Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





Rechercher

Août

DiLuMaMeJeVeSa
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031     

Compteur

Depuis le 15-09-2006 :
51914 visiteurs
Depuis le début du mois :
165 visiteurs
Billets :
77 billets

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03

<< Elisabeth Roudinesco....(Suite). | Elisabeth Roudinesco....(Suite). | Elisabeth Roudinesco, les médias, et les opposants à la psychanalyse en France. (début). >>

Elisabeth Roudinesco....(Suite). | 20 août 2009

2. Elisabeth Roudinesco et l'Amendement Accoyer.

2.1 : Historique de l'Amendement Accoyer [1]

Face à l'absence de réglementation concernant la profession de psychothérapeute, qui se destine à soulager la souffrance psychique, le député UMP Accoyer, oto-rhino-laryngologue, dépose le 13 octobre 1999 une proposition de loi devant faire partie du code de la santé publique et réservant l'usage du titre de psychothérapeute aux personnes titulaires d'un diplôme universitaire (psychiatres et psychologues). L'exposé des motifs est présenté de la manière suivante :

« Mesdames, Messieurs,

Deux professions de la santé mentale sont formées par les universités : les psychologues et les médecins psychiatres. Les conditions d'accès et d'utilisation de ces titres sont étroitement encadrées par la loi. Pourtant, il existe un grave vide juridique concernant l'exercice de la psychothérapie. La profession de psychothérapeute n'est en effet, à ce jour, toujours pas définie par le code de la santé publique. Ainsi, de trop nombreuses personnes insuffisamment qualifiées, voire non qualifiées, se déclarent et s'instituent psychothérapeute en toute impunité, faisant courir les plus grands dangers à des personnes qui, par définition, sont vulnérables et risquent de voir leur détresse et leur pathologie aggravées.

 A l'heure où nos concitoyens exigent, à juste titre, une sécurité sanitaire accrue, il importe dans ce domaine que le législateur prenne ses responsabilités. C'est pourquoi, il vous est proposé de combler cette lacune en réservant strictement l'appellation « psychothérapeute » d'une part, aux titulaires du diplôme de docteur en médecine qualifié en psychiatrie et d'autre part, aux titulaires d'un diplôme de troisième cycle en psychologie. »

La proposition de loi est rédigée ainsi :

 « Art.1.  360-1 - L'usage du titre de psychothérapeute est strictement réservé d'une part, aux titulaires du diplôme de docteur en médecine qualifié en psychiatrie et d'autre part, aux titulaires d'un diplôme de troisième cycle en psychologie. »

N° 1844.- Proposition de loi de M. Bernard Accoyer relative à l'usage du titre de psychothérapeute.

Cependant, la proposition du député Accoyer et de ses collègues n'aboutit pas.

Plusieurs députés font alors d'autres propositions de loi relatives à l'exercice de la profession de psychothérapeute et à la prescription et la conduite des psychothérapies mais, c'est en 2001, avec l'arrivée de Bernard Kouchner à la tête du ministère de la santé, que le député Accoyer essaie de convaincre le ministre d'insérer son amendement dans la loi sur les droits des malades. Ce dernier recule au dernier moment pour divers motifs, la mobilisation des associations de psychanalyse, notamment. Depuis, cette question n'a pas cessé de faire l'objet de débats parlementaires dont nous allons faire l'économie au lecteur.

Enfin, le 24 septembre 2003, la commission des affaires sociales de l'assemblée nationale adopte l'Amendement dit « Accoyer ». Cet amendement est proposé le 8 octobre 2003 à l'Assemblée nationale et obtient un vote favorable à l'unanimité. Il est rédigé comme suit :

« 1- Dans le livre 2 de la troisième partie du code de la santé publique, il est crée un titre 3 intitulé « Dispositions particulières » intégrant un chapitre unique intitulé « psychothérapie »

2- Dans le titre 3 du livre 2 de la troisième partie du code de la santé publique, est inséré l'article L. 3231 ainsi rédigé :

 « Art L 3231 : Les psychothérapies constituent des outils thérapeutiques utilisés dans le traitement des troubles mentaux. Les différentes catégories de psychothérapies sont fixées par décret du ministre chargé de la santé. Leur mise en œuvre ne peut relever que de médecins et psychologues ayant les qualifications professionnelles requises fixées par ce même décret. L'agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé apporte son concours à l'élaboration de ces conditions.

 Les professionnels actuellement en activité et non titulaires de ces applications, qui mettent en œuvre des psychothérapies depuis plus de cinq ans à la date de promulgation de la présente loi, pourront suivre cette activité thérapeutique sous réserve de satisfaire dans les trois années suivant la promulgation de la présente loi à une évaluation de leurs connaissances et pratiques par jury. La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de ce jury sont fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de la santé et du ministre chargé de l'enseignement supérieur. »

 Le député Accoyer justifie son amendement de la manière suivante :

« Les Français sont les premiers consommateurs au monde de psychotropes, et de plus en plus de jeunes sont affectés par des psychopathologies souvent graves.

La prise en charge de la souffrance psychique fait souvent appel aux psychothérapies. Or le vide juridique en ce domaine est total. Des personnes, insuffisamment qualifiées ou non qualifiées, se proclament elles-mêmes « psychothérapeutes ». Elles peuvent faire courir de graves dangers à des patients qui, par définition, sont vulnérables et risquent de voir leur détresse ou leur pathologie aggravées. Elles connaissent parfois des dérives graves. Depuis février 2000, la mission interministérielle de lutte contre les sectes signale que certaines techniques psychothérapeutiques sont un outil au service de l'infiltration sectaire et elle recommande régulièrement aux autorités sanitaires de cadrer ces pratiques. Cette situation constitue un danger réel pour la santé mentale des patients et relève de la santé publique. Il est donc indispensable que les patients puissent être clairement informés sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il convient donc de considérer les psychothérapies comme un véritable traitement. A ce titre, leur prescription et leurs conduites doivent être réservées à des professionnels détenteurs de diplômes universitaires, attestant d'une formation institutionnelle, garantie d'une compétence théorique, pouvant être doublée d'une expérience pratique. »

 C'est là le véritable point de départ de la mise en mouvement des organisations des professionnels, des associations, instituts et syndicats car, d'après cet article de loi et la justification du député Accoyer, un psychothérapeute doit avoir un diplôme universitaire attestant d'une formation institutionnelle de haut niveau. Or, tous les psychanalystes ne sont pas médecins ni même psychologues. Ceux-là en sont donc exclus, l'analyse didactique ne rentrant pas dans le cadre d'une « formation institutionnelle ». Les réactions ne se sont pas fait attendre et, arrivé devant le Sénat le 19 janvier 2004, l'amendement Accoyer est devenu l'amendement 363 de About-Mattéi :

 « L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national de psychothérapeutes. L'inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l'état dans le département de leur résidence professionnelle.

Sont dispensés de l'inscription les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine, les psychologues titulaires d'un diplôme d'état et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

 Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret. »

 Le 11 avril 2004 l'amendement Accoyer devient amendement Dubernard. Il est rédigé ainsi :

 « La conduite des psychothérapies nécessite soit une formation théorique et pratique en psychopathologie clinique soit une formation reconnue par les associations de psychanalystes.

 L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

 L'inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l'état dans le département de la résidence professionnelle des personnes souhaitant user du titre de psychothérapeute. Cette liste mentionne notamment les formations suivies par le professionnel. Elle est tenue à jour, mise à disposition du public et publiée régulièrement. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s'impose aux personnes qui, après deux ans d'interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute. 

Sont dispensés de l'inscription sur la liste visée à l'alinéa précédent les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans des conditions définies par l'article 44 de la loi portant diverses dispositions d'ordre social n°85-772 du 25 juillet 1985 et des psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

 Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. »

 Après le retour au Sénat de l'amendement puis son examen en séances publiques à l'Assemblée Nationale et au Sénat, il devient l'article 52 de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 paru dans le Journal Officiel du 11 août 2004, page 14277, texte n°4.

 Cet historique montre à quel point le texte du député Accoyer a subi de nombreuses modifications devant la vigueur des réactions des psychanalystes qui ont un poids certain dans la vie intellectuelle française. Nous allons maintenant examiner le débat médiatique à ce propos, dans lequel Elisabeth Roudinesco est intervenue au travers de multiples formes, dont un livre, qui permettent de comprendre ses positions et ses opinions.

2.2. Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos de l'Amendement Accoyer

Paul Benkimoun, dans un article du journal Le Monde du 12 novembre 2003 qui s'interroge sur la réglementation de la pratique des psychothérapies, met l'emphase sur l'inquiétude des psychanalystes à propos de « l'évaluation » que devraient subir les non-médecins et les non-psychologues qui exercent la psychothérapie depuis plus de cinq ans à la promulgation de la loi et qui voudraient bénéficier du titre de psychothérapeute. En effet, étant donné que tous les psychanalystes ne sont pas diplômés en médecine ni même en psychologie, ceux-là devraient passer devant un jury qui risquerait de leur interdire la pratique des psychothérapies. Mais qui jugera et sur quels critères que quelqu'un est apte à exercer en tant que psychothérapeute ? C'est là la grande frayeur des psychanalystes dont certains rejettent complètement le projet et d'autres l'acceptent sous certaines conditions. C'est alors qu'Elisabeth Roudinesco propose de négocier une représentation de toutes les écoles de psychanalyse dans le jury proposé par Bernard Accoyer.

Toujours en réaction aux expertises des non-médecins et non-psychologues proposée par l'amendement Accoyer, dans son intervention au « Forum des psys » organisés par Jacques-Alain Miller le 15 novembre 2003, Elisabeth Roudinesco dénonce et appelle à la mobilisation contre ce qu'elle qualifie « d'invasion barbare », c'est-à-dire, le scientisme. Selon elle, « »on ne combat pas les dérives des médecines parallèles - ni mêmes des psychothérapies - par des expertises mais par la lutte intellectuelle d'une part et par de bonnes lois de l'autre ». L'historienne de la psychanalyse pense également que « le pouvoir de l'expertise [...] se retournera contre ceux qui s'en croyaient protégés » et, de ce fait, craint des divisions encore plus fortes au sein même de la psychanalyse.

La réponse que fait Patrice Van Den Reysen (professeur agrégé d'éducation physique et sportive) à cette intervention est que, sur le plan intellectuel, le monde occidental a connu bien des « invasions barbares » et notamment celle de la psychanalyse qui n'a pas fini de faire des ravages. En effet, selon lui, « la psychanalyse a réussi à faire imposer le totem de la théorie de l'inconscient avec ses tabous : les critiques dirigés contre lui ». Patrice Van Den Reysen souligne la contradiction d'Elisabeth Roudinesco qui ne cesse d'affirmer que la psychanalyse est une science et qui refuse des expertises scientifiques sur son efficacité. Le professeur d'éducation physique appelle ça de l'obscurantisme qui consiste à « vouloir combattre et éradiquer la raison, et le rationalisme critique en particulier ».

Dans son article Les faux-semblants de l'amendement Accoyer paru dans Le Monde du 24 novembre 2003, Elisabeth Roudinesco maintient sa position vis-à-vis de l'amendement qui, selon elle, ne permet en aucun cas de préserver la population des charlatans et déclare qu'il n'y a pas eu assez de discussion à propos de la loi proposée par le député UMP Accoyer avec les principaux intéressés, c'est-à-dire, avec les professionnels de la santé mentale.

Cet article a suscité plusieurs échanges entre l'historienne de la psychanalyse et le Docteur Vasseur (Psychiatre, Psychanalyste) entre le 25 novembre 2003 et le 5 décembre 2003. Dans sa première réponse du 25 novembre 2003, le Docteur Vasseur déplore la non-compréhension d'Elisabeth Roudinesco à propos de « l'esprit » du texte du député en reprécisant l'un des objectifs premiers de l'amendement qui est : « appeler, comme exigence première à la pratique des psychothérapies, l'acquisition par la théorie et par la clinique des connaissances en psychopathologie ». A cela, Elisabeth Roudinesco répond qu'elle ne comprend pas comment le Docteur Vasseur, lui-même psychanalyste, peut être favorable aux expertises et ainsi s'opposer violemment à des personnalités de la psychanalyse telles que Jacques-Alain Miller, membre fondateur de l'Ecole de la cause freudienne, Jacques Sédat, membre du conseil d'administration de l'association Espace Analytique et Alain Fine, président de la Société psychanalytique à laquelle le Docteur Vasseur appartient. Le docteur Vasseur répond qu'il réussit tout à fait à concilier ses deux pratiques (psychiatre et psychanalyste) sans se tromper de rôle lorsqu'une demande de soin lui est faite, qu'elle soit médicale ou psychanalytique. Il explique également que, pour lui, la psychiatrie ne serait pas ce qu'elle est devenue aujourd'hui sans la psychanalyse. Enfin il précise que lui et le député Accoyer ont décidé de passer par des actions de témoignages scientifiques pour alerter le public et les politiques. Dans sa dernière réponse, Elisabeth Roudinesco déplore le fait que la psychiatrie soit devenue, à ses yeux, une « discipline sinistrée » car « elle a rompu le pacte qui l'unissait à la psychanalyse [...] en se soumettant aux classifications du DSM [2]... ». Enfin, elle termine en désapprouvant le côté « pensée unique » que manifeste, selon elle, le Docteur Vasseur.

Le 12 décembre 2003, le ministre de la santé de l'époque (M. JF Mattei) reçoit les représentants des associations psychanalytiques, dont Elisabeth Roudinesco, qui demandent le retrait de l'amendement Accoyer. Cette rencontre a abouti à un verbatim, rédigé par Elisabeth Roudinesco le lendemain de la réunion à partir des notes prises sur place. Ce texte se présente sous la forme d'un dialogue dans lequel les propos tenus par chacun sont retranscrits. Il en ressort que le ministre de la santé propose le retrait de la psychanalyse du champ d'application d'un amendement en échange d'une remise d'un annuaire commun des analystes qui ferait passer la psychanalyse sous le contrôle d'un Ministère. Cette proposition est loin de convenir à Elisabeth Roudinesco et c'est ce qu'elle explique dans une interview du journal Libération. Selon elle, « un annuaire commun n'est pas une bonne idée » et si cette proposition était acceptée, alors « ce serait un aveu de faiblesse et le signe d'une sorte de faillite de la réflexion intellectuelle des psychanalystes ». Mais, un article de Libération du 20 décembre 2003 met en exergue une « querelle de psys autour d'un annuaire ». En effet, de nombreux psychanalystes ne sont pas d'accord avec les propos d'Elisabeth Roudinesco publiés dans l'article précédent. Elle y affirmait que la majorité des sociétés analytiques avait donné leur accord au ministre pour la création d'un annuaire commun (de tous les analystes) remis officiellement aux pouvoirs publics. Or, Jacques Sédat, lui-même psychanalyste, déclare dans un communiqué que cet annuaire serait à la disposition du public.

Dans un article de Libération du 13 janvier 2004, le journaliste Eric Favereau fait le bilan de la mobilisation des « psys » contre l'amendement Accoyer en reprécisant la position d'Elisabeth Roudinesco qui dénonce une société d'évaluation et d'expertises. En effet, elle déclare lors d'une interview du journal Le Point que cet amendement est inefficace et « inapplicable ». Selon elle, il donne trop de pouvoir aux psychiatres et ainsi, aux médicaments et aux experts. Elle craint « une société de plus en plus standardisée...et psychiatrisée » et pense que cette loi souligne la confusion entre trouble mental et souffrance psychique.

Enfin, dans un article du journal Le Monde de juillet 2005, alors que les décrets d'application du dispositif réglementant la profession adopté en 2004 sont en préparation et se concentrent sur la formation des futurs psychothérapeutes, Elisabeth Roudineco estime qu'« il s'agit de bannir la psychanalyse des formations de psychopathologie » et que « ce projet revient à créer un corps de fonctionnaires chargés du contrôle du psychisme des individus ».

2.3 : Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco

2.3.1 : Le patient, le thérapeute et l'Etat (2004)

Le pamphlet d'Elisabeth Roudinesco, intitulé : Le patient, le thérapeute et l'Etat (2004) fait suite à l'adoption de la réécriture par JF. Mattei et F. Giraud de l'amendement Accoyer devenu amendement 363 de About-Mattei (dont nous avons parlé précédemment) et au rapport de l'Inserm [3] dont nous parlerons dans la troisième partie de ce travail.

Elle y annonce clairement, dès le début, sa position : l'Etat n'a pas à se mêler de « qui fait quoi » dans la psychanalyse ; la psychanalyse, quelle qu'elle soit, n'a pas de compte à rendre à l'Etat. En disant cela, il est évident qu'Elisabeth Roudinesco décide, au travers de ce livre, d'ouvrir un véritable règlement de comptes avec l'Etat et les psychanalystes qui ont accepté de remettre à l'Etat un annuaire commun de tous les analystes.

Elle rappelle que Freud lui-même considérait la psychanalyse comme un système de pensée et comme un art plutôt que comme une psychothérapie. Ainsi, la psychanalyse n'a pas pour but de guérir et se justifie d'elle-même. On comprend alors pourquoi Elisabeth Roudinesco est fermement opposée aux listes des membres que les sociétés psychanalytiques doivent régulièrement présenter, tout comme les médecins et les psychologues doivent présenter leur diplôme pour bénéficier du titre de psychothérapeute. En effet, le titre de psychothérapeute étant réglementé, cela implique que les psychothérapies, quelle qu'elles soient, sont soumises à l'évaluation de leur efficacité. C'est ainsi que l'auteur consacre tout un chapitre intitulé : Mirage de l'expertise dans lequel elle condamne fermement le rapport de l'Inserm. Elle déclare que les évaluateurs de l'Inserm (ces « experts ») sont inaptes à juger les psychothérapeutes car ils ne savent pas à qui ils ont affaire. De plus, l'historienne de la psychanalyse remet en cause l'objectivité des évaluateurs du fait qu'ils sont eux-mêmes des adeptes des thérapies cognitives et comportementales (TCC) [4] qu'elle définit comme « un mélange de méthode Coué, de dressage des corps, de technique de persuasion et de conditionnement conscient ». Elle ajoute que « ces adeptes du comportementalisme expertisent des hommes et des femmes en les traitant comme on traitait autrefois des rats de laboratoire ». Elle conclut en disant que les théories du conditionnement (sur lesquelles se basent les TCC) ne sont inspirées que par la négation radicale de toutes les formes de liberté. De toute évidence, Elisabeth Roudinesco se positionne en tant que défenseur de la liberté des patients. Cependant, le patient ne doit-il pas savoir, justement, à qui il a affaire avant de choisir librement le thérapeute qu'il estime capable de l'aider ?

2.3.2 : Les retombées de son livre dans la presse française

Dans un article de Libération de mai 2004, le journaliste Eric Favereau décrit Elisabeth Roudinesco comme le repère dans « la planète compliquée de la psychanalyse ». Il la définit comme étant une femme d'influence avec un très fort tempérament et qui montre librement ses avis. Son livre est ressenti tel un « coup de colère ». L'historienne de la psychanalyse pense que la loi proposée n'est pas la bonne et qu'il s'agit d'une abdication des libertés. Egalement, elle y dénonce le fait que « les psychanalystes ont déserté les débats, leurs sociétés sont devenues des corporations ».

Quant à l'article du journal L'Humanité du 24 mai 2004, il décrit le livre de la psychanalyste comme « un combat » contre la dérive scientiste de la psychanalyse. Le journaliste y expose le point de vue de l'auteur selon lequel l'amendement Accoyer « s'identifie bien plus à une mise au pas qu'à une réflexion sereine, collective et nécessaire sur la situation contemporaine des thérapies de l'âme et le statut du sujet qu'elles dessinent ».

Dans l'interview qui suit cet article, Elisabeth Roudinesco reproche aux psychanalystes d'accepter l'intrusion de l'Etat dans leur discipline au travers des expertises. En effet, selon elle, on ne peut pas expertiser le psychisme comme on évalue un médicament : « [...] l'histoire de chacun est toujours autre chose que les recettes chimiques [...] ». Elle leur reproche également « d'avoir engagé le dialogue avec leurs ennemis alors qu'ils croyaient dialoguer avec la science ». Or, d'après l'historienne, la scientificité de la psychanalyse n'a pas de sens, la cure par la parole n'étant pas une science exacte. Seule une analyse sociologique pourrait apporter une certaine validité à cette cure. Elisabeth Roudinesco termine cette interview par un appel à « un sursaut collectif de réflexion et d'analyse » le but étant de « sauver la liberté et la puissance émancipatrice de la psychanalyse ».

Le Monde du 10 juillet 2004 publie un article dont le titre résume en une phrase le contenu du livre de la psychanalyste : Elisabeth Roudinesco pourfend les « donneurs d'annuaires ».

La parution de ce livre a également suscité de vives réactions sur Internet, notamment de la part d'un certain Loïc Talmon qui a écrit, en Août 2004, un article intitulé : Les patients, Roudinesco et l'étau (psychanalytique). Dans ce texte, Talmon (qui possède une formation académique en psychologie) présente le livre de l'historienne comme une récidive en référence à un autre livre de Roudinesco : Pourquoi la psychanalyse ? (1999). Il y dénonce « cette mauvaise foi qu'on ne lui connaît que trop » qui lui permet de défendre « ce champ de ruines que constitue désormais l'invention freudienne » et la contradiction permanente de l'auteur. Pour cela, il reprend point par point les arguments avancés par Roudinesco dans son livre et démontre qu'ils n'ont pas de sens. Cela part du rapport de l'Inserm sur l'évaluation des psychothérapies qui auraient été produites uniquement par des thérapeutes favorables aux TCC en passant par le nazisme enfoui des anti-freudiens...

Selon Talmon, dans ce livre, « notre chère psychanalyste ne dissimule plus les véritables enjeux : il s'agit d'une lutte de pouvoir [...] » et « Elisabeth Roudinesco ne recule devant aucun procédé rhétorique pour discréditer ses "ennemis" et rehausser d'autant la psychanalyse aux yeux du public ».

Jamais un article de loi n'a suscité de telles réactions dans l'un des derniers pays les plus freudiens au monde. Les uns, alertés par les associations de victimes, accueillent à bras ouverts cette mesure qui vise à encadrer une profession envahie par le « charlatanisme ». Les autres, plus nombreux, s'insurgent : l'écoute ne se réglemente pas !

Comme nous avons pu le voir, face à la pression exercée par les psychanalystes, Bernard Accoyer a rectifié le tir et promis de les épargner : par leur histoire et leur organisation en écoles, ils méritent une place à part. La psychanalyse a réussi, une fois de plus, à tirer son épingle du jeu. Cependant, les membres de ce courant sont loin d'être tous en accord avec le compromis qui a été adopté.

Au début de l'année 2006, des discussions ont été entamées avec diverses associations représentant des professionnels de la santé mentale (psychologues, psychiatres, psychanalystes...) à propos de l'avant-projet de décret d'application de l'amendement. Le ministère de la santé a décidé que tous les professionnels, y compris les psychanalystes, souhaitant bénéficier du titre de psychothérapeute devront se soumettre à une nouvelle formation sanctionnée par un diplôme de niveau Master, validé par l'Université. Le but de cette formation est de permettre aux futurs psychothérapeutes d'acquérir « une connaissance de la diversité des théories se rapportant à la psychopathologie et une connaissance des quatre principales approches de psychothérapie validées scientifiquement (analytique, systémique, cognitivo-comportementaliste, intégrative) ».

Les réactions de l'historienne de la psychanalyse, face à ce projet, ne se sont pas fait attendre : cette dernière refuse l'enseignement de la psychanalyse (qui « ne s'est jamais définie comme une science ») à l'Université. Son objectif est clair : préserver la psychanalyse de tout contrôle de l'Etat afin de maintenir le pouvoir du courant freudien sur la France.

Au moment où nous écrivons ces lignes, cet avant-projet est déjà désuet, d'autres ont été proposés et la question n'est toujours pas réglée !  Affaire à suivre...

Publié par vdrpatrice à 13:23:32 dans Résistances... | Commentaires (0) |

Ce blog n'autorise que les commentaires des utilisateurs inscrits Inscrivez vous