« L'homme peut apprendre, donc il peut être libre ».
« ...Mais le secret de la supériorité intellectuelle étant l'esprit critique, l'indépendance d'esprit, il en résulte des difficultés insurmontables pour toute forme d'autoritarisme, car l'autoritariste choisit en général des êtres dociles et malléables et, par conséquent, des médiocres. Il ne peut admettre que ceux qui ont le courage intellectuel de contester son pouvoir puissent être les meilleurs. » (in: Karl R. POPPER, "La Société ouverte et ses ennemis". Tome 1:"L'ascendant de Platon". Edition: Seuil, Paris, 1979. Page: 114).
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Dans ce même livre, page 127, Freud écrit :
« Soyez certains que lorsque vous refusez de donner votre acquiescement à une interprétation correcte de vos rêves, les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure et à la déformation et rendent l'interprétation nécessaire. »
Donc, pour Freud, il y a une identité parfaite entre des raisons conscientes et inconscientes liées à la résistance consciente de l'interprétation du thérapeute. Dans ce cas, il est quand même assez difficile d'admettre l'existence d'une partie inconsciente, même minime de la censure dont parle Freud. Mais lorsque Freud écrit que « les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure », il veut dire aussi qu'il y a identité entre les raisons inconscientes, liées aux actions de refoulement, et les autres raisons inconscientes, liées au processus de censure.
Il est donc clair que pour Freud, les processus dits de censure et de refoulement sont inconscients et tous deux permanents. On peut même dire qu'en situant la censure aux frontières de la conscience, mais en contact direct avec le refoulement, Freud fait du refoulé, la partie la plus inconsciente de ce qu'il appelle « l'appareil psychique ».
Selon lui, c'est cette partie profonde qui justifie l'intervention extérieure d'un analyste. C'est, comme l'écrivit Freud, « la clé de voute » de toute la psychanalyse.
Le refoulé a pour contenu tous les souvenirs traumatiques, les émotions, les représentations vécues dans l'enfance de manière traumatisante, et qui seraient des agents pathogènes source de symptômes, parce qu'inconsciemment refoulés. Ce serait donc la levée cathartique des refoulements (donc l'accès de la conscience au refoulé) qui permettrait au patient de prendre conscience de ses traumatismes enfouis, de les contrôler, et, par cette voie, de guérir de ses symptômes. Le refoulé serait la partie la plus archaïque, dynamique (donc pathogène), mais aussi permanente de la personne. Le « matériel psychique » qui intéresse donc, au premier chef l'analyste, est le refoulé inconscient, et ce qui est censé représenter son contenu « manifeste » (dans le conscient) : par exemple, les rêves (leur contenu manifeste) et les névroses du patient.
Mais les actions de refoulement (et le refoulé), doivent, pour être maintenues dans leur statut inconscient, subir l'action d'un autre niveau supérieur d'interdit. C'est là qu'intervient, selon Freud, la censure.
Cette censure, située à la frontière du conscient doit elle aussi avoir un statut inconscient, car si elle était consciente, alors le sujet pourrait avoir un accès direct à son refoulé, lequel ne serait donc plus inconscient et ne justifierait donc plus l'intervention d'un analyste ni même la psychanalyse toute entière.
Si donc la censure doit elle aussi être inconsciente, c'est qu'un autre mécanisme (probablement « psychique » ?) la maintient dans ce statut en l'empêchant de devenir consciente. Cet autre mécanisme, dont Freud ne parle pas et qui doit pourtant logiquement exister, doit lui aussi être, à son tour, inconscient (et maintenu en tant que tel), sinon, le sujet pourrait avoir accès à sa censure, puis à son refoulé, qui, du même coup, ne seraient plus inconscients comme la théorie freudienne l'exige.
On a donc bien un problème de régression à l'infini, et il devient tout à fait impossible de justifier la notion de censure. Par conséquent, cette notion injustifiable, en perdant tout fondement, disparaît, et avec elle, la théorie du refoulement freudien. (Comme le démontra, notamment, Adolf Grünbaum dans « La psychanalyse à l'épreuve »).
Cependant, il faut admettre que si la censure était un processus inconscient totalement autonome, donc ne dépendant pas lui-même d'une autre instance supérieure, il n'y aurait pas de problème de régression à l'infini. Dans ces conditions, et bien que faisant partie de l'appareil psychique inconscient, la censure, « gardienne du refoulé », serait donc éternellement vierge de toute influence de ce avec quoi elle est en contact. Elle serait cette sorte d'agent que l'on ne peut influencer, que l'on ne peut plier, qui est absolument rigide, mais qui pourtant est doté de capacités de discernement inouïes puisqu'elle se charge de contrôler le contenu du refoulé inconscient qui, selon Freud, est régit par un déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard.
Mais les questions cruciales demeurent : pourquoi n'y aurait-il pas dans les choix mêmes opérés par la censure sur ce qu'elle interdit, des choses que le conscient ne doit pas savoir ? Autrement dit, si pour être en contact direct avec le refoulé inconscient, la censure se doit, elle aussi, d'être inconsciente, pourquoi n'avons-nous pas un accès direct à cette censure, parce que certaines de ses opérations, seraient inacceptables pour le conscient ? N'y a-t-il pas dans les façons de faire de la censure, des choses que le conscient ne peut admettre et qui sont aussi la cause du maintient de la censure dans son statut inconscient ? Pourquoi la censure ne pourrait-elle être influencée, modifiée, par ce qu'elle doit interdire tout en étant en contact direct et permanent avec le refoulé ? Ce serait comme si un geôlier qui vivrait en permanence et en contact direct avec ses prisonniers ne pouvait jamais être influencé par eux de quelque manière que ce soit !
En effet, si le « refoulé » représente quelque chose d'inavouable pour le conscient, quelque chose donc qui pourrait mettre le sujet dans un état de malaise profond s'il en était conscient, et si c'est bien la censure qui protège ainsi le conscient des éléments refoulés, c'est donc qu'elle aussi, a partie liée de façon très intime, directe même, avec « l'inavouable ». La censure est donc chargée de la « basse besogne » consistant à maintenir dans le cachot profond du refoulé, ce que le « sujet ne doit pas savoir ». Mais puisqu'elle est inconsciente, c'est donc que l'on veut la cacher elle aussi, comme un Etat voudrait masquer, et ses secrets les plus dangereux, et ceux qui les protègent, les « censeurs ».
On ne peut donc éviter de se poser la question : « qui » empêche la censure de devenir consciente ? Quelle autre force qui lui est supérieure, laquelle doit, elle aussi être inconsciente, et ainsi de suite... ?
Comme on le voit, le problème de la régression à l'infini, bien que sortit par la porte, revient par la fenêtre...
Il n'y a donc ni censure, ni refoulement, ni refoulé qui soient inconscients, et surtout qui soient réglés par un déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non-sens comme Freud l'affirma explicitement dans son livre « Psychopathologie de la vie quotidienne ».
Il n'y a donc pas de psychanalyse, ou, comme l'écrit Mikkel Borch-Jacobsen dans « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse » : « la psychanalyse est une théorie zéro ».
Jean-Paul Sartre avait déjà vu le problème lié à la notion de censure. Il écrit, à propos de la mauvaise foi, in : « L'Etre et le Néant » :
« La censure, pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu'elle refoule. Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles, force est bien d'admettre que la censure doit choisir et, pour choisir, se représenter. D'où viendrait, autrement, qu'elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu'elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s'expriment dans la claire conscience ? Et comment expliquer qu'elle peut relâcher sa surveillance, qu'elle peut même être trompée par les déguisements de l'instinct ? [...] En un mot, comment la censure discernerait-elle les impressions refoulables sans avoir conscience de les discerner ? [...] Il faut que la censure soit consciente d'être consciente de la tendance à refouler, mais précisément pour n'en être pas consciente. Qu'est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi ? »
Comme le fait comprendre Sartre, il est donc impossible que pour Freud, la censure ne soit pas en contact direct avec le refoulé. Mais, à l'insu du sujet, elle agirait pourtant avec une étonnante capacité de discernement (et même de jugement) qui serait même totalement infaillible si l'on s'en tient au déterminisme psychique absolu de Freud. Sartre montre qu'à un tel niveau « d'intelligence » il est peu plausible que la censure ne soit pas, en fait, consciente. Mais cette intelligence infaillible de la censure, en liaison avec le déterminisme absolu de Freud, n'est-elle pas analogue à celle du Démon de Laplace ? Sartre n'entrevoit certes pas le problème de la régression à l'infini, mais celui de la capacité d'un agent supposé inconscient, comme la censure, à effectuer les mêmes actions complexes de jugement, de discrimination et de représentation qu'un agent conscient. Mais comme pour Sartre il est impossible de n'être pas conscient de faire quelque chose consciemment sans être de mauvaise foi, il assimile donc la censure à de la simple mauvaise foi.
Il ressort néanmoins de l'analyse de Sartre, que la censure est bien inconsciente et en contact permanent avec le refoulé. Par conséquent on ne peut que retomber dans le problème insoluble de la régression à l'infini que nous avons exposé plus haut.
Publié par vdrpatrice à 17:38:12 dans Résistances... | Commentaires (1) | Permaliens
13-06-2007 22:29
De clémentine Sujet:
manuscrit
Commentaires