« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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* Adolf Grünbaum, "La psychanalyse à l'épreuve", L'Eclat, Paris, 1993.
* Adolf Grünbaum, "Les fondements de la psychanalyse", Presses Universitaires de France, Paris, 1984. Ce livre est, en grande partie, à l'origine du déclin de la psychanalyse aux Etats-Unis.
* Allen Esterson, "Seductive Mirage : An Exploration of the Work of Sigmund Freud", Chicago et La Salle, III., Open Court, 1993.
* André Haynal et Paul Roazen : "Dans les secrets de la psychanalyse et de son histoire", PUF, 2005, ISBN 2130553001
* Anonyma, "Séductions sur le divan ou le malentendu amoureux", Paris, éditions de la Découverte, 1989.
* Catherine Meyer dir. "Le Livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud", collectif (dir. ), les Arènes, 2005 (coll. Documents). ISBN 2912485886
* "Constructivisme et psychanalyse. Débat entre Mikkel Borch-Jacobsen et Georges Fischman". Animé par Bernard Granger. Le Cavalier Bleu, Paris, 2005.
* Dominique Frischer, "Les analysés parlent".
* François Roustang, "Un destin si funeste" , Editions de Minuit, 1977 , ISBN 2707301426
* Frank Cioffi, "Freud and the question of pseudo-science", Open Court.
* Frank J. Sulloway, "Freud biologiste de l'esprit", Fayard, 1979. Un livre monumental qui nous démontre comment Freud était un crypto-biologiste de l'esprit, masquant ses inspirations biologistes obsolètes fondatrices de ses théories du psychismes. Sulloway s'emploie également à mettre à jour nombre de légendes freudiennes.
* Gilles Deleuze, Félix Guattari, "L'anti-Oedipe", Minuit, 1972.
* Hans Jûrgen Eysenck, "Déclin et chute de l'Empire Freudien", De Guibert, Paris, 1985.
* Henri F. Ellenberger, "The discovery ot the Unconscious : The History and Evolution of Dynamic Psychiatry", New York : Basic Books. "Histoire de la découverte de l'inconscient", Paris, Fayard, 1994. Livre précurseur de la critique de la psychanalyse. Une érudition encore inégalée.
* Herbert Marcuse, "Eros et civilisation", Editions de Minuit, 1963, ISBN 2707301582
* Jacques Bénesteau, "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire", Sprimont, Pierre Mardaga Editeur, 2002 (coll. Psychologie et sciences humaines ). (extrait). ISBN 2870098146. Ce livre reçoit, dès sa sortie, le Prix de l'Histoire de la Médecine, à l'unanimité du jury de la SFHM. Il est ensuite accusé, à tort, de contenir des propos négationnistes et relevant d'un "antisémitisme masqué", par Madame Elisabeth Roudinesco.
* Jacques Bouveresse, "Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud", L'Eclat, Paris, 1991. Une analyse épistémologique des plus rigoureuses sur quelques uns des principaux thèmes de la psychanalyse, comme l'inconscient, le déterminisme psychique, les raisons et les causes.
* Jacques Van Rillaer, "Les illusions de la psychanalyse", Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980. Un livre précurseur également, écrit par un ancien psychanalyste, et qui fut primé à sa sortie.
* Joëlle Augeron, "Mon analyste et moi", Paris, Lieu commun, 1989.
* J. Allan Hobson. "Le cerveau rêvant", Paris, Gallimard, 1988. Titre original : "the dreaming brain". Ecrit par un expert en neurobiologie du cerveau, ce livre démonte totalement la théorie des rêves de Freud, pilier de la psychanalyse.
* Karl Popper, "Le réalisme et la science", Chapitre 1 : "L'induction", Section 18 : "Un exemple de vérificationnisme", Hermann, Paris, 1990, pages 181 à 191. Dans cette section, Popper, critique la méthode de Freud, pour lui foncièrement non scientifique parce que reposant sur l'induction.
* Karl R. Popper, "Conjectures et réfutations", Paris, Payot, 1985. Chapitre 1 : "La science : conjectures et réfutations", pages 59 à 67. Dans cette partie, Karl Popper s'intéresse au problème suivant : "quand doit-on conférer à une théorie un statut scientifique ?"
* Karl R. Popper, "La logique de la Découverte scientifique", Payot, Paris, 1979. Pour comprendre la critique célèbre de Popper de la psychanalyse reposant sur la non-falsifiabilité du corpus freudien. Et pour avoir à l'esprit en quoi consiste le fameux critère logique de démarcation de Popper entre énoncés métaphysiques et énoncés scientifiques, et saisir en quoi consiste la logique d'élaboration des théories scientifiques à partir de tests intersubjectivement contrôlés.
* Karl R. Popper, "L'univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme", Hermann, Paris, 1984. Ouvrage qui permet d'aborder la critique du déterminisme psychique absolu de Freud.
* Malcom Macmillian, "Freud evaluated - the completed ARC".
* Maria Pierrakos, "La tapeuse de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée. Réflexions d'une psychanalyste navrée", L'Harmattan, Paris, 2003. Jacques Lacan révélé par...une psychanalyste qui ne mâche pas ses mots.
* Marie-Jeanne Marti, "Les marchands d'illusions. Dérives, abus, incompétences de la nébuleuse "Psy" française", Roman, Sprimont, Mardaga, 2006. (L'auteur est journaliste et a aussi écrit "100 fiches pour mieux se connaître et développer ses talents" Éd Démos 2006, ISBN 2915647135). Un livre au contenu sulfureux et instructif...
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2002. L'une de mes toutes premières lectures anti-freudiennes. Très instructif.
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Le Sujet Freudien", Aubier Flammarion, Paris, 1982.
* Mikkel Borch-Jacobsen, Sonu Shamdasani, "Le dossier Freud : Enquête sur l'histoire de la psychanalyse", Empêcheurs de Penser en Rond, 2006, ISBN 2846711321. Je le considère comme l'un des meilleurs de cette liste. A lire absolument.
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Souvenirs, d'Anna O. Une mystification centenaire", Aubier, 1995.
* Patrick J. Mahony : "Freud l'écrivain" , éd Belle Lettres, 1982, ISBN 2251334467
* Patrick Mahony, "Dora s'en va, violence dans la psychanalyse", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2001. Dans ce livre, pourtant écrit par un psychanalyste de renommée internationale, on découvre, de l'aveu même de l'auteur, comment une jeune fille a été traumatisée deux fois : par son agresseur, puis par Sigmund Freud.
* Paul Ricoeur, "De l'interprétation", Ed.: Seuil poche, 1995, ISBN 2020236796
* Paul Roazen, "Mes rencontres avec la famille de Freud" Ed: Seuil, 1998, ISBN 2020183978
* Paul Roazen, "Freud and his followers", New York, Da Capo Press, 2° ed., 1990.
* Paul Roazen, "La Saga freudienne", Paris, Presses Universitaires de France, 1986.
* Pierre Debray-Ritzen, "La psychanalyse, cette imposture", A.Michel, 1991, ISBN 2-226-05236-4. C'est avec ce livre, que Pierre Debray-Ritzen a sans doute le premier ouvert la voie aux critiques les plus sévères de la psychanalyse.
* Pierre Debray-Ritzen, "La Scolastique freudienne", Fayard, Paris, 1972
* Pierre Janet, "La psychanalyse de Freud" : 1913", Editions L'Harmattan, 2004, ISBN 2747575322
* Rauda Jamis, "Ce qui me gêne avec les psys", Paris, JC Lattès, 2003.
* Renée Bouveresse, "Les critiques de la psychanalyse", Que sais-je n°2620, Presses Universitaires de France, Paris, 1991. Un ouvrage vraiment remarquable de clarté, d'objectivité et concision. Mais on n'est pas surpris..
* René Pommier, "Sigmund est fou et Freud a tout faux", Editions de Fallois, Paris, 2008. Le Professeur Pommier, qui reçut le Prix de la Critique de l'Académie française pour Assez Décodé ! ainsi que le Prix Alfred Verdaguer pour l'ensemble de son oeuvre, nous a écrit une critique à la fois pédagogique, drôle, documentée et dévastatrice de la méthode d'investigation des rêves de Freud, et de leur interprétation.
* Richard Pollak, "Bruno Bettelheim ou la fabrication d'un mythe", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2003. Un récit accablant sur l'un des plus emblématiques charlatans de la psychanalyse.
* Roger Gentis, "Leçons du corps", Ed.: Champs Flammarion, 1999, ISBN 2080811142
* Sherry Turkle, "La France freudienne", Fayard, 1981. Dans ce livre, l'auteur a essayé de comprendre pourquoi, selon son expression, "toute la France est passée à la psychanalyse", après mai 68.
* Sibylle Lacan, "Un père, puzzle", Paris, Gallimard, 1994.
* Sylvie Lanzenberg, "J'accuse la dérive de la psychanalyse", Éditions du Cygne, Paris, 2005
* Tobie Nathan (sous la dir. de), "La guerre des psys", Empêcheurs de penser en rond
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« Dans la mesure où les propositions de la mathématique se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité. »
(A. Einstein. In : «Géométrie et expérience», œuvres choisies, t.5, Paris, Seuil, 1991, p.71)
« ...Nous ne pouvons exprimer aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels; tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet, les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.) Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes d'expériences; ils ne peuvent être «constitués» » (Karl R. POPPER, in: «La logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.)
L'inconscient est un terme universel, et comme tous les termes universels, tels que : «conscient», «cerveau», etc. Il est invérifiable mais par contre réfutable. C'est-à-dire qu'il nous est impossible de dénombrer, et à fortiori d'observer dans le passé, le présent, le futur, toutes les preuves qui «garantissent» une définition de l'inconscient qui nous satisfasse définitivement par rapport à une certaine réalité que nous voulons représenter. Autrement dit, la notion d'inconscient ne peut jamais être proposée comme une notion irréfutable et surtout vérifiable avec certitude quelles que soient les conditions initiales d'observation. En conséquence, Il est inacceptable de faire en sorte que cette notion soit toujours confirmable et ne puisse jamais être mise en défaut, grâce, notamment, à la fameuse rhétorique des freudiens, laquelle ne fait que trahir leur échec puisqu'il est anormal d'avoir toujours réponse à tout. Donc, pour que cette notion ait un contenu empirique, c'est-à-dire pour qu'elle puisse exprimer quelque chose d'empirique, de réel, il lui faut des limites, une sorte de contenant empirique qui permette de distinguer le contenu, elle ne peut toujours tout expliquer sans changer de sens ou de définition. (Karl R. Popper : « Je définis le contenu empirique d'une énoncé p comme la classe de ses falsificateurs virtuels. » In : «La logique de la découverte scientifique». Page : 120) Elle ne peut être elle-même fondée par une doctrine ou un postulat déterministe, qui lui donnerait définitivement un pouvoir absolu d'explication. Elle ne peut donc reposer sur un déterminisme apriori et absolu, comme en psychanalyse. Si les psychanalystes ont fait, et font encore de leur théorie de l'inconscient un concept «fourre-tout» ou «explique-tout», flexible et adaptable quelles que soient les conditions initiales d'observation, alors ce concept n'a pas de limite, son véritable sens n'est jamais saisissable et ce concept n'explique plus rien du tout. L'inconscient freudien, et son inséparable acolyte, le refoulement, est pour les psychanalystes, une ressource tout à fait inépuisable d'explication puisque pour les freudiens il n'est pas un seul événement de notre conscience et un seul de nos actes aussi insignifiants soient-ils dont la cause ne soit pas fondamentalement réductible à une explication par l'inconscient. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ce genre de réductionnisme n'est en rien une réussite scientifique. Ce n'est qu'un dogme à l'invincibilité clairement revendiquée par les psys que nous voulons contribuer à démystifier et à détruire, parce que les dogmes invincibles que l'on réussit à inculquer aux gens et qui contribuent à leur manipulation et à leur contrôle, tiennent de la mythologie voire du sectarisme et n'ont rien à voir avec la Science, qui, au lieu du sectarisme, nécessite la libre discussion critique pour le progrès de ses concepts. En effet, une authentique Science n'offre jamais des concepts au pouvoir absolu et donc à l'heuristique bloquée, elle permet l'évolution des théories et des concepts, qui, parce qu'ils peuvent être soumis à des tests, ont la possibilité d'augmenter à l'infini leur pouvoir heuristique. Les freudiens ont fermé, d'entrée de jeu, toutes possibilités de réelle évolution à leur concept d'inconscient, qui est une sorte de caméléon théorique, donc une entourloupette, et non le produit d'une véritable succession de conjectures et de réfutations.
Exemple 1:
Quand nous disons: «cet homme est fou» nous supposons nécessairement l'énoncé suivant: «toutes les fois que nous sommes (seront) en présence d'un homme ayant telle(s) caractéristique(s), nous dirons qu'il est fou. Mais comme le terme «fou» est un terme universel (tout comme le terme «homme»), et qu'il est invérifiable, il est parfaitement possible que d'ici quelque temps (un siècle ?) les mœurs, la culture, et que sais-je encore, aient changés, de sorte que nous ne jugions plus du tout les gens comme étant des fous, de la même façon qu'avant. Citons, à ce sujet, Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre, « Folies à plusieurs » : « les maladies dites «mentales » changent dans le temps et l'espace, subissent des mutations, disparaissent, réapparaissent. Chaque époque, chaque société produit son propre type de «folie» ou de «maladie de l'âme», sans qu'on puisse traduire l'une dans l'autre ou faire de celle-ci la vérité de celle-là ». (In: «Folies à plusieurs». Edition : les empêcheurs de penser en rond, Paris 2002, page 174).
Exemple 2:
Quand nous disons: «c'est une table» nous supposons: «toutes les fois que nous sommes en présence d'une objet ayant telles caractéristiques, nous disons «table» (en non «autel», ou «pupitre», ou autre chose..) et nous sommes obligés de supposer un tel énoncé universel, sinon il ne nous serait pas possible d'observer des tables (les tables ne seraient pas identifiables pour nous, de toute façon , dans de telles conditions, puisque même s'agissant d'un objet n'étant plus fabriqué aujourd'hui, un archéologue serait dans l'obligation de pouvoir disposer dans son système d'attentes, de ce genre d'énoncés pour rechercher les objets n'étant plus utilisés de nos jours). Tous les objets de notre monde empirique (le «Monde 1» de Popper) nous sont connaissables que parce que nous possédons et formulons, à priori, des termes et des énoncés universels permettant de légiférer sur les conditions de leur acceptation et de leur identification par nos sens. Et ceci vaut, également, pour les objets encore inconnus, jamais vus par nous : si un objet inconnu se présente par hasard devant nos yeux, nous l'identifions parce que nous disposons, à priori, avant sa présentation, de concepts tels que : «objet» et «inconnu». Ainsi, pour un objet tombant subitement sur la Terre, nous pourrions dire : «tiens voici un objet ou une chose inconnue qui tombe au sol», et non pas : «tiens voici un astéroïde ou une météorite» à moins, bien sûr, de conjecturer qu'il s'agit d'un astéroïde ou d'une météorite, grâce à notre système d'attentes nous permettant la formulation instantanée de cette conjecture par la reconnaissance de certaines formes. Enfin, l'absence de concepts aussi élaborés à l'époque de l'homme préhistorique ne pouvait dispenser ce dernier de posséder des termes, un langage ou un code, même archaïques, pour identifier le monde et agir sur celui-ci, à moins de rester en permanence immobile et bouche bée. Les freudiens diraient, bien entendu, que l'homme préhistorique disposait déjà d'un inconscient, d'un «ça», lui aussi primitif et archaïque (en correspondance avec le niveau d'évolution) donc de pulsions inconscientes ou d'origine inconsciente à agir dans certaines directions, lui permettant ainsi d'appréhender le Monde 1 ? (Sinon, à partir de quand les hommes ont-ils eu un «inconscient» psychanalytique qui les détermine ? A partir de Sigmund Freud et pas avant ??). Mais quelles «directions», alors, aurait-il choisies en l'absence des problèmes auxquels il a pu être confronté, comme la fabrication d'outils de plus en plus performants pour la chasse du gibier courant !! Il lui fallait donc conjecturer l'efficacité d'une probable arme pour la chasse ou d'un outil, et cette conjecture n'a pu naître que de la mise en relation de son système d'attentes, et le problème à résoudre. L'homme préhistorique ne pouvait donc être dirigé par des pulsions psychanalytiques inconscientes, mais par une volonté de survie nécessairement consciente pour générer des conjectures efficaces face aux problèmes urgents. L'évolution, c'est-à-dire les problèmes de plus en plus complexes que l'homme a été capable de résoudre, est le produit de l'enrichissement de l'inné par l'enrichissement de l'acquis parce que de nouvelles théories explicatives du monde enrichissent notre système d'attentes et le modifie, et inversement, (et ces modifications, changent, à leur tour, nos actions motrices, qui, elles-mêmes, finissent par faire évoluer nos organes, comme nos organes sensoriels par exemple).
Mais comment faisons-nous alors pour identifier le «déjà là», comme les étoiles ou le ciel, dira le sceptique ? Ces objets ne tombent-ils pas dans notre entendement avant que nous disposions de concepts universels puisqu'ils existaient avant que nous soyons sur la Terre ? L'homme ne peut-il pas identifier, malgré lui, (passivement) le ciel avant toute possession du concept universel «ciel». La réponse est non : sans le concept qui lui est approprié, l'homme ne peut identifier le ciel que comme un objet étrange et inconnu, c'est uniquement de cette façon qu'il existe devant ses yeux.
On comprend aisément comment cet argument s'applique aussi à celui qui recherche par exemple un squelette de Tyrannosaure : les Tyrannosaures peuvent bien «exister» aujourd'hui, car il est tout à fait viable de supposer que l'on découvre encore des squelettes de Tyrannosaure, compte tenu du fait que l'on en a déjà découverts bien après qu'ils aient totalement disparus sous une forme vivante de la surface du globe. Ils «existent» donc toujours d'une manière empirique bien spécifique et bien utile pour les approcher...Cette existence déjà corroborée, n'a pu être elle-même corroborable qu'à partir de la mise à l'essai de certains énoncés généraux relatifs à la paléontologie et de certaines conditions initiales relatives à la géologie ou la géographie. Elle permet donc au chercheur d'espérer trouver d'autres squelettes de Tyrannosaure à l'unique condition qu'il puisse disposer dans son système d'attentes d'un énoncé du genre : «toutes les fois que je me trouve en face d'un squelette ayant telles caractéristiques quasi légales, et sous certaines conditions initiales (relatives par exemple au lieu de la découverte) je pourrai dire qu'il s'agit d'un squelette de Tyrannosaure et pas d'un Allosaure, encore moins d'un éléphant». En fin de compte, toute recherche empirique, nécessite la possession à priori de théories universelles au sens strict lesquelles sont nécessairement réfutables, puisque si je trouve un requin possédant 6 fentes branchiales au lieu de 5, la théorie «tous les requins n'ont que 5 fentes branchiales» est réfutée. Le problème avec une théorie de l'inconscient telle que Freud l'a conçue, c'est-à-dire irréfutable, c'est qu'elle amène inévitablement le «chercheur» qui tente de se plonger dans l'histoire d'une personne, à découvrir un os de Diplodocus plutôt qu'une patte de mouche, voire à transformer l'un en l'autre selon les circonstances, s'il s'avère que les aléas de la «recherche» semblent mettre en péril le caractère irréfutable donné (absolument nécessaire tant que les psychanalystes affirment de surcroît exclure tout hasard psychique) à la théorie qui sous-tend la notion d'inconscient freudien. Tout cela est rendu possible par la fameuse «algèbre psychanalytique», composée des fameuses ambivalences, du jeu subtil des métaphores, des analogies, etc...
Exemple 3:
Quand nous disons: «cet homme
possède un inconscient du type freudien», nous ne saurions parler de cet
inconscient sans disposer au préalable de l'énoncé: «toutes les fois que nous
serons devant telle(s) condition(s) ou caractéristique(s) nous serons en mesure
de reconnaître un inconscient du type freudien». Ceci suppose que la notion d'inconscient,
indépendamment des aspects freudiens qu'elle peut revêtir, est une notion
universelle, donc invérifiable (à cause du «toutes les fois que...») et aussi,
de ce point de vue, réfutable.
Mais Freud a toujours avancé
des arguments qui faisaient de l'inconscient un terme, ou une notion
irréfutable, c'est-à-dire définitivement vérifiée ou universellement
confirmable, ce qui, comme nous l'avons démontré, est impossible. D'ailleurs,
pouvait-il faire autrement ? Comme le confirme l'affirmation de Freud cité plus
bas, laquelle souligne sa croyance dans le déterminisme mental absolu et prima
faciae, qui est étroitement liée de manière logique à l'irréfutabilité
puisqu'il exclue tout élément de hasard ou tout non-sens dans la vie psychique.
En effet, en excluant tout non-sens psychique par l'affirmation que tout ce qui
est produit en termes de rêves, de représentations, d'émotions, de sensations, d'intuitions, trouve une cause dans
l'inconscient pour la plus infime et pour l'ensemble de nos représentations,
émotions sensations ou intuitions, etc, Freud ne peut fournir de conditions initiales
permettant de prédire qu'en fonction de sa théorie de l'inconscient, un
individu aura telle représentation ou fera tel rêve à tel moment. Freud n'a
donc jamais pu se lancer dans un authentique programme de recherche
scientifique avec des conditions initiales aisément manipulables et
reproductibles pour des tests expérimentaux indépendants. Des conditions initiales
(freudiennes) de prédiction ne peuvent
être fournies parce qu'elles supposent un degré de précision infini en
corrélation avec le plus infime des faits psychiques censé être observé,
interprété ou prédit, et parce qu'il est impossible de fournir toutes les
conditions initiales de prédiction pour l'infinie diversité de nos émotions,
représentations et intuitions. En somme,
c'est le genre particulier de déterminisme soutenu par les freudiens (prima
faciae et absolu) qui est le piège de la psychanalyse. En
prônant ce genre de déterminisme, Freud ne s'est probablement pas rendu compte
qu'il imposait à sa théorie de l'inconscient une tâche impossible : faire des
prédictions, pour être reconnue comme une authentique science, mais avec un
degré de précision infini dans les conditions initiales. Mais aucune prédiction
de ce genre n'est possible dans une Science quelle qu'elle soit. Sa théorie
s'est donc heurtée, d'entrée de jeu, au fameux «principe de responsabilité»
dont parle Popper dans son livre : «L'univers irrésolu, plaidoyer pour
l'indéterminisme».
Popper :
« En premier lieu, l'idée que se fait le sens commun d'un événement (à expliquer de manière causale) est essentiellement qualitative. Or, le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire un événement avec n'importe quel degré de précision, ce qui dépasse certainement l'idée universelle du sens commun (...) En second lieu, l'idée que se fait le sens commun d'une cause est également essentiellement qualitative. C'est pourquoi certains états de fait échappent au sens commun, dont ceux-ci : les causes - c'est-à-dire, les conditions initiales - ne nous sont jamais données avec un degré de précision absolu; il nous faut donc nous contenter de conditions initiales qui sont, jusqu'à un certain point, imprécises; ce qui, à son tour, soulève des problèmes particuliers. Un troisième problème découle des deux premiers. Le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire tout événement avec le degré voulu de précision, à condition que soient données des conditions initiales suffisamment précises. Mais que veut dire ici «suffisamment» ? Il nous faut, de toute évidence, expliquer ce «suffisamment» d'une manière qui nous prive de droit de plaider - chaque fois que nous échouons dans nos prédictions - que les conditions initiales données n'étaient pas suffisamment précises. En d'autres termes, notre théorie devra rendre compte de l'imprécision de la prédiction. Etant donné le degré de précision que nous exigeons de la prédiction, elle devra nous permettre de calculer le degré de précision des conditions initiales qui suffirait à nous donner une prédiction ayant le degré de précision voulu. J'appelle cette exigence le «principe de responsabilité». Il faudra nécessairement l'incorporer à la définition du déterminisme «scientifique ». (in : Karl R. Popper. «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme.» Edition Hermann. Page 9. Mais nous conseillons vivement de lire jusqu'à la page 21).
Précisons que, puisque l'infini est impossible à sonder, à priori, pour un être humain ou même une machine conçue et étalonnée par l'homme, un «degré de précision infini» dans la stipulation de conditions initiales pour une prédiction est rigoureusement inaccessible et n'existe pas. En conséquence nous ne pouvons connaître la plus infime de nos représentations ou l'ensemble infini représentant leur diversité, pas plus que nous pouvons faire des prédictions avec une telle théorie de l'inconscient. La psychanalyse ne permet donc jamais de faire de prédictions comme dans une Science digne de ce nom, mais seulement des rétrodictions qu'elle a l'habileté de faire passer pour des prédictions. Je cite, au sujet des rétrodictions freudienne, Adolf Grünbaum, dans son livre, «la psychanalyse à l'épreuve», paru aux éditions de l'Eclat, page 67 : « Freud a conjecturé que le développement d'une névrose N par un individu I dépendait non seulement de l'exposition de I à des expériences pathogènes P, mais aussi à la vulnérabilité héréditaire de I. Ses hypothèses étiologiques affirmaient généralement que la présence de P est causalement nécessaire à la pathogénèse de N, et non qu'elle est causalement suffisante. Une hypothèse de ce genre implique la rétrodiction universelle que tous ceux qui sont affligés Par N ont subi P. Mais l'hypothèse ne prédit pas que toutes les victimes de N seront affligées par N ! »
Mais si les freudiens ne peuvent prédire la plus infime de nos représentations, ou toute leur diversité, ou même une simple représentation ou émotion courante avec n'importe quel degré de précision donné avant la prédiction, comme le voudrait leur théorie de l'inconscient, ils ne peuvent que l'observer en ayant déjà à l'avance une idée précise du résultat de leur observation qui soit exactement conforme à leur théorie : elle (la représentation ou l'émotion qu'ils veulent observer) «tombe sous leurs yeux», comme toute observation, non seulement parce que leur système d'attentes constitué des théories psychanalytiques les y prédispose, et aussi parce qu'ils conjecturent à l'avance le degré de précision voulu de l'observation. Les observations que peuvent faire les freudiens à partir de leur théorie de l'inconscient, ne peuvent être confondues avec d'authentiques prédictions réussies, elles sont, tout au plus, de fausses prédictions dont les résultats (les observations réalisées) sont préfabriqués à partir de leur théorie. On ne peut donc objecter que c'est précisément parce que la théorie de l'inconscient a des pouvoirs de prédiction et un contenu qu'elle permet de rendre observables ou interprétables certains faits qui resteraient invisibles ou incompréhensibles sans l'éclairage de cette théorie, puisque ces faits en sont les purs produits, ils ne sont pas des énoncés d'observation contradictoires ou falsificateurs virtuels (Popper) que la théorie a surpassé à l'issue d'un test indépendant. Les freudiens construisent en quelque sorte leur réalité, à l'aide de leurs interprétations et observations, pour qu'elle s'accorde avec leur théorie de l'inconscient. Quand un psychanalyste nous dit à propos d'une représentation, d'une émotion, ou d'un événement psychologique quelconque : « tiens, vous l'avez là, l'inconscient, il est confirmé, vous voyez bien ?! », il nous gruge sur la prétendue indépendance du fait observé avec les théories psychanalytiques qui permettent justement de l'interpréter comme un fait significatif de quelque chose ayant un rapport avec la théorie de l'inconscient. Répétons encore que les observations qui confirment positivement la théorie de l'inconscient, (lesquelles sont souvent stratégiquement confondues avec des prédictions par les freudiens ou présentées comme de vraies prédictions) qui peuvent être réalisées à partir de la théorie de l'inconscient de Freud, sont toujours faites à la lumière de cette théorie qu'elles ne peuvent que confirmer et sont nécessairement innombrables pour prétendre rendre compte, causalement, de la vie psychique et somatique dans ses moindres détails, puisque le plus insignifiant des faits psychologiques peut être expliqué par les freudiens, ou l'ensemble infini représentant la diversité des faits psychologiques. Ceci étant conforme avec les exigences de leur déterminisme mental prima faciae et absolu. Et c'est là que gît le principal problème : la classe des confirmations de la théorie de l'inconscient écrase tout. Il y a trop de confirmations et il ne peut y avoir que cela. Ceci rend le contenu de la théorie de l'inconscient insaisissable empiriquement. Et ceci rend la psychanalyse non conforme avec les règles du jeu scientifique, ainsi que l'explique Karl R. Popper : « Or la science théorique vise précisément à obtenir des théories aisément falsifiables (...). Son but est de restreindre au minimum l'éventail des événements permis.» In : «La logique de la découverte scientifique » Page : 113. Que voulons-nous dire ? Nous voulons dire, d'une part, que ce n'est pas sur la base d'un nombre même très grand d'observations qui paraissent la confirmer que nous pouvons dire qu'une théorie a prouvé sa valeur scientifique ou même son contenu empirique, et d'autre part, que cette classe illimitée des confirmations positives possibles de la théorie de l'inconscient ne permet pas l'existence d'une classe d'énoncés contradictoires qui la rendrait réfutable (et donc qui lui donnerait un contenu empirique) : les freudiens peuvent-ils, donner un seul exemple de rêve, de cauchemar, de représentation, d'émotion, d'intuition, etc, aussi simple soit-il, qui puisse contredire ou réfuter leur théorie ? La réponse est : non. Egalement, tout ce que je fais, le moindre de mes gestes, et de mes actes manqués peut être expliqué par la théorie de l'inconscient (mais il arrive aussi que les psychanalystes confondent prédiction et explication et oublient que prédire n'est pas expliquer). Les freudiens peuvent-ils donner un exemple d'acte manqué qui ne soit pas explicable par leur théorie ? La réponse est toujours : non. Autre exemple, quel est l'objet que nous pouvons manipuler dans la vie de tous les jours qui n'aurait pas pour les freudiens en lien quelconque avec la sexualité ou être interprétable d'après leur théorie psycho-sexuelle ? La réponse est encore : non, il n'y a aucun objet qui ne puisse échapper d'une façon ou d'une autre à l'explication freudienne. Si je rejette la théorie de l'inconscient, c'est que je refoule (inconsciemment), mon rejet de la théorie est le signe d'un refoulement psychopathologique, je confirme donc la théorie de l'inconscient, impossible de lui échapper, le piège rhétorique s'est refermé. Cette rhétorique du refoulement, (appelée «argument des résistances» par Jacques Van Rillaer dans son livre « Les illusions de la psychanalyse »), parce qu'elle se veut invincible, est précisément le talon d'Achille de la théorie freudienne, elle est l'une des multiples signatures de son irréfutabilité et de vouloir soustraire la théorie de l'inconscient à toute possibilité de critique rationnelle. Pour les raisons que nous venons de décrire, la psychanalyse ne peut être considérée comme une science empirique composée d'énoncés eux-mêmes dotés d'un contenu empirique donc d'un réel pouvoir d'explication et de prédiction. Certes, il existe des théories auxiliaires du programme de recherche de Freud qui peuvent être réfutables, mais tout ceci se fait sur la base d'une théorie de l'inconscient irréfutable laquelle ne peut permettre de ne déduire aucune conséquence testable, et qui est au fondement de toutes les prétentions thérapeutiques de la psychanalyse. Comme on l'aura compris, ce qui nous intéresse, ici, c'est le problème de la réfutabilité de la théorie de l'inconscient et non de quelques autres théories auxiliaires du «programme» de Freud. Notre point de vue rejoint la thèse poppérienne selon laquelle tant que les psychanalystes ne précisent pas les moyens par lesquels leur concept d'inconscient peut être mis à l'épreuve par une expérience indépendante, intersubjective, et extra-clinique, et tant qu'ils justifient le pouvoir explicatif illimité de leur théorie de l'inconscient à l'aide de leur postulat d'un déterminisme mental prima faciae et absolu, la psychanalyse ne doit pas être considérée comme une science capable de faire d'authentiques prédictions donc pouvant fonder une action thérapeutique d'une quelconque efficacité indépendante de tout effet placebogène.
Sigmund FREUD:
« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l'heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Sigmund FREUD, in : «Psychopathologie de la vie quotidienne.» Chapitre 12: «Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue». Édition: Payot. Page: 257.)
Conclusion :
L'inconscient freudien se voulant irréfutable et ne pouvant donner lieu qu'à la déduction d'autres énoncés théoriques fondés sur un déterminisme absolu, ainsi qu'à des «explications» de type circulaire du genre : «la mer est agitée parce que Neptune est de mauvaise humeur, ce qui se prouve par le fait que chaque fois que Neptune est de mauvaise humeur il agite la mer»; il est donc vide de tout contenu empirique (puisqu'il n'existe précisément rien sur quoi faire porter un test qui pourrait réfuter la théorie : on ne peut déduire de la théorie aucun énoncé de base contradictoire, qui puisse être confirmé ou infirmé expérimentalement, de manière indépendante et extra clinique) et ne peut s'appliquer à aucune réalité psychique qui, elle-même, ne soit définie ou fabriquée spécialement de toute pièce de façon à pouvoir permettre sa propre «vérification» (1)(Freud : « Au cours d'une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient ». In : « Cinq psychanalyses ») ! Comme le démontre Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre «Folies à plusieurs», la psychanalyse n'est qu'une machine auto-confirmatrice de ses propres affirmations dogmatiques et de ses propres «cas» qu'elle invente elle-même pour les besoins de ses théories. «Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n'est pas parce qu'elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s'appuie ou parce qu'elle crée de toute pièce la réalité qu'elle prétend décrire. C'est parce qu'elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l'artifice.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De L'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002). Le propre d'une théorie ou d'un concept authentiquement scientifique n'est pas d'être flexible au point de pouvoir tout expliquer, tout récupérer. « (...) Une fois de plus, on ne peut qu'admirer les capacités de récupération de la psychanalyse : non seulement elle intègre les faits qu'on lui objecte, mais elle va jusqu'à en faire l'effet de ratés de la théorie.» (In : Mikkel Borch-Jacobsen. Ouvrage cité plus haut, page 312). Une théorie ou un concept prouve sa valeur scientifique quand il permet de préciser ou de déduire dans quelles conditions particulières on pourrait effectuer des tests pour améliorer la théorie ou la valeur explicative du concept, en mettant ainsi en exergue son caractère empirique et falsifiable (réfutable). Ce qui signifie que ce sont les tests que l'on peut effectuer qui précisent les contours de la théorie ou du concept donc ses limites explicatives et par conséquent son contenu empirique. C'est la seule possibilité de permettre les tests qui prouve l'existence d'un contenu pour la théorie ou le concept que l'on teste. Dès lors, si un concept comme l'inconscient freudien, n'offre aucune limite (en montrant partout des confirmations quelles que soient les conditions par exemple) c'est-à-dire une trop grande flexibilité ou un pouvoir explicatif illimité, il ne prouve pas sa scientificité, mais précisément le contraire : son absence totale de testabilité donc de scientificité, puis de contenu, et par suite de pouvoir d'explication.
Il serait toutefois ridicule d'affirmer que nous n'avons pas d'activité inconsciente du fait de l'existence de certains travaux scientifiques dans les neurosciences par exemple, travaux que nous ne confondrons pas ou n'amalgamerons pas avec des preuves de scientificité de la psychanalyse ou la prétendue corroboration de sa théorie de l'inconscient, ce que les psychanalystes ne se sont pas privés de faire chaque fois qu'ils ont cru pouvoir le faire. Ainsi, et contrairement à la théorie freudienne, les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient.
« (...) Pourtant le père de la psychanalyse, lui aussi, s'était profondément trompé sur la nature des souvenirs dans le cerveau. (...) Le cerveau n'est pas un organe passif qui ne fait qu'enregistrer des stimuli et les comparer avec l'information déjà emmagasinée. L'esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l'environnement. (...) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, comme l'a écrit le neurophysiologiste Semir Zeki, n'est pas un simple chroniqueur de la réalité physique externe, mais il participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (...) Ainsi les pertes de mémoire seraient des pertes de connaissance. Ce qui nous conduit à penser que certains mécanismes de perte de mémoire peuvent être très différents des mécanismes énoncés par Freud, par exemple, le refoulement. (...) Le refoulement, (...), repose sur l'hypothèse qu'il existe des souvenirs figés. (...) Dans le cas de Sacks et de Wasserman, la connaissance des couleurs n'est pas bloquée - comprenons refoulée -, mais c'est la capacité même du cerveau à créer la catégorie des couleurs qui est détruite. Ce sont deux conceptions radicalement différentes du souvenir, de la conscience et de l'inconscient. (...) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l'âge adulte risque d'être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l'apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur le dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'est produit après la naissance. Cette découverte nous conduit à réviser toutes les théories - de Freud à l'intelligence artificielle - qui présupposaient l'existence de souvenirs figés, (...) notamment les théories sélectionnistes de Jean-Pierre Changeux et Gerald Edelmann.» (in : Israël Rosenfield. «Souvenirs artificiels». Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 - 90).
Mais ce que l'on peut affirmer c'est que l'inconscient de Freud et des psychanalystes n'a jamais existé, qu'il n'existe pas et qu'il n'existera jamais tant que les freudiens voudront le présenter comme quelque chose capable de tout expliquer, d'irréfutable. Enfin, à la suite de ceci on peut logiquement affirmer que les topiques freudiennes de l'organisation psychique ne sont que de pures constructions métaphoriques posées dogmatiquement sans aucune valeur préscientifique, qu'elles ne s'inscrivent explicitement dans aucune tradition de recherche scientifique préexistante (les freudiens seraient bien en peine d'en démontrer les liens logiques de testabilité). Aucun test respectant les règles de la méthode scientifique proposée par Popper n'a été construit et démontré par Freud pour justifier le passage de la première à la deuxième topique du psychisme. Ces spéculations que sont «l'inconscient», le «préconscient», le «ça», le «moi» et autre «surmoi» n'ont jamais pu aboutir à de véritables explications (scientifiquement testées) sur le fonctionnement de notre psychisme, et, surtout, des prédictions, et donc mener à aucune thérapie qui puisse être efficace. Mais les freudiens ont toujours eu l'audace de faire croire que de tels concepts avaient la même valeur scientifique que des concepts comme «électron», «atome», ou «énergie cinétique» employés dans une véritable science comme la Physique. C'est en cela que les psychanalystes signent leur grossière imposture scientifique. Tous ces termes freudiens ne sont que des métaphores, voire des images qui nous bluffent parce qu'une image ou une métaphore sont plus faciles d'accès par rapport à notre psychologie d'acquisition des connaissances et s'accordent plus facilement avec une certaine sensation ou intuition que nous pouvons avoir sur le réel fonctionnement des choses de notre psychisme. De ce point de vue, le texte freudien est, en lui-même une manipulation de l'esprit (2) (mais qu'à cela ne tienne, rétorquent les freudiens : cette manipulation peut aussi s'expliquer par nos théories !). La cohérence d'un discours ou d'un conte de fées, le poids des mots et le choc de certaines représentations qu'ils suscitent, ne suffisent pas à faire une Science. Ce qu'il faut pour «faire Science», ce sont, encore et toujours, des tests. Mais des tests bien différents dans leur nature de ceux du docteur Freud.
Toute la psychanalyse est une supercherie qui repose sur les délires mythomanes et les propres obsessions fantasmagoriques de Freud, sans parler des rêves de gloire de celui qui se disait être un «Conquistador» ! Pour la supercherie les mensonges et la gloire ça a marché et ça marche encore, mais pour la Science, les véritables scientifiques qui, heureusement, n'ont jamais attribué le Prix Nobel à Freud, ne s'y trompent plus et préfèrent ranger la psychanalyse du côté de l'astrologie ou la dianétique et les psychanalystes du côté des conteurs de fables ou des tireurs de tarots.
Notes :
(1) Ceci peut être rapproché de l'argument de Mikkel Borch-Jacobsen : « (...) L'effet de série, si souvent invoqué par Freud pour prouver l'objectivité des «découvertes» psychanalytiques, cache en fait un processus d'autoréplication et d'auto validation sans fin, chaque récit en engendrant un autre qui le confirme en retour. C'est ce que Karl Popper appelait non sans malice l'«Effet Oedipe», en reprochant aux psychanalystes de l'avoir insuffisamment étudié : l'histoire de l'Oedipe ne confirme l'oracle que dans l'exacte mesure où elle en est la conséquence. Les récits de cas psychanalytiques, de même, président et produisent ce qu'ils font mine de décrire, ils «performent» ce qu'ils prétendent constater. » (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil. Paris, mars 2002. Pages : 232-233).
(2) Citons, d'un autre point de vue, Patrick Mahony, dans son livre «Dora s'en va, violence dans la psychanalyse « (Editions : Seuil, les Empêcheurs de penser en rond), page 239 : « Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l'interprétation, bonne au mauvaise, de n'importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n'importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lire. De manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l'on n'est pas d'accord avec les idées d'un des ses passages, on est amené à tomber d'accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l'inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminemment intériorisable; le piège transférentiel posé par l'écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. »
« (...) il est clair que si l'on conçoit ainsi les lois naturelles, passant outre à la distinction entre énoncés singuliers et énoncés universels, le problème de l'induction doit paraître résolu. En effet, il est évident qu'il est parfaitement admissible d'inférer à partir d'énoncés singuliers des énoncés qui ne sont que numériquement universels. Mais il est également clair que le problème méthodologique de l'induction n'est pas concerné par cette solution. Car pour vérifier une loi naturelle, il faudrait relever de manière empirique chaque événement singulier auxquels pourrait s'appliquer la loi et constater que chacun s'y conforme effectivement, ce qui constitue une tâche manifestement impossible. (...) Tenter d'identifier une chose individuelle par les seules propriétés et relations universelles qui paraissent n'appartenir qu'à elle est voué à l'échec. Un tel procédé ne décrirait pas une seule chose individuelle, mais la classe universelle de tous ces individus auxquels ces propriétés et relations appartiennent. Même l'usage d'un système universel de coordonnées spatio-temporelles n'y changerait rien. La question de savoir s'il y a des choses individuelles correspondant à une description faite au moyen des noms universels et, dans ce cas, combien il y en a, est destiné à demeurer une question toujours ouverte. » (In : «La logique de la découverte scientifique.» Karl R. POPPER. Edition : Payot. Chapitre 3 : «les théories». Pages 61 et 64).
Publié par vdrpatrice à 11:24:22 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) | Permaliens
Au sujet de la réfutabilité de la psychanalyse.
(Un très bref aperçu de la controverse entre Karl Popper et
Adolf Grünbaum.)
Renée Bouveresse :
« (...) On voit du coup que l'interprétation psychanalytique ne peut jamais être démentie par les faits : si elle fausse empiriquement, elle est toujours vraie « symboliquement » ou « structuralement ». Mais cette infaillibilité est obtenue par un glissement permanent d'un niveau de sens à un autre, qui est éminemment contestable, et qui apparente bien la démarche psychanalytique, comme on le lui a souvent reproché, à celle d'une mythologie : le gain d'expressivité obtenu par l'usage des concepts à des fins symboliques se paie d'une incontestable perte de rigueur ». (In : Les critiques de la psychanalyse. Presses Universitaires de France, 1° édition, Paris, mai 1991, page 53).
Je ne suis pas entièrement d'accord avec tous les arguments développés par
Adolf Grünbaum sur la
psychanalyse. En particulier les arguments célèbres qui ont
pour but de démontrer que la psychanalyse est bien falsifiable contrairement à
ce qu'en avait dit Karl R Popper. Lors d'une polémique avec Grünbaum, Popper
avait reconnu que certains énoncés de la physique pouvait être infalsifiables
ce qui ne faisait pas pour autant de la physique une pseudoscience. Je crois
cependant, que tout énoncé infalsifiable ne peut être scientifique, et que même
un corpus réputé scientifique, peut, provisoirement, comporter des énoncés
non-scientifiques, qui, une fois transformés, (quand ils ne sont pas rejetés),
peuvent rentrer dans le giron de leur science. Mais Popper n'a jamais accepté
que la psychanalyse puisse être reconnue comme falsifiable, donc comme une
science, étant donné :
- le caractère manifestement irréfutable (infalsifiable) de beaucoup de ses
énoncés, et, Adolf Grünbaum, lui-même, semble, à certains moments, le
reconnaître (mais aussi Eysenck, Borch-Jacobsen, et j'en passe...).
- l'argument des résistances opposé par les freudiens à toute contestation de
leur théorie. Pierre-Henri Castel, psychanalyste, écrit (in : http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG)
:
« Selon Freud, toute critique rationnelle de la psychanalyse, dans la mesure
où elle consiste, comme le reste de notre activité mentale, en représentations
chargées d'affect, est ultimement soumise aux lois de l'inconscient. Celles-ci
impliquent le refoulement hors du moi des idées désagréables qui contredisent
nos valeurs. Or, parmi ces idées, il y a cette vérité, révélée par la
psychanalyse, que nos motifs les plus nobles dissimulent parfois des motions de
désir amorales. Mais de ce point de vue, la critique prétendument désintéressée
de la psychanalyse sert (en réalité) à résister à sa désagréable vérité. Donc,
chaque fois qu'un critique de la psychanalyse s'exprime, celle-ci «doit
nécessairement susciter chez lui la même résistance qu'elle éveille chez le
malade, et il est facile à cette résistance de se déguiser en récusation
intellectuelle» (84, 45). Il suit qu'il est impossible de ne pas être d'accord
avec Freud sans être un névrosé, qui a besoin d'être soigné, pas d'être réfuté .»
Mais comme le souligne plus loin, Pierre-Henri Castel, être trop rapidement
d'accord avec la psychanalyse peut aussi être interprété comme une preuve de
résistance, il faut donc, selon Castel considérer les éléments suivants :
« De fait, s'il y a un progrès à escompter dans une psychanalyse, il passe
par une assimilation lente et problématique du sens qui s'y dévoile. »
Et :
« Aussi, ce qui est incontestablement une faiblesse épistémologique de la
construction de Freud, se corrige tout seul, si l'on aborde les choses sous un
autre point de vue: celui de l'attitude éthique particulière de quelqu'un qui
s'efforce de conquérir un savoir (peut-être scientifique) sur la part de
lui-même dont il ne veut rien savoir. Or, pour que cette contre-objection ne
soit pas qu'un sophisme aussi infalsifiable que la thèse qu'il vient soutenir,
il faut tenir compte du changement de perspective qu'il introduit, et qui
renforce un aspect de l'argument de Freud sur lequel ce dernier n'insisterait
alors pas assez: que l'assimilation de la vérité théorique de la psychanalyse
est coextensive à une expérience éthique d'appropriation subjective de la
vérité de ses propres désirs, parmi lesquels il faudrait ranger le désir de
savoir, et la curiosité intellectuelle en général. »
Mais, sur ce dernier point, on se rend compte, que, bien que Castel ne l'affirme
pas, c'est que seul le lieu de la cure serait supposé épistémiquement valide
pour confirmer subjectivement (!) les théories de la psychanalyse, puisque : «l'assimilation
de la vérité théorique de la psychanalyse est coextensive à une expérience éthique
d'appropriation subjective de la vérité de ses propres désirs». Si tel est
vraiment le cas, comment les psychanalystes peuvent-ils garantir que
l'acceptation, pendant la cure, des théories de la psychanalyse par le patient
ne se fait pas sous l'empire de la suggestion, et donc que le patient n'est pas
amené à lire ses propres affects toujours à la lumière de la théorie
psychanalytique, laquelle ne risque donc pas de ne pas trouver constamment des
confirmations, puisque, ainsi que nous l'avons vu précédemment, toute
contestation par le patient d'une confirmation de la théorie pendant la cure
peut être considérée par son thérapeute comme une résistance confirmant la
théorie psychanalytique. Je cite Adolf Grünbaum, dans son livre, «La
psychanalyse à l'épreuve», page 71 :
« (...)Nous avons vu plus
haut que les croyances théoriques plutôt que l'introspection directe sont ce
qui détermine les verdicts du sujet quant aux relations causales entre ses
propres états mentaux. De même, la reconstruction par interpolation et le
gauchissement des souvenirs par des croyances théoriques se combinent avec la
malléabilité de la mémoire sous l'effet de la suggestion pour produire des
pseudo-souvenirs d'événements qui ne se sont jamais produits, en particulier
quand ils sont distants dans le temps. En bref, le caractère rétrospectif du
test propre au cadre psychanalytique est incapable d'authentifier de manière
fiable ne serait-ce que l'existence de l'expérience d'enfance rétrodictée
(...), et encore moins son rôle pathogène. »
Il semble que «l'argument des résistances», comme le nomme Jacques Van Rillaer
dans son livre «les illusions de la psychanalyse», donne réponse à tout aux
psychanalystes qui peuvent toujours se reposer sur un réservoir inépuisable de «résistances»,
réelles (?) ou fabriquées (...), pour venir au secours de leur rhétorique
fallacieuse, laquelle pourrait être mise en péril par quelque patient
récalcitrant à se prosterner devant le totem de l'inconscient freudien. Quelles
sont les procédures de vérifications prétendument «scientifiques», opérées pour
passer de l'impression subjective qu'a le patient de ses propres affects, à la
validation objective de la théorie, qui, justement permet de les interpréter ?
Ne peut-on déceler, dans ce passage du subjectif à l'objectif, une procédure
typiquement inductive, où «le» cas subjectif serait pris pour généralité ? Nous
sommes convaincus, après ce qu'en disent Adolf Grünbaum (bien que défenseur,
contre Popper, de l'induction que ce dernier aurait «mal comprise») et bien
d'autres, que, dans l'immense majorité des cas, Freud a généralisé
inductivement, souvent à partir de son propre cas pour, prétendument valider
les théories de la
psychanalyse. Un bel exemple de ceci est la «découverte» soi-disant
scientifique du complexe d'Oedipe par Freud. Mais on peut supposer qu'en
réalité, il s'agit d'une authentique procédure hypothético-déductive de
contrôle où la théorie est mise à l'essai sur un patient, (lequel la «corrobore»
par sa guérison qui passe par son acceptation, mais aussi, éventuellement, par
son refus, témoin d'une résistance refoulée), puisque Popper soutient qu'il n'y
a pas d'induction dans le réel de nos tentatives d'accès à la connaissance
objective, mais toujours des procédures hypothético-déductives. Rappelons qu'il
n'y a pas d'induction pour Popper, en particulier parce qu'il ne peut jamais y
avoir d'observation pure des faits : il y a, logiquement, toujours un énoncé
universel au sens strict pour nous permettre d'appréhender sélectivement les
faits du «Monde 1» (celui des objets matériels), mais aussi du «Monde 2»,
(celui de nos représentations subjectives, de nos affects), et du «Monde 3» (de
la connaissance objective), comme, peut-être, la théorie freudienne. Mais, dans
le dernier cas que nous avons évoqué plus avant, s'agit-il vraiment d'un test
scientifique en conformité avec les exigences aussi draconiennes et fondées par
la logique que celles de Karl Popper ? Certainement pas ! Les tests
scientifiques «poppériens» exigent l'intersubjectivité, l'indépendance du test
(à toute suggestion du thérapeute, en l'occurrence), et dans le cas de la
psychanalyse, ainsi que l'a aussi souligné Adolf Grünbaum, que ces tests soient
extra-cliniques. Freud lui-même n'a-t-il pas explicitement honni la méthode
expérimentale dans une fameuse correspondance avec Rosenzweig : «la richesse
des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse
repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale» (Lettre
de Freud à Rosenzweig en 1934). Au sujet de l'attitude de Freud vis-à-vis du rationalisme
critique expérimental, le lecteur sera édifié par le réquisitoire accablant
dressé par Hans Jürgen Eysenck dans son livre «Déclin et chute de l'Empire
Freudien». Dans de telles conditions, comment, alors, Freud pouvait-il croire
avoir validé ses théories sinon en prenant ses fameux cas (quand ce n'était pas
le sien propre) pour des généralités ? Avait-on là une authentique procédure
scientifique ? Bien sûr que non ! En fin de compte, les conditions de la cure ne
permettent pas de tester, sur le divan, les théories de la psychanalyse de
manière scientifique, parce que le divan peut justement être le lieu de tous
les fantasmes du thérapeute et de son patient, et l'occasion aussi, de toutes
les manipulations affectives, notamment grâce au fameux «transfert positif» qui
irait du patient au thérapeute ! A propos de la prétendue valeur épistémique de
la situation «du divan» et des confirmations cliniques valides qu'elle
produirait en faveur des théories de la psychanalyse, voici un des multiples
arguments efficaces d'Adolf Grünbaum tiré de son livre «La psychanalyse à
l'épreuve», page 62 :
«(...)Les données cliniques fournies par les névrosés traités avec succès ne
proviennent pas de prédictions auto-réalisatrices. Ainsi, ces données sont
exonérées de l'accusation de perdre leur valeur de preuve. On peut en effet
objecter que même un patient sujet à de fréquents éclats émotionnels dirigés
contre son analyste lui obéira doctrinalement comme un élève, en dépit de tous les
efforts du médecin d'éviter toute communication explicite ou non de ses
attentes théoriques. Une telle contamination épistémique des diverses réponses
du patient se produiront qu'on le veuille ou non - ainsi va l'objection - parce
que le psychanalyste, inconsciemment mais non moins efficacement, laissera
transparaître ses propres attentes par une myriade de signes subtils; Et comme
l'analysant a recherché le recours d'un thérapeute explicitement freudien, il
souhaitera plaire à la figure d'autorité dont il dépend désormais tellement. La
déférence intellectuelle qui s'ensuit prépare l'autoréalisation des attentes
théoriques de l'analyste, et ainsi rend fallacieuses les multiples
confirmations cliniques invoquées.»
- l'attitude des freudiens et des psychanalystes en général vis-à-vis du rationalisme
critique, de la discussion critique, et de l'adoption massive de stratagèmes
d'immunisation pour préserver leur théories d'une possible falsification.
Citons, à ce sujet, un exemple traité par Adolf Grünbaum dans «La psychanalyse
à l'épreuve» :
Page 127 : «(...)Du même
coup, si la cure psychanalytique n'est pas d'emblée condamnée à l'échec dans le
cas des névroses en raison de l'excès des impulsions pathogènes, il est
inadmissible d'éviter par un argument ad hoc la réfutation qui se fonde sur la
production inaltérée des rêves même après que les désirs infantiles refoulés
sont devenus conscients.»
Certes, sur le problème de la falsification, Grünbaum a raison de demander
pourquoi, si les théories sont prétendument infalsifiables, les freudiens
auraient eu besoin de recourir à des stratagèmes d'immunisation. Mais pour
Popper, c'est aussi l'attitude des scientifiques qui est déterminante dans la
possibilité ou non de soumettre une théorie à des tests, et de la rendre plus
ou moins (ou pas du tout) falsifiable. Dans «La logique de la découverte
scientifique», Popper soutient que la Science comporte certaines règles, comme
les règles d'un jeu, et les scientifiques qui travaillent provisoirement avec
des théories infalsifiables, ou des stratagèmes d'immunisation, peuvent donc
être considérés comme «hors-jeu».
Après avoir lu le livre de Hans Jürgen Eysenck : «Déclin et chute de l'empire
freudien», et notamment la manière dont les psychanalystes ont pu tester
certaines de leurs théories, je suis convaincu que c'est Popper qui a raison :
les fautes méthodologiques des freudiens concernant les tests effectués sont
trop grandes pour estimer que leurs théories ont été convenablement testées et
même qu'elles étaient, à la base, testables !
Pour revenir à Grünbaum, nous citerons in extenso, un passage tiré de son livre
: «La psychanalyse à l'épreuve», pages 15, 16, et 17, dans lequel, l'auteur
nous semble se fourvoyer (mais les autres arguments développés dans le livre,
contre la psychanalyse, demeurent, hélas pour elle, cruellement accablants) :
« Dans un ouvrage consacré à la philosophie de Popper, ce dernier soutient - une fois encore - que la psychanalyse est une métaphysique psychologique empiriquement non-testable, qui n' «exclut pas de comportement humain physiquement possible». De cette allégation d'irréfutabilité empirique, il tire immédiatement l'inférence fallacieuse selon laquelle la psychanalyse peut, en principe, expliquer tout comportement réel. Ainsi, juste après avoir dit que les théories de Freud et d'Adler n'excluent pas de comportement humain possible, Popper nous dit que «quoi que ce soit que quelqu'un puisse faire, cela est, en principe, explicable en termes freudiens ou adlériens. »
Mais si une théorie, en conjonction avec des conditions initiales
particulières, n'exclut aucun comportement, comment peut-elle expliquer
déductivement un comportement particulier quel qu'il soit ? Car l'explication
déductive revient à exclure : comme l'a souligné Spinoza, affirmer (dériver) p
revient à nier tout proposition incompatible avec p. On notera qu'en théorie
psychanalytique comme dans la physique de Newton, par exemple, les énoncés à
forme de loi ou autres énoncés généraux ne peuvent expliquer de comportement
particulier sans des conditions initiales : sans des spécifications convenables
concernant la vélocité initiale, les lois du mouvement et de la gravitation de
Newton ne donnent pas une orbite elliptique de la terre sous l'action
gravitationnelle du soleil. Par conséquent, si aucun comportement potentiel ne
pouvait réfuter la psychanalyse dans des conditions initiales données I, cette
théorie ne pourrait, en conjonction avec I, expliquer aucun comportement réel
de manière déductive. A fortiori, si cette théorie T était irréfutable, elle ne
pourrait expliquer tous les comportements, comme le soutient Popper. En outre,
si la conjonction T
et I ne permet pas d'expliquer déductivement un certain comportement b
particulier, I et b ne peuvent confirmer (soutenir) T hypothético-déductivement.
Donc, si la psychanalyse était irréfutable, comment pourrait-elle expliquer un
comportement réel quelconque - sans parler de tous les comportements
physiquement possibles - de manière à en tirer une confirmation inductive,
comme le soutient Popper ? Bien au contraire, la prétendue irréfutabilité
interdirait une telle confirmabilité hypothético-déductive.
Mais le défaut majeur de la psychanalyse, souligné justement par Popper, et
remarqué plus tard par...Jacques Lacan (!), c'est que la psychanalyse explique
trop ! Popper dit qu'une théorie qui explique tout, n'explique plus rien du
tout, jetant ainsi un doute justifié sur ses prétentions explicatives, et sur
ses soit-disantes «explications». En rapport avec l'irréfutabilité comprise
comme certitude (puisqu'une théorie irréfutable est logiquement certaine), on
peut citer Popper dans «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la
connaissance» aux éditions Hermann, page 10 : «dans la mesure où les
propositions de la science se rapportent à la réalité, elles ne sont pas
certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas
à la réalité !». Par cette citation, on se rend bien compte que Popper
considérait que dans la mesure où une théorie (ou une doctrine quelconque)
revendique un pouvoir explicatif illimité, elle n'a en fait, aucun pouvoir
explicatif. On retrouve, dans la même veine, cet argument dans un autre livre
de Popper intitulé, «L'Univers irrésolu plaidoyer pour l'indéterminisme», aux
éditions Hermann, où il écrit, page 24, que : «(...)Et, s'il est vrai qu'en
science je préfère les théories les plus fortes aux plus faibles, c'est parce
qu'elles se laissent plus aisément argumenter, c'est-à-dire critiquer. Toujours
est-il que celui qui propose la théorie la plus forte accepte par là même la
charge de la preuve. Il
doit alléguer des arguments pour appuyer sa théorie - en montrant, pour
l'essentiel, son pouvoir explicatif. Mais de déterminisme, «scientifique» ou
non, n'appartient nullement à la science, et n'a aucun pouvoir explicatif ».
Ce que Popper a très clairement souligné dans sa Logique de la Découverte Scientifique, c'est qu'une authentique théorie scientifique ne peut avoir de valeur informative et explicative que sur ce qu'elle proscrit ou interdit, donc sur ce qu'elle revient à exclure comme le souligne justement Grünbaum en se fondant sur Spinoza...! Une théorie scientifique ne peut nous renseigner que sur les interdictions qu'elle corrobore, sur les énoncés permis elle ne nous dit rien (Popper). Je cite «La Logique de la Découverte Scientifique», page 67 : « (...)l'on voit que les lois naturelles pourraient être comparées à des «proscriptions» ou à des «prohibitions». Elles n'affirment pas que quelque chose existe ou se produit, elles le dénient. Elles mettent l'accent sur la non-existence de certaines choses ou de certains états de chose : elles les excluent. Si nous reconnaissons pour vrai un énoncé singulier qui enfreint en quelque sorte la prohibition en affirmant l'existence d'une chose (ou l'occurrence d'un événement) exclue par la loi, la loi est réfutée .»
Les théories scientifiques sont donc des interdictions, ou, comme le dit Popper, des énoncés sous la forme «il n'y a pas...telle chose X», parce que les énoncés existentiels au sens strict formulés sous la forme «Il y a...telle chose X», étant donné leur irréfutabilité, ne nous renseignent sur rien puisqu'il est impossible de saisir leurs contenus empiriques, parce que ce type d'énoncé « (...) n'est pas limité quant à l'espace et au temps. Ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle particulière limitée. C'est la raison pour laquelle les énoncés existentiels au sens strict ne peuvent être falsifiés. Nous ne pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Et c'est exactement pour la même raison que les énoncés universels ne sont pas vérifiables. Nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi.» (Popper, page 68).
Les énoncés existentiels
au sens strict, ne sont donc pas explicatifs, ils n'ont strictement aucune
valeur explicative. Une théorie irréfutable n'exclut aucun comportement
possible et n'a donc pas de base empirique, il est donc aussi impossible de
cerner son contenu empirique dans des limites qui soient testables puisqu'elle
fournit des prétentions (pseudo) explicatives illimitées. Certes, constatait
Popper, les freudiens ou les adlériens prétendaient fournir d'authentiques explications
scientifiques, mais ce que voulait nous dire Popper, c'est que ces
explications-là ne pouvaient être que des pseudo-explications et surtout
qu'elles n'étaient pas scientifiques. Donc Grünbaum a raison de dire, en se
fondant sur Spinoza, qu'une théorie qui fournit de véritables explications
exclut logiquement certains comportements (c'est, en fin de compte, très
exactement ce qu'a toujours affirmé et démontré Popper dans son œuvre !), mais
il se trompe sur ce que voulait dire Popper. Ce dernier pensait que les
explications de la psychanalyse étaient de pseudo-explications qui ne pouvaient
être tenues pour scientifiques, notamment à cause de l'attitude de leurs
défenseurs qui, par leurs arguments n'excluant pas les explications
potentiellement contradictoires, rendaient leur nombre logiquement illimité,
faisant ainsi de la psychanalyse un corpus irréfutable. En somme, Popper ne
croyait absolument pas dans les arguments freudiens ou adlériens où s'accommodaient
les explications incompatibles ou contradictoires, ou encore les arguments
contradictoires au sein d'une même explication, pour soutenir leur théorie. Il
ne croyait pas dans ces explications-là, tout comme il ne croyait évidement pas
dans les pseudo-prédictions du genre : «demain ou bien il pleuvra, ou bien il
ne pleuvra pas», c'est-à-dire le genre de prédictions manifestement
irréfutables.
Par ailleurs, bien que Grünbaum, esquisse, dans ce texte, le problème des
conditions initiales, il ne le développe pas comme il le faudrait. Car la
psychanalyse a revendiqué, depuis ses débuts, un déterminisme psychique prima
faciae et absolu, ce qui l'enjoindrait à justifier des conditions initiales de
testabilité en conformité avec ses revendications déterministes dans
l'éventualité d'une corroboration expérimentale aux qualités intransigeantes
telles que les conçoit Popper pour la Science. Nous avons tenté d'apporter des
arguments démontrant que la revendication d'un tel déterminisme confortait
l'irréfutabilité de la théorie de l'inconscient, à la base de tout dans la
psychanalyse (car le mécanisme du refoulement, est considéré par Freud comme un
mécanisme essentiellement inconscient), en nous basant sur la démolition que
fait Popper du déterminisme absolu dans son livre «L'univers irrésolu,
plaidoyer pour l'indéterminisme». Le lecteur au fait de l'oeuvre de Grünbaum
remarquera que ce dernier élude cette question pourtant essentielle dans
l'épistémologie de Popper, en relation avec la psychanalyse, bien qu'il se soit
intéressé à la problématique du déterminisme dans quelques unes de ses
nombreuses publications.
Publié par vdrpatrice à 11:23:40 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
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