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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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FIN. | 02 septembre 2009

 

          L'antisémitisme « inconscient » ou « masqué » avait déjà été utilisé par Elisabeth Roudinesco contre l'écrivain Renaud Camus, qui écrit ceci à propos de sa mésaventure :

               « …Il faut que soit intervenu un élément extérieur. Je ne serai pas étonné que cet élément ne soit autre qu'Elisabeth Roudinesco. Elisabeth Roudinesco dépense à me nuire une énergie phénoménale. De même que Marianne Alphant, Flatters ou Sophie Barrouyer ont à peu près interrompu leur carrière pour se consacrer à ma défense, Elisabeth Roudinesco passe ses journées au téléphone pour dresser contre moi la terre entière, en faisant alterner séductions et menaces avec prédilection, toutefois, pour la seconde méthode. Elle dit à qui veut l'entendre (ce qui fait hélas beaucoup de monde) que je suis un antisémite acharné, que je serai condamné par les tribunaux et que tous ceux qui prendront ma défense le seront aussi. Ceux qui signent la pétition dite "en ma faveur" seront exclus de Fayard ou n'y pourront jamais entrer. D'ailleurs ils ne trouveront plus d'éditeur. Et quand bien même ils en trouveraient il ne sera plus jamais question de leurs livres à la radio, à la télévision n'en parlons même pas, ni dans la presse et surtout pas au Monde.

              Quiconque prendrait si peu que ce soit parti pour moi serait aussitôt un paria dans le milieu intellectuel. Or je ne serais pas étonné que ces menaces, pour folles qu'elles paraissent, puissent avoir néanmoins quelque effet. Bien sûr il est toujours tentant, et trop facile, de soupçonner chez ses ennemis la folie. Mais en l'occurrence il semblerait bien qu'à ce soupçon il y ait quelque fondement… Si les personnes qu'appelle Roudinesco résistent à son endoctrinement, elle s'emporte, et alors tous les arguments lui sont bons. Elle n'a lu de moi que Roman Roi, semble-t-il. Si les gens lui disent que des dizaines de pages de mes livres rendent difficile de croire que je puisse être antisémite, elle rétorque que ces pages-là ne prouvent rien. Les lui cite-t on précisément, et la réduit-on à quia (ce qui n'est pas une mince affaire), elle lance son dernier atout : ’’Bon, il n'est peut-être pas antisémite dans ce qu'il dit, dans ce qu'il écrit. Mais inconsciemment il l'est !...’’

              Cependant c'est toute la psychanalyse qui se soucie généreusement de mon sort, et s'apitoie sur lui. Une autre grande vedette du divan a déjeuné avec Sophie Barrouyer et lui a parlé pendant trois heures, hier. Et comme elle ne parvenait pas à la faire changer de camp, elle lui a dit, en passant à un autre ton, et en la regardant au fond des yeux : ’’Vous aimez bien Renaud Camus, je vois ? Vous avez de l'amitié pour lui ? Eh bien si vous êtes son amie, il n'y a qu'une chose que vous puissiez lui conseiller, une seule : dites-lui qu'il doit se suicider’’. » Renaud Camus. Fin des extraits.20

              Ces attaques ad hominem ignobles sont une coutume freudienne, et le catalogue est long. Par exemple, quand l’excellente étude de David Bakan21, ’’Freud et la tradition mystique juive’’, fut enfin traduite à la fin des années 1970, elle fut illico dite antisémite contre toute évidence. ’’The Freudian Fallacy : Freud and Cocaine’’, le travail de Elizabeth Thornton22, provoqua une polémique dans les années 1980. Évitant la réplique raisonnée, les freudiens s’efforcèrent de détruire la personne de l’auteur par l’insulte. Ils virent dans son livre ’’un exemple type de littérature diffamatoire’’, un ’’suprême sacrilège’’, une thèse monomaniaque, etc.23 —mais surtout antisémite. On refusa à Elizabeth Thornton tout droit de réponse contre l’ignominie, et des libraires écartèrent par servitude son livre de la vente.24

              La rengaine comme quoi les contestations de la psychanalyse relèvent par définition du révisionnisme avait déjà été publiée en 1996 dans le quotidien Libération, toujours à l’encontre d’historiens du freudisme, par Elisabeth Roudinesco invoquant ’’la sottise de ces intellectuels égarés’’, ’’fanatiques religieux’’, ’’scientistes réactionnaires haineux’’— qui avaient le tort et le culot de ne pas être de son avis.25 Ceux-ci s’étaient indignés, d’autant qu’à l’époque le révisionnisme historique se confondait avec les négationnistes des chambres à gaz, mais leur réponse avait été refusée par ce journal.26 Comme l’écrivent Frederick Crews, et Todd Dufresne, cette association hostile avec l’anti-judaïsme prétendu des critiques de la psychanalyse, présentés comme des négationnistes ou des nazis attardés faisant campagne contre des Juifs freudiens, surprit douloureusement ces savants, puisque nombres d’entre eux sont juifs, dont des victimes rescapées du nazisme.27  Todd Dufresne rajoute que Mikkel Borch-Jacobsen a lui-même été qualifié de « négationniste », terme lourd de signification, puisqu’il désigne la négation de l’holocauste nazi, sévèrement pénalisée en France.28 C’est encore ce « négationnisme », que Mme Roudinesco prétend avoir reconnu dans « Mensonges Freudiens ».

              Voilà donc le procédé vindicatif et obsessionnel qui puise ses arguments dans le dictionnaire étriqué du mépris, appliqué à tout désaccord, même sans la psychanalyse comme cheval de bataille29, et contre tout adversaire —serait-il juif comme on le voit— pour le discréditer. C’est la méthode récurrente de l’invective qui substitue depuis des décennies à l’argumentation honnête et prudente le bréviaire de la honte et l’incitation à la haine, avec intention de nuire en recourant aux thèmes qui conviennent aux préoccupations de notre temps.

             Du vin nouveau coule dans de vieilles outres. Et ce fantasme de « l’antisémitisme masqué » est à la contestation du freudisme ce que « la schizophrénie sans symptôme » fut jadis à la dissidence antistalinienne.

             Ces pratiques malveillantes, prévisibles au regard de l’histoire d’un mouvement qui rejeta tout contestataire vers les catégories infamantes, sont la confirmation des dossiers ’’sacrilèges’’ ouverts dans Mensonges Freudiens et dont Madame Roudinesco ne dit évidemment pas un seul mot. Ce faisant, le débat ne s’élève pas, et ces gesticulations comminatoires sont chargées d’empêcher qu’il ait lieu, et de faire diversion, précisément sur le contenu des falsifications, impostures, fabrications, mensonges, escroqueries, forgeries, fraudes, montages —puisque tels sont les termes argumentés dans les études historiques savantes— que dissimulent la rhétorique de la désinformation et la censure des derniers freudiens. Afin que les fidèles continuent d’ignorer qu’on les manipule, et pour ralentir ’’dans la France de Freud et de Lacan’’ (expression de Roudinesco) l’irrésistible implosion du freudisme à laquelle on assiste depuis plus d’un tiers de siècle dans les pays informés, il faut à tout prix taire sous l’illusion d’un trait de plume que le dogme a été dès ses origines une déroute thérapeutique et théorique, et puis soustraire toute information qui le prouve.

 

Pour conclure

             La psychanalyse est sans avenir et se conjugue aujourd’hui à l’imparfait. Au fond, elle appartient au passé et avec de pareils défenseurs aucun contempteur n’est plus nécessaire. En désarroi, les apôtres du freudisme sont ses pires ennemis car, entre les malédictions et les imprécations, ils se déconsidèrent eux-mêmes et contribuent à leur propre perte. Comme le disait Pierre Fédida ’’le pire ennemi de la psychanalyse, le seul capable de la mettre à mal, il faut le chercher dans la maison de la psychanalyse.’’30 Le freudisme fut consemptible, car on ne peut s’en servir sans le détruire, comme l’allumette dont l’usage est unique. Le jeudi 22 janvier 1981 Marguerite Yourcenar vint prendre séance à l'Académie Française. Elle évoqua comme il convient son prédécesseur, Roger Caillois : —« Le marxisme et le freudisme ont été l'objet de ses justes attaques, parce que leur triomphe même a contribué à les pétrifier. Il s'élève contre leur casuistique analogue à celle de tous les théologiens de religions intransigeantes, tournant à leur profit les faits mêmes qui les ébranlent et les arguments qui les réfutent. C'est surtout dans l'explication du mythe que Roger Caillois ne pouvait que se heurter à certain freudisme intégral : ’’Le besoin de transposer dans l’analyse des mythes un principe d’explication qu’il est déjà abusif d’étendre à toute psychologie, l’emploi mécanique et aveugle d’un symbolisme imbécile, l’ignorance totale des difficultés propres à la mythologie, l’insuffisance de la documentation facilitant tous les laisser aller... ont abouti à des résultats auxquels on ne peut guère souhaiter qu’un éternel silence.’’ »31

 

 Jacques Bénesteau, septembre 2009

 

Publié par vdrpatrice à 19:58:38 dans Jacques BENESTEAU. | Commentaires (0) |

Références... | 02 septembre 2009

 

Références bibliographiques

1 Propos de E. Roudinesco, Radio France-Inter, dimanche 11 janvier 2004, vers 18 heures 50.

2 Roudinesco, Lettre au Président de la Société Française d’Histoire de la Médecine, publiée dans le « Journal de Nervure, Septembre 2003 » jamais été adressée à J. Bénesteau. Accessible dans les archives du journal : www.nervure-psy.com

3 Mensonges Freudiens, pp.241 & 242. Cf. Roudinesco & Plon, Dictionnaire de la psychanalyse. Fayard, 1997, p.763.

4 Roustang (F.) 1976. Un destin si funeste. Éditions de Minuit, p.14.

5 Gellner (E.) 1985. La Ruse de la déraison: le mouvement Psychanalytique. PUF, 1990, p.148.

6 Frisher (D.) 1977. Les analysés parlent. Stock.

7 “The verdict has been uniformly negative: Freud as a scientist, metapsychologist, and diagnostician of society emerges as a quack”. Tallis (R.). Burying Freud, Lancet, 1996, Vol. 347, March 9: p.669.

http://human-nature.com/freud/tallis.html et en français : http://www.psychiatrie-und-ethik.de/

8 ’’Well, if a scientist did that today, of course he would be stripped of his job. He would be stripped of his research funds. He would be disgraced for life.’’ F. Crews, interview with Harry Kreisler, Berkeley University, 14/08-1999 :

http://globetrotter.berkeley.edu/people/Crews/crews-con0.html

9 Cf. par ex. Gifford (S.) The Library of Congress and the fear of controversy. American Psychoanalyst, 1996, vol.30 (2): 2, 16.

http://apsa.org/tap/gifford.htm

10 Sur le Lacan de Roudinesco, cf. R. Tallis : The Shrink from Hell, The Times Higher Education Supplement, 31 October 1997. Cet article est disponible en Anglais et en Français : http://www.psychiatrie-und-ethik.de/. Le psychanalyste André Green a mis en doute « la validité historique » du livre de Roudinesco : Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée (Fayard 1993). « On y trouve des faits troublants », estimait-il, mais « malheureusement Elisabeth Roudinesco ne dit pas tout ce qu’elle sait. Il y a d’ailleurs beaucoup de choses qu’elle ne sait pas non plus. Sa culture psychanalytique est très sommaire, Lacan excepté. Elle joue constamment sur l’ambiguïté parce qu’elle défend l’idée d’un Lacan génial et néanmoins capable de toutes les turpitudes ; mais puisqu’il est génial, cela n’a aucune importance ! Histoire d’un système de pensée ? L’expression rappelle la paranoïa. Mais il n’y a pas le moindre élément d’analyse de ce système ; en outre, les autres pensées n’existent pas : c’est de la pourriture ’’ipéiste’’ ! (celle de l’institut de psychanalyse). Pour un historien, le mensonge par omission est aussi du mensonge ! »… « Je crains qu’elle ne soit pas plus psychanalyste qu’historienne. » Magazine Littéraire, n°315, novembre 1993, page 22. Roudinesco, qui apparaît dans les médias comme une experte multicarte, n’a aucune formation en psychologie (elle préfère la ’’science de l’âme’’ !), n’est pas psychothérapeute, et n’exerce pas la psychanalyse (« … j'ai été dûment analysé dans le sérail et par manque de temps, je ne pratique plus », propos de E. Roudinesco recueillis dans LE MATIN du 24 octobre 2008, Rabat, Maroc : www.lematin.ma/Actualite/Journal/Article.asp?idr=115&id=100630 )

11 R. Tallis, Burying Freud, Lancet, 1996, Vol. 347, March 9: [op. cit. p.670]

12 « Lacan Gourou, Réflexions après lecture de « La tapeuse de Lacan. » Texte de Bernard Raquin (13/02-2004) :

http://www.bernard-raquin.fr/demanipulation/lac.html

13 Pour se faire une idée de ce que pourrait être un “livre noir’’ argumenté sur le freudisme, cf. par exemple Dolnick (E.) 1998. Madness on the Couch: Blaming the Victim in the Heyday of Psychoanalysis. (Simon & Schuster). Il n’est pas traduit, bien sûr, et la bibliographie de ’’Mensonges freudiens“ apporte des compléments pour le reste de l’édification morale.

14 Cf. Jacques Corraze : la méthode Roudinesco (www.psychiatrie-und-ethik.de). Voir aussi les textes contenus dans le « blog » de Patrice van den Reysen http://www.blogg.org/blog-50438-themes-anti_freud_anti_psyk-101181.html

15 E. Roudinesco, Le Club de L’Horloge et la Psychanalyse : Chronique d’un antisémitisme masqué. Les Temps Modernes, avril-mai-juin 2004, N°627 pages 242-254.

16 Cf., dans la même veine, Roudinesco (E.) Le patient, le thérapeute et l’Etat (Fayard, 2004, p.118). Dans ce livre Roudinesco recourt à des stéréotypes qui tiennent du slogan éculé pour opposer la bonne psychanalyse —dont les succès ne se comptent plus car on ne doit surtout pas l’évaluer—, à ces psychothérapeutes ’’barbares’’ défenseurs d’une expertise à laquelle tentent d’échapper tous les charlatans. En effet, annonce t-elle, les thérapies comportementales et cognitives traitent les gens ’’comme des rats de laboratoire’’, et ’’ont plus à voir avec les techniques de la domination mises en oeuvre par les dictatures ou les sectes qu’avec les thérapies dignes de ce nom.’’ [pp.113-114 et p.116]. Pour ne rien oublier, on apprendra qu’elles sont "des méthodes fascistes" ! [le 28 mai 2004 sur Radio France-Inter, émission Charivari]. Pour finir, Jacques Alain Miller, gendre de Lacan, rajoutera "Les penchants criminels des Etats-Unis, il n'est que de regarder du côté d'Abou-Graïb pour les voir en pleine lumière. Il faut savoir que les tortures, non moins psychiques que physiques, qui ont révulsé la planète, sont l'application de méthodes qui portent un nom : ce sont exactement des méthodes comportementalistes." Agence lacanienne de presse, 19 mars 2005 (www.forumpsy.org). « L’idéologie comportementalo-évaluationniste n’est pas de gauche ; elle n’est pas de droite ; elle est celle d’ennemis du genre humain, qui s’ignorent comme tels, bien entendu, car ce sont aussi d’excellentes personnes. La notion de la science qu’ils véhiculent est une caricature ; leurs recherches quantifiées sont imbéciles ; leurs thèses sont utopiques ; leur utopie est infâme. » (J-A Miller, communiqué du 21 mars 2005, Agence lacanienne de presse). Les experts de l’INSERM sont « une noria de guignols. Leur réputation sera mise en loques. » Ils sont des « gens dangereux. Ils font de la magie noire [!?] et je refuse de les fréquenter. » « Nous avons commencé une longue marche qui ne s’arrêtera qu’à la victoire finale. » J-A Miller, rapporté par Charlie-Hebdo, 23/03-2005.

17 Nombres de propos dans l’article des Temps Modernes, entre autres ’’Youpins, conspiration judéo-bolchévique, complots maçonniques’’, « ils sont partout », bla bla bla, n’engagent que E. Roudinesco. Bien que placées entre guillemets encore une fois, ces fabrications, parfois des phrases entières qui ne sont ni des « passages » ni des citations, ne font pas partie du vocabulaire de J. Bénesteau, et sont absentes de Mensonges Freudiens. Ces interprétations sont indignes d’une prétendue historienne. Mais ces pratiques ont pu tromper des manipulateurs zélés ou asservis, et des journalistes, malhonnêtes ou inféodés, des esclaves peu respectueux de leur code déontologique. (La charte du journaliste de 1918 révisée en 1948, « tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles »).

18 Mensonges Freudiens, p.193.

19 “Though Freud was not nominated earlier cannot, therefore, be ascribed to anti-Semitism” Henri F. Ellenberger ”The Discovery of the Unconscious: The History and Evolution of Dynamic Psychiatry (Basic Books, 1970, p.454). Trad. Fr. Ellenberger, Histoire de la découverte de l’inconscient, Fayard 1994 (p.478). La promotion de cette édition française fut assurée par Roudinesco.

20 http://pagesperso-orange.fr/renaud.camus/ (cf. affaire Camus & journal de l’affaire Camus.)

21 Bakan (D.) 1958, Freud et la tradition mystique juive. Payot 1977 (réédité en 2001). On attend évidemment le pire des réactions au dernier ouvrage de David Bakan (& al., 2009) Maimonides' Cure of Souls: Medieval Precursor of Psychoanalysis.

22 Thornton (E.M.) 1983, The Freudian Fallacy: Freud and Cocaine. Paladin 1986, 2d ed.

23 Gay (P.) 1988, Freud, une vie. (Hachette Collection Pluriel, 2 Vol. 1995) vol.1, p.632.

24 Webster (R.) 1995, Why Freud was wrong: Sin, Science, and Psychoanalysis. Harper Collins. p.559 n14.

25 Roudinesco (E.) Le révisionnisme antifreudien gagne aux Etats-Unis, Libération 26/01-1996, page 7.

26 Cf. Borch-Jacobsen (M.), Folies à plusieurs. (Les Empêcheurs de Penser en Rond 2002, p.275 n1). La réponse refusée par Libération fut publiée ailleurs : Borch-Jacobsen (M.) Crews (F.) Grünbaum (A.) MacMillan (M.) Roazen (P.) Shamdasani (S.) Swales (P.J.) ’’Les Français portent-ils tous un béret basque ? Réponse à Elisabeth Roudinesco’’. L’âne, 1995-1996, n°62-63, p.34.

27 Crews (F.), Unauthorized Freud: Doubters confront a Legend. New York, Viking,1998, p.xxi. Dufresne (T.) Killing Freud; Twentieth-Century Culture and the Death of Psychoanalysis (Continuum Books, 2003) p.91.

28 Dufresne, Killing Freud (ibid. p.91). Todd Dufresne ne mentionne pas l’auteur de cette qualification infâme, mais signale que Borch-Jacobsen, évidemment outragé, a fait état de son indignation dans la revue “Evolution Psychiatrique” (sans référence).

29 Cf. dans un domaine différent, mais il en est bien d’autres : ’’Elisabeth Roudinesco, entre reniement et diffamation’’ http://lmsi.net/article.php3?id_article=147

30 Pierre Fédida, rapporté par Fabio Landa (« le pire ennemi de la psychanalyse », Les Temps Modernes, avril-mai-juin 2004, n°627, page 255.)

31 http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/yourcenar.html

 

Publié par vdrpatrice à 19:57:01 dans Jacques BENESTEAU. | Commentaires (0) |

Pierre-Henri CASTEL : psychanalyste éclairé. | 28 août 2009

Rappel de quelques citations tirées de son livre "A quoi résiste la psychanalyse". (Edition des Presses Universitaires de France, Science, histoire et société, Paris, 2006) :

Page 3 :

« Remontant vingt-cinq ans en arrière, j’aimerais surtout rendre sensible ceci : affirmer que la psychanalyse, dans tous les pays et dans toutes ses variantes cliniques et théoriques, traverse aujourd’hui une crise majeure, peut-être terminale, n’est nullement une exagération née d’un manque de recul. Le recul est là (en gros, le quart de la vie de la discipline elle-même), et le constat sans équivoque. Car depuis vingt-cinq ans, tant le prestige scientifique, voire tout simplement intellectuel, que clinique et thérapeutique, sans oublier le pouvoir d’attraction culturelle de la psychanalyse, ont fondu comme neige au soleil. Etrangement, la gravité de la crise n’est guère sensible aux psychanalystes eux-mêmes : ils forment en effet depuis les années 1960 un milieu professionnel qui s’isole, pour des raisons à discuter, telle une élite au cœur de la nébuleuse contemporaine des métiers psychologiques que les sociétés développées on fait proliférer à diverses fins, et ces métiers, ainsi que les formations qui y conduisent, continuent à lui rendre un culte révérencieux. Au sein de sociétés de psychanalystes, on se coopte, on discute, on publie, et même parfois, on se cite. Mais c’est là une vitalité en vase clos ; il suffit de comparer les revues de psychanalyse, de sciences humaines et de psychiatrie des années 1960 à leurs héritières actuelles pour mesurer l’ampleur des dialogues rompus et des ignorances insoucieuses. Certes, ce n’est pas en France, ni en Argentine, qu’on trouvera les signes les plus douloureux de la désaffection dont je parle. En revanche, partout où ne subsiste que sa dépouille idéologique, le freudisme, celui-ci ne suscite plus que sarcasmes. Enfin, il serait trompeur de croire que la langue et la vie de tous les jours, en incorporant tant d’expressions freudiennes dans la justification de nos attitudes psychologique (Untel « refoule », « dénie », et pensez aux nuances « hystériques » qu’on sait si bien détecter dans la sexualité ou l’agressivité d’autrui), prouvent par là le caractère acquis, voire indéracinable du savoir freudien (…) ».

Page 6 :

« (…) L’ignorance crasse des enjeux et des outils contemporains de la critique théorique fait le reste chez les psychanalystes les mieux intentionnés. La confusion régnante entre rationalité et scientificité est telle que la peur de n’avoir rien à opposer aux attaques récentes contre la psychanalyse-comme-science a pour conséquence une fuite dans la philologie et l’ « éthique » qui enferme toujours davantage le milieu psychanalytique dans son isolat socioculturel, tandis qu’on en vient à regarder avec méfiance toute tentative de justifier en raison la démarche psychanalytique (…) ».

Page 169 :

« Je suggère à mon tour qu’un tel régime de minorité est peut-être le seul que puisse adéquatement adopter la psychanalyse, aux antipodes de déclamations généralistes, qui, faute d’avoir trouvé le crédit suffisant à s’imposer dans le champ du savoir, se déversent désormais en injonctions moralisatrices ou dans de pathétiques appels à « résister » à la destruction de la subjectivité. Son objet, ainsi sur le plan épistémologique, me paraît exister précisément au point de fuite des tenailles dans lesquelles on l’enferme. Par exemple : la psychanalyse est soit une science, et doit alors se conformer aux canons de la causalité nomologique, soit elle est de la philosophie, et en ce cas, elle doit renoncer à ce que l’interprétation ait une quelconque action réelle ».

 

Publié par vdrpatrice à 09:43:00 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Claude LEVI-STRAUSS. La psychanalyse, une révolution ? Une | 26 août 2009

Une pensée de ce grand bonhomme, pêchée sur le web. (Désolé mais je n'en connais pas la référence exacte).

"À la plupart d’entre nous, la psychanalyse apparaît comme une conquête révolutionnaire de la civilisation du XXe siècle ; nous la plaçons sur le même plan que la génétique ou la théorie de la relativité. D’autres, plus sensibles sans doute au mauvais usage de la psychanalyse qu’à son véritable enseignement, persistent à la considérer comme une extravagance de l’homme moderne. Dans les deux cas, on oublie que la psychanalyse n’a fait que retrouver, et traduire en termes nouveaux, une conception des maladies mentales qui remonte probablement aux origines de l’humanité et que les peuples que nous appelons primitifs n’ont pas cessé d’utiliser, souvent avec un art qui étonne nos meilleurs praticiens.

Il y a quelques années, des ethnologues suédois ont recueilli et publié un très long rituel de guérison employé chez les Indiens Cunas de Panama, dans les cas d’accouchement difficile. Ce rituel consiste en un récitatif que le sorcier de la tribu – ou, comme disent les spécialistes, le chaman – déclame devant la patiente et pour son bénéfice. Il lui explique que son mal provient de l’absence momentanée de l’âme qui préside à la procréation ; car les Cunas croient en l’existence d’une multitude d’âmes, chacune préposée à une fonction vitale particulière. Cette âme a été attirée dans l’au-delà par des esprits malfaisants ; le sorcier raconte à la malade, avec un grand luxe de détails, comment il entreprend un voyage surnaturel à la recherche de l’âme perdue ; quels obstacles il rencontre ; à quels ennemis il s’oppose ; comment il les domine, par la force ou par la ruse, avant d’atteindre la prison de l’âme captive, pour finalement la libérer et lui faire réintégrer le corps souffrant et étendu".


 
Claude Lévi-Staruss

Publié par vdrpatrice à 20:24:47 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Jacques Van RILLAER analyse les dernières affirmations d'Elisabeth ROUDINESCO. | 24 août 2009


Analyse d'affirmations d'Elisabeth Roudinesco

dans son interview parue sous le titre « La révolution freudienne »

dans Le Monde des Religions, juillet-août 2009, n° 36, p. 44-45

(Le texte complet de l'interview se trouve à la suite de cette analyse)

 

par Jacques Van Rillaer

Professeur de psychologie à l'université de Louvain

et aux Facultés universitaires St-Louis (Bruxelles)

 

 

1. « La théorie freudienne est, du point de vue de la sexualité, une révolution.
Freud change le regard sur la sexualité. Aussi sera-t-il accusé, par toutes les religions, particulièrement le catholicisme, d'être un profanateur de la famille, un dynamiteur de la société, un démon darwinien et un obsédé sexuel. Pourquoi ? Parce qu'il considère que la société bourgeoise bride le désir sexuel. Au lieu de pointer du doigt l'anormalité, il va montrer que tous les conflits à l'origine de l'être humain sont au départ sexuels et liés au désir. Si les femmes de cette époque sont hystériques, c'est parce qu'elles ont des frustrations, non parce qu'elles sont anormales » (p. 44)


V.R. :

a) La théorie freudienne en matière de sexualité ne constitue pas une révolution révolutionnaire. Il suffit de lire convenablement Freud lui-même pour s'en apercevoir.

Dès ses premiers textes, Freud écrit que l'incidence de la sexualité dans certains troubles a été clairement affirmée avant lui.

Ainsi il écrit en 1896 : « Ce n'est pas, à vrai dire, une proposition nouvelle, inouïe. On a toujours admis les désordres sexuels parmi les causes de la nervosité.[1] » Freud déplore seulement que l'« on a restreint l'influence étiologique des désordres sexuels à un nombre limité des cas observés » alors que lui-même explique alors  TOUS les troubles mentaux, sans exception, par la sexualité.

Freud écrit encore, en 1898 : « Par des investigations approfondies je suis parvenu, dans les dernières années, à cette connaissance que des facteurs issus de la vie sexuelle constituent les causes les plus proches et pratiquement les plus significatives de chacun des cas d'affection névrotique. Cette doctrine n'est pas entièrement neuve ; une certaine significativité a été concédée au facteur sexuel dans l'étiologie des névroses, de tout temps et par tous les auteurs ; pour de nombreux courants souterrains de la médecine, la guérison des "maux sexuels" et celle de la "faiblesse nerveuse" ont été toujours unies dans une seule promesse. »[2]

L'importance de la sexualité dans la vie des êtres humains, des enfants et des personnes perturbées avait été clairement affirmée par plusieurs auteurs avant Freud. Même des freudiens reconnaissent ce fait. Citons à titre d'exemple : F. Laplassotte (1977) Sexualité et névrose avant Freud : une mise au point. Psychanalyse à l'Université, 3 : 203-226.

Pour un exposé détaillé de la question par un historien compétent et non partisan, voir Frank Sulloway (1979) Freud, biologist of the mind : Beyond the psychoanalytic legend. N. Y.: Basic Books. Trad.: Freud, biologiste de l'esprit. Fayard, 1981, 595 p. Rééd. 1998, 620 p.

b) Les freudiens disent souvent que Freud a supprimé la frontière entre la normalité et l'anormalité.

Certes, Freud reprend à son compte la formule de Paul Moebius « nous sommes tous un peu hystériques »[3] et ajoute que « la disposition à la perversion est partie intégrante de la constitution normale »[4]. Toutefois, il parle toujours des personnes qui le consultent comme de « malades » (Kranken) ou de « névrosés » (Neurotikern). Il déclare que TOUTES les activités sexuelles sans coït sont « perverses » (perverser Sexualübungen) et qu'elles sont à proscrire pour trois raisons : « Elles sont condamnables sur le plan éthique car elles rabaissent cette chose sérieuse que sont les relations amoureuses entre deux être humains à un jeu agréable sans danger et sans participation de l'âme » ; elles favorisent l'homosexualité ; elles handicapent la sexualité dans le mariage : les hommes seront moins puissants, les femmes seront frigides et, finalement, maris et femmes renonceront aux rapports sexuels.

Freud met en garde surtout contre la masturbation qui, selon lui, corrompt le caractère, prédispose aux névroses et même aux psychoses (!). C'est la voie de la facilité, écrit-il. Elle engendre des fantasmes qui font désirer ce qu'on ne trouve pas dans la réalité[5].

c) Mme Roudinesco écrit : « Si les femmes de cette époque sont hystériques, c'est parce qu'elles ont des frustrations, non parce qu'elles sont anormales. »

C'est là l'opinion de Mme Roudinesco, mais pas celle de Freud. Jusqu'en 1897, le neurologue viennois affirme que la frustration sexuelle produit, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, la « névrose d'angoisse ». L'hystérie, il l'explique alors toujours comme la conséquence du refoulement d'une séduction sexuelle[6]. A partir de la fin de 1897, il abandonnera la théorie de la séduction au profit de la théorie du fantasme : il expliquera tous les cas d'hystérie, non par des « frustrations sexuelles », mais par le refoulement de fantasmes de séduction ayant accompagné des activités auto-érotiques.


2. « Jusqu'en 1897, date à laquelle il élabore sa première théorie sexuelle, il voit beaucoup de femmes qui disent avoir subi des abus.
La névrose adulte, pense-t-il d'abord, vient de traumatismes sexuels réels, et puis il s'aperçoit que si certaines femmes ont véritablement connu un abus, d'autres l'ont sincèrement imaginé : il invente ainsi la notion de fantasme. » (p. 44)

 

V.R. : Il est étonnant que Mme Roudinesco répète, encore de nos jours, la légende des récits spontanés de séductions infantiles imaginées. En effet, depuis que Frank Cioffi (professeur à l'université de Kent à Canterbury) a dénoncé ce mensonge freudien en 1974[7], de nombreux historiens de la psychanalyse ont montré la contradiction évidente entre les textes freudiens des années 1890 et ce que Freud a raconté bien des années plus tard[8]. Qu'il nous suffise ici de citer deux textes qui montrent clairement que les femmes n'ont pas « sincèrement imaginés » des abus sexuels. C'est Freud qui les conditionnait à imaginer ces récits, un fait qu'il n'a jamais voulu admettre !

 « Les malades ne racontent jamais ces histoires spontanément, ni ne vont jamais dans le cours d'un traitement offrir au médecin tout d'un coup le souvenir complet d'une telle scène. On ne réussit à réveiller la trace psychique de l'événement sexuel précoce que sous la pression la plus énergique du procédé analyseur et contre une résistance énorme, aussi faut-il leur arracher le souvenir morceau par morceau.[9] »

Freud précise ailleurs que, « dans la plupart des cas, les souvenirs n'étaient retrouvés qu'après plus de cent heures de travail.[10] »

Bien plus tard, Freud donnera une version totalement différente des faits. Il écrira par exemple :

« À l'époque où l'intérêt principal était dirigé sur la découverte des traumatismes sexuels de l'enfance, presque toutes mes patientes me racontaient qu'elles avaient été séduites par leur père. Il me fallut finalement constater que ces rapports n'étaient pas vrais, et j'appris ainsi à comprendre que les symptômes hystériques dérivent de fantasmes et non pas d'événements réels. Ce n'est que plus tard que je pus reconnaître dans ce fantasme de séduction par le père l'expression du complexe d'Œdipe typique chez la femme.[11] »

E. Roudinesco précise que Freud « invente la notion de fantasme ».

Affirmation étonnante pour une historienne de la psychanalyse. Il suffit de lire convenablement Freud pour s'apercevoir qu'il reprend cette notion à Mortiz Benedikt. Il écrit en 1899 : « Les psychiatres n'ont pas encore suffisamment étudié le rôle du fantasme dans la vie psychique. On peut attendre beaucoup à cet égard des recherches de M. Benedikt[12]. »


3. « Il [Freud] fera ainsi scandale en 1905, en affirmant qu'il est parfaitement normal pour un enfant de se masturber et que tous les enfants ont une sexualité pulsionnelle. Cela devient "anormal", lorsque ça tourne à la manie fétichiste. » (p. 45)

 

V.R. : Mme Roudinesco répète ici un des grands mythes freudiens. Elle ferait bien de relire l'ouvrage de Henri Ellenberger qu'il a fait rééditer en 1994. Le célèbre historien de la psychiatrie écrit qu'en rassemblant les comptes rendus publiés tout de suite après la parution des Trois Essais, deux psychanalystes américains, Bry et Rifkin ont mis en évidence un bel exemple de la légende des « résistances » (éd. de 1947, p. 652s). En effet, la plupart des recensions étaient positives, fait qui s'explique très simplement : les idées présentées dans les Trois Essais de 1905 étaient fort peu révolutionnaires pour la Vienne de l'époque.

Ellenberger a examiné de près la littérature sexologique de la fin du XIXe siècle. Je renvoie à son exposé (éd. de 1974, pp. 249-57 ; 425-32), me contentant ici de quelques-unes de ses conclusions :

« Lors de la parution des Trois Essais en 1905, on s'intéressait énormément aux problèmes sexuels et il est difficile de faire la part entre les sources de Freud et les développements parallèles (...) Depuis 1886 (date de la parution de la Psychopathia Sexualis de Krafft-Ebing), les publications sur ce sujet n'avaient cessé de se multiplier et il devenait de plus en plus difficile d'en faire le tour. En 1899, Magnus Hirschfeld avait entrepris la publication d'un annuaire qui contenait de nombreux articles originaux et des comptes rendus de livres. Le premier volume avait 282 pages, le 4e (en 1902) en comptait 980, le 5e (en 1903) 1.368, le 6e (en 1904) 744, et celui de 1905, 1.084. Rien d'étonnant si l'on trouve peu de choses dans les Trois Essais de Freud que l'on ne puisse reconnaître dans les faits, les théories et les spéculations contenues dans ce déluge de littérature. » (p. 425s)

Comme nous l'avons dit, Freud a une opinion très négative de la masturbation. A ma connaissance, il n'a jamais écrit que « cela devient "anormal" lorsque ça tourne à la manie fétichiste. » De toute façon, Freud entendait par « fétichisme » ce qu'on peut lire aujourd'hui dans le Petit Robert : « Perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction sexuelle est recherchée par le contact ou la vue de certains objets normalement dénués de signification érotique ». Mme Roudinesco utilise ici un terme psychiatrique de façon inappropriée.


4. « Toutes les dictatures vont bannir le freudisme, comme théorie de la liberté humaine. »

 

V.R. : Il faudrait écrire « beaucoup » de dictatures. En effet, comme l'a écrit Mme Roudiensco elle-même : « Les dictatures militaires n'ont pas empêché l'expansion de la psychanalyse en Amérique latine (notamment au Brésil et en Argentine) »[13]. L'Argentine, sous le régime des généraux, n'en était pas moins, selon l'expression d'un psychanalyste, « l'Eldorado de la psychanalyse »[14]. Plusieurs psychanalystes - par exemple Boehm et Müller-Braunschweig - rallièrent la cause nazie et continuèrent à travailler comme psychanalystes au sein de l'Institut Göring[15].

François Roustang, qui vécut pendant des années l'aventure lacanienne, écrit au sujet des prétendus effets subversifs de la psychanalyse :

« La psychanalyse gêne le pouvoir absolu, mais pas plus, ou peut-être beaucoup moins, que quelques hommes d'église incapables de supporter l'esclavage, qu'un syndicat animé par la justice, qu'un groupuscule d'étudiants décidés qui ne redoutent pas la mort »[16].


5. « Avec la création de l'International Psychoanalytical Association (IPA) en 1910, ce mouvement d'émancipation [la psychanalyse] s'est transformé en une Eglise laïque, avec des règles pour la cure et une nouvelle morale orthodoxe... »


V.R. : Freud a décidé en 1910 de créer une association visant à protéger sa pratique contre ceux qui faisaient de l'analyse psychologique sans se soumettre à son autorité[17]. Progressivement s'est instaurée l'obligation d'une psychanalyse didactique si l'on voulait être reconnu membre de son association. Notons bien que l'aspect « Eglise » ou « religion » laïque est apparu très tôt. Déjà en 1910, le célèbre psychiatre Eugen Bleuler - qui avait été un temps très intéressé par le travail de Freud - qualifiait le groupe des psychanalystes de « secte intolérante ». Peu après, Alfred Hoche, professeur de psychiatrie à Fribourg, parlait d'« une secte fanatique obéissant aveuglément à son chef ». En 1920 Havelock Ellis, avec lequel Freud avait entretenu une correspondance amicale, écrivait : « Il est malheureux que Freud ait d'abord été le chef d'une secte, sur le modèle des sectes religieuses »[18].

 

6. « La psychanalyse a été violemment attaquée par les scientistes, pour lesquels il n'y a pas de psychisme hors des neurones et du fonctionnement cérébral. Quand la psychiatrie devient comportementaliste, elle exclut l'inconscient, la sexualité, le transfert, le désir, au profit d'une classification des comportements. La caractéristique des comportementalistes, c'est la détestation des religions, et pour eux, la psychanalyse est une religion et les psychanalystes, des prêtres masqués. Ils aiment certaines formes de religiosité qui ne sont pas la religion, comme par exemple la méditation transcendantale, en tant qu'outil technique. »

 

V.R. :

a) Pour Mme Roudinesco, les critiques de la psychanalyse ne viennent pas de philosophes, d'épistémologues ou de vrais scientifiques. Elles ne peuvent venir que de « scientistes », c'est-à-dire des personnes bornées pour qui la science seule peut dire des choses pertinentes.

En réalité, des critiques radicales ont été énoncées par des philosophes et des épistémologues, par exemple Popper, Wittgenstein, Grünbaum, mais également par des historiens qui ont découvert à quel point Freud avait menti : Ellenberger, Sulloway, Borch-Jacobson, Han Israëls.

Bien sûr des critiques ont émané depuis longtemps de psychologues scientifiques (Eysenck étant le plus célèbre). Pour toutes ces personnes, le psychisme ne se ramène nullement aux neurones et au fonctionnement cérébral !

Quant aux neuropsychologues qui, eux, s'occupent avant tout du rapport entre les comportements et le fonctionnement cérébral, ils ont peu parlé de la psychanalyse. Il faut ici rappeler que Mme Roudinesco n'a pas fait d'études de psychologie et qu'elle ignore les notions élémentaires de la psychologie scientifique[19].

b) Mme Roudinesco ne comprend toujours pas ce qu'est le comportementalisme[20].

Rappelons qu'il s'agit d'une façon de faire de la psychologie qui se caractérise non par un contenu théorique, mais par une méthode : il s'agit d'observer scientifiquement des comportements et leurs déterminants. La notion de « comportement » constitue l'unité d'observation, plutôt que la notion d' « âme ». Mme Roudinesco, elle, est une « animiste » : elle n'a que faire des observations de comportements, elle ne s'intéresse qu'à l'« âme », une âme « masquée », que seul le freudien peut révéler.

c) Le comportementaliste, selon elle, « exclut l'inconscient, la sexualité, le transfert, le désir, au profit d'une classification des comportements ».

 On aimerait voir des citations de publications de comportementalistes excluant tout cela ! On comprend que Mme Roudinesco n'en donne pas dans une interview, mais elle n'en donne pas davantage dans ses publications. Je pense qu'elle n'a jamais lu un seul livre d'un comportementaliste reconnu par ses pairs.[21].

Exclure l'inconscient ? Oui : l'idée qu'il y a un Autre en nous dont nous ne sommes que la marionnette[22]. Par contre, tous les comportementalistes pensent qu'en nous comportant nous ne sommes pas conscients de tout ce que nous faisons et de tous les déterminants de ce que nous faisons. En 74 pages, j'ai fait une mise au point sur cette question dans mon livre Psychologie de la vie quotidienne (Odile Jacob, 2003). J'y ai montré que l'idée de processus inconscients apparaît dans la psychologie scientifique avant même que Freud n'ait écrit une ligne à ce sujet !

Exclure la sexualité ? Tout à fait ridicule. Contentons-nous de citer un livre récent, qui est un plaidoyer pour une sexualité heureuse et qui montre que les comportementalistes s'intéressent à la sexualité depuis le début de ce mouvement : La sexualité des gens heureux, de  Pascal de Sutter (Paris, Les arènes, 262 p.)

Exclure le transfert ? Tout dépend de ce que l'on entend par cette notion qui a plusieurs sens. Rappelons quelques énoncés de Freud qui en disent long sur le conditionnement opéré durant les cures :

« Dans notre technique, nous avons abandonné l'hypnose que pour redécouvrir la suggestion sous les espèces du transfert. (...) Nous accordons que notre influence repose pour l'essentiel sur le transfert, donc sur la suggestion.[23] »

« Il est tout à fait vrai que la psychanalyse travaille aussi par le moyen de la suggestion, comme d'autres méthodes psychothérapeutiques. Mais la différence est qu'ici on ne s'en remet pas à celle-ci - suggestion ou transfert - pour décider du succès thérapeutique. Elle est bien plutôt utilisée pour inciter le malade à produire un travail psychique.[24] »

Exclure le désir ? De quel désir s'agit-il ? Les comportementalistes accordent de l'importance au désir sexuel (je suppose que c'est essentiellement celui-là auquel songe Mme Roudinesco), mais aussi au désir d'affection, d'être estimé, d'être compétent, de vivre conformément à ses valeurs, de voir ses proches s'épanouir, de faire des expériences esthétiques, etc.

d) « La classification »

Voilà une rengaine qui ne correspond absolument pas à la réalité observable de la pratique comportementale. Les comportementalistes se réfèrent à des catégories clairement définies quand il s'agit de faire de la recherche, de faire un pronostic et de choisir une forme de thérapie plutôt qu'une autre. Leurs catégories sont autrement plus nuancées que la dizaine de catégories que Freud et ses disciples utilisent à tout bout de champ : névrosé, hystérique, obsessionnel, narcissique, pervers. Mme Roudinesco emploie d'ailleurs, dans son interview, les deux premiers termes cités.

e) Mme Roudinesco écrit que « La caractéristique des comportementalistes, c'est la détestation des religions, et pour eux, la psychanalyse est une religion et les psychanalystes, des prêtres masqués. »

La caractéristique des comportementalistes est le refus des pseudo-explications mentalistes du genre « il est agressif parce qu'il a une pulsion de mort » au profit d'observations méthodiques des comportements (« il est agressif parce qu'il a appris à réagir de cette façon dans telles situations et qu'il est régulièrement provoqué »...).

Il y a des comportementalistes qui détestent la religion et d'autres qui sont croyants, comme chez les psychanalystes.

Que la psychanalyse apparaisse comme une religion, Mme Roudinesco, en déclarant un peu plus haut que la psychanalyse s'est transformée en une Eglise laïque, semble toute prête à l'admettre. Je répète que cette transformation s'est faite dès les années 1910.

f) Mme Roudinesco ajoute qu' « ils aiment certaines formes de religiosité qui ne sont pas la religion, comme par exemple la méditation transcendantale, en tant qu'outil technique ».

Ridicule. Un certain nombre de comportementalistes utilisent des méthodes de méditation, qu'ils ont rebaptisées « mindfulness » ou « pleine conscience », qui n'ont rien à voir avec la méditation « transcendantale » du gourou Maharishi Mahesh Yogi.  S'ils utilisent cette technique qui trouve son inspiration dans le bouddhisme, ce n'est pas parce qu'ils « aiment certaines formes de religiosité », mais parce que des observations méthodiques ont montré que cette pratique a de réelles possibilités psychothérapeutiques. A toutes fins utiles, je renvoie à un excellent ouvrage sur le sujet, écrit par un comportementaliste lyonnais, Frédéric Rosenfeld : Méditer, c'est se soigner (Paris : Les Arènes, 2007, 350 p.)


7. « Le problème, c'est que la psychanalyse est une théorie philosophique et que l'on ne parle pas le même langage que les scientifiques. »

 

V.R. : La psychanalyse joue habituellement sur deux tableaux : elle se présente tantôt comme une science, tantôt comme une anthropologie philosophique. Je suis heureux que Mme Roudinesco tranche comme elle le fait.

Rappelons toutefois que Freud écrivait : « La psychanalyse est une science empirique. Ce n'est pas un système à la manière de ceux de la philosophie »[25] ; « Comme toute autre science de la nature (Naturwissenschaft), la psychanalyse repose sur une élaboration patiente et laborieuse de faits du monde perceptif »[26]. Freud ne tenait pas en haute estime la philosophie, du moins dans ses conversations privées. Il disait par exemple à Binswanger : « La philosophie est une des formes les plus convenables de sublimation d'une sexualité refoulée, rien de plus »[27].

De son côté, Lacan disait à la fin de sa vie : « La psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une science. Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n'est pas une science du tout parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique qui durera ce qu'elle durera. C'est une pratique de bavardage[28]. »


8. « Les cognitivo-comportementalistes sont apolitiques, ils sont pour le libéralisme absolu en matière de mœurs, puisqu'ils nient toute fonction symbolique. Leur philosophie spontanée, c'est le "jouir le mieux possible", tempéré par l'évaluation : un cauchemar moderne qui transforme les hommes en "choses". »

 

V.R. :

a) « Apolitiques » ?

En effet, le comportementalisme, qui se veut une psychologie d'orientation scientifique n'est ni de droite, ni de gauche. Notons toutefois que le pays au monde où le courant cognitivo-comportemental s'est le mieux développé c'est la Hollande, un des pays les plus démocratiques de la planète.

b) « Libéralisme absolu en matière de mœurs » ?

Je reste bouche bée. Où Mme Roudinesco est-elle allé chercher cette affirmation ? On voudrait des preuves, des citations précises, des témoignages crédibles...

c) La négation de la fonction symbolique ?

La science du comportement s'intéresse depuis des lustres au symbolique et à l'imaginaire. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger. Mme Roudiensco ignore sans doute que Skinner, par exemple, a publié en 1957 un livre de 478 pages sur le langage[29].

d) « Jouir le mieux possible » ?

Mme Roudinesco dit, dans cette même interview, que le comportementaliste exclut la sexualité, le désir. La logique n'a jamais été son fort.

e) L'évaluation serait un cauchemar moderne, qui transformerait les hommes en « choses ».

Pour autant que je sache, on évalue pas mal de choses depuis longtemps : les acquis scolaires, les dommages causés par un traumatisme, l'effet des médicaments, la rapidité d'une guérison d'une maladie, le pourcentage de rechutes...

Dans le domaine de la psychothérapie, l'idée d'évaluer les effets s'est développée surtout à partir des travaux d'Eysenck publiés en 1952.

Certes, on ne peut pas tout « mesurer » de façon rigoureuse, mais on peut toujours évaluer des évolutions. Par exemple, le degré d'agoraphobie. Un patient peut ne plus oser sortir de chez lui, ne plus oser prendre le métro, ne plus oser quitter sa ville ... On peut voir si la thérapie lui permet d'étendre le champ de sa liberté de circuler.

Si l'on refuse toute évaluation en psychothérapie, il faut admettre que tout se vaut, que c'est le règne de la subjectivité absolue. Autant alors choisir résolument ce qui est le moins cher et le plus rapide, c'est-à-dire précisément les TCC.

Mme Roudinesco, sous prétexte de sauver « l'âme », veut sauver les privilèges de la corporation freudienne.

 

Jacques VAN RILLAER.


[1] L'hérédité et l'étiologie des névroses (1896) Œuvres complètes. Paris : PUF, 1989, III, p. 114.

[2] La sexualité dans l'étiologie des névroses (1898) Œuvres complètes. Paris : P.U.F, 1989, III, p. 217.

[3] Une formule qui fait songer immanquablement à celles du docteur Knock : « Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent », « La santé n'est qu'un mot, qu'il n'y aurait aucun inconvénient à rayer de notre vocabulaire ».

[4] Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905). Trad. Gallimard, coll. Idées, 1962, p. 61.

[5] « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes » (1908). Trad. dans La vie sexuelle, PUF, 1969, p. 43.

[6] Voir par exemple le texte « L'hérédité et l'étiologie des névroses » (1896), cité à la note 1.

[7] « Was Freud a liar ? », The Listener, 7 févr. 1974, p. 172-74, rééd. dans Crews F., éd., Unauthorized Freud, New York, Viking, 1998, p. 34-42).

[8] En langue anglaise, le lecteur a l'embarras du choix. Citons quelques publications en français : R. Webster (1998) Le Freud inconnu. L'invention de la psychanalyse, trad., éd. Exergue, 1998 - J. Bénesteau,  (2002) Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire. Mardaga, (voir chap. 12) - C. Meyer et al. (2005) Le livre noir de la psychanalyse. Paris : Les arènes, 830 p. - M. Borch-Jacobsen & S. Shamdasani (2006) Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse. Les Empêcheurs de penser en rond, 510 p.

[9]. « L'hérédité et l'étiologie des névroses » (1896), Œuvres complètes, P.U.F., III, p. 117.

[10]. « Sur l'étiologie de l'hystérie » (1896), Œuvres complètes, P.U.F., III, p. 180.

[11] Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1933), Trad. Gallimard, p. 161.

[12] L'interprétation des rêves (1900), trad. PUF, 1967, p. 419.

[13] Pourquoi la psychanalyse? Fayard, 1999, p. 172.

[14] Leclaire S. et l'A.P.U.I.P. (1991) Etats des lieux de la psychanalyse. Albin Michel, p. 215.

[15] Kaltenbeck F. (1983) Un trauma. Les psychanalystes et le nazisme. L'Ane. Le magazine freudien, 10, p. 27.

[16] ... Elle ne le lâche plus. Paris: Minuit, p. 175.

[17] Voir Sonu Shamdasani (2005) Psychanalyse, marque déposée. In C. Meyer et al. (2005) Le livre noir de la psychanalyse. Paris : Les arènes, p. 162-77. Ed. 10/18, p. 205-225.

[18] Pour les références précises de ces citations, voir J. Van Rillaer (1980) Les illusions de la psychanalyse. Mardaga, 4e éd.,1996, p. 247s.

[19] Illustration. Mme Roudinesco écrit : « la psychologie cognitive se veut scientifique en prétendant faire dépendre du cerveau non seulement la production de la pensée, mais l'organisation psychique consciente et inconsciente. » (Pourquoi la psychanalyse ?, p. 95). Tout étudiant, qui a réussi une première année de psychologie dans mon pays, sait que la psychologie cognitive se définit comme l'étude des fonctions cognitives (mémoire, pensée, etc.) et se veut scientifique parce qu'elle utilise la méthode scientifique pour étudier ces fonctions. Je suppose que les étudiants français le savent également.

[20] Dans Pourquoi la psychanalyse ?, Mme Roudinesco écrivait (p. 95) : "Le béhaviorisme est une variante du comportementalisme", ce qui revient à dire que le skate-bord est une variante de la planche à roulette. En fait, le terme comportementalisme est synonyme de l'anglicisme béhaviorisme, ce que savent TOUS les psychologues universitaires ou ceux qui consultent Le petit Robert.

[21] Rappelons que le titre de « comportementaliste » n'a pas plus de valeur légale que celui de « psychanalyste ». N'importe qui peut l'utiliser, quelle que soit sa formation ou sa non-formation. Quand on parle du freudisme, il faut se référer à Freud et à ses principaux disciples. Quand on parle du « comportementalisme », il faut se référer aux noms reconnus de ce courant dans les milieux universitaires.

[22] C'est ce que les épistémologues appellent, depuis les travaux de G. Ryle, « l'erreur de l'homonculus ». Voir J. Bouveresse (1991) Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud. Ed. de l'éclat, 141 p.

[23] Conférences d'introduction à la psychanalyse (1917) Trad., Gallimard, 1999, p. 566 & 569.

[24] Sigmund Freud présenté par lui-même (1925), trad. Gallimard, 1984, p. 71 (italiques de Freud).

[25] "Psychoanalyse" und "Libidotheorie" (1923), Gesammelte Werke, Fischer, XIII, p. 229.

[26] Die Widerstände gegen die Psychoanalyse (1925), Gesammelte Werke, Fischer, XIV, p. 104.

[27] Binswanger, L. (1966) Discours, parcours, et Freud, trad., Paris, Gallimard, p. 277.

[28] "Une pratique de bavardage", Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, 19, p. 5

[29] Verbal behavior. Appleton-Century-Crofts, 1957, 478 p.

 

Publié par vdrpatrice à 16:14:14 dans Jacques VAN RILLAER. | Commentaires (0) |

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