« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Publié par vdrpatrice à 11:22:12 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
« La psychanalyse est une passion non une science. Il lui manque la fermeté de
l'investigateur. En fait, c'est précisément ce défaut qui singularise le
psychanalyste. Il aime et déteste son patient; il envie sa liberté et son
pouvoir, et son affaire est de ramener ses forces au niveau de sa propre
faiblesse. Elle affirme que l'artiste sublime un défaut parce qu'il se sent
incapable. La psychanalyse est, en réalité, un acte de revanche par lequel
l'infériorité du psychanalyste est transformée en supériorité. Le patient tend
naturellement à se soumettre au médecin. C'est pourquoi, aujourd'hui, n'importe
quel idiot veut traiter son génie. Peu importe comment le médecin s'efforce
d'expliquer le génie, tout ce qu'il arrive à faire est de montrer qu'il en est dépourvu.»
(Karl Kraus).
Cher internaute, avant d'aller plus loin, nous vous informons que l'essentiel
de nos arguments ci-après se basent sur le livre de Jacques Van Rillaer
intitulé : «les illusions de la psychanalyse», ou au moins le chapitre consacré
à «l'argument des résistances». (Édition : Pierre Mardaga). Voilà bien un livre
«qu'on peut lire» au sujet de la psychanalyse...
L'objet de cette page (qui sera pour l'occasion une réponse à un internaute
psychanalyste) est de parler, une fois encore d'une attitude caractéristique
des psychanalystes (ou du moins certains d'entre eux), une attitude tout à fait
«symptomatique»...Résultat d'une forme bien connue de «résistance» : le refus
de la critique et d'admettre les arguments anti-psychanalyse les plus
efficaces, ceux-là mêmes que les psychanalystes considèrent évidemment comme
pathogènes et témoins d'un refoulement spécifique. Je précise que j'ai déjà
développé des arguments que l'on peut consulter, sur ce site, aux liens
suivants : «Adieu la psychanalyse», «Et pourtant, ça marche...!», «Bas les
masques...», «Termes universels et le terme d'inconscient dans la psychanalyse.».
Si vous êtes contre la psychanalyse c'est la preuve d'une «résistance»,
c'est-à-dire le refus ou l'incapacité de prendre conscience d'un «matériel
pathogène» qui est en vous...Vous êtes donc «malade»...Et la seule solution
pour vous d'être à nouveau reconnu comme un individu «normal» à part entière et
plus comme un vulgaire «symptôme» par les psychanalystes c'est d'admettre que
vous «résistez», et aussi de reconnaître l'existence de votre inconscient. Vous
voilà donc piégé...Inutile de «résister», d'ailleurs votre énervement, le fait
que vous perdez votre sang-froid si vous réagissez négativement lorsque l'on
vous traite de «symptôme», tout cela confirmera de toute façon, et «que vous le
voulez ou non» de manière «scientifique», la réalité de vos symptômes et de
votre inconscient. Cela me fait un peu penser à ce qu'écrivait encore Karl
Kraus : «les aliénés sont toujours reconnus par les psychiatres au fait
qu'après l'internement ils montrent un comportement agité.» Vous voyez : tout
est mis en œuvre par les psychanalystes pour que vous donniez, de vous-mêmes,
les confirmations que réclament leurs théories (1). La psychanalyse ne fait pas
offrande de sa «substance spirituelle» à son patient, (à part la camisole de
mots dans laquelle elle séquestre ses victimes, elle est vide de toute
substance) c'est le contraire : elle demande à ce dernier de déposer à ses
pieds, comme un sacrifice, les constituants de cette substance, et pousse le
culot jusqu'à une situation quasi tragi-comique où elle se targue de lui dire :
«Tu vois ? Je te l'avais prédit que tu me les donnerais !» (Bien qu'en réalité
il ne s'agit jamais de prédictions, mais toujours de rétro dictions (2) de ses «résultats»).
Elle demande à tout un chacun de se soumettre à la règle de l'inconscient,
sinon c'est l'infantilisation, la négation de votre personne.»Après avoir
découvert le sens d'une action, il faut faire admettre ce sens à ce patient.
C'est ce que Freud prétend faire. Il n'en est rien, ce que le psychanalyste
veut ce sont des aveux, obtenus par quelqu'un qui sait, avant toute enquête, ce
qui doit être, auprès de quelqu'un qui refuse d'admettre ce que l'autre veut
qui soit. Comme nous le savons cette résistance devient la preuve d'un
refoulement. On est exactement dans les procès bolchéviques. Il faut persuader
l'autre d'admettre une vérité dans l'intérêt du système dont il fait partie
grâce au transfert. Tout le sens de la technique est là.»
Lorsque vous entamez une discussion (avec l'illusion qu'elle sera honnête et fructueuse) avec un psychanalyste dont l'objet est la critique épistémologique de, par exemple, la théorie de l'inconscient, le psy, sentant que vos arguments sont susceptibles de mettre très largement à mal les élucubrations freudiennes...ne répond pas sur le terrain où vous l'attendez (bien sûr), celui de l'épistémologie, mais débute une stratégie (psy) de réponse, par la fameuse question : «avez-vous réfléchi d'où vous vient cette idée de critique de l'inconscient ?» (Réponse finalement attendue par lui : de votre inconscient...ou de toute autre cause confirmant des raisons psychanalytiques, de vos «pulsions» à critiquer la psychanalyse. Vous confirmez, sans le savoir, sans en avoir conscience, le bien fondé de la psychanalyse, même en lui opposant les arguments les plus efficaces.) Autre stratégie : il n'a rien écouté, ou d'une «écoute flottante», il a focalisé son attention sur les émotions, (procédé particulièrement humiliant et infantilisant, comme si vos arguments n'avaient aucune valeur, ou qu'une valeur infantile) à ce qui s'est dégagé émotionnellement de votre façon de parler, et tente de détourner le problème en vous disant, toujours de manière bienveillante, voire infantilisante : «...vous êtes très passionné lorsque vous en parlez», ou encore: «vous voyez que vous avez des émotions». Reprenant les thèses de Karl Bülher, Karl Popper soutient les arguments suivants : le langage a, au moins, 4 fonctions :
« 1) La fonction expressive, ou le langage considéré comme symptomatique de
l'état de l'organisme ;
2) la fonction d'appel, ou le langage considéré sous l'angle de sa capacité de
stimuler des réponses dans d'autres organismes ;
3) la fonction descriptive, ou le langage considéré comme décrivant des états
de fait (qu'ils existent ou non) ;
4) la fonction argumentative, ou le langage considéré comme moyen pour la
critique rationnelle (plutôt que pour la simple affirmation et
contre-affirmation). (...) la fonction argumentative, de même, n'est pas
réductible aux deux fonctions inférieures - exprimer et appeler -, bien que
tous nos arguments expriment et appellent. Ainsi, par exemple, la validité d'un
argument ne peut pas être réduite à sa force de persuasion (ce serait la
réduire à un appel efficace) un argument valide peut ne pas convaincre qui que
ce soit, tout comme des arguments invalides ont pu convaincre de nombreuses
personnes, et pendant de longs siècles. Ainsi, la description et
l'argumentation ne sont pas seulement des expressions et des appels. Une
théorie déterministe du langage exprimée en termes de lois naturelles ne peut
pourtant expliquer que ces deux fonctions inférieures : il lui faut concevoir
tout langage comme symptomatique, et toute réponse comme la réponse à un appel.
Il en va de même pour toute théorie qui a recours aux machines. Une machine à
calculer réagi à des appels reçus ; et les réponses qu'elle calcule sont autant
d'expressions, ou de symptômes, de ces états internes. Et, du point de vue du
déterminisme «scientifique», elles ne peuvent être rien d'autre. La différence
entre une machine qui ferait usage d'une méthode de calcul ou d'un argument
valides et une autre qui ferait usage d'une méthode invalide est située au-delà
de la portée de toute théorie qui se restreint à l'approche causale du
déterminisme «scientifique». C'est ainsi que le déterminisme « scientifique «
se voit obligé soit d'ignorer la différence entre les fonctions «supérieures»
et les fonctions «inférieures», soit d'affirmer la réductibilité de celle-là à
celle-ci. Mais l'une et l'autre de ses manières de procéder sont inacceptables,
et tout particulièrement parce qu'elles sont forcées d'exclure tant la fonction
que la structure de l'argumentation.» (In : Karl R. Popper, «L'univers
irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme». Edition : Hermann. Paris, 1984.
Pages 70, 71).
Comme on l'aura compris, a partir du moment où Sigmund Freud postule un déterminisme psychique absolu, il ne peut admettre qu'il y ait le moindre espace de non-sens psychique (comme le fait remarquer Jacques Bouveresse). Tout doit pouvoir être interprété (quand ce mot n'est pas volontairement confondu avec «expliqué») grâce à la théorie de l'inconscient et du refoulement inconscient. La théorie de Freud n'accepte donc aucun espace de «non-savoir» pour ce qui concerne (entre autre) le psychisme humain ! Evidemment, les psychanalystes pensent qu'il est possible de se «connaître soi-même» grâce à l'analyse, et d'avoir, in fine, une connaissance de son inconscient. Mais comme le démontre de manière dévastatrice Karl Popper dans le livre cité plus haut, je cite : « Connais-toi toi-même - c'est-à-dire connaissez vos limites - est un idéal (...) logiquement irréalisable. Puisque nous sommes des calculateurs, nous ne pouvons nous connaître pleinement, pas même toutes nos limitations, du moins, pas celles de notre savoir.» Popper, page 89.
Ainsi, comme le suggère Popper, que nous utilisons ici, on peut arguer du fait que le psychanalyste, «armé» de son déterminisme, va utiliser massivement l'argument conceptuel du «symptôme», qui n'est, par définition, que la manifestation d'une pathologie toujours décrite à la lumière de la théorie permettant de le relever, et donc qui ne peut être, d'emblée, la preuve formelle de la pathologie puisqu'il n'y a que la méthode expérimentale qui permette de corroborer que certains symptômes que l'on relève chez un malade, sont bien associés à une pathologie spécifique, par rapport à d'autres symptômes «concurrents» comparativement testés ! Parce que la logique de la découverte scientifique exige qu'au moins deux théories concurrentes soient en présence pour faire émerger de la connaissance. On n'apprend rien sur les chenilles, en observant une seule et unique chenille (Popper). Et en paraphrasant Popper, nous pouvons donc dire que l'on ne peut rien apprendre sur la manifestation symptomatique d'une pathologie sans tenter de la comparer avec une autre possible, hypothétique et concurrente.
En somme, le déterminisme freudien, permet d'observer, de justifier, d'inventer, de nuancer à l'infini n'importe quel «symptôme» qui se rapporterait au psychisme, et de trouver des confirmations en nombre illimité et d'une infinie subtilité (conséquence logique de son déterminisme), dans tous les cas pathologiques étudiés, sans pour autant que toute cette symptomatologie puisse être testée inter subjectivement !
Par conséquent, les psychanalystes croient
que ce qui fait l'immense force de leur doctrine c'est cette capacité à tout
interpréter, à trouver des confirmations partout, (et à prétendument
expliquer), sans jamais comprendre que c'est là que se trouve, au contraire,
toute sa faiblesse, ensuite la preuve flagrante de sa non-scientificité, et
enfin la nullité de son pouvoir d'explication.
Cette «méthodologie» rend la théorie freudienne, dans la plupart des cas,
certaine (irréfutable), sinon hautement probable (courant très peu de risque
d'être réfutée, grâce à l'emploi de certains stratagèmes). Or, comme le
démontre Popper, plus le degré de corroboration d'une théorie s'accroît à la
suite de tests intersubjectifs passés avec succès, plus son degré d'improbabilité
logique s'accroît également, c'est-à-dire que la théorie a d'autant plus de chances
d'être réfutée par l'expérience qu'elle revendique un pouvoir de prédiction
élevé (dépendant de son degré de corroboration).
En somme, la «logique» de l'attribution de la preuve par le psychanalyste, en
s'appuyant sur sa théorie du «symptôme révélateur» de l'inconscient ou d'un
refoulement inconscient a, toujours, la structure suivante (laquelle correspond
au fameux sophisme : «POST HOC ERGO PROPTER HOC», selon lequel si un événement
suit d'un autre, il serait causé par le premier) :
« Si (A) est vrai, alors, (B) l'est aussi. »
Exemples :
1°) «(A) : S'il est vrai que je résiste aux interprétations de mon analyste,
(B) : alors, il est vrai que j'ai un refoulement inconscient.»
ou bien :
«(A) : S'il est vrai que je viens de faire un lapsus linguae,
(B) : alors, il est vrai qu'il dépend d'un déterminisme psychique inconscient,
absolu, et excluant tout hasard.»
Ou encore :
«(A) : S'il est vrai que vous avez tel symptôme «psychique»,
(B) : alors il est vrai que la cause (cachée) de ce symptôme est inconsciente
et procède d'un refoulement inconscient.»
Ou bien encore (pour les irréductibles) :
«(A) : S'il est vrai que les hommes rechignent à ce que les femmes accèdent à
certains droits dans la Société,
(B) : Alors, il est vrai que la cause (cachée) de cette attitude est une peur
inconsciente de la castration.
Par conséquent, si la structure d'attribution de la preuve employée par les
psychanalystes est bonne, appliquons la dans les exemples qui suivent :
2°) «(A) : S'il est vrai que l'horizon est plat lorsque je l'observe de la
fenêtre de ma chambre,
(B) : alors il est vrai que la cause cachée (par analogie avec l'inconscient)
de la platitude de l'horizon, c'est que la Terre est aussi plate que l'horizon.»
Ou bien :
« (A) : S'il est vrai que Socrate est un homme et qu'il est chauve,
(B) : alors il est vrai que les hommes sont chauves.»
...Mais le psychanalyste croit que tout est réductible aux deux premières
fonctions du langage dans un échange, voire à la seule première fonction. Les mots
n'étant que des chewing-gums (Lacan), ce qui compte ce sont les émotions
exprimées, et parmi elles, celles qui confirment les théories de la
psychanalyse (celles qui ne les confirment pas à priori, finissent d'une
manière ou d'une autre par être «récupérées» par le filet théorique freudien,
filet aux mailles extensibles à volonté).
J'ai souvent constaté, que lors de ces prétendus échanges fructueux, le psy se
croit supérieur, il vous traite de haut, il me fait penser à ces personnes, qui
vous écoutent parler assises lourdement en prenant une pose empruntée, épanouie
et décontractée à l'excès (comme s'ils étaient parvenus à une espèce de
sérénité et de maturité archétypique avec leur potion), parlant sur un ton
exagérément calme, et en vous regardant comme si pour eux vous étiez totalement
prévisible, le tout agrémenté de ce fameux petit sourire fait de fausse
bienveillance, de fausse chaleur humaine, de fausse patience, de vrai mépris,
de vrai snobisme, d'authentique imposture...Quand ce sourire ne signifie pas
tout bonnement qu'il se moque, avant même que vous en parliez , de tous vos
arguments. «Les patients c'est de la racaille» disait Sigmund. Votre
super-interlocuteur assume sa super-théorie, laquelle autorise toutes les
pirouettes. Il en assume donc aussi la langue de bois. Ne pétez pas un plomb,
il aurait raison !
Le psy vous prend donc pour un imbécile. Ce n'est pas grave. Il ne vous reste
qu'à continuer de «résister» pour inverser les rôles afin qu'il comprenne que
l'on est toujours l'imbécile de quelqu'un, et que l'honnêteté n'est pas
forcément le symptôme d'une résistance.
Soyez donc heureux, souriez, vous faites désormais partie de la tribu.
La secte psy, où que vous soyez, vous lancera ses filets pour récupérer votre
dignité et votre fierté d'homme libre sous sa chape théorique irréfutable,
toute puissante, éternelle...Amen ! D'ailleurs il suffit d'écouter Dieu, en
personne, parler :
«Toute la théorie psychanalytique est construite sur la perception de la
résistance qu'oppose le patient lorsque nous essayons de lui rendre conscient
son inconscient.»
«Les hommes, dans leur ensemble, se comportent envers la psychanalyse comme
l'individu névrosé.»
«Ma situation a quelque chose d'effrayant car ce n'est pas une mince affaire
que d'avoir toute l'humanité comme patient.» (S. Freud) Freud s'est
probablement cru investi d'un destin messianique ? (Comme l'hilarant Raël ?)
...Mais certains, parmi les proches de dieu, on osé «résister», voici ce qu'ils
lui ont répondu :
« J'aimerais vous rendre attentif au fait que votre technique de traiter
vos élèves comme vos patients est une fausse manœuvre. Vous produisez par là
des fils-esclaves ou des gaillards insolents (Adler, Stekel, et toute la bande
insolente qui s'étale à Vienne). Je suis assez objectif pour percer votre truc
à jour. Vous montrez du doigt autour de vous tous les actes symptomatiques, par
là vous rabaissez tout l'entourage au niveau du fils ou de la fille, qui
avouent en rougissant l'existence de penchants fautifs. Entretemps vous restez
toujours bien tout en haut comme le père (...) Voyez-vous, mon cher Professeur,
aussi longtemps que vous opérez avec ce truc, mes actes symptomatiques ne
m'importent pas du tout, car ils ne signifient absolument rien à côté de la
poutre considérable qu'il y a dans l'œil de mon frère Freud. » (Jung).
S. Freud, in «Les illusions de la psychanalyse.» Jacques
Van Rillaer. Chapitre : «l'argument des résistances.»
Il n'y aurait donc pas âme qui vive (ou qui ait vécu, ou qui vivra...) qui
puisse échapper à la définition que donne Freud de l'inconscient (n'oublions
pas qu'il existe des définitions de l'inconscient inscrites dans des contextes
authentiquement scientifiques. Et j'ajouterais que je ne nie absolument pas
avoir un inconscient dont la définition serait donnée par quelque théorie, par
exemple, neuroscientifique).
L'humanité toute entière (passée, présente, et future) doit être psychanalysée
(sauf Freud lui-même ?), il n'y a strictement aucun moyen d'y échapper puisque
si vous niez l'existence de votre inconscient (freudien) c'est que vous
refoulez. Il ne reste plus qu'à répandre sur vous l'idée du symptôme. Quant à
l'amalgame qui sera fait entre ces prétendues constatations «scientifiques» et
le fait qui vous soyez fou ou malade mentalement, ne vous inquiétez pas, le
sens commun s'en charge, les psychanalystes le savent bien, et du reste, ils
comptent sur sa logique de bistrot pour l'aider à confirmer ses théories.
Mais une question cruciale peut encore être posée par ceux qui «résistent» et
ne veulent pas se laisser piéger : Comment une telle théorie de l'inconscient
qui ne peut être remise en question de quelque façon empirique que ce soit
peut-elle avoir un contenu ? Autrement dit : Quelles sont les limites
empiriques et testables de cette théorie qui, justement, permettraient d'en
baliser le contenu ? Et pour formuler le problème de manière plus
épistémologique : Quelle peut bien être la base empirique d'une théorie qui ne
peut admettre aucune classe d'énoncés contradictoires ? Les réponses à ces
questions se résument en une seule réponse : puisqu'aucun cas humain ne peut
échapper à la définition de l'inconscient que donne Freud, cette théorie n'a
donc pas de limite, par conséquent, elle n'a pas non plus de contenu empirique
qui puisse être balisable. Ceux qui ont fait l'effort de lire l'œuvre de Karl
R. Popper savent bien ce que tout cela implique : cela implique qu'une théorie
qui explique tout, en fait n'explique rien du tout. Ou, en d'autres termes, que
la théorie de l'inconscient de Freud n'est même pas un gaz, elle n'est rien
d'autre qu'un jeu de langue mouillée de salive hégélienne.
L'internaute psychanalyste avec qui j'ai échangé quelques propos acerbes, m'a
dit que je ferais mieux, notamment, de «feuilleter» Kant et Freud pendant les
vacances d'été. On pourrait répondre à ce monsieur que, premièrement il ferait
mieux de lire Popper avec attention, et, deuxièmement, que s'il pratiquait un «effeuillage»
de la théorie de l'inconscient de Freud comme j'ai tenté de le faire, il se
rendrait compte, que «le Roi est nu» !
Jacques Van Rillaer, dans le livre cité plus haut, IV° partie : «L'avenir
des illusions» :
«Une pratique de bavardage»
Tout récemment, dans le dernier numéro de la revue Ornicar (1979,
19 : 5s), le Président de l'Ecole freudienne de Paris (Jacques Lacan) déclarait
:
«La psychanalyse est à prendre au sérieux, bien que ce ne soit pas une
science. Comme l'a montré abondamment un nommé Karl Popper, ce n'est pas une
science du tout, parce que c'est irréfutable. C'est une pratique, une pratique
qui durera ce qu'elle durera.
C'est une pratique de bavardage.
Le mot bavardage implique quelque chose...Bavardage met la parole au rang de
baver ou de postillonner. Il la réduit à la sorte d'éclaboussement qui en
résulte.
Les mots font la chose, la chose freudienne, la crachose freudienne. Mais c'est
justement à l'inadéquation des mots aux choses que nous avons à faire...»
Publié par vdrpatrice à 11:21:19 dans Résistances... | Commentaires (0) | Permaliens
«...Freud estime avoir apporté (...) «une preuve incontestable de
l'existence (...)...» de l'inconscient et des instances de sa topique. Même si
l'on met entre parenthèses les critiques du caractère scientifique de la
psychanalyse, fondées sur un critère de démarcation comme celui de Popper; même
si l'on accepte de jouer le jeu en appliquant de bout en bout à la psychanalyse
les normes qui régissent les sciences, on peut émettre de sérieux doutes au
sujet de la validité de cette «preuve d'existence» offerte par Freud. En toute
rigueur, ni la cohérence explicative ni l'efficience pratique obtenue sous
l'hypothèse de l'existence d'une entité, n'en constituent une preuve
scientifique indubitable. Seule la démonstration que cette entité constitue la
seule explication possible d'un ensemble de phénomènes attestés serait
unanimement acceptée comme fournissant une telle preuve; on appelle cette
procédure idéale une inférence vers l'unique explication. (... Le problème est
que sur ce terrain de l'explication extrinsèque, mécanique et causale des
comportements, les thèses freudiennes rencontrent de sérieux concurrents, comme
par exemple la
neurophysiologie. Le système de la topique psychanalytique
n'est donc pas la seule explication disponible de ce type; de surcroît, la
question de savoir si elle est la meilleure, et selon quelle échelle de valeur
elle peut être tenue pour telle, reste largement ouverte.»
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique
et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 132.)
Toujours la même erreur : l'expérience subjective de la cure et les
confirmations que l'analyste et l'analysé y découvrent, prouveraient
« indubitablement « la réalité des processus décrits en théorie par la
psychanalyse...(Ou que : «post hoc, ergo propter hoc»). Mais c'est encore une
fois oublier que les confirmations qui sont toujours lues à la lumière de la
théorie qui permet justement de les relever ne prouvent pas que la dite théorie
a un contenu explicatif et empirique. Elles ne mettent pas la théorie en face
de son « état limite « (1). Les confirmations ne constituent pas, à elles
seules, la base empirique des théories. C'est l'existence d'une classe non vide
de falsificateurs potentiels ou énoncés de base, qui, s'ils sont confirmés ou
infirmés par un test, (indépendant, extra-clinique, et intersubjectif) révèlent
le contenu explicatif et empirique d'une théorie. (2) (Il est important de
préciser que la classe des énoncés de base d'une théorie universelle est
constituée de deux sous-classes : la classe des énoncés singuliers de base
compatibles avec la théorie, et la classe des énoncés incompatibles ou
contradictoires qui peuvent éventuellement corroborer une hypothèse falsifiante
de la théorie universelle. Par exemple, la théorie universelle «tous les cygnes
sont blancs» est dotée de la base empirique suivante : «il y a un cygne blanc à
tel endroit» et «il y a un cygne non-blanc à tel endroit, observable sous
certaines conditions initiales précises». De ces deux énoncés singuliers de
base, seul le dernier peut faire l'objet d'une hypothèse falsifiante, compte
tenu de certaines conditions initiales, de la théorie universelle : «tous les cygnes
sont blancs», il est le seul type d'énoncé de base à pouvoir rendre compte du
contenu explicatif et empirique de la théorie, en révélant sa limite.
Précisons, encore une fois, que l'on ne peut déduire aucun énoncé de base de
quelque énoncé universel que ce soit, sans conditions initiales nécessaires à
cette déduction. Popper : «...si l'on nous donne une théorie t et des
conditions initiales r, dont nous déduisons la prédiction p, l'énoncé de base
r.p. sera un falsificateur virtuel de la théorie et donc un énoncé de base.»
En effet, rien ne suit de directement observable de la simple formule : «tous
les cygnes sont blancs», il faut préciser, sous quelles conditions initiales on
observerait des cygnes blancs et, à fortiori, des cygnes non-blancs). L'expérience
de la cure ne permet donc pas de prouver que les théories qu'utilise l'analyste
comme fondement de ses procédés thérapeutiques, ont un contenu... Sauf si les
psychanalystes étaient en mesure de considérer que certains échecs répétés
constituent d'authentiques réfutations expérimentales de leur conception de
l'inconscient et de l'organisation psychique, ce qui n'en est rien, comme nous
le verrons par la suite.
L'argument qui s'apparente à la fameuse expression « et pourtant ça marche «
est évidemment fondé sur une autre erreur, très coriace à corriger dans nos
pays latins où la psychanalyse a toujours autant du succès : c'est l'erreur
positiviste reposant sur la croyance erronée (l'inductivisme) que l'on parvient
à justifier les énoncés universels au sens strict après l'observation d'un
grand nombre de confirmations ou que la validation de la connaissance procède
du particulier au général. Tout se passe comme si « mon expérience « de la cure
suffirait à prouver la vérité des énoncés généraux constitutifs de la psychanalyse. Mais
un grand nombre de confirmations, ou, en l'occurrence, de cures réussies, même
par des individus différents, ne prouveront pas que les théories de la
psychanalyse ont un contenu explicatif et empirique s'appliquant à la réalité
psychique. Il faut que les théories de la psychanalyse puissent être testées
indépendamment de tout risque de suggestion, d'influence de l'analyste sur
l'analysé. Précisons aussi qu'un autre argument, lui aussi largement employé au
niveau d'une réflexion du sens commun, se révèle tout à fait incapable de
fournir une base solide à toute justification et vérification d'énoncés
généraux. Cet argument repose sur la notion de probabilité. En effet, le sens
commun affirme volontiers qu'une thérapie «T» «marche» ou «marchera» ou « a
marché» (le mode d'emploi de ce verbe dénote bien sûr l'énoncé : «toutes les
fois que nous utiliserons cette thérapie cela marchera») sur la base d'un grand
nombre de «réussites» précédemment observées, lesquelles seraient l'argument indiscutable
d'un fort taux de probabilité de réussite (disons par exemple 99....%). Voilà
un argument des plus rigoureux semble-t-il, puisque se fondant sur la notion
mathématique de probabilité. Un fort taux de probabilité voulant exprimer ici,
de fortes chances de réussites futures, et en définitive, la «vérification» des
énoncés généraux que l'on soumet à cette appréciation. Mais tout ceci
s'effondre dans la mesure où lorsque nous disons qu'une théorie est «vérifiée»
parce qu'estimée probable dans 99...% des cas, nous ne pouvons omettre le fait
qu'il s'agit de cas observés nécessairement dans le passé, et que face à
l'infinité des cas non encore observés dans le futur, cette probabilité
impressionnante est mathématiquement égale à ZERO ! Les «cas observés» dont
nous parlons sont les observations empiriques ou cliniques effectuées à la
lumière de la théorie qu'ils sont censés étayer. Et comme nous l'avons déjà dit
plus haut, ils n'apportent aucune information supplémentaire sur le contenu de
la dite théorie. Les cures jugées «réussies» et confirmant simplement les
théories de l'analyste au cours de la cure psychanalytique ne permettent
d'apporter aucune information supplémentaire pour le jugement que nous
pourrions porter sur le contenu des théories de la psychanalyse.
Voici un autre argument afin d'essayer de comparer la situation de «testabilité»
dans laquelle serait la psychanalyse (pour les psychanalystes et les analysés
pour qui «ça a marché») avec la testabilité d'autres théories, scientifiques
celles-là, comme les théories constitutives d'un vaccin. Qu'est ce qui fonde
l'efficacité d'un vaccin ? Qu'est ce qui prouve la valeur empirique des
théories constitutives d'un vaccin ? Ce qui fonde l'efficacité d'un vaccin « A «
ce sont les théories, les diverses formules chimiques ou autres, qui ayant été
testées en laboratoire par leur mise à l'épreuve (tentative de réfutation) sur
un virus « B « , (supposant que les facteurs humains concernés et déjà reconnus
scientifiquement font partie des conditions initiales de la mise à l'épreuve et
sont donc considérées au moment du test comme « non problématiques «) n'ont pas
été réfutées par l'expérience de laboratoire. Si ces théories n'ont pas été
réfutées par la dite expérience, on suppose que le vaccin, son efficacité, sera
confirmée, selon certaines conditions initiales (par exemple certaines limites
d'utilisation du vaccin « A «), sur l'être humain. Mais ces confirmations,
aussi nombreuses soient elles n'apporterons rien de plus, en contenu explicatif
et empirique, sur la valeur des théories constitutives du vaccin « A «, seules
une ou des réfutations si possible (puisqu'un seul échec peut être considéré
comme purement accidentel), c'est-à-dire des échecs répétés, et reconnus par la
communauté scientifique, peuvent faire l'objet d'un questionnement sur
l'élaboration des théories constitutives du vaccin « A « et motiver la
nécessité de reformuler les théories constitutives du vaccin (si ce sont ces
théories qui sont considérées comme problématiques), ou les conditions
initiales du test (outils d'expérimentations, hypothèses sur les facteurs
humain, ou sur le virus) si ce sont elles qui sont devenues problématiques aux
yeux des scientifiques à l'issue des échecs de terrain répétés et constatés.
Dans le domaine de la pharmacologie clinique on distingue 4 phases nécessaires
d'expérimentation avant la mise sur le marché d'un nouveau médicament :
1) Une phase de première administration sur l'homme afin de définir la
posologie du médicament.
2) Des essais cliniques sur les maladies sélectionnées pour confirmer la
validité des posologies et les relations entre effets thérapeutiques et
médicament.
3) Définition des conditions exactes d'utilisation par la définition des
indications et contre-indications.
4) Suivi du nouveau médicament sur le marché pour mettre en évidence les effets
indésirables.
Ceci est pratiquement identique au cas évoqué précédemment, à savoir que tout
au long de ce processus, les confirmations positives n'apporteront aucune
information supplémentaire sur le contenu explicatif et empirique des théories
constitutives du médicament, seuls certains résultats négatifs et
reproductibles renseigneront efficacement les chercheurs. On objectera qu'un
psychanalyste peut aussi mettre à l'essai l'efficacité de sa thérapeutique sur
chaque patient, et que dans le cas de la psychanalyse, action thérapeutique et
recherche clinique, en quelque sorte, se confondent. Mais compte tenu des
aspects spécifiques de la thérapie psychanalytique, reposant essentiellement
sur le langage par l'utilisation de certaines verbalisations de l'analysé
sélectionnées par l'analyste en fonction des théories psychanalytiques qui sont
sensées être «testées», il est logiquement impossible pour l'analyste de
rechercher autre chose que des confirmations positives de ses théories, sauf à
considérer qu'au fur-et-à-mesure des «réfutations» observées, ses théories
doivent, les unes après les autres, être reconnues comme sans fondement. Par
ailleurs, puisque toute la psychanalyse repose sur la notion d'inconscient puis
de refoulement inconscient, inobservables empiriquement, accepter des «réfutations»
issues de la cure, reviendrait pour les psychanalystes, à accepter l'absence
totale de fondement de leur théorie de l'inconscient et du refoulement. Ils
sont donc contraints à adopter une conduite «épistémologique» visant à sans
arrêt rechercher des stratagèmes conventionnalistes (Popper) pour immuniser
leurs théories contre les réfutations. C'est de ce problème, que provient en
partie, le qualificatif de non-réfutabilité des énoncés de la psychanalyse.
« (...) Le résultat
de leur analyse est que l'observation qu'ils font d'un effet thérapeutique
positif sur la levée abréactive des refoulements, qu'ils interprètent dans le
sens de leur hypothèse thérapeutique, mène à la morale étiologique suprême qui
suit. Hypothèse étiologique (E) : un refoulement accompagné de la suppression
d'une charge affective est causalement nécessaire pour la pathogénèse initiale
et pour la persistance d'une névrose. Il est clair que cette hypothèse
étiologique E permet de déduire de façon valide la découverte thérapeutique
dont font état Breuer et Freud et qui est formalisée dans leur hypothèse
thérapeutique T : la levée cathartique des refoulements des souvenirs
traumatisants d'événements qui occasionnent les symptômes engendre la
disparition des symptômes. Et, comme ils nous le disent explicitement, cette
découverte thérapeutique est la «preuve» qu'ils avancent pour leur hypothèse
étiologique cardinale E. Mais je maintiens que cet argument inductif est vicié
par ce que j'aime à appeler le «sophisme de la pseudo-confirmation
hypothético-déductive grossière». (...) «Ainsi les récits psychanalytiques
sont-ils remplis de la croyance selon laquelle une scénario étiologique
hypothétique qui est inclus dans le récit psychanalytique de l'affliction d'un
analysé est rendu crédible uniquement parce que l'étiologie postulée permet
alors la déduction logique ou l'inférence probabiliste des symptômes
névrotiques qu'il faut expliquer.» (...)
Mais (...) le succès thérapeutique durable sur lequel Freud se fonde ne se
réalisa pas, comme il fut obligé de l'admettre à la fois au début de sa
carrière et à sa toute fin. Mais même dans les cas où un gain thérapeutique
transitoire a été obtenu, Freud n'a pas réussi à éliminer l'hypothèse rivale
rendant caduque l'attribution d'un tel gain à la levée des refoulements par
association libre, à savoir l'hypothèse menaçante de l'effet placebo, selon
laquelle ce sont les ingrédients du traitement autres que la compréhension des
refoulements du patient - comme la mobilisation par le thérapeute de l'espoir
du patient - qui sont responsables des améliorations ultérieures (...). D'autre
part, les autres analystes n'ont pas éliminé, eux non plus, l'hypothèse de
l'effet placebo au cours du siècle passé.» (In : Adolf Grünbaum. Revue Sciences et Avenir, n°127, juillet-août
2001. «L'inconscient à l'épreuve». Pages : 47, 49).
Mais comme l'a soulevé Adolf Grünbaum contre Karl Popper : pourquoi les
psychanalystes auraient-ils besoin d'immuniser leurs théories contre les
réfutations si celles-ci n'étaient pas réfutables ? En effet, il est démontré
que certaines théories de la psychanalyse sont réfutables, mais à quel degré ?
C'est-à-dire, sont-elles intersubjectivement réfutables comme le veut
l'épistémologie poppérienne, et quel est le degré de testabilité ? A la lecture
de ce qu'écrit Eysenck, on peut légitimement se demander si les différentes
expériences proposées par certains psychanalystes pour tester leurs théories,
respectent rigoureusement la méthode scientifique. Or, il apparaît que non,
dans quasiment tous les cas. Ensuite, les quelques théories psychanalytiques
qui ont pu être testées, ont, selon Grünbaum, été réfutées. Quoiqu'il en soit
de la controverse entre Grünbaum et Popper au sujet de la réfutabilité de la
psychanalyse, et donc de son accès au statut de science empirique, nous
donnerons, malgré certains arguments indiscutables de Grünbaum, encore
nettement raison à Karl Popper (d'ailleurs, Grünbaum lui-même, reconnaît dans
son livre «la psychanalyse à l'épreuve», le recours à des stratagèmes
immunisateurs des psychanalystes pour sauver leurs théories), en raison de la
revendication d'un déterminisme psychique absolu par la théorie de
l'inconscient freudien, et surtout en raison de la conception erronée et aussi
le rejet sans équivoque de la méthode expérimentale par les psychanalystes
contemporains, je cite par exemple : «Il n'est pas scientifique de recourir,
pour vérifier l'hypothèse de l'inconscient, à des procédures qui le nient, et
il est problématique de critiquer la rigueur méthodologique des recherches
expérimentales en donnant à penser qu'avec un peu plus d'application le
singulier pourrait se laisser appréhender par cette voie».
(http://www.seinemedia.com/manifestepourlapsychanalyse/article?id=38).
Comme je viens de le démontrer les confirmations positives (dans un sens
inductiviste) ne prouvent rien. Absolument rien. Seules les réfutations
réussies ou les échecs lors de tentatives de réfutations de théories mises à
l'épreuve, prouvent que les théories testées ont un contenu.
On peut contester, qu'un seul individu peut constituer, (du fait de sa
complexité faisant aussi son originalité), à lui tout seul, une expérience
cruciale ou un test sévère et indépendant pour le vaccin « A « (ou pour la
thérapie «... «) parce qu'il possèderait en lui-même assez de contenu pour «demander»
à la théorie du vaccin «A» quelque chose d'inédit quant à son efficacité, et
qu'il est possible d'inférer inductivement la validité générale d'une théorie
si le cas individuel ne la réfute pas, ou si « ça a marché «. On pourra aussi
objecter le fait que «l'on n'inocule pas la psychanalyse à un patient comme on
inocule un vaccin» ! Pourtant, le psychanalyste, tout comme le médecin qui
vaccine une personne malade, espèrent tous les deux que l'application, sur leur
malade, d'un certain produit, se traduira par sa guérison. Ce produit, ne peut
être, dans les deux cas, que le fruit de théories générales qui ont permis de
le fabriquer, de l'imaginer, qu'il soit constitué par des repères plus on moins
stricts sur les décisions que le thérapeute analyste jugera devoir prendre au
cours d'une cure pour guérir l'analysé, ou par cette substance que l'on
injecte...
Certes, si le vaccin « A « ne marche pas sur un cas, c'est aux scientifiques
qui ont conçu le vaccin de prendre une décision pour savoir s'il faut
considérer ce « cas « comme un falsificateur potentiel, qui se trouve en
l'occurrence vérifié, de la théorie du vaccin, pour que les scientifiques
considèrent qu'il y a dans « ce cas là « l'élément d'information suffisant pour
constituer une falsification de la théorie générale du vaccin (tout comme il y
aurait dans l'énoncé singulier « voici un cygne noir « assez d'éléments
d'information reconnus par la communauté scientifique pour falsifier la théorie
générale « tous les cygnes sont blancs «). Mais une réfutation de ce genre,
comme du reste toutes les réfutations empiriques, prouve seulement que la
théorie générale est fausse et qu'elle doit être reformulée, parce que dans sa
formulation initiale elle avait un contenu insuffisant pour englober le cas qui
la réfute. Elle
était donc d'un niveau d'universalité insuffisant par rapport à la nouvelle
formulation qui l'a supplantée.
Par conséquent, lorsqu'une équipe médicale va sur le terrain avec un nouveau
vaccin, elle s'attend à voir des confirmations de la théorie du vaccin et pas
des réfutations. Cela veut dire que normalement, on ne met pas sur le circuit
un vaccin qui ne risque pas de trouver un grand nombre de confirmations, ces «
confirmations « que sont les individus sur lesquels le vaccin fonctionne
doivent être « totalement « (par un énoncé universel au sens strict portant sur
« tous « les cas présents, passés et futurs) anticipées par la théorie, elles
ne sont pas des éléments nouveaux pour la théorie, lesquels pourraient la
mettre à l'épreuve. Ces confirmations ne permettent donc en rien de REVELER le
contenu de la théorie du vaccin, ou la limite de son efficacité. Seule une
réfutation reconnue REVELE le contenu de la théorie du vaccin ou la limite de
son efficacité. Ce n'est qu'à partir du moment où une théorie générale, quelle
qu'elle soit, s'est révélée réellement fausse par la confirmation d'un de ses
falsificateurs potentiels, que l'on peut avoir une information réelle,
supplémentaire, sur son contenu de vérité.
Notre démonstration peut paraître mal adaptée...parce que le cas de la
psychanalyse est encore plus précaire que le cas de la validation des vaccins.
Parce qu'il n'y a aucune expérience de laboratoire possible des théories de la
psychanalyse avant leur application sur le « terrain de la cure « où elles
pourraient être CONFIRMEES ! Il n'y a aucune expérience de ce genre possible à
cause du fameux problème du déterminisme prima faciae et absolu excluant tout
hasard psychique avant toute expérience scientifique, c'est-à-dire excluant la
possibilité d'existence de toute classe de falsificateurs potentiels de la
théorie de l'inconscient freudien, qui se trouve donc condamnée dès le départ à
une énorme erreur, une erreur caricaturale et fondamentale : celle qui consiste
à trouver partout des confirmations, et à être formulée (à l'aide du
déterminisme psychique) pour ne jamais être mise en échec. On pourra contredire
notre argument en invoquant le fait que, malgré tout, des expériences
extra-cliniques ont déjà été faites à partir de théories psychanalytiques, mais
comme le souligne Eysenck, dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous les
cas, les expérimentateurs ont négligé des hypothèses alternatives, et, selon
nous, pour que ces expériences aient été possibles, il a fallu nécessairement
s'écarter des postulat initiaux de Freud, comme le déterminisme psychique
absolu et prima faciae, avec lequel aucune théorie n'est testable puisqu'il est
impossible de satisfaire au «principe de responsabilité» dont parle Popper dans
«L'univers irrésolu...», c'est-à-dire de trouver des conditions initiales de
testabilité qui soient «suffisamment précises», en conformité avec les
exigences du déterminisme absolu revendiqué par Freud, et jamais démenti par
aucun psychanalyste qui lui ait succédé.
Freud a donc créé lui-même une circularité, le propre piège de la psychanalyse,
un piège qui lui interdit toute efficacité thérapeutique avant même d'avoir pu
commencer, qui l'oblige aux artifices du langage , à la rhétorique, et il est
vrai, un grand art pour pouvoir presque toujours retomber sur ses pattes...et
c'est précisément là que cela ne «fonctionne plus» parce qu'une véritable
science et un chercheur honnête et scrupuleux dans ses méthodes, ne peut
justement jamais toujours « retomber sur ses pattes «, il y a toujours la
possibilité ouverte d'une réfutation. Or, les cauchemars constituaient une
réfutation possible de la théorie des rêves (hypothèse auxiliaire de la théorie
de l'inconscient, « noyau dur « du programme de recherche de Freud (Lakatos)),
mais au lieu de considérer que la théorie des rêves était réfutée, Freud a
utilisé un stratagème ad hoc visant à dire que les cauchemars étaient des rêves
d'angoisse. Comme le souligne Imre Lakatos dans son livre « histoire et
méthodologie des sciences «, la « méthode « employée par Freud ne lui permet
pas de révéler le contenu réel de ses théories puisqu'il invente les hypothèses
toujours en réponse aux faits et sans jamais en prédire de nouveaux. En
d'autres termes, la théorie psychanalytique ne permet jamais à Freud de faire
de véritables prédictions, mais seulement des rétrodictions.
Par conséquent, l'argument des psychanalystes selon lequel les théories de la
psychanalyse apparaîtraient comme indubitablement vraies qu'à celui qui a fait
une analyse, n'est pas recevable, parce que celui-là ne pourra que relever des
confirmations du type de celles que nous venons de décrire. Cet argument est
donc, en lui-même, une escroquerie, puisque l'on gruge celui qui est prêt à y
croire en utilisant le mode de pensée le plus usuel, celui du sens commun,
justement enclin à croire aux confirmations positives et fonctionnant plus
volontiers selon le mode inductiviste. C'est l'argument typique des charlatans
(Essayez , essayez ma mixture, mon elixir, mon philtre magique, vous m'en direz
des nouvelles !) Jacques Benesteau, nous en parle dans son livre «Les mensonges
freudiens» en écrivant que cet argument consiste à affirmer que : «pour apprécier
Mozart il faudrait être compositeur, ou pour apprécier une omelette, être
capable de pondre des œufs.» On gruge les gens en utilisant un procédé créateur
de leur croyance qui s'accorde le mieux avec leur mode de raisonnement, et la
capacité de critique dont ils disposent le plus souvent, laquelle se fonde en
partie sur des connaissances épistémologiques qu'ils ne possèdent pas dans la
majorité des cas. Le geste est grossier, usité, vieux comme le monde, il
consiste tout simplement à «aller dans le sens du poil» et c'est pour cela
qu'il fonctionne à merveille. Et puisque certaines archives de Freud ne seront
ouvertes aux investigations des historiens qu'en l'an 2113, pour certaines
d'entre elles, et compte tenu de la complexité des connaissances épistémologiques,
les freudiens sont tranquilles : ils savent qu'ils pourront encore pendant
longtemps perpétuer leurs dogmes, adorer leur totem de l'inconscient et faire
avaler des couleuvres en jouant, tels des fakirs, les avaleurs de sabres,
quand, grâce à leur rhétorique en bois, ils parviennent à absorber toutes les
critiques.
Le lieu de la cure individuelle n'est donc pas le lieu qui permet à la
psychanalyse de prouver le contenu de ses théories ou des théories qui fondent
l'action thérapeutique de l'analyste. Le seul endroit où la psychanalyse
pourrait prouver que ses théories ont un contenu serait une situation de
laboratoire, où les conditions initiales des tests que l'on pourrait construire
seraient intersubjectivement contrôlables et manipulables. Une situation dans
laquelle le concept d'inconscient, par exemple, serait isolé, autant que
possible, des stratagèmes d'immunisation pratiqués par les psychanalystes.
Inutile de préciser que le Divan, situation subjective s'il en est, ne peut, en
aucun cas, constituer un laboratoire pour la psychanalyse. En
effet, en pareille situation, le psychanalyste peut injecter tout et n'importe
quoi (suggestion, manipulation affective, etc.) dans la relation que le lie à
l'analysé, et surtout, il fait lui-même partie des incontrôlables conditions
initiales dont il ne peut être indépendant et avec lesquelles il va appréhender
son patient, pour tenter d'examiner, sélectivement, les aspects de son
psychisme. Dans de telles conditions il ne peut pas garantir et soumettre à un
contrôle le fait que les théories, (consciemment formulées ou non), qu'il a
choisies pour «regarder» son patient, ne sont pas l'objet d'incessants
stratagèmes pour les remodeler afin d'éviter qu'elles ne s'adaptent pas à ce
qu'il recherche par le regard qu'il a sur son patient, et qu'elles réussissent
toujours à expliquer, interpréter, voire créer, avec la complicité du patient
(Cf. Borch-Jacobsen, in «Folie à plusieurs»), le fait pathologique. Comme nous
l'avons déjà dit plus haut, lorsqu'un échec à lieu au cours de la cure, nous
voulons dire quelque chose qui peut remettre en question un des grands concepts
théoriques de la psychanalyse, il ne s'agit nullement d'une réfutation, mais de
la preuve d'une absence de fondement. Ce point là est tout à fait crucial. Les
échecs en psychanalyse ne réfutent pas les théories de la psychanalyse, ce qui
lui permettrait de faire de véritables progrès, ils prouvent leur absence de
fondement. De plus, disons encore une fois qu'il est impossible de répéter et
de contrôler intersubjectivement ces pseudo-réfutations psychanalytiques en
contrôlant les conditions initiales de la répétition intersubjective, dans
d'autres cas, sur d'autres divans, car c'est aussi la subjectivité,
omniprésente en psychanalyse, qui lui empêche d'être une Science. «L'histoire
de la psychanalyse est celle d'un perpétuel conflit d'interprétations - libido
contre protestation virile, Oedipe contre trauma de la naissance, inceste
fantasmé contre abus sexuel réel, mère œdipienne contre père symbolique, etc. -
et il serait vain de vouloir chercher dans ces controverses un quelconque
développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès de la psychanalyse»
n'est le plus souvent que la dernière interprétation en date ou la plus
acceptable dans un contexte institutionnel, historique ou culturel donné.» (In:
Mikkel Borch-Jacobsen. Folies à plusieurs. Le psychanalyste en caméléon.
Edition : les empêcheurs de penser en rond. Le Seuil, mars 2002, page 315).
Conclusion :
«Post hoc, ergo propter hoc». Ceci est le sophisme célèbre qui affirme que
parce qu'un événement suit d'un autre, il serait causé par le premier. Les
arguments de ce type sont à l'origine de beaucoup de croyances magiques et de
superstitions. Mais si l'on affirme qu'un événement (B), qui suit de (A), est
causé par (A), on peut aussi affirmer que cet événement (B) est vrai, ou
vérifié, parce que (A) est, au départ, considéré comme vrai, si (B) suit de
(A). Ce qui revient à affirmer que :
« Si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi. » [mais, dans le cas de la psychanalyse, sans jamais apporter de preuve indépendante que la vérité de (A) impliquerait celle de (B)].
L'affirmation qui précède, revient à faire une affirmation selon le sophisme «post
hoc, ergo propter hoc».
Donnons quelques exemples afin de démontrer que l'argument des analystes
freudiens et de leurs analysants, selon lequel les réussites des analyses «prouveraient»
ou «valideraient» les théories de la psychanalyse :
Ex 1. : « S'il est vrai que je résiste aux interprétations de mon analyste (A)
; alors, il est vrai que ces résistances sont causées par des refoulements
pathogènes inconscients et non encore liquidés (B).»
Ex 2. : « S'il est vrai que les hommes rechignent à accorder aux femmes les
mêmes droits qu'eux (A) ; alors, il est vrai que c'est une peur inconsciente de
la castration qui en est la cause (B).»
Ex 3. : « S'il est vrai que j'ai guéri de mes névroses après mon analyse
freudienne (A) ; alors, il est vrai que les théories de la psychanalyse sont
validées et ont prouvé leur efficacité (B).»
Mais, si l'affirmation générale que nous avons donnée plus haut, et selon
laquelle : «si (A) est vrai ; alors (B) l'est aussi» est valide et nous permet
de prouver que (B) est bien causé par (A), ou que la vérité de (A), entraîne
nécessairement celle de (B), si (A) et (B) se succèdent, alors l'exemple qui
suit peut parfaitement illustrer comment (B) serait «prouvé» par (A) :
Ex 4. : « S'il est vrai que l'horizon est plat lorsque je le regarde de la
fenêtre de ma chambre (A) ; alors, il est vrai que la cause cachée (par
analogie avec l'inconscient) de la platitude de l'horizon, c'est que la Terre
est aussi plate que l'horizon (B).»
L'argument de la cure est donc un jeu de dupes où Freud a su forcer la raison
critique à jouer souvent à colin-maillard, voire à s'engager dans un labyrinthe
dont il lui est parfois très difficile de sortir après cette chasse au minotaure
qu'est l'inconscient. Mais heureusement, c'est grâce aux «résistances» ou au
génie de certains auteurs (Wittgenstein, Popper, Lakatos, Bouveresse, Kraus,
Van Rillaer, Debray-Ritzen, etc.) que la vérité, a une fois encore réussi à
retrouver son chemin. L'argument des psychanalystes repose donc sur la vieille
croyance erronée et inductiviste du progrès des connaissances objectives, elle
s'apparente à la théorie de la connaissance du sens commun (au cours de la cure
mon bon sens devrait m'ouvrir les yeux sur la prétendue indubitabilité et
universalité des processus tels qu'ils sont décrits par les psychanalystes) et
c'est, comme nous l'avons dit plus haut, pour cette raison qu'elle « accroche «
facilement « des êtres constitués comme nous le sommes « (Jacques Bouveresse),
c'est-à-dire des êtres à la recherche de régularités, de confirmations, de
connaissances absolument certaines et « indubitables « qui semblent s'accorder
au mieux avec la force de l'évidence donnée par l'observation de certains
faits. Mais l'évidence, (ainsi que le voudraient sans doute les psychanalystes
et les analysés pour qui «ça a marché», pour proclamer la réalité de
l'inconscient à partir de certaines «confirmations») n'a jamais été un guide
fiable pour les scientifiques. En effet, quand j'ouvre ma fenêtre, et que je
regarde l'horizon, il semble évident que celui-ci est plat, il n'en faut pas
moins, si l'on suit la logique des psychanalystes freudiens (laquelle consiste
à croire, que la cause d'un phénomène doit ressembler au phénomène lui-même),
pour confirmer que la Terre est aussi plate que l'horizon...c'est évident !
Notes :
(1) 1°) : Si quelqu'un nous dit qu'une certaine chose empirique, de l'eau par
exemple, (représentée par un terme universel), est présente partout, ou
universellement observable (vérifiable), dans la totalité de l'espace et du
temps, cela revient à affirmer, en quelque sorte, que cette chose est «tout» ,
et ne se distingue d'aucune autre par des limites spécifiques qui lui donneraient
un contenu qui lui serait propre. Puisque cette chose n'aurait pas de
limite spécifique, donc pas de contenant pour nous permettre de distinguer
son contenu, alors c'est que cette chose n'existerait pas empiriquement.
Il est important de s'apercevoir, que lorsque nous supprimons les limites, ou
le contenant, d'un concept (universel) «X» (tout ce qui est «non-X»),
nous rendons ce concept logiquement irréfutable, mais aussi vide de tout
contenu explicatif et empirique (en prétendant qu'il n'y a aucun non-sens
psychique, ou que le hasard psychique n'existe pas au niveau d'une causalité
inconsciente, et en ne donnant aucun cas humain qui puisse se soustraire à la
définition de l'inconscient, Freud, supprime le contenant du terme «inconscient».
Sous l'acception freudienne, le terme universel, «inconscient», n'a aucune
limite explicative testable. Sous cette même acception, ce terme est donc vide
de tout contenu empirique. Et Freud renforce encore l'irréfutabilité et
l'apriorisme dogmatique de sa conception de l'inconscient, en affirmant que
cette prétendue base ultime de notre vie psychique est justifiable, en tant que
telle, par le postulat ontologique d'un déterminisme mental prima faciae et
absolu. Ce que nous voulons dire, ici, c'est que, même si l'énoncé : «Tous les
hommes ont un inconscient du type freudien», est logiquement réfutable, c'est
Freud, qui en modifiant la nature du terme inconscient, fait que cette théorie
devient empiriquement irréfutable). Par conséquent, ce qui nous permet
d'observer de l'eau, (ou n'importe quelle autre objet du monde empirique) c'est
le fait apparemment paradoxal, que les termes universels sous lesquels sont
caractérisés les objets du monde réel, sont réfutables, et invérifiables
universellement, car même un grand nombre d'énoncés singuliers tels que «voici
de l'élément X» (ici et maintenant), ne peuvent vérifier définitivement qu'il y
aura toujours de l'élément «X». C'est-à-dire que les énoncés universels ou les
lois auxquels doivent répondre les caractéristiques propres à cet élément «X»
(définissable par un certain terme universel) pour lui permettre d'exister dans
le réel, sont réfutables du fait de leur forme logique, et peuvent être
éventuellement réfutées, et modifier ainsi notre système d'attentes perceptives
concernant cet élément «X». Karl R. POPPER: «...Nous ne pouvons exprimer
aucun énoncé scientifique qui n'aille au-delà de ce qu'on peut connaître avec
certitude «sur la base de l'expérience immédiate». (L'on peut se référer à ce
fait comme à la «transcendance inhérente à toute description.») Chaque fois que
nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels;
tout énoncé a le caractère d'une théorie, d'une hypothèse. L'énoncé «voici un
verre d'eau» ne peut être vérifié par aucune espèce d'observation. En effet,
les termes universels qui apparaissent dans cet énoncé ne peuvent être mis en
corrélation avec aucune expérience sensible spécifique. (Une «expérience
immédiate» n'est «donnée immédiatement» qu'une seule fois; elle est unique.)
Par le mot «verre», par exemple, nous dénotons des corps physiques qui
présentent un certain comportement régulier (quasi légal) ceci vaut également
pour le mot «eau». Les termes universels ne peuvent être réduits à des classes
d'expériences; ils ne peuvent être «constitués». (Karl R. POPPER, in: «La
logique de la découverte scientifique.» Chapitre 5: «Le problème de la
base empirique.» Section 25: «L'expérience perceptive comme base empirique: le
psychologisme.» Édition: Payot. Page: 94.
2°) : Si nous affirmons maintenant et sans plus de précision concernant, par
exemple, quelques coordonnées spatio-temporelles, que : (A)»il y a de l'eau».
Comme on le voit, (A), en tant qu'énoncé existentiel au sens strict, est
irréfutable et «vérifiable», car on ne peut observer toute la partie du temps
et de l'espace pour vérifier que l'eau n'existe pas. De la même façon, on peut
formuler l'énoncé suivant « (A') «il y a un inconscient freudien» à titre de
conjecture et considérer que cet énoncé est confirmé par des événements jugés
caractéristiques que nous aurons observés ou analysés, mais toujours à la
lumière de cet énoncé. Mais dans ces conditions, (A') est toujours vérifiable
(confirmable) et irréfutable, et c'est d'ailleurs sous cette forme logique
qu'il faut entendre et aborder la théorie de l'inconscient freudien telle
qu'elle a toujours été présentée et défendue par les psychanalystes.
Par contre l'énoncé universel au sens strict : (B) «toutes les fois que
certaines conditions seront réunies, de l'eau tombera sous forme de pluie», est
invérifiable universellement et réfutable, car nous ne pouvons observer toute
la partie du temps et de l'espace pour vérifier que rien n'existe qui soit
exclu par cet énoncé. (Popper).
L'énoncé, «il y a de l'eau», ou «il existe de l'eau», se distingue de l'énoncé,
«voici de l'eau», car les formules, «il y a...X» ou «il existe...X», font
références à des quantités indéfinies de «X» dans l'espace et le temps, si
toutefois nous ne précisons aucune coordonnées spatio-temporelles, comme dans
un énoncé universel au sens strict.
A l'opposé, la formule, «voici...X», fait référence à une quantité de «X», ici
et maintenant, c'est-à-dire selon des coordonnées spatio-temporelles définies.
En conséquence, tous les énoncés précédés de, «voici...», sont des énoncés
existentiels singuliers et pas au sens strict. Ces énoncés disent «qu'il y a
telle chose «X», ici et maintenant», ou qu'il existe cette chose «X» ici et
maintenant, ils ne disent pas si cette même chose serait encore présente dans
le futur, ou l'était dans le passé. C'est la raison pour laquelle, ce dernier
type d'énoncé ne peut vérifier un énoncé universel au sens strict par la seule
expérience sensible qu'il représente». Par voie de conséquence, c'est aussi la
raison pour laquelle une seule cure analytique réussie («voici une cure «X»,
comportant telles caractéristiques, qui est réussie parce qu'elle a permis la
disparition définitive de symptômes spécifiquement traités»), ne permet pas de
vérifier l'énoncé universel au sens strict selon lequel la thérapie analytique
est (toujours) efficace. Et il en va de même pour toutes les formes de
thérapies, quelles qu'elles soient, prétendant prédire une guérison quelconque,
qu'elle que soit la pathologie concernée, dans n'importe quel domaine.
On aura remarqué que les énoncés, «Il y a...X, ici et maintenant» et «voici...X»
sont équivalents.
Ce qui rend les choses observables, empiriques, c'est l'existence possible d'un
contenant, qui a lui aussi une existence empirique, observable. Nous ne
pouvons prétendre qu'une chose a une existence ou une réalité empirique
quelconque si nous prétendons qu'elle peut se trouver partout, qu'elle est
toujours vérifiable, c'est-à-dire, dans le cas de la théorie de l'inconscient,
qu'elle n'a pas de contenant qui puisse nous la révéler en tant que... contenu.
Nous ne pouvons connaître le Bien que parce que nous lui connaissons une limite
«empirique» : le Mal. Autrement dit, nous ne pouvons savoir que telle action
est bonne que si nous disposons, à priori, d'une référence sur quelque action
mauvaise. Nous savons qu'agir de telle manière est «bien» parce que nous
supposons, à priori, qu'agir d'une autre manière sera «moins bien» ou carrément
«mauvais», compte tenu de certaines conséquences possibles. Sans cette
nécessaire opposition, aucune action jugée bonne ou mauvaise n'existerait. «moyennement
bien», n'est plus le «Bien» absolu et en constitue déjà une limite. Il ne peut
exister que le Bien, sans aucune forme de Mal, ou l'inverse, parce qu'alors ni
l'un ni l'autre n'existerait dans notre monde empirique sous une quelconque
manifestation et nous ne serions capables de distinguer ni le Bien ni le Mal :
il n'y aurait aucun système de valeurs morales. Il en va de même pour les
notions de chaud ou de froid, ou pour toute autre notion ou concept relatif à
notre monde empirique. Nous faisons cette démonstration, parce que pour les
psychanalystes, depuis Freud, il n'y a aucun cas humain (passé, présent et
futur) qui ne puisse vérifier leur théorie de l'inconscient, les psychanalystes
ne précisent pas dans quelle mesure cette théorie de l'inconscient pourrait
être réfutée, ils ne voient, ou ne donnent à voir que ce qui peut confirmer
positivement leur théorie, même les arguments critiques contre leur théorie
sont interprétables, en tant que «résistances», comme des confirmations. Nous
ne parlons pas de la théorie du refoulement, ou des autres théories comme les
névroses, sur les rêves, ou certaines «conséquences» possibles de la théorie
comme la psychosomatique, etc., mais uniquement de la théorie qui est à la base
de tout ce qui précède, (y compris du refoulement lequel est pour Freud un
processus inconscient empêchant la prise de conscience du matériel pathogène
inconscient), la théorie de l'inconscient psychique Freudien.
(2) (Cf: Karl R. Popper. «La logique de la découverte scientifique.» Edition :
Payot. Pages : 84 à 86.)
Publié par vdrpatrice à 11:20:20 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
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