« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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ROSA, MITZI, DOLPHI, et PAULA - (Décembre 2003)
Les sœurs sacrifiées de Sigmund Freud.
« A Benito Mussolini, avec l'humble salut d'un vieil
homme qui reconnaît dans le gouvernant le héros de la culture. » (Sigmund
Freud, Vienne, le 26 avril 1933 ; dédicace du livre « Pourquoi la
guerre »).
Un portrait à l'huile montre Freud âgé de douze ans au côté de ses cinq sœurs et de son frère Alexander. Une photographie de ce tableau ( SIGMUND FREUD - Lieux, visages, objets - 1979 - Gallimard ) porte la légende suivante : ( Communication orale d'Alexander Freud )- « J'avais six ans lorsque mon frère Sigmund âgé de seize ans me dit " Regarde Alexander, notre famille est comme un livre. Tu es le cadet de la famille et moi l'aîné, ainsi nous sommes les solides couvercles qui doivent soutenir et abriter les faibles sœurs nées après moi et avant toi." ».
On le sait, toutes ( sauf Anna l'aînée mariée en Amérique) périrent en déportation en 1942 et 1943.
Sigmund Freud, lui, mourut en sécurité dans sa belle maison anglaise en 1939, un mois après le début de la guerre.
Son principal hagiographe Ernest Jones, à propos de la fin des quatre sœurs, écrit simplement : « Par bonheur il ne sut jamais ce qu'il advint d'elles »..Tout est bien puisque l'âme du grand homme peut dormir en paix. Et, après tout, le calvaire final de Rosa, Mitzi, Dolphi et Paula n'est que l'aboutissement de vies sacrifiées dès l'enfance à la gloire de l'aîné, le "Sigi en or" d'Amalia, sa mère idolâtre.
En réalité, si vraiment Sigmund Freud a prononcé les mots cités par son frère dans l' adolescence, on peut qualifier l' attitude qu'il eut par la suite de "forfaiture".
Sur le portrait de famille, les cinq regards des petites filles, dont la vivacité n'a pas échappé au peintre, nous interpellent. Pourquoi les lois de Mendel se seraient-elles trahies pour réserver au seul Sigmund l'aptitude à comprendre le monde ?... Malheureusement, aucune d'elles n'a eu droit même à l'embryon d'une culture. Déjà sur ce tableau les rôles sont distribués. Anna tient une guirlande de roses, Marie un panier de fleurs. Rosa aussi a sa petite branche. Les deux autres entourent leur petit frère âgé de deux ans qui tient un fouet et un polichinelle ; mais dans la main de Sigmund on a mis un livre. Hélas, cet homme considéré comme un des pionniers du progrès humain s'est fort bien accommodé de ces normes, au point d'en faire dans certains de ses écrits, l'apologie.
On retrouve les cinq sœurs sur une photo de famille de 1876. Les regards sont toujours pleins de promesses. Par exemple celui de la belle Paula avec son front haut, ses traits fins, sa silhouette élancée qu'on devine sous le corset, une dignité un peu hautaine... Elle n'a que douze ans mais porte haut sa petite poitrine et semble sûre d'elle. Elle fait penser aux Filles de Lumière qu'on voyait naguère en Israël, mi-femmes soldats, mi- madones des kibboutzim. Derrière elle se tient Anna, l'aînée, à côté de son frère Sigmund qui détesta l'intruse dès sa naissance. Plus loin Rosa réputée "la sœur préférée" de Freud. Elle habita sur le même palier pendant son bref mariage puis déménagea ensuite laissant aux Freud son appartement. Des recoupements ultérieurs laissent penser qu'elle fut toute sa vie une victime (consentante, précise Freud). Elle eut deux enfants, l'un, à vingt ans fut le seul tué de la famille pendant la guerre de 14-18 ; l'autre, enceinte hors mariage se suicida. La petite Marie (dite Mitzi) pas très jolie, eut un destin peu glorieux : dans les années 1880, Jacob Freud, le père, subit de graves revers financiers accrus par la crise qui sévissait à ce moment en Autriche. Le biographe Ernest Jones relate en détail la vie de la famille à cette époque. A un certain moment, nous dit-il, la famille ne disposait que d'un florin par jour (environ deux francs or). Les sœurs étaient dans un état de maigreur à faire peur. Jones nous dit pourtant que ce sont les femmes qui ont amélioré le sort de la famille. Mais comment ?... N'ayant pas fait d'études, les jeunes files ne pouvaient postuler qu'aux emplois domestiques. Alors, par amour-propre, on obligea Rosa à partir en Angleterre et on envoya Mitzi à Paris cacher sa pauvreté et se placer comme bonne à tout faire. (Jones signale qu'elle n'y apprit pas le français). De là elle trouva moyen d'envoyer deux cents francs à sa mère ...
Et Sigmund, lui, comment vit-il à cette époque ?... Il commence ses études de Médecine en 1873, année du crack qui ruina sa famille en même temps que la moitié de l'Autriche. Le jeune homme suit les cours qui lui plaisent, picorant dans des domaines annexes au point de consacrer trois années de plus que nécessaire à l'obtention de son diplôme. Quarante ans plus tard il écrira : « Je ne me souviens pas d'avoir jamais eu dans mes jeunes années le désir de soulager l'humanité souffrante ». Apparemment il n'a pas non plus le désir de soulager la misère de sa famille qui se sacrifie pour lui car, à vingt-sept ans (alors qu'il est fiancé depuis un an) il vit toujours chez ses parents, monopolisant l'éclairage moderne ainsi qu'une pièce lui servant de bureau, tandis que les autres s'éclairent à la bougie et s'entassent dans les trois pièces restantes. Il fait également supprimer le piano d'Anna pour ne pas être dérangé par le "bruit".(D'autre part il surveille ses lectures lui interdisant Flaubert et Dumas et met en garde ses sœurs contre tout penchant à la séduction.)
Pendant son séjour de six mois à Paris (où il vit surtout avec de l'argent emprunté) il va au théâtre et fait bonne figure dans le cercle mondain de son maître Charcot. C'est probablement l'époque où sa sœur Mitzi s'y trouve, mais Jones ne mentionne pas la moindre rencontre.
Revenu en Autriche, logé et chauffé à l'hôpital de Vienne, il avait besoin du double de son traitement de trente florins pour vivre. Il lui fallait de la viande deux fois par jour, des cigares en quantités et il ne pouvait supporter d'être mal vêtu. Il finit par avoir de grosses dettes qu'il ne remboursera jamais.
Tandis que les petites sœurs, au bord de l'inanition trouvaient le moyen d'envoyer de l'argent à leurs parents, Freud ne s'installa comme médecin que sous la pression d'un de ses maîtres et surtout le désir d'épouser Martha après quatre ans de fiançailles. Il ouvrit son cabinet à Pâques 1886, soit plus de douze ans après le début de ses études et cinq ans après l'obtention de son diplôme.
Quatre de ses sœurs s'étaient mariées ou fiancées avant lui : Anna l'aînée avait épousé Elie Bernays, le frère de Martha ; Rosa, la préférée (dont il n'assista pas cependant au mariage) devint frau Graf ; la jolie Paula fut mariée pendant cinq ans à un Monsieur Winternitz puis devint veuve ; Marie, la petite exilée parisienne épousa un cousin roumain (méprisé par Freud comme "asiate") et continua à s'appeler Freud. En 1884 Freud écrit à Martha « Mais ne te semble-t-il pas qu'on s'arrache nos petites sottes ? Dolphi est la seule qui soit encore libre. Elle m'a dit hier - je l'avais invitée à goûter pour qu'elle répare ma redingote noire - "Comme ce doit être merveilleux d'épouser un homme cultivé, mais un homme cultivé ne voudrait pas de moi n'est ce pas ?" Je n'ai pas pu m'empêcher de rire devant cette affirmation ». - (Ce n'est pas de la question qu'il rit mais bien de l'affirmation : la prétention à vouloir épouser un homme cultivé) Ce rire sonne donc comme une cinglante confirmation du peu de cas que Freud faisait de ses sœurs. Non pas par cruauté mais par un machisme impunément étalé qui tient pour zéro toute aspiration d'une femme à autre chose que l'humble service de l'homme. La petite Dolphi n'épousa pas un homme cultivé. Elle n'épousa personne et resta auprès de sa mère jusqu'à la mort de celle-ci survenue à quatre-vingt-quinze ans.
Trois mois après l'Anschluss du 11 Mars 1938, Freud et sa famille avaient quitté Vienne pour l'Angleterre. Le récit de cette émigration est consignée dans le détail par Ernest Jones (avec comme toujours quelques erreurs de dates), mais ce récit, cautionné par Anna Freud, est précieux. Son dévouement à Freud est si total, il épouse si complètement sa façon de voir vis-à-vis de ses sœurs, qu'il n'a même pas l'idée qu'une relation fidèle des évènements puisse le desservir .(D'ailleurs qui cela a-t-il choqué ?) Et pourtant...
Freud a quatre-vingt-deux ans. Il souffre depuis vint-trois ans d'un cancer de la mâchoire. Quand survient l'Anschluss il se dit d'abord trop vieux et trop malade pour quitter Vienne, mais il cède finalement à la pression de son entourage. Seulement quel pays voudrait l'accueillir avec sa famille ? Ensuite, les Nazis les laisseraient-ils partir ? Ernest Jones trouva facilement un pays d'accueil : l'Angleterre.
La Psychanalyse avait fait un chemin glorieux et Freud était mondialement connu. Ainsi on n'hésita pas à solliciter l'intervention du Président Roosevelt lui-même qui, par ambassadeurs, secrétaires d'Etat et chargés d'Affaires interposés fit pression pour obtenir cet exeat. (Il y eut aussi l'intervention inattendue de Mussolini à qui Freud avait dédicacé un de ses livres.)
Grâce à quelques autres appuis ou connaissances, y compris au sein du régime Nazi, Freud put sauver une bonne partie de sa fortune ainsi que ses collections de statuettes antiques qui arrivèrent intactes en Angleterre. Il put ainsi acheter Maresfeld Garden, la grande maison devenue musée, qu'on équipa même d'un ascenseur. Et Freud put faire face aux soins extrêmement coûteux que réclamait son état, y compris les visites des médecins et chirurgiens venus du continent, dont celle du Professeur Lassagne, médecin-chef de l'Hôpital Pierre et Marie Curie, à Paris.
En Angleterre, Jones avait remué ciel et terre pour que les précieux émigrés bénéficient même du droit de travailler. C'est ainsi qu'il écrit que par amitié (ils patinaient ensemble) le ministre de l'Intérieur lui donna « carte blanche pour remplir les formulaires d'entrée, concédant également le droit de travailler pour Freud, sa famille, ses domestiques, ses médecins personnels et pour un certain nombre de ses élèves et de leur famille ». Ainsi, en ordre dispersé arrivèrent là-bas, outre Freud et sa femme, sa belle-sœur Mina, ses fils, filles, brus, gendres, petits-enfants, l'amie d'Anna : Dorothy Burlingham, les domestiques, les médecins particuliers, sans oublier le Chow-Chow "Lün" et la précieuse collection à laquelle Freud attachait la plus grande importance. Si bien que, comme l'écrit Martha à la fille de sa belle-sœur Marie : « Si on ne pensait pas tout le temps au sort de ceux qu'on a laissé là-bas, on serait parfaitement heureux ». Brave Martha !... Que n'a-t-elle eu son mot à dire quand Freud décida de ne pas inscrire Rosa, Marie, Dolphi et Paula sur le formulaire envoyé par Jones.
Jones explique ainsi l'attitude de Freud envers ses sœurs « N'ayant aucun espoir de pouvoir subvenir à leurs besoins à Londres, Freud avait du laisser ses vieilles sœurs... Mais lorsque le danger nazi se fit plus proche, son frère Alexander et lui leur donnèrent la somme de 160 000 Schillings autrichiens (environ 22400 dollars) somme qui devait suffire pour leur vieillesse, à condition de ne pas être confisquée par les nazis ». Or :
1) 22000 dollars placés en Angleterre n'auraient-ils pas été plus en sécurité que dans l'Autriche nazie ?
2) En fait les 160000 Sch. ne sont pas un don tardif des deux frères (Alexander avait émigré deux mois avant son frère et se trouvait en Suisse complètement ruiné). mais résultait d'un fonds constitué dans les années trente par eux-mêmes et leur sœur Anna qui vivait en Amérique. Malheureusement il restait un arriéré d'impôt et la somme qu'on leur remit en 1938 fondit complètement du fait de cet arriéré augmenté d'un impôt de 25% qu'on nommait la juva (impôt expiatoire imposé aux juifs).
3) Sur « le danger nazi qui se fit plus proche », on lit dans le livre de Peter Gay : Freud, une vie, une œuvre (1998) « Cet esprit de haineuse vengeance, ce fanatisme sadique que les allemands avaient mis cinq ans à acquérir, fut l'affaire de quelques jours pour les autrichiens... Les incidents qui se multiplièrent dans les rues des villes et des villages...dépassèrent en horreur tout ce qu'on avait pu voir dans le Reich hitlérien » .
Jones qui était venu à Vienne à ce moment n'a pu ignorer cela, non plus que Martin et Anna ( les enfants Freud ) tout deux emmenés et retenus par la Gestapo. On ne peut pas croire, désireux comme ils l'étaient de convaincre leur père de la nécessité du départ qu'ils ne l'aient pas mis au courant. Freud lui-même avait reçu la visite de la Gestapo et tenait un journal des évènements.
Il était certes affaibli physiquement mais tout prouve qu'il avait entièrement sa tête. Pendant les deux mois qui le séparent de l'exil il travaille à son ouvrage sur Moïse et traduit, avec Anna, un livre sur le Chow-Chow de MarieBonaparte ( !)
Durant les quinze mois qu'il vivra encore en Angleterre, entre les interventions sur sa mâchoire il recevra des clients en analyse. Il écrira, recevra de nombreuses visites, se fera filmer et suivra de près la question de son éventuelle nomination pour le prix Nobel.
Les raisons pour lesquelles les quatre sœurs ont été laissées à Vienne, seules et sans appui, ne sont évidemment ni financières ni liées à un quelconque affaiblissement de son esprit. Les chroniqueurs sont, sur ce sujet, particulièrement discrets et leurs commentaires gênés sont presque toujours erronés. On a parlé de leur grand âge et de leur mauvais état de santé. Mais Sigmund n'était-il pas leur aîné, et il était difficile d'être plus malade que lui. Mina Bernays fut du voyage, et pourtant on la sortit d'une clinique où on venait de l'opérer des yeux, pour la transporter à Londres où elle eut une longue et périlleuse convalescence.
Les quatre sœurs avaient résisté à la famine dans leur jeunesse, à la guerre, aux deuils les plus cruels. (La longévité des femmes Freud est exceptionnelle). Quand elles furent déportées en 1942, elles avaient derrière elles quatre ans d'une vie épouvantable dont on a quelques échos, par exemple cette lettre de Janvier 1941 qu'elles adressent au gérant nazi de leurs biens : « Très honoré Docteur - La misère extrême nous oblige à faire appel à votre aide malgré votre attitude de refus dans la question de l'appartement » (Chassées de celui qu'elles louaient, elles s'étaient réfugiées dans celui d'Alexander). « Après avoir du, il y a trois mois, héberger deux couples dans notre appartement, nous recevons une nouvelle affectation de huit personnes et nous, les quatre sœurs, sommes confinées dans une seule pièce qui doit tenir lieu de chambre et de pièce de séjour. Nous sommes, comme vous le savez, des personnes âgées, souvent malades, alitées, une aération et le ménage sont impossibles sans atteinte à la santé ainsi que le rangement des ustensiles de première nécessité. Le plus simple commandement d'humanité s'oppose à une telle contrainte et nous ne pouvons pas penser que vous resterez insensibles devant cette exigence et que vous nous refuserez votre aide. C'est pourquoi nous nous tournons vers vous, très honoré Docteur, en tant que notre représentant avec la prière ardente de demander exceptionnellement et en insistant sur l'urgence auprès du responsable de la réinstallation des juifs du premier district, de restreindre la nouvelle installation à quatre personnes au lieu de huit ; pour ces personnes une solution a été trouvée. Dans l'attente que vous voudrez bien accorder une oreille attentive à notre appel désespéré, nous signons... Marie Freud, Adolphine Freud, Pauline Winternitz. » (Cette lettre ne porte pas la signature de Rosa). Le lendemain, les sœurs écrivent qu'une intervention est devenue sans objet, l'installation des huit personnes ayant déjà eu lieu.
A la fin de 1938, ce qui restait de leurs biens avait été bloqué sur un compte géré par un administrateur, Eric Führer qui se révéla une franche canaille. Il donna aux sœurs de quoi subsister jusqu'à Juin 40. A cette date, un SOS a été envoyé au fils d'Alexander parvenu à New York qui envoya 12O dollars mensuels.
Le 29 Juin 1942, on emmena Marie, Dolphi et Paula au camp de concentration de Théresienstadt. Rosa Graf les suivit par le convoi du 29 Août. Là, la célibataire un peu souffreteuse qui raccommodait les vêtements de son frère, survécut aux privations jusqu'en février 1943, puis mourut probablement de faim, à quatre-vingt un an. Marie, la petite exilée parisienne qui économisa sur ses gages pour envoyer 200 francs à sa mère, et la belle Paula, furent gazées au camp d'extermination de Maly Trostinec, le 23 Septembre 1942. Quant-à Rosa "la sœur préférée", elle se retrouva à Treblinka dans un des cinq convois de 8000 personnes qui y furent déportées entre le 5 et le 12 Octobre 1942.
Un témoin au procès de Nuremberg, Mr Razjman raconte ce qui suit « Le train arriva de Vienne. J'étais alors sur le quai quand les gens furent sortis des wagons. Une femme d'un certain âge s'approcha de Frantz Kurt (le commandant du camp), présenta un Ausweis et dit être la sœur de Sigmund Freud. Elle pria qu'on l'emploie à un travail de bureau facile. Frantz examina avec soin l'Ausweis et dit qu'il s'agissait probablement d'une erreur, la conduisit à l'indicateur de chemin de fer et dit que dans deux heures un train retournait à Vienne. Elle pouvait laisser là tous ses objets de valeur et documents, aller aux douches et, après le bain, ses documents et son billet pour Vienne seraient à sa disposition. La femme est naturellement entrée dans la douche d'où elle ne revint jamais ». Rosa qui, à quatre-vingt-deux ans, pense encore qu'on va l'employer à travailler ! ... Et comme elle est fière d'être une Freud, persuadée que le grand homme va la protéger au-delà de la mort !...
Si on voulait tenter de disculper Freud, on pourrait alléguer que, comme lui, les vieilles dames n'avaient pas très envie de quitter Vienne. Il n'en est rien, au contraire, elles attendirent avec confiance des visas pour la France qui ne vinrent jamais. Au mois d'Août 1938, Rosa se plaint à une amie que les visas français, malgré la « haute influence du bon ami de son frère (l'ambassadeur des Etats-Unis William Bullit) ne sont pas encore arrivés ». Mais comme elle l'aime ce frère ! « Le cher vieil homme ne va pas bien, écrit elle. On dit qu'Anna fait des choses extraordinaires pour aider son père ».
Cette destination française est une idée débattue depuis le début entre Freud et Marie Bonaparte.Alors pourquoi écrit-il à celle-ci le 12 Novembre 1938 : « Les derniers évènements horribles en Allemagne rendent plus aiguë la question du devenir des vieilles femmes , entre 78 et 80 ans »... ? (Rien de pire en Novembre en Allemagne qu'en Autriche en Juin et, rappelons-le, les "vieilles femmes" sont plus jeunes que lui). « Cela dépasse nos forces de les garder en Angleterre »... (Pourtant elles sont valides, apparemment faciles à vivre ; deux au moins doivent parler anglais et il y a l'Amérique ou vit leur aînée...) « La fortune que nous leur avons laissée à notre départ, 160 000 Sch. est peut-être déjà confisquée maintenant et sera sûrement perdue si elles partent ». ( Est-il possible d'aller plus loin dans le cynisme ?...) « Nous pensons à la Riviera française, Nice ou les environs. Mais sera-ce possible ? » (Pourquoi pas Monte Carlo ou autre station mondaine ? Freud oublie qu'elles ne parlent pas français.
Ce fut, hélas, Théresienstadt et Treblinka ....
Il est vrai que Marie Bonaparte fit tout ce qu'elle put pour les amener en France mais ce qui n'aurait posé aucun problème en Juin 1938 devint, au fil des mois, un projet irréalisable. Seulement il y a fort à parier que Freud ne se souciait pas de se trouver à Paris et à Londres où personnalités et journalistes l'attendaient, accompagné de ce cortège peu flatteur.
Cette ultime façon de faire à l'égard de ses sœurs est dans le droit-fil du mépris dans lequel il les a toujours tenues.
Finalement, en guise de condamnation, c'est à lui-même qu'il faut emprunter la citation suivante. Dans une lettre à Arnold Zweig de 1934 il écrit : « Au cours de l'une des batailles de César en Gaule, il s'avéra que les assiégés (était-ce Alésia et Vercingétorix ?) n'avaient plus rien à manger. Ils poussèrent leurs femmes et leurs enfants dans le no man's land situé entre la forteresse et l'armée romaine qui l'assiégeait, où ces pauvres misérables moururent de faim... Il aurait été plus miséricordieux de les tuer dans la ville ».
Le commentaire de Jones concernant la fin des sœurs de Freud est d'une
rare mauvaise foi : « Freud n'avait pas de raison spéciale de se
montrer anxieux à leur sujet, la persécution des juifs n'en était encore qu'à
ses débuts ». Pourtant il avait écrit quelques pages plus tôt à propos de
l'arrestation d'Anna, en Mars 1938 par la Gestapo « qui la retint toute
une journée » : « Ce fut certainement le jour le plus sombre de
la vie de Freud. La pensée que l'être le plus précieux au monde et aussi celui
dont il dépendait tellement, puisse être en danger d'être torturé et déporté
vers un camp de concentration, comme cela se produisait si couramment, lui
était à peine supportable ».
Malgré la complicité évidente de Jones et d'Anna, y a- t-il dans ces conditions la possibilité de dédouaner Freud du forfait par lequel il abandonna ses sœurs aux nazis. ?...
Anonyme.
Publié par vdrpatrice à 10:07:59 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
Pour le savoir, suivez ce lien. Il s'agit d'un texte écrit par Nils WIKLUND, et traduit en plusieurs langues.
Avec l'autorisation de son auteur, le voici dans sa traduction française :
Les Temps Modernes, 62, avril-juillet 2007, Nos 643-644, p. 336-341.
Pourquoi Sigmund Freud n'a-t-il jamais obtenu le Prix Nobel de littérature ?
Par Nils Wiklund.
Freud a été proposé douze fois pour le prix Nobel de médecine et, progressivement, il est arrivé à la conclusion que ce prix ne conviendrait pas, de toute façon, à sa manière de vivre. Ce que l'on sait moins, c'est que Freud - un "post-moderniste" de la première heure, dans le sens où il créait en toute liberté sa propre réalité - a été également nominé pour le prix de littérature.
En 1904, Sigmund Freud visita pour la première fois l'Acropole d'Athènes où il vécut une expérience peu commune. Bien qu'il sache parfaitement ce qu'était l'Acropole, depuis ses années passées sur les bancs du lycée, il lui vint subitement cette étrange idée : « Ainsi tout cela existe réellement comme nous l'avons appris à l'école ». Et, dans le même temps, comme il s'observait lui-même, il trouva cette réflexion remarquable, car il n'avait jamais mis en doute l'existence de l'Acropole.
Nombres, parmi nous, ont eu des sensations existentielles comparables quand nous avons vu pour de vrai un monument contemplé des centaines de fois auparavant sur des images : les pyramides, la tour Eiffel, le Taj Mahal -, une sensation fugitive d'irréalité difficile à cerner. Freud n'oubliera jamais son expérience sur l'Acropole. Et 32 ans plus tard, en 1936, il écrira un charmant petit article dans lequel il essaiera de l'interpréter. Il croyait que cette sensation d'irréalité pouvait être liée au sentiment d'être arrivé « aussi loin » qu'il l'avait fait (à l'Acropole comme dans ses travaux) et que par là, il avait dépassé son propre père, ce qui selon lui pouvait provoquer des réactions d'ordre psychique.
Son article "Un trouble de mémoire sur l'Acropole" a généré par la suite une longue série d'articles écrits par divers psychanalystes, dont celui de Risto Fried en 2003, une monographie fascinante de 657 pages intitulée « Freud on the Acropolis: A Detective Story » (Therapeia Foundation ed.). Risto Fried était psychanalyste et titulaire de la chaire de psychologie de l'Université de Jyväskylä (Finlande), mais il était né à Paris et avait soutenu sa thèse à Harvard - puis il avait suivi sa femme finlandaise dans sa patrie. L'ouvrage est une mine d'informations sur la vie et la personnalité de Freud. Achevée peu avant sa mort, on peut considérer cette publication comme l'œuvre maîtresse de Risto Fried.
Fried
montre, entre autres choses, que l'article de Freud, hormis son contenu
psychologique, est un chef d'œuvre littéraire, qui montre de façon magistrale
que l'auteur possédait à fond les règles antiques de la rhétorique de
Quintilien.
Le
texte de Freud est écrit sous forme d'une lettre ouverte à Romain Rolland,
lauréat du prix Nobel de littérature en 1916, à l'occasion du 70ème
anniversaire de celui-ci, le 29 janvier 1936. Sigmund Freud aura lui-même 80
ans cette année là, en mai. Freud envoya son article le 15 janvier ainsi qu'un
télégramme, le jour même de l'anniversaire de Rolland. Dans l'ouvrage de Henri
et Madeleine Vermorel - qui publièrent en 1993 la correspondance choisie de Freud et Rolland -, il
apparaît que Romain Rolland lui écrivit un petit mot de remerciements le 8
février, si court que l'on peut se demander si Rolland appréciait beaucoup
l'article. Mais Romain Rolland fût sans doute honoré ! En effet, le 20
janvier, cinq jours après que Freud avait posté son texte, Romain Rolland
écrivit de sa plus belle plume une lettre manuscrite à l'Académie
suédoise :
Villeneuve (Vaud) Villa Olga, ce 20 janvier 1936
Cher Monsieur le Secrétaire,
Permettez-moi de proposer pour le prix Nobel de littérature le Prof. Dr Sigmund Freud, de Vienne.
Je sais qu'à première vue, l'illustre savant semblerait désigné plus spécialement pour un prix de médecine. Mais ses grands travaux intéressent directement la psychologie ; ils en ont renouvelé les sources ; ils ont ouvert une voie nouvelle à l'analyse de la vie émotive et intellectuelle ; et, depuis trente ans, la littérature en a subi l'influence profonde : on peut dire que plusieurs des représentants les plus marquants du nouveau roman et du théâtre, en France, en Angleterre, en Italie, portent sa marque.
J'ajoute que le Prof. Sigmund Freud, que j'ai l'honneur de connaître personnellement, est d'une rare hauteur de caractère, qu'il a maintenu pendant toute une vie de labeur stoïque, dénuée d'honneurs officiels et perpétuellement en butte à l'hostilité, ou étouffée sous le silence de la science officielle, que la hardiesse de ses vues nouvelle irritait.
Veuillez agréer, cher Monsieur le Secrétaire, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués
Romain Rolland.
Les lauréats en titre du Prix Nobel ont effectivement le droit de proposer de nouveaux candidats, ce qui dans le cas de la nomination de Freud par Rolland a bien sûr soulevé de vifs débats au sein de l'Académie suédoise. L'avis pour le moins réservé de l'Académie Nobel, publié en 2001, est aussi un chef d'œuvre de rhétorique, par son style comme par son ingéniosité : « En dépit du fait qu'il s'agisse ici d'une célébrité de rang mondial qui bénéficie encore, sous bien des rapports, d'une aura dont les feux durables ont brillé bien longtemps, il n'est cependant pas impossible à un profane de se permettre, sans problème de conscience, d'adopter une opinion critique envers la proposition de prix. »
Selon cet avis, la valeur de Freud ne pourrait être mesurée qu'en regard de sa méthode de traitement, dont la signification ne peut « être jugée que par des autorités médicales scientifiques et c'est devant cette assemblée que la proposition de prix aurait dû être déposée. » Il est « aisé de constater l'acuité, la souplesse et la clarté de sa dialectique » poursuit l'avis. « Il possède également, sans aucun doute, un style littéraire consommé et naturel, à l'exception peut-être de l'interprétation des rêves, sur laquelle toute sa doctrine repose. Là, il peut devenir obscur dans ses comptes rendus, et sa souplesse intellectuelle prend fin une fois ses matériaux organisés sur le lit de Procuste de son système. Pour résoudre le chaos du rêve, il travaille alors mécaniquement et de façon assez grossière, sans critique et à l'aide d'un langage symbolique dépouillé à l'extrême : le masculin et le féminin des organes sexuels. Toute la richesse des visions du rêveur sont réduites par des simplifications purement géométriques aux deux formes insinuées. Ce sont des Charybde et Scylla qui ne laissent passer rien. On peut exprimer ainsi quoi que ce soit, mais la méthode devient un peu trop commode et l'échange incontestablement pauvre et monotone. »
Sous leur plume, le complexe d'œdipe devient l'idée fixe de Freud : « Le fait que Freud ne peut, ne serait-ce qu'un instant, se délivrer de son idée fixe, ne parle d'ailleurs pas en faveur de la portée pratique de sa méthode curative : une confession illimitée jouant le rôle de l'éboueur de l'inconscient. Que l'époque ait fait main basse sur sa sagesse avec un tel engouement et dans de telles proportions devra être relevé comme un des côtés parmi les plus caractéristiques et les plus inquiétants de cette période. Un tel fait ne constitue pas une raison suffisante pour obtenir le prix Nobel de littérature. C'est d'autant moins le cas que ce sont plus particulièrement les auteurs littéraires qui se sont très souvent embourbés dans sa doctrine et en ont tiré des effets grossiers relevant d'une psychologie bien niaise. » La déclaration s'achève par : « Celui qui a tant corrompu, ne serait-ce que les plus petits de ces nains littéraires, ne doit certes pas être couronné des lauriers du poète, eût-il une imagination féconde dans ses spéculations scientifiques. »
Ces déclarations sont faites au nom de l'Académie suédoise en 1936, sous la signature de Per Hallström, qui était alors secrétaire perpétuel de l'Académie et président du Comité Nobel. Nombreux sont ceux - tels Hans Eysenck et Bror Gadelius - qui ont constaté que Freud était un auteur doué qui savait être persuasif grâce à ses talents rhétoriques en dépit d'une absence de fondements scientifiques. Néanmoins, on peut se demander pourquoi il a été proposé au prix Nobel de littérature alors que le prix de médecine aurait été plus naturel. La raison en est que le Comité Nobel de physiologie ou de médecine de l'Institut Karolinska a fait preuve d'une rare constance dans l'indifférence envers ses diverses nominations. La princesse psychanalyste Marie Bonaparte - descendant du frère de Napoléon 1er, Lucien, et mariée avec le prince George de Grèce et du Danemark - militait au milieu des années 1930 en faveur de la candidature de Freud, autant pour le prix Nobel de médecine que pour celui de littérature. Cette activité a pu également être à l'origine de la lettre de Romain Rolland à l'Académie suédoise.
Freud fut proposé au prix Nobel de médecine pour la première fois en 1915. Entre les années 1917 et 1920, il fut proposé chaque année par le lauréat du Nobel Robert Bárány, un médecin viennois qui après sa libération des camps de prisonniers russes devint professeur à l'Université d'Uppsala en 1917. Selon Ronald Clark dans « Freud: The Man and the Cause » (1980), Freud nourrissait des sentiments mitigés envers le soutien de Bárány, à qui il avait refusé auparavant d'être son élève. Freud a écrit que, pour sa part, il n'était intéressé que par les aspects financiers du prix Nobel et peut-être aussi par le côté piquant de dépiter certains de ses compatriotes. Il a été proposé de nouveau par plusieurs personnes, sept fois entre 1927 et 1938 (l'année avant sa mort). En 1937, il a été nominé par pas moins de 14 professeurs en titre ou lauréats du prix Nobel, mais sans succès. Cela ne conduisit même pas à l'examen complet des travaux de Freud. Peu à peu Freud trouva que le prix Nobel ne conviendrait pas à sa manière de vivre : un an avant sa mort il écrivit qu'il déclinerait le prix si d'aventure il lui était attribué. Mais ce ne fut pas le cas non plus.
J'ai obtenu d'intéressants documents originaux du Comité pour le prix Nobel de physiologie ou de médecine de l'Institut Karolinska. Le professeur Henry Marcus de l'Institut Karolinska fut chargé en 1929 d'émettre une avis préliminaire afin de décider s'il était opportun de se livrer à une étude complète des contributions de Freud. Le professeur Marcus exprima sans détour qu'une telle étude n'avait aucune raison d'être puisqu'il n'était pas avéré que les travaux de Freud aient une quelconque valeur scientifique. Après avoir résumé la théorie de Freud, Marcus conclut : « Si l'on veut essayer de se livrer à une examen critique plus approfondi de l'ensemble de la théorie psychanalytique de Freud, il faut alors admettre que ses recherches sur l'importance des pulsions refoulées dans l'apparition des symptômes de maladies nerveuses sont particulièrement intéressantes ; d'ailleurs la grande majorité des neurologues reconnaissent assez bien les liens entre ces deux phénomènes. En revanche, si l'on excepte les propres disciples de Freud, dont plusieurs ont cependant déjà pris leurs distances avec leur maître sur ce point, la plupart des chercheurs considèrent qu'il n'existe aucune preuve du déterminisme des complexes sexuels dans les névroses. C'est surtout l'hypothèse des traumas inconscients sexuels de la petite enfance qui ne peut être considérée de manière définitive comme prouvée ; son contenu apparaît au plus haut point étrange, pour ne pas dire invraisemblable, à un médecin raisonnant en termes scientifiques. Freud ne fonde ses affirmations que sur un nombre très limité d'exemples. C'est pourquoi ses interprétations de rêves ne peuvent être perçues que comme des expériences subjectives et des constructions de l'esprit. Toute la doctrine psychanalytique de Freud, dans son état actuel, ne relève pour une grande part que d'hypothèses que ses adeptes ont comprises avec fanatisme comme une confession à moitié religieuse. A l'aune de la vraie critique scientifique, elle ne résiste pas à l'examen ». En tant que critique globale de la psychanalyse, le jugement du professeur Marcus est assez sagace et toujours aussi pertinent.
En 1933, un nouvel examen préliminaire eut lieu - d'une page seulement -, écrit par le professeur Wigert : lui non plus n'était d'avis qu'il faille se livrer à une étude plus large. Wigert s'abstint de résumer le système de Freud car il le considérait comme connu de tous. Il retint que l'approche de Freud était au plus haut point révolutionnaire et que nombre des "découvertes" de Freud étaient d'une portée si considérable en psychiatrie qu'un prix Nobel était envisageable. Mais le problème résidait dans la constatation que les enseignements de Freud ne reposaient pas sur des preuves, alors qu'une condition sine qua non pour promouvoir l'attribution d'un prix Nobel était que celle-ci soit absolument sûre et certaine. Il souligna que des critiques extrêmement vives s'étaient élevées à l'encontre de la manière de voir de Freud, surtout de la part des autorités les plus compétentes de la psychiatrie autant en Suède (Bror Gadelius par exemple) que dans d'autres pays.
Les déclarations de l'Académie suédoise et du Comité Nobel de l'Institut Karolinska sont toujours valables aujourd'hui, autant qu'à l'époque où elles furent formulées. Au cours des dernières décennies, est enfin apparue une critique sérieuse de la psychanalyse avec des répercussions considérables.
Freud aurait été aussi étonné qu'il le fut au sujet de l'existence réelle de l'Acropole s'il s'était aperçu qu'effectivement ses propres conceptions intellectuelles existaient autrement que sous la forme d'un « jeu des perles de verre » [*]. Au mieux, on ne peut considérer Freud que comme un précurseur ''post-moderniste'' qui créa en toute liberté sa propre réalité.
Nils Wiklund, Docent (maître de conférences) en psychologie habilité à diriger des recherches. Stockholm.
Avec mes remerciements à l'Académie suédoise et au Comité Nobel de physiologie ou médecine de l'Institut Karolinska, pour m'avoir donné accès à leur documentation.
14 Février 2007
[*] note du traducteur : « le jeu des perles de verre » (''Glasperlenspiel'') est un célèbre ouvrage de Hermann Hesse, 1943.
Publié par vdrpatrice à 15:20:25 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
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