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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Bibliographie anti-freudienne conseillée. (Modifié le 7 août 2008). | 17 septembre 2006

* Adolf Grünbaum, "La psychanalyse à l'épreuve", L'Eclat, Paris, 1993.
* Adolf Grünbaum, "Les fondements de la psychanalyse", Presses Universitaires de France, Paris, 1984. Ce livre est, en grande partie, à l'origine du déclin de la psychanalyse aux Etats-Unis.
* Allen Esterson, "Seductive Mirage : An Exploration of the Work of Sigmund Freud", Chicago et La Salle, III., Open Court, 1993.
* André Haynal et Paul Roazen : "Dans les secrets de la psychanalyse et de son histoire", PUF, 2005, ISBN 2130553001
* Anonyma, "Séductions sur le divan ou le malentendu amoureux", Paris, éditions de la Découverte, 1989.
* Catherine Meyer dir. "Le Livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud", collectif (dir. ), les Arènes, 2005 (coll. Documents). ISBN 2912485886
* "Constructivisme et psychanalyse. Débat entre Mikkel Borch-Jacobsen et Georges Fischman". Animé par Bernard Granger. Le Cavalier Bleu, Paris, 2005.
* Dominique Frischer, "Les analysés parlent".
* François Roustang, "Un destin si funeste" , Editions de Minuit, 1977 , ISBN 2707301426
* Frank Cioffi, "Freud and the question of pseudo-science", Open Court.
* Frank J. Sulloway, "Freud biologiste de l'esprit", Fayard, 1979. Un livre monumental qui nous démontre comment Freud était un crypto-biologiste de l'esprit, masquant ses inspirations biologistes obsolètes fondatrices de ses théories du psychismes. Sulloway s'emploie également à mettre à jour nombre de légendes freudiennes.
* Gilles Deleuze, Félix Guattari, "L'anti-Oedipe", Minuit, 1972.
* Hans Jûrgen Eysenck, "Déclin et chute de l'Empire Freudien", De Guibert, Paris, 1985.
* Henri F. Ellenberger, "The discovery ot the Unconscious : The History and Evolution of Dynamic Psychiatry", New York : Basic Books. "Histoire de la découverte de l'inconscient", Paris, Fayard, 1994. Livre précurseur de la critique de la psychanalyse. Une érudition encore inégalée.
* Herbert Marcuse, "Eros et civilisation", Editions de Minuit, 1963, ISBN 2707301582
* Jacques Bénesteau, "Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire", Sprimont, Pierre Mardaga Editeur, 2002 (coll. Psychologie et sciences humaines ). (extrait). ISBN 2870098146. Ce livre reçoit, dès sa sortie, le Prix de l'Histoire de la Médecine, à l'unanimité du jury de la SFHM. Il est ensuite accusé, à tort, de contenir des propos négationnistes et relevant d'un "antisémitisme masqué", par Madame Elisabeth Roudinesco.
* Jacques Bouveresse, "Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud", L'Eclat, Paris, 1991. Une analyse épistémologique des plus rigoureuses sur quelques uns des principaux thèmes de la psychanalyse, comme l'inconscient, le déterminisme psychique, les raisons et les causes.
* Jacques Van Rillaer, "Les illusions de la psychanalyse", Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980. Un livre précurseur également, écrit par un ancien psychanalyste, et qui fut primé à sa sortie.
* Joëlle Augeron, "Mon analyste et moi", Paris, Lieu commun, 1989.
* J. Allan Hobson. "Le cerveau rêvant", Paris, Gallimard, 1988. Titre original : "the dreaming brain". Ecrit par un expert en neurobiologie du cerveau, ce livre démonte totalement la théorie des rêves de Freud, pilier de la psychanalyse.
* Karl Popper, "Le réalisme et la science", Chapitre 1 : "L'induction", Section 18 : "Un exemple de vérificationnisme", Hermann, Paris, 1990, pages 181 à 191. Dans cette section, Popper, critique la méthode de Freud, pour lui foncièrement non scientifique parce que reposant sur l'induction.
* Karl R. Popper, "Conjectures et réfutations", Paris, Payot, 1985. Chapitre 1 : "La science : conjectures et réfutations", pages 59 à 67. Dans cette partie, Karl Popper s'intéresse au problème suivant : "quand doit-on conférer à une théorie un statut scientifique ?"
* Karl R. Popper, "La logique de la Découverte scientifique", Payot, Paris, 1979. Pour comprendre la critique célèbre de Popper de la psychanalyse reposant sur la non-falsifiabilité du corpus freudien. Et pour avoir à l'esprit en quoi consiste le fameux critère logique de démarcation de Popper entre énoncés métaphysiques et énoncés scientifiques, et saisir en quoi consiste la logique d'élaboration des théories scientifiques à partir de tests intersubjectivement contrôlés.
* Karl R. Popper, "L'univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme", Hermann, Paris, 1984. Ouvrage qui permet d'aborder la critique du déterminisme psychique absolu de Freud.
* Malcom Macmillian, "Freud evaluated - the completed ARC".
* Maria Pierrakos, "La tapeuse de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée. Réflexions d'une psychanalyste navrée", L'Harmattan, Paris, 2003. Jacques Lacan révélé par...une psychanalyste qui ne mâche pas ses mots.
* Marie-Jeanne Marti, "Les marchands d'illusions. Dérives, abus, incompétences de la nébuleuse "Psy" française", Roman, Sprimont, Mardaga, 2006. (L'auteur est journaliste et a aussi écrit "100 fiches pour mieux se connaître et développer ses talents" Éd Démos 2006, ISBN 2915647135). Un livre au contenu sulfureux et instructif...
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2002. L'une de mes toutes premières lectures anti-freudiennes. Très instructif.
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Le Sujet Freudien", Aubier Flammarion, Paris, 1982.
* Mikkel Borch-Jacobsen, Sonu Shamdasani, "Le dossier Freud : Enquête sur l'histoire de la psychanalyse", Empêcheurs de Penser en Rond, 2006, ISBN 2846711321. Je le considère comme l'un des meilleurs de cette liste. A lire absolument.
* Mikkel Borch-Jacobsen, "Souvenirs, d'Anna O. Une mystification centenaire", Aubier, 1995.
* Patrick J. Mahony : "Freud l'écrivain" , éd Belle Lettres, 1982, ISBN 2251334467
* Patrick Mahony, "Dora s'en va, violence dans la psychanalyse", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2001. Dans ce livre, pourtant écrit par un psychanalyste de renommée internationale, on découvre, de l'aveu même de l'auteur, comment une jeune fille a été traumatisée deux fois : par son agresseur, puis par Sigmund Freud.
* Paul Ricoeur, "De l'interprétation", Ed.: Seuil poche, 1995, ISBN 2020236796
* Paul Roazen, "Mes rencontres avec la famille de Freud" Ed: Seuil, 1998, ISBN 2020183978
* Paul Roazen, "Freud and his followers", New York, Da Capo Press, 2° ed., 1990.
* Paul Roazen, "La Saga freudienne", Paris, Presses Universitaires de France, 1986.
* Pierre Debray-Ritzen, "La psychanalyse, cette imposture", A.Michel, 1991, ISBN 2-226-05236-4. C'est avec ce livre, que Pierre Debray-Ritzen a sans doute le premier ouvert la voie aux critiques les plus sévères de la psychanalyse.
* Pierre Debray-Ritzen, "La Scolastique freudienne", Fayard, Paris, 1972
* Pierre Janet, "La psychanalyse de Freud" : 1913", Editions L'Harmattan, 2004, ISBN 2747575322
* Rauda Jamis, "Ce qui me gêne avec les psys", Paris, JC Lattès, 2003.
* Renée Bouveresse, "Les critiques de la psychanalyse", Que sais-je n°2620, Presses Universitaires de France, Paris, 1991. Un ouvrage vraiment remarquable de clarté, d'objectivité et concision. Mais on n'est pas surpris..
* René Pommier, "Sigmund est fou et Freud a tout faux", Editions de Fallois, Paris, 2008. Le Professeur Pommier, qui reçut le Prix de la Critique de l'Académie française pour Assez Décodé ! ainsi que le Prix Alfred Verdaguer pour l'ensemble de son oeuvre, nous a écrit une critique à la fois pédagogique, drôle, documentée et dévastatrice de la méthode d'investigation des rêves de Freud, et de leur interprétation.
* Richard Pollak, "Bruno Bettelheim ou la fabrication d'un mythe", Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2003. Un récit accablant sur l'un des plus emblématiques charlatans de la psychanalyse.
* Roger Gentis, "Leçons du corps", Ed.: Champs Flammarion, 1999, ISBN 2080811142
* Sherry Turkle, "La France freudienne", Fayard, 1981. Dans ce livre, l'auteur a essayé de comprendre pourquoi, selon son expression, "toute la France est passée à la psychanalyse", après mai 68.
* Sibylle Lacan, "Un père, puzzle", Paris, Gallimard, 1994.
* Sylvie Lanzenberg, "J'accuse la dérive de la psychanalyse", Éditions du Cygne, Paris, 2005
* Tobie Nathan (sous la dir. de), "La guerre des psys", Empêcheurs de penser en rond

Publié par vdrpatrice à 11:27:58 dans Anti-Freud Anti-PsyK | Commentaires (0) |

Déterminismes, interdéterminisme, et justification de la théorie de l'inconscient de Freud. | 17 septembre 2006

Précision importante :

Le lecteur de cet article, devra, selon nous, invariablement se reporter au livre du Professeur Jacques Bouveresse, intitulé : "Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud (Edition : l'Eclat. Collection : tiré à part. Paris, mars 1991).
En effet, on y retrouve l'essentiel de nos arguments de manière beaucoup plus détaillée et développée.
Par contre, il n'y est fait aucun rapprochement, entre la psychanalyse et l'apriorisme kantien, comme nous avons essayé de le faire.
Les chapitres les plus en rapport avec nos arguments sont : Le chapitre 4 : "les raisons et les causes" ; le chapitre 5 : "la mécanique de l'esprit" (dans ce chapitre la question du déterminisme psychique et ses conséquences épistémologiques y sont particulièrement bien développées) ; le chapitre 6 : "le principe de raison suffisante et le droit au non-sens".


"Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n'est pas parce qu'elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s'appuie ou parce qu'elle crée de toutes pièces la réalité qu'elle prétend décrire. C'est parce qu'elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l'artifice." (Mikkel Borch-Jacobsen. In : "Folies à plusieurs. de l'hystérie à la dépression." Edition: Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002).


"La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l'heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience." (Sigmund FREUD, in : "Psychopathologie de la vie quotidienne." Chapitre 12: "Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue". Édition: Payot. Paris, 1980. Page: 257.)




Le déterminisme à priori (1) et absolu n'est que le masque d'une difficulté logique fondamentale que Freud a su frauduleusement éviter : celle de la régression à l'infini pour la justification du même déterminisme et par conséquent de la théorie de l'inconscient. Pourquoi ?

1°) Parce que le type d'inconscient que revendique Freud, (non vérifiable positivement ET non testable selon la méthode hypothético-déductive développée par Popper), ayant pour "mission" de fonder toute psychanalyse ultérieure, ne peut qu'avoir le statut logique d'une vérité révélée, imposée dogmatiquement (quoique présentée par Freud comme une "hypothèse"), s'il veut pouvoir jouer son rôle dans le "programme de recherche" freudien. Précisons, avant d'aller plus loin, que par l'usage d'expressions comme "programme de recherche", "heuristique négative", "heuristique positive" , "noyau dur", que nous emprunterons au philosophe des sciences Imre Lakatos, nous ne reconnaissons nullement un quelconque passé scientifique à la psychanalyse. Cette terminologie nous est utile parce qu'elle permet de faire correspondre la psychanalyse à l'une de ses plus fameuses prétentions, la scientificité, et parce qu'elle constitue une grille de lecture intuitivement efficace (quoique n'apportant rien de plus, selon nous, à une grille de lecture "poppérienne") pour tenter de mettre à l'épreuve ses propres fondements théoriques. L'inconscient serait donc bien, "le noyau dur" du programme freudien, et le déterminisme de Freud son "heuristique négative" c'est-à-dire la règle méthodologique fondamentale permettant de détourner de l'inconscient les mises à l'épreuve expérimentales (le "modus tollens"). Quant à "l'heuristique positive" du programme freudien elle serait constituée par des hypothèses auxiliaires "formant un glacis protecteur" autour du noyau (l'inconscient) contre lesquelles devrait être orienté le choc des mises à l'épreuve expérimentales. L'heuristique positive est donc constituée par la théorie des névroses, la théorie des rêves, des pulsions, du refoulement, etc. C'est cette heuristique qui est déterminante pour la réussite du programme si et seulement si les hypothèses qui la constituent résistent, dans le temps, aux mises à l'épreuve expérimentales (extra cliniques, empiriques et indépendantes) en prédisant toujours plus de faits nouveaux et en triomphant à chaque fois des éléments nouveaux et contradictoires, des "anomalies", qui peuvent les réfuter empiriquement. Mais l'insuffisance d'un tel programme n'a pas cessé d'être démontrée au cours de son histoire, puisque même si le programme de recherche de Freud est "unifié" et "présente les grandes lignes du type de théories auxiliaires qu'il va utiliser pour absorber les anomalies, il invente, à tout coup, les véritables théories auxiliaires en réponse aux faits et sans, en même temps en prédire de nouveaux." (Imre Lakatos). C'est, notamment, cette dernière raison qui rend le programme de recherche de Freud et les hypothèses qui le composent, irréfutable , donc sans aucune valeur scientifique et empirique.

(Le lecteur au fait de ces questions épistémologiques et tout particulièrement de l'oeuvre d' Imre Lakatos aura reconnu la terminologie de ce dernier employée ici, a dessein : celui de démontrer que même l'adversaire le plus virulent de Popper en matière d'épistémologie parvient aux mêmes conclusions que lui au sujet de la psychanalyse. Précisons que nous considérons que Lakatos a échoué dans sa tentative d'élimination du critère de démarcation de Popper, et que même si sa terminologie est convaincante et dénote bien intuitivement en quoi peut constituer le progrès des connaissances scientifiques, elle n'apporte aucune connaissance épistémologique réellement novatrice par rapport au système de Popper qu'elle croît pourtant réfuter parce qu'elle donnerait davantage d'explications rationnelles sur le progrès scientifique que ne l'aurait jamais fait Popper. En effet, il faut rappeler que cette notion de "programme de recherche" fut empruntée à Popper, lequel l'utilisa dans son tout premier livre. Ce que Lakatos nomme "heuristique positive", ne peut se passer dans son mouvement d'expériences cruciales, fussent-elles "mineures". C'est-à-dire que les hypothèses scientifiques constituant cette heuristique (mouvement progressif vers la découverte et la corroboration possible de faits inédits) doivent pouvoir être réfutables. Comme on ne peut concevoir qu'une telle heuristique se développerait sans le moindre recours à l'expérience empirique intersubjective, la réfutabilité est donc particulièrement requise pour tout programme de recherche, fut-il "lakatosien" (comme le démontre Elie Zahar, disciple de Lakatos, ce dernier ne peut éviter la réfutabilité dans sa méthodologie des programmes de recherche). Voilà pourquoi, Lakatos, a échoué dans son projet de supplanter l'épistémologie poppérienne en prétendant se passer du fameux critère de démarcation, selon lequel une théorie n'est scientifique que si on peut la soumettre à un test visant à la réfuter. Disons encore, que selon nous, en présentant Popper tantôt comme un "falsificationniste naïf", tantôt comme un "falsificationniste sophistiqué", pour essayer de le supplanter, Lakatos se livre à une véritable désinformation de son oeuvre par l'utilisation d'un amalgame entre la prétendue évolution de la théorie du progrès scientifique de Popper vers plus de sophistication, et la chronologie des explications dans son oeuvre, d'une part, et, d'autre part, entre le fait que Popper ait produit un modèle épistémologique "a-historique" et la volonté de fonder un critère de démarcation objectif alors même qu'il reconnu dès le début que si aucun travail scientifique dans l'histoire ne corroborait son modèle il serait prêt à l'abandonner. Par conséquent, et à l'instar de Paul Fayarebend, nous considérerons que l'oeuvre de Lakatos n'est constituée que "d'ornements verbaux" certes bien pratiques, en l'occurrence, pour mettre en exergue la supercherie freudienne. ) Pour une compréhension plus complète de ces problèmes et de cette terminologie, le lecteur devra se reporter au livre de Lakatos : "Histoire et méthodologie des sciences." P.U.F.

2°) L'on s'aperçoit que ce type d'inconscient, s'il ne peut être mis à l'épreuve empirique d'aucune façon qui satisfasse la véritable méthode scientifique, nécessite pourtant, et c'est le minimum, ne serait-ce qu'une justification théorique qui joue le rôle de fondement de base. Nous sommes là en présence du "masque" d'une difficulté logique du programme freudien : le déterminisme mental prima faciae. "Prima faciae" , puisqu'il n'y a pas d'autre solution pour Freud que d'imposer dogmatiquement son inconscient comme une loi de la Nature qui serait valide à priori (dans un sens kantien), et par suite d'affirmer qu'il détermine tout dans la vie psychique des individus ou qu'il la "prescrit" . En effet, selon l'apriorisme de Kant en matière de théorie de la connaissance dont Freud semble s'être inspiré, "l'entendement ne puise pas ses lois...dans la Nature mais les lui prescrit" (Kant). C'est-à-dire qu'à l'instar de Kant qui croyait que les lois de la Nature étaient valides à priori en observant les sciences de son temps comme la physique Newtonienne, Freud a imaginé que les "Lois" de l'inconscient pouvaient elles aussi être valides à priori (en faisant de lui le "scientifique héroïque", le "Galilée" de son temps en matière de psychologie) puisque, selon Kant "il y a beaucoup de lois de la Nature que nous ne pouvons connaître que grâce à l'expérience, mais la conformité à des lois dans la liaison des phénomènes,...en général, nous ne pouvons la connaître par aucune expérience, parce que l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité . La possibilité de l'expérience en général est donc, en même temps, la loi universelle de la nature et les principes de la première sont les lois mêmes de la seconde" . Ceci pourrait amplement justifier, selon les psychanalystes, les "confirmations" par observation ou expérience directe des phénomènes (grâce à quelques énoncés singuliers portant sur la réalité), de la loi de l'inconscient, selon toute circularité, car comme le souligne Kant ci-dessus "...l'expérience même a besoin de ces lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité." Mais, selon Popper, "la déduction transcendantale, la tentative pour prouver qu'il y a des régularités au sens des lois de la nature valides de manière strictement universelle, n'est pas concluante. La thèse selon laquelle l'expérience est possible en toutes circonstances - autrement dit : selon laquelle le monde doit pouvoir être connu en toutes circonstances - est impossible à prouver. Elle n'est pas seulement impossible à prouver, mais encore absolument irréfutable. Car la thèse selon laquelle l'expérience est possible ne peut jamais être falsifiée empiriquement, l'impossibilité de connaître le monde ne pouvant jamais être connue. Aussi longtemps qu'il y a de l'expérience et qu'il y a de la connaissance de la réalité, le monde doit être connaissable. Mais cette thèse - aussi impossible à prouver qu'à réfuter - de la connaissabilité du monde donne lieu, elle aussi, à une antinomie indécidable."

3°) Puisque la psychanalyse n'existe pas sans une théorie irréfutable de l' inconscient, le déterminisme qui la fonde doit lui aussi être absolu, en plus d'être "à priori" (prima faciae), pour éviter le fameux piège d'une justification de la théorie de l'inconscient entraînant une régression à l'infini, c'est-à-dire la recherche, avec preuves (empiriques) à l'appui, d'un autre principe en amont du déterminisme pour le justifier, puis d'un autre encore pour justifier le précédent, et ainsi de suite (2) ... Précisons que "normalement", une science vise à établir par "conjectures et réfutations", des théories de mieux en mieux déterminées, mais jamais parfaitement déterminées. En effet, rappelons que si une théorie veut avoir une portée générale elle doit avoir la forme d'un énoncé universel au sens strict (et pas seulement au sens numérique). Mais en tant que telle, elle ne peut être définitivement vérifiée ou "valide à priori" (Kant), ou posséder en elle-même assez de contenu pour déterminer parfaitement le futur, et demeure ainsi toujours ouverte à la possibilité d'une réfutation. Si une science comme la génétique peut revendiquer une certaine forme de déterminisme, c'est qu'elle suppose corroborer avec le temps et au fil de ses connaissances les mieux testées, que l'être humain est déterminé par ses gènes. Cela ne signifie pas pour autant que la génétique a le pouvoir effectif d'affirmer que nous sommes absolument et entièrement déterminés par des processus génétiques avant toute preuve scientifique, cela signifie que ce déterminisme "à posteriori" ne peut que constituer qu'une idée directrice pour la recherche. Certes, on peut supposer qu'il y a également une forme de déterminisme "à priori" dans la génétique, ou dans toute science empirique, mais il s'agit là d'une illusion qui ne doit pas se confondre avec les engagements ontologiques nécessaires à tout programme de recherche scientifique, lesquels (ces engagements) ne ressemblent en rien à quoi que ce soit d'absolu et d'irréfutable comme le déterminisme ou l'inconscient freudien ("donc, demander à des scientifiques de préciser leurs engagements ontologiques, c'est leur demander, ce qui pour eux est entendu comme réel dans leur objet de recherche, indépendamment de toute activité théorique. L'engagement ontologique semble demander aux savants d'expliquer et de formuler leurs choix sur ces objets de recherche considérés comme purs et réels. (...) La question ontologique, pour l'épistémologie, c'est d'abord celle de la réalité des entités théoriques dont parle la science ; cette question a pris une forme critique aiguë avec la mécanique quantique ; c'est en effet la physique moderne qui a relancé la question de savoir ce que le savant entend par réalité ; autrement dit, la question ontologique, pour la science, c'est d'abord la question du référent du discours scientifique : demander ce qui est, c'est demander ce qui est réel ; et demander ce qui est réel, c'est demander de quoi on parle dans la science". in : Encyclopediae Universalis.). Ce qui ressemble à une forme d'apriorisme dans les engagements ontologiques de tout programme de recherche scientifique est donc inoffensif pour la recherche elle-même, et nécessaire pour attirer les hommes de science vers la corroboration de nouvelles théories. Freud a sans doute contribué à alimenter une confusion entre les deux formes de déterminisme, voire à galvauder la notion d'ontologie. Le déterminisme "à priori" et absolu, est une doctrine qui s'enracine dans l'apriorisme kantien, repris par Freud, et dépassé par la théorie de la connaissance de Karl Popper.

4°) L'indéterminisme est autant nécessaire à la recherche scientifique que le déterminisme à posteriori : sans la croyance en cette forme de déterminisme aucune science ne démarrerait, et il n'y aurait aucune science véritable sans également la croyance en l'indéterminisme à priori, lequel permet le doute, le hasard, les événements imprévus, les falsifications, et par conséquent lequel permet la science elle-même. ("Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister." Paul Valéry, in : Cahiers 1, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1973). Par exemple, par quelle espèce de super théorie une mesure scientifique pourrait-elle être parfaitement déterminée ? Réponse : aucune, puisque les mesures scientifiques sont effectuées à partir de théories scientifiques qui ont permis la fabrication d'outils de mesures, et ces théories comme toutes les théories scientifiques, ont une valeur scientifique si et seulement si elles demeurent en principe réfutables c'est-à-dire imparfaitement déterminées. N'y a-t-il donc pas de place pour l'imprécision possible dans le calcul d'un poids atomique, ou pour la prédiction du cours de la Bourse de Paris d'ici 10 ans ? Je crois, que d'un point de vue philosophique ou même épistémologique, il est tout aussi impossible d'invalider le déterminisme à posteriori que l'indéterminisme à priori. Leur « élimination » ne pouvant relever que d'un choix dogmatique voire...idéologique ! Par contre il me semble tout à fait possible d'invalider le déterminisme à priori, comme le déterminisme mental de la psychanalyse qui est bien à priori bien plutôt que d'être à posteriori, ce point là est essentiel, en lui demandant des preuves (qu'il ne peut pas fournir) conformes à ses prétentions : des prédictions parfaitement réussies en ayant donné A L'AVANCE et avec une absolue exactitude (par exemple en excluant tout hasard) « la mesure exacte de la réussite annoncée ». Par exemple, avec quel degré de précision stipulé à l'avance, les psychanalystes peuvent-ils prédire quel sera le prochain de mes actes manqués ou de mes lapsus ? Peuvent-ils prédire de quoi sera formé le contenu de mon prochain rêve après avoir "analysé" mon inconscient ? Les psychanalystes n'ont évidemment jamais réussi de telles prédictions malgré le caractère absolu du déterminisme auquel ces objets seraient censés être soumis ! (...et, à ma connaissance, ils ne les ont, comme on s'en doute, jamais tentées dans des conditions expérimentales dignes de ce nom). Ce qui est en soi un paradoxe qui devrait éveiller des soupçons quant à la prétendue valeur prédictive, "scientifique", des théories psychanalytiques . Il est facile d'interpréter, dans l'après-coup, un acte manqué, un lapsus, un rêve, les pensées d'un psychopathe et leur évolution vers un crime monstrueux, mais il est frauduleux d'affirmer que cela confirme le prétendu pouvoir de prédiction des théories qui permettent de faire ces rétrodictions interprétatives... L'impossibilité de leur prédiction selon le degré de précision nécessairement induit par la revendication déterministe spécifique de la psychanalyse, démontre que l'étiologie de pathologies mentales graves ou même d'un "simple" rêve, ne peut relever d'aucun déterminisme absolu, ce qui a logiquement contraint les psychanalystes à inventer une parade pour sauver l'édifice, laquelle consiste à donner, notamment, des interprétations ambivalentes leur permettant de sauver à la fois le postulat du déterminisme mental absolu et leur théorie de l'inconscient. Mais tout cela n'est que rhétorique frauduleuse qui repose sur la croyance suivante : "le fait que, nous les psychanalystes, ayons réponse à tout avec notre théorie de l'inconscient et du refoulement inconscient, et le fait que nous puissions expliquer la chose et son contraire, dans le moindre détail, en absorbant ainsi toutes les contradictions, prouve la valeur empirique et scientifique de notre théorie !"(ce qui, bien sûr, est totalement faux, car cette croyance repose, comme le démontra Popper, sur une conception erronée de la science en général et de la méthode scientifique en particulier).
On objectera que des changements « psychiques » obtenus à la suite d'une analyse ne se mesurent pas au double décimètre. Une provocation de ma part pourrait être alors la suivante : si ils ne se mesurent pas au double décimètre, il ne reste alors que la « relative » précision des explications, des formules données par l'analyste, lequel doit ("devrait", en tout cas...) le plus possible éviter le vague, l'imprécision, le langage métaphorique, et surtout, les ambivalences qui lui permettent trop souvent de retomber sur ses pattes en évitant le reproche du manque de précision, ou croyant qu'une avalanche d'explications métaphoriques ou ambivalentes suffisent à répondre à la demande de rigueur et de précision nécessaire à toute mesure « précise et rigoureuse » justement requise en science !
A ces derniers arguments, on pourrait répondre, avec raison, que dans une véritable science, toutes les théories, toutes les explications, et de surcroît, tous les tests que l'on peut effectuer sont relatifs et jamais absolus, parce que des conditions initiales, scientifiques, de testabilité ne peuvent jamais être "suffisamment" précises (Popper). Nous sommes parfaitement d'accord avec ce point de vue et Karl Popper s'en est largement expliqué dans "La logique de la découverte scientifique" (Voir le chapitre : "la corroboration : ou comment une théorie résiste à l'épreuve des tests"), et dans "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme". En effet, et comme nous l'avons déjà expliqué plus haut, les tests scientifiques, et par conséquent les énoncés qui permettent de les élaborer, sont relatifs les uns aux autres, dans la mesure où ils dépendent nécessairement d'autres énoncés universels, faillibles, d'autres tests précédents. Je cite Popper : "(...)En effet, un énoncé peut être corroboré, mais toute corroboration est relative à d'autres énoncés, qui sont, eux aussi, proposés à titre d'essai." (in : la LDS, page : 286"). En fin de compte, ce que je tiens à souligner, c'est que la "relativité" des explications qui peuvent être données par un psychanalyste, ne tient d'aucune scientificité de la psychanalyse et de ses explications dans le sens donné par Popper à la notion de relativité : on ne peut observer dans l'histoire réelle de la psychanalyse, aucune suite de tests intersubjectifs sur la théorie de l'inconscient (et du refoulement), suite de tests qui soient logiquement dépendants les uns des autres. Le relativisme psychanalytique tient au fait, que les psychanalystes en fournissant toujours des explications vagues, ambivalentes, voire métaphoriques, et toujours suffisamment et stratégiquement imprécises, essaient de se réserver la possibilité de contrer toute critique afin de préserver les fondements théoriques. Mais par ce genre de manoeuvre, et ainsi que nous l'avons déjà dit, ils prouvent qu'ils sont clairement attachés à l'irréfutabilité comme critère de validité de leurs théories, lesquelles doivent s'imposer à tous les autres hommes comme des dogmes, des mythes irrécusables. D'ailleurs, Freud lui-même aimait clamer que "la richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale" (Lettre de Freud à Rozenzweig en 1934). Et puis, il y a cet argument tout à fait trivial : c'est qu'à l'époque de Freud, les instruments d'observation ultra-modernes comme l'imagerie à résonnance magnétique (I.R.M.), le scanner, ou ceux utilisés couramment dans les recherches sur le cerveau, n'existaient pas, lesquels auraient pu éventuellement permettre de tester de manière empirique et intersubjective une théorie aussi ambitieuse que la théorie de l'inconscient, qui, du fait de l'absence de ces instruments, était, de ce point de vue, non testable. (D'un autre point de vue, celui des conséquences thérapeutiques, la théorie de l'inconscient était, et demeure toujours irréfutable puisque la réussite ou l'échec d'une cure peut, selon les freudiens la confirmer : si vous guérissez c'est la preuve que votre inconscient s'est restructuré grâce à l'action de l'analyste, et si vous ne guérissez pas c'est parce qu'il y a encore des résistances inconscientes, aussi infimes soient-elles, à la prise de conscience de vos problèmes, lesquelles sont refoulées inconsciemment, donc... il peut toujours y avoir des résistances refoulées pour venir à la rescousse de la théorie freudienne en cas d'échec ou de non confirmation thérapeutique ! En fait la théorie du refoulement, associée à l'argument des résistances, est une véritable tarte à la crème rhétorique : à tous les coups l'on gagne !). Si l'on songe un seul instant aux difficultés techniques que rencontrent encore aujourd'hui les neurobiologistes du cerveau pour tenter de corroborer une quelconque théorie du psychisme inconscient, on mesurera l'imposture scientifique que pouvait représenter la théorie de l'inconscient, présentée comme une vérité bien confirmée dans de "très nombreux cas", à l'époque de Freud. Ces "très nombreux cas" sont la signature révélatrice de la conception méthodologique de Freud en matière de connaissance scientifique, il s'agit bien sûr du positivisme logique et de l'induction. Mais Karl Popper et Carl Hempel, pour ne citer qu'eux, ont balayé l'induction comme méthode scientifique, malgré les arguments érigés par Adolf Grünbaum pour tenter de la sauver, lesquels sont, de toute manière, dévastateurs pour la psychanalyse, car Grünbaum démontre à plusieurs reprises le caractère fallacieux des inférences freudiennes dans ses études de cas... Et s'il n'y avait que cela ! Les "très nombreux cas" avancés par Freud n'ont jamais existé ! Il n'y eut en tout et pour tout que 6 cas, qui, de plus, furent tous des échecs retentissants (Cf. Bénesteau), à commencer par LE cas princeps de toute la psychanalyse, celui de Bertha Pappenheim (Cf. Borch-Jacobsen). Freud fut donc obligé de proposer une théorie de l'inconscient, qui soit parfaitement irréfutable, qui ne pouvait être confirmée qu'à la lumière des preuves justement fabriquées ou convoquées pour l'étayer, et qui devait s'imposer dans l'esprit des gens grâce aux réflexes intellectuels issus de la pensée inductive positiviste (mais erronnée), et pour ce faire, qui nécessitait deux autres "instruments" : l'argument du refoulement inconscient et le postulat d'un déterminisme mental prima faciae et absolu. Cette théorie de l'inconscient n'était donc pas, quoi qu'en ait dit Freud, une "hypothèse", ("l'hypothèse de l'inconscient"), c'était un dogme, et Freud ne pouvait l'ignorer. Avec le livre de Jacques Bénesteau, "Mensonges Freudiens", on peut se permettre de penser, que c'est la soif de pouvoir, d'une reconnaissance internationale et d'un prestige rapidement acquis, qui ont pu inciter le "Conquistador" (comme il aimait se nommer) à vouloir imposer un dogme quasi mythique, plutôt que de risquer l'aventure périlleuse, et souvent ingrate de la Science...
Une objection, très importante, peut être avancée contre nos arguments : d'où provient notre système d'attentes ? Ne peut-il être, comme l'a dit Popper dans son livre "A la recherche d'un monde meilleur", en partie inconscient ? D'où viennent tous ces mots, tous ces souvenirs qui ressurgissent à notre conscience, précisément à l'occasion de problèmes à résoudre et lorsque les émotions nous submergent ? Nous avons toujours admis qu'il nous était impossible, (et nous pensons qu'il serait ridicule de le nier étant donnés certains travaux scientifiques), de ne pas avoir de mémoire à long terme, de mémoire inconsciente, ou d'une "mémoire implicite" comme disent certains neurophysiologistes. Ce que nous rejetons fermement c'est, par contre, la possibilité d'une mémoire inconsciente, telle qu'elle est et a toujours été définie et présentée par les psychanalystes. C'est-à-dire une mémoire qui déterminerait tous nos actes conscients, toutes nos représentations, toutes nos émotions, que sais-je encore, et ce, avec le degré de précision le plus abouti que l'on voudrait, selon le postulat du déterminisme mental absolu des freudiens. Par exemple, dans l'ensemble infini de tous nos désirs, il n'est, selon le déterminisme freudien, logiquement pas exclu du supposer ou d'envisager des désirs inconscients infinitésimaux (et des "supers désirs"), mais comment faire, alors, pour vérifier expérimentalement dans quelle mesure et sous quelles conditions initiales infinitésimales ces désirs nous détermineraient et interagiraient avec les "supers désirs" ? Et quel est donc le désir le plus infinitésimal ? C'est-à-dire, comment être sûr d'avoir, à priori, sondé assez loin l'infini dans la précision requise pour l'identification et la mesure d'un désir infinitésimal pour se permettre d'affirmer dogmatiquement la possibilité empirique du déterminisme mental absolu ?? Comme on s'en aperçoit, le déterminisme freudien rend la théorie de l'inconscient non scientifique parce qu'il permet de supposer comme mesuré et vérifié, a priori, l'infinitésimal, il prétend pouvoir connaître ce qui est inconnaissable avant tout test expérimental, selon une méthode positiviste et en excluant le hasard dans la mesure.
Nous rejetons aussi cette théorie de l'inconscient, d'autant plus qu'à ce jour, les neurophysiologistes du cerveau ont corroboré qu'il n'y avait aucune aire du cerveau humain dédiée à l'inconscient freudien ! Chaque fois que nous pensons à une confirmation de la théorie de l'inconscient de Freud c'est parce que nous avons été guidé par elle pour lire cette confirmation qui n'est donc pas une prédiction réussie. (Comme dirait Popper, les théories de Freud nous influencent à voir les choses d'une certaine manière, elles produisent leur "effet oedipe"). Enfin , comme l'a démontré Popper, il est impossible de construire un test expérimental, où les conditions initiales seraient "suffisamment" précises pour nous permettre de corroborer le déterminisme absolu et que, par exemple, une certaine émotion (observée et caractérisée avec "suffisamment" de précision) détermine parfaitement et avec une absolue certitude (sans aucune place laissée au hasard ou au non-sens psychique comme disent les freudiens) un acte bien précis, lui-même caractérisé avec "suffisamment" de précision.
Mais revenons un instant sur un problème que je juge essentiel et que je formule par les questions suivantes :
« Le déterminisme de la psychanalyse freudienne est-il oui ou non véritablement A PRIORI (prima faciae) ? », cette question me paraît être logiquement reliée à une autre question tout aussi importante :
« Est-il possible qu'une forme de déterminisme A PRIORI puisse "exister" (parce qu'elle permettrait la réussite de projets de prédictions) ou bien ne peut-il exister que des formes de déterminisme A POSTERIORI, lesquelles ne peuvent qu'être relatives et non absolues ? »
Comme on va le voir, ces deux questions se « confondent » en une seule et même réponse.
Supposons que Freud ait voulu entendre par son déterminisme mental qu'il projetait construire des théories sur les événements psychiques humains qui soient de mieux en mieux déterminées mais jamais parfaitement déterminées. C'est-à-dire qu'il ait reconnu qu'une véritable science ne peut jamais atteindre le savoir absolu sur son objet de recherche (c'est comme si la génétique affirmait que lorsque que l'on aura « complètement » déchiffré le structure du génome humain, ces théories seront définitives. Ou encore comme si la cosmologie affirmait qu'il sera possible un jour de donner une théorie « complète et définitive » de la structure de l'univers ou de son origine, une théorie qui soit A JAMAIS non problématique). Ou, en d'autres termes, qu'il ait admis qu'il n'y a plus de progrès scientifique ou qu'une science « s'arrête » de progresser lorsqu'elle a atteint la vérité certaine. Bref, que Freud considérait bien son déterminisme comme A POSTERIORI et non pas A PRIORI. Si Freud avait vraiment considéré son déterminisme comme devant être qualifié de "déterminisme A POSTERIORI" en entrevoyant les conséquences décrites précédemment, alors il n'aurait pas affirmé exclure tout hasard psychique ! Parce que croire pouvoir continuer le développement ad infinitum des connaissances (scientifiques) exclue la possibilité d'atteindre un jour une quelconque certitude sur des énoncés universels. Une science qui exclue le hasard dans ce qui peut faire l'objet de ses prédictions conjecturales, exclue du même coup la réfutabilité et la testabilité, et s'élimine donc d'elle même. Une science sans indéterminisme, n'est pas une science. Comme un déterminisme A POSTERIORI qui soit un jour accessible avec n'importe quel degré de précision est impossible, c'est donc d'un autre genre de déterminisme dont parle Freud, et il n'en reste plus qu'un : c'est le déterminisme A PRIORI. Et si cette dernière forme de déterminisme « peut bien exister » comme nous l'avons dit dans notre question, elle n'existe que philosophiquement parlant, ou d'un point de vue métaphysique, parce qu'elle ne peut conduire à la réussite d'aucune prédiction empirique concrète qui soit conforme à des ambitions projetées d'absolue exactitude. Par conséquent, elle n'est d'aucune utilité pour concevoir des prédictions scientifiques corroborables, "elle n'existe pas". Popper : "Mais le déterminisme, "scientifique" ou non, n'appartient nullement à la science, et n'a aucun pouvoir explicatif." (In:Karl R. POPPER. "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme." Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1 : "Les différentes sortes de déterminisme". Section 9 : "La charge de la preuve. Page : 24).

5°) Freud a donc fraudé, théoriquement, pour "établir" les fondements de la psychanalyse : il a utilisé le déterminisme qu'il revendique, pour éviter l'impasse de la régression à l'infini dans laquelle serait tombée une justification de sa théorie de l'inconscient qui fut toujours considérée comme valide à priori par Freud. Freud ne pouvait concevoir sa théorie de l'inconscient que comme absolument certaine et valide à priori, d'une part parce qu'il était vital pour lui de l'imposer tout en sachant qu'il était impossible de la soumettre à l'épreuve expérimentale (Freud en avait besoin également pour sa théorie du refoulement), puis, d'autre part pour permettre toutes sortes de confirmations lues à la lumière de cette théorie (confirmations qui ne prouvent donc pas le contenu empirique de l'inconscient) confortant ainsi son caractère tout puissant, irréfutable et soit-disant empirique.
Le déterminisme psychique absolu de Freud et sa théorie de l'inconscient sont donc deux objets théoriques indissociables l'un de l'autre (on pourrait même les confondre au lieu de les séparer) : le premier a été conçu pour permettre "l'existence" du second, et le second trouve sa justification et sa validation par le premier. En fin de compte, la situation est toute simple : il ne peut pas y avoir d'inconscient freudien sans déterminisme psychique prima faciae et absolu tant que la théorie de l'inconscient demeure non testable de manière empirique, indépendante et extra-clinique, puisque la prétention fondamentale de cette théorie de l'inconscient consiste en pouvoir expliquer tous les événements, les phénomènes de notre vie psychique consciente ou inconsciente sans aucune part laissée au hasard ou au non-sens psychique (tout ce que nous faisons aurait un sens, selon les freudiens, et ce sens, s'il ne peut être trouvé dans le conscient, peut toujours l'être dans l'inconscient).

Freud, ne fut donc jamais le "scientifique héroïque" que l'on a présenté, encore moins une sorte de Galilée bravant les préjugés et prétendument victime des esprits arriérés et obscurantistes de son temps. Car, au début du XX° siècle, il y avait déjà un Wittgenstein, capable de démolir philosophiquement presque toutes les conjectures freudiennes (Cf. le livre de Jacques Bouveresse : "Mythologie, philosophie et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud) ! Et pour ce qui est de l'obscurantisme : la destruction ou la fabrication des preuves cliniques, l'excomunication systématique et définitive de tous ceux de ses disciples qui ont osé critiquer vertement les "hypothèses" freudiennes parce qu'ils refusaient de les accepter sans condition donc pour des raisons obscures, tout cela fait que Freud était bien plus proche d'une attitude obscurantiste enclin à rejeter tout rationnalisme critique dirigé contre ses théories, que ses adversaires. Le "Conquistador" n'était en réalité (Cf. le livre de Jacques Bénesteau) qu'un expérimentateur raté qui aurait eu sa place dans une piece de Molière plutôt que dans un laboratoire, et surtout un menteur, un mystificateur, et un mégalomane paranoïaque. Ses relations avec d'authentiques scientifiques comme Russell ou Einstein, qui lui fit confiance pour une analyse de longue durée, l'honnorent de trop : ces hauts personnages de la Science devaient ignorer le comportement réel, en coulisse, du "Conquistador". Comment aurait réagi un esprit aussi intègre que celui de Bertrand Russell s'il avait pu lire les livres de Jacques Bénesteau, de Borch-Jacobsen et des autres "Freud scholars" ? Einstein, lui, fut sans aucun doute plus proche d'un Newton, ou d'un Galilée, pour avoir consciemment et volontairement soumis les théories qui lui étaient les plus chères aux tests les plus sévères et les plus objectifs que les possibilités techniques et théoriques de son temps permettaient, c'est-à-dire pour avoir recherché la discussion rationnelle et critique avec d'autres scientifiques au lieu de la minimiser ou de la mépriser comme Freud. En ce sens, Einstein fut certainement l'un des plus grands "champions" de l'éthique et de la découverte scientifique. Quant à Freud, les supercheries et les mensonges (3) qu'il a développés, et l'allégeance dont ils bénéficient encore aujourd'hui ne peuvent être compréhensibles que par son absence totale de scrupules, (qu'il reconnaissait), par l'ignorance au sujet des questions aussi abstraites de l'épistémologie qui est encore le fait de beaucoup d'entre nous, et aussi, par la censure qui est maintenue par les psychanalystes gardiens des archives freudiennes jusqu'en 2113 (!), laquelle empêche de faire toute la lumière sur les fondements et l'histoire réelle de cette "mystification centenaire" (Borch-Jacobsen).

Freud et Einstein suivaient donc deux voies diamétralement opposées : une pensée close et néo-tribale pour Freud afin d'imposer l'adoration d'un totem (l'inconscient), puis une mythologie suffisamment sophistiquée pour être des plus difficiles à combattre (la psychanalyse), et l'éthique d'une pensée ouverte, de la voie de la Science pour Einstein afin de perpétuer une tradition, un bien commun inestimable : la libre discussion rationnelle et critique. Mais même si l'histoire "est écrite", il appartient toujours à l'homme libre de décider...






Notes


(1)Nous donnons à l'expression "à priori" la même signification que l'expression "prima faciae" que l'on retrouvera dans cet article.
Popper, au sujet du déterminisme "scientifique" : "Je désigne par là la doctrine selon laquelle la structure du monde est telle que tout événement peut être rationnellement prédit, au degré de précision voulu, à condition qu'une description suffisamment précise des événements passés, ainsi que toutes les lois de la nature, nous soit donnée." (In : Karl R. POPPER. "L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme." Edition : Hermann, Paris 1984. Chapitre 1: "les différentes sortes de déterminisme". Page : 1).

Dans le même livre, page 5 : "Ainsi l'idée fondamentale qui sous-tend le déterminisme "scientifique" peut se formuler comme suit : la structure du monde est telle que tout événement futur peut, en principe, être rationnellement calculé à l'avance, à condition que soient connues les lois de la nature, ainsi que l'état présent ou passé du monde. Mais on ne peut affirmer que tout événement peut être prédit qu'à condition qu'il puisse l'être avec n'importe quel degré souhaité de précision. En effet, la différence de mesure la plus infime peut légitimement être invoquée pour servir à distinguer des événements différents."

Page 10, maintenant, et à propos du "principe de responsabilité" dont parle Popper, que doit assumer tout projet de prédiction fondé sur un déterminisme "scientifique" : "Le résultat d'un calcul de sera pas, en règle générale, plus précis que la moins précise des données. De même, une prédiction ne sera pas, en règle générale, plus précise que l'une quelconque des conditions initiales sur lesquelles elle est basée. Si bien que pour satisifaire à l'exigence qui veut qu'il soit toujours possible de rendre nos prédictions précises au degré de précision voulu, il faudra également pouvoir, en règle générale, augmenter la précision des conditions initiales en question autant qu'on le voudra. Les conditions initiales devront être suffisamment précises pour qu'on puisse résoudre le problème posé par le projet de prédiction. Dans la recherche d'une définition du déterminisme "scientifique", ce serait à l'évidence trop vague d'exiger que l'on parvienne à prédire sur des conditions initiales "suffisamment précises". Formulée de cette manière, la définition serait triviale. En effet, l'on pourrait toujours affirmer y avoir satisfait, tout en échouant de façon systématique dans la déduction des prédictions, en faisant valoir que les conditions initiales n'étaient pas : "suffisamment précises". Afin de remédier à cette situation, il nous faut exiger qu'on puisse déterminer si les conditions initiales sont suffisamment précises ou non avant même de tester les résultats de nos prédictions. En d'autres termes, il faut pouvoir déterminer à l'avance, en partant du projet de prédiction (lequel doit énoncer, entre autres, le degré de précision des conditions initiales ou des données nécessaires afin que puisse se réaliser le projet de prédiction en question. Pour le formuler d'une manière plus complète, nous dirons qu'il faut pouvoir rendre compte par avance de tout échec de la prédiction d'un événement avec le degré de précision voulu ; et cela, en montrant que nos conditions initiales ne sont pas suffisamment précises, et en établissant le degré de précision qu'elles devraient avoir pour que cette tâche de prédiction puisse être effiace."

Page 13 : "Le déterminisme "scientifique" n'affirme pas seulement en effet que les prédictions peuvent être améliorées par une connaissance accrue. Il exige que l'on puisse calculer, à partir d'un projet de prédiction spécifié, le degré de précision nécessaire dans notre information de départ pour que le projet puisse être mené à bien.

Pages 25 et 27 : "On peut décrire ce que j'appelle le caractère prima faciae déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le Démon de Laplace. (...) Laplace introduit(...) la fiction d'une Intelligence surhumaine, capable de déterminer l'ensemble complet des conditions initiales du système du monde à un instant donné, quel qu'il soit. A condition de connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie." (...) J'introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la théorie de Newton, de Maxwell, ou d'Einstein, par opposition à d'autres théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement si elle permet de déduire, à partir d'une description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie, la description, avec n'importe quel degré fini de précision stipulé, de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être absolument exactes."


Pour les problèmes concernant :
- la régression à l'infini,
- l'apriorisme,
Nous nous réferrons à :
Karl R. POPPER, in : "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance." Livre 1 : "Le problème de l'induction (expérience et hypothèse)." Chapitre 3 : "Le problème de l'induction." Section 5 : "La régression à l'infini (argument de Hume), page : 55. Chapitre 4, sections 9 et 10 : "La méthode transcendantale. Exposé de l'apriorisme." Page : 73. "Critique de l'apriorisme." Page : 88. Chapitre 5 : "Kant et Fries." Section 11 : "Complément à la critique de l'apriorisme. Psychologisme et transendantalisme chez Kant et Fries. La question de la base empirique. Edition : Hermann. Paris 1999.


(2) Autrement dit, la théorie de l'inconscient freudien, ne pouvant être vérifiée positivement ou réfutée empiriquement, doit être irréfutable dans la mesure où Freud lui attribue des vertus capables de tout expliquer (J'ajoute que dans un domaine comme la criminologie, on reproche justement à l'interprétation de source psychanalytique une bien trop grande flexibilité et par conséquent des pouvoirs d'explication nuls). Elle doit aussi justifier de se passer d'être soumise au contrôle expérimental puisque elle ne peut justement pas y être soumise. (Il n'y a pas, à l'époque de Freud, d'instruments suffisamment sophistiqués pour soumettre la théorie de l'inconscient à une expérience de laboratoire. Par contre, et par comparaison, les instruments théoriques et techniques pour soumettre la théorie de la relativité d'Einstein à l'épreuve expérimentale existaient, et ont permis de corroborer cette théorie). Par conséquent, pour justifier la non-testabilité et l'irréfutabilité de la théorie de l'inconscient donc pour pouvoir la soustraire à toute nécessité d'un contrôle expérimental, il lui fallait un autre fondement, qui lui aussi, ne nécessiterait pas d'autre justification entraînant une régression à l'infini. Ce fondement devait être ultime et absolu (permettant de tout expliquer sans aucune part laissée au hasard ou à l'imprécision) et en amont de la théorie de l'inconscient, c'est le déterminisme mental prima faciae et absolu revendiqué par Freud pour sa théorie de l'inconscient. Pour Freud, en somme, il était inutile de soumettre sa théorie de l'inconscient à l'épreuve expérimentale puisqu'elle pouvait être justifiée définitivement par un déterminisme qui était lui aussi autojustifiable en tant que base ultime et définitive et qui fut érigé en principe fondateur de la théorie de l'inconscient. Ce que nous dit, finalement, la psychanalyse freudienne c'est : "la théorie de l'inconscient est une vérité incontestable puisqu'elle est justifiée par une autre vérité incontestable, qui, elle-même, ne nécessite aucune autre justification, c'est la doctrine du déterminisme psychique prima faciae et absolu. Voilà comment on impose un dogme, un véritable "bobard", écrit Mikkel Borch-Jacobsen à propos de la psychanalyse. Et nous n'avons même pas fait allusion aux autres tricheries et mensonges de Freud démystifées par Borch-Jacobsen, à ses multiples forgeries qu'il a opérées dès le premier "cas" fondateur de la psychanalyse, qui est lui-même un échec cuisant, le cas de Bertha Pappenheim. Voilà comment on parvient à faire accepter que ce bobard dogmatique qu'est l'inconscient freudien puisse à la fois avoir une valeur "scientifique" tout en pouvant se soustraire à toute expérience cruciale, indépendante, intersubjective et extra-clinique !


(3) Le lecteur pourra se référer, et sera édifié, au sujet des "méthodes" employées par Breuer puis Freud pour fonder sa psychanalyse, au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : "Souvenirs d'Anna O. Une mystification centenaire". Edition : Aubier. Egalement, au sujet des mensonges freudien, Borch-Jacobsen écrit : "(...) Pour peu en effet, on oublierait que les patients et les collègues de Freud ont gobé ses mensonges, y compris les plus gros et les plus flagrants. Or, c'est précisément cela qu'il faut expliquer si l'on veut rendre compte de la psychanalyse et de son extraordinaire succès culturel : comment se fait-il que ce bobard ait si bien marché ? Comment est-il devenu réel pour tant de gens au XX° siècle ? In : "Folies à plusieurs". De l'hystérie à la dépression. Editions : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, Paris, mars 2002, page 224.


Voici encore deux idées de Popper, tirées de son livre sur le déterminisme que nous avons déjà cité, et qui, mises ensemble, me semble constituer un argument convaincant voire dévastateur contre tout projet d'une psychanalyse fondée sur un déterminisme absolu, excluant tout hasard psychique au niveau d'une causalité inconsciente, et, le projet thérapeutique d'aider le sujet, à mieux se connaître lui-même, sinon à acquérir, par l'analyse, une maîtrise totale de son inconscient :
Page 89 : "Connais-toi toi-même - c'est-à-dire connaissez vos limites - est un idéal qui, nous pouvons le voir maintenant, est logiquement irréalisable. Puisque nous sommes des calculateurs, nous ne pouvons nous connaître pleinement, pas même toutes nos limitations, du moins, pas celles de notre savoir."
Page 103 : "(...) La mécanique quantique, cependant, introduisit des événements fortuits d'une deuxième sorte, bien plus radicale : le hasard absolu. D'après la mécanique quantique, il existe des processus physiques élémentaires qu'on ne peut pas analyser davantage en termes de chaînes causales, mais qui sont des soi-disant "sauts quantiques" ; et un saut quantique est censé être un événement absolument imprévisible qui n'est contrôlé ni par des lois causales, ni par la coïncidence des lois causales mais uniquement par des lois probabilistes. Ainsi, la mécanique quantique a introduit, malgré les protestations d'Einstein, ce qu'il décrit comme "le dieu jouant aux dés".

Publié par vdrpatrice à 11:27:00 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

Adieu la psychanalyse ! | 17 septembre 2006

(Ludwig Binswanger : "celui que la psychanalyse a empoigné, elle ne le lâche plus.")


Ce que nous interdit la psychanalyse et qui motive notre rejet total, c'est que dans la vie quotidienne, lors de tous nos rapports avec les autres, il est pratiquement devenu impossible de concevoir sa propre vie psychique, son être psychique, en dehors d'elle. Il est "interdit de se penser psychiquement sans elle." Quoique l'on dise, quoique l'on pense, ou que l'on fasse, la super-théorie peut toujours vous recouvrir de ses filets. Elle prétend pouvoir libérer alors même qu'elle nie de façon absolument certaine et explicite tout libre arbitre dans la vie psychique. Elle prétend pouvoir libérer en proposant son cadre de référence, une prison intellectuelle dont nous ne pourrions pas faire reculer les murs. La psychanalyse est un piège à rat qui séquestre dans sa camisole de mots toute créature qui s'allonge sur le divan. Ses idées semblent avoir imprégné mes contemporains jusque dans leur plus intimes réflexes intellectuels, en renforçant notamment le positivisme vers lequel le sens commun est naturellement attiré ou leur permettant de justifier d'insupportables pressions de conformité : quelle jouissance pour la vanité, quelle sensation de puissance lorsque l'on croit pouvoir tenir quelqu'un sous une gangue interprétative comme la psychanalyse après lui avoir posé sur le crâne l'entonnoir de l'inconscient freudien (1). Jacques Bouveresse évoque le fait que la psychanalyse a de quoi s'imposer irrésistiblement à des "êtres constitués comme nous le sommes", c'est-à-dire des êtres invariablement attirés par la recherche de régularités, de stabilités rassurantes reposant sur quelque chose de solide et sûr. En effet, pour "prouver" ses théories, elle n'a jamais pu faire autrement que de mettre en avant de "nombreuses confirmations", et le sens commun, aime les confirmations, les probabilités, les régularités, mais ignore le plus souvent que les confirmations aussi nombreuses soient elles ne prouvent rien, et que ce sont les tentatives de réfutations qui ont échoué ou réussi à éliminer une théorie qui seules peuvent en révéler le contenu véritable. Mais la psychanalyse, tout comme la psychologie, attire aussi des créatures parfois avides d'égo ou d'un ascendant sur autrui permettant de le contrôler ou d'affirmer une dominance par un cadre conceptuel et rhétorique qui lui empêcherait de s'en sortir sans passer pour un déviant ou un malade.
Une authentique connaissance scientifique ne peut, précisément, jamais reposer sur quoique ce soit de "solide et sûr" (ou d'absolu), comme le démontre Popper dans sa "Logique de la découverte scientifique", puisque lorsque nous parvenons à corroborer une théorie ce n'est que par l'intermédiaire d'une succession de tests dont les conditions initiales, reposant elles aussi sur des hypothèses scientifiques corroborées (les instruments d'observations avec les théories scientifiques qui ont servi à les fabriquer font partie des conditions initiales), sont seulement considérées comme "non problématiques" (puisque précédemment corroborées) pour que les dits tests soit possibles : cela veut dire que les conditions initiales qui permettent les tests, ne peuvent être, en elles-mêmes, absolument certaines et définitivement vérifiées. Par ailleurs, lorsqu'une théorie est dite scientifiquement corroborée à l'issue d'un test intersubjectif qu'elle réussit à passer avec succès, ce n'est que parce que le test en question est logiquement déductible d'une tradition précédente de tests reconnus par la communauté scientifique internationale. Nous ne pouvons pas jouer les Robinson Crusöe (2) et clamer que les tests que nous avons faits, seuls, sont valides, en faisant fi de tout un savoir antérieur, toute une tradition qui a bâti difficilement un "savoir tester" de plus en plus performant et sévère, interdisant toujours plus d'événements empiriques possibles, que nous pouvons ignorer si nous prétendons pouvoir tester dans notre coin une théorie appartenant à une tradition scientifique dont nous ne connaissons rien. Celui qui prétend tester seul et "scientifiquement", est confronté à l'alternative suivante : ou bien risquer de redécouvrir à lui tout seul tout un savoir déjà testé par d'autres, et recommettre les mêmes erreurs, ou bien tenter d'imposer sa nouvelle découverte comme un révélation du Néant, exactement à la manière de Freud, bien que Freud ne rechercha, de surcroît, jamais des réfutations objectives de ses propres conjectures sur la base d'une discussion rationnelle et critique avec d'autres, mais toujours des confirmations fussent-elles "cliniquement prouvées". Le lecteur qui s'aventurera dans l'oeuvre de Freud, cherchera vainement les traces de la tradition de tests intersubjectifs sur la notion d'inconscient qui précèderait la psychanalyse et dont Freud se serait fait le "génial" continuateur (3) ! Non, Freud s'est toujours présenté comme l'inventeur isolé et héroïque de l'inconscient (pauvre "héro", trahissant ainsi sa conception naïve et erronée de la Science), soit-disant en "rupture" avec une tradition de recherche sur l'inconscient, mais sans avoir jamais démontré en quoi sa théorie constituait une réfutation objectivement contrôlée d'une autre théorie de l'inconscient précédente ou une amélioration patente et testée empiriquement par la communauté internationale. (Que l'on songe à la crédibilité d'Einstein auprès des physiciens de son temps ou d'aujourd'hui, si ce dernier avait affirmé que sa théorie de la relativité était une auto-révélation, comme sortie du néant, issue de son seul "héroïsme" scientifique et en dehors de tout programme de recherche précédent, occultant toute la tradition ayant fait progresser la physique avant lui !). Comme on le comprend en lisant Karl Popper, tout cela ne peut être le travail d'un scientifique, ni même d'un génie scientifique, ce n'est que la supercherie d'un charlatan, d'un marchand d'illusions, et d'un imposteur. Bien que Popper, qui ne pouvait avoir lu les livres de Borch-Jacobsen ou de Bénesteau, donc ignorant probablement tout des multiples turpitudes intellectuelles et méthodologiques de Freud, voyait dans la psychanalyse une préscience intéressante (mais non une science) comportant "une grande part de vrai" (Popper). Mais sur ce dernier point, on pourrait utiliser l'argument d'Eysenck pour répondre à Popper que : "tout ce que la psychanalyse a dit de nouveau n'était pas vrai, et tout ce qu'elle a dit de vrai n'était pas nouveau". (Au sujet des stratagèmes et mensonges de Freud, on pourra lire des arguments dévastateurs dans les livres de Mikkel Borch-Jacobsen. Par exemple : "Les souvenirs d'Anna O.", ou encore "Folie à plusieurs", de cet auteur. Ou encore dans le livre de Jacques Bénesteau : "Les mensonges freudiens".).
L'émergence des théories prétendument scientifiques de la psychanalyse par Freud relève donc de l'imposture scientifique (Pierre Debray-Ritzen), laquelle ne peut engendrer notamment pour sa justification, qu'une imposture épistémologique essayant de relativiser voire de nier toute une tradition de réflexion en épistémologie et philosophie des sciences préexistant à toute psychanalyse, (à commencer, bien sûr par la bête noire : Karl R. Popper) ce qui lui permettrait, croit-elle, de se justifier elle-même en créant son propre cadre épistémologique autonome, nécessaire et suffisant.
Il existe d'ailleurs un site (http://perso.club-internet.fr/tuyau/Psychanalyses/epistemologi.htm) qui est le parfait exemple de désinformation épistémologique, où l'on mélange le vrai et le faux en espérant tromper le lecteur averti par des formules alambiquées, une terminologie bizarre ("ek-siter") et des artifices argumentaires qui tiennent plus d'une rhétorique se voulant habile à subjuguer, mais ne pouvant éviter le plus souvent le ridicule et le comique involontaire. On jette les mots, à vous de mettre le sens ! Ce stratagème donne tout le loisir aux "jeteurs de mots" de retomber sur leurs pattes (...en jouant, en dernier ressort, sur le sens des mots !) s'il s'avère que le sens que vous avez donné met en évidence leurs élucubrations de manière trop évidente. Si vous avez des difficultés à trouver ce fameux sens c'est que vous êtes un sombre ignare. Mais il vaut mieux se dire que le sens en question n'a qu'une teneur gazeïforme, bien difficile à saisir, ce qui se rapproche beaucoup plus de la vérité. C'est là le fin du fin de nos nouveaux maîtres penseurs. Nous reviendrons plus en détails, ultérieurement (en publiant une critique) , sur ce qui est symptomatique de la malhonnêteté intellectuelle de certains psychanalystes quand ils savent qu'on tient des arguments capables de jeter par terre leurs incroyables élucubrations. Face à de telles stratégies, il incombe à l'homme libre de faire face, d'assumer "le fardeau de la raison", c'est-à-dire, en l'occurrence, de lire, d'analyser, et de réfuter. La citation qui suit devrait faire comprendre la situation dans laquelle se trouve celui qui recherche la vérité lorsqu'il est confronté au genre de difficulté que nous dénonçons. "Il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont il sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde". (John LOCKE, cité par Jacques BOUVERESSE in: "Prodiges et vertiges de l'analogie". Édition: Éditions raisons d'agir. Paris, octobre 1999).
Une Science authentique ne repose donc jamais sur une base rocheuse, parfaitement déterminée après un test, et encore moins, parfaitement déterminée avant tout test (comme la psychanalyse !) , ses énoncés universels au sens strict qu'elle réussit ou non à corroborer demeurent des hypothèses puisque ce sont des énoncés universels au sens strict...et cette dernière raison est requise pour la déduction d'autres énoncés permettant par exemple certaines applications pratiques comme la fabrication des vaccins, ainsi que tous les autres objets faisant partie de notre monde empirique (notre Monde "1", ainsi que le nomment Popper et Eccles, à côté des Monde "2" des états de conscience, et Monde "3" de la connaissance objective) puisque avec des énoncés qui ne seraient que numériquement universels, pour une région spatio-temporelle donnée, nous ne pourrions déduire que des énoncés valides dans le labs de temps de la dite période. On imagine assez bien que si les théories scientifiques constitutives par exemple, des vaccins, étaient des énoncés universels au sens numérique, les vaccins ne pourraient avoir aucune efficacité, il ne pourraient pas même exister ! Puisque le geste d'inoculation d'un vaccin quelconque contre une maladie suppose l'anticipation, la prédiction, de son efficacité (voire de sa relative inefficacité) dans un futur immédiat et également, aussi lointain que possible, selon des conditions intiales, elles aussi, anticipées par des énoncés universels au sens strict. Ce n'est que si le vaccin échoue de manière répétée que l'on peut, à posteriori, juger de l'étendue de son efficacité dans le temps, mais au moment de son inoculation il est impossible de savoir à quelle date précise le vaccin deviendra inefficace sans disposer, avant l'inoculation, d'un énoncé universel au sens strict du genre : "toutes les fois que j'inocule tel vaccin, je sais que son effet dure approximativement tel labs de temps, et si ce labs de temps est significativement plus long ou plus court que d'habitude, et ce, de manière répétée, alors, la théorie du vaccin peut être considérée comme réfutée". ("Les énoncés de cette dernière espèce peuvent, en principe, être remplacés par une conjonction d'énoncés singuliers car si un temps suffisant est donné, l'on peut énumérer tous les éléments de la classe (finie) en question. C'est la raison pour laquelle nous parlons en de tels cas d'"universalité numérique". (Popper in : "La logique de la découverte scientifique." Édition : Payot. Page : 61)).
Tout cela entre en conflit direct avec la pensée du sens commun, celle de la majorité d'entre nous, de l'homme de la rue, qui est de ce fait tellement vulnérable aux superstitions "sophistiquées" comme la psychanalyse.
La psychanalyse et son inconscient se présentent bien comme les nouveaux totems de notre temps. Ils ont aussi leurs tabous : la discussion critique pour la recherche de la vérité, et la croyance dans le libre arbitre humain. Je pense que ces tabous n'ont rien à faire avec l'idée de progrès dans une société ouverte, (ils sont même un obstacle), mais concernent les sociétés primitives et les sociétés totalitaires. Et je pense que les totems, à l'époque ou nous vivons, n'ont plus qu'une seule utilité pratique : celle d'être abattus pour nous libérer. Détruisons-les, il est bien temps !
Je suis profondément attiré par l'idée de contribuer, modestement, à une libération du carcan psychanalytique. Qu'adviendrait-il si nous réussissions à nous en débarrasser ? Serions-nous prêts à affronter de nouvelles heuristiques, de nouvelles relations interpersonnelles, un ordre social rénové ? Serions-nous prêts à assumer, encore une fois le fardeau de la Raison, en hommes et femmes libres ? J'aime voir la psychanalyse comme une sorte de "Mur de Berlin" psychologique que nous devons faire tomber. Mais, je le répète, sommes nous prêts à faire face aux nouveaux problèmes qui surgiront de la chute d'un tel mur d'obscurantisme ? Car la chute du Mur de Berlin ou toute nouvelle forme consécutive de progression vers davantage de liberté engendre de nouvelles relations, de nouvelles interconnexions sociales, de nouveaux problèmes inédits (et aussi des conséquences imprévisibles et peut-être riches en perspectives), de nouvelles recherches pour trouver des solutions à ces nouveaux problèmes. Tout ceci démontre, ainsi que le fit Karl Popper, que l'augmentation de notre liberté par l'élargissement de nos cadres de référence suppose que les anciennes connaissances, y compris celles qui prétendent s'imposer à nous comme des dogmes définitifs chapeautant tout à l'instar de la psychanalyse, ne peuvent donc prétendre à un déterminisme à priori et absolu, et doivent être constamment soumises à la discussion critique, et si possible à l'aide de tests intersubjectifs. C'est cela que Popper nomme "le fardeau de la Raison" dans son livre "La société ouverte et ses ennemis", et, paradoxalement si l'on peut dire, ce fardeau sera toujours sur nos épaules tant que nous seront attirés par la liberté puisque celle-ci dépend directement de l'accroissement de nos connaissances. Seul l'homme libre accepte de porter un tel fardeau, il accepte d'en assumer toutes les conséquences, parce qu'il a en horreur ces formes de paternalisme que l'on trouve dans les doctrines totalitaires qui cherchent à lui donner l'illusion de pouvoir le délivrer de ses responsabilités personnelles. ("Ce n'est pas ma faute, c'est mon inconscient !" Voilà quel peut être l'éternel refuge des adorateurs de la théorie de l'inconscient de Freud. Voilà comment les psychanalystes peuvent déresponsabiliser tout individu qui commet un crime. Voilà aussi comment l'individu est placé sous la tutelle d'une théorie qu'il ne peut qu'accepter que religieusement et dont les clefs ne sont jamais vraiment en sa possession. Dans de telles conditions, cette théorie ne peut pas servir l'individu qui doit s'y soumettre, elle ne peut que l'aliener ou, comme dirait Binswanger, l'empoigner pour ne plus le lâcher). Il exècre aussi les procédures infantilisantes, quand elles ne sont pas humiliantes de la psychanalyse. Il est donc naturellement et "rationnellement" porté à rejeter, tôt ou tard (...), les théories fermées ou celles qui portent en elles l'utopie d'une marche vers un "monde d'amour et de beauté" (Popper) ce genre de monde qui ne peut exister que dans nos rêves romantiques, nos rêves d'enfant, mais pas dans les espoirs légitimes et réalistes d'hommes et de femmes adultes et responsables.
La psychanalyse est la nouvelle ennemie du progrès de la société ouverte, c'est une ennemie d'autant plus coriace qu'elle entend ne pas être démasquée en tant que telle, mais plutôt servir ses desseins en croyant nous apporter de nouveaux pouvoirs. Mais puisque la psychanalyse ne peut, du fait des ses fondements déterministes être soumise à aucun test, c'est donc, avant tout, en tant que philosophie que nous devons la rejeter, voire en tant que métaphysique stérile et verbeuse (car toutes les métaphysiques ne sont pas à jeter aux orties), puis à l'aune de ses prétendues conséquences thérapeutiques "efficaces".
Je demeure convaincu que si nous recherchons à accroître notre liberté, nous devons activement nous débarrasser de cette mythologie qu'est la psychanalyse, tout en sachant qu'il nous faudra accepter d'assumer certaines conséquences imprévisibles nées spontanément de sa chute, ou de son rejet aux poubelles de l'histoire. Il n'y a pas de liberté et d'épanouissement dans le cocooning : la vie n'est pas un perpétuel retour au berceau, "nous devons accepter ce saut dans l'inconnu et l'incertain avec ce que nous possédons de raison pour nous guider vers la sécurité et la liberté" (Karl R. Popper in: "La société ouverte et ses ennemis", tome 1). Ou bien encore : "l'homme peut apprendre, donc il peut être libre". Alors, comme le fit comprendre le Pape Jean-Paul II au peuple polonais : "n'ayons pas peur", abattons les anciens dogmes, faisons reculer les murs par un acte simple et authentiquement révolutionnaire, qui consiste à faire preuve de courage et d'indépendance intellectuelle en lisant les livres qui nous révèlent la vérité sur l'imposture psychanalytique.
J'ai enfin compris que la certitude est incompatible avec la liberté, parce que la certitude et le déterminisme aprioriste et absolu supposent l'immuabilité (cette immuabilité ne pouvant être maintenue que par des formes plus ou moins sophistiquées d'autoritarisme comme celle qui consiste à rejeter dans la déviance les questions insolentes et audacieuses que nous oserions poser, ou parce que celui qui s'emporte aurait toujours tort), et que la vie tout comme la liberté, sont évolution et changement.





Notes :




(1) "Le freudisme offre des armes efficaces à ceux qui, pour s'épargner de répondre aux objections, les attribuent à des motivations souterraines, à un "non-dit" dont ils se rendent maîtres à bon compte. Par-là, ils s'attribuent une supériorité intolérable, ils pervertissent la critique et le dialogue démocratique, ils interdisent le débat scientifique. Cela n'est-il pas contraire à l'intention de la psychanalyse et à la pratique du plus estimable des analystes ? Brisons donc les tabous qui infestent notre vie intellectuelle, la plus plate, la plus morne qu'on ait jamais connue dans ce pays, et la plus contrôlée. (...)Critiquer le freudisme c'est se rendre suspect et risquer ce qu'on appelle dans la nouvelle procédure pénale, se faire "mettre en examen". Avec les marxistes, on était convaincu d'esprit bourgeois et impérialiste. Avec les freudiens on est convaincu de résistance pathologique et dénégation. Commen s'en sortir ? En délaissant un terrain où l'on est piégé pour celui de la vérification épistémologique." Préface de Jean-Marie Domenach, in : "Déclin et chute de l'Empire freudien" de H.J. Eysenck. Edition : Guibert, Paris, 1994, page : 12.



(2) A ce sujet, voici comment se voyait Freud lui-même, cité par Frank J. Sulloway dans son livre : "Freud biologiste de l'esprit", chapitre : "le mythe du héros dans le mouvement psychanalytique", page : 428.
Freud : "voici comment j'imaginais le futur : j'arriverais probablement à m'en tirer grâce au succès thérapeutique de la nouvelle méthode, mais la science m'ignorerait totalement pendant toute ma vie ; quelques dizaines d'années plus tard, quelqu'un ne manquerait pas de tomber sur les mêmes choses - pour lesquelles le monde n'était pas alors mûr - , le ferait accepter, et me vaudrait l'honneur d'avoir été un précurseur dont l'échec était inévitable. En attendant, tel Robinson Crusoé, je m'installais aussi confortablement que possible sur mon île déserte. Quand je regarde en arrière ces années solitaires, loin des contraintes et de la cohue d'aujourd'hui, tout cela me paraît une époque héroïque. Mon "splendide isolement" n'était pas sans charme ni avantages...Mes publications, qu'il m'était possible de placer avec un peu de mal, pouvaient toujours être en retard sur mes connaissances et attendre autant que je voulais, car il n'y avait pas de priorité à défendre (1914 d, S.E., 14 : 22).


(3) Quelques citations tirées du livre de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani : "Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse." Edition Les Empêcheurs de Penser en Rond, Le Seuil, Chapitre 2, pages 171 à 174 :
Alfred HOCHE : "Comment un tel mouvement [psychanalytique] est-il possible ? Sans aucun doute, la condition négative en est d'abord et avant tout le manque de sens historique et de formation philosophique des adeptes portés au fanatisme de la doctrine."

Morton PRINCE : "Dans la poursuite de ces recherches [psychanalytiques], on a trop négligé de très nombreux faits et données psychopathologiques accumulés par les patientes recherches d'autres observateurs. C'est un peu comme si un bactériologiste avait limité ses recherches à l'étude d'un seul bacille et avait négligé la masse de connaissances acquises dans le domaine bactériologique dans son ensemble."

William STERN, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : "Les psychanalystes, qui reprochent régulièrement à leurs adversaires leur ignorance professionnelle, travaillent eux-mêmes dans ce domaine [la psychologie de l'enfant] en dilettantes complets ; la recherche scientifique sur les enfants on bien n'existe pas pour eux, ou bien est soumise à toutes sortes de remaniements interprétatifs jusqu'à ce qu'elle puisse être rattachée à leur système conceptuel."

Erwin STRANSKY, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : "L'ignorance systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédiance psychanalytique."

Adolf WOHLGEMUTH : "On trouve partout [chez Freud] une ignorance quasi complète de la littérature et des résultats de la psychologie moderne, de la méthode expérimentale et de la logique."

Publié par vdrpatrice à 11:25:17 dans Résistances... | Commentaires (1) |

Termes universels et le terme d'inconscient dans la psychanalyse : des liens avec le déterminisme mental. | 17 septembre 2006

 

« Dans la mesure où les propositions de la mathématique se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité. »

(A. Einstein. In : «Géométrie et expérience», œuvres choisies, t.5, Paris, Seuil, 1991, p.71)

« ...Nous ne pouvons exprimer aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels; tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet, les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.) Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes d'expériences; ils ne peuvent être «constitués» » (Karl R. POPPER, in: «La logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.)

 

 

L'inconscient est un terme universel, et comme tous les termes universels, tels que : «conscient», «cerveau», etc. Il est invérifiable mais par contre réfutable. C'est-à-dire qu'il nous est impossible de dénombrer, et à fortiori d'observer dans le passé, le présent, le futur, toutes les preuves qui «garantissent» une définition de l'inconscient qui nous satisfasse définitivement par rapport à une certaine réalité que nous voulons représenter. Autrement dit, la notion d'inconscient ne peut jamais être proposée comme une notion irréfutable et surtout vérifiable avec certitude quelles que soient les conditions initiales d'observation. En conséquence, Il est inacceptable de faire en sorte que cette notion soit toujours confirmable et ne puisse jamais être mise en défaut, grâce, notamment, à la fameuse rhétorique des freudiens, laquelle ne fait que trahir leur échec puisqu'il est anormal d'avoir toujours réponse à tout. Donc, pour que cette notion ait un contenu empirique, c'est-à-dire pour qu'elle puisse exprimer quelque chose d'empirique, de réel, il lui faut des limites, une sorte de contenant empirique qui permette de distinguer le contenu, elle ne peut toujours tout expliquer sans changer de sens ou de définition. (Karl R. Popper : « Je définis le contenu empirique d'une énoncé p comme la classe de ses falsificateurs virtuels. » In : «La logique de la découverte scientifique». Page : 120) Elle ne peut être elle-même fondée par une doctrine ou un postulat déterministe, qui lui donnerait définitivement un pouvoir absolu d'explication. Elle ne peut donc reposer sur un déterminisme apriori et absolu, comme en psychanalyse. Si les psychanalystes ont fait, et font encore de leur théorie de l'inconscient un concept «fourre-tout» ou «explique-tout», flexible et adaptable quelles que soient les conditions initiales d'observation, alors ce concept n'a pas de limite, son véritable sens n'est jamais saisissable et ce concept n'explique plus rien du tout. L'inconscient freudien, et son inséparable acolyte, le refoulement, est pour les psychanalystes, une ressource tout à fait inépuisable d'explication puisque pour les freudiens il n'est pas un seul événement de notre conscience et un seul de nos actes aussi insignifiants soient-ils dont la cause ne soit pas fondamentalement réductible à une explication par l'inconscient. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ce genre de réductionnisme n'est en rien une réussite scientifique. Ce n'est qu'un dogme à l'invincibilité clairement revendiquée par les psys que nous voulons contribuer à démystifier et à détruire, parce que les dogmes invincibles que l'on réussit à inculquer aux gens et qui contribuent à leur manipulation et à leur contrôle, tiennent de la mythologie voire du sectarisme et n'ont rien à voir avec la Science, qui, au lieu du sectarisme, nécessite la libre discussion critique pour le progrès de ses concepts. En effet, une authentique Science n'offre jamais des concepts au pouvoir absolu et donc à l'heuristique bloquée, elle permet l'évolution des théories et des concepts, qui, parce qu'ils peuvent être soumis à des tests, ont la possibilité d'augmenter à l'infini leur pouvoir heuristique. Les freudiens ont fermé, d'entrée de jeu, toutes possibilités de réelle évolution à leur concept d'inconscient, qui est une sorte de caméléon théorique, donc une entourloupette, et non le produit d'une véritable succession de conjectures et de réfutations.

Exemple 1:

Quand nous disons: «cet homme est fou» nous supposons nécessairement l'énoncé suivant: «toutes les fois que nous sommes (seront) en présence d'un homme ayant telle(s) caractéristique(s), nous dirons qu'il est fou. Mais comme le terme «fou» est un terme universel (tout comme le terme «homme»), et qu'il est invérifiable, il est parfaitement possible que d'ici quelque temps (un siècle ?) les mœurs, la culture, et que sais-je encore, aient changés, de sorte que nous ne jugions plus du tout les gens comme étant des fous, de la même façon qu'avant. Citons, à ce sujet, Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre, « Folies à plusieurs » : « les maladies dites «mentales » changent dans le temps et l'espace, subissent des mutations, disparaissent, réapparaissent. Chaque époque, chaque société produit son propre type de «folie» ou de «maladie de l'âme», sans qu'on puisse traduire l'une dans l'autre ou faire de celle-ci la vérité de celle-là ». (In: «Folies à plusieurs». Edition : les empêcheurs de penser en rond, Paris 2002, page 174).

Exemple 2:

Quand nous disons: «c'est une table» nous supposons: «toutes les fois que nous sommes en présence d'une objet ayant telles caractéristiques, nous disons «table» (en non «autel», ou «pupitre», ou autre chose..) et nous sommes obligés de supposer un tel énoncé universel, sinon il ne nous serait pas possible d'observer des tables (les tables ne seraient pas identifiables pour nous, de toute façon , dans de telles conditions, puisque même s'agissant d'un objet n'étant plus fabriqué aujourd'hui, un archéologue serait dans l'obligation de pouvoir disposer dans son système d'attentes, de ce genre d'énoncés pour rechercher les objets n'étant plus utilisés de nos jours). Tous les objets de notre monde empirique (le «Monde 1» de Popper) nous sont connaissables que parce que nous possédons et formulons, à priori, des termes et des énoncés universels permettant de légiférer sur les conditions de leur acceptation et de leur identification par nos sens. Et ceci vaut, également, pour les objets encore inconnus, jamais vus par nous : si un objet inconnu se présente par hasard devant nos yeux, nous l'identifions parce que nous disposons, à priori, avant sa présentation, de concepts tels que : «objet» et «inconnu». Ainsi, pour un objet tombant subitement sur la Terre, nous pourrions dire : «tiens voici un objet ou une chose inconnue qui tombe au sol», et non pas : «tiens voici un astéroïde ou une météorite» à moins, bien sûr, de conjecturer qu'il s'agit d'un astéroïde ou d'une météorite, grâce à notre système d'attentes nous permettant la formulation instantanée de cette conjecture par la reconnaissance de certaines formes. Enfin, l'absence de concepts aussi élaborés à l'époque de l'homme préhistorique ne pouvait dispenser ce dernier de posséder des termes, un langage ou un code, même archaïques, pour identifier le monde et agir sur celui-ci, à moins de rester en permanence immobile et bouche bée. Les freudiens diraient, bien entendu, que l'homme préhistorique disposait déjà d'un inconscient, d'un «ça», lui aussi primitif et archaïque (en correspondance avec le niveau d'évolution) donc de pulsions inconscientes ou d'origine inconsciente à agir dans certaines directions, lui permettant ainsi d'appréhender le Monde 1 ? (Sinon, à partir de quand les hommes ont-ils eu un «inconscient» psychanalytique qui les détermine ? A partir de Sigmund Freud et pas avant ??). Mais quelles «directions», alors, aurait-il choisies en l'absence des problèmes auxquels il a pu être confronté, comme la fabrication d'outils de plus en plus performants pour la chasse du gibier courant !! Il lui fallait donc conjecturer l'efficacité d'une probable arme pour la chasse ou d'un outil, et cette conjecture n'a pu naître que de la mise en relation de son système d'attentes, et le problème à résoudre. L'homme préhistorique ne pouvait donc être dirigé par des pulsions psychanalytiques inconscientes, mais par une volonté de survie nécessairement consciente pour générer des conjectures efficaces face aux problèmes urgents. L'évolution, c'est-à-dire les problèmes de plus en plus complexes que l'homme a été capable de résoudre, est le produit de l'enrichissement de l'inné par l'enrichissement de l'acquis parce que de nouvelles théories explicatives du monde enrichissent notre système d'attentes et le modifie, et inversement, (et ces modifications, changent, à leur tour, nos actions motrices, qui, elles-mêmes, finissent par faire évoluer nos organes, comme nos organes sensoriels par exemple).

Mais comment faisons-nous alors pour identifier le «déjà là», comme les étoiles ou le ciel, dira le sceptique ? Ces objets ne tombent-ils pas dans notre entendement avant que nous disposions de concepts universels puisqu'ils existaient avant que nous soyons sur la Terre ? L'homme ne peut-il pas identifier, malgré lui, (passivement) le ciel avant toute possession du concept universel «ciel». La réponse est non : sans le concept qui lui est approprié, l'homme ne peut identifier le ciel que comme un objet étrange et inconnu, c'est uniquement de cette façon qu'il existe devant ses yeux.

On comprend aisément comment cet argument s'applique aussi à celui qui recherche par exemple un squelette de Tyrannosaure : les Tyrannosaures peuvent bien «exister» aujourd'hui, car il est tout à fait viable de supposer que l'on découvre encore des squelettes de Tyrannosaure, compte tenu du fait que l'on en a déjà découverts bien après qu'ils aient totalement disparus sous une forme vivante de la surface du globe. Ils «existent» donc toujours d'une manière empirique bien spécifique et bien utile pour les approcher...Cette existence déjà corroborée, n'a pu être elle-même corroborable qu'à partir de la mise à l'essai de certains énoncés généraux relatifs à la paléontologie et de certaines conditions initiales relatives à la géologie ou la géographie. Elle permet donc au chercheur d'espérer trouver d'autres squelettes de Tyrannosaure à l'unique condition qu'il puisse disposer dans son système d'attentes d'un énoncé du genre : «toutes les fois que je me trouve en face d'un squelette ayant telles caractéristiques quasi légales, et sous certaines conditions initiales (relatives par exemple au lieu de la découverte) je pourrai dire qu'il s'agit d'un squelette de Tyrannosaure et pas d'un Allosaure, encore moins d'un éléphant». En fin de compte, toute recherche empirique, nécessite la possession à priori de théories universelles au sens strict lesquelles sont nécessairement réfutables, puisque si je trouve un requin possédant 6 fentes branchiales au lieu de 5, la théorie «tous les requins n'ont que 5 fentes branchiales» est réfutée. Le problème avec une théorie de l'inconscient telle que Freud l'a conçue, c'est-à-dire irréfutable, c'est qu'elle amène inévitablement le «chercheur» qui tente de se plonger dans l'histoire d'une personne, à découvrir un os de Diplodocus plutôt qu'une patte de mouche, voire à transformer l'un en l'autre selon les circonstances, s'il s'avère que les aléas de la «recherche» semblent mettre en péril le caractère irréfutable donné (absolument nécessaire tant que les psychanalystes affirment de surcroît exclure tout hasard psychique) à la théorie qui sous-tend la notion d'inconscient freudien. Tout cela est rendu possible par la fameuse «algèbre psychanalytique», composée des fameuses ambivalences, du jeu subtil des métaphores, des analogies, etc...

Exemple 3:

Quand nous disons: «cet homme possède un inconscient du type freudien», nous ne saurions parler de cet inconscient sans disposer au préalable de l'énoncé: «toutes les fois que nous serons devant telle(s) condition(s) ou caractéristique(s) nous serons en mesure de reconnaître un inconscient du type freudien». Ceci suppose que la notion d'inconscient, indépendamment des aspects freudiens qu'elle peut revêtir, est une notion universelle, donc invérifiable (à cause du «toutes les fois que...») et aussi, de ce point de vue, réfutable.

Mais Freud a toujours avancé des arguments qui faisaient de l'inconscient un terme, ou une notion irréfutable, c'est-à-dire définitivement vérifiée ou universellement confirmable, ce qui, comme nous l'avons démontré, est impossible. D'ailleurs, pouvait-il faire autrement ? Comme le confirme l'affirmation de Freud cité plus bas, laquelle souligne sa croyance dans le déterminisme mental absolu et prima faciae, qui est étroitement liée de manière logique à l'irréfutabilité puisqu'il exclue tout élément de hasard ou tout non-sens dans la vie psychique. En effet, en excluant tout non-sens psychique par l'affirmation que tout ce qui est produit en termes de rêves, de représentations, d'émotions, de sensations, d'intuitions, trouve une cause dans l'inconscient pour la plus infime et pour l'ensemble de nos représentations, émotions sensations ou intuitions, etc, Freud ne peut fournir de conditions initiales permettant de prédire qu'en fonction de sa théorie de l'inconscient, un individu aura telle représentation ou fera tel rêve à tel moment. Freud n'a donc jamais pu se lancer dans un authentique programme de recherche scientifique avec des conditions initiales aisément manipulables et reproductibles pour des tests expérimentaux indépendants. Des conditions initiales (freudiennes) de prédiction ne peuvent être fournies parce qu'elles supposent un degré de précision infini en corrélation avec le plus infime des faits psychiques censé être observé, interprété ou prédit, et parce qu'il est impossible de fournir toutes les conditions initiales de prédiction pour l'infinie diversité de nos émotions, représentations et intuitions. En somme, c'est le genre particulier de déterminisme soutenu par les freudiens (prima faciae et absolu) qui est le piège de la psychanalyse. En prônant ce genre de déterminisme, Freud ne s'est probablement pas rendu compte qu'il imposait à sa théorie de l'inconscient une tâche impossible : faire des prédictions, pour être reconnue comme une authentique science, mais avec un degré de précision infini dans les conditions initiales. Mais aucune prédiction de ce genre n'est possible dans une Science quelle qu'elle soit. Sa théorie s'est donc heurtée, d'entrée de jeu, au fameux «principe de responsabilité» dont parle Popper dans son livre : «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme».

Popper :

« En premier lieu, l'idée que se fait le sens commun d'un événement (à expliquer de manière causale) est essentiellement qualitative. Or, le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire un événement avec n'importe quel degré de précision, ce qui dépasse certainement l'idée universelle du sens commun (...) En second lieu, l'idée que se fait le sens commun d'une cause est également essentiellement qualitative. C'est pourquoi certains états de fait échappent au sens commun, dont ceux-ci : les causes - c'est-à-dire, les conditions initiales - ne nous sont jamais données avec un degré de précision absolu; il nous faut donc nous contenter de conditions initiales qui sont, jusqu'à un certain point, imprécises; ce qui, à son tour, soulève des problèmes particuliers. Un troisième problème découle des deux premiers. Le déterminisme «scientifique» exige que l'on puisse prédire tout événement avec le degré voulu de précision, à condition que soient données des conditions initiales suffisamment précises. Mais que veut dire ici «suffisamment» ? Il nous faut, de toute évidence, expliquer ce «suffisamment» d'une manière qui nous prive de droit de plaider - chaque fois que nous échouons dans nos prédictions - que les conditions initiales données n'étaient pas suffisamment précises. En d'autres termes, notre théorie devra rendre compte de l'imprécision de la prédiction. Etant donné le degré de précision que nous exigeons de la prédiction, elle devra nous permettre de calculer le degré de précision des conditions initiales qui suffirait à nous donner une prédiction ayant le degré de précision voulu. J'appelle cette exigence le «principe de responsabilité». Il faudra nécessairement l'incorporer à la définition du déterminisme «scientifique ». (in : Karl R. Popper. «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme.» Edition Hermann. Page 9. Mais nous conseillons vivement de lire jusqu'à la page 21).

Précisons que, puisque l'infini est impossible à sonder, à priori, pour un être humain ou même une machine conçue et étalonnée par l'homme, un «degré de précision infini» dans la stipulation de conditions initiales pour une prédiction est rigoureusement inaccessible et n'existe pas. En conséquence nous ne pouvons connaître la plus infime de nos représentations ou l'ensemble infini représentant leur diversité, pas plus que nous pouvons faire des prédictions avec une telle théorie de l'inconscient. La psychanalyse ne permet donc jamais de faire de prédictions comme dans une Science digne de ce nom, mais seulement des rétrodictions qu'elle a l'habileté de faire passer pour des prédictions. Je cite, au sujet des rétrodictions freudienne, Adolf Grünbaum, dans son livre, «la psychanalyse à l'épreuve», paru aux éditions de l'Eclat, page 67 : « Freud a conjecturé que le développement d'une névrose N par un individu I dépendait non seulement de l'exposition de I à des expériences pathogènes P, mais aussi à la vulnérabilité héréditaire de I. Ses hypothèses étiologiques affirmaient généralement que la présence de P est causalement nécessaire à la pathogénèse de N, et non qu'elle est causalement suffisante. Une hypothèse de ce genre implique la rétrodiction universelle que tous ceux qui sont affligés Par N ont subi P. Mais l'hypothèse ne prédit pas que toutes les victimes de N seront affligées par N ! »

Mais si les freudiens ne peuvent prédire la plus infime de nos représentations, ou toute leur diversité, ou même une simple représentation ou émotion courante avec n'importe quel degré de précision donné avant la prédiction, comme le voudrait leur théorie de l'inconscient, ils ne peuvent que l'observer en ayant déjà à l'avance une idée précise du résultat de leur observation qui soit exactement conforme à leur théorie : elle (la représentation ou l'émotion qu'ils veulent observer) «tombe sous leurs yeux», comme toute observation, non seulement parce que leur système d'attentes constitué des théories psychanalytiques les y prédispose, et aussi parce qu'ils conjecturent à l'avance le degré de précision voulu de l'observation. Les observations que peuvent faire les freudiens à partir de leur théorie de l'inconscient, ne peuvent être confondues avec d'authentiques prédictions réussies, elles sont, tout au plus, de fausses prédictions dont les résultats (les observations réalisées) sont préfabriqués à partir de leur théorie. On ne peut donc objecter que c'est précisément parce que la théorie de l'inconscient a des pouvoirs de prédiction et un contenu qu'elle permet de rendre observables ou interprétables certains faits qui resteraient invisibles ou incompréhensibles sans l'éclairage de cette théorie, puisque ces faits en sont les purs produits, ils ne sont pas des énoncés d'observation contradictoires ou falsificateurs virtuels (Popper) que la théorie a surpassé à l'issue d'un test indépendant. Les freudiens construisent en quelque sorte leur réalité, à l'aide de leurs interprétations et observations, pour qu'elle s'accorde avec leur théorie de l'inconscient. Quand un psychanalyste nous dit à propos d'une représentation, d'une émotion, ou d'un événement psychologique quelconque : « tiens, vous l'avez là, l'inconscient, il est confirmé, vous voyez bien ?! », il nous gruge sur la prétendue indépendance du fait observé avec les théories psychanalytiques qui permettent justement de l'interpréter comme un fait significatif de quelque chose ayant un rapport avec la théorie de l'inconscient. Répétons encore que les observations qui confirment positivement la théorie de l'inconscient, (lesquelles sont souvent stratégiquement confondues avec des prédictions par les freudiens ou présentées comme de vraies prédictions) qui peuvent être réalisées à partir de la théorie de l'inconscient de Freud, sont toujours faites à la lumière de cette théorie qu'elles ne peuvent que confirmer et sont nécessairement innombrables pour prétendre rendre compte, causalement, de la vie psychique et somatique dans ses moindres détails, puisque le plus insignifiant des faits psychologiques peut être expliqué par les freudiens, ou l'ensemble infini représentant la diversité des faits psychologiques. Ceci étant conforme avec les exigences de leur déterminisme mental prima faciae et absolu. Et c'est là que gît le principal problème : la classe des confirmations de la théorie de l'inconscient écrase tout. Il y a trop de confirmations et il ne peut y avoir que cela. Ceci rend le contenu de la théorie de l'inconscient insaisissable empiriquement. Et ceci rend la psychanalyse non conforme avec les règles du jeu scientifique, ainsi que l'explique Karl R. Popper : « Or la science théorique vise précisément à obtenir des théories aisément falsifiables (...). Son but est de restreindre au minimum l'éventail des événements permis.» In : «La logique de la découverte scientifique » Page : 113. Que voulons-nous dire ? Nous voulons dire, d'une part, que ce n'est pas sur la base d'un nombre même très grand d'observations qui paraissent la confirmer que nous pouvons dire qu'une théorie a prouvé sa valeur scientifique ou même son contenu empirique, et d'autre part, que cette classe illimitée des confirmations positives possibles de la théorie de l'inconscient ne permet pas l'existence d'une classe d'énoncés contradictoires qui la rendrait réfutable (et donc qui lui donnerait un contenu empirique) : les freudiens peuvent-ils, donner un seul exemple de rêve, de cauchemar, de représentation, d'émotion, d'intuition, etc, aussi simple soit-il, qui puisse contredire ou réfuter leur théorie ? La réponse est : non. Egalement, tout ce que je fais, le moindre de mes gestes, et de mes actes manqués peut être expliqué par la théorie de l'inconscient (mais il arrive aussi que les psychanalystes confondent prédiction et explication et oublient que prédire n'est pas expliquer). Les freudiens peuvent-ils donner un exemple d'acte manqué qui ne soit pas explicable par leur théorie ? La réponse est toujours : non. Autre exemple, quel est l'objet que nous pouvons manipuler dans la vie de tous les jours qui n'aurait pas pour les freudiens en lien quelconque avec la sexualité ou être interprétable d'après leur théorie psycho-sexuelle ? La réponse est encore : non, il n'y a aucun objet qui ne puisse échapper d'une façon ou d'une autre à l'explication freudienne. Si je rejette la théorie de l'inconscient, c'est que je refoule (inconsciemment), mon rejet de la théorie est le signe d'un refoulement psychopathologique, je confirme donc la théorie de l'inconscient, impossible de lui échapper, le piège rhétorique s'est refermé. Cette rhétorique du refoulement, (appelée «argument des résistances» par Jacques Van Rillaer dans son livre « Les illusions de la psychanalyse »), parce qu'elle se veut invincible, est précisément le talon d'Achille de la théorie freudienne, elle est l'une des multiples signatures de son irréfutabilité et de vouloir soustraire la théorie de l'inconscient à toute possibilité de critique rationnelle. Pour les raisons que nous venons de décrire, la psychanalyse ne peut être considérée comme une science empirique composée d'énoncés eux-mêmes dotés d'un contenu empirique donc d'un réel pouvoir d'explication et de prédiction. Certes, il existe des théories auxiliaires du programme de recherche de Freud qui peuvent être réfutables, mais tout ceci se fait sur la base d'une théorie de l'inconscient irréfutable laquelle ne peut permettre de ne déduire aucune conséquence testable, et qui est au fondement de toutes les prétentions thérapeutiques de la psychanalyse. Comme on l'aura compris, ce qui nous intéresse, ici, c'est le problème de la réfutabilité de la théorie de l'inconscient et non de quelques autres théories auxiliaires du «programme» de Freud. Notre point de vue rejoint la thèse poppérienne selon laquelle tant que les psychanalystes ne précisent pas les moyens par lesquels leur concept d'inconscient peut être mis à l'épreuve par une expérience indépendante, intersubjective, et extra-clinique, et tant qu'ils justifient le pouvoir explicatif illimité de leur théorie de l'inconscient à l'aide de leur postulat d'un déterminisme mental prima faciae et absolu, la psychanalyse ne doit pas être considérée comme une science capable de faire d'authentiques prédictions donc pouvant fonder une action thérapeutique d'une quelconque efficacité indépendante de tout effet placebogène.

Sigmund FREUD:

« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi: certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique (insuffisances dont le caractère général sera défini avec plus de précision tout à l'heure) et certains actes en apparence non intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Sigmund FREUD, in : «Psychopathologie de la vie quotidienne.» Chapitre 12: «Déterminisme, croyance au hasard et superstition. Points de vue». Édition: Payot. Page: 257.)



Conclusion :

 

L'inconscient freudien se voulant irréfutable et ne pouvant donner lieu qu'à la déduction d'autres énoncés théoriques fondés sur un déterminisme absolu, ainsi qu'à des «explications» de type circulaire du genre : «la mer est agitée parce que Neptune est de mauvaise humeur, ce qui se prouve par le fait que chaque fois que Neptune est de mauvaise humeur il agite la mer»; il est donc vide de tout contenu empirique (puisqu'il n'existe précisément rien sur quoi faire porter un test qui pourrait réfuter la théorie : on ne peut déduire de la théorie aucun énoncé de base contradictoire, qui puisse être confirmé ou infirmé expérimentalement, de manière indépendante et extra clinique) et ne peut s'appliquer à aucune réalité psychique qui, elle-même, ne soit définie ou fabriquée spécialement de toute pièce de façon à pouvoir permettre sa propre «vérification» (1)(Freud : « Au cours d'une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est inconscient ». In : « Cinq psychanalyses ») ! Comme le démontre Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre «Folies à plusieurs», la psychanalyse n'est qu'une machine auto-confirmatrice de ses propres affirmations dogmatiques et de ses propres «cas» qu'elle invente elle-même pour les besoins de ses théories. «Si la psychanalyse doit être critiquée à la fin, ce n'est pas parce qu'elle fabrique les preuves sur lesquelles elle s'appuie ou parce qu'elle crée de toute pièce la réalité qu'elle prétend décrire. C'est parce qu'elle refuse de le reconnaître et tente de dissimuler les traces de l'artifice.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De L'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Paris, mars 2002). Le propre d'une théorie ou d'un concept authentiquement scientifique n'est pas d'être flexible au point de pouvoir tout expliquer, tout récupérer. « (...) Une fois de plus, on ne peut qu'admirer les capacités de récupération de la psychanalyse : non seulement elle intègre les faits qu'on lui objecte, mais elle va jusqu'à en faire l'effet de ratés de la théorie.» (In : Mikkel Borch-Jacobsen. Ouvrage cité plus haut, page 312). Une théorie ou un concept prouve sa valeur scientifique quand il permet de préciser ou de déduire dans quelles conditions particulières on pourrait effectuer des tests pour améliorer la théorie ou la valeur explicative du concept, en mettant ainsi en exergue son caractère empirique et falsifiable (réfutable). Ce qui signifie que ce sont les tests que l'on peut effectuer qui précisent les contours de la théorie ou du concept donc ses limites explicatives et par conséquent son contenu empirique. C'est la seule possibilité de permettre les tests qui prouve l'existence d'un contenu pour la théorie ou le concept que l'on teste. Dès lors, si un concept comme l'inconscient freudien, n'offre aucune limite (en montrant partout des confirmations quelles que soient les conditions par exemple) c'est-à-dire une trop grande flexibilité ou un pouvoir explicatif illimité, il ne prouve pas sa scientificité, mais précisément le contraire : son absence totale de testabilité donc de scientificité, puis de contenu, et par suite de pouvoir d'explication.

Il serait toutefois ridicule d'affirmer que nous n'avons pas d'activité inconsciente du fait de l'existence de certains travaux scientifiques dans les neurosciences par exemple, travaux que nous ne confondrons pas ou n'amalgamerons pas avec des preuves de scientificité de la psychanalyse ou la prétendue corroboration de sa théorie de l'inconscient, ce que les psychanalystes ne se sont pas privés de faire chaque fois qu'ils ont cru pouvoir le faire. Ainsi, et contrairement à la théorie freudienne, les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient.

« (...) Pourtant le père de la psychanalyse, lui aussi, s'était profondément trompé sur la nature des souvenirs dans le cerveau. (...) Le cerveau n'est pas un organe passif qui ne fait qu'enregistrer des stimuli et les comparer avec l'information déjà emmagasinée. L'esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l'environnement. (...) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, comme l'a écrit le neurophysiologiste Semir Zeki, n'est pas un simple chroniqueur de la réalité physique externe, mais il participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (...) Ainsi les pertes de mémoire seraient des pertes de connaissance. Ce qui nous conduit à penser que certains mécanismes de perte de mémoire peuvent être très différents des mécanismes énoncés par Freud, par exemple, le refoulement. (...) Le refoulement, (...), repose sur l'hypothèse qu'il existe des souvenirs figés. (...) Dans le cas de Sacks et de Wasserman, la connaissance des couleurs n'est pas bloquée - comprenons refoulée -, mais c'est la capacité même du cerveau à créer la catégorie des couleurs qui est détruite. Ce sont deux conceptions radicalement différentes du souvenir, de la conscience et de l'inconscient. (...) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l'âge adulte risque d'être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l'apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur le dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'est produit après la naissance. Cette découverte nous conduit à réviser toutes les théories - de Freud à l'intelligence artificielle - qui présupposaient l'existence de souvenirs figés, (...) notamment les théories sélectionnistes de Jean-Pierre Changeux et Gerald Edelmann.» (in : Israël Rosenfield. «Souvenirs artificiels». Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 - 90).

Mais ce que l'on peut affirmer c'est que l'inconscient de Freud et des psychanalystes n'a jamais existé, qu'il n'existe pas et qu'il n'existera jamais tant que les freudiens voudront le présenter comme quelque chose capable de tout expliquer, d'irréfutable. Enfin, à la suite de ceci on peut logiquement affirmer que les topiques freudiennes de l'organisation psychique ne sont que de pures constructions métaphoriques posées dogmatiquement sans aucune valeur préscientifique, qu'elles ne s'inscrivent explicitement dans aucune tradition de recherche scientifique préexistante (les freudiens seraient bien en peine d'en démontrer les liens logiques de testabilité). Aucun test respectant les règles de la méthode scientifique proposée par Popper n'a été construit et démontré par Freud pour justifier le passage de la première à la deuxième topique du psychisme. Ces spéculations que sont «l'inconscient», le «préconscient», le «ça», le «moi» et autre «surmoi» n'ont jamais pu aboutir à de véritables explications (scientifiquement testées) sur le fonctionnement de notre psychisme, et, surtout, des prédictions, et donc mener à aucune thérapie qui puisse être efficace. Mais les freudiens ont toujours eu l'audace de faire croire que de tels concepts avaient la même valeur scientifique que des concepts comme «électron», «atome», ou «énergie cinétique» employés dans une véritable science comme la Physique. C'est en cela que les psychanalystes signent leur grossière imposture scientifique. Tous ces termes freudiens ne sont que des métaphores, voire des images qui nous bluffent parce qu'une image ou une métaphore sont plus faciles d'accès par rapport à notre psychologie d'acquisition des connaissances et s'accordent plus facilement avec une certaine sensation ou intuition que nous pouvons avoir sur le réel fonctionnement des choses de notre psychisme. De ce point de vue, le texte freudien est, en lui-même une manipulation de l'esprit (2) (mais qu'à cela ne tienne, rétorquent les freudiens : cette manipulation peut aussi s'expliquer par nos théories !). La cohérence d'un discours ou d'un conte de fées, le poids des mots et le choc de certaines représentations qu'ils suscitent, ne suffisent pas à faire une Science. Ce qu'il faut pour «faire Science», ce sont, encore et toujours, des tests. Mais des tests bien différents dans leur nature de ceux du docteur Freud.

Toute la psychanalyse est une supercherie qui repose sur les délires mythomanes et les propres obsessions fantasmagoriques de Freud, sans parler des rêves de gloire de celui qui se disait être un «Conquistador» ! Pour la supercherie les mensonges et la gloire ça a marché et ça marche encore, mais pour la Science, les véritables scientifiques qui, heureusement, n'ont jamais attribué le Prix Nobel à Freud, ne s'y trompent plus et préfèrent ranger la psychanalyse du côté de l'astrologie ou la dianétique et les psychanalystes du côté des conteurs de fables ou des tireurs de tarots.

 

 

 



Notes :

 

(1) Ceci peut être rapproché de l'argument de Mikkel Borch-Jacobsen : « (...) L'effet de série, si souvent invoqué par Freud pour prouver l'objectivité des «découvertes» psychanalytiques, cache en fait un processus d'autoréplication et d'auto validation sans fin, chaque récit en engendrant un autre qui le confirme en retour. C'est ce que Karl Popper appelait non sans malice l'«Effet Oedipe», en reprochant aux psychanalystes de l'avoir insuffisamment étudié : l'histoire de l'Oedipe ne confirme l'oracle que dans l'exacte mesure où elle en est la conséquence. Les récits de cas psychanalytiques, de même, président et produisent ce qu'ils font mine de décrire, ils «performent» ce qu'ils prétendent constater. » (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression.» Edition : Les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil. Paris, mars 2002. Pages : 232-233).

 

(2) Citons, d'un autre point de vue, Patrick Mahony, dans son livre «Dora s'en va, violence dans la psychanalyse « (Editions : Seuil, les Empêcheurs de penser en rond), page 239 : « Tout au long de son texte, Freud inscrit le thème de l'interprétation, bonne au mauvaise, de n'importe quel sujet, y compris la psychanalyse. Viennent compléter ces commentaires les stratégies adoptées par Freud dans n'importe quel ouvrage pour indiquer à son lecteur comment le lire. De manière directe ou indirecte, il se livre à un commentaire constant sur la résistance du lecteur, de sorte que même si l'on n'est pas d'accord avec les idées d'un des ses passages, on est amené à tomber d'accord avec ses commentaires sur le caractère subversif de l'inconscient. Sa seule manière de créer une alliance avec le lecteur renforce la nature dialogique de sa prose et la rend éminemment intériorisable; le piège transférentiel posé par l'écriture de Freud défie donc le lecteur profane comme le lecteur versé en psychanalyse. »

 

« (...) il est clair que si l'on conçoit ainsi les lois naturelles, passant outre à la distinction entre énoncés singuliers et énoncés universels, le problème de l'induction doit paraître résolu. En effet, il est évident qu'il est parfaitement admissible d'inférer à partir d'énoncés singuliers des énoncés qui ne sont que numériquement universels. Mais il est également clair que le problème méthodologique de l'induction n'est pas concerné par cette solution. Car pour vérifier une loi naturelle, il faudrait relever de manière empirique chaque événement singulier auxquels pourrait s'appliquer la loi et constater que chacun s'y conforme effectivement, ce qui constitue une tâche manifestement impossible. (...) Tenter d'identifier une chose individuelle par les seules propriétés et relations universelles qui paraissent n'appartenir qu'à elle est voué à l'échec. Un tel procédé ne décrirait pas une seule chose individuelle, mais la classe universelle de tous ces individus auxquels ces propriétés et relations appartiennent. Même l'usage d'un système universel de coordonnées spatio-temporelles n'y changerait rien. La question de savoir s'il y a des choses individuelles correspondant à une description faite au moyen des noms universels et, dans ce cas, combien il y en a, est destiné à demeurer une question toujours ouverte. » (In : «La logique de la découverte scientifique.» Karl R. POPPER. Edition : Payot. Chapitre 3 : «les théories». Pages 61 et 64).

Publié par vdrpatrice à 11:24:22 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

Adolf GRÜNBAUM contre Karl R. POPPER. (Un bref aperçu de la controverse...). | 17 septembre 2006

Au sujet de la réfutabilité de la psychanalyse.
(Un très bref aperçu de la controverse entre Karl Popper et Adolf Grünbaum.)

 

Renée Bouveresse :

« (...) On voit du coup que l'interprétation psychanalytique ne peut jamais être démentie par les faits : si elle fausse empiriquement, elle est toujours vraie « symboliquement » ou « structuralement ». Mais cette infaillibilité est obtenue par un glissement permanent d'un niveau de sens à un autre, qui est éminemment contestable, et qui apparente bien la démarche psychanalytique, comme on le lui a souvent reproché, à celle d'une mythologie : le gain d'expressivité obtenu par l'usage des concepts à des fins symboliques se paie d'une incontestable perte de rigueur ». (In : Les critiques de la psychanalyse. Presses Universitaires de France, 1° édition, Paris, mai 1991, page 53).


Je ne suis pas entièrement d'accord avec tous les arguments développés par Adolf Grünbaum sur la psychanalyse. En particulier les arguments célèbres qui ont pour but de démontrer que la psychanalyse est bien falsifiable contrairement à ce qu'en avait dit Karl R Popper. Lors d'une polémique avec Grünbaum, Popper avait reconnu que certains énoncés de la physique pouvait être infalsifiables ce qui ne faisait pas pour autant de la physique une pseudoscience. Je crois cependant, que tout énoncé infalsifiable ne peut être scientifique, et que même un corpus réputé scientifique, peut, provisoirement, comporter des énoncés non-scientifiques, qui, une fois transformés, (quand ils ne sont pas rejetés), peuvent rentrer dans le giron de leur science. Mais Popper n'a jamais accepté que la psychanalyse puisse être reconnue comme falsifiable, donc comme une science, étant donné :

- le caractère manifestement irréfutable (infalsifiable) de beaucoup de ses énoncés, et, Adolf Grünbaum, lui-même, semble, à certains moments, le reconnaître (mais aussi Eysenck, Borch-Jacobsen, et j'en passe...).

- l'argument des résistances opposé par les freudiens à toute contestation de leur théorie. Pierre-Henri Castel, psychanalyste, écrit (in : http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG) :

« Selon Freud, toute critique rationnelle de la psychanalyse, dans la mesure où elle consiste, comme le reste de notre activité mentale, en représentations chargées d'affect, est ultimement soumise aux lois de l'inconscient. Celles-ci impliquent le refoulement hors du moi des idées désagréables qui contredisent nos valeurs. Or, parmi ces idées, il y a cette vérité, révélée par la psychanalyse, que nos motifs les plus nobles dissimulent parfois des motions de désir amorales. Mais de ce point de vue, la critique prétendument désintéressée de la psychanalyse sert (en réalité) à résister à sa désagréable vérité. Donc, chaque fois qu'un critique de la psychanalyse s'exprime, celle-ci «doit nécessairement susciter chez lui la même résistance qu'elle éveille chez le malade, et il est facile à cette résistance de se déguiser en récusation intellectuelle» (84, 45). Il suit qu'il est impossible de ne pas être d'accord avec Freud sans être un névrosé, qui a besoin d'être soigné, pas d'être réfuté .»

Mais comme le souligne plus loin, Pierre-Henri Castel, être trop rapidement d'accord avec la psychanalyse peut aussi être interprété comme une preuve de résistance, il faut donc, selon Castel considérer les éléments suivants :

« De fait, s'il y a un progrès à escompter dans une psychanalyse, il passe par une assimilation lente et problématique du sens qui s'y dévoile. »

Et :

« Aussi, ce qui est incontestablement une faiblesse épistémologique de la construction de Freud, se corrige tout seul, si l'on aborde les choses sous un autre point de vue: celui de l'attitude éthique particulière de quelqu'un qui s'efforce de conquérir un savoir (peut-être scientifique) sur la part de lui-même dont il ne veut rien savoir. Or, pour que cette contre-objection ne soit pas qu'un sophisme aussi infalsifiable que la thèse qu'il vient soutenir, il faut tenir compte du changement de perspective qu'il introduit, et qui renforce un aspect de l'argument de Freud sur lequel ce dernier n'insisterait alors pas assez: que l'assimilation de la vérité théorique de la psychanalyse est coextensive à une expérience éthique d'appropriation subjective de la vérité de ses propres désirs, parmi lesquels il faudrait ranger le désir de savoir, et la curiosité intellectuelle en général. »

Mais, sur ce dernier point, on se rend compte, que, bien que Castel ne l'affirme pas, c'est que seul le lieu de la cure serait supposé épistémiquement valide pour confirmer subjectivement (!) les théories de la psychanalyse, puisque : «l'assimilation de la vérité théorique de la psychanalyse est coextensive à une expérience éthique d'appropriation subjective de la vérité de ses propres désirs». Si tel est vraiment le cas, comment les psychanalystes peuvent-ils garantir que l'acceptation, pendant la cure, des théories de la psychanalyse par le patient ne se fait pas sous l'empire de la suggestion, et donc que le patient n'est pas amené à lire ses propres affects toujours à la lumière de la théorie psychanalytique, laquelle ne risque donc pas de ne pas trouver constamment des confirmations, puisque, ainsi que nous l'avons vu précédemment, toute contestation par le patient d'une confirmation de la théorie pendant la cure peut être considérée par son thérapeute comme une résistance confirmant la théorie psychanalytique. Je cite Adolf Grünbaum, dans son livre, «La psychanalyse à l'épreuve», page 71 :

« (...)Nous avons vu plus haut que les croyances théoriques plutôt que l'introspection directe sont ce qui détermine les verdicts du sujet quant aux relations causales entre ses propres états mentaux. De même, la reconstruction par interpolation et le gauchissement des souvenirs par des croyances théoriques se combinent avec la malléabilité de la mémoire sous l'effet de la suggestion pour produire des pseudo-souvenirs d'événements qui ne se sont jamais produits, en particulier quand ils sont distants dans le temps. En bref, le caractère rétrospectif du test propre au cadre psychanalytique est incapable d'authentifier de manière fiable ne serait-ce que l'existence de l'expérience d'enfance rétrodictée (...), et encore moins son rôle pathogène. »

Il semble que «l'argument des résistances», comme le nomme Jacques Van Rillaer dans son livre «les illusions de la psychanalyse», donne réponse à tout aux psychanalystes qui peuvent toujours se reposer sur un réservoir inépuisable de «résistances», réelles (?) ou fabriquées (...), pour venir au secours de leur rhétorique fallacieuse, laquelle pourrait être mise en péril par quelque patient récalcitrant à se prosterner devant le totem de l'inconscient freudien. Quelles sont les procédures de vérifications prétendument «scientifiques», opérées pour passer de l'impression subjective qu'a le patient de ses propres affects, à la validation objective de la théorie, qui, justement permet de les interpréter ? Ne peut-on déceler, dans ce passage du subjectif à l'objectif, une procédure typiquement inductive, où «le» cas subjectif serait pris pour généralité ? Nous sommes convaincus, après ce qu'en disent Adolf Grünbaum (bien que défenseur, contre Popper, de l'induction que ce dernier aurait «mal comprise») et bien d'autres, que, dans l'immense majorité des cas, Freud a généralisé inductivement, souvent à partir de son propre cas pour, prétendument valider les théories de la psychanalyse. Un bel exemple de ceci est la «découverte» soi-disant scientifique du complexe d'Oedipe par Freud. Mais on peut supposer qu'en réalité, il s'agit d'une authentique procédure hypothético-déductive de contrôle où la théorie est mise à l'essai sur un patient, (lequel la «corrobore» par sa guérison qui passe par son acceptation, mais aussi, éventuellement, par son refus, témoin d'une résistance refoulée), puisque Popper soutient qu'il n'y a pas d'induction dans le réel de nos tentatives d'accès à la connaissance objective, mais toujours des procédures hypothético-déductives. Rappelons qu'il n'y a pas d'induction pour Popper, en particulier parce qu'il ne peut jamais y avoir d'observation pure des faits : il y a, logiquement, toujours un énoncé universel au sens strict pour nous permettre d'appréhender sélectivement les faits du «Monde 1» (celui des objets matériels), mais aussi du «Monde 2», (celui de nos représentations subjectives, de nos affects), et du «Monde 3» (de la connaissance objective), comme, peut-être, la théorie freudienne. Mais, dans le dernier cas que nous avons évoqué plus avant, s'agit-il vraiment d'un test scientifique en conformité avec les exigences aussi draconiennes et fondées par la logique que celles de Karl Popper ? Certainement pas ! Les tests scientifiques «poppériens» exigent l'intersubjectivité, l'indépendance du test (à toute suggestion du thérapeute, en l'occurrence), et dans le cas de la psychanalyse, ainsi que l'a aussi souligné Adolf Grünbaum, que ces tests soient extra-cliniques. Freud lui-même n'a-t-il pas explicitement honni la méthode expérimentale dans une fameuse correspondance avec Rosenzweig : «la richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse repose, les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale» (Lettre de Freud à Rosenzweig en 1934). Au sujet de l'attitude de Freud vis-à-vis du rationalisme critique expérimental, le lecteur sera édifié par le réquisitoire accablant dressé par Hans Jürgen Eysenck dans son livre «Déclin et chute de l'Empire Freudien». Dans de telles conditions, comment, alors, Freud pouvait-il croire avoir validé ses théories sinon en prenant ses fameux cas (quand ce n'était pas le sien propre) pour des généralités ? Avait-on là une authentique procédure scientifique ? Bien sûr que non ! En fin de compte, les conditions de la cure ne permettent pas de tester, sur le divan, les théories de la psychanalyse de manière scientifique, parce que le divan peut justement être le lieu de tous les fantasmes du thérapeute et de son patient, et l'occasion aussi, de toutes les manipulations affectives, notamment grâce au fameux «transfert positif» qui irait du patient au thérapeute ! A propos de la prétendue valeur épistémique de la situation «du divan» et des confirmations cliniques valides qu'elle produirait en faveur des théories de la psychanalyse, voici un des multiples arguments efficaces d'Adolf Grünbaum tiré de son livre «La psychanalyse à l'épreuve», page 62 :

«(...)Les données cliniques fournies par les névrosés traités avec succès ne proviennent pas de prédictions auto-réalisatrices. Ainsi, ces données sont exonérées de l'accusation de perdre leur valeur de preuve. On peut en effet objecter que même un patient sujet à de fréquents éclats émotionnels dirigés contre son analyste lui obéira doctrinalement comme un élève, en dépit de tous les efforts du médecin d'éviter toute communication explicite ou non de ses attentes théoriques. Une telle contamination épistémique des diverses réponses du patient se produiront qu'on le veuille ou non - ainsi va l'objection - parce que le psychanalyste, inconsciemment mais non moins efficacement, laissera transparaître ses propres attentes par une myriade de signes subtils; Et comme l'analysant a recherché le recours d'un thérapeute explicitement freudien, il souhaitera plaire à la figure d'autorité dont il dépend désormais tellement. La déférence intellectuelle qui s'ensuit prépare l'autoréalisation des attentes théoriques de l'analyste, et ainsi rend fallacieuses les multiples confirmations cliniques invoquées.»

- l'attitude des freudiens et des psychanalystes en général vis-à-vis du rationalisme critique, de la discussion critique, et de l'adoption massive de stratagèmes d'immunisation pour préserver leur théories d'une possible falsification. Citons, à ce sujet, un exemple traité par Adolf Grünbaum dans «La psychanalyse à l'épreuve» :

Page 127 : «(...)Du même coup, si la cure psychanalytique n'est pas d'emblée condamnée à l'échec dans le cas des névroses en raison de l'excès des impulsions pathogènes, il est inadmissible d'éviter par un argument ad hoc la réfutation qui se fonde sur la production inaltérée des rêves même après que les désirs infantiles refoulés sont devenus conscients.»

Certes, sur le problème de la falsification, Grünbaum a raison de demander pourquoi, si les théories sont prétendument infalsifiables, les freudiens auraient eu besoin de recourir à des stratagèmes d'immunisation. Mais pour Popper, c'est aussi l'attitude des scientifiques qui est déterminante dans la possibilité ou non de soumettre une théorie à des tests, et de la rendre plus ou moins (ou pas du tout) falsifiable. Dans «La logique de la découverte scientifique», Popper soutient que la Science comporte certaines règles, comme les règles d'un jeu, et les scientifiques qui travaillent provisoirement avec des théories infalsifiables, ou des stratagèmes d'immunisation, peuvent donc être considérés comme «hors-jeu».

Après avoir lu le livre de Hans Jürgen Eysenck : «Déclin et chute de l'empire freudien», et notamment la manière dont les psychanalystes ont pu tester certaines de leurs théories, je suis convaincu que c'est Popper qui a raison : les fautes méthodologiques des freudiens concernant les tests effectués sont trop grandes pour estimer que leurs théories ont été convenablement testées et même qu'elles étaient, à la base, testables !

Pour revenir à Grünbaum, nous citerons in extenso, un passage tiré de son livre : «La psychanalyse à l'épreuve», pages 15, 16, et 17, dans lequel, l'auteur nous semble se fourvoyer (mais les autres arguments développés dans le livre, contre la psychanalyse, demeurent, hélas pour elle, cruellement accablants) :

« Dans un ouvrage consacré à la philosophie de Popper, ce dernier soutient - une fois encore - que la psychanalyse est une métaphysique psychologique empiriquement non-testable, qui n' «exclut pas de comportement humain physiquement possible». De cette allégation d'irréfutabilité empirique, il tire immédiatement l'inférence fallacieuse selon laquelle la psychanalyse peut, en principe, expliquer tout comportement réel. Ainsi, juste après avoir dit que les théories de Freud et d'Adler n'excluent pas de comportement humain possible, Popper nous dit que «quoi que ce soit que quelqu'un puisse faire, cela est, en principe, explicable en termes freudiens ou adlériens. »

Mais si une théorie, en conjonction avec des conditions initiales particulières, n'exclut aucun comportement, comment peut-elle expliquer déductivement un comportement particulier quel qu'il soit ? Car l'explication déductive revient à exclure : comme l'a souligné Spinoza, affirmer (dériver) p revient à nier tout proposition incompatible avec p. On notera qu'en théorie psychanalytique comme dans la physique de Newton, par exemple, les énoncés à forme de loi ou autres énoncés généraux ne peuvent expliquer de comportement particulier sans des conditions initiales : sans des spécifications convenables concernant la vélocité initiale, les lois du mouvement et de la gravitation de Newton ne donnent pas une orbite elliptique de la terre sous l'action gravitationnelle du soleil. Par conséquent, si aucun comportement potentiel ne pouvait réfuter la psychanalyse dans des conditions initiales données I, cette théorie ne pourrait, en conjonction avec I, expliquer aucun comportement réel de manière déductive. A fortiori, si cette théorie T était irréfutable, elle ne pourrait expliquer tous les comportements, comme le soutient Popper. En outre, si la conjonction T et I ne permet pas d'expliquer déductivement un certain comportement b particulier, I et b ne peuvent confirmer (soutenir) T hypothético-déductivement. Donc, si la psychanalyse était irréfutable, comment pourrait-elle expliquer un comportement réel quelconque - sans parler de tous les comportements physiquement possibles - de manière à en tirer une confirmation inductive, comme le soutient Popper ? Bien au contraire, la prétendue irréfutabilité interdirait une telle confirmabilité hypothético-déductive.

Mais le défaut majeur de la psychanalyse, souligné justement par Popper, et remarqué plus tard par...Jacques Lacan (!), c'est que la psychanalyse explique trop ! Popper dit qu'une théorie qui explique tout, n'explique plus rien du tout, jetant ainsi un doute justifié sur ses prétentions explicatives, et sur ses soit-disantes «explications». En rapport avec l'irréfutabilité comprise comme certitude (puisqu'une théorie irréfutable est logiquement certaine), on peut citer Popper dans «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance» aux éditions Hermann, page 10 : «dans la mesure où les propositions de la science se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines et dans la mesure où elles sont certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité !». Par cette citation, on se rend bien compte que Popper considérait que dans la mesure où une théorie (ou une doctrine quelconque) revendique un pouvoir explicatif illimité, elle n'a en fait, aucun pouvoir explicatif. On retrouve, dans la même veine, cet argument dans un autre livre de Popper intitulé, «L'Univers irrésolu plaidoyer pour l'indéterminisme», aux éditions Hermann, où il écrit, page 24, que : «(...)Et, s'il est vrai qu'en science je préfère les théories les plus fortes aux plus faibles, c'est parce qu'elles se laissent plus aisément argumenter, c'est-à-dire critiquer. Toujours est-il que celui qui propose la théorie la plus forte accepte par là même la charge de la preuve. Il doit alléguer des arguments pour appuyer sa théorie - en montrant, pour l'essentiel, son pouvoir explicatif. Mais de déterminisme, «scientifique» ou non, n'appartient nullement à la science, et n'a aucun pouvoir explicatif ».

Ce que Popper a très clairement souligné dans sa Logique de la Découverte Scientifique, c'est qu'une authentique théorie scientifique ne peut avoir de valeur informative et explicative que sur ce qu'elle proscrit ou interdit, donc sur ce qu'elle revient à exclure comme le souligne justement Grünbaum en se fondant sur Spinoza...! Une théorie scientifique ne peut nous renseigner que sur les interdictions qu'elle corrobore, sur les énoncés permis elle ne nous dit rien (Popper). Je cite «La Logique de la Découverte Scientifique», page 67 : « (...)l'on voit que les lois naturelles pourraient être comparées à des «proscriptions» ou à des «prohibitions». Elles n'affirment pas que quelque chose existe ou se produit, elles le dénient. Elles mettent l'accent sur la non-existence de certaines choses ou de certains états de chose : elles les excluent. Si nous reconnaissons pour vrai un énoncé singulier qui enfreint en quelque sorte la prohibition en affirmant l'existence d'une chose (ou l'occurrence d'un événement) exclue par la loi, la loi est réfutée .»

Les théories scientifiques sont donc des interdictions, ou, comme le dit Popper, des énoncés sous la forme «il n'y a pas...telle chose X», parce que les énoncés existentiels au sens strict formulés sous la forme «Il y a...telle chose X», étant donné leur irréfutabilité, ne nous renseignent sur rien puisqu'il est impossible de saisir leurs contenus empiriques, parce que ce type d'énoncé « (...) n'est pas limité quant à l'espace et au temps. Ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle particulière limitée. C'est la raison pour laquelle les énoncés existentiels au sens strict ne peuvent être falsifiés. Nous ne pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Et c'est exactement pour la même raison que les énoncés universels ne sont pas vérifiables. Nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi.» (Popper, page 68).

Les énoncés existentiels au sens strict, ne sont donc pas explicatifs, ils n'ont strictement aucune valeur explicative. Une théorie irréfutable n'exclut aucun comportement possible et n'a donc pas de base empirique, il est donc aussi impossible de cerner son contenu empirique dans des limites qui soient testables puisqu'elle fournit des prétentions (pseudo) explicatives illimitées. Certes, constatait Popper, les freudiens ou les adlériens prétendaient fournir d'authentiques explications scientifiques, mais ce que voulait nous dire Popper, c'est que ces explications-là ne pouvaient être que des pseudo-explications et surtout qu'elles n'étaient pas scientifiques. Donc Grünbaum a raison de dire, en se fondant sur Spinoza, qu'une théorie qui fournit de véritables explications exclut logiquement certains comportements (c'est, en fin de compte, très exactement ce qu'a toujours affirmé et démontré Popper dans son œuvre !), mais il se trompe sur ce que voulait dire Popper. Ce dernier pensait que les explications de la psychanalyse étaient de pseudo-explications qui ne pouvaient être tenues pour scientifiques, notamment à cause de l'attitude de leurs défenseurs qui, par leurs arguments n'excluant pas les explications potentiellement contradictoires, rendaient leur nombre logiquement illimité, faisant ainsi de la psychanalyse un corpus irréfutable. En somme, Popper ne croyait absolument pas dans les arguments freudiens ou adlériens où s'accommodaient les explications incompatibles ou contradictoires, ou encore les arguments contradictoires au sein d'une même explication, pour soutenir leur théorie. Il ne croyait pas dans ces explications-là, tout comme il ne croyait évidement pas dans les pseudo-prédictions du genre : «demain ou bien il pleuvra, ou bien il ne pleuvra pas», c'est-à-dire le genre de prédictions manifestement irréfutables.
Par ailleurs, bien que Grünbaum, esquisse, dans ce texte, le problème des conditions initiales, il ne le développe pas comme il le faudrait. Car la psychanalyse a revendiqué, depuis ses débuts, un déterminisme psychique prima faciae et absolu, ce qui l'enjoindrait à justifier des conditions initiales de testabilité en conformité avec ses revendications déterministes dans l'éventualité d'une corroboration expérimentale aux qualités intransigeantes telles que les conçoit Popper pour la Science. Nous avons tenté d'apporter des arguments démontrant que la revendication d'un tel déterminisme confortait l'irréfutabilité de la théorie de l'inconscient, à la base de tout dans la psychanalyse (car le mécanisme du refoulement, est considéré par Freud comme un mécanisme essentiellement inconscient), en nous basant sur la démolition que fait Popper du déterminisme absolu dans son livre «L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme». Le lecteur au fait de l'oeuvre de Grünbaum remarquera que ce dernier élude cette question pourtant essentielle dans l'épistémologie de Popper, en relation avec la psychanalyse, bien qu'il se soit intéressé à la problématique du déterminisme dans quelques unes de ses nombreuses publications.


Publié par vdrpatrice à 11:23:40 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

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