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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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« De la visée scientifique au mythe aliénant » par Audrey CHAZOT. (modifié le 19 mai 2009). | 02 août 2008

 

« Parce qu'il prétend à la scientificité, au rationalisme, seul gage pour lui d'une connaissance authentiquement vraie, Freud en vient à dépasser les limites propres à la science qui garantissent une certaine validité. Dans l'excès de zèle d'un rationalisme exacerbé, et oubliant toute prudence scientifique, Freud avoue sa «foi» en un déterminisme psychique absolu, sur lequel il fonde toute sa discipline, déplaçant ainsi la nécessité et le principe de causalité au cœur même du psychisme humain. Si la psychanalyse freudienne prétend au plus haut point à la scientificité, celle-ci ne fait en réalité que couvrir la nature profondément mythique de la discipline qui, sous prétexte d'hyper rationalisme, outrepasse les limites de la science dans ses fondements et dans son pouvoir d'explication. A ce mythe pseudo-scientifique correspond un destin pseudo-scientifique: le déterminisme psychique absolu soutenu par Freud qui érige l'inconscient comme principe inaliénable de nos actions. Comment dès lors penser une liberté à l'œuvre ? Avec le scientisme psychanalytique, le destin adopte une nouvelle figure, adaptée aux critères scientifiques de notre société: celle d'un nécessitarisme, d'un déterminisme mental qui ne laisse plus de place à la dimension créatrice des initiatives humaines, puisque toutes peuvent finalement être ramenées à des raisons inconscientes, expliquées, conditionnées par elles ; celles-ci ne sont ni maîtrisées par le sujet ni connues de lui. Le destin sous couvert de nécessité, le mythe sous couvert de science. Dès lors, le travail du temps et l'imprévisibilité qu'il implique sont niés, puisque toute action présente est en réalité intégralement conditionnée par un passé ignoré. »

In : Le Collège supérieur. Lyon. Bulletin d'information. 2° trimestre 2006 - N°27. Le freudisme, entre mythe et soupçon, par Audrey Chazot.


 

« Freud exorciste de l'inconscient »

 

Le déterminisme encore et toujours. Je continue de frapper à la porte dans l'espoir qu'elle s'ouvre enfin en espérant une prise de conscience plus vaste et plus active sur ce problème. A ma connaissance, trop peu de philosophes ou de scientifiques se sont intéressés à cet aspect de la doctrine de Freud : la position de ce dernier vis-à-vis du déterminisme. Or, je persiste à penser que tout est là. Je veux dire que tout ce qu'a pu échafauder Freud en matière de conceptions théoriques et thérapeutiques tient à la seule question de savoir comment il plaçait sa « science de la psyché » par rapport au déterminisme.

Comment Freud se situait-il dans la mode déterministe de son époque ? Tout porte à croire qu'il a essayé de souffler avec l'air de son temps, mais trop fort, beaucoup trop fort, tout gonflé qu'il était de son ambition de « conquistador » et du futur Galilée de la psychologie. Mais relisons attentivement Sigmund Freud, dans sa troisième leçon sur la psychanalyse (Ed. Payot, 2001, p.39-40) :


« Il n'est pas toujours facile d'être exact, surtout quand il faut être bref. Aussi suis-je obligé de corriger aujourd'hui une erreur commise dans mon précédent chapitre. Je vous avais dit que lorsque, renonçant l'hypnose, on cherchait à réveiller les souvenirs que le sujet pouvait avoir de l'origine de sa maladie, en lui demandant de dire ce qui lui venait à l'esprit, la première idée qui surgissait se rapportait à ces premiers souvenirs. Ce n'est pas toujours exact. Je n'ai présenté la chose aussi simplement que pour être bref. En réalité, les premières fois seulement, une simple insistance, une pression de ma part suffisait pour faire apparaître l'événement oublié. Si l'on persistait dans ce procédé, des idées surgissaient bien, mais il était fort douteux qu'elles correspondent réellement à l'événement recherché : elles semblaient inadéquates. La pression n'était d'aucun secours et l'on pouvait regretter d'avoir renoncé à l'hypnose.

Incapable d'en sortir, je m'accrochai à un principe dont la légitimité scientifique a été démontrée plus tard par mon ami C.G. Jung et ses élèves à Zurich. (Il est parfois précieux d'avoir des principes !) C'est celui du déterminisme psychique, en la rigueur duquel j'avais la foi la plus absolue. Je ne pouvais pas me figurer qu'une idée surgissant spontanément dans la conscience d'un malade, surtout une idée éveillée par la concentration de son attention, pût être tout à fait arbitraire et sans rapport avec la représentation oubliée que nous voulions retrouver ».

Quelques commentaires :

- Freud écrit bien qu'il fut nécessaire qu'il intervienne, par suggestion, sur les verbalisations de ses patients pour qu'ils formulent des associations (pas très libres) qui correspondent à ses attentes thérapeutiques, donc qui confirment ses théories. Des formules telles que « simple insistance » ou « pression de ma part », sont suffisamment explicites, bien malgré Freud, et sont tout à fait synonymes de suggestion, car elles indiquent que Freud a su trouver le ou les mots qu'ils lui étaient nécessaires (avec peut-être certains gestes), pour que le « malade » fasse ce que Freud attendait de lui...

- Tout de suite après, Freud semble avouer que si l'on suggère les réponses des patients pour qu'elles correspondent à ses attentes théoriques, d'une part, on a l'impression que le « malade », n'a fait que s'approprier, sous la pression, quelque chose qui ne lui appartient pas en propre, mais dont il a accepté d'en jouer le jeu ; et, d'autre part, qu'une étiologie des névroses supportée par la méthode de l'investigation des associations libres n'est qu'un échec complet, même si on y adjoint le secours (frauduleux) de la suggestion !

- Enfin, Freud trouve sa porte de sortie, sa bouée de sauvetage universelle : qu'un malade confirme ou non ses théories, ce n'est pas grave. Quoiqu'il dise de « conscient », cela peut toujours être déterminé psychiquement, mais de telle sorte que tout hasard et tout non-sens soit exclus, comme on peut s'en apercevoir en lisant en entier sa troisième leçon sur la psychanalyse, ou ses autres écrits, comme le chapitre 12 de Psychopathologie de la vie quotidienne.

 

Examinons maintenant les positions déterministes freudiennes à la lumière des propos experts de Frank Sulloway, auteur du monumental « Freud biologiste de l'esprit », p. 87 - 90 :

« Il ne faut pas penser que les hypothèses philosophiques et métaphysiques de Freud étaient coupées de son travail clinique ordinaire. La croyance de Freud en un déterminisme psychique nous fournit un exemple particulièrement convaincant de cette interdépendance. Non seulement cette conviction commande le développement de la méthode psychanalytique, mais elle a également favorisé le remarquable doigté avec lequel il appliqua cette méthode dans la pratique.

Dans le travail scientifique auquel il consacra toute sa vie, Freud se caractérise par une foi inébranlable dans l'idée que tous les phénomènes de la vie, y compris ceux de la vie psychique, sont déterminés selon des règles inéluctables par le principe de la cause et de l'effet. Cranefield (1966 b : 39) a eu raison de rapporter cette conviction à l'influence des maîtres de Freud, et, plus généralement, au programme de biophysique de 1847. Avec la croyance que les rêves ont une signification et peuvent donc être interprétés, la place de choix que Freud donnait à la technique de l'association libre dans son travail de clinicien est peut-être la conséquence la plus flagrante de cette filiation philosophique. « Je dois dire qu'il est parfois de la plus grande utilité d'avoir des préjugés », remarquait-il lorsqu'il décrivait comment cette philosophie déterministe l'avait conduit à mettre le doigt sur la technique de la libre association (1910 a, S.E., 11 : 29). (...)

Comme clinicien, Freud n'était pas, dans les années 1890, un simple observateur passif des associations libres de ses patients - selon la conception courante, et point toujours injustifiée, qu'on se fait du comportement silencieux du psychanalyste. Bien plutôt, ce qui se révéla décisif pour son programme de recherche en psychanalyse, ce fut son aptitude à conduire pendant la séance d'analyse chacune de ses hypothèses psychanalytiques du moment jusqu'aux limites de ses capacités d'investigation. Freud parvenait à ce résultat en questionnant ses patients avec adresse et opiniâtreté, et guidait leurs « libres associations » selon ses préoccupations théoriques du moment. (...)

Au fur et à mesure que le temps passait, la simple fréquence avec laquelle Freud et ses disciples étaient en mesure de faire remonter les psychonévroses à des complexes sexuels de l'enfance le conduisit en strict déterministe qu'il était à émettre une nouvelle prétention. Même s'il avait réellement tort, et qu'il fût prouvé au bout du compte que la sexualité n'était pas la seule cause spécifique de la psychonévrose, Freud maintenait encore que seuls les cas purement sexuels devaient recevoir les noms officiels dont la psychiatrie avait étiqueté chaque type classique de névrose. « Je n'aime pas du tout l'idée que mes opinions (disons plutôt points de vue qu'opinions) ne sont correctes que dans une partie des cas seulement », opposait-il en 1908 à un Carl Jung encore sceptique. « Cela n'est pas possible. Il faut choisir. Ces caractéristiques sont fondamentales, elles ne peuvent varier d'une série de cas à une autre. Ou, plutôt, elles sont tellement essentielles qu'un nom entièrement différent devrait être trouvé pour les cas auxquels elles ne s'appliquent pas. Jusqu'à maintenant, voyez-vous, personne n'a vu cette autre forme [non sexuelle] d'hystérie, de Dem[entia] pr[aecox], etc. Voilà. Maintenant j'ai avoué toute l'étendue de mon fanatisme... » (Freud / Jung Letters, p. 141).

Une dernière manifestation de la ferme croyance de Freud dans le déterminisme psychique mérite également d'être signalée. Les contemporains qui le critiquaient disaient souvent que, si ses théories se voyaient aisément confirmées, c'était qu'il suggestionnait par ses questions et qu'il faisait passer ses propres idées préconçues dans l'esprit de ses patients. Contrairement à ses critiques, toutefois, Freud, avec sa vision déterministe du psychisme, traçait, pour la procédure, une ligne franche et justifiée entre le risque de lire ses propres pensées dans l'esprit du malade et l'obligation inévitable pour le médecin d'adopter une attitude active, bardée de théorie, quand il psychanalysait un patient. Qui plus est, que les réponses du patient fussent vérité ou fantasme, elles étaient toujours déterminées psychiquement, comme Freud l'expliquait devant la Société de psychanalyse de Vienne en 1910 ; elles devaient donc avoir un sens psychanalytique. (...) Bien que l'itinéraire intellectuel compliqué qui conduisit Freud à découvrir l'importance de la vie fantasmatique dans les névroses l'ait aussi égaré dans cette impasse, embarrassante professionnellement, de la théorie de la séduction, il est certain qu'il ne fût jamais arrivé à cette fabuleuse pénétration si sa foi fondamentale dans le déterminisme psychique ne l'y avait pas conduit - à cela et à la Terre promise de la psychanalyse. »

Commentaires :

- Il y a donc bien, incontestablement, une importance considérable et fondamentale des conceptions philosophiques freudiennes sur le déterminisme qui influencent toute la psychanalyse, y compris dans sa pratique thérapeutique, laquelle est donc en très étroite interdépendance, et même directement affiliée à ces conceptions. Ce fait marquant a aussi été remarqué par Jacques Bouveresse, pour ne citer que lui.

- Il est tout aussi incontestable que Freud suggérait les réponses à ses patients dans le sens de ses attentes théoriques, et même s'il avait parfois conscience de cette « ligne franche et justifiée entre le risque de lire ses propres pensées dans l'esprit du malade et l'obligation inévitable pour le médecin d'adopter une attitude active, bardée de théorie, quand il psychanalysait un patient » (Sulloway). Tout cela, hélas, ne change rien au problème, malgré les tentatives baroques de Freud d'essayer de nous convaincre dans Psychopathologie de la vie quotidienne que les mots et les nombres pris au hasard seraient les meilleurs exemples du déterminisme psychique absolu, parce que justement, ils échapperaient à l'accusation d'avoir été suggérés au patient.

- Quand on lit, de la main même de Freud qu'il refusait farouchement, fanatiquement même, (selon ses propres termes), tous les cas qui pouvaient réfuter sa théorie de la sexualité, on voit bien que la réfutabilité d'une doctrine, comme le faisait déjà bien comprendre Popper, ne dépend pas seulement de la manière dont sont formulés certains de ses énoncés, mais aussi, et surtout, du comportement social des créateurs ou des partisans de la dite doctrine. Car dans le travail scientifique, tout repose en fait sur les décisions méthodologiques des chercheurs. Dans l'absolu, la théorie de l'inconscient est bien entendu réfutable, mais lorsque l'on y adjoint le bouclier déterministe freudien et le comportement social de Freud lui-même, toute la doctrine devient irréfutable, contrairement à ce qu'à avancé Adolf Grünbaum. J'estime que ceci est d'une importance capitale pour situer la psychanalyse par rapport à la Science, mais également pour réfuter les derniers arguments de freudiens tels que Jean Laplanche qui affirment maintenant que Freud aurait été un « poppérien avant la lettre », alors que dans son approche philosophique des pouvoirs de la science ainsi que dans ses méthodes d'investigation, tout l'oppose aux sévères critères de scientificité de Karl Popper.

- Si la méthode d'investigation et d'interprétation des associations dites libres, reste la méthode de recherche « scientifique » en psychanalyse, c'est-à-dire la méthode où la preuve est directement dépendante de la parole (pour paraphraser le titre du dernier livre du psychanalyste Roland Gori : « La preuve par la parole »), alors la parole de l'analyste et même le cadre dans lequel accepte de s'inscrire tout patient qui choisit d'aller chez un analyste pour espérer améliorer son état, est toujours un cadre suggestif. La suggestion reste donc le problème majeur et incontournable de l'analyste, et c'est dans le cadre de la situation thérapeutique spécifique d'une analyse où elle risque d'être la plus forte étant donné que tout psychanalyste travaille avec ses mots, sur d'autres mots, autrement dit, avec ses préjugés, ses opinions, ses théories, sur d'autres préjugés, opinions et théories.

- L'interdépendance entre le chercheur, sa méthode de recherche et l'objet de la recherche est donc constante. Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises dans d'autres textes, il est donc rigoureusement impossible d'administrer une preuve qui soit véritable, en ce qu'elle serait indépendante du chercheur au cours de la cure analytique.

- La question d'une prétendue « science de la subjectivité » (comme le voudrait Daniel Widlöcher), même si l'inconscient peut tout à fait être un objet de recherche scientifique comme il peut l'être par exemple, dans les neurosciences, est donc sans consistance à l'endroit de la psychanalyse d'hier ou d'aujourd'hui. La voie de recherche de la psychanalyse ne peut, en aucun cas, être scientifique et véritablement heuristique, où grâce à la corroboration de faits inédits on aboutirait, comme dans une vraie science, à l'accumulation du savoir.

Freud avait donc un impérieux besoin de se démarquer radicalement pour se faire remarquer par la communauté scientifique. S'il n'avait choisit qu'un déterminisme psychique relatif, il n'aurait jamais pu écrire que pour avoir accès au refoulé, la seule voie possible était celle des « associations libres » des patients. Son œuvre, dénuée d'originalité serait probablement tombée aux oubliettes, et il aurait admis dès le début que les troubles psychiques peuvent se soigner avec des médicaments. Mais dans ces conditions comment justifier la permanence du « refoulé », la « censure » ? Comment expliquer que le patient, en analyse, puisse dire « tout ce qui lui passe par la tête » ? Comment écrire que « les nombres et tous les mots sont parfaitement déterminés pour des raisons qui échappent à la conscience » tout en étant « les meilleurs exemples » de ce déterminisme inconscient ?...Impossible.

Et le symbolisme freudien ? Mis à nu avec une ironie corrosive par le Professeur René Pommier (Voir « Sigmund est fou et Freud a tout faux »), n'est-il pas lui aussi un « pur produit » du déterminisme psychique prima faciae et absolu ? Assurément, dès lors que tout doit avoir un « sens » et que le hasard est exclu, il faut tenter d'expliquer, il faut interpréter tout ce qui se présente, quitte à verser, avec cette arrogance et cette vanité intellectuelle qui les caractérisent souvent, dans des interprétations qui franchissent à la vitesse du son les bornes du comique involontaire. Si Freud fut le Tartuffe de la psychologie, on peut dire que Lacan en fut son Trissotin. 

Freud a donc commis une erreur que l'on peut qualifier de typiquement hégélienne. Comme Hegel, il a du penser que « tout ce qui réel est rationnel et donc que tout ce qui est rationnel est aussi réel ».

Rien de ce qui est réel n'est rationnel, même s'il nous semble obéir à des lois. Il n'y a que la réalité, en ce qu'elle tente de donner du sens, une existence au réel en le décrivant à travers les lois universelles ou les énoncés singuliers que nous formulons qui soit rationnelle. La réalité et sa construction scientifique prouve justement qu'il ne peut jamais y avoir d'identité (parfaite) et de lien direct, isomorphe, entre le réel et le rationnel. Ce n'est que par son intermédiaire [la réalité] que nous avons un accès au réel. En ce sens, la phrase célèbre de Kant prend pour nous tout son sens : « nous ne connaissons apriori des choses que ce que nous y mettons nous mêmes ». Cela signifie que les « choses du réel »  ne nous sont connaissables apriori que d'un point de vue conjectural et métaphysique grâce à notre pensée consciente et ses attentes théoriques qui dépendent de notre mémoire inconsciente (laquelle n'a rien à voir avec l'inconscient freudient et son refoulé). Mais à partir de ce point, rien ne corrobore que nos attentes théoriques, nos pensées apriori, nos conjectures métaphysiques, correspondent d'emblée aux faits, donc au réel ou bien à  « la Nature si habile à accueillir nos théories d'un Non décisif ou d'un inaudible Oui » (Karl Popper citant Weyl dans La logique de la découverte scientifique). C'est donc la confrontation avec le réel qui va nous renseigner sur la valeur de nos connaissances apriori et des limites de la réalité que nous avions conjecturée. Le recours à l'expérience, à des tests, voilà ce qui peut nous renseigner sur la portée du déterminisme lié au réel que nous essayons d'étudier.

Ce n'est donc pas parce que Freud a pu formuler une loi sur l'inconscient ou le refoulé qu'il pouvait décréter que tout cela faisait effectivement partie du monde réel objectif, indépendant de sa propre réalité à lui, de ses préjugés, de ses attentes théoriques apriori, sans avoir effectué le moindre test, et se basant uniquement sur les confirmations lues à la lumière de ces théories, confirmations innombrables et inévitables étant donné le postulat infaillible du déterminisme prima faciae et absolu. Tout comme le « Sujet Freudien » (l'inconscient), c'est-à-dire Freud (Cf. Le sujet Freudien de Mikkel Borch-Jacobsen), ne s'autorisant que de lui-même pour finalement s'autojustifier, les confirmations en psychanalyse, ne s'autorisent aussi que d'elles-mêmes, circulairement, par rapport aux théories qui en ont permis le relevé.

Quoiqu'il en fut de la cohérence de ses théories sur le refoulé inconscient, la censure, le Complexe d'Oedipe, les névroses, etc. il n'était pas valide de les embrigader dans un déterminisme apriori et absolu excluant tout recours à l'expérience faisant ainsi sombrer toute la psychanalyse et dans l'erreur de Hegel, et aussi...dans celle de Kant qui lui croyait que la connaissance apriori était possible. Karl Popper, dans son étude du problème de la démarcation (le problème de Kant) a bien montré que s'il nous est toujours nécessaire de formuler des théories apriori sur le réel pour tenter de le connaître, c'est toujours le réel, la Nature, qui donne le verdict et qui a le dernier mot.

Le déterminisme freudien fut imaginé pour donner le dernier mot à Freud, avant même tout recours à l'expérience laquelle ne pouvait que confirmer toujours ses théories. Jacques Alain Miller, confirmera, bien malgré lui, ce point de vue en répondant à la conclusion de Borch-Jacobson réduisant la psychanalyse à une « théorie zéro », que selon lui, c'était au contraire, une « théorie infini ». Il ne s'était pas rendu compte que par ce qu'il a cru être une réponse habile, il confirmait à la perfection le principal reproche que l'on puisse faire à la théorie de Freud, celle de ne pouvoir compter que sur des énoncés illustratifs toujours lus à la lumière de la théorie et jamais sur de véritables corroborations scientifiques faisant ainsi de la psychanalyse, une doctrine entièrement irréfutable.

D'où la conséquence de pousser la rationalité au paroxysme en accouchant d'une version du symbolisme capable de travailler avec tout et n'importe quoi, et de retranscrire tout ce qui fut nécessaire à Freud pour justifier ses théories quitte à verser le plus souvent dans les plus invraisemblables absurdités. Mais une activité intellectuelle authentiquement scientifique aurait enseigné à Freud que la rationalité scientifique a ses limites. Les limites ce sont les faits reconnus et acceptés de manière intersubjective et indépendante, avec d'autres scientifiques, qui peuvent réfuter une théorie. Mais ce n'est que dans la mesure où aucune théorie véritablement scientifique ne peut être certaine donc régie par un déterminisme absolu, que des tests sont toujours logiquement possibles, ce qui implique, de ce point de vue, que la recherche en science, ne s'arrête jamais. Il n'y a que dans cette voie, celle « des tests toujours renouvelés et toujours affinés » (Popper) que la rationalité scientifique n'a pas de limite.

Le freudien est condamné à ne jamais garder le silence sur ce qu'il croît observer avec rigueur. Il n'a plus le droit de ne pas savoir, apriori, sur tout ce qui touche à l'
homme. Il est condamné à réussir toujours cet improbable tour de force qui consiste à avoir l'air cohérent et rationnel tout en vous faisant comprendre que si vous n'êtes pas d'accord, c'est vous qui êtes fou, et pas lui, et même s'il affirme bien digne devant votre hilarité que le tic-tac des horloges a quelque chose à voir avec les battements du clitoris féminin (Voir Sigmund Freud dans « Introduction à la psychanalyse » et la critique de René Pommier dans « Sigmund est fou et Freud a tout faux »).

Mais la question qui intrigue aussi, est celle où l'on se demande pourquoi les plus vives contestations ne se sont pas élevées, dès les débuts, avec la plus grande précision et la plus grande rigueur contre les conceptions déterministes de Sigmund Freud. Et comment a-t-on pu admettre la moindre revendication de scientificité (y compris au sein des psychanalystes) dès lors que Freud revendiqua un déterminisme aussi métaphysique, en contradiction totale avec son application possible dans une quelconque pratique de recherche scientifique à partir de tests indépendants, ou thérapeutique ? Certes, les contestations se sont exprimées par la suite, et même relativement tôt dans l'histoire de la psychanalyse malgré les protestations répétées de Sigmund Freud, mais celui-ci gardera jusqu'à sa mort une « foi inébranlable » dans le déterminisme psychique prima faciae et absolu, véritable religion freudienne et grand totem de la psychanalyse.

Pour Freud, c'est celui qui croît au hasard intérieur qui est superstitieux. L'homme superstitieux, n'est pas, avec Freud, celui qui s'est persuadé qu'il avait en lui un « Autre », un personnage étrange qui tient toutes les ficelles, un super ordonnateur de lui-même qui le mène à sa guise et dont la permanence de l'influence et des méfaits est rigoureusement incontestable. L'homme non superstitieux admet donc cette forme nouvelle de paranoïa, celle qui consiste à croire que l'on est sans arrêt tiraillé, déterminé, favorisé ou puni par quelqu'un dont on croît sans faillir en l'existence, qui possède même, avec la censure, ses propres « instances juridiques » plus efficaces et infaillibles encore (...) et qui lui permettrait de se dissimuler ou de surgir tout à coup à votre insu avec tellement de génie...

Comme je l'ai écrit ailleurs sur ce blog, avec Freud nous avons donc bien un démon qui serait en nous et qui nous gouvernerait. Mais un démon plus laplacien encore que celui de Laplace lui-même, parce que Freud en revendiquait un statut qui n'avait rien de métaphysique, tandis que Pierre-Simon Laplace, lui, s'était montré bien plus prudent. C'est cette créature démoniaque, le refoulé, que Freud se chargea d'exorciser en faisant parler ses malades, grâce à la transe générée par le symbolisme, la suggestion et tout autre procédé de manipulation mentale et d'influence.

La psychanalyse n'a-t-elle pas réussi à déplacer la superstition de l' « extérieur » vers l' « intérieur » ? Ou bien n'a-t-elle pas réussi à en créer une autre ? On peut bien être paranoïaque parce que l'on croit que dans le monde extérieur tout le monde vous en veut, ou que les éléments se déchainent contre vous avec une grande intelligence, mais pourquoi ne le serait-on pas si l'on croit que c'est de l'intérieur, par le truchement d'un « Autre » que se trouve la source de tout notre malheur ? Freud était-il paranoïaque ? Mais non, voyons, comme dirait Lacan, si être intelligent s'est être paranoïaque, alors je suis paranoïaque ! Perdu ?..

La superstition qu'elle soit à l' « intérieur » ou à l' « extérieur », consiste toujours à exclure le hasard et le non-sens car le superstitieux aime attribuer à des causes [loufoques] ce qu'il ne peut admettre comme étant le simple ressort du hasard. C'est sa manière à lui de mettre du sens sur certains événements qui l'inquiètent. Et Freud était aussi un grand superstitieux. Il a donc réussi à faire de sa maladie une norme et la folie qu'il prétendait guérir, pour reprendre l'idée de Karl Kraus. Dans une lettre du 4 Juillet 1882, par exemple, il recommande à sa fiancée, Martha, de mettre une pièce d'argent dans sa tirelire et lui écrit : « Tout métal a le pouvoir magique d'en attirer d'autre ; le papier est emporté par le vent. Tu sais que je suis devenu superstitieux. La raison est terriblement austère et sombre ; une petite superstition a quelque charme ». La superstition freudienne a infecté tout le projet du Père de la psychanalyse, on la retrouve partout, et la conception de Freud du déterminisme en constitue bien le modèle princeps.

C'est donc sa propre « blessure narcissique » que Freud n'a pas supporté. Comment pouvait-il admettre en son for intérieur avoir de telles ambitions scientifiques tout en se sachant aussi superstitieux et donc si peu apte au travail scientifique ? Mais en retournant sa problématique de la superstition, c'est-à-dire en nous accusant, nous, d'être des superstitieux si nous ne croyions pas en son déterminisme psychique absolu, Freud s'est vengé, et a trouvé, en quelque sorte, une manière de sortir de son propre conflit intérieur. Il a réussi son entreprise parce qu'il a su masquer la nature profondément mythique de sa discipline (A. Chazot) par la brillantine de la scientificité et le délire de l'hyper rationalisme.

Karl Popper est donc né trop tard. Si les freudiens avaient eu sous les yeux « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », œuvre magistrale de ce grand philosophe, s'ils avaient pu comprendre en quoi consiste le principe de responsabilité renforcé que décrit Popper dans ce livre, jamais ils n'auraient revendiqué une quelconque valeur explicative ou descriptive pour la psychanalyse et encore moins le fait d'être une science à l'égal de l'astronomie ou de la physique. On ne peut donc pas rendre Freud entièrement responsable de n'avoir échafaudé qu'un délire au long cours...

Freud a donc d'emblée choisi la conception du déterminisme la plus extrémiste, la plus métaphysique et la plus délirante qui se puisse concevoir. Cette conception fait de la psychanalyse, d'une part, un apriorisme total (et totalitaire), et d'autre part, une pseudoscience. Mais surtout elle fait de tout projet psychanalytique qui respecterait à la lettre les positions de Freud sur le déterminisme - projet dans le but de décrire, expliquer ou prédire - un projet qui échoue, par nature, avant même d'avoir pu commencer. On retombe sur la fameuse conclusion de Mikkel Borch-Jacobsen qui écrit à la fin de son « Dossier Freud » que la psychanalyse n'a jamais vraiment eu lieu. Qu'il n'y a jamais eu « la » psychanalyse, et que c'est une « théorie zéro ». Cependant, la nuance de taille, c'est que Borch-Jacobsen justifie ses propos essentiellement sur la base d'éléments historiographiques. Ils n'invalident pas les nôtres à considérer aussi que la psychanalyse n'est qu'une « théorie zéro » pour des raisons d'ordre strictement épistémologiques.

Ce bout de texte écrit par Audrey Chazot m'apporte un peu de réconfort. Il montre que je suis sans doute sur la bonne voie, comme les écrits de Bouveresse, Sulloway, Popper et quelques autres me l'ont déjà montré. Il résume très bien la situation de la psychanalyse par rapport au déterminisme et remet en quelques mots les choses à leur place : la psychanalyse n'est qu'un échec complet.

Publié par vdrpatrice à 22:46:34 dans Sigmund Freud et le déterminisme. | Commentaires (0) |

« Corroboration » (Modifié le 5 mai 2009). | 30 juillet 2008

Voilà la dernière version de « Corroboration », un article que j'ai entièrement créé sur Wikipédia.fr. En fait de « dernière version », celle qui apparaît dans l'encyclopédie est amputée de certains éléments qui se trouvent ici. Je ne prétends pas que cette mouture est parfaite et son contenu pourrait être amélioré tant pour coller davantage au style encyclopédique que pour sa richesse en informations et en références. Mais un effort de départ a été fait, par moi seul, et j'en suis fier.

Cet article fut créé et publié sous IP alors que j'étais déjà banni de l'encyclopédie. Sa première version fut éliminée par l'indécollable « Yugiz » (une conchita wikipédienne très expérimentée dans le vandalisme « officiel » et la censure). Mais, heureusement, tous les administrateurs de Wikipédia ne sont pas à ranger dans le même sac, et c'est grâce à l'indépendance d'esprit, la clairvoyance et le courage de « Alchemica » qu'il a été rétabli puis maintenu.

Par la suite, j'ai dû multiplier mes interventions sous IP et sous une longue série de « faux-nez », pour parvenir, non sans mal à en améliorer continuellement le contenu. Ce n'est donc qu'après moult révocations de « Yugiz » (qui fut de loin le plus zélé dans cet infâme domaine) et d'autres administrateurs bornés suivies de mes contre révocations, que j'ai fini, avec de la chance, par réussir à enrichir le contenu de cet article.

Les toutes dernières modifications importantes (je répète encore que tous les autres contributeurs n'ont apportés que des modifications mineures concernant la forme) que j'ai réalisées sous les faux-nez de « Pim-pam-poum » ; « Allosaurus » et « Yens », ont toutes été révoquées et je pense maintenant qu'il me faudra beaucoup de chance pour parvenir à rétablir celle-là.

Avec le recul, je me dis maintenant que je n'aurais jamais dû fournir cet effort pour Wikipédia (et encore moins pour tous les autres articles pour lesquels je suis le principal contributeur, comme « Critique de la psychanalyse »), j'aurais dû garder tout ce travail pour moi, pour mon propre profit ou pour une autre encyclopédie d'un niveau bien plus honorable et administrée par des personnes qui aiment vraiment le savoir.

Wikpédia n'est qu'un repère de cliques dont le but est de protéger des lobbies. Ces lobbies sont protégés par ces cliques formées par des administrateurs et des contributeurs pour écœurer tous ceux dont les apports dans Wikipédia peuvent porter atteinte à leurs intérêts. Ainsi toute question de neutralité de point de vue est entièrement réglée selon les intérêts et autres totems à protéger. Il n'y a donc pas de prétendu « projet encyclopédique » dans Wikipédia.fr sur certains thèmes, mais des projets de propagande et de contrôle de l'information et de la connaissance. Vous avez dit « Lumières » ?

Et quel rapport peut avoir cet article - « Corroboration » - avec la critique de la psychanalyse ? C'est relativement simple : l'histoire du mouvement freudien et de la psychanalyse nous montre que Freud prétendait non seulement être l'égal de Galilée mais encore avoir fondé une authentique science du même niveau que la physique ou l'astronomie. Tout dernièrement, j'ai appris que des freudiens tels Jean Laplanche affirment que Freud aurait été un « poppérien avant la lettre », ou d'autres qu'il aurait même été « plus poppérien encore que Popper » (... !) ou d'autres encore, comme Roland Gori, que l'épistémologie de Karl Popper reste impropre et inefficace à juger la psychanalyse, et, notamment, que la psychanalyse aurait bel et bien « progressé » comme une véritable science, et que ses théories seraient falsifiables.

Je crois avoir d'excellentes raisons de penser que tout cela est faux. Malheureusement pour les freudiens, l'histoire (non « officielle » donc non légendaire) de la psychanalyse nous apprend que Freud rejeta explicitement la méthode expérimentale, qu'il s'isola pour découvrir ses « objets » (l'inconscient, l'Œdipe, le refoulé, etc.) par le procédé délirant de l'introspection en suivant donc l'inductivisme le plus naïf ; qu'il ne publia jamais une seule étude quantitative qui ait pu conforter ses théories (Alan J. Hobson) ; que strictement aucune de ses nombreuses publications ne contient la moindre référence à un quelconque test qui fut réalisé de manière extra-clinique, intersubjective, indépendante, empirique et reproductible.

De nos jours, tout en continuant de haïr à mots couverts le rationalisme critique de Popper et son falsificationnisme méthodologique, les freudiens qui se sont rendus compte (tels Laplanche et Gori, pour ne citer qu'eux), qu'on ne pouvait éternellement éluder l'extraordinaire puissance des arguments de Popper comme ils l'ont fait jusqu'à présent, tentent, uniquement pour des raisons « politiques », afin d'essayer de devancer l'air du temps (cyclonique je dois dire...) qui souffle sur leur théorie, d'accrocher au wagon...Mais comment s'y prennent-ils ? Toujours de la même façon : par déformations, arrangements frauduleux donc désinformation. Ainsi redéfinissent-ils la notion si importante d'intersubjectivité dans l'épistémologie de Popper afin qu'elle colle avec le cadre totalement subjectif de l'analyse. Il leur suffit, à eux les freudiens, d'être deux (le patient et l'analyste), dans un cabinet, pour satisfaire à l'intersubjectivité telle que Popper la considérait ! Pour eux, le fait qu'il y ait des propositions réfutables dans l'œuvre de Freud (mais irréfutables si l'on tient compte de l'incontournable position de Freud sur le déterminisme psychique) suffit donc aussi à satisfaire les injonctions de Popper sur la scientificité ! Mais comment lisent-ils Popper ?? Ce qu'ils ne comprennent pas c'est que dans la vie de tous les jours, le tout un chacun fait continuellement des propositions réfutables ou non réfutables et utilise aussi des noms communs donc des termes universels dépendant eux-mêmes de lois universelles réfutables. Cela suffit-il à faire de chacun d'entre nous un « scientifique » au sens de Popper ? Je crois qu'il vaut mieux rire des derniers arguments des freudiens. Certes Popper a écrit, répété, martelé que pour qu'une théorie soit scientifique il faut qu'elle soit logiquement falsifiable (réfutable), cela voulait-il dire que les conditions de scientificité se limitent à cette seule phrase ? Bien sûr que non. Réfutable, certes, mais dans un contexte plus précis, beaucoup plus complexe et bien spécifique que celui du rationalisme critique institutionnellement contrôlé, prenant vie dans des articles scientifiques, des discussions, et surtout une tradition de tests bien spécifiques eux-aussi, qui précèdent toute nouvelle tentative de réfutation ou de corroboration. Sur quelle tradition de tests respectant les critères poppériens Freud s'est-il explicité fondé ? Réponse : aucune. Quelle tradition de tests expérimentaux et scientifiques répondant aussi aux critères de Popper, Freud a-t-il légué ? Réponse : désespérément aucune. Pour couronner le tout, c'est Jean Laplanche lui-même qui écrit que Freud ne recherchait pas activement des réfutations et qu'il cherchait même surtout à les éviter ! Voilà bien une attitude typiquement non-poppérienne. Quant aux termes d'indépendance des tests et de reproductibilité les freudiens ne font pas mieux. Il n'y a pas si longtemps ils considéraient, en s'appuyant sur les propos d'Heisenberg, qu'aucune expérience n'était tout à fait indépendante de l'expérimentateur. Pourtant la preuve scientifique ne fonctionne pas sans être « indépendante » et de l'expérimentateur et de l'objet de recherche. Un exemple ? Ceux qui veulent prouver scientifiquement et de manière indépendante l'existence de Jésus Chirst ont recours au fameux linceul et aux traces que Jésus y auraient laissées. On peut avoir là, effectivement une preuve « indépendante ». Pourquoi ? Où donc réside-t-elle ? Elle réside dans le linceul, comme chacun l'aura compris. Parce qu'un linceul, tout le monde peut en avoir un. Et cela ne dépend donc pas de Jésus mais des traces que peut laisser la mort sur un tissu, la mort ici testée en tant que théorie universelle (tous les morts, y compris Jésus, laissent des traces reconnaissables selon des caractéristiques répondant elles-mêmes à des lois de la science ; caractéristiques prédictibles donc testables en fonction de conditions initiales déjà connues et testées dans d'autres cas). Mais dans le cadre si intime de la cure, du divan, où l'analysé est isolé avec son analyste, directement en prise avec l'objet de recherche (l'inconscient ou le refoulé) tout en étant lui-même « juge et partie » de cet objet, et tout en étant directement sous l'influence possible de son analyste, et, faut-il le rajouter, sur la base d'informations exclusivement qualitatives que sont les associations libres...Comment fonder des théories prétendument objectives et de quelle réalité, dans un cadre comme celui-ci ? Comment la psychanalyse pourrait-elle devenir une soi-disant « science de la subjectivité » selon les vœux pieux de Daniel Widlöcher ? Quel genre de test pourrait-on construire sur la base de théories elles-mêmes fondées par la version du déterminisme la plus absolue et aprioriste de l'histoire des idées ? Bref. On a beau tourner et retourner encore en tous sens la situation épistémologique de la psychanalyse, tout, absolument tout l'éloigne de Karl Popper et de la Voie de la Science.

Le véritable progrès scientifique de la connaissance objective exige des procédures de « corroboration » très strictes et fondées sur la logique. C'est Karl Popper qui en a précisé les conditions avec une rigueur qui lui a valu une renommée et un prestige mérités et sans aucun précédant pour un philosophe des sciences.

L'histoire de la psychanalyse et du Freudisme nous montre avec l'éclairage des historiens indépendants comme Borch-Jacobsen, Bénesteau, Van Rialler, etc., qu'en psychanalyse, il n'y a jamais eu, et il n'y a pas de « progrès » véritable et cumulatif des connaissances comme dans une science digne de ce nom. Et il n'y en aura pas non plus si les freudiens n'abandonnent pas le postulat du déterminisme prima faciae et absolu, c'est-à-dire l'apriorisme, sachant que c'est seulement en vertu de ce postulat qu'ils considèrent être en mesure d'investiguer voire même d'écouter les fameuses associations libres constituant et la méthode et une partie de l'objet de toute « recherche » en psychanalyse ! Autant dire que dès les débuts, la psychanalyse n'était même pas dans une impasse scientifique, elle était déjà un projet scientifique mort-né et son heuristique n'est qu'une illusion entretenue par les mots, la rhétorique, et la mauvaise foi.


Introduction

Le concept de corroboration fut introduit par le philosophe des sciences et de la connaissance autrichien, Karl Popper, en 1934, dans son œuvre intitulée « La logique de la découverte scientifique » (« Logik der forschung »).

1. Définition

Le concept épistémologique attaché à ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d'un terme ''neutre'' permettant d'« exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves ». (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Éditions Payot, 1973, Chapitre : ''La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests''. Pages 256 et suivantes.)

Dans ''La logique de la découverte scientifique'', Karl Popper stipule qu'une théorie est corroborée aussi longtemps qu'elle passe les tests avec succès. « L'évaluation qui affirme la corroboration (l'évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d'incompatibilité. Nous interprétons l'incompatibilité comme une falsification de la théorie ». (op. cit. page 271). Une théorie (scientifique ou autre) est considérée comme falsifiée si un test déduit de cette théorie a pu en démontrer la fausseté à partir de certaines conditions initiales.

2. Genèse du concept

Ce concept provient d'une réflexion de Popper contre ce qu'il appelle la logique inductive, qui se serait, « développée comme une logique susceptible d'attribuer aux énoncés non seulement les deux valeurs « vérité » et « fausseté » mais encore des degrés de probabilités ». (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256.)

Ce que Popper reproche à la logique inductive, c'est de proposer que les énoncés scientifiques pourraient être considérés comme tels, à la suite d'une évaluation inductive laquelle permettrait d'en vérifier de manière décisive, soit la vérité, soit la fausseté, soit encore un certain de degré de probabilité mathématique. Or, Popper affirme qu'il est logiquement impossible, non seulement de vérifier de manière certaine les énoncés généraux de la science (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256), également de les réfuter de manière décisive, sachant que des stratagèmes ad hoc peuvent toujours, les sauver d'une réfutation (Karl Popper. Le réalisme et la science. Edition Hermann, Paris, 1983. Page 3 à 11), et aussi de les accepter sur la base d'une probabilité mathématique, laquelle, écrit Popper, est toujours égale à zéro face à l'infinité des cas non encore observés.

Popper en vient donc à proposer que « au lieu de débattre de la probabilité d'une hypothèse nous devrions essayer d'évaluer les tests, les épreuves, qu'elle a passés, c'est-à-dire que nous devrions essayer d'évaluer jusqu'à quel point elle a pu prouver son aptitude à survivre en résistant aux tests. Bref, nous devrions essayer d'estimer jusqu'à quel point elle a été corroborée » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 256)

3. Corroboration et falsification

Dans sa vision de la logique de la découverte scientifique, Karl Popper met en exergue des liens logiques entre la formulation des théories de la science et leur possibilité d'être soit falsifiables, soit corroborables par des tests. Il en résulte que les deux moyens dont dispose le scientifique pour accroître son savoir (la falsification ou la corroboration) est dépendant du fait qu'il est impossible, d'un point de vue méthodologique, de vérifier avec certitude les théories universelles comme celles d'une science (Karl Popper. Ibid. p. 258).

3.1. Corroboration et invariance des lois de la science

Popper fait observer que traditionnellement les scientifiques ont tendance à considérer que ce sont les théories qui changent pour s'adapter à la Nature qui elle ne changerait pas, posant ainsi le principe de l'immuabilité des processus naturels ou « le principe de l'uniformité de la nature » (Karl Popper. idid. p.257).

Cependant des changements dans l'ordre de la Nature peuvent bien se produire, comme le fait que le soleil ne se lève pas demain. Dès lors, Popper propose qu'il relève de la tâche de la science que d'expliquer de tels changements par des lois nouvellement corroborées, ce qui engage à réviser de fond en comble les lois antérieures de telle sorte que « les théories révisées devraient rendre compte non seulement de la nouvelle situation mais encore de nos expériences antérieures » (Karl Popper. Ibid. p.258).

Ceci implique à son tour que le principe de l'uniformité de la nature doit être remplacé par le postulat d'invariance des lois naturelles (Karl Popper. Ibid. p.258), posant en principe que ces lois ne doivent pas comporter d'exceptions, ce qui donne toute sa signification à la méthode qui consiste à tenter de falsifier une théorie en montrant qu'une exception reconnue par la communauté scientifique s'est bien produite, ou à les corroborer en montrant que la formulation initiale des théories leur permet quand même de résister au test d'une occurrence jugée inédite a priori.

3.2. Degré de corroboration et degré de falsifiabilité

Le degré de corroboration d'une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas la corroborant, concerne principalement « la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise » (op. cit. page 272). En somme, le progrès en science, ne résulterait pas de l'accumulation progressive de nos expériences sensorielles non interprétées rendues possibles par une utilisation toujours améliorée de nos sens (Karl Popper. Ibid. p. 285-286). Seules des idées audacieuses, des anticipations injustifiées et des spéculations peuvent être des outils pour saisir et comprendre la Nature. Popper justifie ainsi le recours à des tests, sur la base de ces conjectures audacieuses dont le destin est leur réfutation ou leur corroboration.

Popper, précise dans « La logique de la découverte scientifique » et dans « Conjectures et réfutations » (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d'une théorie s'apparente à son « contenu logique » et son « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès, ce qui veut dire que sous certaines conditions initiales nouvelles, certaines prédictions déduites de la théorie ont pu infirmer des occurrences possibles de faits qui risquaient de la réfuter. Par conséquent, avec l'accroissement du degré de corroboration, s'accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie (au sein de la classe de tous les énoncés de base de la théorie), les « falsificateurs virtuels », qui peuvent potentiellement la mettre en échec. Car en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise.

Plus une théorie est corroborée, plus elle est précise et potentiellement falsifiable. Cette précision accrue implique une information accrue sur ce que la théorie interdit grâce à l'augmentation de la sous-classe des falsificateurs virtuels qui seuls sont aptes à fournir aux scientifiques une information utile sur son contenu empirique et informatif. La sous-classe des énoncés permis (ou énoncés illustratifs), parce qu'ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie avant d'être testée - en la ''confirmant'' - ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échec (op. cit. pages 112 à 135).

L'accroissement du degré de corroboration entraîne l'accroissement du degré de falsifiabilité de la théorie testée (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Edition Payot, 1973, Chapitre : Les degrés de falsifiabilité. Pages 112 - 113) et aussi son improbabilité logique.

En résumé, plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi « improbable » (ses possibilités de succès en face de nouveaux tests deviennent logiquement plus réduites du fait de l'augmentation du nombre de prédictions qui peuvent être déduites de son contenu).

« (...) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l'obtention d'une degré élevé de réfutation, d'invalidation potentielles ou d'assujettissement potentiel aux tests constitue l'un des objectifs de la science ; cet objectif n'est d'ailleurs rien d'autre, en réalité, que la recherche d'un contenu informatif élevé ». (Karl Popper. ''Conjectures et réfutations''. Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 : ''Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique''. Page 325).

« L'une des raisons pour laquelle nous n'accordons pas aux prophéties typiques des chiromanciennes et des devins un degré positif de corroboration est que leurs prédictions sont tellement prudentes et imprécises que la probabilité logique qu'elles soient exactes est extrêmement forte » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979, p.275).

Donc, lorsqu'une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l'épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c'est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d'être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde de l'expérience que l'ancienne théorie, grâce au cumul d'informations qu'elle contient par rapport à la précédente (laquelle devient un « cas limite » de la nouvelle, en conservant ainsi un certain degré de vérité).

« (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est « plus grande » que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est "falsifiable à un degré plus élevé". Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité. »

4. La corroboration : vers une évolution « quasi-inductive » de la science. (Karl Popper. Ibid. p. 283 de la science.)

Bien qu'étant reconnu comme le philosophe de la connaissance et l'épistémologue ayant « tué le positivisme » (Karl Popper. La quête inachevée) par la démonstration de l'impossibilité de l'induction et de la méthode inductive comme méthode scientifique, Karl Popper imagine le résultat du processus d'accroissement du savoir scientifique comme étant « quasi-inductif ». En effet, si une théorie « bien corroborée » ne peut être remplacée que par une théorie d'un « niveau d'universalité supérieur », donc par une théorie susceptible d'être soumise à plus de tests et qui contient, en outre, l'ancienne théorie bien corroborée (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. p. 282), alors, on peut imaginer une évolution quasi-inductive de la science en ce que les nouvelles théories corroborées par les tests, viennent, par couches successives, se déposer sur les anciennes en épaississant de la sorte le « dépôt » (Karl Popper) du Savoir.

Pour Popper, il en résulte aussi que « les notions qui flottaient dans de hautes régions métaphysiques peuvent être atteintes par la science en croissance, entrer en contact avec elle et se précipiter ». (Karl Popper. ibid. p.283) avec le « dépôt » déjà corroboré.

Ces dernières allégations de Popper montrent son attachement à l'idée que les sciences ont le plus souvent besoin de considérations métaphysiques, (ne serait-ce que dans les engagements ontologiques de leurs programmes de recherche) lesquelles, une fois transformées en hypothèses falsifiables peuvent éventuellement concourir à l'augmentation du savoir scientifique. En cela, Popper s'opposa de façon radicale à ce que fut le projet des néopositivistes du Cercle de Vienne voulant expurger la science de toute trace de métaphysique, mais aussi des énoncés universels au sens strict qui du fait de leur non-vérifiabilité (caractéristique identifiée aussi par Popper) étaient considérés comme « vides de sens », donc métaphysiques, et inutiles pour la Science. Dans ces conceptions se trouvaient l'une des erreurs les plus importantes du Cercle de Vienne, fondant par opposition l'un des arguments de la logique de la découverte scientifique de Karl Popper.

5. Intérêt du concept

5.1. Corroboration, confirmation, validation, et vérification

L'intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction cruciale pour Popper avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories, bien que ces termes soient souvent considérés, à tort, comme synonymes.

5.1.1. Corroboration et confirmation

En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces « théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu'elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés ». (Karl Popper. ''La logique de la découverte scientifique''. Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 : ''la corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests''. Section 80 : ''la probabilité d'une hypothèse et la probabilité d'événements : critique de logique de la probabilité''. Page 267). Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie ''concorde'', ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les « falsificateurs virtuels », c'est-à-dire, lorsqu'ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base, qui peuvent mettre en échec la théorie s'ils sont confirmés par le biais d'une « hypothèse falsifiante » (op. cit. pages 256 à 282).

Par conséquent, une théorie qui vient d'être corroborée à la suite d'une série de tests, n'est pas équivalente à une théorie dont on se contente de déduire les faits qui ne sont lus qu'à la lumière de ce qu'elle énonce. Par exemple, l'observation d'autres cygnes blancs ne fait que confirmer la théorie, tous les cygnes sont blancs, mais ne la corrobore pas. Par contre, la corroboration, c'est-à-dire l'échec reconnu par la communauté scientifique, d'une tentative de réfutation dépend du fait qu'un des falsificateurs virtuels de la théorie n'a pu être confirmé par le biais d'une « hypothèse falsifiante ». Par exemple, si l'observation d'un cygne noir est confirmée, cela réfute la théorie, tous les cygnes sont blancs, et si elle est infirmée, la théorie est corroborée.

Popper rappelle que Rudolf Carnap avait assimilé « degré de corroboration » avec « degré de confirmation » et que c'était une erreur, parce que, écrit Popper, Carnap utilisa « degré de confirmation » comme synonyme de « probabilité » Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests. Page 257.

5.1.2. Corroboration et validation

Le terme de validation d'un énoncé, s'emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l'évaluation d'un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l'étude de sa structure logique.

5.1.3. Corroboration et vérification

Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérification (op. cit. page 258). En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossible à vérifier avec certitude et inversement falsifiables ; et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d'abord se comprendre comme un critère méthodologique de démarcation (Karl Popper. "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance". Hermann, 1999, pages 370-383)).

Si l'on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d'énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l'on ne peut leur accorder foi sur la base d'un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l'infinité des cas non encore observé, même un fort degré de probabilité est égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l'épreuve d'éléments inédits.

Dans le processus d'une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que « jamais encore on n'a dû considérer qu'une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d'une loi bien confirmée. Jamais il n'arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l'encontre d'une ancienne théorie. L'ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d'approximation, aux cas où elle l'était avec succès auparavant ». (op. cit. page 257).

Dans la logique de la science que propose Popper, l'usage du concept de corroboration permet d'éviter l'usage quelque peu problématique, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncés (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279). Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d'aucun changement empirique » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280). Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l'absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu'ils sont peu adaptés pour s'accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu'il n'est pas habituel de dire d'un énoncé qu'il était parfaitement vrai hier mais qu'il est devenu faux aujourd'hui (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281) . La différence fondamentale entre vérité [certaine] et corroboration apparaît donc clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle relative à « la mise en évidence d'une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d'énoncés de base acceptés » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281).

6. Corroboration et probabilité

Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d'une hypothèse et la corroboration. Il précise que si l'on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une « séquence d'énoncés », aucun moyen d'évaluation ne pourrait éviter d'en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité (op. cit. page 262).

Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d'énoncés. (op. cit. page 263). Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables. « Elles ne sont pas vérifiables parce qu'elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu'aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles » (op. cit. page 266). Par conséquent ce type d'hypothèse ne peut faire l'objet d'aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper la corroboration ne peut s'expliquer qu'en termes d'évaluation, il n'y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité (op. cit. page 271).

7. Corroboration, tradition, et recherche scientifique

Dans son livre intitulé « Conjectures et réfutations », Karl Popper démontre que le développement de la science est comparable à celui d'une tradition parce que toute recherche scientifique exige du scientifique qu'il connaisse au préalable les travaux de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Il faut qu'il connaisse même l'histoire des tests qui ont pu être réalisés par le passé sur son objet de recherche privilégié et qu'il retrouve de manière déductive la raison d'être des tous derniers tests reconnus par la communauté auquel il prétend appartenir. (« Si nous travaillons dans un domaine scientifique, notre objectif est d'ordre heuristique, ce qui signifie que nous devons nous maintenir en quelque sorte sur les épaules de nos prédécesseurs et nous n'avons pas d'autre choix que d'être les continuateurs d'une certaine tradition » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p. 196)). Sinon, précise Popper, un scientifique court le risque de refaire les mêmes erreurs déjà corrigées par d'autres avant lui ou d'appauvrir l'heuristique des énoncés constitutifs de ce que Kuhn nommait le paradigme dominant, notion que Popper finit par accepter. « Mais la science est l'une des rares activités humaines - et sans doute la seule - où les erreurs soient systématiquement critiquées et, bien souvent, avec le temps rectifiées » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.321).

L'une des raisons essentielles mettant en évidence cette nécessité du caractère traditionnel de toute recherche scientifique, est que méconnaître les travaux de la communauté implique aussi le risque de ne pas construire de tests ayant une valeur intersubjective, condition que Popper juge primordiale pour garantir l'objectivité des procédures de corroboration des travaux scientifiques.

La conception poppérienne du progrès et de la rationalité scientifique exclut de travailler de manière isolée ou de faire table rase des travaux de recherche qui précèdent toute nouvelle tentative d'améliorer le savoir déjà constitué sur un objet scientifique, soit en les ignorant, soit en les déclarant d'emblée obsolètes, même si « la majeure partie de cet immense savoir constitué auquel nous nous référons constamment dans toute discussion (...) ne pourra naturellement pas, pour des raisons d'ordre pratique, être mis en question (...). En outre, une tentative mal inspirée qui consisterait à tout mettre en question - donc à faire table rase - pourra aisément entraîner la faillite de la discussion critique envisagée [donc des tentatives de corroboration ou de réfutation] (car s'il nous fallait partir du point dont Adam lui-même est parti, je ne vois pas par quelle raison nous nous trouverions plus avancés que lui en fin de parcours) » (Karl Popper. Conjectures et réfutations. Payot, 1985, p.352).

8. Corroboration, résolution des problèmes et progrès de la connaissance scientifique

En Science, les tests indépendants sont toujours nécessaires, parce non seulement la Nature change parfois et oblige à reconsidérer les théories les plus performantes et récentes qui en fournissaient la meilleure explication reconnue du comportement, et parce qu'une fois que l'on a réussit à corroborer ou à falsifier une théorie, de nouvelles questions inédites, donc de nouveaux problèmes surgissent logiquement de cette nouvelle situation dans laquelle se trouve le savoir constitué.

Les connaissances scientifiques qui ont du être nécessaires pour expliquer les problèmes auxquels l'homme a été confronté par le passé (dans n'importe quel domaine), progressent vers des contenus informatifs toujours plus riches ; nous percevons toujours davantage de contenu dans les problèmes et davantage de problèmes parce que nous disposons de théories qui elles-mêmes évoluent dans le sens où elles nous permettent l'observation de ces nouveaux problèmes en nous engageant à nous poser des questions inédites sur le monde.

Quand nos connaissances scientifiques progressent, elles modifient notre vision du monde. Ces connaissances créent de nouveaux problèmes, parce qu'elles parviennent en résistant aux tests les plus sévères connus et déduits des tests antérieurs, à interdire toujours plus d'événements empiriques possibles tout en étant capables de prédire de nouveaux faits par rapport à des connaissances concurrentes.

Ce sont ces progrès, qui se caractérisent par l'enrichissement des contenus informatifs de nos théories scientifiques, qui nous conduisent inévitablement à voir de nouveaux problèmes pour lesquels nous restions aveugles avec nos anciennes théories plus pauvres en contenu corroboré, parce que l'homme est toujours attiré par la recherche des moyens lui permettant d'améliorer ses conditions de vie dans sa « niche écologique ».

Si nous percevions moins de problèmes nouveaux, ce serait l'indice d'une stagnation de la "Culture", voire les prémisses de sa régression, par l'abandon de la quête de la Vérité.

Certes, dans ne nombreux cas, la corroboration des théories scientifiques a pour effet de rendre les choses plus faciles dans divers domaines de la vie courante, en éliminant ou en réduisant certains problèmes pratiques ; et c'est aussi cette perception de moindre difficulté et complexité qui en nous permettant de mieux maîtriser nos limites nous motive à non seulement faire un meilleur usage de nos capacités et compétences, mais aussi à risquer de les confronter à des situations nouvelles et que pourtant nous percevions auparavant comme inaccessibles. Mais il est clair que l'enrichissement des connaissances scientifiques entraîne logiquement un enrichissement du pouvoir heuristique des cadres de référence théoriques, suscitant de nouvelles expectatives et des attentes, donc l'imagination de nouvelles questions liées à de nouvelles aspirations à mieux contrôler le monde. (Nous sommes irrésistiblement attirés par cette quête du pouvoir sur notre monde dès lors que nous sentons que nous disposons des moyens pour la réaliser).

Ensuite, en réponse à ces questions, émergent de nouvelles solutions et possibilités d'action au plan technologique, puis de nouveaux problèmes (parce qu'il est impossible de prédire à l'avance toutes les conséquences théoriques et pratiques qu'auront certaines avancées technologiques), lesquels engendrent à leur tour des investigations scientifiques inédites pour leur résolution, dont l'issue nous ramène à la situation initiale où nos connaissances se trouvent enrichies...

9. Exemple général

9.1. Méthodologie 

Soit (E) l'énoncé universel au sens strict suivant :

(E) = « Tous les cygnes sont blancs ».

Nous supposerons que cet énoncé représente l'état du savoir scientifique le mieux corroboré du moment sur un objet de recherche : l'étude de la couleur des cygnes.

De cet énoncé nous pouvons déduire sa base empirique laquelle est composée de deux sous-classes d'énoncés de base (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Pages 84 à 86) :

1. La sous-classe des énoncés confirmant la théorie, que nous nommerons p.

2. La sous-classe des énoncés potentiellement contradictoires, ou que la théorie interdit, que nous nommerons non-p.

Exemple d'énoncé singulier de base appartenant à p = « il y a un cygne blanc à l'endroit k ».

Exemple d'énoncé singulier de base appartenant à non-p = « il y a un cygne non-blanc [par exemple noir] à l'endroit k ».

Problème posé : comment améliorer le pouvoir descriptif (puis explicatif et prédictif) de la théorie universelle (E) si l'on suppose une recherche portant sur l'amélioration de la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes ?

1. Première voie de recherche inductiviste : trouver et dénombrer d'autres cygnes blancs, dans d'autres conditions. C'est-à-dire se servir de la sous-classe des énoncés singuliers de base appartenant à p. Puis estimer que le relevé est suffisant et qu'il permet de conforter une forte probabilité mathématique à (E). Ce type de méthode est récusé par Karl Popper. Il argumente d'une part sur le fait que l'observation d'autres cygnes blancs ne permet pas d'augmenter le pouvoir descriptif de (E) sur la couleur des cygnes, en général, et, d'autre part, que la probabilité des énoncés ne peut constituer un critère de scientificité à partir duquel l'on pourrait conforter la corroboration des théories.

2. Deuxième voie de recherche hypothético-déductive : parier sur l'hypothèse qu'il existe, sous certaines conditions, des cygnes non-blancs, par exemple noirs, mais tels que ces spécimens soient reconnus et admis comme pouvant être classifiés comme étant bien des ''cygnes'' par la communauté scientifique, sur la base de connaissances scientifiques déjà corroborées et donc jugées « non-problématiques » (Popper). Il s'agit donc de se servir de la sous-classe des énoncés non-p. Pour Karl Popper, cette voie de recherche représente l'unique possibilité logique pour améliorer toute connaissance objective, dans tous les domaines, comme celui de la Science. Popper prône donc une unité de la méthode scientifique (Cf. « Misère de l'historicisme ».) en défendant la thèse selon  laquelle l'unique moyen d'en savoir plus, en Science, comme ailleurs, consiste toujours à rechercher des moyens inédits de mettre les théories à l'épreuve de l'expérience.

- A partir de la deuxième voie de recherche, Popper démontre qu'il faut formuler une « hypothèse falsifiante ». C'est-à-dire que les scientifiques doivent tenter de parier sur le fait que si l'on peut observer « intersubjectivement » de manière « répétée », « contrôlable », et « reproductible », un cygne non-blanc [qui pourrait être noir] selon des conditions initiales (des énoncés singuliers de testabilité) inédites, afin d'en ''confirmer'' l'existence, alors, la théorie (E) pourra être reconnue comme falsifiée (ou réfutée) si les scientifiques admettent après discussion, la validité de toute la procédure de falsification.

1. De ce fait, si l'hypothèse falsifiante « confirme » un énoncé de base appartenant à non-p, alors (E) est falsifiée, et la connaissance scientifique sur la couleur des cygnes progresse. On sait désormais que, (E') = « tous les cygnes sont blancs ou [par exemple] noirs » (Mais, à ce stade, on ignore encore s'ils peuvent être d'une autre couleur que blanc ou noir).

2. Si l'hypothèse falsifiante infirme un énoncé de base appartenant à non-p, (et s'il reste admis par la communauté scientifique, et d'après les conditions initiales de testabilité choisies), alors (E) est « corroborée » et la connaissance scientifique progresse également. On sait que (E) = « tous les cygnes sont blancs et [par exemple] non-noirs ». (Chose qui était inconnue avant que l'on ne soumette (E) à un test inédit, puisque portant sur la confirmation possible d'un de ses « falsificateurs virtuels », non-p (Cependant, il demeure, que les tous les cygnes sont bien blancs à l'exclusion de tout autre type de couleur, dans l'état actuel de la recherche scientifique, jusqu'à ce qu'une nouvelle expérience soit réalisée).

9.2. Conséquences sur les pouvoirs des théories universelles

Toute théorie universelle qui vient d'être corroborée augmente, selon cette logique, ses pouvoirs descriptifs, explicatifs et aussi prédictifs.

- Description :

Parce qu'en intégrant des faits inédits grâce aux tests, la théorie permet de dire plus de choses sur la Nature qu'elle ne le pouvait avant les tests qu'elle a subit avant sa dernière mise à l'épreuve. Mais, souligne Popper, une théorie de nous renseigne que sur les faits ''qu'elle interdit'', sur les autres, elle ne nous dit rien (rien qui ne puisse déjà être connu à partir de ce qu'elle énonce). C'est-à-dire, et comme il l'est précisé au début de cette section, seule la sous-classe des énoncés singuliers potentiellement interdits par la théorie, peut donner une information sur son contenu empirique parce ces énoncés en constituent, justement, les limites testables de manière expérimentale. La théorie ''« tous les cygnes sont blancs »'', interdit, a priori, l'existence de cygnes d'une tout autre couleur (non-blancs). Mais si cette théorie se trouve corroborée après une nouvelle tentative de falsification'' (qui échoue)'', alors elle permet de décrire la Nature avec plus de précision.

- Explication :

Les lois universelles de la Science se veulent être, pour la grande majorité d'entre elles, des lois causales, c'est-à-dire des lois dotées d'un certain déterminisme. Popper estime que la recherche de ce type de lois causales de plus en plus précises est indispensable pour toute science empirique en s'insurgeant contre une certaine métaphysique indéterministe qui voudrait rendre vain la recherche de ce type de lois (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Payot, 1979. Chapitre 9. Section 78, page 250). Mais Popper plaide pour l'indéterminisme (Cf. « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme ») contre la version la plus extrémiste du déterminisme, qu'il nomme « déterminisme scientifique » (Karl Popper. L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme. Editions Hermann. Paris, 1984. Chapitre 1, page 1 ; 31.), et dont les pouvoirs outrepasseraient les possibilités de tout projet scientifique. Car, selon lui, certes, il faut une idée de la ''Vérité certaine'' pour continuer les recherches, mais cette idée-là ne pourra jamais être atteinte car aucun projet de description d'un phénomène de la Nature ne pourra être bâti sur la base d'un calcul aussi précis que l'on voudrait des mesures possibles à partir desquelles calculer n'importe quel degré de précision dans les conditions initiales de la prédiction d'un tel projet (Karl Popper décrit ici, ce qu'il nomme « le principe de responsabilité renforcé »)  (Karl Popper. Ibid, page 10). En conséquence, aucune loi corroborée ne peut l'être avec certitude et donc répondre à un déterminisme absolu, et la connaissance humaine ne permet jamais de calculer avec suffisamment de précision les mesures des conditions initiales de tout projet scientifique pour prédire avec exactitude qu'elle sera le degré futur de corroboration d'une théorie scientifique (c'est sur la base de cette critique fondamentale des possibilités du « déterminisme scientifique », que Popper fonde sa réflexion éthique et politique contre le totalitarisme via une critique de l'historicisme, doctrine fondatrice, selon lui, des grandes prophéties socio-historiques et des utopies totalitaires. Cf. « La société ouverte et ses ennemis » et « Misère de l'historicisme »). Les explications causales fournies par la corroboration d'une loi sont donc toujours incomplètes et doivent même être ''fausses'' par comparaison avec la Vérité certaine.

- Prédiction :

Plus le degré de corroboration d'une théorie s'accroît à la suite des tests successifs, plus s'accroît également son contenu informatif sur la Nature. La théorie court donc de plus en plus le risque de pouvoir être réfutée par l'expérience, puisqu'en augmentant son contenu elle augmente aussi sa précision et donc la classe de ses énoncés interdits ou falsificateurs virtuels. Donc, une théorie (A) dotée d'un plus fort de degré de corroboration qu'une théorie (B) permettra de prédire plus de faits lus à partir de la sous-classe des nouveaux énoncés singuliers qui la confirment et aussi d'envisager plus de tests à partir de la sous-classe de ses énoncés interdits.

Conclusion :

La conclusion de ces options méthodologiques de recherche est que les confirmations d'une théorie universelle, aussi nombreuses et rigoureusement étudiées soient-elle ne peuvent, en toute logique, apporter aucune information supplémentaire sur ce qu'il est permis de décrire, expliquer ou prédire, à partir de la formulation initiale de la théorie que l'on cherche à évaluer. Les confirmations ne sont donc, selon Popper, d'aucune utilité pour faire progresser le contenu empirique et logique des théories scientifiques, seuls les éléments logiquement interdits a priori par la théorie sont intéressants. Mais ces éléments doivent être testés sur la base de conditions initiales, elles aussi, inédites, et toujours déductibles des précédents tests déjà effectués et reconnus comme valides par la communauté scientifique. En conséquence, la méthode scientifique revient toujours à tenter de réfuter une théorie, même si les scientifiques espèrent dans la plupart des cas, que les tests aboutiront à des corroborations, bien que dans les deux cas, réfutation ou corroboration, le savoir scientifique s'en trouve toujours significativement amélioré si l'on a pu contrôler que les conditions de mise à l'épreuve d'un énoncé scientifique étaient bien novatrices et inscrites

Publié par vdrpatrice à 16:03:51 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) |

Les conchitas wikipédiennes passent le balai... | 13 juillet 2008

Sur Wikipédia.fr, il faut s'y habituer : la vie est un long fleuve pas tranquille pour certains et des plus suaves pour d'autres. Comme je l'ai déjà relaté sur ce blog, j'ai été victime d'attaques diffamatoires, constatées par d'autres observateurs comme « Neurath » et maintenant reléguées au fin fond des poubelles wikipédiennes.

Mais dernièrement il y a du nouveau. Un autre contributeur, un dénommé « Pride » est intervenu pour témoigner lui aussi de son indignation en face des faits qu'il a pu constater. Il exprime d'abord son étonnement sur la page d'un administrateur, « LaurentN », ici. Mais je recopie l'échange entre les deux personnes :

Inadmissible

Bonjour,

J'ai entendu parler d'une sale affaire de diffamation sur le Net concernant un type qui critique Freud. Je suis tombé sur ça ! (j'ai dû modifier le lien étant donné que maintenant les faits n'apparaissent plus directement dans la page discussion de l'article "Critique de la psychanalyse").

Deux questions : pourquoi les diffamateurs n'ont écopé de rien ? Qui les protège ?

Merci de me répondre. --Pride (d) 9 juillet 2008 à 12:03 (CEST)

Autre chose : aucun mot de cette affaire dans le bulletin des admins ?!! --Pride (d) 9 juillet 2008 à 12:07 (CEST)

Bonjour. Je ne sais pas pourquoi vous me contactez directement à propos de cette affaire que je n'ai pas suivie et concernant un article dans lequel je n'interviens pas. Je vous invite éventuellement à laisser une requête aux administrateurs sur la page WP:RA et des administrateurs plus au courant interviendront. Cordialement. --Laurent N. [D] 9 juillet 2008 à 14:28 (CEST)

Ne connaissant personne ici j'ai choisi un peu au hasard. Je ne voulais pas vous importuner mais juste avoir des informations. Je vais chercher ailleurs à l'endroit que vous me conseillez. --Pride (d) 10 juillet 2008 à 11:28 (CEST)

Constats : Laurent N s'en fout. Il est administrateur, mais les affaires de diffamation sur Wikipédia.fr ne le concernent pas. Pourtant les faits sont faciles à vérifier et sont accablants pour trois membres éminents de la clique freudienne de l'encyclopédie, « Léon99 » (récemment rebaptisé « Léon66 »), l'incontournable « Perky », et « Ouicoude ». Ce qui est pour le moins curieux et incohérent dans cette encyclopédie, c'est que si un contributeur quelconque intervient, sous IP, par exemple, pour vandaliser un article en y introduisant des propos orduriers, ou pour brocarder de façon ironique en traitant certaines et certains de « conchitas wikipédiennes », les sanctions (justifiées) ne tardent pas à tomber. Par contre, lorsqu'il s'agit de faits graves de diffamation dirigés contre certaines personnes apparemment triées sur le volet, personne n'a rien vu, n'y comprend rien, ne voit pourquoi on s'offusque, tout cela fait partie, nous dit-on des avatars inévitables de la complexité inhérente à Wikipédia ! Et surtout, des administrateurs comme Jean-No, totalement irresponsables et qui s'assument comme tels, se planquent derrière les arguments que l'on peut lire ici.

Et maintenant ?

Et bien les administrateurs ont décidés, en bonne conchitas qu'ils sont, de passer le balai sur tout cette affaire. Désormais, les preuves de diffamation contre ma personne sont effacées de la page discussion de « Critique de la psychanalyse », la preuve ici. C'est l'administrateur « Olmec » qui s'est chargé, avec zèle, de cette besogne. Bientôt, les preuves seront totalement purgées, et il ne restera plus aucune trace.

Publié par vdrpatrice à 12:39:04 dans Le Freudisme, la psychanalyse et Wikipédia.fr | Commentaires (0) |

Des limites de la lecture psychanalytique du conflit israélo-arabe. Par Raphaël Lellouche (1° partie). | 22 juin 2008

Suivre ce lien.

 

 

Publié par vdrpatrice à 11:47:58 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Sigmund Freud, déchiré entre faux scrupules et vrai cynisme.... | 13 juin 2008

ROSA, MITZI, DOLPHI, et PAULA - (Décembre 2003)

Les sœurs sacrifiées de Sigmund Freud.

 

« A Benito Mussolini, avec l'humble salut d'un vieil homme qui reconnaît dans le gouvernant le héros de la culture. » (Sigmund Freud, Vienne, le 26 avril 1933 ; dédicace du livre « Pourquoi la guerre »). 

 

Un portrait à l'huile montre Freud âgé de douze ans au côté de ses cinq sœurs et de son frère Alexander. Une photographie de ce tableau ( SIGMUND FREUD - Lieux, visages, objets - 1979 - Gallimard ) porte la légende suivante : ( Communication orale d'Alexander Freud )- « J'avais six ans lorsque mon frère Sigmund âgé de seize ans me dit " Regarde Alexander, notre famille est comme un livre. Tu es le cadet de la famille et moi l'aîné, ainsi nous sommes les solides couvercles qui doivent soutenir et abriter les faibles sœurs nées après moi et avant toi." ».

On le sait, toutes ( sauf Anna l'aînée mariée en Amérique) périrent en déportation en 1942 et 1943.

Sigmund Freud, lui, mourut en sécurité dans sa belle maison anglaise en 1939, un mois après le début de la guerre.

Son principal hagiographe Ernest Jones, à propos de la fin des quatre sœurs, écrit simplement : « Par bonheur il ne sut jamais ce qu'il advint d'elles »..Tout est bien puisque l'âme du grand homme peut dormir en paix. Et, après tout, le calvaire final de Rosa, Mitzi, Dolphi et Paula n'est que l'aboutissement de vies sacrifiées dès l'enfance à la gloire de l'aîné, le "Sigi en or" d'Amalia, sa mère idolâtre.

En réalité, si vraiment Sigmund Freud a prononcé les mots cités par son frère dans l' adolescence, on peut qualifier l' attitude qu'il eut par la suite de "forfaiture".

Sur le portrait de famille, les cinq regards des petites filles, dont la vivacité n'a pas échappé au peintre, nous interpellent. Pourquoi les lois de Mendel se seraient-elles trahies pour réserver au seul Sigmund l'aptitude à comprendre le monde ?... Malheureusement, aucune d'elles n'a eu droit même à l'embryon d'une culture. Déjà sur ce tableau les rôles sont distribués. Anna tient une guirlande de roses, Marie un panier de fleurs. Rosa aussi a sa petite branche. Les deux autres entourent leur petit frère âgé de deux ans qui tient un fouet et un polichinelle ; mais dans la main de Sigmund on a mis un livre. Hélas, cet homme considéré comme un des pionniers du progrès humain s'est fort bien accommodé de ces normes, au point d'en faire dans certains de ses écrits, l'apologie.

On retrouve les cinq sœurs sur une photo de famille de 1876. Les regards sont toujours pleins de promesses. Par exemple celui de la belle Paula avec son front haut, ses traits fins, sa silhouette élancée qu'on devine sous le corset, une dignité un peu hautaine... Elle n'a que douze ans mais porte haut sa petite poitrine et semble sûre d'elle. Elle fait penser aux Filles de Lumière qu'on voyait naguère en Israël, mi-femmes soldats, mi- madones des kibboutzim. Derrière elle se tient Anna, l'aînée, à côté de son frère Sigmund qui détesta l'intruse dès sa naissance. Plus loin Rosa réputée "la sœur préférée" de Freud. Elle habita sur le même palier pendant son bref mariage puis déménagea ensuite laissant aux Freud son appartement. Des recoupements ultérieurs laissent penser qu'elle fut toute sa vie une victime (consentante, précise Freud). Elle eut deux enfants, l'un, à vingt ans fut le seul tué de la famille pendant la guerre de 14-18 ; l'autre, enceinte hors mariage se suicida. La petite Marie (dite Mitzi) pas très jolie, eut un destin peu glorieux : dans les années 1880, Jacob Freud, le père, subit de graves revers financiers accrus par la crise qui sévissait à ce moment en Autriche. Le biographe Ernest Jones relate en détail la vie de la famille à cette époque. A un certain moment, nous dit-il, la famille ne disposait que d'un florin par jour (environ deux francs or). Les sœurs étaient dans un état de maigreur à faire peur. Jones nous dit pourtant que ce sont les femmes qui ont amélioré le sort de la famille. Mais comment ?... N'ayant pas fait d'études, les jeunes files ne pouvaient postuler qu'aux emplois domestiques. Alors, par amour-propre, on obligea Rosa à partir en Angleterre et on envoya Mitzi à Paris cacher sa pauvreté et se placer comme bonne à tout faire. (Jones signale qu'elle n'y apprit pas le français). De là elle trouva moyen d'envoyer deux cents francs à sa mère ...

Et Sigmund, lui, comment vit-il à cette époque ?... Il commence ses études de Médecine en 1873, année du crack qui ruina sa famille en même temps que la moitié de l'Autriche. Le jeune homme suit les cours qui lui plaisent, picorant dans des domaines annexes au point de consacrer trois années de plus que nécessaire à l'obtention de son diplôme. Quarante ans plus tard il écrira : « Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu dans mes jeunes années le désir de soulager l'humanité souffrante ». Apparemment il n'a pas non plus le désir de soulager la misère de sa famille qui se sacrifie pour lui car, à vingt-sept ans (alors qu'il est fiancé depuis un an) il vit toujours chez ses parents, monopolisant l'éclairage moderne ainsi qu'une pièce lui servant de bureau, tandis que les autres s'éclairent à la bougie et s'entassent dans les trois pièces restantes. Il fait également supprimer le piano d'Anna pour ne pas être dérangé par le "bruit".(D'autre part il surveille ses lectures lui interdisant Flaubert et Dumas et met en garde ses sœurs contre tout penchant à la séduction.)

Pendant son séjour de six mois à Paris (où il vit surtout avec de l'argent emprunté) il va au théâtre et fait bonne figure dans le cercle mondain de son maître Charcot. C'est probablement l'époque où sa sœur Mitzi s'y trouve, mais Jones ne mentionne pas la moindre rencontre.

Revenu en Autriche, logé et chauffé à l'hôpital de Vienne, il avait besoin du double de son traitement de trente florins pour vivre. Il lui fallait de la viande deux fois par jour, des cigares en quantités et il ne pouvait supporter d'être mal vêtu. Il finit par avoir de grosses dettes qu'il ne remboursera jamais.

Tandis que les petites sœurs, au bord de l'inanition trouvaient le moyen d'envoyer de l'argent à leurs parents, Freud ne s'installa comme médecin que sous la pression d'un de ses maîtres et surtout le désir d'épouser Martha après quatre ans de fiançailles. Il ouvrit son cabinet à Pâques 1886, soit plus de douze ans après le début de ses études et cinq ans après l'obtention de son diplôme.

Quatre de ses sœurs s'étaient mariées ou fiancées avant lui : Anna l'aînée avait épousé Elie Bernays, le frère de Martha ; Rosa, la préférée (dont il n'assista pas cependant au mariage) devint frau Graf ; la jolie Paula fut mariée pendant cinq ans à un Monsieur Winternitz puis devint veuve ; Marie, la petite exilée parisienne épousa un cousin roumain (méprisé par Freud comme "asiate") et continua à s'appeler Freud. En 1884 Freud écrit à Martha « Mais ne te semble-t-il pas qu'on s'arrache nos petites sottes ? Dolphi est la seule qui soit encore libre. Elle m'a dit hier - je l'avais invitée à goûter pour qu'elle répare ma redingote noire - "Comme ce doit être merveilleux d'épouser un homme cultivé, mais un homme cultivé ne voudrait pas de moi n'est ce pas ?" Je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant cette affirmation ». - (Ce n'est pas de la question qu'il rit mais bien de l'affirmation : la prétention à vouloir épouser un homme cultivé) Ce rire sonne donc comme une cinglante confirmation du peu de cas que Freud faisait de ses sœurs. Non pas par cruauté mais par un machisme impunément étalé qui tient pour zéro toute aspiration d'une femme à autre chose que l'humble service de l'homme. La petite Dolphi n'épousa pas un homme cultivé. Elle n'épousa personne et resta auprès de sa mère jusqu'à la mort de celle-ci survenue à quatre-vingt-quinze ans.

Trois mois après l'Anschluss du 11 Mars 1938, Freud et sa famille avaient quitté Vienne pour l'Angleterre. Le récit de cette émigration est consignée dans le détail par Ernest Jones (avec comme toujours quelques erreurs de dates), mais ce récit, cautionné par Anna Freud, est précieux. Son dévouement à Freud est si total, il épouse si complètement sa façon de voir vis-à-vis de ses sœurs, qu'il n'a même pas l'idée qu'une relation fidèle des évènements puisse le desservir .(D'ailleurs qui cela a-t-il choqué ?) Et pourtant...

Freud a quatre-vingt-deux ans. Il souffre depuis vint-trois ans d'un cancer de la mâchoire. Quand survient l'Anschluss il se dit d'abord trop vieux et trop malade pour quitter Vienne, mais il cède finalement à la pression de son entourage. Seulement quel pays voudrait l'accueillir avec sa famille ? Ensuite, les Nazis les laisseraient-ils partir ? Ernest Jones trouva facilement un pays d'accueil : l'Angleterre.

La Psychanalyse avait fait un chemin glorieux et Freud était mondialement connu. Ainsi on n'hésita pas à solliciter l'intervention du Président Roosevelt lui-même qui, par ambassadeurs, secrétaires d'Etat et chargés d'Affaires interposés fit pression pour obtenir cet exeat. (Il y eut aussi l'intervention inattendue de Mussolini à qui Freud avait dédicacé un de ses livres.)

Grâce à quelques autres appuis ou connaissances, y compris au sein du régime Nazi, Freud put sauver une bonne partie de sa fortune ainsi que ses collections de statuettes antiques qui arrivèrent intactes en Angleterre. Il put ainsi acheter Maresfeld Garden, la grande maison devenue musée, qu'on équipa même d'un ascenseur. Et Freud put faire face aux soins extrêmement coûteux que réclamait son état, y compris les visites des médecins et chirurgiens venus du continent, dont celle du Professeur Lassagne, médecin-chef de l'Hôpital Pierre et Marie Curie, à Paris.

En Angleterre, Jones avait remué ciel et terre pour que les précieux émigrés bénéficient même du droit de travailler. C'est ainsi qu'il écrit que par amitié (ils patinaient ensemble) le ministre de l'Intérieur lui donna « carte blanche pour remplir les formulaires d'entrée, concédant également le droit de travailler pour Freud, sa famille, ses domestiques, ses médecins personnels et pour un certain nombre de ses élèves et de leur famille ». Ainsi, en ordre dispersé arrivèrent là-bas, outre Freud et sa femme, sa belle-sœur Mina, ses fils, filles, brus, gendres, petits-enfants, l'amie d'Anna : Dorothy Burlingham, les domestiques, les médecins particuliers, sans oublier le Chow-Chow "Lün" et la précieuse collection à laquelle Freud attachait la plus grande importance. Si bien que, comme l'écrit Martha à la fille de sa belle-sœur Marie : « Si on ne pensait pas tout le temps au sort de ceux qu'on a laissé là-bas, on serait parfaitement heureux ». Brave Martha !... Que n'a-t-elle eu son mot à dire quand Freud décida de ne pas inscrire Rosa, Marie, Dolphi et Paula sur le formulaire envoyé par Jones.

Jones explique ainsi l'attitude de Freud envers ses sœurs « N'ayant aucun espoir de pouvoir subvenir à leurs besoins à Londres, Freud avait du laisser ses vieilles sœurs... Mais lorsque le danger nazi se fit plus proche, son frère Alexander et lui leur donnèrent la somme de 160 000 Schillings autrichiens (environ 22400 dollars) somme qui devait suffire pour leur vieillesse, à condition de ne pas être confisquée par les nazis ». Or :

1) 22000 dollars placés en Angleterre n'auraient-ils pas été plus en sécurité que dans l'Autriche nazie ?

2) En fait les 160000 Sch. ne sont pas un don tardif des deux frères (Alexander avait émigré deux mois avant son frère et se trouvait en Suisse complètement ruiné). mais résultait d'un fonds constitué dans les années trente par eux-mêmes et leur sœur Anna qui vivait en Amérique. Malheureusement il restait un arriéré d'impôt et la somme qu'on leur remit en 1938 fondit complètement du fait de cet arriéré augmenté d'un impôt de 25% qu'on nommait la juva (impôt expiatoire imposé aux juifs).

3) Sur « le danger nazi qui se fit plus proche », on lit dans le livre de Peter Gay : Freud, une vie, une œuvre (1998) « Cet esprit de haineuse vengeance, ce fanatisme sadique que les allemands avaient mis cinq ans à acquérir, fut l'affaire de quelques jours pour les autrichiens... Les incidents qui se multiplièrent dans les rues des villes et des villages...dépassèrent en horreur tout ce qu'on avait pu voir dans le Reich hitlérien » .

Jones qui était venu à Vienne à ce moment n'a pu ignorer cela, non plus que Martin et Anna ( les enfants Freud ) tout deux emmenés et retenus par la Gestapo. On ne peut pas croire, désireux comme ils l'étaient de convaincre leur père de la nécessité du départ qu'ils ne l'aient pas mis au courant. Freud lui-même avait reçu la visite de la Gestapo et tenait un journal des évènements.

Il était certes affaibli physiquement mais tout prouve qu'il avait entièrement sa tête. Pendant les deux mois qui le séparent de l'exil il travaille à son ouvrage sur Moïse et traduit, avec Anna, un livre sur le Chow-Chow de MarieBonaparte ( !)

Durant les quinze mois qu'il vivra encore en Angleterre, entre les interventions sur sa mâchoire il recevra des clients en analyse. Il écrira, recevra de nombreuses visites, se fera filmer et suivra de près la question de son éventuelle nomination pour le prix Nobel.

Les raisons pour lesquelles les quatre sœurs ont été laissées à Vienne, seules et sans appui, ne sont évidemment ni financières ni liées à un quelconque affaiblissement de son esprit. Les chroniqueurs sont, sur ce sujet, particulièrement discrets et leurs commentaires gênés sont presque toujours erronés. On a parlé de leur grand âge et de leur mauvais état de santé. Mais Sigmund n'était-il pas leur aîné, et il était difficile d'être plus malade que lui. Mina Bernays fut du voyage, et pourtant on la sortit d'une clinique où on venait de l'opérer des yeux, pour la transporter à Londres où elle eut une longue et périlleuse convalescence.

Les quatre sœurs avaient résisté à la famine dans leur jeunesse, à la guerre, aux deuils les plus cruels. (La longévité des femmes Freud est exceptionnelle). Quand elles furent déportées en 1942, elles avaient derrière elles quatre ans d'une vie épouvantable dont on a quelques échos, par exemple cette lettre de Janvier 1941 qu'elles adressent au gérant nazi de leurs biens : « Très honoré Docteur - La misère extrême nous oblige à faire appel à votre aide malgré votre attitude de refus dans la question de l'appartement » (Chassées de celui qu'elles louaient, elles s'étaient réfugiées dans celui d'Alexander). « Après avoir du, il y a trois mois, héberger deux couples dans notre appartement, nous recevons une nouvelle affectation de huit personnes et nous, les quatre sœurs, sommes confinées dans une seule pièce qui doit tenir lieu de chambre et de pièce de séjour. Nous sommes, comme vous le savez, des personnes âgées, souvent malades, alitées, une aération et le ménage sont impossibles sans atteinte à la santé ainsi que le rangement des ustensiles de première nécessité. Le plus simple commandement d'humanité s'oppose à une telle contrainte et nous ne pouvons pas penser que vous resterez insensibles devant cette exigence et que vous nous refuserez votre aide. C'est pourquoi nous nous tournons vers vous, très honoré Docteur, en tant que notre représentant avec la prière ardente de demander exceptionnellement et en insistant sur l'urgence auprès du responsable de la réinstallation des juifs du premier district, de restreindre la nouvelle installation à quatre personnes au lieu de huit ; pour ces personnes une solution a été trouvée. Dans l'attente que vous voudrez bien accorder une oreille attentive à notre appel désespéré, nous signons... Marie Freud, Adolphine Freud, Pauline Winternitz. » (Cette lettre ne porte pas la signature de Rosa). Le lendemain, les sœurs écrivent qu'une intervention est devenue sans objet, l'installation des huit personnes ayant déjà eu lieu.

A la fin de 1938, ce qui restait de leurs biens avait été bloqué sur un compte géré par un administrateur, Eric Führer qui se révéla une franche canaille. Il donna aux sœurs de quoi subsister jusqu'à Juin 40. A cette date, un SOS a été envoyé au fils d'Alexander parvenu à New York qui envoya 12O dollars mensuels.

Le 29 Juin 1942, on emmena Marie, Dolphi et Paula au camp de concentration de Théresienstadt. Rosa Graf les suivit par le convoi du 29 Août. Là, la célibataire un peu souffreteuse qui raccommodait les vêtements de son frère, survécut aux privations jusqu'en février 1943, puis mourut probablement de faim, à quatre-vingt un an. Marie, la petite exilée parisienne qui économisa sur ses gages pour envoyer 200 francs à sa mère, et la belle Paula, furent gazées au camp d'extermination de Maly Trostinec, le 23 Septembre 1942. Quant-à Rosa "la sœur préférée", elle se retrouva à Treblinka dans un des cinq convois de 8000 personnes qui y furent déportées entre le 5 et le 12 Octobre 1942.

Un témoin au procès de Nuremberg, Mr Razjman raconte ce qui suit « Le train arriva de Vienne. J'étais alors sur le quai quand les gens furent sortis des wagons. Une femme d'un certain âge s'approcha de Frantz Kurt (le commandant du camp), présenta un Ausweis et dit être la sœur de Sigmund Freud. Elle pria qu'on l'emploie à un travail de bureau facile. Frantz examina avec soin l'Ausweis et dit qu'il s'agissait probablement d'une erreur, la conduisit à l'indicateur de chemin de fer et dit que dans deux heures un train retournait à Vienne. Elle pouvait laisser là tous ses objets de valeur et documents, aller aux douches et, après le bain, ses documents et son billet pour Vienne seraient à sa disposition. La femme est naturellement entrée dans la douche d'où elle ne revint jamais ». Rosa qui, à quatre-vingt-deux ans, pense encore qu'on va l'employer à travailler ! ... Et comme elle est fière d'être une Freud, persuadée que le grand homme va la protéger au-delà de la mort !...

Si on voulait tenter de disculper Freud, on pourrait alléguer que, comme lui, les vieilles dames n'avaient pas très envie de quitter Vienne. Il n'en est rien, au contraire, elles attendirent avec confiance des visas pour la France qui ne vinrent jamais. Au mois d'Août 1938, Rosa se plaint à une amie que les visas français, malgré la « haute influence du bon ami de son frère (l'ambassadeur des Etats-Unis William Bullit) ne sont pas encore arrivés ». Mais comme elle l'aime ce frère ! « Le cher vieil homme ne va pas bien, écrit elle. On dit qu'Anna fait des choses extraordinaires pour aider son père ».

Cette destination française est une idée débattue depuis le début entre Freud et Marie Bonaparte.Alors pourquoi écrit-il à celle-ci le 12 Novembre 1938 : « Les derniers évènements horribles en Allemagne rendent plus aiguë la question du devenir des vieilles femmes , entre 78 et 80 ans »... ? (Rien de pire en Novembre en Allemagne qu'en Autriche en Juin et, rappelons-le, les "vieilles femmes" sont plus jeunes que lui). « Cela dépasse nos forces de les garder en Angleterre »... (Pourtant elles sont valides, apparemment faciles à vivre ; deux au moins doivent parler anglais et il y a l'Amérique ou vit leur aînée...) « La fortune que nous leur avons laissée à notre départ, 160 000 Sch. est peut-être déjà confisquée maintenant et sera sûrement perdue si elles partent ». ( Est-il possible d'aller plus loin dans le cynisme ?...) « Nous pensons à la Riviera française, Nice ou les environs. Mais sera-ce possible ? » (Pourquoi pas Monte Carlo ou autre station mondaine ? Freud oublie qu'elles ne parlent pas français.

Ce fut, hélas, Théresienstadt et Treblinka ....

Il est vrai que Marie Bonaparte fit tout ce qu'elle put pour les amener en France mais ce qui n'aurait posé aucun problème en Juin 1938 devint, au fil des mois, un projet irréalisable. Seulement il y a fort à parier que Freud ne se souciait pas de se trouver à Paris et à Londres où personnalités et journalistes l'attendaient, accompagné de ce cortège peu flatteur.

Cette ultime façon de faire à l'égard de ses sœurs est dans le droit-fil du mépris dans lequel il les a toujours tenues.

Finalement, en guise de condamnation, c'est à lui-même qu'il faut emprunter la citation suivante. Dans une lettre à Arnold Zweig de 1934 il écrit : « Au cours de l'une des batailles de César en Gaule, il s'avéra que les assiégés (était-ce Alésia et Vercingétorix ?) n'avaient plus rien à manger. Ils poussèrent leurs femmes et leurs enfants dans le no man's land situé entre la forteresse et l'armée romaine qui l'assiégeait, où ces pauvres misérables moururent de faim... Il aurait été plus miséricordieux de les tuer dans la ville ».

Le commentaire de Jones concernant la fin des sœurs de Freud est d'une rare mauvaise foi : « Freud n'avait pas de raison spéciale de se montrer anxieux à leur sujet, la persécution des juifs n'en était encore qu'à ses débuts ». Pourtant il avait écrit quelques pages plus tôt à propos de l'arrestation d'Anna, en Mars 1938 par la Gestapo « qui la retint toute une journée » : « Ce fut certainement le jour le plus sombre de la vie de Freud. La pensée que l'être le plus précieux au monde et aussi celui dont il dépendait tellement, puisse être en danger d'être torturé et déporté vers un camp de concentration, comme cela se produisait si couramment, lui était à peine supportable ».

Malgré la complicité évidente de Jones et d'Anna, y a- t-il dans ces conditions la possibilité de dédouaner Freud du forfait par lequel il abandonna ses sœurs aux nazis. ?...


Anonyme.

Publié par vdrpatrice à 10:07:59 dans Résistances... | Commentaires (0) |

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