« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Dans bien des disciplines, on ne peut plus s'en tenir au seul modèle d'une causalité linéaire où, lorsque sont réalisées certaines conditions, B succède nécessairement à A. En bien des domaines prévalent des modèles de causalité plus complexes, c'est-à-dire de causalité récurrente, en réseau, en feed back ou causalité rétroactive, etc. Une sorte de révolution a été marquée par le développement des théories du chaos, pour tenter de rendre compte de phénomènes par définition imprévisibles... et cependant déterminés. Il s'agit de bien autre chose que d'une prise en compte du hasard, au sens des théories et des calculs probabilistes. Dans le développement des phénomènes dits « chaotiques », on peut, théoriquement au moins, reconstituer a posteriori la chaîne des événements qui a conduit à une tornade destructrice à la Nouvelle Orléans, mais il n'était pas possible de la prévoir en voyant un papillon battre des ailes à Yokohama ([5]). On ne peut pas la prévoir, non pas par manque de moyens, mais par la nature même de la chaîne : il y a détermination pas à pas, mais les bifurcations entre possibles sont imprévisibles. [Il n'y a donc pas de prétendue « détermination » si elle est construite post hoc, s'agissant du chaos. Les phénomènes chaotiques imprévisibles ne sont donc pas des phénomènes déterminés. Ce sont plutôt les « micro-phénomènes » qui se succèdent les uns aux autres qui peuvent avoir une causalité scientifiquement corroborée, mais jamais toute une chaîne reconnue comme étant « chaotique ».]. Toute l'évolution du vivant est d'ordre chaotique : on peut assez bien comprendre après coup l'apparition du rhinocéros (en le situant dans une chaîne phylogénétique dont il est l'aboutissement), on ne pouvait certainement pas le prévoir. Ni l'apparition de l'homme bien sûr...
Peut-être le psychanalyste a-t-il ici une longueur d'avance. Il est accoutumé à envisager de telles causalités non linéaires. Il est habitué à concevoir la flèche du temps comme pointant dans les deux directions, dans la mesure où il accorde de l'importance aux effets d'après coup. En clinique comme en théorie, il pense toujours que, si crédible que soit l'événement rapporté par un patient, on se trouve en présence, non pas bien sûr de l'événement lui-même, mais du souvenir d'un tel événement. Ce souvenir, tout au long de l'histoire du sujet, a été remanié, reconstruit, il a contribué à intégrer, et parfois à provoquer, d'autres évènements, d'autres expériences, etc. [Oui, bien sûr. Et qu'est-ce qui donne cette « fameuse longueur d'avance » au psychanalyste sur toutes les autres sciences, et même les plus dures ? Et bien c'est son postulat déterministe. Un déterminisme prima faciae (d'où la « longueur d'avance »), absolu, qui exclut le hasard et le non-sens. C'est une version encore plus laplacienne que celle de Simon Laplace lui-même, c'est le plus grand délire métaphysique connu dans le monde occidental et peut-être ailleurs...].
Tout est au présent, même si ce présent se donne du passé et du futur. Il est important de s'en souvenir si l'on ne veut pas être piégé par un faux paradoxe, où l'on se scandaliserait de devoir accepter que quelque chose peut changer quelque chose qui s'est passé avant. Cela ne scandalise que si on oublie que, s'il s'agit d'une rétroactivité, elle ne modifie pas un évènement inscrit dans l'histoire du monde extérieur ; ce qui est modifié, c'est un fait psychique, donné dans le présent (comme tout ce qui fait la vie psychique) mais imputé au passé. Il doit être évident qu'il ne s'agit pas d'un effet de causalité antérograde exercé par un événement sur un autre évènement qui lui serait antérieur, idée inacceptable ; il s'agit d'une implication (ce qui est bien différent d'une causalité, Piaget y avait insisté) où un fait psychique modifie un autre fait psychique considéré comme antérieur.
Face au très difficile problème du déterminisme dans la vie psychique , c'est là, de toute évidence, une voie de recherche beaucoup plus intéressante que celle du « hasard » au sens des théories et des techniques probabilistes (les méthodologies axées sur le calcul statistique) ([6]).
Publié par vdrpatrice à 12:50:32 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
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