« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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<< Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (3° partie). | Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (2° partie). Modifiée le 3 novembre 2008. | Roger Perron, l'épistémologie et la recherche en psychanalyse. (1° partie). >>
Préférons ce terme barbare (mais admis par le Grand Robert) à l'horrible anglicisme « falsifiabilité », qui l'est encore plus. Il s'agit là d'un argument très souvent brandi par les opposants à la psychanalyse : « vos hypothèses sont formulées de telle façon qu'on ne peut pas démontrer qu'elles sont fausses ([1]), or Popper a bien dit qu'une hypothèse n'est scientifique que si elle peut être démentie par l'expérience ; donc vous n'êtes pas scientifique ». Argument répété ad nauseam. Que vaut-il ? [Et cette mauvaise foi bien mise en lumière par Frank Cioffi, cette dénaturation (et désinformation) ad nauseam des arguments de Popper (ou d'autres philosophes) par les psychanalystes et des arguments des historiens indépendants, qui est, selon Cioffi, le critère de pseudo scientificité de la psychanalyse, identifiée avec raison comme une « culture de mauvaise foi », que vaut-elle ?. Il y a donc des psychanalystes qui croient encore naïvement que l'on peut résumer la méthodologie scientifique basée sur la réfutation de Popper, à cette seule phrase devenue populaire ? Mais comment font-ils pour mettre tellement de zèle à ignorer les textes de Popper, et tous les autres arguments, sophistications et démentis incessants de cet immense philosophe dont la complexité, la rigueur, la richesse, et l'aridité des problèmes soulevés ont visiblement été fatals pour la paresse et la superficialité intellectuelle de la plupart des freudiens ? Mais tout le monde dans la rue manipule sans souvent s'en rendre compte des hypothèses réfutables ! Tous les êtres vivants, « de l'amibe à Einstein » écrira Popper dans la connaissance objective, doivent apprendre par essai et correction de l'erreur sur la base d'hypothèses réfutables mises à l'épreuve de l'expérience ! L'activité quotidienne de l'homme de la rue (ou des animaux) devient-elle scientifique pour autant ? Bref, on procède ici, ou ailleurs, avec des simplifications ou des généralisations complètement abusives et donc fallacieuses. Et avec les freudiens, cela n'arrêtera jamais.].
Il faut tout d'abord rappeler que Popper, qui a lui même sensiblement nuancé cette règle (dans son Plaidoyer pour l'indéterminisme , 1984), est loin d'avoir convaincu tout le monde (on pense ici plus particulièrement aux positions de Lakatos, Kuhn, Feyerabend, etc.). [Certes le falsificationnisme de Popper n'est pas naïf, mais très sophistiqué et « méthodologique », mais il n'est pas prétendument amoindri, ou « nuancé » dans le livre que cite Perron, où il n'est question que de la critique du « déterminisme scientifique » via l'impossibilité de satisfaire au « principe de responsabilité renforcé » et à réaliser une auto-prédiction. Le critère de Popper a toujours été, dès les débuts, présenté de façon très sophistiquée par ses soins, mais a souvent été mal lu et donc mal compris, puis présenté comme un critère non nuancé malgré les protestations répétées et indignées de Popper, que l'on peut lire dans « Le réalisme et la science » au tout début de l'ouvrage où il se plaint des façons de faire de Kuhn. Dans les pays anglo-saxons, le critère de démarcation a fait l'unanimité pendant de longues décennies et fait encore l'unanimité. Désinformation. Le livre de Popper sur le déterminisme tend bien sûr à rendre encore plus rigoureux son critère de démarcation, parce qu'en invalidant la version du déterminisme qui ne peut-être d'aucune utilité pour la science tout en continuant de défendre l'idée nécessaire que les sciences doivent corroborer des lois causales précises, (donc une forme de déterminisme post faciae et relative), et ce, contre une certaine métaphysique indéterministe qui voudrait mettre fin, justement, à tout espoir concernant ce but crucial pour toute science empirique, il montre comment les théories peuvent donc être davantage réfutées si, d'un point de vue épistémologique, on ferme définitivement la porte, à ce déterminisme aprioriste et absolu lequel rendrait inutile tout recours à l'expérience. Après ce travail de Popper, il n'est donc plus du tout possible, pour un quelconque projet scientifique, de se dérober au feu de la mise à l'épreuve des faits, puisque ç'eut été la victoire de l'apriorisme absolu ou de la version du déterminisme invalidée par Popper qui eut pu avoir raison de cette condition nécessaire au progrès de la connaissance objective dans les sciences empiriques. Après Popper, c'est donc le déterminisme prima faciae et absolu, et l'apriorisme absolu qui sont définitivement écartés. Demeurent d'autres formes de déterminismes nécessaires, et aussi, l'idée métaphysique, mais post faciae, d'une vérité certaine, comme inaccessible étoile, mais guidant toujours les scientifiques pour améliorer leur théories. C'est la seule forme de déterminisme absolu, post faciae, que peut tolérer la science, car le jeu de la science s'arrêterait dès lors que l'on penserait avoir atteint la vérité certaine et c'est justement le but des livres de Popper de démontrer que c'est rigoureusement impossible en pratique. La course vers cette inaccessible étoile qu'est la Vérité ne s'arrêtera donc jamais dans les sciences empiriques. Il plaide donc bien pour l'indéterminisme mais à condition qu'il soit dirigé contre une certaine forme bien précise de déterminisme, sinon il demeure contre une métaphysique indéterministe qui voudrait rendre vain le projet nécessaire à toute science empirique de rechercher à corroborer des lois causales de plus en plus précises et riches en contenu, donc réfutables (Cf. Karl Popper, dans La logique de la découverte scientifique, édition Payot, 1979, Métaphysique indéterministe, page 250.), car écrit Popper, la recherche de lois causales et celles de lois probabilistes n'est pas incompatible.].
Il faut ici tenir compte de la nécessaire distinction entre hypothèse générale et hypothèse « locale ». Il est certainement utile, dans le cadre d'une démarche expérimentale, de formuler une hypothèse locale (c'est-à-dire portant, dans des conditions bien précisées, sur un enchaînement phénoménal lui-même décrit en termes précis) de façon à ce que le réel puisse répondre par vrai ou faux. C'est à ce niveau des hypothèses locales que la règle de réfutabilité de Popper est utile, dans le cadre d'une démarche expérimentale au sens strict. Mais elle ne peut pas s'appliquer lorsqu'il s'agit d'hypothèses générales, surtout au niveau où elles définissent en faisceau une théorie scientifique. [Ceci est rigoureusement faux. C'est même la propagande standard anti-poppérienne en vigueur et propagée par tout ceux qui ont lu Popper avec leurs lunettes idéologiques. Popper s'est longuement expliqué sur la question de savoir si pour les scientifiques la réfutation d'une théorie inscrite dans un système théorique plus large entraînait la remise en cause de tout le savoir acquis. Tout repose, explique Popper, en dernier ressort, sur les décisions méthodologiques des chercheurs afin de considérer les liens logiques qui peuvent s'établir entre la falsification « locale » d'une hypothèse et le reste du système. De ce fait, il devient logiquement possible que tout un système théorique s'effondre, sur la seule base de la falsification réussie d'une théorie locale, logiquement déduite du système dont elle ne peut être indépendante.] Personne ne demande à la théorie newtonienne d'être formulée en des termes tels qu'elle puisse être détruite par une observation nouvelle (la cosmologie einsteinienne la dépasse en l'englobant, mais ne l'invalide pas). [Preuve est donc faite que Perron n'a pas lu Popper. Je le cite : « (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est « plus grande » que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est "falsifiable à un degré plus élevé". Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité. » D'ailleurs Popper parle lui-même de « cas limite » s'agissant des théories réfutées par d'autres plus englobantes. Ainsi la théorie de Newton n'est devenue qu'un cas limite par rapport à la vision plus générale d'Einstein, tout en conservant sa part de vérité pour les cas auxquels elle peut être encore appliquée. C'est exactement le point de vue inlassablement défendu par Popper et que Perron essaie maintenant de retourner contre lui ! Donc il faut reformuler ce que dit Perron en jouant frauduleusement sur les mots. La théorie d'Einstein réfute celle de Newton en en faisant un « cas limite » ; et elle la réfute parce qu'elle possède des pouvoirs d'explications sur certains phénomènes que ne possèdent pas celle de Newton qui donc, de ce point de vue est moins proche de la Vérité que celle d'Einstein, laquelle est donc moins fausse..]. Personne ne demande cela à une théorie néo-darwinienne de l'évolution (il y a bien des « créationnistes » qui prétendent la réfuter, mais c'est avec une argumentation étrangère au champ scientifique). S'agissant d'une théorie générale, cela n'a pas de sens de déclarer qu'elle est « vraie » ou « fausse » : ce qui est en cause, ce qui peut et doit être discuté, c'est son utilité. L'argumentation porte alors sur sa capacité à intégrer des faits de façon cohérente : plus elle intègre de faits, et plus elle y parvient de façon cohérente, meilleure elle est ([2]). Si deux théories sont en balance, c'est évidemment toujours en ces termes que les scientifiques en discutent. [Tout cela est complètement FAUX. Dire qu'il n'y a aucun sens à déclarer si une théorie générale est « vraie » ou « fausse » est une manière complètement frauduleuse de tenter de masquer que l'on ne veuille pas tenir compte qu'il est possible d'évaluer empiriquement un énoncé universel au sens strict sur la base de tests. Ou pire encore que les théories universelles de la science ne s'évaluent pas relativement à leur degré de correspondance progressivement testé avec les faits. Car il y a une asymétrie logique entre réfutation et vérification (une infinité d'énoncés particuliers ne peut vérifier avec certitude une théorie générale, mais un seul d'entre eux, peut logiquement la réfuter). Cela n'a aucun sens, effectivement d'affirmer qu'une théorie est « vraie » si c'est de la vérité certaine dont nous parlons, mais cela en a un si c'est de la corroboration, c'est-à-dire d'une « vérité » provisoire, relativement à certains tests passés avec succès. Si c'est prétendument « l'utilité » qui doit être un critère de démarcation entre science et non-science, je demande à Monsieur Perron de me dire à quoi peut bien servir une théorie générale non testable, et dont on ignore par conséquent les faits empiriques ou les occurrences d'événements qu'elle peut interdire ? A quoi donc peut bien servir une théorie générale dont on ignore (par l'intermédiaire de tests) le contenu empirique et les limites des pouvoirs explicatifs, descriptifs et prédictifs ? Qu'elle est donc son « utilité » pour la science s'il ne saurait exister une manière quelconque d'établir une relation entre un énoncé et des faits ou avec un seul fait ? Comment une théorie générale peut-elle intégrer des faits de façon « cohérente » ? Que signifie donc cette « cohérence » pour Roger Perron ? Certes, dans un autre contexte, Popper écrit lui-même que pour qu'une théorie soit testable il faut qu'elle soit cohérente dans la mesure où elle ne contient pas d'énoncés contradictoires qui la rende irréfutable, donc métaphysique, mais dans « La connaissance objective », il aborde le problème de la « théorie de la cohérence ». Je cite Popper : « un énoncé est considéré comme vrai (si et seulement si) il est cohérent avec le reste de nos connaissances. (...) Commençons par la théorie de la cohérence ; il en existe toutes sortes de versions ; je n'en indiquerai que deux. Selon la première, la vérité consiste dans la cohérence avec nos croyances, ou, pour être plus précis, un énoncé donné est vrai s'il est cohérent avec le reste de nos croyances. Je trouve l'idée un peu déconcertante car je me refuse à mettre les croyances sous une forme logique, pour des raisons bien connues. (Si Pierre croit p, et si p et q se déduisent l'un de l'autre, nous pourrions dire que Pierre est dans la nécessité logique de croire q. Cependant, il peut ignorer que p et q se déduisent l'un de l'autre et, en fait, ne pas croire q.). Selon la seconde version de la théorie de la cohérence, un certain énoncé donné, dont nous ne savons pas s'il est vrai ou faux, doit être accepté comme vrai si, et seulement si, il est cohérent avec les énoncés que nous avons préalablement acceptés. Cette version a pour effet de rendre notre connaissance foncièrement conservatrice : il n'est guère possible de déloger une connaissance ainsi « installée dans ses tranchées ». » Maintenant si Perron soutient qu'une théorie « intègre des faits » (inédits) à la suite de tests qu'elle passe avec succès, il est d'accord, sans s'en douter avec Popper (qu'il n'a donc pas lu...) ; s'il veut dire que la « cohérence » repose sur le caractère logiquement déductible des nouveaux tests par rapport aux précédents, c'est la même chose, il ne fait que confirmer ce qu'a toujours défendu Karl Popper. Mais le problème, c'est que Perron nous laisse peut-être volontairement dans le vague, ne sachant pas très bien lui-même comment défendre un point de vue qui jetterait par-dessus bord l'évaluation des théories relativement à leur valeur de fausseté ou de proximité à la vérité. Mais il y a encore un moyen de montrer que Perron rejoint, bien malgré lui, les arguments de Popper. Car, Dans la logique de la science que propose Popper, l'usage du concept de corroboration permet d'éviter l'usage quelque peu problématique, des concepts « vrai » et « faux », lequel peut donc être remplacé par des considérations logiques concernant les relations de déductibilité entre les énoncés (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 279). Pour Popper, les concepts de vrai et faux, ne sont pas des concepts empiriques, mais des concepts logiques, comme « tautologie », « contradiction », « conjonction » ou « implication ». « Ils décrivent ou évaluent un énoncé sans tenir compte d'aucun changement empirique » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 280). Le problème que souhaite mettre en évidence Popper, est que, dans l'absolu, les termes vrai et faux sont utilisés selon leur valeur intemporelle admise et qu'ils sont peu adaptés pour s'accorder aux changements des propriétés des objets physiques. Popper explique en effet, qu'il n'est pas habituel de dire d'un énoncé qu'il était parfaitement vrai hier mais qu'il est devenu faux aujourd'hui (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281) . La différence fondamentale entre vérité [certaine] et corroboration apparaît donc clairement : un énoncé est corroboré ou non, selon une évaluation intemporelle relative à « la mise en évidence d'une relation logique déterminée entre un système théorique et un certain système d'énoncés de base acceptés » (Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 10. Section 84, page 281).].
La psychanalyse est dans cette position : c'est une théorie générale. Il est vain de prétendre la « réfuter », et tout aussi vain de vouloir la « prouver ». [C'est donc une « théorie - zéro »...Mais il se trompe. La psychanalyse n'est pas « une théorie générale », comme l'est la théorie de la relativité ou celle de la gravitation de Newton. C'est une doctrine ou un corpus théorique comprenant un certains nombre de postulats théoriques et autres engagement ontologiques. Cela ne peut être que pour des commodités de langage que l'on peut la qualifier de théorie générale du psychisme, par exemple, et la déclarer non réfutable sur la base des autres théories non réfutables qu'elle contient. Elle comporte aussi beaucoup de concepts et de théories auxiliaires pour reprendre la terminologie de Imre Lakatos. Si l'on ne peut ni réfuter ni corroborer la psychanalyse, c'est donc qu'il n'y a rien. C'est un vide absolu, puisque cela implique qu'elle n'offirirait aucune point d'appui empirique concret qui soit issu de sa pratique thérapeutique ou de ses autres faits d'interprétation ou d'explication à partir desquels on pourrait évaluer si elle est fausse ou proche de la vérité. Perron vient tout simplement de déclarer (avec raison) que la psychanalyse est SANS FONDEMENT. C'est-à-dire que l'on ne peut se fonder sur rien qui puisse décider de sa fausseté ou de sa proximité à la vérité. La psychanalyse, est donc, de ce point de vue, une théorie « indécidable ». C'est pour cela qu'elle peut s'adapter à toutes les époques, à toutes les situations individuelles ou de société, sans jamais toucher à ses fondements théoriques. Et ceci permet la jonction avec le jugement selon lequel il n'y a pas « LA » psychanalyse, justement, comme le font remarquer Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani d'une part, et le psychanalyste André Green d'autre part, mais autant de psychanalyses qu'il peut y avoir d'individus sur Terre, ou de groupes humains. La doctrine de Freud est bien connue pour être une véritable « auberge espagnole ». La psychanalyse comporte, une théorie du refoulement inconscient, une théorie de la censure, une théorie de l'organisation spatiale de l'appareil psychique, une théorie des névroses, une théorie des pulsions, une théorie des rêves, et bien sur une théorie de l'inconscient, tout cela se basant sur un postulat fondamental qui tient de bout en bout le tout en cohérence jusque dans la pratique thérapeutique, il s'agit du postulat délirant et intenable du déterminisme psychique, prima faciae, absolu et excluant tout hasard et tout non-sens. Voilà ce qu'est « la » psychanalyse, et voilà pourquoi on ne peut ni la « réfuter » ni la « corroborer », mais seulement trouver toujours des faits qui ne peuvent que la confirmer en venant se coller, s'agglutiner en cohérence interne avec ce que permettent déjà de dire les théories constitutives en présence. Les fameux faits qu'intègreraient donc la psychanalyse de façon « cohérente » à son système, comme le défend Perron, ne sont donc jamais rien de plus que d'autres confirmations qui pouvaient être lues à la lumière du système mais qui ne risquent jamais de permettre d'en évaluer la vraie valeur explicative, descriptive et prédictive...]. On peut simplement montrer qu'elle est utile. En présence du sceptique, le meilleur parti que peut prendre l'analyste est de répondre : « vous avez parfaitement le droit de vous passer de l'hypothèse d'un inconscient dynamique (ou de la sexualité infantile, ou du fantasme inconscient, etc.). Mais vous perdez alors la possibilité de comprendre bien des faits que le recours à cette hypothèse permet de comprendre : votre champ phénoménal se restreint singulièrement...». [Dans ce cas, « tout est bon ». (On comprend mieux, désormais, les références à Paul Fayarebend utilisées par Perron dans la bibliographie de son article...). Toutes les théories sont utiles et incommensurables dès qu'elles permettent la lecture des faits à partir de leur propre lumière. Deux théories contradictoires sont donc « utiles » car chacune prise séparément peut toujours trouver des confirmations de ce qu'elle avance (K. Popper). En fin de compte, l'univers épistémologique dans lequel Perron fait vivre la psychanalyse est un univers RELATIVISTE ou toutes les théories sont bonnes à prendre du moment qu'on le juge utiles (mais selon quel critère qui ne soit pas spécialement fabriqué pour les besoins de la théorie ??..) sur la base des critères des analystes. Perron, comme Kuhn estime donc que les théories son incommensurables, inévaluables du point de vue objectif que défend Popper. Là est son erreur cruciale, tout comme ce fut celle de Kuhn, ou plus rigoureusement celle de Lakatos, lequel rejetait les expériences cruciales de falsification entre deux programmes de recherche concurrents (si deux programmes de recherches ou deux grands systèmes théoriques peuvent être mis en concurrence pour un objet de recherche commun, c'est que certains de leurs énoncés sont évaluables les uns par rapport aux autres, par exemple sur la base de certaines relations de déductibilité). Ce n'est donc jamais à l'aune de l'observation d'autres cygnes blancs que nous pouvons juger si la théorie « tous les cygnes sont blancs » est utile, mais à l'aune des tests qu'elle a subis et des faits inédits qu'elle a réussi à « intégrer » par le truchement de ces tests. Les théories telles que les envisage Monsieur Perron ne peuvent donc être que des énoncés existentiels au sens strict et pas des énoncés universels au sens strict. Les premiers sont toujours potentiellement vérifiables et peuvent toujours intégrer des faits qui sont lus à partir de leur propre lumière. Ils ne sont jamais potentiellement réfutables (Cf. Popper). Par contre seuls les faits inédits pour une théorie générale, c'est-à-dire ceux déduits de la sous-classe de ses falsificateurs potentiels, ou « énoncés interdits » par la théorie, présentent un intérêt pour le progrès de la connaissance objective sur la valeur explicative de la théorie. Si c'est de ceux-là que voulait parler Monsieur Perron, nous sommes d'accord avec lui, et il est d'accord avec Popper, sans le savoir, sinon, il se trompe totalement...].
Publié par vdrpatrice à 12:54:59 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
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