético-déductive grossière». (...) «Ainsi les récits psychanalytiques sont-ils remplis de la croyance selon laquelle une scénario étiologique hypothétique qui est inclus dans le récit psychanalytique de l'affliction d'un analysé est rendu crédible uniquement parce que l'étiologie postulée permet alors la déduction logique ou l'inférence probabiliste des symptômes névrotiques qu'il faut expliquer.» (...)
Mais (...) le succès thérapeutique durable sur lequel Freud se fonde ne se réalisa pas, comme il fut obligé de l'admettre à la fois au début de sa carrière et à sa toute fin. Mais même dans les cas où un gain thérapeutique transitoire a été obtenu, Freud n'a pas réussi à éliminer l'hypothèse rivale rendant caduque l'attribution d'un tel gain à la levée des refoulements par association libre, à savoir l'hypothèse menaçante de l'effet placebo, selon laquelle ce sont les ingrédients du traitement autres que la compréhension des refoulements du patient - comme la mobilisation par le thérapeute de l'espoir du patient - qui sont responsables des améliorations ultérieures (...). D'autre part, les autres analystes n'ont pas éliminé, eux non plus, l'hypothèse de l'effet placebo au cours du siècle passé.»
(In : Adolf Grünbaum. Revue Sciences et Avenir, n°127, juillet-août 2001. «L'inconscient à l'épreuve». Pages : 47, 49).
Mais comme l'a soulevé Adolf Grünbaum contre Karl Popper : pourquoi les psychanalystes auraient-ils besoin d'immuniser leurs théories contre les réfutations si celles-ci n'étaient pas réfutables ? En effet, il est démontré que certaines théories de la psychanalyse sont réfutables, mais à quel degré ? C'est-à-dire, sont-elles intersubjectivement réfutables comme le veut l'épistémologie poppérienne, et quel est le degré de testabilité ? A la lecture de ce qu'écrit Eysenck, on peut légitimement se demander si les différentes expériences proposées par certains psychanalystes pour tester leurs théories, respectent rigoureusement la méthode scientifique. Or, il apparaît que non, dans quasiment tous les cas. Ensuite, les quelques théories psychanalytiques qui ont pu être testées, ont, selon Grünbaum, été réfutées. Quoiqu'il en soit de la controverse entre Grünbaum et Popper au sujet de la réfutabilité de la psychanalyse, et donc de son accès au statut de science empirique, nous donnerons, malgré certains arguments indiscutables de Grünbaum, encore nettement raison à Karl Popper (d'ailleurs, Grünbaum lui-même, reconnaît dans son livre «la psychanalyse à l'épreuve», le recours à des stratagèmes immunisateurs des psychanalystes pour sauver leurs théories), en raison de la revendication d'un déterminisme psychique absolu par la théorie de l'inconscient freudien, et surtout en raison de la conception erronée et aussi le rejet sans équivoque de la méthode expérimentale par les psychanalystes contemporains, je cite par exemple : «Il n'est pas scientifique de recourir, pour vérifier l'hypothèse de l'inconscient, à des procédures qui le nient, et il est problématique de critiquer la rigueur méthodologique des recherches expérimentales en donnant à penser qu'avec un peu plus d'application le singulier pourrait se laisser appréhender par cette voie». (http://www.seinemedia.com/manifestepourlapsychanalyse/article?id=38).

Comme je viens de le démontrer les confirmations positives (dans un sens inductiviste) ne prouvent rien. Absolument rien. Seules les réfutations réussies ou les échecs lors de tentatives de réfutations de théories mises à l'épreuve, prouvent que les théories testées ont un contenu.

On peut contester, qu'un seul individu peut constituer, (du fait de sa complexité faisant aussi son originalité), à lui tout seul, une expérience cruciale ou un test sévère et indépendant pour le vaccin « A « (ou pour la thérapie «... «) parce qu'il possèderait en lui-même assez de contenu pour «demander» à la théorie du vaccin «A» quelque chose d'inédit quant à son efficacité, et qu'il est possible d'inférer inductivement la validité générale d'une théorie si le cas individuel ne la réfute pas, ou si « ça a marché «. On pourra aussi objecter le fait que «l'on n'inocule pas la psychanalyse à un patient comme on inocule un vaccin» ! Pourtant, le psychanalyste, tout comme le médecin qui vaccine une personne malade, espèrent tous les deux que l'application, sur leur malade, d'un certain produit, se traduira par sa guérison. Ce produit, ne peut être, dans les deux cas, que le fruit de théories générales qui ont permis de le fabriquer, de l'imaginer, qu'il soit constitué par des repères plus on moins stricts sur les décisions que le thérapeute analyste jugera devoir prendre au cours d'une cure pour guérir l'analysé, ou par cette substance que l'on injecte...

Certes, si le vaccin « A « ne marche pas sur un cas, c'est aux scientifiques qui ont conçu le vaccin de prendre une décision pour savoir s'il faut considérer ce « cas « comme un falsificateur potentiel, qui se trouve en l'occurrence vérifié, de la théorie du vaccin, pour que les scientifiques considèrent qu'il y a dans « ce cas là « l'élément d'information suffisant pour constituer une falsification de la théorie générale du vaccin (tout comme il y aurait dans l'énoncé singulier « voici un cygne noir « assez d'éléments d'information reconnus par la communauté scientifique pour falsifier la théorie générale « tous les cygnes sont blancs «). Mais une réfutation de ce genre, comme du reste toutes les réfutations empiriques, prouve seulement que la théorie générale est fausse et qu'elle doit être reformulée, parce que dans sa formulation initiale elle avait un contenu insuffisant pour englober le cas qui la réfute. Elle était donc d'un niveau d'universalité insuffisant par rapport à la nouvelle formulation qui l'a supplantée.

Par conséquent, lorsqu'une équipe médicale va sur le terrain avec un nouveau vaccin, elle s'attend à voir des confirmations de la théorie du vaccin et pas des réfutations. Cela veut dire que normalement, on ne met pas sur le circuit un vaccin qui ne risque pas de trouver un grand nombre de confirmations, ces « confirmations « que sont les individus sur lesquels le vaccin fonctionne doivent être « totalement « (par un énoncé universel au sens strict portant sur « tous « les cas présents, passés et futurs) anticipées par la théorie, elles ne sont pas des éléments nouveaux pour la théorie, lesquels pourraient la mettre à l'épreuve. Ces confirmations ne permettent donc en rien de REVELER le contenu de la théorie du vaccin, ou la limite de son efficacité. Seule une réfutation reconnue REVELE le contenu de la théorie du vaccin ou la limite de son efficacité. Ce n'est qu'à partir du moment où une théorie générale, quelle qu'elle soit, s'est révélée réellement fausse par la confirmation d'un de ses falsificateurs potentiels, que l'on peut avoir une information réelle, supplémentaire, sur son contenu de vérité.

Notre démonstration peut paraître mal adaptée...parce que le cas de la psychanalyse est encore plus précaire que le cas de la validation des vaccins. Parce qu'il n'y a aucune expérience de laboratoire possible des théories de la psychanalyse avant leur application sur le « terrain de la cure « où elles pourraient être CONFIRMEES ! Il n'y a aucune expérience de ce genre possible à cause du fameux problème du déterminisme prima faciae et absolu excluant tout hasard psychique avant toute expérience scientifique, c'est-à-dire excluant la possibilité d'existence de toute classe de falsificateurs potentiels de la théorie de l'inconscient freudien, qui se trouve donc condamnée dès le départ à une énorme erreur, une erreur caricaturale et fondamentale : celle qui consiste à trouver partout des confirmations, et à être formulée (à l'aide du déterminisme psychique) pour ne jamais être mise en échec. On pourra contredire notre argument en invoquant le fait que, malgré tout, des expériences extra-cliniques ont déjà été faites à partir de théories psychanalytiques, mais comme le souligne Eysenck, dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous les cas, les expérimentateurs ont négligé des hypothèses alternatives, et, selon nous, pour que ces expériences aient été possibles, il a fallu nécessairement s'écarter des postulat initiaux de Freud, comme le déterminisme psychique absolu et prima faciae, avec lequel aucune théorie n'est testable puisqu'il est impossible de satisfaire au «principe de responsabilité» dont parle Popper dans «L'univers irrésolu...», c'est-à-dire de trouver des conditions initiales de testabilité qui soient «suffisamment précises», en conformité avec les exigences du déterminisme absolu revendiqué par Freud, et jamais démenti par aucun psychanalyste qui lui ait succédé.
Freud a donc créé lui-même une circularité, le propre piège de la psychanalyse, un piège qui lui interdit toute efficacité thérapeutique avant même d'avoir pu commencer, qui l'oblige aux artifices du langage , à la rhétorique, et il est vrai, un grand art pour pouvoir presque toujours retomber sur ses pattes...et c'est précisément là que cela ne «fonctionne plus» parce qu'une véritable science et un chercheur honnête et scrupuleux dans ses méthodes, ne peut justement jamais toujours « retomber sur ses pattes «, il y a toujours la possibilité ouverte d'une réfutation. Or, les cauchemars constituaient une réfutation possible de la théorie des rêves (hypothèse auxiliaire de la théorie de l'inconscient, « noyau dur « du programme de recherche de Freud (Lakatos)), mais au lieu de considérer que la théorie des rêves était réfutée, Freud a utilisé un stratagème ad hoc visant à dire que les cauchemars étaient des rêves d'angoisse. Comme le souligne Imre Lakatos dans son livre « histoire et méthodologie des sciences «, la « méthode « employée par Freud ne lui permet pas de révéler le contenu réel de ses théories puisqu'il invente les hypothèses toujours en réponse aux faits et sans jamais en prédire de nouveaux. En d'autres termes, la théorie psychanalytique ne permet jamais à Freud de faire de véritables prédictions, mais seulement des rétrodictions.

Par conséquent, l'argument des psychanalystes selon lequel les théories de la psychanalyse apparaîtraient comme indubitablement vraies qu'à celui qui a fait une analyse, n'est pas recevable, parce que celui-là ne pourra que relever des confirmations du type de celles que nous venons de décrire. Cet argument est donc, en lui-même, une escroquerie, puisque l'on gruge celui qui est prêt à y croire en utilisant le mode de pensée le plus usuel, celui du sens commun, justement enclin à croire aux confirmations positives et fonctionnant plus volontiers selon le mode inductiviste. C'est l'argument typique des charlatans (Essayez , essayez ma mixture, mon elixir, mon philtre magique, vous m'en direz des nouvelles !) Jacques Benesteau, nous en parle dans son livre «Les mensonges freudiens» en écrivant que cet argument consiste à affirmer que : «pour apprécier Mozart il faudrait être compositeur, ou pour apprécier une omelette, être capable de pondre des œufs.» On gruge les gens en utilisant un procédé créateur de leur croyance qui s'accorde le mieux avec leur mode de raisonnement, et la capacité de critique dont ils disposent le plus souvent, laquelle se fonde en partie sur des connaissances épistémologiques qu'ils ne possèdent pas dans la majorité des cas. Le geste est grossier, usité, vieux comme le monde, il consiste tout simplement à «aller dans le sens du poil» et c'est pour cela qu'il fonctionne à merveille. Et puisque certaines archives de Freud ne seront ouvertes aux investigations des historiens qu'en l'an 2113, pour certaines d'entre elles, et compte tenu de la complexité des connaissances épistémologiques, les freudiens sont tranquilles : ils savent qu'ils pourront encore pendant longtemps perpétuer leurs dogmes, adorer leur totem de l'inconscient et faire avaler des couleuvres en jouant, tels des fakirs, les avaleurs de sabres, quand, grâce à leur rhétorique en bois, ils parviennent à absorber toutes les critiques.

Le lieu de la cure individuelle n'est donc pas le lieu qui permet à la psychanalyse de prouver le contenu de ses théories ou des théories qui fondent l'action thérapeutique de l'analyste. Le seul endroit où la psychanalyse pourrait prouver que ses théories ont un contenu serait une situation de laboratoire, où les conditions initiales des tests que l'on pourrait construire seraient intersubjectivement contrôlables et manipulables. Une situation dans laquelle le concept d'inconscient, par exemple, serait isolé, autant que possible, des stratagèmes d'immunisation pratiqués par les psychanalystes. Inutile de préciser que le Divan, situation subjective s'il en est, ne peut, en aucun cas, constituer un laboratoire pour la psychanalyse. En effet, en pareille situation, le psychanalyste peut injecter tout et n'importe quoi (suggestion, manipulation affective, etc.) dans la relation que le lie à l'analysé, et surtout, il fait lui-même partie des incontrôlables conditions initiales dont il ne peut être indépendant et avec lesquelles il va appréhender son patient, pour tenter d'examiner, sélectivement, les aspects de son psychisme. Dans de telles conditions il ne peut pas garantir et soumettre à un contrôle le fait que les théories, (consciemment formulées ou non), qu'il a choisies pour «regarder» son patient, ne sont pas l'objet d'incessants stratagèmes pour les remodeler afin d'éviter qu'elles ne s'adaptent pas à ce qu'il recherche par le regard qu'il a sur son patient, et qu'elles réussissent toujours à expliquer, interpréter, voire créer, avec la complicité du patient (Cf. Borch-Jacobsen, in «Folie à plusieurs»), le fait pathologique. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, lorsqu'un échec à lieu au cours de la cure, nous voulons dire quelque chose qui peut remettre en question un des grands concepts théoriques de la psychanalyse, il ne s'agit nullement d'une réfutation, mais de la preuve d'une absence de fondement. Ce point là est tout à fait crucial. Les échecs en psychanalyse ne réfutent pas les théories de la psychanalyse, ce qui lui permettrait de faire de véritables progrès, ils prouvent leur absence de fondement. De plus, disons encore une fois qu'il est impossible de répéter et de contrôler intersubjectivement ces pseudo-réfutations psychanalytiques en contrôlant les conditions initiales de la répétition intersubjective, dans d'autres cas, sur d'autres divans, car c'est aussi la subjectivité, omniprésente en psychanalyse, qui lui empêche d'être une Science. «L'histoire de la psychanalyse est celle d'un perpétuel conflit d'interprétations - libido contre protestation virile, Oedipe contre trauma de la naissance, inceste fantasmé contre abus sexuel réel, mère œdipienne contre père symbolique, etc. - et il serait vain de vouloir chercher dans ces controverses un quelconque développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès de la psychanalyse» n'est le plus souvent que la dernière interprétation en date ou la plus acceptable dans un contexte institutionnel, historique ou culturel donné.» (In: Mikkel Borch-Jacobsen. Folies à plusieurs. Le psychanalyste en caméléon. Edition : les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, mars 2002, page 315).


Conclusion :

«Post hoc, ergo propter hoc». Ceci est le sophisme célèbre qui affirme que parce qu'un événement suit d'un autre, il serait causé par le premier. Les arguments de ce type sont à l'origine de beaucoup de croyances magiques et de superstitions. Mais si l'on affirme qu'un événement (B), qui suit de (A), est causé par (A), on peut aussi affirmer que cet événement (B) est vrai, ou vérifié, parce que (A) est, au départ, considéré comme vrai, si (B) suit de (A). Ce qui revient à affirmer que :

« Si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi. » [mais, dans le cas de la psychanalyse, sans jamais apporter de preuve indépendante que la vérité de (A) impliquerait celle de (B)].

L'affirmation qui précède, revient à faire une affirmation selon le sophisme «post hoc, ergo propter hoc».
Donnons quelques exemples afin de démontrer que l'argument des analystes freudiens et de leurs analysants, selon lequel les réussites des analyses «prouveraient» ou «valideraient» les théories de la psychanalyse :

Ex 1. : « S'il est vrai que je résiste aux interprétations de mon analyste (A) ; alors, il est vrai que ces résistances sont causées par des refoulements pathogènes inconscients et non encore liquidés (B).»
Ex 2. : « S'il est vrai que les hommes rechignent à accorder aux femmes les mêmes droits qu'eux (A) ; alors, il est vrai que c'est une peur inconsciente de la castration qui en est la cause (B).»
Ex 3. : « S'il est vrai que j'ai guéri de mes névroses après mon analyse freudienne (A) ; alors, il est vrai que les théories de la psychanalyse sont validées et ont prouvé leur efficacité (B).»

Mais, si l'affirmation générale que nous avons donnée plus haut, et selon laquelle : «si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi» est valide et nous permet de prouver que (B) est bien causé par (A), ou que la vérité de (A), entraîne nécessairement celle de (B), si (A) et (B) se succèdent, alors l'exemple qui suit peut parfaitement illustrer comment (B) serait «prouvé» par (A) :

Ex 4. : « S'il est vrai que l'horizon est plat lorsque je le regarde de la fenêtre de ma chambre (A) ; alors, il est vrai que la cause cachée (par analogie avec l'inconscient) de la platitude de l'horizon, c'est que la Terre est aussi plate que l'horizon (B).»

L'argument de la cure est donc un jeu de dupes où Freud a su forcer la raison critique à jouer souvent à colin-maillard, voire à s'engager dans un labyrinthe dont il lui est parfois très difficile de sortir après cette chasse au minotaure qu'est l'inconscient. Mais heureusement, c'est grâce aux «résistances» ou au génie de certains auteurs (Wittgenstein, Popper, Lakatos, Bouveresse, Kraus, Van Rillaer, Debray-Ritzen, etc.) que la vérité, a une fois encore réussi à retrouver son chemin. L'argument des psychanalystes repose donc sur la vieille croyance erronée et inductiviste du progrès des connaissances objectives, elle s'apparente à la théorie de la connaissance du sens commun (au cours de la cure mon bon sens devrait m'ouvrir les yeux sur la prétendue indubitabilité et universalité des processus tels qu'ils sont décrits par les psychanalystes) et c'est, comme nous l'avons dit plus haut, pour cette raison qu'elle « accroche « facilement « des êtres constitués comme nous le sommes « (Jacques Bouveresse), c'est-à-dire des êtres à la recherche de régularités, de confirmations, de connaissances absolument certaines et « indubitables « qui semblent s'accorder au mieux avec la force de l'évidence donnée par l'observation de certains faits. Mais l'évidence, (ainsi que le voudraient sans doute les psychanalystes et les analysés pour qui «ça a marché», pour proclamer la réalité de l'inconscient à partir de certaines «confirmations») n'a jamais été un guide fiable pour les scientifiques. En effet, quand j'ouvre ma fenêtre, et que je regarde l'horizon, il semble évident que celui-ci est plat, il n'en faut pas moins, si l'on suit la logique des psychanalystes freudiens (laquelle consiste à croire, que la cause d'un phénomène doit ressembler au phénomène lui-même), pour confirmer que la Terre est aussi plate que l'horizon...c'est évident !


Notes :

(1) 1°) : Si quelqu'un nous dit qu'une certaine chose empirique, de l'eau par exemple, (représentée par un terme universel), est présente partout, ou universellement observable (vérifiable), dans la totalité de l'espace et du temps, cela revient à affirmer, en quelque sorte, que cette chose est «tout» , et ne se distingue d'aucune autre par des limites spécifiques qui lui donneraient un contenu qui lui serait propre. Puisque cette chose n'aurait pas de limite spécifique, donc pas de contenant pour nous permettre de distinguer son contenu, alors c'est que cette chose n'existerait pas empiriquement. Il est important de s'apercevoir, que lorsque nous supprimons les limites, ou le contenant, d'un concept (universel) «X» (tout ce qui est «non-X»), nous rendons ce concept logiquement irréfutable, mais aussi vide de tout contenu explicatif et empirique (en prétendant qu'il n'y a aucun non-sens psychique, ou que le hasard psychique n'existe pas au niveau d'une causalité inconsciente, et en ne donnant aucun cas humain qui puisse se soustraire à la définition de l'inconscient, Freud, supprime le contenant«...Nous ne pouvons exprimer aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels; tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet, les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.) Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes d'expériences; ils ne peuvent être «constitués». (Karl R. POPPER, in: «La logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.

2°) : Si nous affirmons maintenant et sans plus de précision concernant, par exemple, quelques coordonnées spatio-temporelles, que : (A)»il y a de l'eau». Comme on le voit, (A), en tant qu'énoncé existentiel au sens strict, est irréfutable et «vérifiable», car on ne peut observer toute la partie du temps et de l'espace pour vérifier que l'eau n'existe pas. De la même façon, on peut formuler l'énoncé suivant « (A') «il y a un inconscient freudien» à titre de conjecture et considérer que cet énoncé est confirmé par des événements jugés caractéristiques que nous aurons observés ou analysés, mais toujours à la lumière de cet énoncé. Mais dans ces conditions, (A') est toujours vérifiable (confirmable) et irréfutable, et c'est d'ailleurs sous cette forme logique qu'il faut entendre et aborder la théorie de l'inconscient freudien telle qu'elle a toujours été présentée et défendue par les psychanalystes.
Par contre l'énoncé universel au sens strict : (B) «toutes les fois que certaines conditions seront réunies, de l'eau tombera sous forme de pluie», est invérifiable universellement et réfutable, car nous ne pouvons observer toute la partie du temps et de l'espace pour vérifier que rien n'existe qui soit exclu par cet énoncé. (Popper).
L'énoncé, «il y a de l'eau», ou «il existe de l'eau», se distingue de l'énoncé, «voici de l'eau», car les formules, «il y a...X» ou «il existe...X», font références à des quantités indéfinies de «X» dans l'espace et le temps, si toutefois nous ne précisons aucune coordonnées spatio-temporelles, comme dans un énoncé universel au sens strict.
A l'opposé, la formule, «voici...X», fait référence à une quantité de «X», ici et maintenant, c'est-à-dire selon des coordonnées spatio-temporelles définies. En conséquence, tous les énoncés précédés de, «voici...», sont des énoncés existentiels singuliers et pas au sens strict. Ces énoncés disent «qu'il y a telle chose «X», ici et maintenant», ou qu'il existe cette chose «X» ici et maintenant, ils ne disent pas si cette même chose serait encore présente dans le futur, ou l'était dans le passé. C'est la raison pour laquelle, ce dernier type d'énoncé ne peut vérifier un énoncé universel au sens strict par la seule expérience sensible qu'il représente». Par voie de conséquence, c'est aussi la raison pour laquelle une seule cure analytique réussie («voici une cure «X», comportant telles caractéristiques, qui est réussie parce qu'elle a permis la disparition définitive de symptômes spécifiquement traités»), ne permet pas de vérifier l'énoncé universel au sens strict selon lequel la thérapie analytique est (toujours) efficace. Et il en va de même pour toutes les formes de thérapies, quelles qu'elles soient, prétendant prédire une guérison quelconque, qu'elle que soit la pathologie concernée, dans n'importe quel domaine.
On aura remarqué que les énoncés, «Il y a...X, ici et maintenant» et «voici...X» sont équivalents.

Ce qui rend les choses observables, empiriques, c'est l'existence possible d'un contenant, qui a lui aussi une existence empirique, observable. Nous ne pouvons prétendre qu'une chose a une existence ou une réalité empirique quelconque si nous prétendons qu'elle peut se trouver partout, qu'elle est toujours vérifiable, c'est-à-dire, dans le cas de la théorie de l'inconscient, qu'elle n'a pas de contenant qui puisse nous la révéler en tant que... contenu. Nous ne pouvons connaître le Bien que parce que nous lui connaissons une limite «empirique» : le Mal. Autrement dit, nous ne pouvons savoir que telle action est bonne que si nous disposons, à priori, d'une référence sur quelque action mauvaise. Nous savons qu'agir de telle manière est «bien» parce que nous supposons, à priori, qu'agir d'une autre manière sera «moins bien» ou carrément «mauvais», compte tenu de certaines conséquences possibles. Sans cette nécessaire opposition, aucune action jugée bonne ou mauvaise n'existerait. «moyennement bien», n'est plus le «Bien» absolu et en constitue déjà une limite. Il ne peut exister que le Bien, sans aucune forme de Mal, ou l'inverse, parce qu'alors ni l'un ni l'autre n'existerait dans notre monde empirique sous une quelconque manifestation et nous ne serions capables de distinguer ni le Bien ni le Mal : il n'y aurait aucun système de valeurs morales. Il en va de même pour les notions de chaud ou de froid, ou pour toute autre notion ou concept relatif à notre monde empirique. Nous faisons cette démonstration, parce que pour les psychanalystes, depuis Freud, il n'y a aucun cas humain (passé, présent et futur) qui ne puisse vérifier leur théorie de l'inconscient, les psychanalystes ne précisent pas dans quelle mesure cette théorie de l'inconscient pourrait être réfutée, ils ne voient, ou ne donnent à voir que ce qui peut confirmer positivement leur théorie, même les arguments critiques contre leur théorie sont interprétables, en tant que «résistances», comme des confirmations. Nous ne parlons pas de la théorie du refoulement, ou des autres théories comme les névroses, sur les rêves, ou certaines «conséquences» possibles de la théorie comme la psychosomatique, etc., mais uniquement de la théorie qui est à la base de tout ce qui précède, (y compris du refoulement lequel est pour Freud un processus inconscient empêchant la prise de conscience du matériel pathogène inconscient), la théorie de l'inconscient psychique Freudien.

(2) (Cf: Karl R. Popper. «La logique de la découverte scientifique.» Edition : Payot. Pages : 84 à 86.)
du terme «inconscient». Sous l'acception freudienne, le terme universel, «inconscient», n'a aucune limite explicative testable. Sous cette même acception, ce terme est donc vide de tout contenu empirique. Et Freud renforce encore l'irréfutabilité et l'apriorisme dogmatique de sa conception de l'inconscient, en affirmant que cette prétendue base ultime de notre vie psychique est justifiable, en tant que telle, par le postulat ontologique d'un déterminisme mental prima faciae et absolu. Ce que nous voulons dire, ici, c'est que, même si l'énoncé : «Tous les hommes ont un inconscient du type freudien», est logiquement réfutable, c'est Freud, qui en modifiant la nature du terme inconscient, fait que cette théorie devient empiriquement irréfutable). Par conséquent, ce qui nous permet d'observer de l'eau, (ou n'importe quelle autre objet du monde empirique) c'est le fait apparemment paradoxal, que les termes universels sous lesquels sont caractérisés les objets du monde réel, sont réfutables, et invérifiables universellement, car même un grand nombre d'énoncés singuliers tels que «voici de l'élément X» (ici et maintenant), ne peuvent vérifier définitivement qu'il y aura toujours de l'élément «X». C'est-à-dire que les énoncés universels ou les lois auxquels doivent répondre les caractéristiques propres à cet élément «X» (définissable par un certain terme universel) pour lui permettre d'exister dans le réel, sont réfutables du fait de leur forme logique, et peuvent être éventuellement réfutées, et modifier ainsi notre système d'attentes perceptives concernant cet élément «X». Karl R. POPPER:


Publié par vdrpatrice à 11:20:20 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

Développements sur le déterminisme psychique prima faciae et absolu de la psychanalyse. | 15 septembre 2006

(Développements sur le déterminisme psychique prima faciae et absolu de la psychanalyse freudienne.)


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Citations :

« Deux obstacles s'opposent à la reconnaissance des cheminements de pensée psychanalytiques : premièrement, ne pas avoir l'habitude de compter avec le déterminisme, rigoureux et valable sans exception, de la vie animique, et deuxièmement, ne pas connaître les particularités par lesquelles les processus animiques inconscients se différencient des processus conscients qui nous sont familiers. » S. FREUD. « De la psychanalyse ».

« Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions. (...) On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leur conviction intime de l'existence d'un libre-arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. (...) Ce qui me distingue d'un homme superstitieux, c'est donc ceci : Je ne crois pas qu'un événement, à la production duquel ma vie psychique n'a pas pris part, soit capable de m'apprendre des choses cachées concernant l'état à venir de la réalité ; mais je crois qu'une manifestation non-intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n'appartient qu'à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). C'est le contraire du superstitieux : il ne sait rien de la motivation de ses actes accidentels et actes manqués, il croit par conséquent au hasard psychique ; en revanche, il est porté à attribuer au hasard extérieur une importance qui se manifestera dans la réalité à venir, et à voir dans le hasard un moyen par lequel s'expriment certaines choses extérieures qui lui sont cachées. Il y a donc deux différences entre l'homme superstitieux et moi : en premier lieu, il projette à l'extérieur une motivation que je cherche à l'intérieur ; en deuxième lieu, il interprète par un événement le hasard que je ramène à une idée. » S. FREUD. « Psychopathologie de la vie quotidienne ».

« Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a à ses yeux rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait souvent appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique ». S. FREUD . « Cinq leçons sur la psychanalyse ».

« Dans un tourbillon de poussière qu'élève un vent impétueux ; quel qu'il paraisse à nos yeux, dans la plus affreuse tempête excitée par des vents opposés qui soulèvent les flots, il n'y a pas une seule molécule de poussière ou d'eau qui soit placée au hasard, qui n'ait sa cause suffisante pour occuper le lieu où elle se trouve, et qui n'agisse rigoureusement de la manière dont elle doit agir. Un géomètre qui connaîtrait exactement les différentes forces qui agissent dans les deux cas, et les propriétés des molécules qui sont mues, démontrerait que, d'après les causes données, chaque molécule agit précisément comme elle doit agir, et ne peut agir autrement qu'elle ne fait ». Baron d'HOLBACH, « Système de la nature ».

« Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. L'esprit humain offre, dans la perfection qu'il a su donner à l'astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en mécanique et en géométrie, jointes à celles de la pesanteur universelle, l'ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que les circonstances données doivent faire éclore ». P.S. LAPLACE, « Essai philosophique sur les probabilités. »

« Déterminisme, dans son sens partiel, est assurément un postulat méthodologique de la science à notre échelle, lorsqu'elle isole un groupe de phénomènes pour en débrouiller les lois.. (...) Au déterminisme toujours partiel et toujours progressant visant à épuiser la diversité des phénomènes sans jamais affirmer une entreprise achevée, correspondent étroitement l'usage et la portée de la loi scientifique, sur lesquels il n'y a pas de débats. (...) Mais l'affirmation totalitaire du déterminisme universel, comme prise de position sur le tout, sort du cadre de la méthode scientifique : elle est étrangère à la science et elle lui est inutile. C'est proprement une hypothèse métaphysique. Elle n'a tiré son crédit que d'une confusion entre le déterminisme méthode, et le déterminisme dogmatique. » J. ULLMO, « La Pensée scientifique moderne » , Flammarion, 1958

« Il est impossible de prouver la justesse de la thèse déterministe ou indéterministe, car il faudrait que la science soit complète ou impossible pour que la question fût tranchée. ». Ernst MACH, « La Connaissance et l'erreur ».

« On peut décrire ce que j'appelle le caractère prima faciae déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le Démon de Laplace. (...) Laplace introduit(...) la fiction d'une Intelligence surhumaine, capable de déterminer l'ensemble complet des conditions initiales du système du monde à un instant donné, quel qu'il soit. A condition de connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie. (...) J'introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la théorie de Newton, de Maxwell, ou d'Einstein, par opposition à d'autres théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement si elle permet de déduire, à partir d'une description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie, la description, avec n'importe quel degré fini de précision stipulé, de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être absolument exactes. » Karl R. POPPER. « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme ».


Constats :

S'il y a une chose frappante, de nos jours, dans les discussions concernant le statut de la psychanalyse, c'est cet étonnement face à l'avalanche de critiques parfaitement fondées et étayées sur Freud et sur sa théorie. Que ces critiques soient d'ordre épistémologiques, thérapeutiques ou historiques.
Ce qui est irritant, sinon inquiétant, c'est ce recours systématique à l'argument plus ou moins voilé de l'antisémitisme qui serait l'un des motifs de la critique de la psychanalyse. C'est inadmissible. Il s'agit, en réalité, d'un terrorisme intellectuel se fondant sur la diabolisation des adversaires de la psychanalyse : il seraient des « antisémites », des « révisionnistes » ; ou bien ils seraient « haineux », « positivistes », « techno-scientistes ». Mais il y a aussi la stratégie plus ancienne de la pathologisation des adversaires qui seraient des névrosés résistants qui s'ignorent ou des « quérulents processifs » désireux de se venger de la psychanalyse.
Ce qui me conforte, c'est le fait que les partisans de Freud et de la psychanalyse n'ont de cesse de signer dans leurs propos leur mécompréhension de la méthode scientifique, en mettant par exemple de l'avant, sans s'en rendre vraiment compte, que ce sont les confirmations d'une théorie qui en prouveraient le contenu descriptif, explicatif et prédictif. On oublie trop souvent, hélas, la leçon magistrale donnée par Karl Popper : si ce sont des confirmations que l'on cherche, on peut toujours en trouver, pour n'importe quelle théorie. Les confirmations, qui, du fait de leur relation logique par rapport à la théorie, ne sont toujours lues qu'à la lumière de cette dernière, n'apportent jamais de contenu d'information supplémentaire sur ce que dit déjà la théorie. Elles sont donc inutiles pour nous permettre d'éprouver le contenu d'une théorie. La seule chose qui puisse nous renseigner sur le contenu d'une théorie (contenu empirique et contenu logique) ce sont les corroborations ou les réfutations. La méthode de corroboration passe logiquement par un essai de réfutation (ou d'infirmation) d'un énoncé de base, essai qui, si il échoue, aboutit à la corroboration de la théorie testée. Si l'essai de réfutation réussi, c'est-à-dire si l'énoncé de base considéré comme falsificateur potentiel de la théorie testée, est confirmé par le test, alors, la théorie testée est réfutée. Dans un processus de confirmation, nous ne cherchons pas la mise à l'épreuve d'une théorie par la soumission à un test de l'une des ses conséquences testables. Par exemple, pour confirmer la théorie «tous les cygnes sont blancs», nous chercherons d'autres cygnes blancs. Par contre, pour la corroborer, il nous faudra chercher un cygne non-blanc (par exemple un cygne noir), selon certaines conditions initiales, en espérant ne pas le trouver. Si nous ne trouvons pas le cygne noir recherché, nous dirons que notre théorie est corroborée, tout en apprenant quelque chose de nouveau, quelque chose que nous ne connaissions pas avant le test. En effet, nous saurons désormais que : «tous les cygnes sont effectivement blancs...et ne peuvent être noirs», alors qu'avant le test nous ne savions pas qu'ils ne pouvaient pas être noirs.

Situation épistémologique de la psychanalyse :

Or, en psychanalyse, qu'elle est donc la situation épistémologique de départ ? De quoi dépend elle ? Elle dépend de ce que nous dit Freud au sujet du déterminisme, puisque tout corpus scientifique, ou tout corpus théorique qui prétend faire science, doit d'abord indiquer comment il se positionne vis-à-vis de la question du déterminisme, étant donné, que le but de toute science est de parvenir à corroborer des lois causales ou des lois fréquentistes. Je cite Karl Popper dans «la logique de la découverte scientifique» : «La tâche du savant est de rechercher des lois qui lui permettront la déduction de prévisions. Cette tâche peut se diviser en deux parties. D'une part, il doit essayer de découvrir des lois qui le mettront en mesure de déduire des prévisions relatives à des cas individuels (des lois « causales » ou « déterministes », ou « énoncés de précision »). D'autre part, il doit essayer d'avancer des hypothèses relatives à des fréquences, c'est-à-dire des lois énonçant des probabilités, afin de déduire des prévisions relatives à des fréquences. Il n'y a rien dans ces deux tâches qui les rendent incompatibles. (...) Dans sa quête des lois, (...), rien n'arrêtera jamais le savant. Et quelque puisse être le succès obtenu à l'aide d'évaluations de probabilités, nous ne devons pas en conclure qu'il est vain de rechercher des lois précises.» Ce que cherche donc à faire le scientifique, c'est fournir des lois universelles sensées décrire, expliquer ou prédire les phénomènes sur lesquels il oriente la recherche en tenant compte de ses engagements ontologiques. Par les engagements ontologiques, les scientifiques précisent ce qu'ils considèrent comme réel dans leur objet de recherche. Par conséquent sans un positionnement, à priori, vis-à-vis de la question du déterminisme, et sans engagements ontologiques, eux-mêmes précisés à priori, aucune recherche scientifique ne peut commencer. Toutefois, en utilisant la méthodologie des programmes de recherches scientifiques développée par Imre Lakatos (mais, en réalité, c'est encore Karl Popper qui eut, le premier, l'idée de «programmes de recherche», dès 1936...), on pourrait trouver une valeur authentiquement scientifique dans la démarche de Sigmund Freud. Comment ? Lakatos propose que tout progrès de la connaissance débute et se maintient dans le cadre d'un programme de recherche qui a, grosso modo, la structure suivante : un programme de recherche «se compose de règles méthodologiques sur les voies de recherche à éviter (heuristique négative) ou à poursuivre (heuristique positive)» (Lakatos). Ensuite, il y a ce que Lakatos nomme, le «noyau dur» du programme. Ce noyau est en fait constitué des principales hypothèses de recherche, et se confond pratiquement avec ce que l'on appelle d'ordinaire les «engagements ontologiques». Donc l'heuristique négative, constituée de certaines règles méthodologiques, a pour but de détourner le modus tollens (le risque représenté par la confrontation aux faits) du noyau dur. Car, selon Lakatos, ou retrouve, dans tout programme de recherche, des anomalies, ou un «océan d'anomalies» (lakatos) qui pourraient décourager les chercheurs de continuer d'avancer, et les contraindre à abandonner, dès le début toute volonté d'initier un programme de recherche. Lakatos prévoit donc que les scientifiques mettent toute leur ingéniosité à formuler ou même à inventer des «hypothèses auxiliaires» formant un glacis protecteur autour du noyau dur (Lakatos). C'est en direction de ces hypothèses auxiliaires que doit être orienté le modus tollens, «ce sont elles qui doivent soutenir le choc des mises à l'épreuve et être adaptées, ou même remplacées de fond en comble pour défendre le noyau qu'on rend ainsi plus dur. Un programme de recherche rencontre le succès si tout cela conduit à un déplacement de problème progressif ; si le déplacement est dégénératif, il ne réussit pas.» En fait, tant que les hypothèses auxiliaires formant l'heuristique positive, résistent à des expériences cruciales internes au programme, ce dernier contribue à l'enrichissement et donc au progrès des connaissances scientifiques. Mais, dès que ces hypothèses auxiliaires ne parviennent plus à être corroborées, le programme, selon Lakatos, entrerait en dégénérescence pour être « supplanté » (Lakatos, emploie, habilement ce terme à la place de « réfuté ») par un programme concurrent. Lakatos : «Les programmes de recherche, même ceux dont le progrès est le plus rapide et régulier, ne peuvent digérer que partiellement leurs «éléments de contre preuve» : les anomalies ne s'épuisent jamais totalement. Mais il ne faudrait pas croire que des anomalies encore inexpliquées - des «énigmes», pourrait dire Kuhn - soient prises dans un ordre dû au hasard et que le glacis protecteur soit construit de façon éclectique, sans ordre préconçu; L'ordre est le plus souvent décidé dans le cabinet du théoricien, indépendamment des anomalies connues. Rares sont les théoriciens engagés dans un programme de recherche qui accordent une importance excessive aux «réfutations» ; leur politique de recherche à long terme s'attend à de telles réfutations. Cette politique, ou cet ordre de la recherche, s'exprime, avec plus ou moins de détails, dans l'heuristique positive du programme de recherche. L'heuristique négative spécifie le «noyau dur» du programme qui est «irréfutable» par la décision méthodologique de ceux qui l'ont proposé ; l'heuristique positive consiste en un ensemble de suggestions ou d'allusions partiellement articulé qui indique comment changer et développer les «variantes réfutables» du programme de recherche, comment modifier et raffiner le glacis protecteur «réfutable». L'heuristique positive du programme empêche l'homme de science de se perdre dans un océan d'anomalies. Elle établit un programme qui dresse la liste d'une chaîne de modèles de plus en plus compliqués simulant la réalité : l'homme de science attache toute son attention à construire ses modèles en suivant les instructions qui sont exposées dans la partie positive de son programme. Il ne s'occupe pas des contre-exemples réels, des «données» disponibles.» (Ceci, est, si l'on a bien compris Popper, une erreur fondamentale dans cette vision de la méthodologie des programmes de recherche que donne Lakatos. Popper a bien expliqué comment, parmi la sous-classe des énoncés de base pouvant réfuter potentiellement une théorie, les scientifiques choisissaient les énoncés de base «acceptés» comme pouvant être soumis à des tests. Il faut donc bien que les scientifiques tiennent compte, non seulement des contre-exemples virtuels, potentiellement déductibles de la théorie, mais aussi des contre-exemples réels. Et, parmi ces deux classes, il leur reste toujours à choisir des énoncés de base acceptés.)

Le déterminisme psychique absolu, monstre tricéphale de la théorie, de la pratique et de la propagande freudienne :

Même en tentant de faire entrer la psychanalyse dans le modèle de Lakatos, plutôt que dans celui de Popper, on constate que la psychanalyse ne s'en tire pas mieux. Puisque selon Lakatos, l'insuffisance d'un tel programme n'a pas cessé d'être démontrée au cours de son histoire, puisque même si le programme de recherche de Freud est «unifié» et «présente les grandes lignes du type de théories auxiliaires qu'il va utiliser pour absorber les anomalies, il invente, à tout coup, les véritables théories auxiliaires en réponse aux faits et sans, en même temps en prédire de nouveaux.» (Lakatos). Le « noyau dur » du programme de Freud est le déterminisme psychique absolu indissociablement lié à la théorie de l'inconscient et du refoulement. C'est, pourrait-on dire, un noyau dur « tricéphale ». C'est même, je le pense, (et contrairement à ce que disait Freud lui-même lorsqu'il affirmait que la théorie du refoulement était «la clé de voûte» de toute la psychanalyse), ce cerbère monstrueux qui permet, à tout coup, aux freudiens, de terroriser et de dévorer toute critique. Mais, la différence capitale avec un noyau dur scientifique, c'est que celui de Freud, du fait même de son caractère prima faciae et absolu donc interdisant tout hasard, (donc toute erreur possible), ne nécessite, en fait, aucune heuristique positive. Les hypothèses auxiliaires, dans le cas de la psychanalyse, ne peuvent, logiquement, avoir aucune portée prédictive, puisque toute sorte de confirmations, et uniquement des confirmations sont déjà déductibles à partir du noyau de départ ! Comme le dit Lakatos, (qui fut pourtant considéré tout à la fois comme un adversaire de Popper et un défenseur de celui-ci contre Kuhn), les hypothèses auxiliaires de la psychanalyse sortent du chapeau de Freud, toujours au bon moment, « en réponse aux faits », et elles sont donc toujours confirmées, soit parce qu'elles s'accordent bien directement aux faits qui ne peuvent pas ne pas être lus à la lumière de ces théories, ou, moyennant la manipulation ou la fabrication pure et simple des faits cliniques par le Père Fondateur... ; soit parce qu'elles permettent d'interpréter les contre-exemples en...exemples ou « nouvelles » confirmations de la théorie.
Bref, avec la théorie de Freud, impossible de perdre un pari sur les faits. Face à l'invincible interprétation freudienne, pour l'analyste face à son patient, c'est toujours : «pile, je gagne, face, tu perds !»
A n'en pas douter, oui, Freud était bien une sorte de « génie »...

Une version du déterminisme funeste pour toute la psychanalyse :


Mais la position de Freud sur cette question si cruciale du déterminisme fut fondamentalement erronée. Freud s'est appuyé, pendant toute sa carrière sur la version parfaitement intenable du déterminisme :
1°) Un déterminisme prima faciae. (Sans le caractère estimé à priori, ou prima faciae valide, donc opérant, de son déterminisme psychique absolu, Freud n'aurait pu proposer une théorie de l'inconscient qui en soit associée, et donc qui soit aussi opérante, d'emblée, pour exclure tout « hasard intérieur », tout « non-sens psychique », afin d'affirmer pouvoir retrouver les causes absolues de la formulation de tous les nombres et de tous les mots isolés, et aussi pour pouvoir anticiper, à priori, à des fins thérapeutiques, l'ensemble logiquement infini de toutes les associations libres que peut produire le genre humain. En somme le caractère prima faciae du déterminisme de Freud, fait de la théorie de l'inconscient, une théorie anticipatrice des associations libres et des comportements aux pouvoirs (prima faciae) illimités. S'ils ne l'étaient pas, Freud n'aurait pu affirmer appréhender les causes strictes et absolues des associations « libres » de chiffres constituant un nombre isolé formulé « au hasard ». En effet, comment faire pour anticiper, le hasard (!) logiquement induit par le libre jeu supposé des associations dites "libres", sans disposer d'une théorie dont le pouvoir anticipateur soit considéré comme prima faciae vérifié et dont la puissance de calcul exclue toute erreur possible ! (Contrôler le hasard, implique nécessairement exclure toute risque d'erreur aussi faible soit-il).
Mais au lieu d'un déterminisme prima faciae, Freud aurait pu proposer un déterminisme post faciae, comme idée directrice guidant des recherches contrôlées de manière indépendante et extra clinique vers la corroboration de lois universelles permettant de réaliser des classifications scientifiques, donc réfutables, et aussi logiquement provisoires, des associations verbales ou non verbales que peut réaliser le genre humain. Mais Freud, pressé qu'il était de s'imposer sur la scène scientifique internationale comme le « Galilée » de la psychologie de son temps, a sans doute jugé inévitable de bâtir un postulat qui le dispensait de justifier ses théories par des recherches expérimentales indépendantes (méthode expérimentale, qu'il rejeta, d'ailleurs, de façon très claire, dans cette fameuse réponse qu'il adressa à Rosensweig : « la richesse des observations fiables réalisées au cours de la cure analytique, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale ». Voilà qui est dit !). Egalement, une théorie de l'inconscient telle qu'il la revendiquait, n'était pas testable techniquement et de manière empirique à son époque, bien que d'autres théories l'étaient. L'IRM, le scanner, massivement utilisés de nos jours dans les neurosciences, n'existaient pas au temps de Freud ! La « solution » ne pouvait donc être que celle de cette affirmation délirante d'un prétendu déterminisme prima faciae, et absolu, donc excluant tout possibilité d'imprécision ou d'erreur de calcul dans ce qui peut constituer les conditions initiales nécessaires à la verbalisation d'une association de mots, d'un acte manqué, à la réalisation d'une œuvre d'art, à l'origine d'une maladie mentale quelconque, ou de n'importe quel autre comportement humain.
Ce déterminisme offrait donc, aux yeux de Freud, tous les avantages, dont celui d'éviter de faire sombrer la justification des fondements de la psychanalyse tels que l'inconscient et le refoulement dans une régression à l'infini, puisque le déterminisme tel que le présentait Freud, en tant que socle dur et absolu prima faciae de tout l'édifice , ne nécessitait pas un autre soutènement plus solide encore pour sa propre justification, et ainsi de suite. Mais du même coup, ce postulat aprioriste, en ce qu'il permettait de voir partout des confirmations ou des vérifications de la théorie, sans en passer d'abord, par des tests indépendants et intersubjectifs, empêchait Freud, d'engager les théories de la psychanalyse sur la voie d'une progression à l'infini, c'est-à-dire, sur la Voie de la Science, qui progresse toujours par conjectures et réfutations à l'aide de tests. A la différence de Laplace, qui concevait sa version du déterminisme à titre d'hypothèse qui, si on pouvait la réaliser, donnerait lieu à l'omniscience, le déterminisme prima faciae et absolu de Freud, ne fonctionnait donc absolument pas comme une hypothèse métaphysique utile à des voies de recherche aux qualités réellement heuristiques, mais comme un dogme. Donc...
2°) Un déterminisme qui ne pouvait qu'être absolu et excluant toute forme de hasard, donc toute forme possible d'imprécision. Comme il l'a martelé dans plusieurs livres, Freud avait une «foi inébranlable» dans ce déterminisme complètement intenable. Il affirmait ne pas croire au «hasard intérieur», et au «non-sens psychique», (selon lui, seul le superstitieux y croyait) et prétendait que les nombres et les mots isolés, étaient les meilleurs exemples du déterminisme psychique absolu.
J'ai démontré, en m'appuyant sur la dévastation que fait Popper du déterminisme scientifique, et aussi à partir des écrits de Jacques Bouveresse, que loin d'être les meilleurs exemples permettant d'illustrer sinon de prouver le déterminisme psychique absolu, c'est-à-dire ce qui constitue le fondement de la théorie de l'inconscient, du refoulement et de la pratique thérapeutique d'interprétation des associations dites libres, les exemples des mots et des nombres isolés démontrent, au contraire, de façon cruelle, l'impossibilité totale de cette version du déterminisme, et, du même coup d'une théorie de l'inconscient qui serait fondée à partir d'elle...et aussi, d'une pratique thérapeutique qui en serait aussi inévitablement issue, puisque seule une version aussi absolue du déterminisme peut prétendre anticiper, englober l'ensemble infini de toutes les associations que peut faire un être humain, si celles-ci sont vraiment libres, et non le fruit de la suggestion du thérapeute !

...Une issue invariablement fatale :

Tout cela amène certaines conclusions :
1°) Il n'y a pas, dans les écrits de la psychanalyse freudienne d'hier et d'aujourd'hui de théorie de l'inconscient qui puisse se concevoir sans la version fatale pour elle du déterminisme qui l'accompagne : un déterminisme psychique absolu, prima faciae, excluant tout hasard et «valable sans exception». Cette version du déterminisme, est insoutenable, dans tous les cas possibles. Elle ne peut conduire à la réussite d'aucun projet de quelque nature que ce soit (description, explication, prédiction...). Aucune science, aucune pratique thérapeutique ne peut être validée à partir d'elle.
2°) Donc il n'y a pas de psychanalyse sans cette version intenable du déterminisme. Ce qui implique qu'il n'y a pas de psychanalyse qui ne crée, dès le départ, sa propre impossibilité ! Freud à mal positionné la psychanalyse toute entière (théorie et pratique thérapeutique) par rapport au déterminisme. Du fait de la position qu'il lui a donnée, il lui a empêché, à la fois d'être une corpus théorique permettant de fournir des causes corroborées plutôt que des raisons de croire en certains phénomènes, donc d'être une authentique science de l'inconscient capable de faire de véritables prédictions, et de fournir de véritables descriptions et explications universelles pouvant donner lieu à des prédictions thérapeutiques efficaces. En effet, je cite Jacques Bouveresse : « Il y a évidemment une différence considérable entre la certitude que la vie mentale elle-même doit être considérée comme gouvernée intégralement par le principe de causalité et la possibilité de formuler des lois causales précises qui rendent compte de ce qui s'y passe. De toute façon, même si l'on était tenté de croire que Freud a effectivement réussi, comme il le suggère, à soumettre à des lois causales rigoureuses, des événements qui semblaient jusque-là inexplicables ou fortuits, on devrait tout de même admettre que la connaissance des causes, que la psychanalyse prétend détenir, est d'une manière générale bien incapable d'autoriser le genre de prédiction qu'exigerait la thèse du déterminisme scientifique, si on la comprend à la façon de Popper. Tout au plus la psychanalyse pourrait-elle, sur la base d'une certaine connaissance acquise par la méthode spécifique qu'elle utilise, de la constitution particulière de l'inconscient du sujet, indiquer au départ que des événements ou des comportements d'un certain type (rêves, lapsus, oublis, actes manqués, jeux de mots, etc., de telle ou telle espèce) sont susceptibles de se produire avec une certaine probabilité et rendre intelligible, une fois qu'il s'est produit, tel ou tel d'entre eux. Mais, pour avoir une chance d'expliquer, par exemple, l'occurrence de tel ou tel jeu de mots précis, il faudrait évidemment faire intervenir une quantité d'autres facteurs dont la psychanalyse ne dit rien et dont nous ne savons généralement à peu près rien ».
Bref, au lieu de fournir des interprétations fameuses sur des nombres isolés à 6 chiffres que l'on trouve dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne », Freud aurait dû, si vraiment son déterminisme avait une portée explicative et prédictive réelle, analyser l'inconscient d'un de ses patients, et faire des prédictions sur un nombre isolé ou un mot isolé, mais, en respectant les exigences de sa théorie déterministe, c'est-à-dire en stipulant à l'avance, comment il calcule le degré de précision requis pour le calcul des conditions initiales de la prédiction, et ce, avec n'importe quel degré de précision !
Projet impossible.
Et comme le démontre Popper, le déterminisme scientifique, n'est d'aucune utilité pour la science, il ne peut avoir aucune valeur explicative.

...Les mots et les nombres comme « meilleurs exemples » du déterminisme freudien :

Freud était obligé de dire, après avoir postulé un tel déterminisme, que tous les nombres et tous les mots sont rigoureusement déterminés par l'inconscient. Mais si tel est bien le cas, alors, un nombre à 1000 chiffres, ou plus, est lui aussi déterminé sans aucune place pour le «hasard intérieur», et la psychanalyse doit donc être capable d'interpréter et même de dégager les causes psychosexuelles strictes qui ont motivé un individu à taper, par exemple ce nombre : 56498714197164154618416678914561654. Elle doit être capable, aussi, d'en faire la prédiction ! C'est bien «Moi» qui est tapé ce nombre. Mais pour Freud, c'est «l'Autre» qui imposé ses lois strictes à mon «Moi» pour lui permettre de taper ce nombre, et ce «Moi» est en partie inconscient pour Freud. En tous cas, «il n'est pas le maître en sa maison». Le maître absolu, c'est «l'Autre», le sujet du «je» : l'inconscient. (N'oublions pas que si c'est bien une «science de l'inconscient» que Freud prétendait fonder, alors il doit, retrouver les causes plutôt que les raisons qui ont poussé à la formulation d'un tel nombre, ...mais aussi être capable de le prédire, ou d'en prédire n'importe quel autre !). Cela veut dire que la psychanalyse, si on a bien compris ce qu'écrit Freud dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne », rend l'analyste capable de fournir les causes strictes, certaines, de la place de chaque chiffre dans ce nombre, ou dans n'importe quel autre nombre que je pourrais formuler !
Cet état de chose n'est pas une vision hystérique ou fantasmée de la théorie de Freud.
Pour preuve, outre les exemples d'interprétations de nombres et de mots isolés que l'on trouve dans le chapitre 12 de « Psychopathologie de la vie quotidienne » de Freud, je cite tout de même Lacan qui confirme la croyance de Freud dans le déterminisme absolu s'appliquant aux nombres, et l'importance cruciale de ces derniers, selon Lacan, pour comprendre le déterminisme inconscient : «C'est à celui qui n'a pas approfondi la nature du langage que l'expérience d'association sur les nombres pourra démontrer d'emblée ce qu'il est essentiel ici de saisir, à savoir la puissance combinatoire qui en agence les équivoques, et pour y reconnaître le ressort propre à l'inconscient. En effet, si des nombres obtenus par coupure dans la suite des chiffres du nombre choisi, de leur mariage par toutes les opérations de l'arithmétique, voire de la division répétée du nombre originel par l'un des nombres scissipares, les nombres résultants s'avèrent symbolisants entre tous dans l'histoire propre du sujet, c'est qu'ils étaient déjà latents au choix où ils ont pris leur départ.» (A la lumière de ce qu'à écrit Freud lui-même il est impossible de nier que la croyance dans le déterminisme absolu excluant le hasard fut d'une importance cruciale pour lui pendant toute sa vie, et les nombres et les mots isolés devaient en être les «meilleurs exemples», chose qu'il a écrite, noir sur blanc, dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne »).
Donc, «qui peut le plus, peut le moins».
C'est sans doute ce à quoi a pensé Freud.

Le déterminisme psychique, le problème des classifications, et la pratique thérapeutique :

En effet, si la psychanalyse peut retrouver les causes strictes, excluant tout hasard, dans la formulation apparemment arbitraire pour Freud, d'un nombre isolé (ce qui revient à retrouver les causes de l'occurrence d'un grain de sable au fond de l'océan), alors pourquoi ne pourrait-elle retrouver les causes d'une verbalisation beaucoup plus «signifiante» telle qu'une phrase complète, énoncée au cours de la cure ? Le problème c'est que les phrases constituées, et énoncées au cours de la cure analytique ne peuvent jamais être totalement indépendantes de la menace de la suggestion et de la manipulation par le thérapeute. Déjà, le simple fait de choisir d'aller chez un analyste plutôt que chez un comportementaliste, induit le patient à répondre dans le sens des théories de Freud. Alors que pour les nombres et les mots isolés ç'eut été tout autre chose, si Freud avait pu réaliser un projet de prédiction sur la base du déterminisme psychique absolu. Mais c'était impossible, et cela restera, à jamais impossible, pour des raisons qui tiennent de la stricte logique (Cf. Karl Popper in : «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme»)
Et puis n'oublions pas cette autre chose essentielle : le but d'une science est de fournir des classifications. On peut même avancer qu'un résultat scientifique acceptable aboutit toujours à une nouvelle classification qui en réfute une ancienne, soit en l'augmentant, soit en démontrant le caractère fondamentalement erroné d'un ou plusieurs des éléments de l'ancienne classification. Que serait donc la physique des particules s'il n'y avait aucune loi corroborée permettant de discriminer les particules afin de nous permettre de les distinguer les unes par rapport aux autres ? Que serait la connaissance des insectes, des poissons, des virus, des tumeurs, des plantes, des étoiles, bref, de tous les phénomènes naturels, sans des lois qui, étant logiquement des discriminations ou des interdictions, permettent de les distinguer entre eux (discriminer équivaut à distinguer, mettre à part) ? Mais que serait, plus généralement notre connaissance du Monde s'il n'y avait rien pour discriminer, entre eux, les divers phénomènes qui le composent ? Et que serions-nous dans un tel univers ? A peu près rien. Même pas des hommes préhistoriques, même pas des animaux. Toute connaissance universelle, revient donc à discriminer, à classifier. C'est logiquement inévitable. La logique rend nécessaire l'existence d'au moins deux termes universels différents, pour parvenir à distinguer deux phénomènes ou deux objets du Monde 1 différents (Le monde des objets physique de la Nature pour Karl Popper), sinon nous ne faisons aucune différence entre le ciel et la Terre. Si «les nombres» (Freud) et «tous les mots» (Freud), sont rigoureusement déterminés en excluant toute forme de «hasard intérieur» et tout «non-sens psychique» (Freud), il n'est plus possible, dans un univers à priori aussi indéfini, de distinguer ou de classifier quoique ce soit, puisque l'ensemble des phénomènes pouvant être objets d'études est à considérer, à priori, dans son infinie totalité ! Ainsi, le domaine qui touchait aux «meilleurs exemples» (Freud) du déterminisme psychique absolu illustrant la théorie de l'inconscient, est aussi le domaine le plus inconnaissable qui soit. Si donc on prend au pied de la lettre ce qu'affirme Freud, on finit par démontrer inévitablement que les nombres et les mots isolés sont «les meilleurs exemples» du caractère totalement inconnaissable de l'inconscient tel qu'il l'a proposé.
Comment faire, alors, pour initier le moindre projet de description d'un fait psychique ou d'un comportement humain, ou le moindre projet de prédiction thérapeutique à partir d'une théorie qui ne permet de rien voir d'autre que les propres préjugés et fantasmes de celui qui l'utilise, puisqu'elle touche, à priori, à l'inconnaissable ? La science doit aboutir à des classifications reposant sur des concepts universels et des énoncés universels au sens strict corroborés par des tests, classifications sans lesquelles elle ne peut reconnaître, distinguer les objets de ses recherches. Ces classifications permettent des projets de toute sorte, et, notamment, des projets de description. Grâce aux classifications, nécessairement universelles d'une science, nous pouvons prédire la description d'un objet appartenant à une classification. Par exemple nous pouvons prédire à quoi devra ressembler le prochain cygne blanc que nous observerons sous certaines conditions initiales particulières (à quoi ressemblera son bec, ses plumes, ses pattes, mais aussi son appareil digestif, son cerveau, son mode de reproduction, son vol, ses os, etc.). Et ce projet sera soit réfuté, soit confirmé par notre classification déjà établie. Si ce projet est réfuté, c'est que notre classification initiale doit être reconsidérée dans son contenu et nous apprenons quelque chose de nouveau. Si le projet est confirmé, nous n'apprenons rien de nouveau.
Partant de là, il est évident que Freud, ne pouvait fournir aucune classification des associations humaines à partir de son déterminisme absolu, autres que celles existant déjà, quelles soient verbales ou d'une autre nature (comme des dessins d'enfants, des toiles de Maître, des sculptures, des oeuvres littéraires, etc...), à partir du moment où ce même déterminisme absolu excluant tout hasard, le conduit logiquement à proposer d'investiguer ces associations, mais en tant qu'elles seraient initialement et fondamentalement «libres» de présenter toutes les combinaisons possibles et imaginables ! En effet, il faut répéter que si «tous les mots», sont déterminés de façon absolue sans place pour le hasard, et si le patient doit verbaliser «librement» n'importe quel mot, (même, et surtout ceux, en apparence, absurdes), alors, toutes les combinaisons de lettres, de syllabes, et quel qu'en soit le nombre et/ou l'ordre dans un mot, sont admissibles, et ne peuvent donc être «classifiées». Le problème est, évidemment, strictement le même, s'agissant des nombres.
Si elles sont "libres", impossible de classifier des associations de lettres ou de chiffres constituant des mots ou des nombres, donc d'avoir une réelle connaissance sur elles, et donc de faire un travail thérapeutique réellement efficace à partir d'elles, puisque nous ne pouvons connaître les lois causales induites par les caractéristiques propres à chaque association possible, dès lors qu'aucune classification n'existe pour justement rendre compte de ces caractéristiques ! Freud, aurait pu proposer des classifications de nombres et de mots isolés, en fonction des états névrotiques ou des psychoses, comme un scientifique qui étudie les particules aurait classifié les électrons, les atomes, etc... Mais il s'est lui-même, dès le départ, interdit ce projet éminemment scientifique, à cause, répétons-le de ses engagements vis-à-vis du déterminisme. Il a donc fait de sa "science privée" un projet mort-né de science objective, c'est-à-dire de science au sens courant du terme.

Les mots et les nombres et l'impossibilité de tester le déterminisme psychique absolu :


En réalité, les nombres et les mots isolés, sont, comme l'avait bien sentit Freud, non les «meilleurs exemples» mais «les seuls exemples» qui auraient pu corroborer sa théorie de l'inconscient indissociable de son déterminisme spécifique. Tout reposait donc sur eux. Pourquoi ? Parce que, comme je l'ai déjà écrit plus haut, il eut été possible d'organiser des tests indépendants qui soient protégés bien plus efficacement de tout risque de suggestion qu'une phrase constituée et jugée significativement intéressante pour la théorie ! Freud (in : « Psychopathologie de la vie quotidienne ». Chapitre 12) : « Je veux insister sur les analyses de « cas de nombres », car je ne connais pas d'autres observations qui fassent apparaître avec autant d'évidence l'existence de processus intellectuels très compliqués, complètement extérieurs à la conscience ; et d'autre part, ces cas fournissent les meilleurs exemples d'analyses dans lesquelles la collaboration si souvent incriminée du médecin (suggestion) peut être exclue avec une certitude à peu près absolue. » Freud aurait donc dû proposer un test, ou une série de tests extra-cliniques, indépendants et intersubjectifs, permettant de corroborer sa théorie de l'inconscient (donc le déterminisme psychique prima faciae et absolu) à partir de projet de prédiction sur des nombres ou des mots isolés formulés par un échantillon de patients. Faire des tests sur des rêves, ou même sur des phrases déjà « signifiantes » d'un point de vue psycho-sexuel, parce que contenant des termes ou faisant référence à des affects de nature sexuelle, eut été, à la base, problématique, relativement à la menace critique de la suggestion de ces phrases ou de ces rêves par le thérapeute-expérimentateur, voire par le contexte même (freudien) de l'expérimentation, déjà très suggestif en lui-même (le divan, etc.). Il faut donc souligner encore, avec Freud, que seuls les nombres et les mots isolés, dégagés de tout contexte suggestif, pouvaient apporter les preuves du déterminisme prima faciae et absolu. Il n'y avait pas d'autre solution. Et quand bien même on passerait outre les preuves expérimentales de ce que Freud avance, on eut pu lui demander, ne serait-ce que des preuves statistiques. Or, dans cet ordre d'idées, voici ce qu'il écrivit dans le livre cité plus avant, c'est magnifique : « Depuis ce premier exemple de motivation d'un nombre, choisi avec toutes les apparences de l'arbitraire (l'arbitraire pour Freud équivaut au choix conscient qui serait permis par le libre arbitre dont Freud nie explicitement l'existence), j'ai reproduit l'expérience (!) à plusieurs reprises, avec des nombres différents et toujours avec le même succès ; mais la plupart des cas sont d'un caractère trop intime pour que je puisse les publier. » On ne peut qu'être médusé à la lecture de ces dernières allégations de Freud. Comment celui qui prétendait faire science avec la psychanalyse, et égaler un Galilée, pouvait-il ainsi justifier d'éviter de fournir des preuves de ses recherches à ses contemporains, arguant du fait que les éléments possibles de preuves seraient d'un « caractère trop intime » ? En quoi la science, qui par définition se veut être ouverte à la discussion critique objective, peut-elle se justifier épistémiquement parlant, sur la base de telles pratiques qui vont dans le sens diamétralement opposé à la mise en commun de ses résultats ? En bref, est-ce que celui qui affirmait aussi n'être qu'un « Conquistador », pouvait, en même temps revendiquer le statut de « scientifique », en adoptant une rhétorique destinée à soustraire les résultats de ses « recherches » à tout contrôle intersubjectif ? Voilà encore un exemple typique venant apporter une preuve tangible que la psychanalyse ne fut jamais que la « science privée de Freud ».
Mais aucune science, ne peut et ne doit demeurer « privée ». La question des tests intersubjectifs et indépendants, en Science, demeure donc toujours essentielle. A cette question-là, Einstein et tous les grands scientifiques s'y sont soumis et s'y soumettent consciemment et volontairement. Car ils savent qu'il ne peut y avoir de Science sans le recours à des tests dont la nature ne peut absolument pas demeurer privée. Des tests dont la logique conduit à la réfutation ou à la corroboration des théories. Mais comment imaginer un test sur la base d'une telle position déterministe qui exige que le prédicteur soit capable de rendre compte de n'importe quel degré de précision dans le calcul des conditions initiales avant la réalisation du projet de prédiction, de telle sorte que cela priverait le prédicteur du droit de plaider que les conditions initiales n'étaient pas « suffisamment » précises en cas d'échec de son projet, dû à une erreur, aussi infinitésimale soit-elle (puisque même ce genre d'erreur, non tolérée, en principe, par le déterminisme excluant tout hasard, permettrait d'affirmer la différence entre deux résultats de prédiction) ?! Seul Dieu le Père le pourrait, ou le Démon de Laplace ! (Pour cette question importante des problèmes insolubles liés aux possibilités de construire des projets de prédiction conformes aux ambitions d'un déterminisme «scientifique», il conviendra de se reporter aux explications de Karl Popper, concernant ce qu'il nomme le «principe de responsabilité renforcé » dans son chef d'oeuvre intitulé : « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme». Editions Hermann. Les éléments critiques du déterminisme contenus dans cet ouvrage sont des armes mortelles contre tout l'édifice freudien, et ce, de la théorie jusqu'à la pratique thérapeutique). On ne peut donc prétendre avoir testé les théories fondamentales de la psychanalyse (l'inconscient, le refoulement, le transfert) sans tenir compte de la croyance principale de Freud qui fut aussi sa « foi absolue », comme il l'écrivit lui-même, laquelle l'accompagna pendant toute sa carrière : le déterminisme psychique absolu. Ce serait, en effet, complètement dénaturer ces théories et les vider de leur substantifique moelle. Donc on ne peut pas tester la psychanalyse. On ne peut pas soumettre à des tests la théorie de l'inconscient de Freud...pour en démontrer la valeur descriptive, explicative et prédictive.

La Boîte de Pandore :

La psychanalyse, du fait du postulat déterministe spécifique que Freud lui a donné, est dans la situation logique qui consiste à ne pouvoir rechercher et ne trouver que des confirmations et non des corroborations de la théorie. Et Freud et les freudiens, se sont donc placés, du fait même des fondements théoriques absolus qui furent les leurs, dans une position qui ne pouvait être différente du discours dogmatique excommuniant toute critique, du discours obscurantiste et pseudo scientifique, du discours mythique, et des pratiques charlatanesques. Ce sont aussi les raisons pour lesquelles, la défense de telles positions et de telles pratiques, ne pouvait éviter de recourir à la construction de légendes autour d'un «héros isolé» et patriarcal de la théorie, et aussi autour de la théorie elle-même (Cf. Jacques Bénesteau in : «Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire». Mardaga). Enfin le maintien de ces légendes exigea et exige encore le recours à la fabrication, aux mensonges, à la rétention des informations, à la désinformation, puis, au terrorisme intellectuel, lequel n'hésite pas à avoir recours à la diffamation, à l'insulte, la calomnie, la pathologisation, et la diabolisation des adversaires éclairés et érudits (les «Freud Scholars») de la poulpesque mythologie freudienne.
Tous ces mauvais génies sont issus, selon nous, de la même boîte de Pandore : le déterminisme prima faciae et absolu. Ainsi, comme on le voit, tout ce tient. Tout est lié.
Des présupposés théoriques jusqu'aux comportements sociaux des membres de ce qui n'est rien d'autre qu'une secte. [Je cite Jacques Bouveresse, in « Mythologie, philosophie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud « : « (...) Comme l'ont souvent fait remarquer les anthropologues (en particulier Lévi-Strauss), la pensée magique ne se caractérise pas par la négation du déterminisme, mais plutôt par l'adhésion à une forme universelle et particulièrement rigoureuse de déterminisme. Elle exclut le hasard et l'accident de façon beaucoup plus définitive et radicale que ne pourrait le faire la croyance scientifique à l'existence de lois naturelles qui déterminent le cours des événements. Timpanaro soutient avec raison que, dans le cas de Freud, les convictions déterministes invoquées, comme il se doit, au niveau de la « science abstraite « n'empêchent pas par elles-mêmes les explications causales détaillées qui sont proposées pour des cas particuliers de relever, somme toute, beaucoup moins de la science proprement dite que de la « magie concrète «].
Les sectes nécessitent un gourou, lequel nécessite la construction de légendes héroïques autour de sa personne. Un vrai culte de la personnalité. Un gourou nécessite à son tour des dogmes et des charlatans pour les propager. Les dogmes nécessitent l'éradication de la critique et l'exclusion des récalcitrants. Le maintient des dogmes et du gourou nécessitent des rituels (le divan, le « Comité Secret «, la bague offerte par Freud, la « passe «, le paiement en liquide, « gaz hilarant « des freudiens, etc.), le recours à l'obscurantisme (par exemple le rejet explicite et non équivoque de la méthode expérimentale par Freud), aux mensonges, à la désinformation, à la rétention des informations (comme certaines archives de Freud qui furent bloquées, jusqu'en 2113 !) à la diffamation contre les adversaires, (aux attaques ad hominem), et encore au terrorisme intellectuel. Par ailleurs l'infiltration et le maintient de la psychanalyse et de l'adoration des totems freudiens dans notre société, nécessitent donc aussi une démarche totalitaire.
Je cite Freud : «La psychanalyse est comme le Dieu de l'Ancien Testament, elle ne peut tolérer qu'il y ait d'autres dieux.». Freud : «Ma situation a quelque chose d'effrayant car ce n'est pas une mince affaire que d'avoir toute l'humanité comme patient.» Freud, comme tous les gourous, c'est lui aussi, cru investit d'un destin messianique. Le caractère totalitaire de la psychanalyse s'exprime, bien sûr particulièrement bien dans sa capacité à se démultiplier en diverses variantes. A pouvoir ainsi étendre son discours partout et sur tout. Absolument tout. Il n'est pas un seul domaine touchant aux activités humaines, sur lequel la psychanalyse ne puisse avoir son mot à dire grâce à sa boule de cristal. Elle serait même capable de psychanalyser la logique, l'épistémologie, pour en rejeter la tradition et se fabriquer sa propre épistémologie, en vase clos. En dehors, bien entendu, de tout cadre qui risquerait de la mettre à mal.
La psychanalyse peut analyser le génie. Elle prétend expliquer le génie de Léonard de Vinci par exemple ! (Bénesteau). Mais si elle a, prétendument un tel pouvoir, parce qu'elle disposerait en plus de ce qu'une vraie science ne dispose pas, à savoir des lois causales explicatives, descriptives et prédictives, strictes et absolues, pourquoi, alors, ne pourrait-elle prédire le génie avec n'importe quel degré de précision ? Et par suite, pourquoi ne pourrait-elle prédire l'évolution des connaissances scientifiques ? Compte tenu de ce qu'elle revendique en théorie, on est parfaitement en droit, de lui demander de telles preuves (qui demeurent logiquement impossible à fournir !). Et ce, bien que les freudiens le contestent. La psychanalyse, si on suit ses ambitions déterministes au pied de la lettre possède donc, intrinsèquement le pouvoir de l'omniscience, puisque si elle prétend retrouver les causes strictes ou absolues d'un mot ou d'un nombre isolé formulé au hasard, jusque dans la combinatoire même des membres qui peuvent composer le mot ou le nombre, elle doit, en tant que science, retrouver les causes tout aussi strictes et absolues qui ont «motivé» Albert Einstein à la formulation d'une association de signes telle que par exemple : E = mc², ou même prédire la formulation par n'importe quel savant de ce genre de formule, sans aucun risque d'erreur.
La psychanalyse, a donc bien, selon son déterminisme absolu, le pouvoir du Démon de Laplace, tout en étant plus laplacienne encore que ne l'était Laplace lui-même s'agissant de cette version du déterminisme qu'il entrevoyait seulement à titre métaphysique. Puisque la psychanalyse peut dire son mot sur tout, s'adapter à tout, à toutes les époques, à tous les discours, à toutes les critiques, elle n'est plus rien du tout à force de vouloir être tout et n'importe quoi (Borch-Jacobsen). Grâce à ses pouvoirs illimités, la psychanalyse peut présenter une offre thérapeutique qui peut toujours correspondre à la demande (Borch-Jacobsen). C'est la raison, pour laquelle elle recrute toujours autant de patients et d'alliés (Borch-Jacobsen). Mais c'est aussi la raison pour laquelle la psychanalyse n'est qu'une « théorie zéro « (Borch-Jacobsen). Je le cite : (In : « Le livre Noir de la psychanalyse «) : « Voilà le grand secret du succès de la psychanalyse, que la légende freudienne a si longtemps caché : il n'y a jamais eu la « psychanalyse «, seulement une myriade de conversations thérapeutiques aussi diverses que leurs participants. La psychanalyse, c'est très exactement tout et n'importe quoi – parce que n'importe quoi."
Mais, afin de rendre à César ce qui lui appartient, laissons donc, ici, le dernier mot à Jacques Bénesteau. Je le cite, dans «Mensonges freudiens.» : «L'immuable Ecole du Rien, qui se voulait science du fantasme et science de l'âme, est bien un fantasme, non une science et n'a pas d'âme. Elle avait certes de nombreux élèves, qui ne pouvaient assurer aucune victoire avec du Rien dans le monde vivant. La vérité ne se divise pas, et ne se multiplie pas. La fidélité des soldats à leurs dogmes et à leurs rites ne fait pas leur validité. Les croisés pouvaient aussi se rassembler dans l'adhésion à la doctrine de la résurrection du Christ, mais leur accord démocratique n'augmenta pas significativement les chances de résurrection du Sauveur, empêchée par des lois bien naturelles, auxquelles les combattants de la juste mission, quels que fussent leurs nombres et la force de leur conviction vociférée, ne purent échapper.»

Pour conclure, l'infalsifiabilité de la psychanalyse. La psychanalyse n'est pas une science :


Ce qui fait la force d'une théorie, (en donnant des informations sur son contenu descriptif, explicatif, et prédictif), ce ne sont pas les confirmations, mais les corroborations que la théorie à obtenues. Les freudiens ne paraissent toujours pas comprendre cette différence logique fondamentale entre confirmation et corroboration. Il faut la confirmation expérimentale d'un énoncé de base, comme falsificateur potentiel d'une théorie que l'on soumet à un test, pour que cette théorie soit falsifiée (ou réfutée, ce qui revient strictement au même). Il faut une infirmation expérimentale d'un énoncé de base, comme falsificateur potentiel d'une théorie que l'on soumet à un test, pour que cette théorie soit corroborée. Car, si un énoncé singulier de base, représentant un événement singulier potentiellement capable de réfuter une théorie, se trouve confirmé de manière intersubjective par un test indépendant et reproductible, alors, la théorie est réfutée. Dans le cas inverse, elle est corroborée. Une théorie telle que celle de l'inconscient freudien qui ne peut se passer d'une conception viciée du déterminisme, ne peut admettre aucune sous-classe de falsificateur virtuel. Donc, logiquement, elle ne peut pas ne pas trouver partout, et qu'elles qu'en soient les conditions, des confirmations de toutes sortes, aussi potentiellement contradictoires et ambivalentes soient-elles. En fait, la sous-classe des énoncés de base permis par la théorie de l'inconscient freudien associée au déterminisme absolu est logiquement illimitée. Pour cette raison, cette théorie ne peut donner aucune valeur descriptive, explicative ou prédictive à l'inconscient, tel que le conçoivent Freud et ses suiveurs.

Un naufrage ?

L'infalsifiabilité de la psychanalyse, étroitement liée à sa position vis-à-vis du déterminisme, reste son talon d'Achille. On peut même dire que le déterminisme psychique absolu et prima faciae, pierre de touche de la psychanalyse, en est aussi sa pierre tombale. A cause de lui, tout le projet de Freud est un projet qui échoue, par nature, avant même d'avoir pu commencer. Le bateau freudien n'a jamais fait naufrage. Car il n'est jamais sortit du port. Et il n'est jamais sortit du port faute de cartes bien corroborées lui permettant d'aller naviguer dans les eaux troubles de l'âme humaine. Olivier Gaiffe écrit : « Jamais le bateau freudien n'a quitté le port, ni pour s'enrichir des marchandises dont l'Odyssée de l'expérience aurait pu le charger ; ni pour éprouver la solidité de sa coque sur la crête incisive des faits. La psychanalyse est bel et bien un dogmatisme, au sens de Bacon : « Le dogmatique, tel l'araignée, tisse des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance. » Francis Bacon, Novum Organum (1620), livre I, aphorisme 95. Sa grille de lecture, ce réseau conceptuel, cette toile souple ne retient que ce qui s'y colle. Pour l'araignée, aveugle et sourde, rien n'existe que ce qui fait vibrer sa toile en s'y fixant. Ce qui passe au travers de ce filet qu'elle a créé seule, sans le concours du monde extérieur, ne saurait exister : elle ne le perçoit pas, pas plus qu'elle ne peut en tirer sa nourriture. C'est pourquoi, si pour nous la psychanalyse « n'a jamais eu lieu », pour le psychanalyste, rien n'a jamais eu lieu qu'elle n'ait pu interpréter. Comme le marxisme, d'ailleurs, qui a les mêmes prétentions ». « La légende freudienne s'efface lentement devant nos yeux et avec elle la psychanalyse, pour laisser la place à d'autres modes culturelles, à d'autres conversations thérapeutiques. Hâtons-nous de l'étudier pendant qu'il est encore temps, car bientôt nous ne saurons sans doute même plus ce qu'aura été la psychanalyse – et pour cause : elle n'a jamais eu lieu. » (Mikkel Borch-Jacobsen & Sonu Shamdasani. In : «Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse.»).



Publié par vdrpatrice à 19:37:15 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

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