
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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A.B.: Commençons par le mot « aventure »... Il n'est pas innocent, celui-là.
N.B. Non. Mais il est ambigu. Il a le sens d'aventure, à la façon dont les gamins en rêvent. Et il a aussi le sens d'un risque sentimental, d'une aventure sentimentale qui peut entraîner des conséquences imprévisibles, comme l'autre aventure, celle de l'explorateur. Je trouve bien que ce mot ait un double sens. C'est un nom géographique externe lié à des périls tout à fait précis: des rapides, des précipices, des fauves. Et puis, de l'autre côté, il est utilisé comme une prise de risque dans l'univers humain. La jalousie, les sentiments, la vendetta, la revanche, le suicide remplacent la cascade ou la diligence attaquée par Mandrin.
Pour vous, le voyage et l'amour sont liés?
En voyage, je n'ai pas eu beaucoup le temps pour être amoureux. Parce que voyager vraiment prenait tout mon temps. Mais sans doute qu'il y a un grand cousinage.
On passe au deuxième mot. « Béatitude. »
C'est un mot qui est entré dans ma cervelle d'enfant extrêmement jeune et sous son sens stictement religieux. J'avais un grand-père compositeur qui avait appelé une de ses pièces importantes "Les Béatitudes". J'ai toujours entendu ce mot dans ce contexte un peu ouaté. Mais ce n'est pas un mot qui porte très loin. Il y en a d'autres que je préfère pour décrire le bonheur. Je crois que ce mot, béatitude, je ne l'ai jamais écrit dans aucun texte.
Un grand-père compositeur, la musique, l'écriture.... Ça nous mène directement à C comme « création »...
Un mot que je ne m'attribuerai jamais, même avec une minuscule. La fonction d'artiste n'est pas du tout une fonction démiurgique. Elle est de rendre compte d'un monde et d'une réalité qui a déjà été formée, en partie par l'homme, en partie par le ciel. Le mot de créateur, je le réserve plutôt aux divinités créatrices. Pour le travail que je fais, que font les peintres, les photographes, je préfère le mot de fabricateur, ou d'interprète.
... interprète d'une réalité ?
D'une réalité qui existe. Je ne crée ni les mots, ni les choses. Si vous voulez, ma part de création, minime, intervient dans la façon d'accoupler les mots et les choses. De les agencer.
L'entretien en entier est ici.
Publié par Alain Bagnoud à 17:44:10 dans Republication | Commentaires (0) | Permaliens
Disponible en ligne, l'enregistrement de la lecture que Cyril Kaiser, comédien, a faite du Jour du dragon à la Médiathèque de Sion, le 3 décembre, dans le cadre du cycle Bouche à oreilles.
Suivez ce lien. (C'est au bas de la page.)
Cyril Kaiser est comédien, professeur de diction et metteur en scène.
Son dernier spectacle: Calvin, un itinéraire. Voir ici.
Publié par Alain Bagnoud à 10:37:20 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Retour sur l'extrême contemporain (voir ici).
La littérature actuelle, donc, dit Dominique Viart, se sépare en trois types. Consentante, concertante, déconcertante. C'est déjà un peu plus fin que l'ancienne typologie. Vous vous souvenez? Capture et rupture...
On va définir un peu tout ça. La littérature consentante, donc, serait un art de divertissement, académique, artisanal, qui suit des modèles fixés. La langue y est un instrument bien maîtrisé, qui rabote, équilibre, travaille solidement. Elle vient tout droit par exemple de l'Académie française.
La littérature concertante, elle, très médiatisée, capte l'air du temps, offre au lecteur ce qu'il veut, fait du bruit. Elle est vite oubliée. Elle brasse des thèmes de magazine, est à la mode. Frédéric Beigbeder (voir ici et ici). On y emprunte, dit Viart, aux parlures à la mode.
Enfin, la littérature déconcertante prend le lecteur à revers, le déplace, le bouscule, lui fait faire l'épreuve de l'étranger. Elle pense la langue, y réfléchit, en éprouve les manques. Antoine Volodine ou Pierre Michon.
Ce qu'il y a d'intéressant dans la vision de Viart, c'est que ces catégories ne figent pas les gens, que certains auteurs passent de l'une à l'autre. Il donne l'exemple de Houellebecq, déconcertant avec ses premiers livres (Extension du domaine de la lutte), devenu concertant avec Plateforme qui parle de tourisme sexuel, terrorisme, etc, thèmes à la mode...
Il y a bien sûr une échelle de valeurs dans la distinction de Viart, et l'esthétique perce sous la typologie. Et maintenant, chers amis auteurs, situez-vous. Dans quelle catégorie pensez-vous être, où aimeriez-vous être reconnus. Dans quelle catégorie êtes-vous vraiment?
Publié par Alain Bagnoud à 15:27:21 dans Journal | Commentaires (2) | Permaliens
Charlotte parfois est en concert digestif ce samedi
26 décembre dans le cadre du festival « La Teuf S’amuse »
à Genève sur «le bateau Genève ».
Publié par Alain Bagnoud à 08:32:23 dans Chansons | Commentaires (0) | Permaliens

Elli Kronauer, Manuela Draeger, ou Lutz Bassmann qui a un site ici et un blog là (entre aures) sont les principaux écrivains du genre qui s'appelle le post-exotisme. Un genre nouveau dont je n'ai lu pour l'instant que Des anges mineurs, d'Antoine Volodine.
Ce dernier nom vous semble peut-être plus familier que les précédents. En fait, tous sont des hétéronymes d'un seul homme né en 1949 ou 1950 à Lyon ou à Chalon-sur-Saone, qui a commencé par publier dans une collection de science-fiction, chez Denoël, avant d'émigrer vers les prestigieuses maisons Minuit, Gallimard et Seuil.
Les mystères autour de cet écrivain font partie d'une stratégie littéraire globale. Volodine veut justement miner la notion d'auteur, et construit pour cela une œuvre très cohérente.
Le post-exotisme est, selon lui, « une littérature étrangère écrite en français », « une littérature de l’ailleurs qui va vers l’ailleurs ».
Des anges mineurs contient 49 petits récits, appelés des narrats, qui peuvent se lire dans l'ordre ou en miroir, le premier correspondant avec le 49, le 2 avec le 48, etc. On comprend peu à peu qu'ils sont racontés par un personnage, Will Scheidmann, mais finalement, celui-ci a peut-être été rêvé par une Maria Clémenti, nous révèle le narrat 43. Bref: pas plus de narrateur que d'auteur.
Des personnages par contre, mais mal définis, dont les noms reviennent au fil des pages, parfois au premier plan, d'autres fois en arrière-plan, dans une mini comédie humaine balzacienne. Les décors sont ceux d'une sorte d'Asie des steppes. Ça se passe dans une époque post-apocalyptique. Ça va vers la disparition, la destruction, l'extinction.
Des gens errent ou campent dans des ruines, l'Histoire est finie, les génocides et les catastrophes ont eu lieu, il n'y a plus d'espoir. La seule ouverture est un humour noir dévastateur.
Une écriture radicale, un univers onirique, sombre, habité par le chamanisme, l'hallucination: dire que ça change de ce qu'on lit habituellement est un euphémisme.
Antoine Volodine, Des anges mineurs, Points Seuil
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Publié par Alain Bagnoud à 10:45:17 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
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