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Anti-Freud Anti-PsyK

Aux récalcitrants éclairés et opposés au système de la pensée unique à la française. (Utilisez Firefox ou Opera, pour ce blog). Patrice Van den Reysen.

Présentation

Karl R. POPPER.

« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».

« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).





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Elisabeth Roudinesco....(Suite). | 20 août 2009

3. Elisabeth Roudinesco et le rapport de l'Inserm

3.1. Inserm, expertise collective. Psychothérapies : trois approches évaluées (2004) [5]

Suite au plan de santé mentale mis en place en 2001 par le ministère de la santé, l'Inserm s'est vu adresser la demande conjointe par la direction générale de la Santé (DGS) et deux associations de patients : l'UNAFAM (union nationale des amis et des familles de malades psychiques) et la FNAP-psy (fédération nationale des associations de patients et ex-patients de psychiatrie) d'une expertise collective visant à évaluer l'efficacité des psychothérapies utilisées dans le secteur de soins français.

De fait, la présente expertise dresse un bilan selon les données disponibles parmi la littérature internationale concernant trois approches psychothérapeutiques à savoir : les approches psychodynamique, cognitivo-comportementale, familiale et de couple, approches auxquelles les professionnels intéressés ont largement recours pour traiter les troubles mentaux de l'adulte, de l'adolescent et de l'enfant.

Le travail des experts de l'Inserm s'est organisé autour de trois axes principaux qui constituent les données générales sur l'évaluation de l'efficacité thérapeutique : la définition, les aspects méthodologiques et l'évaluation de chacune des approches ainsi qu'un bilan faisant intervenir études comparatives et études d'évaluation par la pathologie.

Face au dogme d'« inévaluabilité scientifique » des psychothérapies persistant en France (qui constitue « l'exception qui confirme la règle »), la publication le 26 février 2004 de l'expertise collective de l'Inserm a soulevé bien des critiques. Qui plus est, les résultats qu'elle a mis en avant sont loin d'être ceux qui vont dans le sens de l'opinion de nombreux praticiens et de celui de l'opinion publique. En effet, si la psychanalyse a un poids très fort dans le système psychothérapeutique français, elle n'en fournit pas moins de mauvais résultats en termes d'efficacité : 16 troubles ont été examinés dans le rapport de l'Inserm et pour 15 d'entre eux, ce sont les thérapies cognitivo-comportementales (« bête noire » de la psychanalyse) qui sont apparues comme étant le mode psychothérapeutique le plus efficace.

Par conséquent, une large polémique, confrontant les opposants et les défenseurs des TCC, s'est ouverte dans les médias et notamment dans la presse. Si, pour les défenseurs, les résultats ne font que rendre compte d'une réalité clinique souvent méconnue, leurs opposants argumentent leur rejet par le manque de rigueur estimé quant aux critères déterminant l'efficacité d'une thérapie ou par le manque de données scientifiques concernant les résultats de la psychanalyse en clinique française.

Quant à Elisabeth Roudinesco, elle est évidemment très hostile à ce rapport et nous allons voir quel est son point de vue à travers ses interventions médiatiques.

3.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du rapport de l'Inserm

Dans un article de L'Humanité du 13 janvier 2004, avant même la parution du rapport de l'Inserm, Elisabeth Roudinesco publie un article intitulé La psychanalyse, la santé, l'expertise dans lequel elle s'oppose clairement à « cette politique hygiéniste » que le gouvernement a mise en place. Elle rejette le scientisme, l'évaluation et l'expertise. Selon elle, « la psychanalyse est attaquée partout dans le monde par les neurosciences et le comportementalisme ("les piliers de ce sombre hygiénisme") et par les psychanalystes eux-mêmes qui sont parfois complices d'une volonté d'auto-anéantissement parce qu'elle représente [...] l'une des formes les plus modernes de résistance à la pratique de l'expertise, du contrôle et de l'évaluation ».

Cet article nous donne un avant-goût de la manière dont va être accueilli le rapport de l'Inserm par l'historienne de la psychanalyse...

Lors d'une interview, disponible sur le site de la Cité des Sciences, l'avis de Roudinesco est sans surprise. Celle-ci remet en cause le fait que les évaluations du dit rapport ont été réalisées par des adeptes des TCC, ce qui aurait orienté les conclusions en faveur de ces thérapies. Par ailleurs, ce rapport n'a pas de sens étant donné que, pour elle, « on ne peut pas tester le psychisme comme on teste une substance dans un médicament ». Le psychisme fait partie de ces « choses qui, dans la vie, ne peuvent pas être expertisées ». Enfin, en tant que bonne historienne, elle rapporte les faits d'une « guerre » menée par l'amendement Accoyer et le rapport de l'Inserm contre le courant freudien qui résiste en héros et que, bientôt, l'homme devra remercier pour ne pas l'avoir laissé se faire réduire à « la somme de ses comportements ».  

Cette interview a suscité une vive réaction de la part d'Annie Gruyer, présidente de Médiagora Paris [6], qui définit cette interview comme « un tissu de haine, de prétention, d'ignorance, de mépris tant pour les autres approches thérapeutiques (que la sienne) que (plus grave encore) pour les personnes en souffrance (les patients) », les patients qui sont considérés par Madame Roudinesco comme, je cite : « des rats de laboratoire » (rien que ça...). Par la suite, Mme Gruyer prend le soin de justifier cette définition en dénonçant, dans un premier temps, une « désinformation » dont nous avons déjà parlé précédemment et qui concerne l'appartenance des experts de l'Inserm à tous les courants en faisant référence à Jean-Michel Thurin, psychiatre-psychanalyste. Puis elle pose la question de « l'évaluabilité » des thérapies qui est infaisable d'après Elisabeth Roudinesco mais qui, pourtant, se pratique chez « nos voisin anglo-saxons » et sert de garantie aux premiers concernés mais trop souvent négligés : les patients. C'est sur ce point qu'Annie Gruyer insiste en parlant en tant que patiente ayant le droit légitime d'exiger le maximum d'informations sur toutes les formes de thérapies disponibles. A ce propos, elle joint une lettre ouverte qu'elle a elle-même rédigée et qui est destinée à tous les psychothérapeutes (psychiatres, psychologues, psychanalystes, cognitivo-comportementalistes). Le message y est clair : les patients ont un « droit de savoir » que tout thérapeute doit respecter !

Puis, alors qu'on n'entendait plus parler du rapport de l'Inserm depuis un moment, le ministre des solidarités, de la santé et de la famille de l'époque : M. Philippe Douste-Blazy a relancé le débat.

Le 5 février 2005 se tenait à Paris, à la Maison de la Mutualité, le septième Forum des psys, organisé notamment par Jacques-Alain Miller, gendre du psychanalyste Lacan, qui a invité M. Douste-Blazy. Face à la réticence des psychanalystes vis-à-vis du rapport de l'Inserm, le Ministre a profité de ce forum pour y annoncer le retrait du site officiel du ministère dudit rapport. Cette décision sonne comme une victoire pour les psychanalystes qui ne tardent pas à l'annoncer au grand public. C'est le cas d'Elisabeth Roudinesco qui publie également un article dans le journal Le Monde du 15 février 2005 intitulé La fin d'une évaluation dans lequel elle félicite M. Douste-Blazy d'avoir rendu un tel hommage à Freud lors du forum. Elle rappelle également que « le psychisme qui caractérise tout sujet échappe à de telles évaluations » sous-entendu, les évaluations du rapport.

Cet article lui a valu une réponse Internet de Loïc Talmon qui se livre à une véritable analyse du « vibrant hommage » qu'Elisabeth Roudinesco rend « à notre cher Ministre » dans son article en y dénonçant une « propagande tapageuse des fantômes psychanalytiques qui hantaient les médias français ». Il nous dévoile ainsi la recette utilisée par l'historienne de la psychanalyse « qui donne au final un plat qui se mange froid et sent bon la vengeance différée ». Le premier « ingrédient » est alors « l'argument carbonisé de l'antisémitisme » (sous-entendu, que celui qui est contre la psychanalyse est un « nazi qui s'ignore »). Le deuxième ingrédient est « la désinformation » (tout ce que dit Elisabeth Roudinesco à propos des TCC dans son article n'est que caricature). Enfin, dernier ingrédient : « la politisation du débat » (l'amendement Accoyer provient « d'une politique réactionnaire » et le rapport de l'Inserm « d'un groupe néo-nazi »). Loïc Talmon souligne également, et à juste titre, que la psychanalyste exclut complètement les patients du débat, patients qui sont pour une évaluation des psychothérapies, ce qui va de soi ... 

Dans une interview menée par Philippe Grauer, responsable du SNPPsy [7], Elisabeth Roudinesco parle du geste du ministre comme d'« une victoire de la raison contre l'obscurantisme et de l'intelligence contre la sottise ». Il faut bien sûr entendre par « raison et intelligence » la discipline reine qu'est la psychanalyse et par « obscurantisme et sottise » le milieu scientifique de l'expertise et de l'évaluation que l'historienne rejette en bloc. Mais cette victoire ne suffit pas, dit-elle, le prochain objectif étant d'obtenir l'abrogation de l'amendement Accoyer qui est « inapplicable » et « contradictoire ».

Quand la vérité éclate au grand jour et que celle-ci ose aller à l'encontre de la discipline reine qu'est la psychanalyse, tous les moyens sont bons pour garder la face ; et, cela, Elisabeth Roudinesco le sait bien. Elle qui se comporte comme la défenderesse du mouvement freudien, elle réussit, une fois de plus, à nous faire une détestable démonstration de manipulation sur les médias et sur les pouvoirs publics français entremêlée d'une certaine mauvaise foi ...et ça marche !

Le coup de grâce : la décision de retrait du site du ministère du fameux rapport de l'Inserm par M. Douste-Blazy dont Elisabeth Roudinesco se vante d'en avoir été informée par ce dernier bien avant que tout ceci ne soit officiel. Et comme si cela ne suffisait pas, dès qu'elle en a l'occasion, Roudinesco souligne le courage de M. le Ministre, histoire de le caresser un peu plus dans le sens du poil...

Seulement, l'Inserm et la Direction générale de la santé prennent très mal la décision du ministre. L'Inserm, organisme public, se dit scandalisé. La direction de la santé, quant à elle, dénonce un pays totalitaire.

Heureusement que certains voient clair dans le petit jeu sournois de l'historienne et qu'ils considèrent que « dénoncer les manigances d'une fausse prophétesse constitue une action d'utilité publique » (Talmon, op. cit.).

4. Elisabeth Roudinesco et l'affaire Bénesteau.

4.1 : Le livre de Jacques Bénesteau : Mensonges freudiens

Jacques Bénesteau est psychologue clinicien, formé aux Universités de Nice, Paris V et Aix-en-Provence. Après vingt-six années de carrière en pédopsychiatrie, il pratique désormais au sein du Service de Neuropédiatrie du C.H.U de Toulouse et est, depuis 1974, chargé d'enseignement à l'Institut de Formation en Psychomotricité de la Faculté de Médecine de Toulouse-Rangueil.

En 2002, il publie Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire aux éditions Mardaga qui est un véritable pavé jeté dans la mare freudienne. L'importante documentation, constituée de plus de 730 éléments de référence, sur laquelle s'appuient les arguments de ce livre, lui donne une incontestable valeur objective. C'est un travail de recherche colossal et qui impose le respect tant pour sa pertinence, sa rigueur, sa précision que pour la clarté de l'exposé. Mais à quoi donc aboutit cette enquête ?

Comme le titre de l'ouvrage le laisse présager, ce livre nous démontre à quel point Freud, le père de la psychanalyse, était indiscutablement un charlatan qui n'avait aucun scrupule à manipuler ses patients, à les exploiter au mépris de leurs réelles souffrances pour pouvoir fabriquer les fausses vérités nécessaires à la construction de son propre mythe et à la cause de la psychanalyse.

Le lecteur découvre ainsi comment la théorie de l'inconscient se révèle n'être qu'une véritable escroquerie montée de toutes pièces par un homme avide de reconnaissance et d'argent.

Mais, dans un pays comme la France, où la théorie freudienne reste prégnante dans le milieu de la santé mentale, la parution de ce livre a connu bien des déboires comme nous le fait remarquer François Aubral [8] dans un article paru dans le numéro 5 de Seine et Danube.

En effet, François Aubral nous apprend, de source sure, que quatorze éditeurs français qui ont lu le manuscrit de Bénesteau n'ont pas souhaité le publier. De plus, après sa parution chez nos voisins Belges dans la courageuse collection dirigée par Marc Richelle [9] chez l'éditeur Mardaga, « personne n'a daigné en France faire l'écho à ce livre dans les feuilles littéraires de la grande presse dont c'est le métier ! ». Il y a là selon l'auteur de cet article « un vrai problème qui mérite réflexion ». Tout est mis en œuvre pour passer sous silence tous ceux qui osent s'en prendre à la théorie freudienne. A ce propos, François Aubral revendique le fait que « même en matière de psychanalyse, le droit de penser, de critiquer et de philosopher par soi et pour soi appartient à tout honnête homme [...]. La France n'a aucune raison de mépriser ce droit » tout en précisant que « presque partout ailleurs dans le monde, elle [la psychanalyse] a pour ainsi dire disparu ou est en voie de disparition ». Mais ce droit est difficilement applicable étant donné le véritable « embargo sur archives », exercé par les membres restant de la famille du médecin viennois et de ses disciples, qui laisse planer le doute quant à la validité de la théorie psychanalytique.

Malgré tout, en mars 2003, l'œuvre de Bénesteau reçoit le premier prix de la Société Française d'Histoire de la Médecine (SFHM) à l'unanimité. Mais, encore une fois, la grande presse littéraire n'en dit mot, ce qui n'est pas le cas de notre chère historienne de la psychanalyse qui profite de l'occasion pour se faire entendre.

4.2 : Les références à Elisabeth Roudinesco et les interventions de celle-ci dans les médias à propos du livre de Jacques Bénesteau

D'après l'article de François Aubral, suite à la récompense décernée par la SFHM à Bénesteau pour son livre Mensonge Freudien, Roudinesco, qui fait partie de cette société, a adressé une lettre [10] au Docteur Alain Ségal, président de ladite société, dans laquelle elle fait part de sa stupéfaction. D'après François Aubral, elle y ferait également un amalgame entre l'« épouvantable » auteur d'un best-seller [11] et Bénesteau, ce que François Aubral excuse en considérant qu'il s'agit certainement d'« un mouvement de colère acceptable » de la part de l'historienne.

Mais le professeur de philosophie va vite s'apercevoir qu'il ne s'agit pas d'un simple coup de colère avec la parution d'un article de Roudinesco dans la revue Les Temps Modernes sous le titre « Le Club de l'Horloge et la psychanalyse : chronique d'un antisémitisme masqué ».

Dans cet article, Elisabeth Roudinesco explique clairement qu'elle a écrit à Alain Ségal parce qu'il était de son devoir de demander des comptes aux membres du jury de la SFHM pour avoir décerné le premier prix au livre de Jacques Bénesteau (ce même premier prix qui lui avait été remis pour un de ses livres auparavant). Après avoir soi-disant démonté point par point les principaux arguments avancés par Bénesteau (cet « adepte du courant cognitivo-comportemental »), elle décrit l'ouvrage de ce dernier comme un mélange de « démarche scientiste » et de « rhétorique d'inspiration antisémite et négationniste ». Je cite : « L'ouvrage de Bénesteau n'est donc rien d'autre que l'expression masquée d'un retour du refoulé d'une certaine France chauvine et réactionnaire qui, durant l'entre-deux-guerres, appelait "science boche" la doctrine inventée par Freud, laquelle deviendra ensuite, dans le discours nazi, "une science juive", et enfin, dans le contexte d'aujourd'hui, une fausse science propageant des complots bolcheviks ».

Enfin, elle termine son article en pointant du doigt les « spécialistes du domaine psychiatro-psychologique » qui ont fait l'éloge de l'œuvre de Bénesteau, ceux-là qui ne méritent pas, selon elle, le titre de « scientifique » « qu'ils s'octroient ».

Cet article, d'après François Aubral, est « hallucinant, haineux et rigoureusement faux » et ce dernier finit par s'adresser directement à Elisabeth Roudinesco : « Mais que vous arrive-t-il Madame ? A-t-on le droit de critiquer Freud et la psychanalyse sans se voir immédiatement marqué du sceau de l'infamie sans le moindre argument ? Vous maniez à tout va les amalgames, à mes yeux les plus délirants, pour salir Bénesteau que vous n'avez probablement pas les moyens intellectuels de critiquer à la loyale ». Aubral dénonce, dans l'article de Roudinesco, « un très affreux montage » (des citations prêtées à Bénesteau qui n'existent pas, des « résumés frauduleux », ajout de petits mots qui font la différence...) et félicite avec ironie le « courage » de l'historienne pour avoir utilisé ces moyens plus qu'inadmissibles mais dont Bénesteau nous avait prévenu !

François Aubral n'est pas le seul à avoir décortiqué les méthodes plus que douteuses d'Elisabeth Roudinesco pour discréditer le contenu de l'ouvrage de Bénesteau. Patrice Van den Reysen en a fait autant et son analyse détaillée qu'il rend disponible dans son article rejoint celle du Professeur Aubral : « [...] Madame Roudinesco crée de toutes pièces des phrases qui ne se trouvent pas dans le livre de Jacques Bénesteau ainsi que des montages argumentaires et des mots qui permettent de lui attribuer des démonstrations ou des affirmations qu'il ne fait pas ». Dans son article, Patrice Van den Reysen souligne, dans un premier temps, le pouvoir de « Madame Roudinesco et consort » sur les médias et les politiques de notre pays, utilisé pour contrer toutes les critiques faites au freudisme. Il explique également que quoi que l'on dise ou fasse, les psychanalystes ont toujours le dernier mot grâce à leurs interprétations abusives. Pour cela, il nous fait une jolie démonstration en prenant l'exemple du fameux argument d'antisémitisme que voici : « [...] être contre la psychanalyse et le freudisme, c'est être contre la "science juive", donc être un antisémite. Et si votre antisémitisme reste impossible à prouver par les faits, c'est donc qu'il est inconscient et qu'il avance masqué, comme le prétend Madame Roudinesco. Mais dans ce cas, comment réfuter une telle accusation ? Car selon les freudiens, si je refuse une interprétation par la causalité inconsciente, c'est que je résiste à la théorie, et toute résistance est assimilée comme une confirmation de la théorie par les freudiens ! »

Enfin, Patrice Van den Reysen termine son article en faisant allusion au procès en diffamation qu'ont intenté Jacques Bénesteau et le Club de l'Horloge à Elisabeth Roudinesco ; ce procès dont s'est emparée la presse qui, une fois de plus, plaide en faveur de la psychanalyse.

Le 14 avril 2005, L'Humanité publie un article qui prend clairement parti pour Elisabeth Roudinesco en intervertissant complètement les rôles. Tout d'abord son titre, qui met en avant l'historienne de la psychanalyse : Roudinesco face à la droite extrême, donne l'impression que c'est cette dernière qui attaque en justice Bénesteau ; or, il s'agit bien du contraire. De plus, le journaliste commence son article en posant une question (« Les penseurs de la droite extrême supporteraient-ils mal la critique ? ») dont le sujet du verbe (faisons un peu de grammaire) semble quelque peu inapproprié. En effet, comme nous avons pu le voir dans les deux brillants articles de Aubral et Van den Reysen, ne serait-ce pas plutôt la psychanalyste qui supporterait mal la critique de son courant de pensée ? Cet article ne fait que rapporter les faits d'un seul point de vue : celui de la psychanalyse.

A la même date, Libération publie un article un peu plus long sur l'affaire et toujours en faveur d'Elisabeth Roudinesco. Selon le journaliste, cette affaire « s'inscrit dans le contexte d'une montée en puissance de la critique de la psychanalyse » en faisant référence au rapport de l'Inserm sur l'évaluation des psychothérapies. Comme dans l'article précédent, celui-ci expose les faits du seul point de vue psychanalytique.

Le 16 avril 2005, le même journal raconte le procès entre l'auteur de Mensonges freudiens et le président du Club de l'horloge, d'un côté, et l'historienne de la psychanalyse, de l'autre (alors que les deux affaires étaient parfaitement distinctes au début et ont été volontairement réunies par la suite) en décrivant les stratégies employées par chacun des partis pour se défendre. L'auteur de cet article ne peut tout de même pas s'empêcher de faire une pointe d'humour noir à la mode « psychanalyse » en déclarant que de Lesquen (président du Club de l'horloge) a « (re)découvert » l'existence de l'inconscient avec un « lapsus » qu'il aurait commis à deux reprises : celui de dire « Madame Bénesteau » au lieu de « Madame Roudinesco ». Enfin, le journaliste n'oublie pas de laisser sous-entendre, à la fin de son article, qu'Elisabeth Roudinesco semble bien partie pour gagner ce procès.

Toujours le 16 avril 2005, le journal Le Monde publie un article dont le contenu est sensiblement le même que le précédent et renvoie le lecteur au verdict qui sera prononcé le 2 juin 2005. De même pour l'article du 18 avril 2005 du journal L'Humanité.

Au lendemain du jugement, les quotidiens L'Humanité, Libération et Le Monde publient le résultat du fameux procès. Roudinesco obtient la relaxe, Roudinesco-Club de l'horloge, 1-0 ou encore Le Club de l'horloge perd son procès contre l'historienne Elisabeth Roudinesco, bref, le lecteur l'aura compris : la psychanalyste a gagné le procès qui lui avait été intenté. En fait, les juges ont estimé que, sur la forme, la procédure engagée par Jacques Bénesteau était juridiquement nulle, les propos n'étant pas suffisamment précisés ; ils n'ont donc pas pu se prononcer sur le fond. Pour ce qui est du Club de l'horloge, le tribunal a fini par considérer qu'Elisabeth Roudinesco, en procédant à une analyse critique des modes de pensée et positions de l'association, « n'a pas dépassé les limites autorisées du droit de libre critique dans le cadre d'un débat d'idées ». Evidemment, l'historienne de la psychanalyse s'est dite « très heureuse » de la décision du tribunal en déclarant que c'était le droit de l'historien qui avait été démontré, et s'est répandue dans les médias en clamant qu'elle avait accusé Bénesteau d'antisémitisme, que celui-ci lui avait intenté un procès en diffamation et qu'il ne l'avait pas gagné (sous entendu : il l'avait perdu, il n'y avait pas eu de diffamation de sa part à elle, il était donc bel et bien antisémite). Le lecteur appréciera l'élégance du procédé.

Ce verdict a suscité la réaction « Internet » de Loïc Talmon qui dénonce la « grande presse française » pour avoir « sournoisement mêlé les deux affaires (Bénesteau et Club de l'horloge) pour la bonne cause... freudienne ». Il dénonce également cette « tradition » qui remonte au père de la psychanalyse et qui consiste en l'utilisation abusive de l'argument de l'antisémitisme par les psychanalystes « lorsqu'ils sont acculés par les faits ». Dans cet article Loïc Talmon nous fait part de son total désaccord avec la décision du tribunal car pour lui : « [...] accuser quelqu'un d'antisémitisme sans l'ombre d'une preuve plus convaincante qu'un préfacier revêtu de la 'mauvaise' couleur politique ou que des montages de textes éhontés, relève bel et bien de la diffamation pure et simple ». Pour appuyer son point de vue, il nous rappelle l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 relative à la diffamation par voie de presse.

Ces faits ont également été rapportés par Marie-Jeanne Marti (2006) dans un ouvrage qui dénonce certains abus de la « nébuleuse "Psy" française» : Les marchands d'illusions (éd. Mardaga).

Une fois de plus, la psychanalyse obtient gain de cause grâce au pouvoir de persuasion d'Elisabeth Roudinesco qui continue à séduire les médias et qui est parvenue à séduire la justice française...

Publié par vdrpatrice à 13:20:23 dans Résistances... | Commentaires (0) |

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