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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Une liste de liens à découvrir. (Réservés aux récalcitrants éclairés, ou en devenir...). | 04 mars 2007

Dominique Frischer : les analysés parlent.

Professeur Mikkel Borch-Jacobsen : usagers de thérapies et producteurs de maladies.

Professeur Jacques Van Rillaer : Freud nous a menti.

Étude de l'argumentation du livre « Pourquoi tant de haine ? » d'Elisabeth Roudinesco, réaction au « Livre Noir de la psychanalyse ». Par Jean-Louis RACCA.

"Le psy venu de l'enfer". Par Raymond TALLIS

Le moi-peau ou le merveilleux psychanalytique. Par le Professeur Jacques CORRAZE.

La scientificité de la psychanalyse.

Que penser de la psychanalyse ?

Que reste-t-il du refoulé freudien ?

Amnésie infantile ou fariboles freudiennes ? Par René POMMIER.

Le freudisme est une imposture. Entretien avec Jacques BENESTEAU.

Faut-il enterrer Freud ? Lourdes vaut bien une psychanalyse !

The psychologisation of illness. Par Ellen GOUDSMIT

"The fall of an icon". By Joel Paris

AFTER FREUD par Alexander Linklater et Robert Harland.

"Exit Freud". Par Luis Carlos FERNANDEZ.

"Freud sur le sofa..."

Psyblog.net, un remarquable blog, pour les psys.

Psychoweb

"La psychanalyse au péril de la science". Par François Filiatrault.

"A-t-on le droit de critiquer Freud et la psychanalyse ?" Par le Professeur François AUBRAL

Entretien avec Jacques BENESTEAU

"Ma rencontre avec Elizabeth ROUDINESCO. Par René GARRIGUES."

Les patients, ROUDINESCO et l'étau (psychanalytique), par Loïc TALMON

"Des mesures, des mots, des morts ou l'art tragique d'avoir toujours raison." Par Loïc TALMON

"Quand la justice se fait Oedipe". Par Loïc TALMON, au sujet du procès de Madame Roudinesco

Post-scriptum...Par Loïc TALMON

Complicité d'antisémitisme masqué

Madame ROUDINESCO contre les affreux "rats de laboratoire", par Annie GRUYER

"Elizabeth ROUDINESCO, entre reniement et diffamation"

"Une illusion et son avenir", par le Docteur Denis-Charles MORIN

Freud's false memories. Psychoanalysis and the Recovered Memory Movement, by Richard WEBSTER

Myths, Damned Myths, and Psychoanalytic Case Histories, by Allen ESTERSON

Freud Returns ? By Allen ESTERSON

Psychoanalytic mythology by Allen ESTERSON

Jeffrey Masson and Freud's seduction theory : a new fable based on old myths

The faults and frauds of Freud

Freudian Mythology

"Mensonges freudiens"

En matière de rêve, Freud était un doux rêveur. A lire : les travaux du Pr. JOUVET

"Le rêveur neuronal." Par le Professeur J. Allan HOBSON.

"Il est bien temps ! L'autisme et la psychanalyse", par Gunilla GERLAND

Résister ? Un devoir ! Isabelle STENGERS, répond à Elizabeth ROUDINESCO

http://majm.over-blog.com/ (Blog de Marie-Jeanne MARTI, auteur de « Les marchands d'illusions. Dérives, abus, incompétences de la nébuleuse « Psy » française »).

Publié par vdrpatrice à 22:19:57 dans Anti-Freud Anti-PsyK | Commentaires (0) |

La magie des nombres. Critique de la thèse de Benoît MAURET sur les relations entres les nombres et les fantasmes. | 04 mars 2007

L'objet de ce texte est de présenter une critique des principales hypothèses et de la méthode de recherche utilisés dans la thèse de Benoît MAURET, au contenu explicitement freudien. Nous montrerons que la méthode employée ne peut, en aucun cas, conduire à l'objectivation des attentes de l'expérimentateur. Nous essaierons, à la suite de nos critiques de proposer une méthode d'investigation, qui, selon nous, pourrait être valide, en ce qu'elle tente de tenir compte des injonctions fondamentales de Freud sur le déterminisme psychique absolu lequel ne peut être dissocié de sa théorie de l'inconscient, mais qui ne peut éviter l'accusation de risquer de suggérer les réponses au sujet d'expérimentation, même si nous considérons que nos propositions seront moins suggestives que celles de Benoît MAURET. Nous pensons que dans ce domaine, il est tout à fait impossible que le protocole expérimental ne puisse, plus ou moins suggérer au sujet d'expérience, les attentes de l'expérimentateur.

On trouvera une présentation de la thèse de Benoît Mauret en suivant ce lien :

http://perso.orange.fr/jacques.nimier/redaction.htm


1. Les principales hypothèses de la recherche :

« a) Il existe une composante affective mise en jeu par l'élève dans l'apprentissage et l'utilisation des chiffres et des nombres. »

Telle qu'elle est formulée, cette hypothèse à la caractéristique d'un énoncé existentiel au sens strict. La caractéristique de tous les énoncés de ce type est d'être logiquement irréfutables et logiquement vérifiables. On ne peut donc soumettre à d'authentiques tests un tel énoncé, à partir duquel on ne pourra donc trouver que des confirmations lues à la lumière de cet énoncé qui ne permet l'existence, apriori, d'aucune classe de falsificateurs potentiels ou énoncés de base, qui seuls, à la suite de tests, nous renseigneraient sur sa portée descriptive, explicative et prédictive.

« b) L'inconscient participe dans les représentations et les comportements des élèves à l'égard des nombres et en particulier à l'égard des chiffres. »

Si c'est bien la théorie de l'inconscient freudien qui est sensée être testée dans ce travail de recherche, on ne peut la dissocier de ce sur quoi elle repose : le postulat d'un déterminisme psychique absolu, aprioriste, excluant tout hasard et tout non-sens psychique, ainsi que Freud lui-même (mais aussi Lacan) l'a déclaré à de multiples reprises dans plusieurs de ses livres et surtout dans le chapitre 12 de la « Psychopathologie de la vie quotidienne ».

Là encore, si l'on tient compte (comme on doit le faire) de ce qui est impliqué, stricto sensu, par les affirmations de Freud au sujet du déterminisme psychique, il est logiquement impossible de ne pas trouver partout, et pour tous les types d'exemples possibles aussi insignifiants et subtils qu'ils puissent être, des confirmations de cette hypothèse, et jamais des réfutations.

En somme, on ne peut pas dire avoir testé la théorie de l'inconscient de Freud sans avoir tenu compte de son postulat déterministe, ou en l'ayant discrètement éludé.

Si l'on veut, par contre, tester la théorie de l'inconscient de Freud, en tenant compte des exigences strictes de son déterminisme dont elle dépend indissociablement, on est obligé, comme le démontra Karl Popper dans son livre « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », de se soumettre au fameux « principe de responsabilité renforcé » dont parle Popper. C'est-à-dire que l'on est obligé de fournir les moyens de calculer, avant une prédiction, les mesures possibles des conditions initiales qui pourraient en être déduites, en rendant compte par avance, de toute erreur possible aussi infinitésimale soit-elle, de telle sorte que cela priverait le prédicteur du droit de plaider que les conditions initiales n'étaient pas suffisamment précises avant la réalisation de son projet de prédiction, en cas d'échec, même infime de ce dernier.

En somme, si les comportements des élèves à l'égard des chiffres sont, selon cette hypothèse, soumis à la théorie de l'inconscient de Freud, alors cette hypothèse n'est pas testable. Il est impossible d'en connaitre les limites en identifiant expérimentalement la manière dont elle pourrait être contredite par les faits, puisque en dépendant du déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard et tout non-sens, aucun fait ne peut entrer en contraction avec la théorie.

On ne peut donc effectuer aucun test sur lequel fonder notre croyance en une valeur explicative, descriptive ou prédictive de cette théorie. Nous ne saurons donc jamais si cette théorie est fausse, ou à quel point et dans quelle mesure (scientifiquement reproductible de manière indépendante) elle s'approche de la vérité, c'est-à-dire d'un certain degré de correspondance avec les faits. Comme il est impossible de savoir si la théorie est fausse ou si elle peut être vraie, cette théorie, ni « vraie », ni fausse, est donc sans aucun fondement empirique. Elle n'a strictement aucune valeur descriptive, explicative et prédictive universelle corroborable et corroborée par des tests.

« Cette recherche a pour objectif de faire apparaître les composantes fantasmatiques de l'objet nombre. »

« Nous pourrons également observer l'expression symbolique et les mécanismes de défense mis en jeu ainsi que les différentes stratégies pour lutter contre la prise de conscience de mobiles inconscients, avec les frustrations et les angoisses qui peuvent en résulter. »

Il s'agit donc au préalable d'identifier quelle est la théorie universelle du fantasme, puis du symbole, puis de la frustration, puis de l'angoisse...et à quelle théorie de l'inconscient puis du déterminisme psychique inconscient tout cela se rattache. Mais si c'est de la théorie de Freud dont il est question, (et c'est bien d'elle dont il est question) alors on retombe dans les critiques précédentes.


2. Un exemple de la méthode de recherche employée :

« Les élèves ne connaissaient pas la finalité du test et ont participé avec le seul souci de réaliser une rédaction. Le texte proposé était le suivant :
Après avoir parcouru des plaines et traversé des montagnes vous arrivez au pays des chiffres. Racontez ce que vous observez et ce que vous ressentez. »

Contrairement à ce que croît l'auteur, la « finalité » du test est fortement suggérée aux élèves dans le sujet de la rédaction. Comment, en effet, l'élève, ne peut-il penser à quelque chose d'incongru, de fantasmatique, d'onirique, d'imagé, de symbolique, si on lui demande de réfléchir à la relation qu'il pourrait y avoir entre deux situations totalement différentes en nature, puisque la première est empiriquement possible, alors que la seconde, imaginaire, ne l'est pas : se promener dans les montages, ce qui peut être plausible dans le réel, et arriver dans le pays des chiffres, ce qui n'est possible que dans l'univers de l'imaginaire ?

Il ne s'agit donc, ici, nullement de demander aux élèves de faire des « associations libres » (de toute suggestion de l'expérimentateur ou même du dispositif expérimental), mais d'amener indiscutablement l'élève à répondre dans le sens de « l'hypothèse » de recherche. C'est l'évidence même.

Dans la recherche que propose l'auteur, il est impossible que le sujet d'expérience (l'élève), ne sache pas ce qu'il fait et qui correspond à la demande de l'expérimentateur : il ne peut ignorer qu'il fait fonctionner son imaginaire, pour éventuellement créer de toute pièce des relations qui ne se trouvaient pas forcément « déjà-là » dans son inconscient. Toute la réponse de l'élève, comme sujet d'expérience, n'est pas une fabrication autonome, indépendante du protocole, elle est en réalité une fabrication à deux personnes, le sujet d'expérience, et l'expérimentateur.

Ce commentaire peut se rapprocher de la critique que fait Mikkel Borch-Jacobsen dans « Folies à plusieurs », et, plus récemment dans « La guerre des psys. Manifeste pour une psychothérapie démocratique », à propos de l'hypnose, de la psychologie, de la psychanalyse, et, finalement de l'existence de l'inconscient, et des « fonctions » mêmes de cette prétendue existence. Nous citerons quelques passages du chapitre de ce dernier livre, intitulé : « l'inconscient simulé », lesquels nous semblent, par analogie, répondre de manière adéquate au problème que nous soulevons au sujet de la validité méthodologique de la recherche de Benoît Mauret.

Page 39 : « (...) C'est à la seule condition que le sujet ne sache pas ce qu'il fait pendant qu'il est hypnotisé qu'on peut parler d'un état objectif, susceptible d'être étudié « en troisième personne » par le psychologue. Si le sujet, par contre, était conscient d'obéir aux suggestions de l'hypnotiseur, le psychologue verrait son objet disparaître devant ses yeux : le soi-disant « hypnotisé » aurait tout simplement accédé aux demandes de l'hypnotiseur, que ce soit par jeu, complaisance ou simple politesse. (...) ».

En effet, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, le sujet de rédaction incite les élèves à répondre dans le sens de ce qu'on leur demande, sur la nature même de leur participation. Ce sujet revient à demander aux élèves : « voilà, je cherche à mettre en évidence un lien entre les nombres et vos fantasmes, vos angoisses, vos frustrations, vos pulsions, voulez-vous m'aider ? ».

Ensuite, Borch-Jacobsen, reprenant un commentaire de Sigmund Freud au sujet du rôle de l'inconscient dans le récepteur de l'ordre (celui à qui l'hypnotiseur demande de faire certaines choses), met en évidence le fait que « l'objectivité des phénomènes hypnotiques est entièrement suspendue à l'hypothèse d'un inconscient psychique », ce qui explique que « les injonctions de l'hypnotiseur soient si souvent des demandes d'inconscient ou du moins d'inconscience : « Dormez. » « Vous ne vous souviendrez plus de rien. » etc. » Mais cette demande d'inconscient pourraient bien être que le reflet complaisant des attentes, expectatives et suggestions de l'hypnotiseur. Ensuite, Borch-Jacobsen, souligne que « la demande d'inconscient, en ce sens, est une demande d'ignorer la demande ; il faut que le sujet donne des gages qu'il va accepter de jouer le jeu comme si de rien n'était, comme s'il ne savait pas qu'il s'agit d'un jeu qu'il joue avec l'hypnotiseur.(...) »

Enfin, Borch-Jacobsen en vient à cette constatation cruciale, non plus à propos de l'hypnose mais à propos de la psychanalyse, page 42 :

« La règle du jeu analytique exige que les patients ne sachent pas pourquoi ils aiment leur analyste, pourquoi ils ont des rêves œdipiens ou des phantasmes de castration, faute de quoi ces manifestations réputées spontanées de l'inconscient risqueraient fort d'apparaître comme un produit des demandes inhérentes au dispositif analytique lui-même et la théorie psychanalytique ne se distinguerait plus, dès lors, d'une banale entreprise de suggestion. Voilà pourquoi il faut l'inconscient : pour protéger le thérapeute ou le psychologue contre l'accusation de contaminer ses données, pour empêcher que celles-ci n'apparaissent comme le fruit d'une interaction entre le sujet et l'expérimentateur, le patient et le thérapeute. En ce sens, l'inconscient n'est pas quelque chose qui aurait été « découvert » un beau jour par Freud ou par les hypnotiseurs qui l'ont précédé. C'est un impératif, une impérieuse demande d'objectivation de la part du psychologue scientifique, sans laquelle son objet n'existerait tout simplement pas : « Sois inconscient ». »

Toutefois, et en s'appuyant sur les travaux de Delbeuf, lequel affirmait qu'au cours de l'hypnose, les sujets simulaient inconsciemment tout ce qu'on leur demandait, Borch-Jacobsen montre que la théorie de l'inconscient, par cette voie, se retrouve confortée. Mais Borch-Jacobsen conteste l'affirmation de Delbeuf en posant la question de savoir comment Delbeuf pouvait être aussi sûr qu'il y a simulation « inconsciente ». Il s'appuie ensuite sur les travaux d'Ernest Hilgard qui ont démontré qu'il suffisait d'interroger un sujet sous hypnose pour que celui-ci rapporte qu'il y avait eu, tout au long du processus d'hypnose, « un observateur caché qui assistait au théâtre de la transe ». Il suffit donc, en vient à écrire Borch-Jacobsen, de faire une autre demande pour obtenir une autre réponse. Et il en conclut, à juste titre, « que l'on ne peut attribuer aucune caractéristique propre à l'hypnose - pas même l'inconscience. »

Notre critique de la méthode de recherche de Benoît Mauret repose donc sur les mêmes arguments de Borch-Jacobsen concernant l'hypnose. Ce dernier identifie d'ailleurs le même problème pour la méthode des associations libres de Freud qu'il ne juge pas moins suggestive que celle de l'hypnose en ce qu'elle comporte exactement la même « demande d'inconscient ».

Le sujet de rédaction posé par Benoît Mauret avait pour but d'inciter les élèves à produire des « associations libres » sur les nombres, en relation directe avec leurs fantasmes. Comme nous le démontrons, cette méthode ne peut être, en aucun cas probante. Soulignons que Adolf Grünbaum, dans son livre « La psychanalyse à l'épreuve », en arrive aux mêmes conclusions sur l'efficacité de la méthode des associations libres lorsqu'elle est employée par Freud pour, soi-disant, mettre en évidence de manière indépendante de toute suggestion et autres manipulations diverses de Freud, les désirs inconscients refoulés de ses patients. Adolf Grünbaum estime en conclusion, que tout le système échafaudé par Freud n'est qu'un champ de ruines.


3. Proposition d'une méthode de recherche que nous estimons conforme aux exigences freudiennes mais qui ne peut écarter toute possibilité de suggestion :

Nous allons auparavant, relater, par quelques citations tirées d'« Introduction à la psychanalyse » (Petite bibliothèque Payot), et que nous commenterons, la façon dont Freud pouvait entrevoir des expériences sur les nombres et les mots isolés à partir de la méthode des associations libres. Il écrit page 93 :

« (...) J'ai fait de nombreuses expériences de ce genre sur les noms et les nombres pensés au hasard. D'autres ont, après moi, répété les mêmes expériences dont beaucoup ont été publiées. On procède en éveillant, à propos du nom pensé, des associations suivies, lesquelles ne sont plus alors tout à fait libres, mais se trouvent rattachées les unes aux autres comme les idées évoquées à propos des éléments du rêve. On continue jusqu'à ce que la simulation à former ces associations soit épuisée. L'expérience terminée, on se trouve en présence de l'explication donnant les raisons qui ont présidé à la libre évocation d'un nom donné et faisant comprendre l'importance que ce nom peut avoir pour le sujet de l'expérience. Les expériences donnent toujours les mêmes résultats, portent sur des cas extrêmement nombreux et nécessitent de nombreux développements. Les associations que font naître les nombres librement pensés sont peut-être les plus probantes : elles se déroulent avec une rapidité telle et tendent vers un but caché avec une certitude tellement incompréhensible qu'on se trouve vraiment désemparé lorsqu'on assiste à leur succession ».

Comme on peut le lire, Freud parle d'expériences qui auraient été répétées, donc ayant une valeur indépendante et intersubjective. Mais il ne parle absolument pas du calcul de la précision des conditions initiales de ses expériences, et pour cause...Il reconnaît surtout que les associations « ne sont plus alors tout à fait libres » et qu'il y a donc bien contamination de l'expérience par ses propres attentes ! Comme Freud suggère totalement les réponses qu'il attend, il n'est pas étonnant qu'il parle, non sans mauvaise foi, d'une « certitude tellement incompréhensible qu'on se trouve vraiment désemparé lorsqu'on assiste à leur succession ». Enfin, Freud prétend avoir travaillé sur des cas « extrêmement nombreux ». Mais où sont-ils ? A-t-il jamais publié des statistiques, des mesures ? Nous parle-t-il des conditions initiales de testabilité de ses soi-disant expériences ? Y avait-il des témoins indépendants dans son cabinet pour contrôler ses expériences (les historiens nous apprennent que Freud n'a jamais admis le moindre témoin dans son cabinet, au contraire de Charcot, par exemple) ? Quelle différence fait Freud entre les « raisons » dont il parle, et les « causes » qui sont plus appropriées à sa version déterministe des phénomènes psychiques ? Et, par-dessus tout, si, comme il l'avance, les nombres et les mots isolés seraient déterminés de façon aussi stricte, pourquoi ne propose-t-il aucune expérience de prédictions où il n'aurait pas, au préalable, suggéré ses sujets d'expérience, et où les résultats obtenus, sur des nombres composés de n'importe quel nombre de chiffres, seraient prédits en éliminant à l'avance tout risque d'erreur ?

Mais Sigmund Freud, va encore plus loin. Voici maintenant ce qu'il propose page 94 :

« Un jour, en parlant de cette question à un de mes jeunes clients, j'ai formulé cette proposition que, malgré toutes les apparences de l'arbitraire, chaque nom librement pensé est déterminé de près par les circonstances les plus proches, par les particularités du sujet de l'expérience et par sa situation momentanée. Comme il en doutait, je lui proposai de faire séance tenante une expérience de ce genre. Le sachant très assidu auprès des femmes, je croyais, qu'invité à penser librement à un nom de femme, il n'aurait que l'embarras du choix. Il en convient. Mais à mon étonnement, et surtout peut-être au sien, au lieu de m'accabler d'une avalanche de noms féminins, il reste muet pendant un instant et m'avoue ensuite qu'un seul nom, à l'exception de tout autre, lui vient à l'esprit : Albine. « C'est étonnant, lui dis-je, mais qu'est-ce qui se rattache dans votre esprit à ce nom ? Combien connaissez-vous de femmes s'appelant Albine, et il ne voit rien qui dans son esprit se rattache à ce nom. On aurait pu croire que l'analyse avait échoué. En réalité, elle était seulement achevée, et pour expliquer son résultat, aucune nouvelle idée n'était nécessaire. Mon jeune homme était excessivement blond, et, au cours du traitement, je l'ai à plusieurs reprises traité en plaisantant d'albinos ; en outre, nous étions occupés, à l'époque où a eu lieu l'expérience, à établir ce qu'il y avait de féminin dans sa constitution. Il était donc lui-même cette Albine, cette femme qui à ce moment-là l'intéressait le plus. »

Dans la citation qui précède, on constate que Freud reconnaît lui-même que les diverses caractéristiques d'une expérience, sont de nature à contaminer les réponses des sujets d'expérience ! Ensuite, il réitère la formule d'un nom soi-disant « librement pensé » (« Albine »), dans un protocole d'expérience dont il a reconnu auparavant qu'il ne pouvait que contaminer la réponse du sujet en lui suggérant comment répondre. Pour couronner le tout, Freud décrit lui-même, quelles furent les modalités de la suggestion qui ont amené son patient à dire « Albine » à l'exclusion de tout autre mot, donc selon un déterminisme psychique absolu. Mais pourquoi devrions-nous croire Freud, lui, qui n'a jamais admis de témoins pour contrôler ses prétendues « expériences » de manière indépendante ? Quand on se réfère à tous les mensonges, toutes les fabrications, sans aucun précédent dans l'histoire des sciences, sur ses données cliniques, on est déjà porté à rejeter les « preuves » qu'il nous propose. Mais surtout, si la force de sa suggestion était telle, à la suite de sa plaisanterie, (« albinos »), et aussi compte tenu des caractéristiques propres à son patient, pourquoi Freud n'a-t-il pas tenté de prédire que sont patient dirait « Albine », plutôt que de se livrer à une rétrodiction pour le moins douteuse ? Qu'aurait dit Freud, si au lieu de « Albine », le patient avait dit « Alpine » ? Dans les deux mots, il y a bien « al » (faisant référence à « al-binos »), mais dans le deuxième, il y a « pine » (faisant référence au pénis, donc, indirectement, au penchant de son patient pour les femmes. Comme quoi, le symbolisme freudien est à la portée de tous...). Mais « Alpine » est un nom qui a un sens connu, et qui désigne ce qui se rattache aux Alpes. A n'en pas douter, voilà qui n'aurait pas mis la théorie de Freud en échec, puisque, comme il le dit, en tenant compte des « circonstances les plus proches », et surtout que, s'agissant des mots, des nombres ou des rêves, ce n'est pas tant le « contenu manifeste » qui est significatif, mais le « sens caché » , Freud aurait très bien pu dire qu'il faut chercher les motifs sexuels inconscients qui sont liés à la formulation du mot « Alpine ». Ce que nous avons essayé de démontrer, c'est que la nature des théories de Freud, ainsi que celle des expériences qu'il propose, ne peuvent pas mettre ses interprétations et ses théories en échec. C'est impossible, tant que Freud ne nous dit absolument rien sur le degré de précision requis pour des prédictions et non des rétrodictions qui pourraient être réalisées sur la base de ses théories.

Avant d'en venir à notre proposition d'expérience, qui elle, tente des prédictions, voici comment Freud se contredit à propos de l'importance de la suggestion, lui qui a affirmé sans équivoque dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », que les mots et les nombres, étaient les meilleurs exemples, dans lesquels la suggestion si souvent incriminée du médecin pouvait être exclue avec une certitude absolue. Page 223 (« Introduction à la psychanalyse ») :

« Si les paroles et les suggestions du médecin ont acquis une certaine importance, elles s'intercalent dans l'ensemble des restes diurnes et peuvent, tout comme les autres intérêts affectifs du jour, non encore satisfaits, fournir au rêve des excitations psychiques et agir à l'égal des excitations somatiques qui influence le dormeur pendant le sommeil. De même que les autres agents excitateurs de rêves, les idées éveillées par le médecin peuvent apparaître dans le rêve manifeste ou être découvertes dans le contenu latent du rêve. Nous savons qu'il est possible de provoquer expérimentalement des rêves ou, plus exactement, d'introduire dans un rêve une partie des matériaux du rêve. De ces influences exercées sur les patients, l'analyste joue un rôle identique à celui de l'expérimentateur qui, comme Mourly-Vold, fait adopter aux membres des sujets de ses expériences certaines attitudes déterminées. »

La dernière partie de la citation qui précède est suffisamment édifiante et ne nécessite aucun commentaire.

 

Comment pouvait-on proposer une expérience qui aurait pu être réalisée en essayant d'éviter le problème de la suggestion (mais finalement sans y réussir) et surtout en respectant les célèbres injonctions de Freud sur le déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard, injonctions sans lesquelles on parle d'une toute autre théorie de l'inconscient que celle de Freud ?

Soit quatre moments M1 ; M2 ; M3 et M4.

En M1, le sujet d'expérience ignore tout de ce que va demander l'expérimentateur.

En M2, l'expérimentateur fait entrer le sujet dans une pièce vierge de toute image, de tout symbole, de tout objet, sauf le nécessaire minimal à l'éclairage. Il s'enferme avec le sujet, et deux contrôleurs observent l'expérimentation, derrière une glace sans teint, afin de contrôler tous les faits et gestes ayant eu lieu au cours de l'expérimentation. Ce sujet d'expérience a ceci de particulier qu'il a été choisi pour ne rien connaitre de la psychanalyse et de Sigmund Freud. Il n'a jamais été analysé.

Toujours en M2, l'expérimentateur dit ceci : « je vais te donner verbalement et successivement une série de nombres, et après chaque nombre donné, tu auras 20 secondes pour dire tout ce qui te passe par la tête. » Puis l'expérimentateur donne successivement les nombres suivants : « 123 » ; « 5689544 » ; « 45 » ; « 9638527411 » ; « 3658 » ; « 8563 » ; « 6538 » ; « 5853 » ; « 7852222 ».

Dans cette première expérience, on prédit que le sujet, répondra des mots ou mieux des phrases très précises qui révèlent, selon la théorie de Freud, ses fantasmes, ses pulsions, ses angoisses, ses frustrations. Conformément au postulat freudien du déterminisme psychique absolu, on prédit donc que si les réponses données par le sujet s'écartent aussi faiblement que ce soit des réponses attendues, le test prouve l'échec de la théorie.

Mais ceci pose immédiatement certains problèmes insurmontables :

- si, comme le dit Freud, tous les nombres sont rigoureusement déterminés, il y a donc une cause stricte, spécifique pour chacun d'entre eux, qui ne peut donc être identique à une autre. Ensuite, si, comme le dit Benoît Mauret, la formulation des nombres est liée aux fantasmes du sujet, alors, chaque nombre de notre expérience, et même la place de chaque chiffre dans chaque nombre, doit être liée par une relation stricte de cause à effet, à un fantasme précis, unique en son genre. Ceci implique que pour que notre expérience réussisse, il faut prédire avec une exactitude absolue, la réalité des fantasmes qui seraient reliés à « 123 » ; « 5689544 » ; « 45 » ; « 9638527411 » ; « 3658 » ; « 8563 » ; « 6538 » ; « 5853 » ; « 7852222 » ! Mais, après tout, pourquoi pas : « 54687165716571671 » ; « 465165716414561 » ; « 687164516416416451654165 » ; etc ? On objectera cependant, que les nombres choisis pour l'expérience, n'ont pas été choisis par le sujet, et que, par conséquent, ils ne peuvent avoir strictement aucun sens pour lui, donc qu'il est tout à fait impossible qu'il puisse y relier une quelconque émotion qu'elle qu'en soit sa nature (ce qui rendrait l'expérience inutile). On modifiera alors l'expérience selon les modalités suivantes : on demande au sujet de formuler par écrit, successivement, les nombres de son choix, en précisant que le nombre de chiffres par nombre importe peu, mais que pour les besoins de l'expérience il devra se limiter à 20 chiffres par nombre. On donne donc un temps de 20 secondes pour que le sujet formule le premier nombre. Puis, après la formulation, on demande au sujet ce que ce nombre « signifie pour lui qui l'a choisit ». Mais avec une telle expérience, on induit fortement le sujet à répondre dans le sens des attentes de l'expérimentateur, car la nature de la demande est totalement incongrue du fait même du protocole. Pourquoi, en effet, un nombre tel que « 46154716716871687 » et qui pourrait être écrit par le sujet, devrait-il avoir un sens, si ce n'est en le créant de toute pièce, pour répondre aux attentes de l'expérimentateur ? Ici, on se rend bien compte, que n'importe quel sujet ou presque est capable de faire fonctionner son imaginaire pour donner du sens à n'importe quel nombre. C'est logiquement possible. Avec de l'imagination, on peut trouver un « sens fantasmatique » à ce nombre : « 87164164516451654164516540178171841654 », ou à n'importe quel autre.

- le sujet se retrouverait, dans cette nouvelle situation expérimentale, pratiquement dans la même situation proposée par Benoît Mauret à partir d'un sujet de rédaction. Parce que demander à un individu de dire tout ce qui lui passe par la tête après la simple formulation successive de nombres par une tierce personne, est suffisamment incongru et bizarre pour ne pas l'inciter à répondre de manière « incongrue et bizarre ». A supposer maintenant le cas contraire, où le sujet aurait compris immédiatement ce que l'on attend de lui, c'est-à-dire qu'il ne considèrerait pas les requêtes de l'expérimentateur comme incongrues et bizarres, alors l'on aurait toutes les raisons de penser qu'il s'emploierait à répondre dans le sens des attentes de l'expérimentateur. Par exemple, après le nombre « 7852222 », il pourrait répondre : « je me vois en millionnaire ».

- il est impossible de contrôler la précision dans le résultat de chaque prédiction par rapport au projet en respectant le principe du déterminisme psychique absolu de Freud. Parce que l'on part d'une donnée quantitative, un nombre, pour en attendre une donnée qualitative, une phrase, ou quelques mots. A la rigueur on pourrait estimer que l'expérience réussit si à la suite de « 123 », le sujet répond une phrase jugée « chargée d'affects » comme « je pense à un énorme chien avec deux crocs brillants et trois têtes horribles » ; ou si à la suite de « 45 », il répond , « je pense à mon frère tuant mon père avec un colt 45 ». Dans la seconde réponse, l'expérimentateur pourrait y voir un « conflit œdipien latent ». Peut-être pensera-t-on que les réponses du sujet satisfont finalement au principe du déterminisme psychique absolu, si après chaque nombre, il répond une phrase chargée d'affects ou interprétée comme telle. Mais tout le problème reste encore celui de l'interprétation dans le sens de la théorie freudienne, grâce, notamment, à la fonction du symbole et au jeu des ambivalences. Et même en l'absence de réponse chargée d'affects, l'expérimentateur pourrait toujours faire intervenir l'argument du refoulé : si l'on ne trouve aucun signe d'angoisse, de frustration ou de pulsion dans les réponses du sujet, c'est qu'il les refoule inconsciemment. Mais en employant un tel argument, l'hypothèse de recherche est absolument irréfutable.

- comment donc s'assurer que l'expérimentateur n'interprète pas chaque réponse du sujet dans le sens de la théorie de Freud ? Nous posons ici, le problème des options théoriques de l'expérimentateur qui se trouve dans la situation d'interpréter de façon freudienne, dans un protocole freudien, des objets (fantasmes, pulsions, angoisses, frustrations), freudiens. C'est comme si Newton interprétait la gravitation avec des éléments gravitationnels, ne pouvant ainsi éviter le piège de la circularité.

- comment être sûr que l'expérimentateur ne contamine pas les réponses du sujet avec ses propres fantasmes, angoisses et frustrations ? [Mais comme nous l'avons vu plus haut avec l'analyse de Borch-Jacobsen sur l'hypnose, ceci rendrait raison à une possible objectivation de l'inconscient et du déterminisme psychique absolu, puisque si, d'un côté, le sujet ne corrobore pas l'hypothèse à cause de la suggestion inconsciente ou consciente de l'expérimentateur, on peut, grâce à l'interprétation, faire en sorte que ce soit l'expérimentateur lui-même qui la corrobore à son insu ! Ceci, comme on l'a vu plus haut, rend toute théorie de l'inconscient caduque et inutile].

- dans le cas où les réponses d'un ou plusieurs sujets seraient jugées comme satisfaisantes, il n'y a aucune base suffisamment étendue sur laquelle se fonder pour en conclure à la vérification d'une loi universelle, sauf, bien entendu une procédure entièrement inductive, donc invalide.

- mais, en fin de compte, la difficulté majeure, réside dans le fait que l'on ne puisse calculer « la précision des mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales » (Popper, p.11), si l'on reste conforme au postulat du déterminisme psychique absolu et aprioriste de Freud. En effet, comment calculer, à partir de notre projet de prédiction spécifié (à la suite d'un nombre formulé par l'expérimentateur, tel que, « 6538 », le sujet répondrait quelque chose, un mot, une phrase, tout autre chose, sous la forme d'une association libre...), « le degré de précision nécessaire dans notre information de départ pour que le projet puisse être mené à bien » ? (Popper, p.13). Par exemple, si nous disons « 6538 », comment déterminer à l'avance, et avec une précision absolue, la manière de calculer la marge d'erreur qui pourrait se produire entre deux réponses données par le sujet, sachant que conformément au déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non sens, toute différence, aussi infime soit-elle, dans le choix, le nombre et la place de chaque mot, de chaque lettre, dans une réponse du sujet, pourrait constituer une falsification empirique de la théorie ? Même une analyse préalable et aussi longue que l'on voudra, des « caractéristiques psychiques » du sujet d'expérience, ne pourrait logiquement jamais constituer une base de connaissances suffisamment étendue pour maîtriser de manière certaine n'importe que degré de précision dans les mesures possibles du calcul des conditions initiales d'un tel projet de prédiction. Donc, faut-il le répéter encore, la théorie de l'inconscient de Freud, parce qu'elle ne peut être dissociée de son postulat déterministe si spécifique et intenable (à cause des affirmations répétées de Freud sur ses convictions déterministes en relation avec l'inconscient), ne peut, en aucun cas être falsifiable, et, par suite, être soumise à des tests. Il ne s'agit pas de science, mais de pseudo-science.

 

Que peut maintenant répondre, logiquement, le sujet d'expérience, à supposer qu'il ne soit pas suggéré par le protocole expérimental ? Le champ des réponses possibles lui est théoriquement infini. (Mais, comme nous l'avons vu, il est impossible de concevoir une expérience de telle sorte que le sujet ne soit pas suggéré à répondre dans le sens de ce qu'on lui demande).

- d'autres nombres...

- des mots isolés...

- des séries de deux mots...ou de plusieurs sans liens logiques entres eux...

- des séries composées de nombres et de mots isolés...

- des phrases cohérentes sans nombre...

- des phrases cohérentes avec des nombres...

- etc...

En M3, l'expérimentateur fait sortir son premier sujet d'expérience, et demande à un autre sujet qui n'a pu assister à l'expérience ou voir le sujet précédent, de rentrer dans la pièce. Ce second sujet d'expérience a ceci de particulier qu'il a été analysé pendant 5 années à partir de la thérapie freudienne et de sa théorie de l'inconscient, mais sans que jamais on lui ait posé des questions sur les nombres. On connaît donc, à l'avance, les fantasmes, les rêves, les obsessions, les névroses, les affects les plus courants de ce sujet.

Les requêtes de l'expérimentateur vont porter sur des mots qui font références à ces caractéristiques connues du sujet.

L'expérimentateur dit : « je vais te donner successivement une série de mots ou de phrases, et après chaque mot ou chaque phrase, tu auras 20 secondes pour dire tout ce qui te passe par la tête. » (Donc on va demander au sujet de faire des « associations libres » apparemment en dehors de tout risque de suggestion dans le sens de l'une ou l'autre des attentes de l'expérimentateur). Puis l'expérimentateur donne successivement les mots et les phrases que l'on retrouvera un peu plus bas (lesquels ont été préparés à l'avance ainsi que leurs réponses attendues respectives, en tenant compte des caractéristiques propres au sujet).

Il s'agit donc de prédictions. On prédit que si l'on prononce tels mots ou phrases, autres que celles faisant référence à une date quelconque, le sujet fera inévitablement et avec une précision absolue, en conformité avec le déterminisme psychique freudien, des relations avec certains nombres, et qu'il les formulera à l'exclusion de tout autre chose. On prédit même, pour être bien conforme au postulat du déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non sens, que tel nombre sera même formulé avec un nombre précis de membres lesquels seront à une place précise dans le nombre. Cette règle s'appliquant à tous les autres nombres prédits sans exception. Toujours conformément à la règle rigide du déterminisme freudien, une seule erreur, par exemple un chiffre dans un nombre qui ne se trouverait pas à sa place prédite, pourrait réfuter l'hypothèse.

Puis l'expérimentateur demande : « elle est belle... » => réponse prédite : « 69 ». « les rats sont terrifiants » => réponse : « 1734 » ; « Vienne » => réponse : « 5412589 » ; « il a envie de voler avec les milans » => réponse : « 100123 » ; « ses seins sont comme des poires noires » => réponse : « 35897458 » ; « il y a des loups dans ma chambre » => réponse : « 7 » ; « Aliquis » => réponse : « 2467 » ; « tagenrog » => réponse : « 426718 ».

(Les nombres 1734 ; 2467 ; 426718 ; et les mots « aliquis » et « tagenrog », que j'ai pris en exemple ici, furent aussi interprétés par Freud lui-même dans son « Psychopathologie de la vie quotidienne » pour soi-disant prouver le déterminisme psychique absolu).

Que peut répondre le sujet d'expérience, s'il n'est pas (en principe) suggéré dans ses réponses ?

Tout ce que le précédent sujet aurait pu répondre précédemment, mais, on l'espère, plutôt tous les nombres prédits par l'expérimentateur freudien, et ce, sans la moindre erreur possible. Car l'erreur, même la plus infime (comment la connaître avec exactitude étant donné que l'infinitésimal est inaccessible apriori ?), pourrait signifier l'échec d'une théorie de l'inconscient fondée sur un déterminisme absolu excluant tout hasard et tout non-sens et donc de la possible détermination causale de fantasmes afférents.

Il faut insister sur la réussite de prédictions pour bien mettre en évidence, (comme le fait remarquer Jacques Bouveresse dans son livre « Mythologie, philosophie, et pseudo-science, Wittgenstein lecteur de Freud »), « qu'un processus qui peut être prédit avec certitude est d'une manière ou d'une autre causalement déterminé, et qu'inversement le caractère causalement déterminé d'un processus implique la possibilité de le prévoir ».

Je prétends que seul un test de ce type respecte à la lettre les injonctions freudiennes sur le déterminisme psychique absolu sur les nombres, d'une part, et, d'autre part, pourrait, s'il était réalisable, corroborer de manière indépendante et reproductible une forte corrélation (voire une corrélation absolue d'une valeur de 1), entre les fantasmes du sujet d'expérience et sa propension à en déterminer le choix de nombres. Mais un tel test est, certes envisageable en théorie, ne l'est, malgré les apparences, pas du tout en pratique. Parce si nous avons donné des exemples de nombres censés être prédictibles, rien ne nous permet de justifier le choix apriori du nombre de membres dans chacun des ces nombres ! Pas même une analyse préalable de l'inconscient du sujet d'expérience, puisque cette analyse, se faisant elle aussi par la méthode des associations libres (ou peut-être une autre méthode comme l'hypnose), ne pourrait être exempte de l'accusation de suggestion des réponses de l'analysé dans le sens où ses réponses nous permettraient de nous orienter vers le choix de ces nombres, choix qui correspondrait, en réalité, à nos attentes de départ...

Mais on jugera encore l'expérience proposée en M3 comme bancale, pour cette raison qu'il ne serait pas préjudiciable pour l'hypothèse de départ, que d'inciter le sujet à répondre spécifiquement des nombres. On objectera donc qu'il faut que le sujet réponde des nombres, mais que l'hypothèse exige que ce ne soit pas n'importe quel nombre (avec une précision absolue, toujours en conformité avec le déterminisme psychique absolu).

L'expérience maintenant proposée en M4, consistera donc en ceci :

On fait entrer un autre sujet d'expérience, lui aussi analysé pendant 5 années, lors desquelles on aura pris soin de ne faire allusion à aucune date ou nombre particulier. On lui pose les mêmes questions que pour le sujet en M3, en lui précisant qu'il doit répondre les nombres qui lui passent par la tête, et uniquement des nombres. On prédit donc que pour chaque mot ou phrase donnée au sujet (exactement comme en M3), ce dernier répondra seuls certains nombres précis, comportant tous un nombre précis de chiffres, eux-mêmes agencés dans un ordre précis. On est obligé d'entrevoir une telle précision, car si le sujet peur répondre n'importe quel nombre, alors il sera par trop évident que le sujet ne fait que plier ses réponses directement aux injonctions du protocole expérimental.

Comme on le constate aisément, une telle expérience n'a aucune chance de réussir. Puisque si il y a bien un lien inconscient de cause à effet entre les fantasmes et les nombres, lien inconscient lui-même régit par un déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard, et si l'on veut montrer que les réponses du sujet (qui selon Freud ne doivent rien au hasard) ne peuvent être majoritairement suggérées par le protocole expérimental, alors, on est obligé de faire des prédictions dont les résultats auront une précision exacte. En effet, si l'on était pas capable de prédire avec exactitude la formulation d'un nombre où chaque chiffre est à sa place, alors on pourrait rejeter le résultat de la prédiction en arguant du fait que le nombre donné par le sujet est différent de celui prédit par l'expérimentateur ! Par exemple, si à la suite de la requête suivante de l'expérimentateur : « ses seins sont comme des poires noires », le sujet répond : « 3580058 » au lieu de : « 35897458 » (initialement prédit), alors la différence entre les deux nombres, même si elle porte sur un chiffre ou sur la place d'un chiffre, suffit à réfuter l'hypothèse de recherche.

Mais envisageons, pour terminer, une autre expérience, à un moment M5 :

Dans cette expérience, on fait entrer un autre sujet, lui aussi analysé pendant 5 ans, ce qui est supposé permettre, comme pour les précédents sujets, une connaissance suffisamment étendue de ses caractéristiques psychiques, afin de réaliser certaines prédictions.

Toutefois, cette expérience ne sera pas « freudienne », dans le mesure où elle abandonnera le principe du déterminisme psychique absolu, pour s'en tenir à un déterminisme relatif. Ce déterminisme relatif impliquera que l'expérimentateur prédit par exemple, que les réponses sur des nombres, relatives à des questions sur certains fantasmes, auront tel nombre de chiffres par rapport à d'autres réponses possibles. L'expérimentateur, forme donc, de manière hypothétique des classifications universelles, du genre :

H1 : « Tous les fantasmes liés à la pulsion de mort suscitent la formulation de nombres dont le nombre de chiffres est compris entre 1 et 3 (exemple : 666) ».

H2 : « Tous les fantasmes liés à la pulsion de vie suscitent la formulation de nombres dont le nombre de chiffres est compris entre 9 et 11(exemple : 5544444455) ».

Après d'autres recherches, et à partir de la corroboration des précédentes lois universelles, l'expérimentateur pourrait risquer des hypothèses toujours plus précises, en spécifiant, outre le nombre de chiffres par nombres, le type de chiffre, puis la place de chaque chiffre, et ainsi de suite...Tout cela dans le but de parvenir à corroborer des lois universelles permettant des classifications toujours plus précises et détaillées entre les nombres, par rapport aux fantasmes inconscients qui sont sensés en déterminer la formulation.

Comme nous l'avons dit plus haut, cette expérience n'aurait plus rien à voir avec la théorie de l'inconscient freudien, puisqu'elle évacue totalement le problème du déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard et tout non-sens.

Pourtant, nous considérons que cette expérience est réalisable en pratique. Il faudrait, comme en M4, demander au sujet de ne répondre que des nombres, suite aux demandes de l'expérimentateur, qui lui proposerait plusieurs items comme ceux cités plus en haut, en M3. On considèrerait que H1 (ou H2) est réfutée s'il y a un pourcentage jugé significatif de nombres formulés par le sujet, dont le nombre de chiffres se situe en dehors de l'intervalle prédit, et ce, de façon répétable, quels que soient les sujets (ou alors en faisant d'autres hypothèses en fonction de l'âge, du sexe, des névroses ou autres maladies psychiques particulières, etc).

Mais même dans ce dernier type d'expérience, nous pensons qu'il y a fort peu de chances pour que H1 ou H2 soit corroborée de manière satisfaisante. En effet, le sujet peut finir par discerner les questions qu'on lui pose, du fait de leur contenu respectif, et être tenté de donner volontairement des nombres de taille différente adapté à chaque type de question. Il « corroborerait » ainsi lui-même l'hypothèse de l'expérimentateur,...tout en répondant à en dehors de la fourchette prédite au départ...



« Suite à ces différents entretiens il est apparu des thèmes privilégiés et des représentations fortement chargées d'affectivité. La méthodologie employée consistait à faire parler librement les élèves sur les nombres. La passation des entretiens s'est réalisée durant le temps scolaire (au moment d'une heure d'étude). Pendant 45 minutes à une heure les élèves pouvaient s'exprimer sur leur vécu dans la relation avec les nombres. »

Ce genre de situation ne peut que suggérer le sujet d'expérience à répondre dans le sens de l'hypothèse et à en donner des confirmations. Elle ne peut, en aucun cas être une mise à l'épreuve de l'hypothèse afin d'en évaluer sa valeur descriptive, explicative et prédictive réelle. Dans la situation qu'il propose, l'auteur de ces recherches ne peut « faire parler librement les élèves », ou, dans le jargon freudien, leur demander des associations libres, sans leur suggérer ses attentes. Comme l'écrivait Popper, « si ce sont des confirmations que nous cherchons, nous pouvons toujours en trouver, pour à peu près n'importe qu'elle théorie ». Et la théorie de l'inconscient freudien assortie de son déterminisme, ne peut pas ne pas trouver partout des confirmations. Comme le disait Jacques Alain Miller, psychanalyste, lors d'un forum organisé par le Nouvel Observateur, où il était questionné par des internautes pour le moins sceptiques, « plutôt qu'une théorie zéro, je dirais qu'elle [la psychanalyse] est une théorie infinie ». Avec de tels propos, JAM ne se doutait pas qu'il était en train de confirmer l'une des critiques épistémologiques fondamentales de la psychanalyse, l'irréfutabilité.

Pour des travaux du plus haut niveau scientifique sur les nombres et l'intuition des nombres, par exemple, on sera beaucoup plus à son avantage en allant sur le site du Collège de France où sont présentés ceux du Professeur Stanislas DEHAENE, en psychologie expérimentale. Suivre les liens suivants :

Professeur Stanislas DEHAENE, Professeur au Collège de France, chaire de psychologie cognitive expérimentale.

Plan des cours 2005 - 2006. L'imagerie cérébrale en psychologie cognitive.

On peut aussi consulter les travaux de Lemer, Cathy : Représentations langagières des nombres dans la résolution de calculs mentaux complexes : Une approche par la mémoire à court-terme verbale. Université libre de Bruxelles. Dissertation défendue le 12 décembre. Direction : Jacqueline Leybaert & Alain Content, 2000. Suivre ce lien :

Lemer, Cathy.

Les travaux de Pascale LIDJI. Relations entre représentations mentales des nombres et représentations mentales des notes de musique. Suivre ce lien :

Pascale LIDJI.

Fernand DORIDOT. Génèse psychologique du système des nombres et formalisation de l'arithmétique. Suivre ce lien :

Fernand DORIDOT.

 



Publié par vdrpatrice à 11:31:55 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

Un résumé de la critique du déterminisme freudien. | 03 mars 2007

Introduction. Pour comprendre la position freudienne sur le déterminisme :

 

Comme pour la plupart des critiques d'une autre nature, comme par exemple les critiques historiques, les propos de Freud sont d'une importance capitale pour comprendre sa pensée et en restituer l'essentiel, en les replaçant dans leur contexte.

Au sujet des positions de Freud sur le déterminisme, le nombre et le contenu même des citations révélant les options sans équivoque de Freud, a pour objectif de démontrer à quel point il tenait à cette version du déterminisme qu'il défendra avec âpreté jusqu'à la fin de sa vie. (Sur ce point précis, Frank Sulloway, écrit dans « Freud biologiste de l'Esprit », Fayard, p. 87 : « Dans le travail scientifique auquel il consacra toute sa vie, Freud se caractérise par une foi inébranlable dans l'idée que tous les phénomènes de la vie, y compris ceux de la vie psychique, sont déterminés selon des règles inéluctables par le principe de la cause et de l'effet. (...) Qui plus est, que les réponses du patient fussent vérité ou fantasme, elles étaient toujours déterminées psychiquement, comme Freud l'expliquait devant la Société de psychanalyse de Vienne en 1910. »).

Les citations que l'on trouvera dans le présent article s'inscrivent directement dans ce contexte du déterminisme puisqu'elles sont tirées, pour la plupart d'entre elles du chapitre 12 de la « Psychopathologie de la vie quotidienne » (c'est-à-dire le dernier du livre) qui s'intitule : « Déterminisme, croyance au hasard et superstition ». Qui plus est, Freud introduit ce chapitre fondamental par les propos suivants :

Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.257 :

« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi : certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique [...] et certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. »

On remarque ici que Freud parle de « certaines » insuffisances et actes, donc, à priori, pas « toutes » les insuffisances et actes. L'on pourrait croire, par conséquent, que le postulat célèbre du déterminisme psychique absolu ne s'appliquerait que dans certains cas concernant la causalité psychique et non dans tous les cas. Autrement dit que l'individu n'est pas, selon Freud, entièrement soumis au principe du déterminisme qu'il propose. Mais après la lecture des diverses citations qui vont suivre, aussi et surtout de l'avis même d'un psychanalyste de renom, en la personne de Pierre-Henri Castel, l'on s'apercevra qu'il n'en est rien, considérant le fait que toute la thérapie psychanalytique ne s'intéresse qu'au psychique qui s'exprimerait par le biais des « associations libres » du patient...

 

1. Une grille de lecture : la critique du « déterminisme scientifique » de Karl Popper :

1.1. La définition de Karl Popper :

Dans son livre « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », Karl Popper, démontre, l'impossibilité pour toute forme de déterminisme absolu et aprioriste (prima faciae), qu'il nomme « déterminisme scientifique », d'avoir une quelconque valeur explicative, descriptive, et prédictive. Pour Popper, cette forme de déterminisme, n'est absolument d'aucune utilité pour la science car elle ne peut avoir strictement aucune valeur explicative. Voici comment Popper définit le déterminisme aprioriste et absolu dans ce même livre, Pages 25 et 27 : « On peut décrire ce que j'appelle le caractère prima faciae déterministe de la physique classique le plus aisément en prenant appui sur le Démon de Laplace. (...) Laplace introduit (...) la fiction d'une intelligence surhumaine, capable de déterminer l'ensemble complet des conditions initiales du système du monde à un instant donné, quel qu'il soit. A condition de connaître ces conditions initiales, ainsi que les lois de la nature (les équations de la mécanique), le Démon serait en mesure, selon Laplace, de déduire tous les états futurs du monde. A condition, par conséquent, que les lois de la nature soient connues, le futur du monde serait implicite dans chaque instant de son passé. La vérité du déterminisme serait donc établie. (...) J'introduis cette désignation afin de caractériser certains aspects de la théorie de Newton, de Maxwell, ou d'Einstein, par opposition à d'autres théories connues comme la thermodynamique, la mécanique statistique, la théorie quantique, et peut-être aussi la théorie des gènes. Je suggère la définition suivante : Une théorie physique est prima faciae déterministe si et seulement si elle permet de déduire, à partir d'une description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie, la description, avec n'importe quel degré fini de précision stipulé, de tout état futur du système. Cette définition ne requiert pas des prédictions mathématiquement exactes, mêmes si les conditions initiales sont supposées être absolument exactes. »

On remarque donc que lorsque Popper parle du caractère « prima faciae » que peut revêtir le déterminisme qu'il définit (qui est en fait la version la plus forte du déterminisme, qu'il nomme « scientifique » et qu'il va totalement invalider), il explique que cet apriorisme dépend uniquement (« si et seulement si... ») de conditions initiales mathématiquement exactes, lesquelles permettraient, comme il l'écrit, une « description mathématiquement exacte de l'état initial d'un système physique fermé décrit dans les termes de la théorie ». Ceci nous semble tout à fait comparable à ce qu'écrivait Freud à propos du déterminisme psychique, excluant tout hasard et tout non-sens. Il est donc parfaitement clair que pour Popper, toute forme de déterminisme qui exclurait le hasard (comme le fait explicitement Freud), en revendiquant des conditions initiales mathématiquement exactes (ce qui revient au même), est forcément « prima faciae », c'est-à-dire aprioriste.

Si donc il était possible de détenir une théorie permettant la réalisation de tels projets déterministes de prédiction, elle ne pourrait que trouver partout des confirmations de ce qu'elle dit, et jamais des réfutations, puisqu'il lui serait impossible d'échouer aussi faiblement que ce soit dans un quelconque projet de prédiction qu'elle pourrait tenter. Par conséquent, il serait totalement inutile d'avoir recours à la moindre expérience pour tenter de la corroborer puisque elle serait capable de contenir, à elle seule, tout le savoir ultérieur. Si l'on tient compte maintenant de l'affirmation de Freud selon laquelle, tous les individus, qu'ils soient névrosés ou normaux, sont soumis à la règle stricte d'un inconscient psychique lui-même fondé sur un déterminisme qui exclut tout hasard et tout non-sens, alors, effectivement, c'est dans l'histoire passée de chaque individu, que se trouveraient les causes strictes, et absolues, qui ne devraient rien au hasard, de tous ses comportements présents, ainsi que de toute son activité psychique. En paraphrasant Popper, (le présent) et le futur de toute personne serait donc implicite dans chaque instant de son passé. Comme l'affirmait aussi Freud, « le moi n'est pas le maître en sa maison ».

L'un des arguments critiques essentiels de Karl Popper contre le « déterminisme scientifique » réside dans la démonstration magistrale du philosophe que tout projet de prédiction qui voudrait respecter, à la lettre, les injonctions d'un tel déterminisme, devrait se soumettre à ce qu'il nomme, « le principe de responsabilité renforcé ». Selon ce principe, un projet de prédiction qui serait régit par le « déterminisme scientifique », doit pouvoir rendre compte, avant la réalisation de la prédiction, ne n'importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales de la prédiction. Ceci, afin de priver le prédicteur du droit de plaider que si son projet échoue, c'était parce que les conditions initiales « n'étaient pas suffisamment précises ». Mais, remarque Popper, il est impossible de calculer apriori, un degré infinitésimal de précision dans une mesure, sachant qu'il est tout aussi impossible de mettre deux points parfaitement en coïncidence dans le monde empirique. Personne ne peut calculer, apriori, l'infinitésimal.

Dans « La logique de la découverte scientifique », Popper écrit : « L'on dit souvent que tout mesure consiste à déterminer des coïncidences de points. Mais toute détermination de ce type ne peut être exacte que dans certaines limites. Il n'y a pas de coïncidences de points au sens strict. Deux points physiques, peuvent au mieux être étroitement rapprochés. Ils ne peuvent coïncider, c'est-à-dire se fondre en un point. » (« La logique de la découverte scientifique ». Section 37 : Domaines logiques. Notes sur la théorie de la mesure. Page 125).

1.2. Le déterminisme et les buts de toute science :

L'un des plus importants aspects critiques, de nature épistémologique, basé sur les thèses de Karl Popper, concerne donc la question fondamentale du déterminisme. En effet, comme l'explique Popper, dans « La logique de la découverte scientifique » la démarche scientifique, vise à la corroboration de lois universelles dont le but est de permettre la prédiction, l'explication, ou la description des phénomènes qu'elle se donne comme objets d'étude. Tout cela dans le but d'édifier des classifications sans lesquelles le monde resterait inconnaissable puisqu'en permettant de discriminer les objets et les phénomènes ainsi que les lois qui les régissent, les classifications scientifiques permettent aussi de les reconnaître et donc aussi de les connaître.

 

2. Différentes versions du déterminisme et leur utilité respective pour la découverte scientifique :

En conséquence, la science vise donc à l'édification de lois précises, ou causales (donc déterministes) ou de lois fréquentistes (Popper explique que ces deux types de recherche ne sont nullement incompatibles. Voir Popper, in « La logique de la découverte scientifique », chapitre 9, section 78, « métaphysique indéterministe »). Il en résulte que toute doctrine, tout corpus théorique prétendant à la scientificité (comme la psychanalyse) se doit de se positionner clairement par rapport à la question du déterminisme, dans la présentation de ses engagements ontologiques (ce que les scientifiques considèrent comme réel, et donc ce sur quoi doit porter l'effort de recherche).

Il faut donc rappeler que, d'un point de vue général l'idée philosophique du déterminisme affirme qu'il n'y a pas de phénomène sans cause, ou que tout effet à une cause, c'est-à-dire que tout effet est « régit » par une loi causale plus ou moins précise, conception qui s'oppose aux lois probabilistes de la mécanique quantique.

2.1. Déterminisme aprioriste (prima faciae) et déterminisme après-coup (post faciae) :

Ensuite, on peut distinguer deux catégories :

Un déterminisme aprioriste (prima faciae ou avant tout test ou tout recours à l'expérience) et un déterminisme après-coup (post faciae ou après tout test ou recours à l'expérience). En quoi consistent-ils ? Que peuvent-ils signifier, concrètement, pour un usage scientifique (ou non) ? Que « disent-ils » ? Nous considérons que le déterminisme prima faciae dit ceci : « cet objet qui se présente directement sous nos yeux, est déterminé par telle(s) cause(s) ». On affirme donc une connaissance apriori de l'objet. Mais, en reprenant la célèbre formule de Kant (« nous ne connaissons apriori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes »), nous nous rendons compte que les tests sont nécessaires, ainsi que le démontra Karl Popper, critique de l'apriorisme kantien. Ceci nous amène logiquement à définir le déterminisme post faciae (après-coup) qui nous dit donc ceci : « après les tests que nous venons d'effectuer, nous constatons que cet objet est déterminé par telle(s) loi(s) universelle(s) corroborée(s), que nous supposions, prima faciae, mais que nous venons de mettre à l'épreuve ».

2.1.2. Déterminisme prima faciae absolu :

Une fois ces deux distinctions effectuées entre déterminisme prima faciae et déterminisme post faciae, l'on peut encore identifier deux autres distinctions pour chacune des précédentes. On aurait, d'une part, un déterminisme prima faciae absolu, et le même déterminisme dans une version relative, et, d'autre part, un déterminisme post-faciae absolu, et ce même déterminisme dans sa version relative.

Commençons par le déterminisme prima faciae et absolu (celui de Freud en est l'exemple type). Il signifierait ceci : « notre connaissance apriori de l'objet est absolue et exclut toute forme de hasard. Par conséquent elle exclut, apriori tout risque d'être contredite par les faits, y compris ceux du hasard. Nous n'avons donc pas besoin de tests ultérieurs pour augmenter notre connaissance laquelle sera donc toujours confirmée par les faits ». D'où peut-être, la célèbre réponse de Freud à Saul Rosenzweig : « la profusion d'observations fiables sur lesquelles reposent ces assertions psychanalytiques les rendent indépendantes de toute vérification expérimentale ». (Lettre de Freud à Rosenzweig). On trouve un autre exemple illustratif chez Henri Atlan. Il écrit dans son livre « La science est-elle inhumaine » : « Dès que l'on peut prédire un événement futur par une loi, cet événement existe en quelque sorte déjà dans la connaissance qu'on en a et le futur d'apportera rien de plus ». Cette forme de déterminisme est la plus radicale, elle correspond à ce que Popper nomme « déterminisme scientifique » dans son livre « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », et, comme il le démontre, elle n'est absolument d'aucune utilité pour la science, puisqu'elle ne peut donner lieu à la réussite d'aucun projet de prédiction, d'explication ou de description qui soit falsifiable. Il nous paraît indiscutable que la psychanalyse toute entière s'inscrit indissociablement dans cette forme de déterminisme, selon les propres termes de Freud, et qu'elle n'est donc qu'un apriorisme.

2.1.3. Déterminisme prima faciae relatif :

Le déterminisme prima faciae et relatif, pourrait signifier ceci : « cet objet qui se présente devant nos yeux et que nous nommons, est sans doute déterminé par telle(s) loi(s) causale(s). Des tests seront nécessaires à notre verdict ». Cette forme de déterminisme est indispensable pour la science, parce qu'aucune recherche ne peut démarrer sans la formulation d'hypothèses. Aucune hypothèse ne peut naître sans tentative de description sélective apriori. Et aucune description sélective n'est possible sans la possession apriori de termes et d'énoncés universels au sens strict, donc d'un savoir acquis déjà corroboré par des tests précédents, ou alors orientée par une conjecture purement métaphysique (d'où la notion de préscience de Karl Popper). Sans l'usage de cette forme de déterminisme, aucune recherche scientifique ne peut débuter. C'est ce que Karl Popper n'a eu de cesse de démontrer dans toute son œuvre épistémologique. Personne ne peut reprocher à Freud d'avoir formulé des conjectures, y compris des conjectures métaphysiques. Ce n'est pas Popper, en tout cas qui lui en aurait fait le reproche, mais plutôt les positivistes du Cercle de Vienne, dont le projet avéré était d'éliminer complètement et dès le départ, tout énoncé métaphysique de la Science. Dans son livre « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance », Popper, qui fut « l'opposition officielle » aux thèses du Cercle de Vienne (sans jamais être adepte du positivisme logique, mais au contraire, s'accusant, dans « La Quête inachevée » d'avoir « tué le positivisme »), est bien entendu d'accord sur le fait que les énoncés métaphysiques doivent progressivement être éliminés de la Science, puisque son critère de démarcation est justement un critère, comme il le précise, entre science et métaphysique, et qu'il considère que les énoncés infalsifiables sont métaphysiques (comme les tautologies ou les énoncés existentiels au sens strict). Mais il démontre que la plupart des sciences prétendument « exactes » comme la Physique, ont toutes débuté à partir de conjectures métaphysiques, qui, grâce au rationalisme critique, ont pu être reformulées en hypothèses falsifiables puis se prêtant à des tests empiriques, indépendants, et intersubjectifs. Le reproche que l'on doit faire à Freud est donc d'avoir pris une position sur le déterminisme qui fut totalement métaphysique, pour une position capable d'avoir des conséquences empiriques, et aussi, une valeur scientifique.

2.1.4. Déterminisme post faciae absolu :

Le déterminisme post faciae et absolu pourrait signifier ce qui suit : « Les recherches que nous venons d'effectuer démontrent que nous venons d'achever notre quête de la vérité certaine sur la connaissance de cet objet. Nous sommes donc sûrs et certains des lois qui déterminent le comportement de cet objet, lesquelles excluent toute forme de hasard donc d'imprécision possible dans la mesure ». Nous citerons encore une fois Henri Atlan pour illustrer cette version du déterminisme post faciae et absolu : « (...), en ce sens, la biologie semble achever cette conquête du déterminisme absolu et, par conséquent, éliminer complètement la réalité de notre expérience de libre choix efficiente ». Cette forme de déterminisme est logiquement impossible à atteindre, contrairement à ce que croit Henri Atlan. Parce que les théories scientifiques sont obligatoirement des énoncés universels au sens strict, donc des énoncés toujours potentiellement réfutables, donc incertains et imparfaitement déterminés. Popper, en distinguant formellement la Vérité certaine, et la Vérité relative, identifiant cette dernière à la corroboration, ou aux degrés de corroboration des théories scientifiques (donc à leurs degrés de falsifiabilité) a bien montré que les scientifiques avaient toujours besoin d'une idée métaphysique de la Vérité certaine, car ce qui pousse les hommes à toujours imaginer de nouveaux tests, c'est justement cette insatisfaction permanente, logique et naturelle, en face de l'imperfection et la faillibilité logique de tous les résultats authentiquement scientifiques. Mais les théories scientifiques sont « fausses » si on les compare à la Vérité certaine. Les théories scientifiques qui se présentent comme « vraies » par rapport à cette vérité, parce qu'elles seraient soutenues par un déterminisme strict, ne sont pas scientifiques, et n'ont donc aucun pouvoir d'explication sur le monde. Les hommes doivent donc se contenter de la corroboration, qui n'est que le degré d'assujettissement de leurs théories universelles à des tests. Freud n'a jamais échafaudé le moindre test qui respecte strictement toutes les exigences de la logique de la découverte scientifique, même si certains déclarent dernièrement que Freud aurait soi-disant été « plus poppérien que Popper » (Laplanche).

On peut imaginer une deuxième forme de déterminisme post faciae et absolu qui dirait ceci : « comme les lois universelles que nous venons de corroborer lesquelles donnent une explication et une description sur les déterminants de cet objet, ne peuvent être logiquement certaines, et comme nous recherchons des explications et des descriptions toujours meilleures, parce toujours plus précises et s'accordant mieux avec les faits, la vérité certaine ne peut être qu'un guide, une inaccessible étoile ». Une citation de Karl Popper l'illustre parfaitement : « La science ne poursuit jamais l'objectif illusoire de rendre ses réponses définitives ou même probables. Elle s'achemine plutôt vers le but infini encore qu'accessible de toujours découvrir des problèmes nouveaux, plus profonds et plus généraux, et de soumettre ses réponses, toujours provisoires, à des tests toujours renouvelés et toujours affinés ». Ce déterminisme post faciae et absolu est indispensable pour la découverte scientifique. L'exemple des mutations génétiques en est la preuve. En effet, certaines théories constitutives de vaccins, et qui semblent bien établies (corroborées), peuvent toujours être réfutées par des mutations génétiques lesquelles nécessiteraient leur reformulation.

2.1.5. Déterminisme post faciae relatif :

Cette dernière forme de déterminisme que nous identifions pourrait dire ceci : « les tests que nous venons d'effectuer nous renseignent sur les déterminants de notre objet de recherche. Mais comme tous les tests sont relatifs et ne peuvent être absolus, et comme toute loi universelle est logiquement réfutable, il nous faudra de nouveaux tests pour nous approcher, au mieux, de la vérité certaine sans jamais pouvoir l'atteindre ». En somme ce déterminisme représente, ni plus ni moins que les résultats fournis par les tests scientifiques. Concrètement, il représente donc l'ensemble des occurrences logiquement interdites par une théorie, ou, pour reprendre la terminologie de Popper, l'ensemble des énoncés de base ou « falsificateurs virtuels » de la théorie. Bien sûr, l'œuvre de Popper illustre bien cette forme de déterminisme. Cette ultime version du déterminisme est indispensable pour la science, parce que la science doit produire des résultats, c'est-à-dire qu'elle doit aussi réussir à corroborer des théories. Ces résultats sont avant tout, et in fine, des classifications, lesquelles dépendent des lois universelles corroborées à l'issue de tests. Puisque les classifications qui permettent de discriminer les objets et les phénomènes dépendent de lois universelles, elles ne peuvent être que relatives et non définitives ou absolues. Freud n'a jamais corroboré la moindre classification scientifique des phénomènes qu'il a étudiés. Si son déterminisme lui permet justement d'appréhender apriori, les « associations libres », c'est donc que ces associations ne peuvent être classifiées. Il est donc permis d'en tirer logiquement tout ce que l'on veut.

3. Analyse plus détaillée du déterminisme freudien et de ses conséquences sur la psychanalyse :

Or, pendant toute sa carrière, Freud a revendiqué le statut de science à sa psychanalyse en postulant un « déterminisme psychique absolu », excluant tout hasard et « valable sans exception », mais aussi, aprioriste (ce problème de l'apriorisme est le trait distinctif crucial du déterminisme freudien, comme l'on remarqué des philosophes tels Timpanaro, ou Jacques Bouveresse. Voir, Freud, in « Psychopathologie de la vie quotidienne » , chapitre 12 : « Déterminisme, croyance au hasard et superstition » ; in « Cinq leçons sur la psychanalyse », la troisième leçon ; in « Introduction à la psychanalyse »).

3.1. Un déterminisme « absolu », et « valable sans exception » :

Quelques citations importantes de Freud, au sujet de sa conception du déterminisme, illustrant son caractère absolu, prima faciae (aprioriste) et excluant tout hasard (et aussi tout non-sens psychique) :

Freud, dans « De la psychanalyse » (1910), Œuvres complètes, Paris, P.U.F., 1993, X, p.36 (Cité par Jacques Van Rillaer, in « Le livre noir de la psychanalyse », page 417) :

« Deux obstacles s'opposent la reconnaissance des cheminements de pensée psychanalytique : premièrement, ne pas avoir l'habitude de compter avec le déterminisme, rigoureux et valable sans exception, de la vie animique, et deuxièmement, ne pas connaitre les particularités par lesquelles les processus animiques inconscients se différencient des processus conscients qui nous sont familiers. »

Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p. 273 :

« On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leurs convictions intimes de l'existence d'un libre arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. »

3.2. Les nombres et les mots isolés, sont « les meilleurs exemples » du déterminisme freudien :

Vient ensuite la fameuse position de Freud vis-à-vis des nombres et des mots isolés. Comme on le constatera, ces éléments se révèlent dans la position freudienne, comme tout à fait centraux et déterminants. En effet, l'interprétation sur les nombres et les mots isolés était considérée par Freud comme exempte de l'accusation selon laquelle il pourrait suggérer les réponses à ses patients dans le sens de ses théories. Trois citations fondamentales :

Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, page 265 :

« Je veux insister sur les analyses de « cas de nombres «, car je ne connais pas d'autres observations qui fassent apparaître avec autant d'évidence l'existence de processus intellectuels très compliqués, complètement extérieurs à la conscience ; et, d'autre part, ces cas fournissent les meilleurs exemples d'analyses dans lesquelles la collaboration si souvent incriminée du médecin (suggestion) peut être exclue avec une certitude à peu près absolue. »

L'importance des nombres isolés, comme preuve de la « puissance combinatoire » de l'inconscient fut également soutenue par Jacques Lacan :

« C'est à celui qui n'a pas approfondi la nature du langage que l'expérience d'association sur les nombres pourra démontrer d'emblée ce qu'il est essentiel ici de saisir, à savoir la puissance combinatoire qui en agence les équivoques, et pour y reconnaître le ressort propre à l'inconscient. En effet, si des nombres obtenus par coupure dans la suite des chiffres du nombre choisi, de leur mariage par toutes les opérations de l'arithmétique, voire de la division répétée du nombre originel par l'un des nombres scissipares, les nombres résultants s'avèrent symbolisant entre tous dans l'histoire propre du sujet, c'est qu'ils étaient déjà latents au choix où ils ont pris leur départ ». (In : J. Lacan, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 269.).

Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.269 :

« Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions. »

On note que dans la précédente citation, Freud ne précise, à priori, aucune classification des nombres ou des mots (même si, dans le reste du livre, il s'attache à étudier l'oubli des noms propres de manière séparée, il en conclut, dans le chapitre 12, à l'extension d'un déterminisme psychique absolu à tous les mots), sachant que l'expression les nombres, implique logiquement tous les nombres (quel que soit le nombre de chiffres pouvant les composer), et que l'expression n'importe quel mot, implique aussi tous les mots, quel que soit leur sens, leur composition en syllabes, et le nombre de lettres. C'est ainsi que dans la « Psychopathologie de la vie quotidienne », Freud prend l'exemple du mot « taganrog » (ibid, page 269). Ce mot, de prime abord absurde et dénué de sens, appartient au genre de mot qui intéresse Freud au premier chef, puisqu'il permet de justifier l'emploi de l'interprétation pour en dégager le sens psychique inconscient lequel devient logiquement signifiant jusque dans l'agencement même des syllabes les unes par rapport aux autres, si l'on tient compte de l'affirmation de Freud selon laquelle tout hasard et tout non-sens doivent être exclus dans la détermination d'un tel mot.

De telles affirmations ont, bien malgré Freud, des conséquences absurdes. En effet, si tous les nombres sont bien déterminés sans aucune part possible pour le hasard, alors Freud se doit d'expliquer causalement, (mais aussi de prédire comme le souligne Jacques Bouveresse) des nombres composés de n'importe quel nombre de chiffres, d'une part, et, d'autre part, de se livrer, comme il le fait dans « Psychopathologie de la vie quotidienne «, à l'interprétation de la place de chaque chiffre dans un nombre, les uns par rapport aux autres. Considérant, en outre, que c'est bien une science de l'inconscient que prétendait fonder Freud, on est en droit de demander non seulement des explications de la formulation de tous les nombres, mais aussi des prédictions avec n'importe quel degré de précision stipulé à l'avance dans le calcul des conditions initiales de la prédiction. A l'aide de son déterminisme psychique aprioriste et absolu, Freud doit logiquement pouvoir expliquer et prédire n'importe quel nombre ou mot composé d'autant de membres que l'on voudra, et ce, en excluant toute erreur aussi minime soit-elle.

3.3. Le déterminisme freudien est uniquement « psychique ». Freud exclut tout « hasard intérieur » :

Dans « Introduction à la psychanalyse » Freud explique les objectifs de la psychanalyse, en écrivant « qu'elle veut donner à la psychiatrie la base psychologique qui lui manque ». Mais pour bien préciser la nature exclusivement psychique du déterminisme, Freud affirme que « pour parvenir à ce but, elle [la psychanalyse], doit se tenir à distance de toute présupposition d'ordre anatomique, chimique ou physiologique, ne travailler qu'en s'appuyant sur des notions purement psychologiques (...). ». (Freud, ibid, introduction, « les actes manqués », page 11).

Freud, ibid, page 275 - 276 (dans cette citation très importante, on remarquera comment Freud précise bien que le déterminisme auquel il croit est exclusivement psychique). On remarquera surtout le fait que Freud exclut le hasard dans toute causalité psychique. On a donc bien un déterminisme psychique absolu excluant toute forme possible d'imprécision ou d'erreur de calcul par l'inconscient. C'est la raison pour laquelle Freud et aussi Lacan estimèrent que les mots isolés ainsi que les nombres étaient les meilleurs exemples de ce déterminisme psychique absolu.

« Ce qui me distingue d'un homme superstitieux, c'est donc ceci : je ne crois pas qu'un événement, à la production duquel ma vie psychique n'a pas pris part, soit capable de m'apprendre des choses cachées concernant l'état avenir de la réalité ; mais je crois qu'une manifestation non-intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n'appartient qu'à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). (...) »

3.4. Caractère aprioriste de la position freudienne sur le déterminisme :

Le déterminisme psychique absolu est aussi apriori. Ce statut est en effet nécessaire pour pouvoir permettre une technique thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres, puisque pendant l'analyse, selon Freud le patient doit dire tout ce qui lui passe par la tête. (Pour Jacques Bouveresse, ibid, p. 107 : « La croyance au déterminisme mental est évidemment le préalable qui justifie la confiance de Freud dans la méthode dite de l'association libre »).

Si c'est donc bien l'ensemble des associations verbales, [ou non verbales comme par exemple des dessins ou des œuvres d'art] que la psychanalyse se propose d'interpréter mais aussi d'expliquer à l'aide de ses lois causales strictes, en tant que ces associations seraient appréhendées comme libres, alors il est nécessaire pour la psychanalyse de disposer d'une théorie fondée sur un tel déterminisme permettant d'appréhender, a priori et sans aucun risque d'erreur, (puisqu'elle exclut le hasard), le libre jeu apparemment [comme Freud l'annonce] indéterminé et libre de toutes les associations verbales ou non verbales que peut faire n'importe quel patient. D'après Karl Popper, et aussi Jacques Bouveresse, aucun déterminisme de ce type, ne peut en réalité, permettre à la psychanalyse ou même à tout autre doctrine de réaliser les objectifs qu'elle se donne que ce soit sur le plan théorique, ou thérapeutique. Et comme nous l'avons écrit plus haut dans les commentaires de la définition du déterminisme prima faciae que donne Karl Popper, toute version du déterminisme qui prétendrait pouvoir réussir un projet de description à partir d'un calcul mathématiquement exact de ses conditions initiales, (donc qui exclurait le hasard, comme le fait Freud), ne peut qu'être une version prima faciae et absolue, donc non valide, et complètement inutile pour tout projet scientifique quel qu'il soit.

Le déterminisme freudien, qui éradique dans l'œuf toute créativité humaine et tout libre arbitre, n'est donc ni humaniste, ni scientifique, et ne peut qu'échouer, par nature, avant même d'avoir pu commencer. Il constitue même le postulat le plus délirant de toute la psychanalyse en l'inscrivant, dès le départ, sur un chemin diamétralement opposé à la voie de la Science. Avec une telle foi déterministe, on ne voit pas comment un esprit rationnel pourrait ranger la psychanalyse dans ce que l'on a coutume d'appeler : les « Lumières ». Il s'agit plutôt, comme le souligna Hayek, de « superstitions », ou de « mythologie », ou d'une autre méthode d'inspiration hégélienne de corruption de la Raison. Ou enfin de « magie concrète », comme le dira Timpanaro, édifiée par un gourou mégalomane et manipulateur.

Finalement, c'est sans aucun doute le mot de Schopenhauer au sujet de la philosophie hégélienne, qui conviendra le mieux à la psychanalyse (et particulièrement à celle de Jacques Lacan) : « encore un rêve de dément, issu de la langue et non de la tête ».

Concernant l'apriorisme freudien, Jacques Bouveresse (ibid, page 116), en évoquant Timpanaro, écrit :

« Timpanaro caractérise la psychanalyse comme étant « simultanément une doctrine qui n'a jamais abandonné certains principes matérialistes et une construction métaphysique et même mythologique ». Et il propose une explication marxiste tout à fait classique des raisons pour lesquelles le deuxième aspect l'a emporté de plus en plus sur le premier. Mais il ne considère pas, comme on le fait souvent, que c'est seulement dans la dernière phase de son évolution que Freud abandonné l'exigence de scientificité pour l'apriorisme. »

Il semble donc clair, que pour Timpanaro, Sigmund Freud ait opté assez tôt pour l'apriorisme métaphysique plutôt que pour la «Voie de la Science ».

3.5. Conséquences sur la pratique thérapeutique du déterminisme freudien. Freud exclue tout libre-arbitre :

Freud, dans « Cinq leçons sur la psychanalyse », Paris, petite bibliothèque Payot, 2001, Troisième leçon, page 53 (dans cette citation, le mot arbitraire, est relatif au libre arbitre pour Freud, c'est-à-dire à la possibilité d'un contrôle conscient) :

« Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique. »

Dans cette précédente citation, on remarque, une fois encore, comment Freud exclu de la « vie psychique », toute possibilité d'arbitraire (c'est-à-dire, pour lui, de quelque chose de soumis au contrôle du libre-arbitre, donc de la conscience), et de fortuit, (c'est-à-dire, le hasard). Mais en excluant de façon aussi explicite (et répétée dans son œuvre) le hasard au niveau d'une causalité inconsciente, Freud exclu aussi, logiquement, toute erreur de calcul que puisse faire l'inconscient, dans les déterminations qu'il imposerait à la « vie psychique ». Et ceci implique à son tour, qu'il soit également exclu tout comportement, tout fait, toute imprécision, aussi infinitésimaux soient-ils, dans ce qui pourrait constituer les déterminants de cette « vie psychique ». Ce sont de telles implications logiques, issues en droite ligne du déterminisme prôné par Sigmund Freud, qui en font un déterminisme plus laplacien encore que ne le fut celui de Laplace lui-même. Cette version du déterminisme, est entièrement réfutée par Karl Popper.

3.5.1. Le jugement d'un psychanalyste renommé : Pierre-Henri Castel :

On citera, Pierre-Henri Castel, (chargé de recherches au CNRS (Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques-Université Paris 1-École Normale Supérieure) et au Centre de Recherche Psychotropes, Santé mentale et Société, (CNRS-INSERM-Université Paris 5), psychanalyste, membre de l'Association Lacanienne Internationale), sur le déterminisme freudien :

« (...) La position de Freud, pour être conséquente, doit donc interpréter tous les phénomènes considérés en général comme fortuits, comme des produits du déterminisme psychique. Il n'est plus ici question du rêve ou du mot d'esprit, mais de la liste par définition indéfiniment ouverte des ratages qui attestent l'action d'un refoulement. » [http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG].

Puis ceci :

« (...) Mais quels que soient les aspects étranges que présentent les actes manqués et leurs corrélats, il reste que le déterminisme psychique qu'ils illustrent, s'étendant à tant de manifestations différentes, paraît changer de nature. Il se métamorphose en principe métaphysique. Car pour la science, on l'a dit, il se résume à affirmer que si tel phénomène est donné, alors tel autre suit, selon telle loi. Son expression est donc conditionnelle. En outre, la nécessité de l'enchaînement est manifestement une nécessité pensée, et introduite du dehors dans les phénomènes par le jeu des hypothèses et de leurs confirmations empiriques. Mais que se passe-t-il, quand rien n'échappe, dans le réel même des connexions mentales, aux lois d'un inconscient déterministe? La conditionnalité de l'enchaînement disparaît : tout est déterminé de façon fatale, au sens où la succession des causes et des effets ne peut nulle part être réorientée dans un sens ou dans un autre. Notre sentiment de spontanéité ne pèse alors pas plus lourd, selon le mot de Kant, que l'opinion d'un tournebroche sur sa liberté d'action. Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. »

Castel remarque bien le caractère métaphysique du déterminisme de Freud et ses conséquences rédhibitoires tant pour la théorie que pour la pratique thérapeutique, puisque selon Castel, une telle ambition déterministe, en privant le malade de toute possibilité de choix, le prive aussi de redevenir acteur et maître de sa propre vie après l'analyse.

3.5.2. Le point de vue de Karl Popper sur les possibilités pratiques du « déterminisme scientifique » (absolu et aprioriste) :

En invalidant totalement cette version du déterminisme par la démonstration qu'aucun projet déterministe de ce type de ne pourra jamais rendre compte, avant la prédiction, de n'importe quel de degré de précision dans « les mesures possibles à partir desquelles peuvent se calculer les conditions initiales », posant de cette manière les bases du « principe de responsabilité renforcé » (Popper, ibid, page 11), Popper prend l'exemple de la psychanalyse. Il écrit, page 20 :

« Un psychanalyste, au cours de longues années d'étude (...), pourra déterrer des «causes» en tout genre - (...) - enfouies dans l'inconscient de son patient. Ira-t-on pour autant jusqu'à croire que l'analyste, avec toute la science qu'il a des motifs de son patient, serait en mesure de prédire avec précision le temps que celui-ci mettra pour monter les escaliers ? Le psychanalyste affirmera peut-être pouvoir effectuer même cette prédiction, à condition de disposer de suffisamment de données. Mais il sera incapable d'énoncer les données qui seraient suffisantes à cet égard, et d'en rendre compte. Car d'une théorie qui permettrait à l'analyste de calculer le degré de précision requis des données, il n'existe pas même le soupçon. »

Certes, l'intérêt d'une analyse n'est pas de se lancer dans de telles prédictions. Mais il reste que toute tentative thérapeutique est un projet de prédiction puisque l'on prédit que par l'application de certaines techniques thérapeutiques soutenues par la corroboration de certaines théories universelles, le patient guérira de ses névroses, ou alors trouvera un nouveau sens positif à sa vie. Mais comme la psychanalyse postule explicitement le genre de déterminisme insoutenable invalidé par Karl Popper, on serait en droit de lui demander de réaliser des prédictions avec n'importe quel degré de précision stipulé à l'avance sur l'évolution d'une névrose.

 

Conclusion :

L'invalidation du « déterminisme scientifique » est sans aucun doute la démonstration la moins contestée de toute l'œuvre de Popper. Comme toute la psychanalyse, des fondements théoriques, jusque dans la pratique thérapeutique dépend directement de cette forme de déterminisme intenable prônée par Freud, il s'en suivrait des conséquences fatales pour toute la doctrine. (Voir, Jacques Bouveresse, in «Mythologie, philosophie et pseudoscience, Wittgenstein lecteur de Freud», aux éditions l'Eclat). En effet, dans ce dernier livre, Bouveresse démontrerait, en s'appuyant (notamment) sur la critique du déterminisme « scientifique « élaborée par Karl Popper, que les théories freudiennes supposées détenir une valeur explicative, ne pourraient en réalité fournir les causes aussi strictes impliquées par l'affirmation d'un déterminisme psychique absolu et aprioriste (prima faciae), et, encore moins, donner lieu à de quelconques prédictions sur le psychisme humain, puisque la capacité revendiquée par Freud de fournir les causes d'un phénomène implique logiquement celle de pouvoir les prédire, comme nous le rappelle Bouveresse dans son livre. Bouveresse écrit, page 98 :

« indépendamment des questions que l'on peut se poser à propos de la nature et de l'origine de la causalité, il semble, en effet, qu'un processus qui peut être prédit avec certitude est d'une manière ou d'une autre causalement déterminé et qu'inversement le caractère causalement déterminé d'un processus implique la possibilité de le prévoir, pour un observateur qui aurait une connaissance complète de toutes les circonstances qui concourent à sa production et rendent inévitable son occurrence. »

Puis, page 105 :

« (...)De toute façon, même si l'on était tenté de croire que Freud a effectivement réussi, comme il le suggère, à soumettre à des lois causales rigoureuses, des événements qui sembleraient jusque là inexplicables ou fortuits, on devrait tout de même admettre que la connaissance des causes, que la psychanalyse prétend détenir, est d'une manière générale bien incapable d'autoriser le genre de prédiction qu'exigerait la thèse du déterminisme scientifique, si on la comprend à la façon de Popper. »

Freud, écrit lui-même, à propos de l'oubli des noms propres, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », page 6 :

« Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, ou bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect. Je prétends que ce déplacement n'est pas l'effet de l'arbitraire psychique, mais s'effectue selon des voies préétablies et possibles à prévoir. (...). »

Cependant, et malgré les critiques qui ont été faites à Freud sur son déterminisme, et sa croyance en la numérologie (bien illustrée dans le fait que les nombres isolés sont pour lui « les meilleurs exemples » du déterminisme psychique absolu), on trouve une persistance de telles croyances encore aujourd'hui chez certains psychanalystes. Voir par exemple le projet de ces deux psychanalystes voulant démontrer que « l'inconscient peut calculer la date de naissance », ici [2], en voici également, l'hypothèse centrale :

« (...) pour bien des femmes la date involontairement prévue pour la naissance sera une date non venue du hasard, mais commémorative d'un autre événement du passé et dont la réapparition comme date de naissance de l'enfant prend valeur de répétition ».

On remarquera que, tout au long de ce compte rendu de recherche, il n'est question que de l'inconscient de la mère, celui du père demeurant totalement absent comme cause possible du calcul de la date de naissance...

Enfin, contre le déterminisme absolu de Freud, outre Karl Popper, on peut évoquer Lévi-Strauss et Timpanaro (voir, Jacques Bouveresse, in « Philosophie, mythologie et pseudoscience. Wittgenstein lecteur de Freud », Paris, l'Eclat, 1991, page 121) :

« Comme l'ont souvent fait remarquer les anthropologues (en particulier Lévi-Strauss), la pensée magique ne se caractérise pas par la négation du déterminisme, mais plutôt par l'adhésion à une forme universelle et particulièrement rigoureuse de déterminisme. Elle exclut le hasard et l'accident de façon beaucoup plus définitive et radicale que ne pourrait le faire la croyance scientifique à l'existence de lois naturelles qui déterminent le cours des événements. »

« (...) Timpanaro soutient avec raison que, dans le cas de Freud, les convictions déterministes invoquées, comme il se doit, au niveau de la « science abstraite « n'empêchent pas par elles-mêmes les explications causales détaillées qui sont proposées pour des cas particuliers de relever, somme toute, beaucoup moins de la science proprement dite que de la « magie concrète. »

Publié par vdrpatrice à 17:34:36 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

Censure et caviardage des critiques du modèle freudien du rêve sur Wikipédia.fr | 09 février 2007

Cher tous,


Voici, rien que pour vos yeux, toute une partie de l'article "Critique de la psychanalyse" sur Wikipédia.fr qui a été censurée par les soins zélés des petits soldats de l'armée du phallus. Je fus l'auteur de ces informations. Mais elles n'ont pas été du goût de nos cerbères freudiens qui montent la garde devant leur église. Trop de citations qu'ils disent. (Trop de preuves accablantes, moi je dis). Tant pis pour eux, voilà, régurgitée, la pomme de la discorde...

 


Critiques plus récentes (cognitivisme, neurosciences, etc.):


Le behaviourisme, qui lui y était pratiqué sans restriction en URSS, s'est toujours opposé farouchement à la psychanalyse et il a maintenant retrouvé de la force avec l'appoint du cognitivisme. Les neurosciences progressent actuellement grâce aux nouveaux moyens dont les chercheurs disposent sur le plan technique: neuro-imagerie, scanners, etc.. Cette mouvance soit conteste globalement la psychanalyse (pensée dominante) soit tente d'en démontrer les fondements en visualisant des activités cérébrales qui ressembleraient à ce que Freud a décrit. Ce courant, comme la psychiatrie, a trouvé préférable, au début des années 80, de se référer pour le diagnostic à des classifications descriptives unificatrices, pouvant également servir de base à des travaux scientifiques de qualité. C'est ainsi que le concept de névrose a été remplacé par d'autres catégories diagnostiques, comme celles des troubles anxieux et des troubles de l'adaptation dans les dernières classifications internationales (CIM-10 et DSM-IV).

Le Prix Nobel de médecine, Eric Kandel, qui reçut initialement une formation de psychanalyste pour en venir aux neurosciences écrit :

« Si elle veut fournir une contribution importante à notre future compréhension de l'esprit humain, la psychanalyse doit réexaminer et restructurer le contexte intellectuel dans lequel ses travaux sont menés, et développer une approche plus critique dans la formation des psychanalystes de demain. Autrement dit, ce dont la psychanalyse a besoin, si elle veut exister comme une force intellectuelle du XXIe siècle, est une sorte de ‘Flexner Report' appliqué aux institutions psychanalytiques. »

Puis ceci :

« Ainsi, à l'inverse de formes variées de thérapies cognitives et d'autres psychothérapies, pour lesquelles des preuves objectives et irréfutables existent maintenant - à la fois en tant que thérapies isolées ou en tant qu'additions au traitement pharmacologique - il n'y pas de preuve irréfutable, à part des impressions subjectives, que la psychanalyse est meilleure que la thérapie non analytique ou le placebo »

D'après un rapport de l'IPA écrit par le psychanalyste P. Fonagy, le mouvement psychanalytique aurait offert une mauvaise réception des propositions de
certains neuroscientifiques comme Erik Kandel. Fonagy, écrit ceci :

« Paradoxalement, la réponse des psychanalystes, à cette remarquable avancée des connaissances, fut défensive plutôt qu'enthousiaste. Malgré l'engagement individuel de nombreux analystes pour appréhender toutes les connaissances, même si cela peut provoquer douleur et anxiété, pour une large part, la réponse de la communauté psychanalytique fut inutilement rejetante et critique »


Puis :

« L'idée dominante, que je qualifierais d'irrationnelle, semble être que la finesse d'investigation psychanalytique, si durement gagnée, serait d'une façon ou d'une autre "détruite" plutôt qu'améliorée et enrichie par les nouvelles méthodes de recherche. »
name="rapport_ipa"/>).


Enfin ceci :

« Les problèmes créés par la combinaison des parti-pris psychanalytiques contre les disciplines non-médicales en général et la psychologie en particulier, ont augmenté au cours des années. L'un des aspects du problème est l'abandon volontaire par les psychanalystes des opportunités
leur permettant une contribution majeure aux sciences du comportement ».
Voir le rapport de l'IPA, déjà cité plus haut.

Dans « Le livre noir de la psychanalyse », Joëlle Proust, directrice de recherche au CNRS, écrit :

« En résumé, la théorie énergétique de la psychanalyse est difficilement compatible avec la conception contemporaine de la dynamique neuronale. Le concept de refoulement n'a pas à être invoqué pour expliquer l'existence de représentations inconscientes ; (...) le destin des pulsions libidinales ne jou pas le rôle que lui prêtait Freud dans l'apparition de troubles psychiatriques. Ce qui est causalement pertinent dans leur apparition n'est pas le sens « latent » du symptôme, mais la manière dont le cerveau traite l'information perceptive, émotionnelle ou mémorielle et contrôle l'exécution des actions. »

 

Critique neurobiologique du modèle freudien du rêve :

Comme il l'affirma à ses débuts, le rêve et son interprétation était, selon Sigmund Freud « la voie royale vers l'inconscient ». Or, si les idées de Freud ont pu inspirer certaines orientations de recherches dans les neurosciences comme les travaux de Mark Solms, il reste que son modèle est considéré comme soit largement réfuté, soit sans fondement pour la communauté scientifique, dont les Professeurs Jouvet et Hobson. On aura un aperçu de la controverse célèbre qui l'opposa à Mark Solms, (dont Hobson réfuterait les travaux), ici : [http://psych.ucsc.edu/dreams/Library/domhoff_2005b.html].

« Avec la publication de Die Traumdeutung en 1899, Sigmund Freud marque pour longtemps les esprits. (...). Les arguments physiologiques avancés par Freud ont été largement réfutés. L´hypothèse que les rêves se nourrissent des conflits de la petite enfance est remise en cause par la probable existence de sommeil paradoxal chez les nouveau-nés et certains animaux. » (Olivier Néron de Surgy [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/role/a_quoi_servent_les_reves.html]).

« La théorie psychanalytique du rêve s'articule autour de l'idée erronée que le système nerveux, dépourvu d'une énergie propre, tire l'énergie de deux sources non neuronales: le monde extérieur et les poussées somatiques. L'énergie qui active le cerveau pendant le sommeil paradoxal est
neuronale, et le neurone est capable de créer sa propre information. La puissance demandée au système énergétique est relativement basse, et non pas élevée comme l'a supposée la psychanalyse. »
(A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/as.html].

« La psychanalyse voit dans l'étrangeté du rêve le produit d'un codage défensif des désirs inconscients. L'hypothèse de l'AS y voit au contraire le résultat brut d'une intégration imparfaite de données sensori-motrices d'origine interne, traitées dans des conditions distinctes: le cadre espace-temps du monde extérieur est absent; de multiples canaux sensoriels sont activés parallèlement; les processus d'attention sont altérés. On peut donc écarter la notion de censure comme étant inutile et malcommode ». (A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/as.html]).

« La théorie psychanalytique dû avoir recours à des théories psychologiques complexes et peu plausibles. Ainsi, le rêve bien connu de voler représentait symboliquement l'érection tandis que gravir un escalier pouvait symboliser le motif rythmique de la copulation. A l'époque de leur publication, en 1900, de telles idées ont semblé absurde à beau coup de gens, mais il est stupéfiant de penser que les psychanalystes (notamment ceux de l'école
française) continuent de prendre au sérieux des idées tout aussi tirées par les cheveux. »
(A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/rneuronal.html]).

Puis :

« Le modèle de l'interaction symétrique présentait deux vertus scientifiques. La première était qu'on pouvait le tester expérimentalement. En pratiquant des micro-injections d'agents chimiques analogues à l'acétylcholine, on a pu enclencher le sommeil paradoxal chez les
chats; d'autres ont utilisé des agents semblables pour intensifier le sommeil paradoxal et les rêves chez l'être humain. A ce jour aucun psychanalyste n'a pu obtenir ce résultat par le truchement de l'intervention psychologique. »
(A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/rneuronal.html]).

Ensuite :

« L'hypothèse de l'activation-synthèse permet d'expliquer cinq aspects formels du rêve: les hallucinations visuelles et motrices; les erreurs commises en prenant ces hallucinations pour la vérité; l'instabilité de l'orientation; l'émotion forte; enfin, l'incapacité de se souvenir. Réunis, ces traits formels du rêve débouchent sur un délire qui suggère un dysfonctionnement du cerveau. La psychanalyse, en plaçant un accent exclusif sur le contenu mental, n'a pas pratiqué un diagnostic du rêve correct. »
(A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/rneuronal.html]).

Enfin :

« Au cours du rêve, le cerveau-esprit suit ces instructions: " Intégrez tous les signaux reçus dans l'histoire la plus significative; quelle que soit la fantaisie en résultant, croyez-la, puis oubliez-la. " L'instruction d'oublier s'explique très simplement par l'absence de l'ordre contraire, " se souvenir ". Cette hypothèse rend l'hypothèse psychanalytique de l'amnésie par le refoulement inutile et peu vraisemblable. » (A. Hobson [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/rneuronal.html]).

Le Professeur Allan Hobson, bien connu pour ses travaux sur le rêve et sur sa critique modèle freudien, propose un tableau qui illustre bien l'opposition entre son modèle dit « d'activation - synthèse » et le modèle freudien : [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/oedipe.html]. Dans son étude du « rêve de Mozart », il y expose à nouveau, dans un tableau, le très net antagonisme de vues entres ses positions et celles de Freud : [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/rneuronal/mozart.html], en répondant précisément à chacune des questions suivantes : « d'où vient l'énergie du processus onirique ? » ; « quelle est la nature de l'énergie durant le rêve ? » ; « quelle est la cause des aspects sensoriels du rêve ? » ; « quelle est la différence du traitement de l'information ? » ; « comment expliquer la bizarrerie de ce rêve, la corpulence de Mozart par exemple ? » ; « quel est
le rôle du conflit dans ce rêve ? » ; « que signifie le rêve de Mozart ? ».

Le Professeur Michel Jouvet, chercheur mondialement connu pour ses travaux sur le rêve, affirme que :

« L'une des fonctions du sommeil pourrait être ainsi de préparer les conditions énergétiques nécessaires à l'irruption du rêve. Et il faudrait alors considérer le sommeil comme le gardien du rêve et non l'inverse, comme l'affirmait Freud. »
(M. Jouvet [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/savenir/jouvet/jouvet.html]).

« Il est curieux que Freud n'ait pas lu le livre de H. de Saint-Denis et n'évoque jamais les problèmes de la situation temporelle du rêve au sein du sommeil. Freud, inventeur de la Métapsychologie, écarte tout ce qui est sommeil parce que c'est de la physiologie. Freud fait du rêve l'expression d'un désir et le gardien du sommeil. Il construit un véritable appareil psychique en dehors du cerveau. Cette topique permet de considérer les espaces correspondant au Ca, Moi et Surmoi. Concepts qui firent fortune et qui attendent toujours une impossible réfutation expérimentale. »
(M. Jouvet [http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/jouvet/histoire_naturelle/p2.html]).

« (...) C'est donc seulement quand apparait le signal biologique "sommeil profond", donc de "sécurité" que les processus du rêve peuvent être déclenchés à partir de la formation réticulée pontique. Car, contrairement à ce qu'a écrit Freud, le rêve n'est pas le gardien du sommeil. C'est au contraire le moment le plus dangereux qui soit pour un animal, car son seuil d'éveil est alors augmenté, et il est paralysé.(...) » (M. Jouvet
[http://sommeil.univ-lyon1.fr/articles/jouvet/la_recherche/naturelle.html).

Toujours dans le domaine de la recherche scientifique sur le rêve, et selon le Professeur Jouvet, le modèle freudien du rêve s'effondrerait. En effet, selon lui :

"L'énergie des désirs réprimés et les neurones phi : ces neurones inventés par Freud pour "stocker l'énergie des pulsions", n'existent pas. La découverte des potentiels d'action des nerfs date de 1910 : les neurones ne stockent rien, excepté le glucose nécessaire à quelques minutes de fonctionnement. Ils transmettent simplement des informations et ils établissent de très nombreuses connexions entre eux (environ 10000 / neurone). Le rêve n'est pas seulement psychique, il a une base neurobiologique : la physiologie moderne sait où quand et comment une activité psychique se produit. On sait cartographier le cerveau et visualiser les zones actives, la consommation d'énergie et d'oxygène." (In : "Le sommeil et le rêve". Odile Jacob, 1992).

En considérant l'importance absolument centrale du contenu des rêves et de leur interprétation, non seulement pour l'émergence des fondements théoriques de la psychanalyse, mais aussi pour sa pratique thérapeutique (pour Freud et les psychanalystes, les rêves ont toujours été « la voie royale vers l'inconscient »), on mesurera l'importance que revêt pour la psychanalyse et la validité de ses thèses les travaux des neurosciences sur le rêve. Une citation capitale de 'Sigmund Freud (in "Cinq leçons sur la psychanalyse". Troisième leçon. Petite bibliothèque Payot, Paris, 2001, p. 45) :

« L'interprétation des rêves est, en réalité, la voie royale de la connaissance de l'inconscient, la base la plus sûre de nos recherches, et c'est l'étude des rêves, plus qu'aucune autre, qui vous convaincra de la valeur de la psychanalyse et vous formera à sa pratique. Quand on me demande comment on peut devenir psychanalyste, je réponds : par l'étude de ses propres rêves »

 

Critique neurobiologique de la théorie du refoulement de Freud :

Concernant la théorie du refoulement freudien, autre pierre de touche de tout l'édifice, et considérée par Freud, comme la « clé de voute » de toute la psychanalyse. Les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient :

« (...) Pourtant le père de la psychanalyse, lui aussi, s'était profondément trompé sur la nature des souvenirs dans le cerveau. (...) Le cerveau n'est pas un organe passif qui ne fait qu'enregistrer des stimuli et les comparer avec l'information déjà emmagasinée. L'esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l'environnement. (...) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, comme l'a écrit le neurophysiologiste Semir Zeki, n'est pas un simple chroniqueur de la réalité physique externe, mais il participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (...) Ainsi les pertes de mémoire seraient des pertes de connaissance. Ce qui nous conduit à penser que certains mécanismes de perte de mémoire peuvent être très différents des mécanismes énoncés par Freud, par exemple, le refoulement. (...) Le refoulement, (...), repose sur l'hypothèse qu'il existe des souvenirs figés. (...) Dans le cas de Sacks et de Wasserman, la connaissance des couleurs n'est pas bloquée - comprenons refoulée -, mais c'est la capacité même du cerveau à créer la catégorie des couleurs qui est détruite. Ce sont deux conceptions radicalement différentes du souvenir, de la conscience et de l'inconscient. (...) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l'âge adulte risque d'être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l'apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur l dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'est produit après la naissance. Cette découverte nous conduit à réviser toutes les théories - de Freud à l'intelligence artificielle - qui présupposaient l'existence de souvenirs figés, (...) notamment les théories sélectionnistes de Jean-Pierre Changeux et Gerald Edelmann. » (in : Israël Rosenfield. "Souvenirs artificiels". Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 - 90).

Cette vision d'un refoulement, comme donnée figée pour toute l'existence par Freud, et donc démontrée sans fondement par les neurosciences, ce que ne semble pa démentir Pierre-Henri Castel, (chargé de recherches au CNRS (Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques-Université Paris 1-École Normale Supérieure) et au Centre de Recherche Psychotropes, Santé mentale et Société, (CNRS-INSERM-Université Paris 5), psychanalyste, membre de l'Association Lacanienne Internationale). Il écrit :

« Le refoulement actuel dans la résistance est le même que le refoulement qui s'est produit dans le passé, au moment du rejet de la représentation traumatique insupportable (56, 26). Il ne se produit donc aucune usure matérielle, ni chute d'intensité dans cette force, même si la date du refoulement premier se situe loin en arrière dans la vie du sujet, par exemple dans sa petite enfance. Cela paraît incompatible avec un processus biologique. Les effets de l'inconscient freudien, en effet, semblent indifférents au temps. En revanche, ce qui peut rester identique tout du long, c'est le sens, pour le
sujet, de ce traumatisme fondamental. »
[http://pierrehenri.castel.free.fr/5conf1.htm#ZG].

En fin de compte, c'est aussi et surtout l'assise même de la théorie de l'inconscient (et du refoulement inconscient) telle qu'elle fut conçue par Freud, c'est-à-dire indissociablement d'un déterminisme psychique aprioriste et absolu qui est battue en brèche par les critiques. On peut citer Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: « Physique et philosophie de l'esprit. » Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 132. :

« (...) Freud estime avoir apporté (...) "une preuve incontestable de l'existence (...)..." de l'inconscient et des instances de sa topique. Même si l'on met entre parenthèses les critiques du caractère scientifique de la psychanalyse, fondées sur un critère de démarcation comme celui de Popper; même si l'on accepte de jouer le jeu en appliquant de bout en bout à la psychanalyse les normes qui régissent les sciences, on peut émettre de sérieux doutes au sujet de la validité de cette "preuve d'existence" offerte par Freud. En toute rigueur, ni la cohérence explicative ni l'efficience pratique obtenue sous l'hypothèse de l'existence d'une entité, n'en constituent une preuve scientifique indubitable. Seule la démonstration que cette entité constitue la seule explication possible d'un ensemble de phénomènes attestés serait unanimement acceptée comme fournissant une telle preuve; on appelle cette procédure idéale une inférence vers l'unique explication. (... Le problème est que sur ce terrain de l'explication extrinsèque, mécanique et causale des comportements, les thèses freudiennes rencontrent de sérieux concurrents, comme par exemple la neurophysiologie. Le système de la topique psychanalytique n'est donc pas la seule explication disponible de ce type; de surcroît, la question de savoir si elle est la meilleure, et selon quelle échelle de valeur elle peut être tenue pour telle, reste largement ouverte. »


Bilan de ces critiques :


Toutefois, les rapports entre neurosciences et psychanalyse, sont toujours sujets à controverses et discussions, comme on peut le constater ici, sur le thème « Les neurosciences démontrent-elles la psychanalyse ? » {{Lire en ligne|lien= http://1libertaire.free.fr/PsyEtNeurosciences01.html}} ; et là, « sur les voies sans issue de la psychanalyse cognitive » [via les neurosciences], par Eric Laurent, psychanalyste {{Lire en ligne|lien= http://perso.orange.fr/vdrpatrice/E_Laurent.pdf}}.


Certaines des critiques actuelles, ont sans doute, paradoxalement, contribué à renforcer le travail de Freud (par exemple les critiques considérées comme puritanistes) par l'importance donnée à la sexualité. Sur ce point, des historiens comme Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse, arguent du fait que ce serait cette faculté de la psychanalyse à constamment pouvoir s'adapter aux critiques sans jamais être détruite par elles, ou à pouvoir répondre à n'importe quelle demande thérapeutique qui permettrait d'affirmer, d'une part que "(...)On loue souvent Freud d'avoir su changer ses théories lorsqu'il s'avisait qu'elles étaient invalidées par les faits, mais on confond rigueur falsificationniste et opportunisme théorie"Borch-Jacobsen & Shamdasani, ibid, page 437, et d'autre part, "la psychanalyse n'a jamais existé - c'est une nébuleuse sans consistance, une cible en perpétuel mouvement"Borch-Jacobsen & Shamdasani, ibid, page 438. Les arguments de ces "Freud scholars" ont toujours été et sont encore assez unanimement contestés par les défenseurs de la psychanalyse et du freudisme L'anti livre noir de la psychanalyse ou les diverses contributions.





Patrice Van den Reysen.

 

 

Publié par vdrpatrice à 11:20:53 dans Le Freudisme, la psychanalyse et Wikipédia.fr | Commentaires (2) |

Henri F. ELLENBERGER, pionnier de la recherche sur Freud à nous en dévoiler les légendes. | 17 décembre 2006

Quelques citations tirées du fameux livre d'Henri F. Ellenberger : "Histoire de la découverte de l'inconscient", Fayard, Paris, 1994 (1970).

 

page 446 :

"Ecrire une biographie objective de Freud est une tâche extrêmement difficile et ingrate, en raison de l'abondante littérature dont il a été l'objet et la légende qui s'est créée autour de lui. Malgré cet amoncellement de matériaux, authentiques ou légendaires, subsistent encore de vastes lacunes dans notre connaissance de sa vie et de sa personnalité. Par ailleurs, certaines sources connues sont inaccessibles, celles en particulier de archives Freud déposées à la Bibliothèque du Congrès de Washington."

 

page 479 :

"(...)Ceci nous conduit à examiner la signification de cet isolement, dont Freud se plaignit tant. Dans son autobiographie, il parle de "dix ans ou même plus d'isolement", sans préciser à quelles dates il en situe le début et la fin. Ce prétendu isolement ne concernait certainement pas le cercle de ses connaissances immédiates : il était heureux dans sa vie familiale et Jones parle de son cercle de relations "étonnamment étendu". Il ne semble pas qu'en général ses collègues se soient montrés envieux ou mesquins à son égard. Pour ceux chez qui l'animosité prit la pas sur l'amitié (comme ce fut le cas de Meynert, de Breuer et de Fliess), il est difficile de décider à qui en incombait la faute. Pour autant que l'on sache, aucun article de Freud ne fut jamais refusé, ni aucun des ouvrages par un éditeur. Contrairement à ce que l'on prétend habituellement, ses publications ne se heurtèrent pas à un silence glacial ni à une critique hostile. En fait, l'accueil fut généralement fovarable, bien qu'il s'accompagnait parfois d'un mélange de surprise et de perplexité. Ce fut rarement un rejet proprement dit, et, à cet égard, d'autres n'eurent pas un meilleur sort que lui. Il se peut que le sentiment d'extrême et amer isolement, caractéristique de la névrose créatrice, ait persisté chez Freud et se soit trouvé renforcé par le fait que, pendant toutes ces années, il s'était nettement tenu à l'écart du monde médical viennois."

 

page 543 :

"Les récits habituels de la vie de Freud racontent que la publication de ses théories sexuelles suscita la colère contre lui à cause de leur nouveauté inouïe dans une société "victorienne". Les documents dont nous disposons contredisent nettement cette assertion. Les Trois Essais de Freud parurent au milieu d'un flot d'écrits contemporains sur la sexologie et reçurent un accueil favorable. L'originalité de Freud fut essentiellement de synthétiser un certain nombre d'idées et de notions, dont la plupart existaient déjà à l'état isolé ou partiellement organisés, et de les appliquer directement à la psychothérapie."

 

pages 586 - 587 :

"Il est extrêmement difficile d'apprécier objectivement l'influence de Freud. Il s'agit d'une histoire trop récente, déformée par des légendes et dont toutes les données n'ont pas encore été éclaircies.

L'opinion générale est que Freud a exercé une puissante influence, non seulement sur la psychologie et la psychiatrie, mais sur tous les domaines de la culture, et que cette influence a été profonde au point de transformer notre façon de vivre et nos conceptions sur l'homme. La question devient plus complexe et plus controversée dès qu'on cherche à établir jusqu'à quel point cette influence a été favorable ou non. Nous avons d'un côté ceux qui voient en Freud l'un des libérateurs de l'esprit humain et qui estiment même que l'avenir de l'humanité dépendra de son acceptation et de son refus des enseignements de la psychanalyse. A l'opposé se trouvent ceux qui affirment que les effets de la psychanalyse ont été désastreux. La Piere, par exemple, prétend que le freudisme a ruiné l'éthique de l'individualisme, la discipline de soi et le sens des responsabilités qui régissait le monde occidental.

[...] La seconde difficulté, plus grave encore, vient de ce que la psychanalyse, dès ses origines, s'est développée dans une atmosphère de légende, si bien qu'une appréciation objective ne sera guère possible avant que l'on ai pu dégager les données authentiquement historiques de cette brume de légendes. Il serait d'un intérêt inestimable de découvrir le point de départ de la légende freudienne et d'analyser les facteurs qui ont permis son développement. Malheureusement l'étude scientifique des légendes, de leur structure thématique, de leur développement et de leurs causes reste l'une des provinces les moins explorées de la science, et jusqu'à ce jour rien n'a été publié sur Freud qui soit comparable à l'étude d'Etiemble sur la légende qui se développa autour du poéte Rimbaud."

 

 

 

Publié par vdrpatrice à 16:25:36 dans Henri F. ELLENBERGER. | Commentaires (0) |

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