
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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Il bruine. Parapluie bleu au logo de compagnie d'aviation pour ce cadre supérieur en loden noir qui parle de ses rhumatismes. Puis il évoque les prévisions d'un almanach. Le Messager Boiteux. La saison sera rude. Mauvais temps assuré. Les proverbes sont formels. Ça dit la vérité, il le voit année après année.
Son vis-à-vis bronzé, aux cheveux grisonnants coupés très courts, porte une parka militaire sur son complet rayé. Il l'enlève pour travailler, sans doute.
Partout des parapluies, rose aux gros points blancs et violets pour cette femme entre deux âges qui explique au téléphone que son téléphone est en panne. Brun foncé pour cette dame à l'air sévère, la tête est enveloppée d'un mouchoir brun aussi. Noir pour ces deux amoureux tout en noir qui s'embrassent. Rouge foie pour l'homme maigre qui ressemble à un acteur de Hollywood, vieux beau très connu.
Des hommes pourtant travaillent sur un chantier nocturne, lumineux dans tout ce terne avec leurs casques et leurs tenues imperméables fluos, jaunes, orange, vertes.
Publié par Alain Bagnoud à 10:17:15 dans Transports | Commentaires (7) | Permaliens

Les gens partagent difficilement leur espace vital, même quand le soleil et les couleurs de l'automne donnent un air de fête à tout. Une fille avec un livre, une autre avec de très beaux bras qu'elle lève. Dans les champs du maraîcher, un tracteur rouge entouré de petits bonshommes penchés sur le capot ouvert. Champs de maïs, arbres aux feuillages rouges, orange, jaunes. Là où je vais, il y aura des mélèzes somptueux et déjà un peu de neige sur les sommets.
Là où les activités des hommes ont diminué. Là où on ne voit plus ces forêts d'antennes et ces hangars de banlieue.
L'automne, il me faut l'écrire pour le voir mieux. Ce mot. Automne.
Ce qui ne se transforme pas en signe, en symbole existe-t-il? Vignes, forêts, villages, prés, et les nimbo-cumulus au bas du ciel bleu clair.
C'est un de ces temps où on se voudrait peintre du dimanche, avec un chevalet posé devant un paysage et les enfants qui s'arrêtent pour regarder le tableau en cours.
Mais je préfère être seul.
Publié par Alain Bagnoud à 09:20:51 dans Transports | Commentaires (0) | Permaliens
Encore une chose de faite, à quoi je croyais ne pas croire. Puis le sens est venu. Et me voilà dans le train du retour, en face d'un gros quadragénaire renfrogné T-shirt, baskets voyantes, casquette américaine. Un sparadrap sur la pommette gauche. Petit bouc. Il ouvre une bière en boîte de grand format, un demi-litre.
La nuit n'est pas encore tombée mais le monde s'installe dans la torpeur, les écrans, la résignation.
Qu'est-ce que ça signifie travailler? Assembler et séparer des matériaux? Faire des gestes habiles? Manipuler des informations? Transformer le monde par une action volontaire?
Les dizaines de petites maisons semblent toutes semblables dans ce lotissement, à l'extérieur de la ville, un peu décalées l'une par rapport à l'autre, pour que l'ensemble paraisse organique. On y emménage quand c'est construit, on fraternise avec les voisins. Invitations, fêtes. Ensuite, on se contente de dire bonjour en passant. Puis les enfants grandissent, ils sont loin de tout. Il veulent la ville, le fourmillement, la fête.
Pendant ce temps, le crépuscule augmente sur les terrains vagues au bord de la voie ferrée, sur les champs ras, le pont de l'autoroute avec ses piliers de béton comme une cathédrale.
Publié par Alain Bagnoud à 08:06:50 dans Transports | Commentaires (5) | Permaliens
La fille a des lunettes à montures rouges, un petit chignon très sophistiqué. Maquillage discret, chaussures de luxe. Soin du détail jusqu'aux canons de ses jeans de luxe retroussés sur le talon pour que l'ourlet ne frotte pas le sol. Il la regarde, assis dans le tram, obtus, fermé, de mauvaise humeur. Il occupe deux places, son sac à dos est posé à côté de lui. Un homme grisonnant, à lunettes, avec une montre de luxe, une veste en cuir mauve et un pantalon gris taché.
Je désigne la place vide. Il débarrasse le deuxième siège avec mauvaise volonté, lenteur. Puis il observe du coin de l'œil ce que j'écris sur lui.
Une dame à cheveux courts blonds le remplace. Ses escarpins sont noirs et pointus. On voit sa longue robe sous un imperméable caca d'oie ouvert. Elle lit dans le journal les confessions d'un acteur de séries télé américaines. Quand il était ado, explique-t-il, il volait les slips de son père pour les porter lors de ses rendez-vous amoureux. Il se demande encore pourquoi. Décidément, le monde est intéressant.
Publié par Alain Bagnoud à 10:42:25 dans Transports | Commentaires (2) | Permaliens
Journée chargée. Je me suis expliqué avec celle qui croyait que je lui en voulais. J'ai reçu en prêt un ordinateur portable performant et lourd. J'ai marché sur le pied d'une dame assise sur un banc. J'ai reconnu quelqu'un perdu de vue depuis des années.
C'était un jeune homme propre sur lui avec des vestons et des chemises bien coupées. Il voulait faire carrière dans l'art contemporain, les musées, la critique. Tout me démontre qu'il y est parvenu: air artiste, vêtement décontractés chics, jeans de marque, blouson gentlemen farmer, lunettes à la mode, casquette à carreaux, et ce catogan, tellement rebelle à notre époque.
C'est la sortie des bureaux dans ce quartier d'affaires. Les uniformes avec cravate abondent. Le genre costume bien coupé. Il s'agit de firmes importantes. L'un d'entre eux, l'air puissant, a enfilé un vieil imperméable ouvert et un chapeau informe. Sans doute sa position lui permet-elle cette excentricité, qui en devient un signe de pouvoir. Une camionnette Global express parcels se parque n'importe comment sur le trottoir. On a repeint la façade du cinéma. Ce noir, cette lumière. J'espère que le film est beau.
Publié par Alain Bagnoud à 15:06:06 dans Transports | Commentaires (0) | Permaliens
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