« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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La logique du charlatan...Qu'elle est -elle ? Pour en savoir plus, consultez ce lien qui vous renvoie à un article remarquable écrit par William T. Jarvis, Ph.D. et Stephen Barrett, M.D. Cet article s'intitule : Comment le charlatanisme réussit ? A lire de toute urgence avant notre petite synthèse où, comme vous le constaterez, nous avons utilisé des arguments des auteurs.
Evidemment, je pense que Freud était un charlatan, et Lacan encore plus. A travers ce texte, je pense aussi que ceux qui ont pratiqué, en tant que patients, la psychanalyse pendant des années, et qui en sont sortis au même point qu'avant (ou pire, parce que ruinés ou déprimés) reconnaitront les stratagèmes des freudiens. Tout y passe, de l'utilisation de la vanité au dénigrement systématique des rapports d'évaluation comme celui de l'INSERM. Je n'ai pas souhaité, pour le moment, démontrer les ressemblances directes qu'il y a entre les éléments du texte et les freudiens car je pense qu'ils apparaîtront d'eux-mêmes avec suffisamment d'évidence et de clarté.
Ce mot vient du verbe italien chiarlare, qui signifie parler avec emphase. Les charlatans sont donc souvent considérés comme de « beaux parleurs », capables d'escroquer leurs victimes grâce aux artifices de la rhétorique ou à des théories dont les vices internes (comme des sophismes) sont dissimulés. Le Tartuffe de Molière est un exemple de ce type de charlatan.
Le charlatan redoute avant tout d'être démasqué en tant que tel. Ce qui explique qu'il tente toujours de vendre des objets ou des théories qui sont très difficiles sinon impossibles à réfuter, d'où l'utilisation constante de divers stratagèmes, qui soit ont pour fonction d'immuniser davantage le charlatan et son produit de la réfutation, soit qui consistent à imputer aux diverses déficiences de l'observateur (comme son intelligence, son état de santé, ou ses qualités morales), déficiences dont l'invention de circonstance fait partie des stratagèmes du charlatan, le fait de n'avoir pu constater la réussite (selon les cas) de ce que le charlatan a à vendre ou à montrer, puisque son but est de parvenir à faire croire en l'existence de ce qui n'existe pas (un objet, des qualités d'un objet, un phénomène, etc.) afin d'en retirer le maximum de bénéfices.
L'autre caractéristique du charlatan est donc de faire la promotion de quelque chose d'exceptionnel ou de capable de parvenir à des fins exceptionnelles facilement et avec peu de science, en utilisant seulement les moyens de l'homme de la rue (le bon sens, l'évidence, le ressenti, le raisonnement inductif...). C'est la raison pour laquelle le charlatan se croît souvent lui-même doté d'un savoir supérieur, lui donnant réponse à tout, en se protégeant par une attitude qui consiste à ne jamais reconnaître ses torts ou les défauts de ce dont il veut faire la promotion.
Le charlatan fait appel à la vanité de ses victimes (il faut être suffisamment intelligent, sensible, la psychanalyse soigne tout sauf la connerie disent les lacaniens, etc.) qui doivent admettre les qualités exceptionnelles et cachées de ce qu'il à a vendre. Il utilise aussi la peur en inventant de fausses maladies, de faux souvenirs (...), ou de faux problèmes qu'il est urgent de résoudre et dont il possèderait le remède infaillible. Il utilise l'espoir des malades de sortir enfin de leurs problèmes les plus graves. En cela, en créant de faux espoirs, le charlatanisme revêt ici sa pire forme, car il peut détourner les malades des traitements vraiment efficaces. Ils utilisent également des trucs cliniques consistant à présenter son produit à côté de traitements efficaces en utilisant l'argument de l'alternative. Il est donc particulièrement habile à créer la confiance. Le truc de l'alternative lui permet de pouvoir blâmer le traitement orthodoxe si le sien ne réussit pas.
L'un des aspects les plus remarquables du charlatan est donc la décharge de responsabilité. Ce n'est jamais de sa faute, ni de son produit, mais toujours celle du malade. De plus, plutôt que de vous proposer de guérir, il utilise des arguments justifiant que sa théorie n'a pas pour but de guérir (selon le psychanalyste Alfred Erbs, par exemple, « guérir est un terme médical, pas un terme analytique...»), ce qui requiert des preuves bien plus difficiles à obtenir parce que reposant sur des critères plus observables et précis, mais de vous aider à vous découvrir, et à comprendre. Et là, il ne peut échouer puisqu'il peut toujours imputer aux déficiences intellectuelles de son malade ou à une durée insuffisante de son traitement miracle, le fait que le malade n'ait pas encore réussit à s'épanouir ou se comprendre lui-même.
Les charlatans sont en combat permanent avec les professionnels de la santé légitimes, les chercheurs, les agences de règlementation, et les groupes de protection du consommateur ou même les associations de consommateurs pouvant demander des évaluations, et pour cause ! Que l'on se souvienne de l'incroyable caca nerveux de masse provoqué par le Rapport de l'évaluation des psychothérapies de l'INSERM chez la gent freudo-lacanienne française, caca nerveux qui n'en finit pas de pétarader encore aujourd'hui sous la houlette de Monsieur Karim SARROUB par exemple.. Malgré la force de cette opposition d'ordre scientifique, le charlatanisme jouit de sa popularité. Pour cela il utilise le mensonge et la désinformation.
Le charlatan aime à dire que la science n'a pas toutes les réponses, bien qu'il n'hésite pas, quand il le souhaite, à utiliser frauduleusement le label de scientificité pour vendre son produit, ou alors présenter son opposition par rapport aux vraies sciences médicales comme une sorte de conflit philosophique, plutôt qu'un conflit de méthodes prouvées versus des méthodes frauduleuses, créant ainsi l'illusion d'une guerre de croyance plutôt que d'un conflit qui pourrait être résolu en examinant les faits.
Les faits, c'est ce que redoute aussi beaucoup le charlatan qui pense parfois se réfugier derrière l'argument selon lequel son produit ne s'évalue pas ou ne peut se prêter, du fait de sa nature, à des évaluations. Le charlatan tente donc le plus souvent de vendre un produit aux qualités mystérieuses et évanescentes, qualités d'autant plus valides à ses yeux qu'elles sont justement mystérieuses, inaccessibles à un non-initié, c'est-à-dire quelqu'un qui n'a pas été formaté pour être d'accord avec lui...Le produit typiquement charlatanesque est donc celui qui échappe toujours, tel un gaz, à celui qui tente de l'attraper, qui n'aura jamais assez de subtilité, d'intelligence, de culture, d'expérience, qui sera toujours « à côté », etc. Mais ce gaz c'est le charlatan qui le souffle dans la direction qu'il veut en fonction des circonstances et du client, dans le but de produire un tout autre type de gaz, le « gaz hilarant » des freudiens, c'est-à-dire, le fric. C'est pour cela que par exemple, la psychanalyse, est adaptée à chaque cas, et qu'il peut y avoir autant de psychanalyses que d'individus, écrivent sans faiblir les psychanalystes. Dans ces conditions comment voulez-vous réussir à choper et à comparer la psychanalyse (d'ailleurs un psychanalyste assez courageux et honnête comme André Green prétend que la psychanalyse française n'est qu'un mythe...) dans les mailles d'un filet qui serait assez objectif pour tenter de la saisir et de l'évaluer. On est finalement tenté de croire Mikkel Borch-Jacobsen lorsqu'il écrit que la psychanalyse cela n'a jamais existé et que ce n'est qu'une auberge espagnole, une théorie zéro.
Par conséquent, le charlatan est par définition quelqu'un de « gonflé », dans tous les sens du terme...
Une autre tactique de diversion est d'accuser ceux qui critiquent le charlatanisme d'être biaisés ou d'avoir été « achetés » par les compagnies pharmaceutiques.
Le charlatan est souvent un individu qui opère de manière isolée afin de mieux mettre en exergue le caractère unique et exceptionnel de ce dont il veut faire la promotion, ce qui lui permet aussi de mettre plus facilement des obstacles à toute procédure d'examen critique indépendant qui risquerait de révéler son escroquerie. Le jugement critique et l'indépendance d'esprit sont donc des ennemis que le charlatan doit être capable d'affronter.
Le charlatan aime souvent faire des prédictions que personne n'oserait réaliser. Ces théories sont présentées de manière à ce qu'il puisse toujours les réussir parce que ce sont des théories fondées sur un déterminisme qui exclut le hasard ou formulées de telle sorte à ne pouvoir jamais être contredites par les faits. Tout son art consiste alors à masquer ce défaut pourtant rédhibitoire, ou, plus audacieux encore, à le présenter comme la force qui distingue justement ses théories sans se douter qu'au lieu d'être une force, c'en est plutôt la faiblesse essentielle. Et puis les prédictions des charlatans sont le plus souvent des pseudo-prédictions parce qu'elles sont tellement probables qu'elles ne peuvent échouer, ou bien encore parce qu'il les maquille en rétrodictions ou en interprétations.
En somme, l'essentiel des trucs utilisés par le charlatan se basent sur la désorientation de leurs victimes.
Pour terminer, nous invitons maintenant tous ceux qui osent dénoncer le charlatanisme et le combattre, à bien lire ces deux citations. L'une est de La Bruyère dans son livre Les caractères (...) ; l'autre est de John Locke (cité par Jacques Bouveresse dans son livre Prodiges et vertiges de l'analogie). Elles s'appliquent parfaitement aux charlatans auxquels nous pensons sur ce blog...
« Il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde ». (John LOCKE, cité par Jacques BOUVERESSE in: "Prodiges et vertiges de l'analogie". Édition: Éditions raisons d'agir. Paris, octobre 1999).
« Il n'y a rien de plus bas, et qui convienne mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux mêmes dont l'on pensait très modestement avant leur élévation. » (in : La Bruyère, « Les caractères ». Edition : Classiques de Poche. 1995, page : 452).
Publié par vdrpatrice à 11:35:09 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
Marie-Christine Combourieu - Mémoire de DEA - Année 1985
PSYCHOLOGIE SOCIALE
E.H.E.S.S
Sous la direction de Mme Denise Jodelet
Objet du mémoire : comment les analystes se représentent-ils la télépathie ?
Nous considérons qu'il s'agit, ici, d'une étude tout à fait sérieuse et riche en enseignements sur les croyances et autres délires cultivés par la gent freudienne depuis les débuts du mouvement psychanalytique.
L'inconscient peut calculer la date de naissance.
(Un exemple suffisamment parlant d'une recherche « scientifique » effectuée par une psychanalyste, qui plus est directrice de recherche à l'INSERM).
Monique Bydlowski, psychanalyste et directeur de recherche à l'Inserm.
Objet de la recherche : il s'agit, ni plus ni moins de démontrer que l'inconscient calcule la date de naissance en excluant le hasard...
Quelques citations tirées de cette « recherche scientifique » :
« Il s'agit du fait suivant : pour bien des femmes la date involontairement prévue pour la naissance sera une date non venue du hasard, mais commémorative d'un autre événement du passé et dont la réapparition comme date de naissance de l'enfant prend valeur de répétition. Ce fait, cette date d'accouchement ou de prévision d'accouchement, cette date commémorative, nous l'avons découverte dans un contexte précis : celui des grossesses survenant après antécédent obstétrical traumatique avec mort de l'enfant (2,3). Pour beaucoup de ces femmes malgré la contraception moderne, et malgré la programmation volontaire des naissances, la grossesse que nous avons à suivre annonce son terme pour une date correspondant, en date de calendrier, avec celle de l'issue tragique de la grossesse précédente. »
« (...) Un exemple : une femme a mis au monde un enfant mort-né un 3 septembre. Déprimée, elle décide d'en rester là et pratique une contraception par stérilet, efficace pendant 5 ans. Cinq années plus tard, elle a la surprise d'être enceinte malgré son stérilet et le calcul de son terme montre qu'elle va accoucher un 3 septembre, 5 ans plus tard, jour pour jour. »
Simple question : QUI a (de façon tout à fait insouciante) « déposé la petite graine » ?...
« Le calcul inconscient de la date prévue pour la naissance, avait un caractère plus général. Il s'y est ajouté que la date de la conception elle-même pouvait aussi être significative. Rapidement, la moisson des faits a été importante et la très grande fréquence de ce phénomène exclut la possibilité d'une simple coïncidence factuelle. »
Commentaires :
A quelle procédure de généralisation, Madame Bydlowski
fait-elle allusion ? Si elle parle de « moissons des faits » (à
la lumière de l'hypothèse de départ), il s'agit bien entendu d'une procédure
relevant de l'inductivisme le plus naïf. Et cette « moissons des faits »
aussi importante et surprenante soit-elle, ne regroupe donc que des « faits »
lus à la lumière de la théorie de départ...Le plus incroyable surgit lorsque
Madame Bydlowski exclut toute possibilité de hasard (« coïncidence
factuelle ») sur la seule base d'une probabilité inductive mathématique.
« Nous avons alors constaté qu'il pouvait s'agir d'autres commémorations. Ainsi, dans de nombreux cas, la date de naissance de l'un des parents de la femme enceinte, ou de son compagnon ; très souvent, il s'agit de la date de naissance de la mère de la femme qui attend l'enfant, ou bien de celle de son propre anniversaire, date importante pour elle s'il en est. Disons au passage que la facilité avec laquelle émerge ce signe, souvent dès le premier entretien obstétrical, laisse penser qu'il n'est pas profondément refoulé. D'autres fois, le deuil mémorable et commémorable n'est pas celui d'un enfant, mais celui d'un parent disparu, père ou mère, ou celui du deuil d'un organe vital. Ainsi nous avons connu une femme néphrectomisée pour laquelle la maternité était interdite par les néphrologues et dont la grossesse malgré contraception venait à son terme pour une date d'accouchement correspondant à la date anniversaire de son intervention chirurgicale. »
Commentaires :
Le propos pseudo-scientifique continue et s'accentue. Pour parer à tous les cas qui auraient pu réfuter l'hypothèse de départ, voilà maintenant que le contexte même dans lequel fut utilisée la notion de « commémoration » devient d'une élasticité digne des films de Walt Disney. Pourquoi ? Tout simplement parce que le hasard est rebelle, et que Madame Bydlowski, ne fournit strictement aucune preuve indépendante sur un lien de cause à effet entre les caractéristiques précises d'un événement traumatique refoulé et son effet sur le déclenchement d'une grossesse. Partant de là, tous les cas de « traumatisme commémoratifs » sont utiles pour confirmer la théorie de départ, et peuvent donc être lus à partir d'elle. Mais la méthode qui consiste à revendiquer qu'une théorie est prouvée sur la seule base de la multiplication des exemples qui peuvent être lus à partir d'elle, n'est pas valide. Il manque toujours, des preuves indépendantes. Donc la question à se poser reste la suivante :
Comment Madame Bydlowski prouve-t-elle qu'il y a un lien de cause à effet entre un élément traumatique commémoratif refoulé et le déclenchement d'une deuxième grossesse ? Quelle est ou qu'elles sont les variables indépendantes qu'il faut manipuler pour établir un tel lien, et sous quelles conditions initiales ?
Madame Bydlowski aurait pu nous présenter un tableau statistique mettant en évidence « la moisson des faits » (...) dont elle parle, en faisant état, par exemple, de certains coefficients de corrélation plus ou moins proches de 1 entre les dates de naissance « traumatiques commémoratives » et les dates des deuxièmes accouchements qu'elle a pu relever. Mais même un fort coefficient de corrélation entre deux phénomènes, n'apporte pas le moindre preuve d'un lien de cause à effet entre eux. En effet, deux phénomènes peuvent être corrélés à un même phénomène-source : une
troisième variable non mesurée, et dont dépendent les deux autres : le
nombre de coups de soleil observés dans une station balnéaire,
par exemple, peut être ainsi fortement corrélé au nombre de lunettes de
soleil vendues ; mais aucun des deux phénomènes n'est probablement la
cause de l'autre (Wikipédia.fr). Or, toute l'argumentation de Madame Bydlowski repose, implicitement ou explicitement sur une corrélation entre deux types de dates de naissance.
Autre problème : la conception d'un enfant, que le veuille ou non Madame Bydlowski, nécessite du sperme. Donc l'intervention directe ou indirecte (s'il s'agit d'une fécondation in vitro par exemple) d'un homme. Mais prenons le cas d'une conception naturelle, où l'un des deux parents, par exemple la mère, a vécu par le passé un accouchement aux conséquences « traumatiques » telles que l'envisage Madame Bydlowski. En pareil cas, sa théorie affirme, en excluant le hasard, que c'est donc le « refoulé inconscient » de la mère qui a décidé de la date de naissance de son deuxième enfant. Et le père dans tout ça ? Et son inconscient refoulé à lui ? Pour que la grossesse de la mère puisse se déclencher de telle sorte que la date d'accouchement corresponde commémorativement à celle du premier accouchement traumatique, il faut quand même que « l'inconscient du père », ou son conscient, et peut-être l'inconscient du spermatozoïde élu ait quand même un peu coopéré, non ? Si donc la théorie de Madame Bydlowski est « vraie », alors le refoulé maternel a indiscutablement influencé le refoulé paternel, sinon, la mère a « fait un bébé toute seule ! »
En supposant que le refoulé maternel ait bien influencé le
refoulé paternel, ce qui, après tout, est possible, si l'on admet les théories
freudiennes, ou si l'on considère que la mère ait pu parler de sa souffrance de
la perte du premier enfant à son mari de telle sorte, par exemple, qu'il soit
très attentif aux émotions et aux désirs de son épouse, particulièrement
lorsque cette dernière peut exprimer des désirs envers son conjoint, et bien
dans ce cas, il faudrait, pour s'approcher un peu d'une procédure valide permettant
de construire une preuve en faveur de la théorie de Madame Bydlowski, pouvoir
décrire les conditions initiales exactes à partir desquelles le refoulé du père
influence celui de la mère, conditions initiales dont la précision selon des coordonnées temporelles devra être elle-même suffisamment précise, car une erreur d'un
jour dans la date de naissance du deuxième enfant pourrait signifier l'échec de
la théorie de Madame Bydlowski.
« Ailleurs enfin, la commémoration peut être celle de l'événement heureux par excellence, la naissance du premier enfant. Nous rencontrons ainsi souvent des femmes qui involontairement tendent à accoucher toujours à la même date du calendrier. Par exemple cette femme qui a eu un premier enfant le 7 janvier dont elle a dit " c'est le cadeau oublié par les rois". Une infertilité secondaire s'est installée pendant trois ans. Puis à la quatrième année, enfin enceinte, son terme est calculé involontairement pour le 8 janvier. »
Commentaires :
Changement de programme ! La commémoration peut aussi être celle d'un événement heureux. Ainsi, voici qu'apparaît un nouvel élément qui aurait pu réfuter la théorie de départ, mais qui maintenant est absorbé, sans être corroboré par cette même théorie de la « commémoration ». La théorie de Madame Bydlowski, au lieu d'accumuler le savoir avec des « et » exclusifs, devient de plus en plus immunisée avec des « ou » inclusifs sans jamais avoir été testée de manière indépendante.
Mais le plus énorme c'est l'élasticité totalement arbitraire
du laps de temps qui sépare les deux dates de naissance. Il suffit donc que la
première date corresponde avec la deuxième, quelque soit le labs de temps entre
les deux pour que cela confirme la théorie de Madame Bydlowski. Avec une telle
élasticité la théorie devient absolument nulle en pouvoir
descriptif, explicatif et prédictif.
La conclusion de Madame Bydlowski :
« À l'époque moderne de la contraception, de la programmation volontaire des grossesses, on pourrait s'attendre à ce que les dates de naissance coïncident avec les choix conscients des sujets. Or souvent il n'en est rien. Au contraire, et complètement en dehors de la volonté de la femme, la date qui surgit comme date prévue de la naissance est soit celle d'un deuil douloureux, soit celle d'un événement commémoratif.
L'inconscient célèbre aussi bien les événements heureux que malheureux. Les seconds sont seulement plus fréquents. »
« L'inconscient est-il capable d'une opération de calcul? (4). Si la date de naissance n'est pas volontairement décidée, si la femme se laisse aller à devenir enceinte selon le mouvement naturel de son inconscient, la date prévue pour la naissance doit être le résultat d'un calcul inconscient, c'est-à-dire d'une opération involontaire d'addition ou de soustraction. En tout cas il s'agit d'une opération simple, portant sur le moment d'une durée fixée par la biologie : les 40 semaines et demie de la gestation (280 jours) à l'intérieur d'une période numériquement limitée : les 365 jours de l'année, période qui se répète cycliquement sur le calendrier : jours, mois, semaines, saisons. L'effet de ce calcul est de produire une date signifiante. Enfant perdu, enfant gagné, parent perdu, organe vital prélevé, ou bien sa propre naissance. »
Commentaires :
Comment une naissance ne peut-elle être volontairement décidée, (si ce n'est,
ni un viol, ni une étourderie, ni une erreur dans le calcul des dates de
menstruation de la mère) ? J'ai beau chercher, j'avoue ne pas trouver la
réponse. En excluant tous ces cas, est-ce qu'une femme peut avoir une relation
sexuelle complète sans être consciente si elle risque ou non d'être enceinte ?
Dans le cas d'un viol, la psychanalyse pourrait-elle dire que le viol a été
inconsciemment désiré ? Assurément que oui, les possibilités de la « théorie »
lui en donne les moyens. Dans le cas d'une étourderie aussi, et d'une erreur de
calcul aussi.
Mais continuons encore un peu notre réflexion. Si l'inconscient peut calculer la date de naissance, c'est qu'il prédit un événement. L'inconscient (refoulé) de la mère, prédit qu'elle aura non
seulement envie de faire l'amour (ou pas !) à telle date précise, et que tous les
processus biologiques et autres qui s'échelonneront, disons de la constitution du fœtus
jusqu'à la date de l'accouchement, seront prédits avec une exactitude
suffisante pour que l'accouchement se produise bien à la date initialement calculée. Ce qui veut dire que les causes du deuxième accouchement ne seraient donc plus uniquement psychiques, mais aussi biologiques en ce sens que c'est le psychique qui aurait un effet sur le biologique, effet ressemblant à une action psychosomatique, en quelque sorte. Le premier accouchement vécu de manière traumatisante, aurait donc laissé une trace mnésique inconsciente si puissante (et permanente) qu'elle en aurait influencé toute la machine biologique et psychologique de la personne, (bref, toute la personne elle-même) pour la programmer à une deuxième grossesse bien déterminée dans le temps... Après tout, pourquoi pas, a-t-on envie de dire, [laissons généreusement de côté tous les autres « déterminismes » possibles liés au conjoint de la mère et à l'efficacité de ses spermatozoïdes, ce qui implique que ni lui, ni ses spermatozoïdes ne risquent de contrecarrer le « projet inconscient » de la mère]. Mais Madame Bydlowski n'avance pas l'ombre d'une preuve indépendante, et la moisson des faits dont elle se vante n'arrange rien au problème.
Pour qu'une telle prédiction soit quand même possible, il faut aussi que
l'inconscient de la mère calcule à l'avance toutes les autres activités de ses journées de telle sorte que la succession des événements soit
complètement favorable à cette fameuse prise de décision inconsciente prise par son refoulé.
Bref, qu'il n'y ait pas d'accident qui fasse tout capoter.
Et est-ce
suffisant ? Je pense que non. Car il faut également tenir compte du laps de
temps qui s'est écoulé entre le premier accouchement traumatique et la date de
conception du premier enfant, et aussi de tous les événements qui se sont
déroulés pendant cette période de telle sorte que strictement aucun d'entre eux
n'ait pu empêcher la réussite du projet de calcul de l'inconscient sur la date
du deuxième accouchement.
Ce qui veut dire par ailleurs que non seulement
l'inconscient de la mère doit calculer tous les événements relatifs à sa seule
personne, mais aussi toute la classe des événements qui ne dépendent pas uniquement d'elle, comme tout ce qui est susceptible d'entrer en contact avec elle et de faire échouer le projet.
Par exemple, si la mère habite dans un immeuble où elle doit monter les étages à pied, il faut que son inconscient calcule chaque action motrice pour que la durée de montée des marches ne perturbe pas le décours des événements prévus et favorables dans le temps à la réussite du projet de prédiction. En effet, si l'inconscient faisait l'erreur de calcul consistant à faire monter les marches trop vite pour la mère, une porte pourrait s'ouvrir à un étage, un individu en sortir et faire n'importe quoi qui puisse contrecarrer, au final, la date prévue par l'inconscient de la conception de l'enfant et peut-être aussi la date d'accouchement...
Mais comme je l'ai déjà dit, il faudra aussi que l'inconscient de la mère ait calculé toute relation possible avec les autres personnes qu'elle va rencontrer, (ou éviter de rencontrer), pour des raisons diverses, car chaque rencontre, chaque discussion, et peut-être chaque mot est susceptible d'influencer la mère et de faire échouer la prédiction. On comprend donc que l'étendue des prédictions à réaliser ainsi que la précision du calcul est logiquement impossible à réaliser.
Pour résumer, l'inconscient refoulé de la mère, doit tout calculer ! Il doit prévoir tout le futur fonctionnement physiologique et biologique de la personne pour qu'aucun élément extérieur à elle, comme un individu ou n'importe quel objet du monde physique, ne puisse mettre en échec le projet de prédiction sur la deuxième date de naissance. Ceci implique un calcul d'un nombre quasi infini de conditions initiales. Et si de surcroît, tout hasard et tout non-sens doit être exclu sur les causes inconscientes du deuxième accouchement, il faut que celui qui se risque à un tel projet de prédiction, rende compte, avant la réalisation de son projet, des mesures possibles à partir desquelles doivent se calculer le degré de précision voulu de ces conditions initiales, [principe de responsabilité renforcé de Karl Popper], de telle sorte que cela le prive du droit de plaider que si son projet échoue [même de peu] dans la prédiction de l'un ou l'autre des événements afférents au projet, c'était parce que les conditions initiales de la prédiction n'étaient pas suffisamment précises.
Par conséquent, un tel projet de prédiction qui respecterait les affirmations de Freud sur l'exclusion de tout hasard et de tout non-sens dans les déterminations psychiques inconscientes (et refoulées) du devenir d'une personne est logiquement impossible. Parce qu'un calcul apriori aussi précis qu'on le voudrait des mesures possibles à partir desquelles calculer n'importe quel degré de précision dans des conditions initiales est aussi logiquement impossible à réaliser. C'est impossible sachant qu'une mesure empirique tentant de correspondre au réel, consiste en son cas le plus simple en la tentative de mise en correspondance exacte de deux points. Sur le problème de la précision de la mesure, on peut citer Karl Popper, dans « La logique de la découverte scientifique », page 125 :
« Deux points physiques, disons un trait sur une règle et un autre sur le corps à mesurer, peuvent au mieux être étroitement rapprochés. Ils ne peuvent coïncider, c'est-à-dire se fondre en un point. Si banale que puisse être cette remarque dans un autre contexte, elle est importante pour la question de la précision des mesures. Elle nous rappelle, en effet, qu'il conviendrait de décrire une mesure dans les termes suivants : nous constatons que le point du corps à mesurer se situe entre deux graduations ou marques sur la règle ou encore, que l'aiguille de notre appareil de mesure se situe entre deux graduations sur le cadran. Nous pouvons alors, soit considérer ces graduations ou marques comme nos deux limites optimales d'erreur, soit commencer à estimer, par exemple, la position de l'aiguille dans l'intervalle entre les graduations afin d'obtenir ainsi un résultat plus précis. Dans ce cas, nous supposons que l'aiguille se situe entre deux graduations imaginaires. Il reste donc toujours un intervalle, un écart. (...) Mais (...) quel avantage peut-il y avoir à remplacer en quelque sorte une graduation sur un cadran par deux graduations - les deux limites de l'intervalle - quand pour chacune de ces limites doit de nouveau se poser la question de savoir quelles sont en les limites de précision ?
Il est clair qu'il est inutile de donner les limites de l'intervalle si ces deux bornes ne peuvent à leur tour être fixées avec un degré de précision excédant largement celui que nous pouvons espérer atteindre pour la mesure initiale ; entendons : fixées dans leurs propres intervalles d'imprécision qui devraient en conséquence être de plusieurs ordres de grandeur plus petits que l'intervalle qu'elles déterminent pour l'évaluation de la mesure primitive. En d'autres termes, les limites de l'intervalle ne sont pas des limites précises ; ce sont en réalité de très petits intervalles dont les limites sont à leur tour des intervalles plus petits encore et ainsi de suite.»
Supposons maintenant que l'on objecte que l'inconscient ne participe pas à tous ces calculs et qu'il ne s'occupe, très intelligemment, que de ce qui est essentiel à la réussite de son projet. Une question alors se pose : comment est-il mobilisé, et sur la base de quels critères réalise-t-il les discriminations qu'il doit faire ? Là encore il faudra que le chercheur qui défend une telle théorie de l'inconscient puisse expliquer et la richesse et la précision de toutes les conditions initiales requises qui président au processus de mobilisation de l'inconscient puis à ses propres procédures de discrimination.
Une objection apparemment plus sérieuse pourrait être celle-ci : peu importe que la date de l'accouchement ne corresponde pas précisément à celle prévue, car il peut toujours se produire des événements inopinés et qui ne dépendent pas uniquement de la mère, donc qui n'ont pas de sens pour elle, ce qui implique aussi pour son inconscient. Ce qui compte donc, c'est la date de conception, sachant que la majorité des grossesses durent neuf mois. On observera que même en pareil cas, les difficultés que nous avons décrites plus avant demeurent, et que le problème (impossible) de la prédiction reste entier, parce que l'inconscient doit prévoir et calculer tous les événements se produisant entre la date du premier accouchement traumatique et la date de la deuxième conception.
Enfin, si l'inconscient est bien capable de prédire la date de naissance, il doit savoir à l'avance si la mère et l'enfant auront des problèmes pendant la grossesse. Donc l'inconscient sait à l'avance tout ce qui peut arriver au fœtus... Il sait s'il va y avoir une grossesse prématurée, ou un problème quelconque qui risque de contrecarrer son projet de calcul.
Mais si notre inconscient sait tout cela, et s'il sait calculer tellement d'événements, et donc si la théorie de Madame Bydlowski est une vraie loi causale dotée d'un réel pouvoir prédictif, alors cette théorie est assurément la plus merveilleuse que le genre humain possède, et la plus inquiétante aussi. Tout cela relève même de la science-fiction, c'est le cas de le dire !
Nous arrivons maintenant à certaines conclusions.
- Si nous avons en nous cet « Autre » (le refoulé inconscient) qui nous déterminerait selon ses propres lois lesquelles excluraient tout hasard et tout non-sens, de telle sorte que ces lois soient aussi de vraies lois causales, scientifiques même, comme l'aurait voulu Sigmund Freud, alors il est tout à fait légitime de demander à Freud et aux psychanalystes des preuves de la valeur explicative et descriptive de ces lois, en leur demandant de réaliser des prédictions (comme par exemple prédire la date de naissance d'un être humain), mais avec un degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles calculer les conditions initiales de la prédiction qui respecte, à la lettre, cette faramineuse prétention à exclure le hasard et le non-sens...
- Si cet « Autre » détermine donc tous nos actes conscients (sachant que « le Moi n'est pas le maître en sa propre maison »), et y compris « tous ces petits faits de hasard » (S. Freud dans sa troisième leçon de psychanalyse), alors, il faut qu'il calcule aussi nos interrelations futures avec l'environnement. Car si c'est bien lui qui motive toutes nos représentations conscientes (à partir de représentations inconscientes) lesquelles sont utilisées par le moi pour faire ses propres essais sur l'environnement (sachant que rien de ce qui prend du sens pour l'individu en provenance de l'environnement ne peut échapper à l'inconscient), le moindre changement dans le décours des événements prévus par l'inconscient sur l'environnement peut constituer une réfutation de ses capacités de calcul et par voie de conséquence de la théorie.
(...)
Qu'est-ce donc que « le mouvement naturel de l'inconscient » ?...
Tout cela, pour moi, c'est du charabia. Cela va au-delà de la simple attitude pseudo-scientifique. Mais nous avons ici, et de façon tout à fait contemporaine une illustration parfaite de l'importance toujours vivace et « opérationnelle » du délire princeps et fondateur de toute la psychanalyse : le déterminisme psychique prima faciae et absolu.
Pour ceux qui estimeront que je n'ai pas encore listé tous les arguments qui
pourraient dévaster la théorie de Madame Bydlowski, je leur laisse le
plaisir de le faire et le loisir de me les communiquer s'ils le souhaitent. Ils
pourront figurer en bonne place sur ce billet.
Laissons maintenant le dernier mot à
Karl Popper. Voici une citation (assez longue) tirée de l'un de ses meilleurs
livres (« L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », Hermann,
Paris, 1984, pages 20 à 21) :
« L'idée de prédire l'action d'un homme avec le degré voulu de précision, quel qu'il soit, par des méthodes psychologiques est à ce point étrangère à la pensée psychologique qu'on ne peut que difficilement saisir ce qu'elle impliquerait. Elle impliquerait, par exemple, la capacité de prédire, au degré voulu de précision, la vitesse à laquelle un homme monterait à l'étage supérieur en sachant qu'il doit y trouver une lettre l'informant de sa promotion - ou de son licenciement. Il faudrait pour cela combiner des conditions initiales physiques en tout genre (la hauteur des escaliers, le frottement des souliers contre les marches), les conditions initiales physiologiques (l'état de santé de la personne, de son cœur, de ses poumons, etc.), ainsi que, par exemple, des conditions initiales d'ordre économique (l'épargne sur laquelle il peut compter, ses chances de trouver un autre emploi, le nombre de personnes à charge, etc.). Personne ne peut dire comment on devrait procéder pour évaluer de telles réalités, ni comment les évaluer, à supposer qu'elles soient connues. On ignore, plus particulièrement, comment utiliser les conditions psychologiques de manière à pouvoir les traiter comme des forces physiques avec lesquelles on pourrait les comparer et les combiner.
Un psychanalyste, au cours de longues années d'étude (bon nombre d'analyses durent en effet plus de dix ans), pourra déterrer des « causes » en tout genre - des motifs et ainsi de suite - enfouies dans l'inconscient de son patient. Ira-t-on pour autant jusqu'à croire que l'analyste, avec toute la science qu'il a des motifs de son patient, serait en mesure de prédire avec précision le temps que celui-ci mettra pour monter les escaliers ? Le psychanalyste affirmera peut-être pouvoir effectuer même cette prédiction, à condition de disposer de suffisamment de données. Mais il sera incapable d'énoncer les données qui seraient suffisantes à cet égard, et d'en rendre compte. Car d'une théorie qui permettrait à l'analyste de calculer le degré de précision requis des données, il n'existe pas même le soupçon.
La connaissance que nous possédons de la psychologie d'un homme (ou d'un chat) peut nous permettre de prédire qu'il ne commettra ni un meurtre, ni un vol (ou que le chat ne mordra ni ne griffera). Mais pour asseoir le déterminisme « scientifique », il faut beaucoup plus [il faudrait pouvoir satisfaire au principe de responsabilité renforcé, mais c'est logiquement impossible, comme le démontre Popper dans son livre].
Une fois les implications du déterminisme « scientifique » - et plus particulièrement celles du principe de « responsabilité » - pleinement saisies, l'on s'aperçoit que la connaissance psychologique, comme celle du comportement, nous l'avons vu, requiert un complément de connaissances physiologiques. Cela signifie, bien entendu, l'effondrement de l'argument psychologique.
Il va s'en dire que dès le départ, l'argument psychologique était plus vulnérable encore que l'argument tiré de l'étude du comportement et cela non pas tant, je crois, parce qu'on ne peut mesurer l'intensité des motifs, car, comme nous avons vu, les mesures du behaviouriste ne lui sont d'aucun secours. Cette vulnérabilité est due plutôt à ce que l'emploi de concepts comme « motif », ou « caractère », se réduit, comme le prouve suffisamment un minimum de réflexion, à une tentative assez grossière d'établir des rapports ayant au moins l'apparence de lois, et même de les inventer lorsqu'ils font défaut. Je ne nie pas qu'une question comme « Quel fut le motif de son action ? » ou un « pourquoi » comme « Pourquoi l'a-t-il fait ? », peuvent être tout à fait raisonnables, tout comme peut l'être une réponse comme « Il le fit parce qu'il était jaloux (ou ambitieux pour se venger) ». Mais toute réponse de ce genre, même très subtile, ne peut prétendre à un statut bien supérieur à celui d'un grossier effort de classification ; au mieux, elle se réduit à une tentative pour construire un schéma contextuel hypothétique, qui rend l'action compréhensible à la raison. Ce sont des tentatives de compréhension post hoc. Il en est ainsi même pour les rares cas où elles dépendent de schémas que l'on peut tester en les conformant avec des prédictions. »
Publié par vdrpatrice à 14:56:38 dans Le coin des perles... | Commentaires (0) | Permaliens
Comme il l'argumente inlassablement dans beaucoup de ses ouvrages, il ne peut jamais y avoir d'observation « pure des faits », car pour saisir le monde, pour observer, et pour le décrire [2], nous avons toujours besoin d'utiliser, selon lui, même inconsciemment, des termes et des énoncés universels au sens strict. Sinon, nous resterions aveugles ou indécis devant les faits. Popper pensait donc que des « attentes théoriques », y compris inconscientes [3], sont indispensables et qu'aucune connaissance ne peut débuter sans elles.
Il soutient que toute observation est nécessairement sélective, donc filtrée par un terme ou une théorie universelle mis à l'essai, parce que, propose-t-il, notre esprit ne fonctionne jamais de manière passive, et ne se remplit pas comme un seau vide. Il a besoin de faire des conjectures qu'il met sans arrêt à l'épreuve [4].
Popper explique que sur l'ordre simple : « observez ! », donné à un groupe de personnes, chacun relève les faits qui correspondent à ses attentes perceptives, à son vécu, et d'autres paramètres personnels mais sans jamais savoir, exactement quoi observer de précis. Sur la base de cet argument de Popper, il s'en suit que dans un laboratoire de recherche sur le cancer (par exemple), un savant saurait ce qu'il faut observer dans un microscope pour reconnaître une cellule cancéreuse, et, a fortiori, comment choisir les faits d'observation les plus pertinents par rapport à ceux connus compte tenu de résultats de recherche antérieurs, (lesquels pourraient permettre la corroboration d'une théorie afin de faire progresser la connaissance scientifique sur le cancer). Alors que le néophyte que l'on n'aurait pas, au préalable informé, selon Popper, lui, ne verrait rien. Car sans la connaissance apriori des concepts et des théories scientifiques corroborées et connues de la communauté scientifique, sur les cellules cancéreuses, il ne saurait même pas comment commencer à diriger son regard pour réaliser une observation, puis une discrimination scientifiquement correcte des faits qu'il a sous les yeux.
Popper aime donc à citer Novalis [5] : « les théories sont des filets, celui qui lance pêchera ».
Références bibliographiques :
[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ». Section 1 : « Le problème de l'induction ». Page 23.
[2] Karl Popper. « La Logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 5 : « Le problème de la base empirique ». Section 25 : « L'expérience perceptive comme base empirique : le psychologisme ». Page 94. Popper écrit notamment : « (...) Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels ; tout énoncé à le caractère d'une théorie, d'une hypothèse ».
[3] Karl Popper. La connaissance objective. Edition Aubier. Paris, 1991. Pages 71, 398, 503, 504.
[4] Karl Popper. « La connaissance objective ». Edition Aubier. Paris, 1991. Chapitre 2 : « Les deux visages du sens commun : une argumentation en faveur du réalisme du sens commun et contre la théorie de la connaissance du sens commun ». Section 12 : « La théorie erronée de la connaissance selon le sens commun ». Pages 119 à 126.
[5] Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot. Paris, 1973. Page 9.
Publié par vdrpatrice à 13:27:12 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
« Toutes les sciences théoriques ou généralisantes (...) font usage de la même méthode » [1].
Cependant, Popper « ne prétends pas qu'il n'y ait aucune différence d'aucune sorte entre les méthodes des sciences théoriques de la nature et celles de la société (...) mais que les méthodes dans les deux domaines sont fondamentalement les mêmes. » [2]
L'argument essentiel de Popper, à l'appui de sa thèse, tient à ce qu'aucune observation d'aucun phénomène et/ou d'aucun problème quel qu'il soit, et dans quelque domaine que ce soit, n'est possible, sans la possession, apriori, de termes et d'énoncés universels au sens strict [3].
Tous les organismes vivants, seraient, (« de l'amibe à Einstein », écrit-il dans « La Connaissance objective »), obligés de faire des essais de solution à leurs problèmes et de les soumettre à des tests plus ou moins complexes. De ce fait toute connaissance est le fruit de la même et unique méthode par « conjectures et réfutations », ou, plus simplement, par essai et correction progressive de l'erreur. Toutefois, reconnaît Popper, il y a une différence fondamentale entre l'amibe et Einstein, c'est que l'« amibe fuit devant la falsification (réfutation) : son attente constitue une partie d'elle-même » [4], elle court donc le risque d'être anéantie par la réfutation de l'hypothèse. Alors qu'Einstein, explique Popper, « objective son hypothèse. (...). Elle représente quelque chose d'extérieur à lui : le scientifique peut anéantir son hypothèse par sa critique sans disparaître avec elle » [5].
Karl Popper, qui considérait que l'étude de la méthode scientifique, n'était qu'un cas particulier de la philosophie de la connaissance, pensait donc que « toute vie est résolution de problème » [6], et que l'apprentissage, donc aussi l'acquisition de la connaissance objective, s'agissant de la formation de la Science, nécessitait la formulation d'hypothèses sur la solution des problèmes, hypothèses qui ne pouvaient éviter d'être soumises à des tests pour en être renseigné sur leur valeur informative. Selon ce philosophe, qui croyait en l'intelligence animale, compte tenu de l'observation des comportements de certaines espèces (comme l'enseignement-apprentissage de l'échouage volontaire chez les orques pour chasser le phoque, ou les techniques complexes de chasse du Martin-pêcheur adaptées en fonction des difficultés), quiconque veut apprendre et établir un loi générale, doit donc en passer par une mise à l'épreuve de ses « attentes théoriques » voire de certains préjugés.
Par ailleurs, dans son livre, « Conjectures et réfutations », Popper souligne que la science est aussi tradition, en ce que les hommes ne peuvent véritablement s'engager sur la voie d'un véritable travail scientifique qu'en reprenant, de manière critique et intersubjectivement contrôlée, les tests de leurs prédécesseurs, en essayant d'imaginer de nouveaux tests sur la base d'éléments inédits. Il est donc impensable que les scientifiques puissent travailler de façon totalement isolée et subjective, ils doivent, selon Popper, et dans tous les cas possibles, constamment soumettre les théories qui leur sont les plus chères au risque d'une falsification (ou réfutation) empirique réalisée par d'autres.
Par conséquent, le rationalisme critique, est la cheville ouvrière de toutes les sciences. Il s'actualise concrètement dans l'existence des laboratoires, des tests intersubjectifs qui y sont réalisés, dans la remise en question constante de ces tests grâce à la discussion critique entre les scientifiques (séminaires, conférences, publications, etc.), et par des institutions qui, favorisées par les systèmes démocratiques, permettent leur échange et leur divulgation dans le monde, créant ainsi ce que l'on nomme couramment la « communauté scientifique ».
Karl Popper ne peut imaginer que les scientifiques puissent faire évoluer leurs théories sans avoir recours à des tests dont la qualité fondamentale est d'être reproductibles de manière intersubjective, à condition bien sûr, que cette intersubjectivité soit elle-même organisée et contrôlée par des institutions (la prétendue intersubjectivité dont nous parlent dernièrement des psychanalystes comme Roland Gori, et qui aurait lieu au cours de l'analyse, situation privilégiée de recherche scientifique, selon eux, en psychanalyse, comme le pense Daniel Widlöcher, n'est donc que fort éloignée, sinon diamétralement opposée avec la conception de l'intersubjectivité qu'a toujours défendue Karl Popper). Parce que les théories de la science, si elles sont générales donc objectives, ne peuvent jamais être autre chose que des énoncés universels stricts, lesquels sont tous logiquement réfutables et invérifiables donc incertains [7]. C'est-à-dire des énoncés dont il est nécessaire d'en réévaluer sans cesse le contenu par des tests, suite aux problèmes nouveaux qui surgissent inévitablement des plus récentes réfutations, et aussi des nouvelles corroborations, qui, elles mêmes, concourent directement à l'accumulation du savoir scientifique, laquelle est, pour Popper, le résultat, et non la méthode de la science.
Références bibliographiques :
[1] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 (et suivantes).
[2] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 - 165.
[3] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : « Les théories », Pages 57 à 74.
[4] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25.
[5] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25.
[6] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1.
[7] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : les théories ». Pages 57 à 74.
Publié par vdrpatrice à 13:20:43 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
Le problème de la démarcation, ou « problème de Kant » :
Pour Popper, le problème fondamental en philosophie des sciences est celui de la démarcation : c'est la question de la distinction entre ce qui relève de la science ou de la métaphysique. Dans son livre intitulé « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance », Popper explique que le problème de la démarcation est également identifiable au « problème de Kant » auquel il prétend apporter une solution originale, tout comme pour le problème de l'induction, appelé « problème de Hume ».
Le célèbre critère de démarcation proposé par Karl Popper en 1934, provient de son invalidation de la doctrine de l'induction, qui se caractérise par une solution au problème de l'induction, laquelle consiste à démontrer, qu'il n'y a tout simplement pas d'induction, ou que l'induction n'est qu'un mythe.
Cette doctrine [l'induction] était défendue par les philosophes positivistes du Cercle de Vienne, tels Rudolf Carnap, Moritz Schlick, Ludwig Wittgenstein, Cercle au sein duquel Popper était admis comme étant « l'opposition officielle ». Le projet du Cercle de Vienne était d'éliminer entièrement la métaphysique, ou, plus exactement d'extirper de la Science tous les énoncés métaphysiques lesquels étaient considérés comme « vides de sens ». Les membres du Cercle admettaient que seuls les énoncés vérifiables par les « données des sens », (les énoncés singuliers portant sur la réalité, « énoncés atomiques ») avaient une signification utile pour la science et l'édification des lois universelles, à partir d'eux, par des procédures inductives. La vérifiabilité des lois universelles, à partir des énoncés atomiques, était le critère de démarcation positiviste qui devait permettre de trancher entre science et métaphysique, tout en éliminant complètement la métaphysique de toute entreprise scientifique.
L'erreur commise par le Cercle de Vienne consiste donc à considérer les énoncés universels au sens strict, comme métaphysiques, parce que « vides de sens » du fait de l'impossibilité logique de les vérifier empiriquement. Paradoxalement, les lois générales qui devaient être vérifiées selon une procédure inductive de vérifications d'énoncés atomiques devaient donc être exclues de la science. Parce que ces énoncés sont non vérifiables, ils étaient aussi appelés de « pseudo-énoncés » par les membres du Cercle de Vienne. On remarquera pourtant la position tout à fait similaire entre Popper et ses adversaires sur le statut logique des énoncés universels stricts : ils sont invérifiables avec certitude. Mais la différence fondamentale et qui met définitivement Popper à distance du positivisme est qu'il remarque que certes, ces énoncés ne sont pas vérifiables même par un nombre illimité d'énoncés atomiques, mais réfutables par un seul d'entre eux qui puisse entrer en contradiction. Par cette voie, Karl Popper proposera son principe d'asymétrie entre vérification et falsification.
Il est à préciser que Karl Popper adoptera une position plus nuancée vis-à-vis du statut de la métaphysique dans les sciences empiriques. En effet, il était d'accord, dans l'absolu, avec l'idée que l'une des tâches importantes de toute science empirique était de remplacer progressivement ses énoncés métaphysiques par des lois universelles corroborées par des tests, et accordait une certaine valeur à la métaphysique arguant du fait que l'histoire des sciences empiriques montrerait qu'elles sont « presque toujours sorties du giron de la métaphysique » et que « le point de vue selon lequel la métaphysique devrait être éliminée comme « non scientifique » est lui-même expressément contesté par de nombreux représentants de ces sciences » [1]. Cependant il fallait trouver une solution au problème de la démarcation lequel pouvait être formulé à partir de quelques questions :
- « Qu'entend-on exactement par ces expressions de métaphysique et de science empirique ? »
- « Peut-on ici, en général, établir des distinctions rigoureuses, des limites précises ? » [2].
La réponse que donne Popper à ce problème est que « la théorie de la connaissance doit établir un critère rigoureux et universellement applicable permettant de distinguer les propositions des sciences empiriques des assertions métaphysiques (critère de démarcation). » [3].
Pour Karl Popper, l'induction, (dont les problèmes insurmontables auraient, selon lui, été bien mis en évidence par David Hume) comme méthode scientifique, n'est qu'un mythe. Il pense qu'aucune loi scientifique n'a jamais pu être édifiée par une procédure inductive, et qu'une telle croyance repose toute entière sur une version erronée de la théorie de la connaissance s'apparentant à celle du sens commun. Il soutient, de façon répétée dans toute son œuvre, qu'il n'y a pas d'induction à proprement parler, puisque toute observation est précédée par une théorie générale et sélective, et parce que toute justification d'un principe d'induction sombre irrémédiablement dans la régression à l'infini ; parce que, explique Popper, « pour le justifier, nous devrions pratiquer des inférences inductives [il serait particulièrement contradictoire qu'un inductiviste ait recours à des procédures déductives pour justifier son principe d'induction] et pour justifier ces dernières nous devrions assumer un principe inductif d'un ordre supérieur et ainsi de suite. La tentative visant à fonder le principe d'induction sur l'expertise échoue donc puisque celle-ci doit conduire à une régression à l'infini ». [4].
Il ne sert donc à rien de collectionner des milliers ou des millions d'observations de cygnes blancs pour affirmer la vérification de la théorie universelle « tous les cygnes sont blancs ». Ce genre de théorie n'étant pas limitée dans le temps, il est toujours logiquement possible qu'elle soit réfutée par l'observation d'un cygne non blanc.
Selon « La logique de la découverte scientifique » de Popper, une loi scientifique n'est donc pas une loi vérifiée - ni même vérifiable par l'expérience - mais une loi réfutable (ou falsifiable) dont la réfutation reste toujours logiquement possible. Il affirme que toutes les lois scientifiques universelles ont obligatoirement la forme logique d'énoncés universels au sens strict non vérifiables avec certitude mais par contre réfutables (et non d'énoncés universels au sens numérique ou d'énoncés singuliers portant sur la réalité, lesquels peuvent être vérifiés).Cependant, et malgré les nombreuses incompréhensions de ses détracteurs, Popper a toujours soutenu et expliqué sont point de vue selon lequel aucune falsification ne peut être concluante, tout reposant, in fine sur les décisions méthodologiques des chercheurs. C'est la raison pour laquelle Popper estime que son critère de démarcation, doit se comprendre comme un critère méthodologique de démarcation.
Les propositions qui annoncent l'existence de faits, sans préciser de coordonnées spatio-temporelles, sont appelées, par Popper, des énoncés existentiels au sens strict (exemple : « il y a ou il existe des créatures vivant sur Mars » ; ou bien : « il y a l'inconscient refoulé »). Les énoncés à propos de tous [les événements logiquement compatibles avec une théorie universelle], mais qui ne précisent pas de conditions initiales d'observation, sont nommés énoncés universels au sens strict [5] (Exemple : « tous les requins tigres ont des dents en forme de crête de coq »).
- Les énoncés existentiels au sens strict ne peuvent être falsifiés, mais sont toujours potentiellement vérifiables. Pour cette raison, Popper les considère comme non-empiriques ou métaphysiques ce qui implique qu'ils ne possèdent aucune valeur informative, (comme les tautologies). En effet, Popper explique que nous de pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais [6].
- Les énoncés universels au sens strict, parce qu'ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle limitée, ne sont pas vérifiables, car nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi [7]. Par contre, les énoncés universels au sens strict, s'ils ne sont donc pas logiquement vérifiables, sont logiquement falsifiables par la confirmation expérimentale de falsificateurs virtuels acceptés par la communauté scientifique [par décision méthodologique] comme pouvant faire l'objet de tests intersubjectifs afin de tenter de corroborer une théorie ainsi mise à l'épreuve.
Popper en vient donc à émettre le principe d'asymétrie entre vérifiabilité et falsifiabilité, avec comme conséquence, la falsifiabilité unilatérale des énoncés de la science empirique [8].
C'est donc la démarche par « conjectures et réfutations », qui soit la seule valide selon Popper, pour l'accroissement des connaissances scientifiques.
Le critère de falsifiabilité :
Il peut être ainsi formulé : « si on entend par énoncé un simple un rapport d'observation, nous pouvons dire qu'une théorie est scientifique si elle divise sa base empirique (la classe de tous les énoncés de base possibles) en deux sous-classes, dont une est composée de falsificateurs virtuels, seuls énoncés capables d'en révéler les limites, donc le contenu empirique. Il faut obligatoirement que la sous-classe des falsificateurs virtuels soit non-vide. » [9] :
1 - La sous-classe des énoncés qui peuvent mettre en échec la théorie, appelés falsificateurs potentiels ou énoncés interdits par la théorie [10] (si ces énoncés sont confirmés à la suite d'un test élaboré grâce à une hypothèse falsifiante, la théorie est dite réfutée ou falsifiée ; si ces mêmes énoncés sont infirmés, la théorie est alors dite corroborée. Pour qu'il y est corroboration, il faut donc qu'il y est eu un test négatif qui a échoué en tentant de falsifier la théorie) ;
2 - La sous-classe des énoncés avec lesquels la théorie universelle s'accorde apriori telle qu'elle est formulée avant toute mise à l'épreuve, appelés par Popper les énoncés permis par la théorie (les nouvelles observations réalisées et qui s'accordent directement avec ce que dit déjà la théorie, n'en sont jamais, pour Popper, des corroborations, mais seulement des confirmations, sachant que pour Popper, il y a corroboration, que s'il y a eu tentative de réfutation par le biais d'un test tentant de confirmer expérimentalement un falsificateur virtuel de la théorie, tentative qui a échoué. L'observation d'autres cygnes blancs, ne fera qu'apporter de nouvelles confirmations positives de la théorie universelle tous les cygnes sont blancs, mais sans en démontrer sa valeur descriptive, explicative et prédictive, et donc son contenu empirique, sachant que Popper définit le « contenu empirique » par la sous-classe des falsificateurs virtuels [11]).
Donc une théorie est dite « scientifique », si et seulement si elle admet une sous-classe non-vide de falsificateurs virtuels, parmi la classe de tous les énoncés de base possibles. Ceci est, bien entendu, la condition sine qua non de la scientificité pour Popper, mais elle s'accompagne de bien d'autres sophistications que l'on ne peut éluder pour prétendre avoir bien cerné les exigences de scientificité selon ce philosophe, comme par exemple le caractère reproductible des tests, leur indépendance, leur intersubjectivité, sans oublier l'attitude sociologique des chercheurs vis-à-vis de leurs propres théories, des tests, des conclusions de leurs collègues, ainsi que des institutions démocratiques nécessaires à l'organisation et au contrôle de tout ces processus constituant le rationalisme critique défendu par Karl Popper. Après avoir pris en compte tous les corollaires indispensables à l'édification de la scientificité tels que le décrit Karl Popper, on comprend mieux pourquoi il a imaginé une cohérence entre ses conceptions épistémologiques et celles sur le manière de concevoir le fonctionnement des démocratie contre l'utopie totalitaire.
Les psychanalystes, pour ne citer qu'eux en tant qu'adversaires déclarés de l'épistémologie poppérienne, limitent bien trop souvent (et parfois à dessein) leur compréhension de la scientificité du philosophe à sa seule formule célèbre sur la falsifiabilité pour affirmer par exemple que la psychanalyse comporte aussi des énoncés réfutables ou que Freud ne cessait de réfuter ses théories ! Effectivement, si l'on isole la plupart des propositions ou autres énoncés sur n'importe quel thème théorique de la psychanalyse, comme la paranoïa, les rêves, et même la théorie de l'inconscient, on trouve beaucoup d'énoncés réfutables. Et Freud, dans son cabinet, ne pouvait éviter de manier des concepts universels, et de tenter des hypothèses adaptées à chaque patient sur la base de ses théories générales. De ce point de vue, on ne peut donc objecter à Adolf Grünbaum que la psychanalyse serait « saturée d'énoncés falsifiables ».
Mais dans toute l'histoire de la psychanalyse, on n'a à faire qu'à de pseudo-réfutations, donc à une pseudo-réfutabilité de la doctrine, et par suite, à une pseudo-science. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois que Freud formulait un énoncé réfutable sur un cas ou une situation clinique particulière, dès que les faits risquaient de remettre en question sa tentative, il se servait de son fameux postulat sur le déterminisme psychique absolu comme roue de secours increvable rendant possible sa version délirante du symbolisme ou de l'ambivalence pour que ses interprétations retombent à tous les coups sur leurs pieds. C'est à cause de cette constante propension à engloutir toutes les réfutations possibles, que certains ont finit par déclarer que face à l'interprétation freudienne toute tentative de critique est promise à l'échec et que l'interprétation analytique c'est « pile je gagne, face tu perds »...
Ce qui se passe surtout, c'est qu'à chaque fois et sans aucune exception dans l'histoire de la psychanalyse freudienne, la reformulation des théories est réalisée sans que jamais il y ait eu le moindre test indépendant, extra-clinique, reproductible et intersubjectif. Pour le vérifier il suffit de contrôler la table des matières de tous les ouvrages de Freud pour constater que strictement aucun d'entre eux ne renvoie à des références bibliographiques sur des tests aux qualités bien spécifiques que nous décrivons et que Sigmund Freud aurait effectués ou qu'il aurait utilisés comme base de ses recherches pour en échafauder de nouveaux.
Pas de tests intersubjectifs construits sur la base d'autres tests antérieurs élaborés par une communauté de chercheurs en psychanalyse, donc jamais de réel progrès cumulatif des théories, puisqu'en science seul des tests qui se succèdent les uns aux autres et dont on peut en critiquer rationnellement la teneur, peuvent générer ce type de progrès dans le savoir. L'absence de progrès cumulatif découle aussi directement de l'infalsifiabilité effective de toute la psychanalyse. Le passage de la première à la deuxième topique du psychisme, par exemple, ne constitue pas un progrès cumulatif, mais une remise à plat des idées freudiennes sur l'organisation spatiale de la vie psychique, rien de plus.
Tout comme Freud, l'homme de la rue, dans son contexte isolé, manipule constamment des concepts et des théories universelles réfutables, et le plus souvent sans s'en rendre compte. Cela fait-il de lui un homme de science [pourtant la vie quotidienne de tout individu est saturée par l'utilisation de concept et d'énoncés universels !] ? On comprend alors tout de suite pourquoi il ne suffit pas de se référer à la seule phrase célèbre de Karl Popper, une théorie est scientifique si elle peut être réfutée, pour prétendre avoir compris en quoi consiste une réfutation scientifique pour ce philosophe accompagnée de toutes ses autres implications lesquelles ne sont jamais remplies par la psychanalyse d'hier ou d'aujourd'hui contrairement à ce qu'a pu écrire dernièrement le psychanalyse Jean Laplanche.
En résumé, ce qui fait donc largement défaut à la psychanalyse depuis ses débuts jusqu'à nos jours c'est une certaine dimension sociale de construction et d'administration de la preuve. A tel point qu'un des plus célèbres critiques externes de la psychanalyse comme Frank Cioffi, identifia la psychanalyse comme une pseudo-science, non sur la base des critères de Popper, mais sur le fait que c'était une culture de mauvaise foi, les psychanalystes n'ayant pas cessé, tout au long de leur histoire, de nier les invalidations et les réfutations souvent éclatantes qui leur étaient démontrées.
Différence entre falsifiabilité et falsification :
Popper s'est montré très vigilant sur la distinction à respecter entre falsifiabilité et falsification. C'est sur la base d'une confusion entre les deux concepts que beaucoup de ses détracteurs (comme Imre Lakatos et Thomas Kuhn), échafauderont la critique selon laquelle son critère de démarcation serait inapplicable dans le travail réel des scientifiques, arguant du fait qu'il serait impossible de falsifier une théorie définitivement, donc de manière décisive.
Dans son livre « Le réalisme et la science », il s'indigne de cette tenace incompréhension de sa thèse, et soutient qu'il avait pourtant bien précisé qu'aucune théorie scientifique n'est falsifiable de manière décisive [12], et que cela ne posait aucun problème pour la recherche scientifique, bien au contraire [13], comme on va le voir en lisant les propos de Popper :
« La difficulté, voire souvent l'impossibilité d'obtenir en pratique une falsification concluante, est avancée comme une objection au critère de démarcation que j'ai proposé, ou même comme une démonstration de l'impossibilité qu'il y aurait à le mettre en application. Tout cela n'aurait que peu d'importance, n'était que certains en furent conduits à abandonner le rationalisme en épistémologie pour tomber dans l'irrationalisme. Si ce n'est pas de manière rationnelle et par la critique que la science progresse, comment espérer que des décisions rationnelles puissent être prises dans d'autres domaines ? Une mise en cause désinvolte d'un terme logico-technique mal compris a ainsi conduit d'aucuns à des conclusions philosophiques, voire politiques, d'une portée considérable et d'un effet désastreux. Il faut insister sur le fait que le caractère incertain de toute réfutation empirique (que j'ai moi-même relevé à maintes reprises) ne doit pas être pris trop au sérieux (comme je l'ai également fait valoir). Il y a beaucoup de falsifications importantes qui sont aussi définitives que l'autorise l'universelle faillibilité de l'homme. De plus, toute falsification peut, à son tour, être soumise à des tests. »
« L'attribut spécifique de la connaissance humaine est qu'elle peut se formuler dans le langage, sous forme de propositions. La connaissance peut ainsi devenir consciente et objectivement critiquable par des arguments et par des tests. Nous en arrivons par là à la science. Les tests sont des tentatives de réfutation. Toute connaissance demeure faillible, conjecturale. Il n'y a pas de justification, et en particulier, bien évidemment, pas de justification définitive d'une réfutation. Pourtant nous apprenons par réfutation, c'est-à-dire par élimination de l'erreur, par rétro-action. Une telle analyse ne fait pas la moindre place à une quelconque « falsification naïve ». »
La falsifiabilité ne concerne, pour Popper, que la nécessité pour une théorie, si elle veut être empirique, d'être dans un certain rapport logique avec les énoncés de base possibles [14].
La falsification, concerne les tests reproductibles qu'il a été possible d'effectuer. Pour Popper, « l'on doit considérer une théorie comme falsifiée, que si nous découvrons un effet reproductible qui la réfute » (Popper). La falsification fait donc directement référence à une hypothèse falsifiante qu'il a été possible de soumettre à des tests pour corroborer ou réfuter une théorie [15]. Il s'agit donc d'un critère méthodologique.
Références bibliographiques :
[1] Karl Popper. « Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. » Edition Hermann, Paris, 1999. Chapitre 1, page 27.
[2] Karl Popper. Op. cit. Page 28.
[3] Karl Popper. Op. cit. Page 28.
[4] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ».
[5] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 3 : « Les théories ». Section 15 : « Enoncés universels au sens strict et énoncés existentiels », pages 66 à 69.
[6] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[7] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[8] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[9] Karl Popper. Op. cit. Page 84.
[10] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.
[11] Karl Popper. Op. Cit. Pages 120 à 121.
[12] Karl Popper. « Le réalisme et la science ». Edition Hermann, Paris, 1990. Introduction, pages 3 à 6.
[13] Karl Popper. Op. Cit. Introduction, pages 3 à 6, puis pages 13 à 17.
[14] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 4 : « La falsifiabilité ». Section 22 : « Falsifiabilité et falsification ». Page 85.
[15] Karl Popper. Op. Cit. Page 85.
Publié par vdrpatrice à 11:19:34 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
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