« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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<< "Freud et Joshué : la suppression de la censure." | Un résumé de la véritable méthode scientifique. | Adolf GRÜNBAUM contre Karl R. POPPER. (Un bref aperçu de la controverse...). >>
Pour un résumé de Karl R. Popper lui-même, outre «La logique de la découverte scientifique», le lecteur pourra avantageusement se reporter au livre suivant : «Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance» (Karl R. Popper, «La méthode de falsification empirique». Edition : Hermann, 1999, pages : 450 à 454).
Citations tirées du livre de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani : «Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse.» Edition Les Empêcheurs de Penser en Rond, Le Seuil, Chapitre 2, pages 171 à 174 :
- Adolf WOHLGEMUTH : « On trouve partout [chez Freud] une ignorance
quasi complète de la littérature et des résultats de la psychologie moderne, de
la méthode expérimentale et de la logique.»
- Erwin STRANSKY, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « L'ignorance
systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de
s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédience
psychanalytique.»
- William STERN, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : « Les
psychanalystes, qui reprochent régulièrement à leurs adversaires leur ignorance
professionnelle, travaillent eux-mêmes dans ce domaine [la psychologie de
l'enfant] en dilettantes complets ; la recherche scientifique sur les enfants
on bien n'existe pas pour eux, ou bien est soumise à toutes sortes de
remaniements interprétatifs jusqu'à ce qu'elle puisse être rattachée à leur
système conceptuel.»
- Morton PRINCE : « Dans la poursuite de ces recherches
[psychanalytiques], on a trop négligé de très nombreux faits et données
psychopathologiques accumulés par les patientes recherches d'autres
observateurs. C'est un peu comme si un bactériologiste avait limité ses
recherches à l'étude d'un seul bacille et avait négligé la masse de connaissances
acquises dans le domaine bactériologique dans son ensemble.»
- Alfred HOCHE : « Comment un tel mouvement [psychanalytique] est-il
possible ? Sans aucun doute, la condition négative en est d'abord et avant tout
le manque de sens historique et de formation philosophique des adeptes portés
au fanatisme de la doctrine.»
Lorsque les hommes de science veulent améliorer leurs connaissances objectives d'un problème ou d'un phénomène particulier, ils doivent tout d'abord posséder une théorie qui tente d'expliquer le problème en question. Ils doivent donc émettre une conjecture explicative du problème qui prendra la forme d'un constat d'une certaine régularité. Par exemple : «il semble que toutes les fois que certaines conditions sont réunies, nous obtenons tel phénomène chimique ou biologique...». Comme on le voit cette première conjecture, ce point de départ, doit prendre la forme d'un énoncé universel. Dans un contexte authentiquement scientifique, cette première approche du problème à résoudre, formulée, comme nous l'avons dit, en conjecture d'une certaine régularité, dépendra fortement du «savoir acquis» déjà corroboré. Ce savoir participe à l'approche du problème dans la construction de la nouvelle conjecture en permettant aux scientifiques de «voir» ce nouveau problème parce qu'ils peuvent formuler des hypothèses sur les conditions initiales de son apparition. Le «savoir acquis», est donc nécessairement partie constitutive du système d'attentes perceptives objectif des scientifiques sur le problème étudié.
Ensuite, ils doivent rechercher les moyens d'améliorer les pouvoirs explicatifs de leur conjecture en en augmentant le contenu empirique corroboré, c'est-à-dire en augmentant le contenu de ce qu'elle peut dire du problème à résoudre ou du phénomène à expliquer. Pour cela, et ainsi que le montre Popper dans «la logique de la découverte scientifique», la méthode scientifique revient toujours à essayer de mettre à l'épreuve la théorie en lui demandant de prédire qu'elle ne sera pas réfutée si on lui oppose une autre théorie concurrente. Par cette mise à l'épreuve de son contenu explicatif et prédictif, les scientifiques espèrent que leur théorie sera corroborée (le sens commun aime dire, à tort, «confirmée», ce qui laisse souvent croire que les scientifiques recherchent activement des «confirmations» ou des «vérifications» plutôt que des réfutations). Mais ils savent que tenter de réfuter est inévitable et nécessaire pour apprendre quelque chose de nouveau, ils savent que même en cas de réfutation de leur théorie, le savoir progressera aussi. En d'autres termes, le pouvoir informatif et explicatif d'une théorie (son contenu empirique) progresse s'il parvient à résister à la prédiction de nouveaux faits qui pourrait la réfuter en l'obligeant à être reformulée donc à être reconnue comme fausse dans sa formulation initiale.
Par conséquent lorsque les scientifiques
veulent essayer de réfuter une théorie, ce qui constitue bien leur méthode de
travail, ils tentent de dériver (ce processus de dérivation est exclusivement
déductif et ne peut jamais relever d'une quelconque induction) de sa base
empirique, constituée par la classe des énoncés de base de la théorie, un
énoncé contradictoire susceptible d'être soumis à un test : un «énoncé de base»
sous la forme «il y a...tel événement E potentiellement capable de contredire la théorie T sous certaines
conditions initiales C . Encore faut-il que la conjecture que l'on veut ainsi
essayer de réfuter soit formulée de telle façon qu'elle admette l'existence
d'une classe d'énoncés contradictoires, ou qu'elle ne soit pas sans cesse
reformulée pour éviter ce genre de «contradictions»... Puis, si cet énoncé est
confirmé par le test, c'est-à-dire « qu'il y a bien tel ou tel événement se
produisant « pourtant interdit par la théorie, alors la théorie est réfutée,
par la confirmation d'un de ses falsificateurs potentiels ou énoncés de base.
Par contre, si le test infirme l'énoncé de base, c'est-à-dire « qu'il n'y a pas
tel ou tel événement qui se produit et que la théorie interdit bien de se
produire «, alors la théorie est corroborée. Mais que signifie exactement une
corroboration, au sens de Popper évoqué ici ? Une théorie ne peut être
corroborée que si le test qu'elle passe avec succès est inscrit dans une
tradition précédente de recherche ou des tests antérieurs logiquement
déductibles les uns par rapports aux autres, c'est-à-dire si le nouveau test
qui a permis de la corroborer a été déduit d'un précédent en lui demandant une
mise à l'épreuve supplémentaire, inédite, c'est-à-dire un contenu supérieur.
Donc lorsqu'une théorie passe avec succès un nouveau test, plus sévère parce
que plus riche en contenu, ou comportant un obstacle inédit pour elle (un
obstacle qui aura pu être construit grâce à de nouvelles avancées
technologiques ou théoriques permettant de nouveaux tests plus sévères), alors
elle nous apprend indiscutablement quelque chose de nouveau, en réussissant à
incorporer davantage de contenu et devient toujours plus improbable et
falsifiable. Il y a donc bien un critère de progrès scientifique (défini par
Popper dans le chapitre 10 de « conjectures et réfutations «) qui est le degré
d'improbabilité logique d'une théorie puisque plus une théorie à de contenu
corroboré, plus elle prend de risques à «prédire l'avenir» (le contenu corroboré
d'une théorie en aérodynamique, par exemple, permettra de prédire que si l'on
construit un avion ou une fusée de telle manière, son vol sera amélioré, ou
mieux sustenté, selon certaines conditions précisées par la théorie), plus elle
est donc falsifiable, c'est-à-dire que c'est le degré de falsifiabilité,
dépendant du degré de corroboration qui est le témoin du progrès scientifique.
La corroboration ne signifie donc jamais la stagnation dans le domaine de la
Science empirique, les tests qui permettent une corroboration scientifique sont
relatifs les uns aux autres et ont leur histoire...Si les hommes de science
arrêtaient leurs recherches à partir d'un certain degré de corroboration, il
n'y aurait plus de progrès scientifique, mais une science constituée jusqu'à un
certain point.
Il est donc impossible de produire une connaissance scientifique en ignorant
ou en faisant table rase de la tradition de recherche qui a pu se pencher
auparavant sur le problème que l'on se donne comme objet d'étude. La recherche
scientifique impose au chercheur d'être avant tout un historien passionné et
érudit de son objet de recherche, s'informant inlassablement des dernières
évolutions en matière de test qu'il est possible de faire subir à cet objet. De
ce fait, une connaissance scientifique ne peut être une «révélation du Néant»
(ou même une espèce d'autorévélation, comme la prétendue scientificité de la
découverte du complexe d'Oedipe par Freud), elle ne peut démarrer de zéro ou
même de l'observation passive (ou pure des faits), puisque toute observation
est forcément imprégnée de théorie, c'est-à-dire guidée par une théorie
sélective sur l'objet à observer, théorie plus ou moins performante dont
l'évolution est lisible par son histoire. Les «faits scientifiques» ne tombent
pas dans notre esprit comme s'il s'agissait d'un seau vide à remplir de
connaissances, ils dépendent de théories sélectives consciemment formulées, qui
après avoir été testées, permettent de les accepter ou de les rejeter. Puisque
les scientifiques doivent connaître leur tradition de recherche, la recherche
scientifique a donc des aspects sociaux : il est logiquement indispensable que
les scientifiques communiquent, discutent, en échangeant leurs points de vue
sur leurs travaux et en organisant une concurrence objective et contrôlée entre
leurs programmes de recherche, lesquels ne peuvent conserver leur valeur
heuristique en restant isolés de tout contexte concurrentiel concrétisé par
l'existence d'autres programmes pour un objet d'étude commun. Il est donc
inévitable que ce genre de discussion aboutisse à la construction de tests
communs, répétables, intersubjectifs, lesquels ne peuvent être absolus et
définitifs. Ces tests sont les moyens de ce que Popper nommait : « le rationalisme
critique ».
« La richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la
psychanalyse reposent les rendent indépendantes de vérifications
expérimentales.» (Lettre de Freud à Rosenzweig. 1934).
« Ce que nous dit le patient en analyse est parfois en rapport avec ses
véritables problèmes, mais c'est toujours en rapport avec les dogmes de
l'analyste. Celui-ci filtre ce qui s'accorde avec ses prémisses et plie les
associations du patient à ses cadres interprétatifs; l'analyste est en outre
largement responsable des thèmes qui apparaissent. Les prédictions qu'il
formule dès les premières séances se vérifient parce qu'elles sont posées au
départ. Le psychanalyste déclare qu'une série de fantasmes n'apparaissent que
dans la cure : c'est exact, mais il oublie que c'est la situation qui les
suscite et les modèle. Lorsque les aveux de l'analysé s'accordent avec ses
préjugés, le psychanalyste dit que les résistances sont vaincues et que le
transfert est positif. Le bon patient, c'est le bon élève, celui dont les
paroles sont l'écho de la doctrine. L'analyste croit être le miroir de son
patient. En fait c'est le patient qui est un miroir. L'analyste est tout
heureux de retrouver dans les paroles de l'analysé le scénario qu'il lui a «soufflé»;
il est chaque jour un peu plus convaincu de détenir la Vérité.»
(In: Jacques Van Rillaer. «Les illusions de la psychanalyse.». «Le programme
psychanalytique». Edition: Mardaga. Page 202.)
« Hypothèses non fingo, disait Newton. Freud, lui, déclare bien forger une
hypothèse ou «supposition» (Annahme), celle de l'inconscient psychique, en ce
sens qu'il induit, comme proposition, d'une série d'observations soumise au
contrôle de l'expérience et qu'il la vérifie a posteriori par un raisonnement
hypothético-déductif [...] »
Commentaire : comparer Freud et Newton ?...
«...soumise au contrôle de l'expérience...»
(!) Mais Freud n'a jamais procédé à aucune expérience qui ait pu mériter le
label de scientificité et pour cause : aucun contrôle intersubjectif, aucune
répétabilité de tests indépendants et extra cliniques, lesquels, de toute façon
n'ont jamais existé. Formuler l'expression : «...soumise au contrôle de
l'expérience...» à l'endroit de Freud relève donc du mensonge pur et simple et
de la désinformation, deux procédés pour lesquels, il est vrai, les
psychanalystes sont passés maîtres. Mais comme toujours, certains s'imaginent
que «plus c'est gros, mieux ça passe».
« Il (Freud) formule une hypothèse ferme induite de la parole névrotique et
en déduit rigoureusement les conséquences.»
(Paul Laurent Assoun, psychanalyste, in : Sciences et avenir, hors-série,
n°127, juillet août 2001).
Commentaire : oui, si la méthode inductive était réellement la méthode des sciences
permettant de «justifier» des énoncés universels, alors, en n'en pas douter, la
psychanalyse serait une science au même titre que n'importe quelle autre
science de la Nature. Or,
Assoun, soit ignore complètement en quoi peut bien consister la véritable
méthode scientifique depuis Karl R. Popper (lequel a démontré que, d'une part,
il ne pouvait y avoir de méthode inductive reposant elle-même sur un principe
d'induction qui soit utilisable comme critère de démarcation entre énoncés
scientifiques et métaphysiques, et d'autre part, que puisque de part leur forme
logique, les énoncés universels de la science ne peuvent être vérifiés de façon
certaine par aucune méthode inductive ou positive, ils peuvent en outre être
réfutés par la déduction puis la mise à l'épreuve de leur base empirique d'une
hypothèse falsifiante), soit a arrêté son horloge épistémologique au temps du
Cercle de Vienne (quoique dans ce cas il lui faudrait éliminer les énoncés sur
l'inconscient, tous de nature métaphysique). En effet, puisqu'il ne peut y
avoir d'observation pure des faits, (Kant : «nous ne connaissons à priori des
choses que ce que nous y mettons nous-mêmes.» Popper démontre également, dans «La
connaissance objective», que les faits ne tombent pas en nous comme dans un seau
vide, et que de ce fait, le progrès de la connaissance suppose toujours la mise
à l'épreuve des conjectures que nous pouvons formuler sur les problèmes) on se
demande comment «la parole névrotique», caractérisée en tant que telle, a pu
être identifiée sans qu'une théorie des névroses n'ait été, au préalable,
supposée. Personne, pas même Freud «découvrant» les névroses, ne peut dire sans
avoir clairement conjecturé à priori leur existence : «tiens, voilà mes
névroses tant recherchées.» C'est comme si un paléontologue découvrant pour la
première fois une dent de dinosaure, était en mesure de dire, sans même avoir
supposé le terme «dinosaure» : «tiens, la voilà ma dent de dinosaure que je
recherchais.» Par conséquent, la base empirique de l'hypothèse qui sous-tend ce
que l'on peut qualifier de névrotique dans «la parole névrotique», ne peut être
composée que d'énoncés singuliers d'observation qui la confirment positivement,
c'est-à-dire d'observations qui ne peuvent être réalisées qu'à la lumière de la
théorie des névroses, laquelle n'a jamais été testée de manière indépendante et
extra-clinique. Mais, comme l'a démontré Popper, cette catégorie d'énoncés de
la base empirique n'entrant pas en contradiction avec la théorie, ne risquent
pas d'en révéler son contenu (empirique), c'est de la deuxième catégorie
d'énoncés de la base empirique, ceux qui contredisent potentiellement la
théorie, que l'on peut, après un test, révéler le contenu empirique de la
théorie des névroses.
Assoun dit ensuite : « et en déduit rigoureusement les conséquences.»
Certes, cela ressemble ici à la méthode scientifique, car, une fois qu'une
hypothèse est formulée sous la forme d'un énoncé universel au sens strict, nous
pouvons tenter d'en déduire des conséquences testables. Mais en quoi consistent
ces «conséquences testables» ? Qu'ont-elles de particulier ?
On peut envisager 3 cas, qui finalement, diffèrent assez peu les uns des autres
:
1° cas :
Dans ce premier cas, les conséquences testables de la théorie que l'on met à l'épreuve expérimentale, consistent en la prédiction de faits potentiellement contradictoires et déductibles de la théorie, qui, si ils sont infirmés par le biais d'une hypothèse falsifiante, (déduite de la classe des énoncés de base de la théorie et construite sur la conjecture que ces «faits existent» et peuvent réfuter la théorie), laquelle tentait de les confirmer pour réfuter la théorie testée, permettent la corroboration de la valeur heuristique de la théorie initialement testée, puisque cette théorie a réussi à prouver que, telle qu'elle était formulée avant le test, elle a résisté à la prédiction de nouveaux faits jugés susceptibles de la réfuter (falsifier) . En d'autres termes, la nature d'un test proposé revient à demander à la théorie de prouver qu'elle n'est pas réfutée par la confirmation expérimentale d'un de ses falsificateurs potentiels, c'est-à-dire, un fait contradictoire (un «non-x», quand «x» représente un énoncé permis par la théorie) ou qui lui demanderait d'être reformulée pour rendre compte d'un contenu empirique supérieur.
2° cas :
On peut également rendre compte de ce processus du progrès de la connaissance scientifique en disant qu'une théorie scientifique prouve la réelle valeur heuristique de son contenu quand elle permet de prédire que certains événements inédits se réaliseront ou pourront être observés, lesquels si ils ne se réalisent pas ou ne sont pas observés, peuvent être considérés comme une réfutation de la théorie. Par exemple, l'observation d'une nouvelle planète ou une nouvelle particule. Bien que rejetant le critère de démarcation de Popper, Lakatos insiste particulièrement sur cet aspect, en décrivant ce qu'il nomme «l'heuristique positive» d'un programme de recherche. En pareil cas, la nature des faits à prédire diffère un peu de celle à laquelle nous avons fait allusion précédemment : dans cette catégorie, les faits à prédire peuvent ne pas constituer en eux-mêmes des négations pure et simple de la théorie ou quelque chose qui équivaudrait à une négation, ou une contradiction de la théorie. Ces faits sont inédits parce qu'ils nécessiteraient, à première vue, une théorie plus englobante, donc révisée dans sa formulation de base, pour l'ancienne théorie, mais pas pour celle qui est sensée permettre ces nouvelles observations. De ce point de vue les conséquences testables d'une théorie scientifique consistent en ce que ces conséquences, déductibles de la théorie, la mettent toujours à l'épreuve en lui demandant de réaliser une prédiction inédite. Si cet énoncé d'observation a vraiment une valeur inédite objectivement reconnue, il sera donc toujours un falsificateur potentiel de la théorie. On retrouve donc ici, la logique de la découverte, qui consiste toujours à mettre à l'épreuve les théories, donc à tenter de les réfuter. Lorsque nous disons qu'une théorie doit permettre de prédire tel événement, cette prédiction constitue une tentative de réfutation. Si la prédiction se réalise la théorie est corroborée, si elle ne se réalise pas la théorie est réfutée par l'intermédiaire de l'une de ses conséquences déduites.
3° cas :
Une théorie prouve sa valeur scientifique et heuristique également si elle
permet de prédire que certaines applications pratiques, par exemple
technologiques, seront possibles et sont effectivement réalisées, ce qui est un
peu semblable à ce que nous avons dit précédemment. Dans ce cas il y a aussi
mise à l'épreuve de la théorie dans le sens où l'hypothèse falsifiante de
telles théories amènerait à tester et confirmer que l'on ne peut réaliser telle
nouvelle machine. Dans ce sens, les scientifiques s'attendent logiquement à ce
que l'hypothèse falsifiante soit confirmée tout en espérant qu'elle ne le sera
pas et donc que la théorie initialement testée sera corroborée par la preuve
qu'elle permet la conception d'une nouvelle technologie. En somme dans ce
dernier cas les scientifiques semblent dire à leur théorie : «si tu es vraiment
une bonne théorie scientifique, tu devrais être capable de nous permettre telle
application pratique..» Si ce problème est effectivement posé par les
scientifiques c'est logiquement qu'ils envisagent à la fois une issue positive
et négative du problème parce que ce problème consiste en fait en une question
posée à leur théorie, question qui est nécessairement chargée d'incertitude
(une alternative) quant à la
réponse. Ce qu'il faut bien comprendre ici c'est que la seule
hypothèse qui peut être testée en pareil cas, comme hypothèse falsifiante de la
théorie, c'est : «non , sous certaines conditions initiales bien définies,
cette théorie ne nous permet pas la fabrication de cette machine...»
Comme on vient de le voir en résumé, tester une théorie scientifiquement
revient toujours à essayer de la réfuter...pour la corroborer. Les
scientifiques espèrent le plus souvent qu'il y aura une corroboration. Une réfutation
revient à démontrer que la théorie testée est fausse parce que niée ou
contredite par un de ses falsificateurs potentiels, ou bien fausse parce
qu'incomplète, pas suffisamment englobante ou générale, et enfin réfutée ou
comportant une part de fausseté parce qu'incapable de permettre la réalisation
de certaines choses ou d'autres observations.
Mais dans le cas des étiologies spécifiques développées par Freud pour les
différentes sortes de névroses (ces étiologies ont été développées pour adapter
la théorie des névroses à presque tous les cas...), il n'y a, faute de
conditions initiales expérimentales strictes qui soient reproductibles de
manière indépendante et extra-clinique, aucun moyen pour la psychanalyse
d'utiliser la théorie des névroses dans un sens authentiquement prédictif et
heuristique. Si l'on découvre que la théorie des névroses est «fausse» ce n'est
pas parce qu'une partie de son contenu empirique a été réfutée empiriquement
sur la base d'une hypothèse falsifiante, c'est plutôt parce que l'on découvre
qu'elle est plutôt sans fondement, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de preuves
indépendantes qui autorisent la supposition que les confirmations positives de
l'hypothèse des névroses soient fondées comparativement à d'autres types de
confirmations (le genre de preuves qui peut être logiquement déduit de la
théorie des névroses mais qui n'entre pas, à priori, en contradiction avec
elle. Autrement dit, le type même d'énoncé singulier possible, à partir de la
théorie des névroses, entrant dans la sous-catégorie «a)» décrite ci-après) :
quelles sont les raisons objectives et testées expérimentalement qui ont permis
à Freud d'éliminer certains types de confirmations positives au profit d'autres
?.
Par exemple et d'un point de vue plus général :
- De l'énoncé (E) : «Tous les cygnes sont
blancs», on peut déduire sa base empirique composée des deux sous-classes
suivantes :
- a) la sous-classe des cygnes blancs observés jusqu'à aujourd'hui, et
observables dans le passé et le futur (1)
- b) la sous-classe des cygnes non-blancs (rouges, noirs, gris, etc...) que
l'on a pas encore observés.
- a) et b) constituent la classe des énoncés de base de la théorie (E) : «Tous
les cygnes sont blancs».
Mais comment progresserait notre connaissance sur la couleur des cygnes ? La
seule manière, on le voit, est de demander à la théorie de prédire qu'il n'y a
effectivement pas de cygne non-blanc, même si on lui oppose, à titre
d'hypothèse falsifiante, (hypothèse proposée pour la construction d'un test
dans le but de falsifier ou réfuter (E) si cette même hypothèse est confirmée
par le test) que l'on peut, sous certaines conditions initiales, (car on ne
peut déduire aucun énoncé de base d'aucun énoncé universel sans conditions
initiales. Lire Karl R. Popper, in : «la logique de la découverte scientifique»,
édition Payot, pages 100 à 102) observer un cygne noir (dans tel pays, à tel
heure, etc...) qui constitue bien un fait inédit pour la théorie en dehors de
cygnes blancs déjà connus par l'intermédiaire de cette théorie. Par conséquent,
notre connaissance objective sur la couleur des cygnes, progressera si et
seulement si nous parvenons à démontrer qu'il peut y avoir des cygnes
non-blancs, c'est-à-dire si l'on parvient à réfuter (E), et même si (E) est corroborée,
c'est-à-dire si la tentative de réfutation échoue. Ce qui est important de
comprendre ici, c'est la possibilité de la mise à l'épreuve de (E) : si (E)
peut effectivement être mise à l'épreuve par l'intermédiaire d'un test
empirique lui demandant de prédire quelque chose d'inédit, la connaissance
progressera qu'il y ait corroboration ou réfutation de (E). Dans les deux cas
nous apprendrons quelque chose de nouveau sur la couleur des cygnes comme nous
allons le démontrer dans ce qui suit.
Partant de cette situation, il y a deux cas de figure :
1°) Si l'hypothèse falsifiante est infirmée et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire s'il reste impossible d'observer un cygne noir selon les mêmes conditions initiales prédéfinies lesquelles dépendent de la théorie testée, alors la théorie (E) est corroborée et nous apprend quelque chose de nouveau : «il n'y a pas de cygnes non-blancs (ou «autres que blancs») qui puissent être noirs». D'où, il demeure que (E) : «Tous les cygnes sont blancs (et non-noirs)». Ce dernier fait était inconnu avant le test et constitue bien une nouveauté apprise, laquelle engendre un nouveau problème pour le progrès de la connaissance sur la couleur des cygnes, celui de tester par exemple la théorie: «tous les cygnes sont blancs et non-noirs». Autrement dit : «existent-il des cygnes qui soient à la fois autres que blancs et autres que noirs ?» Ceci constitue le contenu du nouveau problème issu de la corroboration du premier énoncé : «tous les cygnes sont blancs».
2°) Si l'hypothèse falsifiante est confirmée
et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire si l'observation
d'un cygne noir (on en trouve en Australie), (observation qui prend la forme
d'un énoncé singulier relatif à des coordonnées spatio-temporelles, et non d'
un énoncé existentiel au sens strict), est reproductible selon des conditions
initiales prédéfinies, alors la théorie «Tous les cygnes sont blancs» est
réfutée et sa réfutation nous apprend aussi quelque chose de nouveau : «il n'y
a pas de cygnes qui puissent être non-blancs ou non-noirs». D'où la nouvelle
formulation : «Tous les cygnes sont blancs ou bien noirs». Cette dernière
formulation interdit les cygnes «non-blancs» ET les cygnes non-noirs»... Elle
sera à son tour réfutée si l'on observe un cygne rose qui n'est pas un flamant,
et donnera, en cas de réfutation : «Tous les cygnes sont blancs, ou bien noirs,
ou bien roses.» etc... (Comme dans le cas précédent, ce dernier énoncé,
engendrera de nouveaux problèmes pour l'amélioration de la connaissance scientifique
sur la couleur des cygnes).
Pour en revenir à notre propos, celui de la validation de la théorie des
névroses, la «réfutation» de la théorie n'entraîne pas d'augmentation de son
contenu empirique «corroboré», mais une diminution, (il n'y a pas de nouveau
problème à élucider qui surgit de l'échec d'une telle théorie : sa valeur
heuristique devient presque nulle) voire la preuve d'une absence totale de
fondement : un cas positif (et par voie de conséquence, peut-être plusieurs
autres) appartenant à la sous-classe du type «a)» se trouve éliminé. En
renouvelant d'autres expériences de ce type, il est probable qu' il ne reste
plus que des mots, une idée hégélienne, un mésusage du verbe complètement
métaphysique. (2)
« J'estime que l'on ne doit pas faire de théories - elles doivent tomber à
l'improviste dans notre maison, alors qu'on est occupé à l'examen des détails.»
(lettre de Freud à Ferenczi, cité par Paul Laurent Assoun, in : Sciences et
avenir, hors série, n°127, juillet août 2001).
Commentaire : c'est la «théorie de l'esprit-seau» (erronée) dans toute sa
splendeur. (Lire Karl R. Popper in : «La connaissance objective»).
« Le succès de l'entreprise scientifique s'évalue (...) traditionnellement à
la capacité qu'ont les chercheurs de déshistoriciser leurs descriptions, de les
rendre indépendantes des vicissitudes individuelles, sociales, matérielles,
climatiques, chronologiques, qui ont jalonné leur travail et en ont précédé
l'achèvement. Lorsque toutes les conditions pour cela sont remplies, il est
rare qu'on conteste les engagements ontologiques des chercheurs scientifiques
au nom du fait, évident, que leurs entités se laissent seulement connaître
comme phénomènes, à la fin d'une histoire performative et intellectuelle
complexe. (...) En psychanalyse, l'écart par rapport à la science classique de
la nature est encore plus grand. S'il est vrai que se prêter a postériori à
soi-même des désirs et représentations inconscientes est partie intégrante de
l'efficacité de la cure, la condition centrale pour affranchir cette
auto-attribution de l'histoire qui y a conduit ne se trouve pas remplie. L'«aveu»
(ou auto-attribution) est en effet constitutivement tributaire, comme on l'a
vu, de l'auto transformation obtenue au décours d'une histoire thérapeutique.
Rien en permet de faire abstraction des mutations psychiques que le patient a
subies durant le processus curatif, dans le contenu de la reconstruction
rationnelle qu'il est disposé à accepter en fin de parcours comme reflétant les
structures récurrentes de son propre psychisme. Quel que soit le pouvoir
régulateur d'une auto-attribution de motivation inconsciente au cours de la
cure, certaines conditions d'assertabilité de l'existence autonome d'un «inconscient»
font donc défaut. Le seul facteur qui a pu faire obstacle quelque temps à la
reconnaissance du manque de crédibilité de cette assertion est sans doute la
présence d'une boucle de rétroaction entre la vertu cathartique de la cure
psychanalytique et l'engagement ontologique qu'elle implique. L'œuvre
transformatrice de la psychanalyse ne dépend-elle pas dans une mesure non
négligeable de sa capacité à faire croire aux patients qui y ont recours, et
qui participent de notre culture, que la prétention de ses instances à l'existence
s'appuie sur des raisons du même ordre que celle des entités de la science
classique ? »
(Michel BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université Paris-1. in: «Physique
et philosophie de l'esprit.» Edition, Flammarion, Paris, 2000. Page : 137-138.)
Notes :
(1) La confirmation positive, par observation, d'autres cygnes blancs, ne donne
aucune preuve définitive de la totalité du contenu et de la base empirique de E
: «Tous les cygnes sont blancs», pour le passé, le présent et le futur. En
fait, cette impossibilité tient au fait que l'on ne peut observer «toute la
partie du temps», mais seulement une partie singulière, moyennant des
conditions initiales d'observation. On peut aussi construire des énoncés
loufoques, de manière purement verbale, comme nous pourrions dire : «sur
Jupiter, il ne peut pas ne pas y avoir de cygnes». (Ou par exemple, dans le cas
de la psychanalyse : «l'homme ne peut pas ne pas avoir un inconscient du type
freudien»). Le premier énoncé interdit qu'il n'y ait pas de cygnes qui vivent
aussi sur Jupiter et peut donc être formulée à l'aide de l'énoncé existentiel
au sens strict : «il y a des cygnes sur Jupiter», ou dans le cas de la
psychanalyse : «il y a un inconscient du type freudien», ou : «il y a des
névroses qui répondent aux critères de la psychanalyse». Comme on le voit, ces
énoncés existentiels au sens strict sont irréfutables : on ne peut, dans la
totalité du temps, vérifier, sur Jupiter, qu'il n'y a pas de cygne ou, dans le
cas de la psychanalyse, qu'il n'y a pas quelque chose qui confirme la théorie
des névroses ou de l'inconscient freudien, (car le fait d'aller sur Jupiter
aujourd'hui ou même dans un siècle et ne pas réussir à observer un seul cygne
blanc ne peut réfuter l'énoncé : «il y a des cygnes blancs sur Jupiter»,
puisque sans avoir précisé de conditions initiales strictes avant d'être allé
sur Jupiter nous pouvons toujours dire que si nous n'avons observé aucun cygne
c'est par manque de chance et que l'observation des cygnes reste toujours
possible pour une prochaine tentative. En somme, ce n'est pas parce que nous
n'aurons observé aucun cygne blanc sur Jupiter aujourd'hui, qu'il n'y en aura
pas demain ou dans un millénaire, conformément à notre énoncé, puisque notre
énoncé «il y a des cygnes blancs sur Jupiter», ne précise aucune coordonnées
relatives au temps ou à l'espace, comme nous l'avons déjà dit. Mais comme cela,
et ainsi que je veux le faire comprendre, on peut affirmer à peu près tout et
n'importe quoi. On pourrait même rétorquer que l'absence d'atmosphère identique
à l'atmosphère terrestre sur Jupiter rendant impossible l'observation des
cygnes ne peut réfuter l'énoncé existentiel «il y a des cygnes sur Jupiter»
puisqu'il est impossible de prédire avec une certitude scientifique absolue de
quoi sera faite l'atmosphère de Jupiter dans, disons, quelques millénaires, et
de savoir s'il ne sera pas possible d'y faire nager des cygnes blancs...!) mais
on peut le(s) considérer comme «vérifiables(s) positivement», et non
certainement vérifiables(s) comme en psychanalyse, que l'on ait déjà vu ou non
au moins un cygne sur Jupiter, même à un moment du passé, donc sous certaines
conditions initiales déduites d'une théorie universelle. En fait, on s'aperçoit
que ce qui pousse les psychanalystes à croire en l'universalité, et donc en la
réfutabilité de leurs théories, c'est paradoxalement, leur croyance en la
validité des inférences inductives, lesquelles leur permettraient de valider ce
qui confirme d'abord positivement la conjecture : «il y a un inconscient» par
l'observation d'une ou plusieurs confirmations lues à la lumière de cette
conjecture, (observations qui ne peuvent donc être indépendantes de la théorie
qui permet de les relever, et qui ne sont donc pas des essais de réfutations
que la théorie à passé avec succès) pour ensuite induire que l'énoncé universel
: «tous les hommes ont un inconscient du type freudien» est justifié et même
vérifié par une telle procédure logique. Mais n'oublions pas que, même si le
terme «inconscient» est un terme universel, donc invérifiable, Freud a fait de
la théorie de l'inconscient une théorie universellement et absolument vérifiée,
grâce à la doctrine du déterminisme mental prima faciae et absolu sur laquelle
il se fonde pour affirmer exclure tout hasard et tout non-sens psychique dans
tout ce qui relève d'une causalité inconsciente).
(2) Le lecteur plus intéressé sur la façon dont «progresse» réellement la
psychanalyse pourra se référer au livre de Mikkel Borch-Jacobsen : «Folies à
plusieurs», et au chapitre intitulé : «Portrait du psychanalyste en caméléon».
Ce chapitre aborde la question cruciale directement : «Qu'est-ce qu'un progrès
en psychanalyse ?» et y répond. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de véritable
progrès des théories psychanalytiques. Borch-Jacobsen permet ainsi d'effacer la
critique de Grünbaum selon laquelle les théories cliniques de Freud aurait été
prétendument falsifiables : «L'histoire de la psychanalyse est celle d'un
perpétuel conflit d'interprétations - libido contre protestation virile; Oedipe
contre trauma de la naissance, inceste fantasmé contre abus sexuel réel, mère préœdipienne
contre père symbolique, etc. - et il serait vain de vouloir chercher dans ces
controverses un quelconque développement cumulatif. Ce qui est présenté comme «progrès
de la psychanalyse» n'est plus souvent que la dernière interprétation en date
ou la plus acceptable dans un contexte institutionnel historique et culturel
donné.» (Mikkel Borch-Jacobsen. In : «Folies à plusieurs.» Edition : empêcheurs
de penser en rond. Page : 315.
Publié par vdrpatrice à 11:22:55 dans Karl R. POPPER | Commentaires (0) | Permaliens
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