
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Il faut rappeler, pour ceux qui vivraient sur une autre planète, ce qui agite la presse suisse ces jours-ci. Une vidéo qui montre un député valaisan nu et sniffant de la coke, filmé par une de ses maîtresses. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vue, elle est ici.
Bon, je vous ai bien eu, n'est-ce pas ? Ne comptez pas sur moi pour participer à ce voyeurisme qui... que... dont... Vertueuses protestations. Etc.
L'existence de cette vidéo a donc provoqué une curée médiatique contre l'élu PDC. On expose ses maîtresses, on parle de l'argent qu'il leur donnait, on interroge les maris de celles-ci, on fait le compte du patrimoine étendu de ce notable...
Les journaux justifient ce déballage en affirmant que l'affaire est publique. Elle concerne un élu dont les actes contredisent complètement le programme électoral. En Valais en effet, le PDC est un parti de droite, chrétien, moralisateur, conservateur.
Ils ont raison sur ce point. Les électeurs doivent être informés. Ensuite à eux de décider. Veulent-ils que leurs délégués mettent en concordance leurs principes et leur conduite ? Se contentent-ils de savoir qu'ils font leur travail de politicien et défendent efficacement des préceptes même sans les appliquer ? Ça les regarde.
Seulement, les électeurs concernés sont en Valais. C'est au journal local d'exposer les faits. (Journal local, qui reste d'ailleurs très discret sur l'affaire. Un seul article à ce jour. Il est vrai qu'il a toujours été lié au PDC majoritaire, mais c'est une autre question...)
Or il ne se passe pas un jour sans que la presse de boulevard suisse ne sorte deux ou trois pages sur notre homme. Pour informer les électeurs valaisans ? Allons donc. C'est déjà fait depuis longtemps.
Il s'agit d'autre chose. De voyeurisme et de moralisation.
Vous avez observé comment, depuis quelque temps, le retour aux normes les plus étroites fleurit. Comment la presse populaire étale les scandales et jette en pâture les vies privées dans le but de définir des modèles de comportement, de mettre au pilori les comportements déviants.
Dans le monde nouveau qui s'installe, chacun doit être impeccable socialement mais aussi personnellement. Si les vices sont désormais publics, les vertus doivent régner jusque dans le privé, dont la sphère se restreint jusqu'à ne plus exister.
Et si vous n'êtes pas exemplaire et transparent, la presse de caniveau se chargera de vous dénoncer, de vous condamner et de vous châtier.
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 10:21:01 dans Polémique | Commentaires (2) | Permaliens
"Toutes nos opinions sont aux autres."
Fernando Pessoa
Publié par Alain Bagnoud à 09:08:52 dans Citations | Commentaires (1) | Permaliens
Un avantage de ce blog, c'est que j'y note la plupart de mes lectures depuis que je l'ai
ouvert. Je peux donc rafraîchir ma mémoire si nécessaire.
C'est donc avant de commencer à le tenir que j'avais lu du McEwan. Des nouvelles il me semble. Il y avait peut-être sur la couverture du livre en version française la photo d'un bébé. Impossible de me souvenir d'autre chose, sinon d'une impression globalement positive.
Impression qui se confirme avec Samedi.
Le roman raconte la journée d'un chirurgien du cerveau, avant le début de la deuxième guerre du Golfe. Vous vous souvenez ? Les Etats-Unis et l'Angleterre massaient leurs hommes dans les sables, Blair avait la preuve de l'existence des armes de destruction massive, on comptait sur Blix, l'expert des Nations-unies, pour sortir tout le monde du pétrin.
Il y a justement, ce samedi dont parle McEwan, une gigantesque manifestation contre la guerre à Londres. Perowne, le héros chirurgien, est plutôt pour la guerre : il compte parmi ses patients un Irakien torturé qui lui a expliqué l'inhumanité du régime de Saddam. Les enfants de Perowne, un bluesman et une poétesse, sont plutôt contre.
D'autres événements du jour : le matin, Perowne voit un avion au réacteur enflammé atterrir, il joue au squash, accroche la voiture d'un voyou, visite sa mère qui ne se souvient plus de lui, reçoit toute sa famille, y compris son beau-père, grand poète évidemment alcoolique, réunion à laquelle s'invite le voyou humilié et désireux de se venger.
Le roman évoque surtout les rapports entre art et science, la complexité du monde, et les multiples interprétations qu'on peut essayer d'en tirer. Par exemple cet avion en feu, successivement vu comme un accident coûteux en vie humaine, un attentat terroriste, un transport de matériel pédophile, un simple accident d'avion cargo dans lequel, finalement, seule une partie de la cargaison sera perdue.
Ou encore les préparatifs de la guerre du Golfe, à quoi l'avenir dorénavant connu donne un relief particulier. Ce qu'on en a appris désormais contribue à l'impression que donne le livre, d'être au centre de l'univers, au milieu des informations, du chaos, sur une pointe d'épingle entre passé et futur. Sans que ceux qui vivent le moment détiennent les informations qui leur seraient utiles. Perdus dans un monde hasardeux mais à quoi on peut donner un sens, suggère McEwan, par la compréhension, l'empathie et le pardon.
Ian McEwan, Samedi, Gallimard
Publié par Alain Bagnoud à 12:35:11 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Certains prennent plaisir à se noyer dans les clichés. Le garçon face à moi sur la
banquette brune a toute la panoplie rap. Le crâne rasé. Les chaînes. La casquette. Les pantalons trop larges et trop bas, le sweat-shirt idoine. Anneau dans le nez.
Il lit une BD érotique de Manara et prend un air provocateur et gêné quand il voit que je lorgne la couverture.
Dans cette gare, j'ai eu rendez-vous avec un ami pour fêter la publication d'un manuscrit commun. Il y avait des champs de blé près de la maison où il vivait. Nous avions bu de la gentiane. Depuis, tout s'est un peu réduit.
Plus loin, un parc d'attraction, avec ses tentes blanches pointues, son labyrinthe, ses hauts toboggans. Une grande éolienne à trois pales tourne à vitesse réduite .
Le fleuve passe comme le temps depuis Héraclite. Ce temps qui devait nous apporter la sérénité et le détachement. Semblait-il. Nous avait-on promis.
Je ne sais pas à quel stade je suis censé me trouver. Mais je suis optimiste : c'est la saison des asperges, et bientôt il y aura des fraises.
Publié par Alain Bagnoud à 09:13:31 dans Transports | Commentaires (5) | Permaliens

Publié par Alain Bagnoud à 08:53:52 dans Poèmes | Commentaires (1) | Permaliens
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