« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
Depuis le 15-09-2006 :
54589 visiteurs
Depuis le début du mois :
2840 visiteurs
Billets :
81 billets
<< Les causes de la schizophrénie et la part de la psychanalyse. | Elisabeth Roudinesco... (Fin) | Elisabeth Roudinesco....(Suite). >>
5. Elisabeth Roudinesco et Le Livre noir de la psychanalyse. 5.1. Le livre noir de la psychanalyse Le livre noir de la psychanalyse est un ouvrage qui a été co-écrit par près de quarante auteurs (historiens, philosophes, psychiatres...) spécialistes du freudisme et de la psychanalyse. On y découvre les thèses des érudits anglo-saxons de Freud, jusque-là pratiquement inconnues du grand public, mais également des témoignages de personnes ayant vécu la psychanalyse douloureusement. Le bilan de la psychanalyse que ce livre dresse est accablant. On y trouve les principales approches critiques de la psychanalyse : épistémologique, historiographique et thérapeutique. Il est à noter que certains articles réalisent une interaction entre les trois approches en montrant comment des preuves historiques établies à partir de documents d'archives permettent d'avoir une vue très précise sur les « méthodes de découverte et d'investigation de Freud » et d'en déduire que les conséquences thérapeutiques de ses théories sont bien différentes des prétendus succès éclatants qu'il n'a cessé de vanter tout au long de sa carrière. A la lecture de ce livre, on se rend compte qu'on est en présence de récits rigoureux solidement étayés par des démonstrations et des preuves vérifiables. Compte tenu du caractère synthétique des thèses développées dans Le livre noir et du langage simple et clair employé par ses auteurs, on peut considérer qu'il constitue une excellente invitation à se documenter plus en profondeur en découvrant les ouvrages de référence écrits des auteurs. Le livre noir de la psychanalyse avec les Mensonges freudiens de Jacques Bénesteau offrent désormais au grand public français ce qu'il n'est plus permis d'ignorer sur Freud et sa théorie. Contrairement à l'ouvrage de Jacques Bénesteau, Le livre noir de la psychanalyse n'est pas passé inaperçu dans les médias français, mais, tout comme Mensonges Freudiens, il a suscité moult réactions de la part des psychanalystes. Comme toujours, Madame Elisabeth Roudinesco n'a pas manqué d'occuper le devant de la scène, marquant ses interventions avec la méthode désormais reconnaissable par tous et qui constitue sa marque déposée. 5.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du Livre noir de la psychanalyse Avant même la parution du livre noir (eh oui, c'est possible !), Elisabeth Roudinesco publie une longue note de lecture pour information à propos du livre, datée du 29 août 2005, qu'elle rend disponible sur Internet. Dans la première partie de ce texte, l'historienne de la psychanalyse décrit le contenu de l'ouvrage comme étant une violente insulte envers tous les représentants du mouvement psychanalytique. Tout est bon pour discréditer le contenu de l'ouvrage : « Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interprétations parfois délirantes. Les références bibliographiques sont tronquées et l'index est un tissu d'erreurs ». Roudinesco reconnaît, dans ce texte, que la psychanalyse traverse une crise dont les causes sont multiples et reproche aux auteurs du Livre noir de ne pas les avoir évoquées et d'avoir « abandonné tout esprit critique pour se livrer à des dénonciations extravagantes ». Elle explique également que Freud et la psychanalyse ne doivent pas payer pour des abus commis par des « charlatans » en évoquant les familles d'enfants autistes. Elle nous dévoile ensuite la tonalité générale de l'ouvrage qu'elle compare à « celle d'un réquisitoire qui vise à réduire l'individu à la somme de ses comportements et à dénoncer toute tentative d'explorer l'inconscient ». Ce livre, poursuit-elle, « est écrit dans une langue dénonciatrice, et truffée d'une terminologie évoquant les procès en sorcelleries : mystification, imposture, possession, préméditation, assassinats, meurtres, complots, etc. » Puis, Elisabeth Roudinesco nous révèle que, dans deux des chapitres du Livre noir, les textes qui y sont rassemblés ne sont ni plus ni moins que des résumés de livres déjà publiés, et renvoie le lecteur à son Dictionnaire de la psychanalyse pour vérifier tout cela. A la fin de la première partie de ce texte, Elisabeth Roudinesco évoque la une du Nouvel Observateur du 1er septembre 2005 qui, il faut le souligner, a été le premier à ouvrir la polémique en présentant honnêtement et courageusement Le Livre noir, grâce à un dossier d'Ursula Gauthier accusée par Roudinesco d'être « favorable de longue date aux TCC ». La deuxième partie du texte de l'historienne est consacrée au statut juridique de l'ouvrage. Elle y précise que Le Livre noir est une « opération éditoriale », un « montage ou collage éditorial de différents articles » dont le but est de « nuire à une discipline et à ses représentants ». Elle dénonce également le fait que certains articles du livre n'ont rien à voir avec « l'expression de la volonté destructrice affirmée par l'éditrice et par ses trois collaborateurs ». Il faut savoir ce que l'on veut ! Dans la troisième partie de son travail, Roudinesco explique que « de nombreux passages de ce livre sont [...] diffamatoires » sans préciser lesquels, et qu'ils « pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats ». Elle termine ce paragraphe sans pouvoir s'empêcher de nous dévoiler sa peur quant à « l'impact » que pourrait avoir Le Livre noir sur l'opinion publique. La quatrième partie du texte concerne la maison d'édition : Les Arènes, spécialisée, d'après Roudinesco, « dans la dénonciation des dossiers noirs de tout ». Enfin, Roudinesco termine par un commentaire dans lequel elle dénonce le retranchement des psychanalystes « de la vie publique et de tout engagement politique», ce « retrait » qu'elle qualifie de néfaste (elle doit probablement compenser ce vide vu le nombre incalculable de ses interventions médiatiques). Elle lance clairement un appel de détresse à la « communauté psychanalytique » en la mettant en garde à propos de l'impact du Livre noir sur l'opinion publique et sur les patients en souffrance et en lui demandant de cesser de jouer à l'autruche quant aux « débats de sociétés » qui touchent leur discipline. Madame Roudinesco se sentirait-elle en position de faiblesse ? Du côté de la presse, L'Express présente le Livre noir comme « une attaque au vitriol de l'œuvre de Freud et de ses héritiers, accusés de charlatanisme et d'abus de pouvoir » dans un contexte de crise mêlant deux affaires : le rapport de l'Inserm et l'amendement Accoyer qui « ont déclenché des prises de bec mémorables entre comportementalistes et analystes ». Puis, le quotidien offre à Elisabeth Roudinesco sa propre tribune afin de mener sa « contre-attaque », seule, sans aucune partie adverse pour s'opposer à ses arguments. En effet, l'auteur de cet article, Gilbert Charles, n'a pas jugé nécessaire d'inviter un seul des auteurs du Livre noir pour le défendre ou même en justifier le contenu. C'est alors que la psychanalyste se voit accorder une interview sur mesure qui lui permet d'introduire un à un l'ensemble des arguments qu'elle avance dans le document Internet que nous avons vu précédemment. Mais, cette fois, elle est sûre de toucher un plus large publique : effet mouche garanti ! C'est à se demander si le journaliste n'a pas ajusté ses questions en fonction du discours préalablement préparé... Cependant, la plaisanterie a assez duré et les réactions ne se sont pas faites attendre. Une semaine après la publication de cet article, le professeur Jacques Van Rillaer, un des principaux auteurs du Livre noir, s'adonne à une petite « analyse des affirmations d'Elisabeth Roudinesco » qui s'y trouvent. Il passe ainsi en revue une vingtaine de ses énoncés traitant divers aspects du contenu et de la forme de l'ouvrage et « qui témoignent d'une étonnante mauvaise foi ». Encore une fois, les rectifications apportées par le professeur concernent, la plupart du temps, des propos détournés et déformés par Mme Roudinesco. Il ne manque pas d'appuyer ses affirmations à l'aide de références bibliographiques précises, chose qu'Elisabeth Roudinesco omet souvent de faire... Il souligne également les énormes lacunes de la psychanalyste concernant la psychologie scientifique ce qui est quelque peu fâcheux pour quelqu'un qui prétend critiquer les TCC. Une autre réaction, suite à l'interview de l'historienne de la psychanalyse parue dans l'Express du 5 septembre 2005, est celle de Laurent Beccaria, directeur des éditions Les Arènes qui adresse un droit de réponse à Elisabeth Roudinesco. En effet, d'après lui, la psychanalyste met gravement en cause la réputation des éditions qu'il dirige en supposant que certains articles du Livre noir auraient été inclus « à l'insu du plein gré » de leurs auteurs, ce qui est totalement faux ! Pour prouver qu'il n'a pas « violé le droit moral des propos des auteurs », il met à disposition l'ensemble des documents qui montrent que tous les auteurs du Livre noir ont écrit leurs textes en connaissant parfaitement « l'intention critique de l'ouvrage ». Enfin, c'est au tour des principaux auteurs du Livre Noir de la Psychanalyse de répondre collectivement à Roudinesco. Ce sont toujours les mêmes faits qui lui sont reprochés : ils dénoncent les contrevérités et les accusations de la psychanalyste qui n'apporte aucune preuve de ce qu'elle avance. D'ailleurs, plusieurs points rejoignent ceux évoqués dans l'analyse du Professeur Van Rillaer. En référence à l'article d'Ursula Gauthier : « Faut-il en finir avec la psychanalyse ? » paru dans le numéro du 1er septembre 2005, le Nouvel Observateur explique sa démarche qui n'a visiblement pas été appréciée par les psychanalystes. Laurent Joffrin précise dans cet article qu'il n'a jamais été question, pour le journal, de déclarer la guerre aux psychanalystes qu'il reconnaît comme étant de leurs amis. Tout simplement, le Livre Noir leur semblait soulever « des questions qui ne pouvaient rester sans réponse » et, c'est pourquoi, « pour équilibrer » leur dossier, ils avaient d'abord fait appel à « l'historienne de la psychanalyse la plus connue en France, Elisabeth Roudinesco ». C'est alors que l'on apprend que cette dernière « a d'abord refusé de débattre avec un quelconque auteur du "Livre noir" » à la grande surprise des journalistes du Nouvel Observateur. Puis, elle leur a proposé de « passer sous silence l'ouvrage » et de « remplacer les extraits prévus par un long entretien avec elle » justifiant sa démarche que le livre est « politiquement louche, à la limite de l'antisémitisme » (encore le fameux argument de l'antisémitisme !). Laurent Joffrin termine son courageux article en disant que le débat reste ouvert et qu'il « continuera à donner la parole à tous les protagonistes, sans se laisser intimider par un terrorisme intellectuel [...] qui ne sert pas les défenseurs de la cause freudienne ». La réaction d'Elisabeth Roudinesco face à cet article ne s'est pas fait attendre. Elle écrit un droit de réponse dans lequel elle tient à apporter quelques « précisions et mises au point ». Elle justifie ainsi son refus de participer au numéro du Nouvel Observateur consacré au Livre Noir en expliquant qu'il lui était impossible de participer à la « promotion d'un livre qui travaille, à l'évidence, à la démolition de la psychanalyse ». Concernant l'histoire du remplacement des extraits de l'ouvrage par un entretien avec elle, Roudinesco se défend en disant qu'elle aurait accepté une tribune à condition que la une du journal ne contribue pas également à « l'entreprise de démolition » de la discipline. Dans un troisième point, elle dit ne jamais avoir parlé d'antisémitisme à l'égard de cet ouvrage où elle n'en a décelé aucune trace. D'après elle, le journaliste a dû confondre avec les Mensonges Freudiens de Bénesteau (qu'il est bête, alors, ce journaliste !). Enfin, elle termine ce droit de réponse par une note de « fagotage », en sous-entendant qu'elle n'a aucune raison de faire partie du « petit groupe » qui aurait « mis en doute les capacités intellectuelles de la direction du Nouvel Observateur » étant donné que le journal l'a toujours très bien accueillie (il ne faudrait pas que Madame Roudinesco qui a déjà Le Monde à ses pieds, perde ses entrées au Nouvel Obs...). Le 17 septembre 2005, le journal Libération publie deux articles sur la parution du Livre Noir de la Psychanalyse. Le premier donne la parole aux psychanalystes en rassemblant des répliques trouvées ça et là sans oublier de citer Elisabeth Roudinesco qui déclare que l' « on ne discute pas avec des gens qui veulent vous tuer. On parle d'eux sans eux. Pas de débats ». Cette réplique semble prendre des airs de justification à son refus au Nouvel Observateur précédemment évoqué. Puis le journaliste fait un rapide rappel des faits concernant les violents affrontements, qui durent depuis trois ans, entre psychanalystes et cognitivo-comportementalistes, auxquels vient s'ajouter la publication du Livre Noir... qui obtient un franc succès ! Le deuxième article est une interview qui donne enfin la parole à l'un des principaux auteurs du Livre Noir : Jean Cottraux [12], psychiatre des hôpitaux et chargé de cours à l'université de Lyon 1, et qui est présenté comme « un des plus ardents défenseurs des TCC ». Il explique que, selon lui, le but était de « lancer un débat sur la validité de la psychanalyse ». Le problème central, explique Jean Cottraux, c'est l'ambiguïté de la psychanalyse elle-même : guérit-elle ou ne guérit-elle pas ? Ce « double jeu » et « cette violence intellectuelle » deviennent insupportables aux yeux du psychiatre. Il termine cette interview en réfutant l'historienne de la psychanalyse qui déclarait qu'il n'y avait que 500 praticiens « técécistes » : Cottraux en compte un peu plus du double et affirme que les TCC « vont bien » et qu'elles ont du succès non seulement auprès des professionnels mais aussi auprès des patients. Le document suivant provient de la plume d'Elisabeth Roudinesco qui règle ses comptes avec le professeur Jacques Van Rillaer qui lui aurait attribué des propos et des jugements, dans le Livre noir, qui ne sont pas les siens (ne serait-ce pas plutôt sa méthode à elle ?). Cette fois, l'historienne de la psychanalyse n'oublie pas de préciser les pages où se sont glissées les fausses déclarations. En fait, la psychanalyste ne recense que deux exemples et conclut que Jacques Van Rillaer « utilise des citations pour leur faire dire ce qu'elles ne disent pas ». Dans son numéro 269 d'octobre 2005, le magazine Science et pseudo-sciences publie un article qui résume les mésaventures du Nouvel Observateur avec l'historienne de la psychanalyse à propos du Livre Noir. Pour cela, il cite l'article de Laurent Joffrin déjà évoqué et termine par une conclusion plutôt incisive que voici : « Elisabeth Roudinesco aurait dû demander directement à Philippe Douste-Blazy, le ministre de la Santé qui a retiré le rapport dérangeant de l'Inserm, l'interdiction pure et simple du Nouvel Obs, et de tous les journaux (peu nombreux) qui rendent compte de façon honnête et sans passion de la sortie du Livre noir ». Le 12 octobre 2005, Elisabeth Roudinesco passe chez Jean Lebrun, seule (une fois de plus) sur France Culture dans l'émission Travaux publics. Elle y est invitée pour répondre de manière argumentée aux attaques du Livre Noir. Une seule question lui est posée à ce propos et dans laquelle Jean Lebrun lui demande de présenter certains aspects de la polémique autour de l'ouvrage de Catherine Meyer. Elle répond en disant que les courants comportementalistes ont toujours existé et les définit comme « des méthodes, au pire de dressage, au mieux de rééducation ». Elle explique ensuite qu'« il faut penser l'histoire de la psychanalyse avec ses périodes sombres, ses excès, ses questions d'héritage ». Or, c'est ni plus ni moins ce que le lecteur retrouve dans le Livre Noir, mais Elisabeth Roudinesco ne le voit pas de cet œil. Elle déclare également que les auteurs du Livre Noir disent que « tout ça n'a pas existé » ce qui est complètement faux ! Il n'a jamais été question de nier l'existence de la psychanalyse qui est, comme le dit Jean Cottraux dans Libération, « une des plus grandes idéologies du XXe siècle ». En revanche, il est évident que l'ouvrage démontre brillamment que, sur certains points, le père de la psychanalyse a effectivement menti. Elisabeth Roudinesco ne mâche pas ses mots et n'hésite pas à parler d'une « théorie du complot » qui fait que « on ne peut pas parler avec des gens qui veulent assassiner et qui veulent prendre des places alors qu'ils ont des places ». Encore une fois, on peut entrevoir un semblant de justification concernant son refus de participer au débat proposé par le Nouvel Observateur. On se demande même si Elisabeth Roudinesco n'est pas en train de remercier furtivement le journaliste de France Culture pour l'avoir invitée SEULE ! L'interview s'achève par un petit « coup de pub » pour le livre à venir d'Elisabeth Roudinesco qui s'intitule : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse, dont nous parlerons dans le point 5.3. Une autre interview a été accordée à la psychanalyste par la Radio Suisse Romande de Genève dans l'émission Les temps qui courent à l'occasion de la sortie d'un autre livre de l'historienne [13]. Au cours de l'entretien, la journaliste amène son invitée à donner son sentiment vis-à-vis du Livre Noir et vis-à-vis de l'attitude des psychanalystes qui devraient peut-être entreprendre une tâche d'autocritique de leur discipline. L'historienne répond que les psychanalystes se livrent bel et bien à la critique de la psychanalyse et de Freud, contrairement aux auteurs du Livre Noir qui, selon elle, montrent une véritable « volonté guerrière d'éradication de la discipline ». Elle ajoute, une fois de plus, que le débat est impossible avec des « extrémistes de cet ordre-là ». 5.3. La réplique littéraire d'Elisabeth Roudinesco 5.3.1 : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse Pourquoi tant de haine ? paru aux éditions Navarin deux mois après la publication du Livre Noir, et qui a pour ambition de faire « comprendre pourquoi l'œuvre freudienne continue de susciter une telle haine » sonne faux. Premièrement, il sonne faux de par sa taille. Le titre annonce tout de même l'anatomie d'un livre qui compte pas moins de 800 pages. Or la démonstration ne dure que le temps du premier chapitre d'un minuscule livre, qui en contient quatre et qui s'étendent sur 91 pages. Deuxième et dernier point (la taille du commentaire reflète la taille de l'ouvrage), ce livre sonne faux de par son contenu. En effet, à plusieurs reprises, la psychanalyste a déclaré que certains textes du Livre Noir ne sont ni plus ni moins des résumés d'ouvrages ou des reprises d'articles déjà publiés. Or, pour cette œuvre anatomique, Roudinesco a explicitement repris ses propres interventions médiatiques pour trois des quatre chapitres dont sa note de lecture diffusée sur plusieurs sites « le 28 août 2005 » (sauf qu'elle est datée du 29 août) et son entretien avec Gilbert Charles de L'Express. Pour le dernier chapitre intitulé Autres voix, elle n'a fait que donner la parole à d'autres psychanalystes en reprenant simplement, pour la plupart, leurs interventions dans la presse française. Quel intérêt de lire cet ouvrage ? Autant lire la presse ! 5.3.2 : Les retombées de son livre dans la presse française On note que la presse française n'a pas fait beaucoup écho du livre de l'historienne de la psychanalyse. Seuls le journal Libération et Le Magazine littéraire font état de cette publication. Libération ne lui consacre qu'un bref article dans lequel le journaliste décrit le contenu de l'ouvrage qui permettra aux lecteurs de « décoder » (c'est le mot !) « la longue histoire des résistances à la psychanalyse ». Quant au Magazine littéraire, qui est ouvertement favorable à la psychanalyse, le livre de Roudinesco y est qualifié de « brillant » et « incisif », répondant parfaitement aux attaques du Livre Noir contre Freud. La publication du Livre Noir est une très bonne chose étant donné que cet ouvrage s'adresse au grand public et non pas uniquement aux professionnels de la santé mentale. Ainsi, une quantité non négligeable d'informations a été mise à la disposition des Français qui peuvent désormais se faire leur propre opinion à propos de la théorie de l'inconscient. Malheureusement, en France, les « détracteurs » de Freud gênent et lorsqu'il s'agit de rétablir ou d'établir une vérité, les médias ne jouent pas le jeu (c'est le moins que l'on puisse dire). C'est alors que nous avons pu constater que les interventions d'Elisabeth Roudinesco ne se faisaient jamais en présence de personnes qui pourraient la contredire. Par conséquent, elle peut avancer toutes sortes de choses qui sont souvent inacceptables mais qui sont prises pour argent comptant par un public vulnérable et crédule. C'est là qu'est le danger puisque c'est de cette manière que des fausses vérités sont intégrées dans le sens commun. Les psychanalystes, cautionnés par les médias, bloquent les débats et parviennent ainsi à conserver une place influente dans le domaine de la santé mentale ! 6. Conclusion. Pour conclure ce travail, permettez-nous de laisser la parole à Patrice Van den Reysen qui semble avoir suivi de très près cette « guerre des psys »» et dont il fait une analyse brillante dans un article Internet intitulé La « guerre des psys », Elisabeth Roudinesco et les médias français, qui résume tout à fait le point de vue que nous avons adopté tout au long de ce travail : « [...] Cette dame [Elisabeth Roudinesco] n'a qu'à claquer des doigts, et la télévision, les journaux, les radios les plus en vue lui déroulent le tapis rouge. A bien y réfléchir, on se demande s'il est bon pour la démocratie, ou, en tout cas, pour l'idée que nous nous en faisons, qu'un tel pouvoir sur l'information et sur la vérité, soit détenu par une seule personne, qui ne fait partie, de surcroît d'aucun organisme d'Etat. [...] La question que je soulève, encore une fois, on l'aura compris, c'est : pourquoi accorder autant de pouvoir d'expression et donc de décision à une seule personne civile, telle que Madame Roudinesco ? En étendant un peu ma question à la cause de la psychanalyse, on peut se demander, pourquoi, des journaux comme l'Express, et, l'Humanité, ne laissent s'exprimer dans leurs tribunes prétendument "libres", qu'une partie des opposants dans la guerre des psys, c'est-à-dire les psychanalystes ? [...]Ces gens [les journalistes] ne sont pas des démocrates. Et il n'y a pas de tribunes, qui seraient « libres » et démocratiques sans refléter toutes les opinions en présence sur un problème. Car, comme l'explique Popper, un système dictatorial et totalitaire ne peut tolérer les opposants à la doctrine imposée à tous. Il y a eu des goulags pour les opposants au marxisme vulgaire, il y a eu des millions de morts. Et l'erreur fondamentale de Karl Marx, est d'avoir cru que l'instauration d'une dictature du prolétariat entraînerait la fin de tout conflit social politique, car cette façon de voir les choses implique aussi la fin de la démocratie qui suppose nécessairement l'existence des conflits politiques et rejette un système à parti unique. On nous rétorquera que les partisans des TCC veulent imposer, eux aussi, leur pensé unique en évinçant la psychanalyse de la place prépondérante qu'elle occupe dans la Société française. Cette vision des choses me semble erronée, car les critiques, parfaitement fondées de la psychanalyse et qui auraient dû signer son arrêt de mort, existent depuis bien plus longtemps que les TCC n'aient atteint le niveau de développement et de médiatisation qu'on leur connaît aujourd'hui. [...] La situation de Madame Roudinesco dans ce conflit, les possibilités d'expression et de décision dont elle dispose, sont, à mon sens, irrecevables dans une démocratie. Il suffit de constater qu'aucun autre corps de métier dans l'Hexagone, n'a de représentant qui puisse profiter d'une aussi large présence dans les médias pour, justement, se rendre compte qu'il y a quelque chose d'anormal ; c'est-à-dire que les psychanalystes jouissent d'une situation nettement privilégiée et disproportionnée par rapport aux autres corps de métier, ou même aux autres professionnels de la santé mentale ! Cette situation si particulière étant, bien entendu, la preuve que le freudisme et la psychanalyse ont acquis le statut de pensée unique au détriment des autres. Et Madame Roudinesco entend tout faire pour maintenir cet intolérable statu quo. Je pense que la prise de conscience de cette situation aurait pu être faite, depuis longtemps, par la plupart des médias, qui ont, à tout crin, accueilli Madame Roudinesco et les psychanalystes, pour parler de tout et n'importe quoi au sujet des problèmes de notre société. C'est-à-dire pour leur permettre de conditionner et de dresser la société à leur mode de pensée (le symbolisme, l'analogie, l'évidence, l'induction...), leurs concepts creux et leur mirobolantes interprétations sur tous nos maux. C'est le cas de le dire, en France il y a deux langues « nationales » : le français, et le freudien ! (le lacanien, trop abscons, est devenu une langue morte après avoir été une langue de bois). Il ne s'agit pas, en dernier ressort, de faire taire les psychanalystes par un moyen autoritaire, ou les censurer, comme ils ont fait censurer le rapport de l'INSERM sur les psychothérapies. Il s'agit de faire accepter et de faire comprendre que la recherche de la Vérité exige logiquement le rationalisme critique, c'est-à-dire, d'abord le pluralisme des idées, ensuite l'organisation, la création de tribunes permettant aux différents théoriciens et praticiens en opposition de confronter leurs arguments sur la place publique, afin que les usagers soient informés sur toutes les positions en présence et non pas sur une seule ligne de pensée. [...]Soyons responsables et courageux : mettons fin à la méthode de la pensée unique et à ses corollaires. Osons le rationalisme critique, et parions sur le fait que, loin d'avoir fait taire les freudiens par un moyen autoritaire et anti-démocratique, ces derniers se trouveront contraints au silence devant la publicité, rendue accessible à tous, de leurs mensonges, de leur esprit sectaire et fanatique, et l'imposture de leur discipline. Notre seul espoir est de parier sur l'indépendance d'esprit, le jugement critique et le courage intellectuel du public, non encore informé sur les vérités que l'on étouffe ou que l'on détourne sur la psychanalyse dans ce pays. Ce n'est qu'au prix de ces coûteuses qualités, que la Vérité reprendra ses droits ». Bibliographie Bénesteau, J. (2002) Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire. Mardaga, 400 p. Clément, C. (2006) Histoire de la psychanalyse à travers le monde. Le magazine littéraire, 449, 28-59. Courtillier, M. (2005) La lutte de la Science contre les vérités révélées : le rapport de l'Inserm Psychothérapie. Trois approches évaluées, histoire d'un débat couru d'avance. Rapport de stage de Master 1 non publié. Université de Picardie Jules Verne. Marti, M-J. (2006) Les marchands d'illusions : Dérives, abus, incompétences de la nébuleuse « Psy » française. Mardaga. Meyer, C. (2005). Le Livre Noir de la Psychanalyse : vivre, penser et aller mieux sans Freud. Paris : les arènes. Nordé, G. (2005). L'amendement Accoyer. Rapport de stage de Master 1 non publié. Université de Picardie Jules Vernes. Roudinesco, E. (2004) Le patient, le thérapeute et l'Etat. Paris : Fayard. Roudinesco, E. (2005) Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre Noir de la Psychanalyse. Paris : Navarin. Van den Reysen, Patrice. (2005). La « guerre des psys », Elisabeth Roudinesco et les médias français. Disponible sur le site Internet : http://vdrp.chez-alice.fr/index.html Notes [1] La présentation de l'historique s'appuie sur le rapport de stage de Nordé, 2005. [2] Diagnostic and Statistical manual of Mental disorders. [3] Inserm, expertise collective (2004). Psychothérapies : trois approches évaluées. Les éditions de l'Inserm, Paris. [4] Visiblement Mme Roudinesco semble ignorée que Jean-Michel Thurin, psychiatre, psychanalyste, était un des huit experts qui a rédigé le fameux rapport. Ou alors, le met-elle dans le même « panier » que ces scientistes de técécistes du fait qu'il soit psychiatre ? [5] La présentation du rapport de l'Inserm s'appuie sur le rapport de stage de Courtillier, 2005 [6] Association créée en 1998, faite par et pour des personnes ayant souffert et souffrant de troubles anxieux et phobiques. [7] Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie. [8] Professeur de philosophie à la Sorbonne. [9] Professeur Emérite de l'Université de Liège, Belgique. [10] Cette lettre a été reproduite dans le Journal de Nervure. [11] Thierry Meyssan, auteur de L'effroyable imposture (Carnot, 2002). [12] Jean Cottraux est également un des auteurs du rapport de l'Inserm sur l'évaluation des thérapies (2004). [13] Philosophes dans la tourmente. Fayard (2005).
Publié par vdrpatrice à 12:28:57 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
Commentaires