« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Elisabeth Roudinesco
ou comment utiliser les médias
pour discréditer les opposants à la théorie freudienne
par
Romina Bianco et Esteve Freixa-i-Baqué
Département de psychologie
Université de Picardie Jules Verne
Les Cahiers de Psychologie politique [En ligne], Numéro 11, Débats,
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=622
Table des matières
1. Introduction
1.1. Qui est Elisabeth Roudinesco ?
1.2. La guerre des « psys » :
2. Elisabeth Roudinesco et l'Amendement Accoyer.
2.1. Historique de l'Amendement Accoyer
2.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos de l'Amendement Accoyer
2.3. Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco
2.3.1. Le patient, le thérapeute et l'Etat (2004)
2.3.2. Les retombées de son livre dans la presse française
3. Elisabeth Roudinesco et le rapport de l'Inserm.
3.1. Inserm, expertise collective. Psychothérapies : trois approches évaluées (2004)
3.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du rapport de l'Inserm
4. Elisabeth Roudinesco et l'affaire Bénesteau.
4.1. Le livre de Jacques Bénesteau : Mensonges freudiens
4.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du livre de Jacques Bénesteau
5. Elisabeth Roudinesco et Le Livre noir de la psychanalyse.
5.1. Le livre noir de la psychanalyse
5.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du Livre noir de la psychanalyse
5.3. La réplique littéraire d'Elisabeth Roudinesco
5.3.1. Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse
5.3.2. Les retombées de son livre dans la presse française
6. Conclusion.
1. Introduction
1.1 : Qui est Elisabeth Roudinesco ?
Née en 1944, fille de la psychanalyste Jenny Aubry, Elisabeth Roudinesco se présente comme « historienne, psychanalyste, directeur de recherche au département d'histoire de l'Université de Paris-VII et chargée de conférences à la section des Sciences historiques et philologiques de l'Ecole pratique des hautes études » (Le Magazine littéraire, janvier 2006). Elle a été membre de l'Ecole freudienne de Paris (1969-1981) et du comité de la rédaction de la revue Actions poétiques (1969-1979).
Elle est également (la liste n'étant pas forcément exhaustive) :
* chargée de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (1992-1996) ;
* Vice-présidente de la Société internationale d'histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP), depuis 1990 ;
* membre du conseil de rédaction de la revue L'Homme et de la Société française d'histoire de la médecine, depuis 1997 ;
* membre de la Société « L'évolution psychiatrique », depuis 1999 ;
* collaboratrice au journal Libération (1986-1996), puis au journal Le Monde, depuis 1996.
Elle est considérée comme « la figure maîtresse de l'histoire actuelle du mouvement psychanalytique » (Le Magazine Littéraire, janvier 2006) et a notamment publié : Histoire de la psychanalyse en France (Fayard, 1994) ; Dictionnaire de la psychanalyse (Fayard, 1997) ; Pourquoi la psychanalyse ? (Fayard, 2000) ; Le patient, le thérapeute et l'Etat (Fayard, 2004) ou encore : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse (Navarin, 2005), etc.
1.2 : La guerre des « psys » :
La récente publication du fameux Livre Noir de la Psychanalyse (2005), paru sous la direction de Catherine Meyer, a ravivé la guerre entre les comportementalistes et les psychanalystes qui constituent deux des grands courants théoriques de la psychologie. En effet, ce livre, co-écrit par 40 spécialistes (dont les principaux auteurs sont M. Borch-Jacobsen, J. Cottraux, J. Van Rillaer et D. Pleux) passe en revue tous les abus, dérives et mystifications de la théorie psychanalytique et prône l'utilisation des thérapies cognitivo-comportementales. Très vite, les psychanalystes ont usé de leur pouvoir sur les médias pour donner leur point de vue plutôt défavorable et désapprouver le contenu de cet ouvrage.
Ce qui a été appelé « la guerre des psys » a commencé lors de la publication, en février 2004, d'un rapport de l'INSERM (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale) qui visait à évaluer l'efficacité des psychothérapies (dont faisaient partie les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la psychanalyse), rapport qui concluait à la supériorité des TCC. Face à cette vérité, qui n'en était pas une aux yeux des psychanalystes pour diverses raisons, ceux-ci ont obtenu du ministre de la Santé de l'époque, Philippe Douste-Blazy, qu'il désavoue ce rapport en le retirant du site Internet officiel de son ministère. A la même époque se tenait au Parlement un débat houleux sur l'usage du titre de psychothérapeute, titre jusqu'alors non réglementé pouvant donc être utilisé aussi bien par des psychanalystes et des psychologues diplômés que par des soi-disant psychothérapeutes autoproclamés, afin de protéger les patients des sectes et des charlatans. Cette discussion a abouti au vote, en août 2004, de l'amendement Accoyer imposant aux prétendants au titre une formation de niveau BAC+5 en psychologie clinique, qui exclut donc les praticiens sans formation universitaire, mais à laquelle les psychanalystes ont réussi à échapper.
Ces trois faits nous éclairent sur l'influence que peuvent avoir les psychanalystes à la fois sur les médias mais aussi sur les pouvoirs publics pour se faire entendre et garder le quasi-monopole sur la santé psychique. Ce constat nous a amené à essayer d'illustrer le pouvoir de ces derniers à travers l'exemple d'une des psychanalystes la plus médiatisée : Elisabeth Roudinesco. Pour cela, nous passerons en revue la plupart de ses interventions médiatiques et littéraires dans les principaux débats opposant psychanalystes et comportementalistes, à savoir : ceux qui concernent l'Amendement Accoyer, le rapport de l'INSERM, l'affaire Bénesteau et, enfin, Le Livre Noir de la Psychanalyse, ainsi que les réponses qui lui sont adressées suite à ses prises de positions. Nous tenterons, en conclusion, de comprendre comment s'opère ce pouvoir.
Publié par vdrpatrice à 13:26:21 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
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