
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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La pluie encore. Dix-sept minutes à attendre le bus. Deux minettes, l'une en bottes dorées et pantalons blancs, l'autre en shorts avec des collants noirs et des bottes hautes. Elle rectifie constamment sa coiffure, tire sur ses cheveux pour que la frange ressorte bien.
Plus tard, je trouve une place assise et c'est un luxe délicieux, au chaud près de la vitre. Derrière les traînées de pluie défilent les bureaux de change, les teinturiers, les sandwicheries et les pharmacies.
Une dame avec un manteau chic fait le tour du véhicule. Elle pose à tous la même question, systématiquement. Est-ce que vous avez entendu quelqu'un crier?
Crier? Non. Rien que le gros monsieur qui parle très fort en espagnol dans son téléphone mobile et qui rit comme un ogre. Devant la boutique Nid d'Ange, une montagne de sacs poubelles. Un enfant se met à pleurer quelque part. Il faudrait que quelqu'un me sourie pour que la journée commence enfin.
Publié par Alain Bagnoud à 10:27:10 dans Transports | Commentaires (4) | Permaliens
Il serait tout à fait agréable de pondre des vers de mirliton et de les entendre déclamer dans des banquets de mariage ou des fêtes avinées. Puis on me mettrait une couronne de faux lauriers en carton et on me proclamerait prince des poètes.
Encore une destinée que je ne vivrai pas, me dis-je en attendant le tram. La lumière froide du matin avance comme une ballerine. Une nuée d'étourneaux quitte un platane en bruissant, tournoie dans le ciel et disparaît derrière les toits.. Je me demande quelle quantité de sacré il y a dans les épaules dorées de cette fille que je connais, qui s'appelle Raquel, qui est mariée, probablement fidèle, mais qui aime tellement plaire, qui laisse pendre ses cheveux décolorés en longues mèches langoureuses et porte de larges anneaux de gitane.
Publié par Alain Bagnoud à 10:15:40 dans Transports | Commentaires (3) | Permaliens
Il bruine. Parapluie bleu au logo de compagnie d'aviation pour ce cadre supérieur en loden noir qui parle de ses rhumatismes. Puis il évoque les prévisions d'un almanach. Le Messager Boiteux. La saison sera rude. Mauvais temps assuré. Les proverbes sont formels. Ça dit la vérité, il le voit année après année.
Son vis-à-vis bronzé, aux cheveux grisonnants coupés très courts, porte une parka militaire sur son complet rayé. Il l'enlève pour travailler, sans doute.
Partout des parapluies, rose aux gros points blancs et violets pour cette femme entre deux âges qui explique au téléphone que son téléphone est en panne. Brun foncé pour cette dame à l'air sévère, la tête est enveloppée d'un mouchoir brun aussi. Noir pour ces deux amoureux tout en noir qui s'embrassent. Rouge foie pour l'homme maigre qui ressemble à un acteur de Hollywood, vieux beau très connu.
Des hommes pourtant travaillent sur un chantier nocturne, lumineux dans tout ce terne avec leurs casques et leurs tenues imperméables fluos, jaunes, orange, vertes.
Publié par Alain Bagnoud à 10:17:15 dans Transports | Commentaires (7) | Permaliens

Les gens partagent difficilement leur espace vital, même quand le soleil et les couleurs de l'automne donnent un air de fête à tout. Une fille avec un livre, une autre avec de très beaux bras qu'elle lève. Dans les champs du maraîcher, un tracteur rouge entouré de petits bonshommes penchés sur le capot ouvert. Champs de maïs, arbres aux feuillages rouges, orange, jaunes. Là où je vais, il y aura des mélèzes somptueux et déjà un peu de neige sur les sommets.
Là où les activités des hommes ont diminué. Là où on ne voit plus ces forêts d'antennes et ces hangars de banlieue.
L'automne, il me faut l'écrire pour le voir mieux. Ce mot. Automne.
Ce qui ne se transforme pas en signe, en symbole existe-t-il? Vignes, forêts, villages, prés, et les nimbo-cumulus au bas du ciel bleu clair.
C'est un de ces temps où on se voudrait peintre du dimanche, avec un chevalet posé devant un paysage et les enfants qui s'arrêtent pour regarder le tableau en cours.
Mais je préfère être seul.
Publié par Alain Bagnoud à 09:20:51 dans Transports | Commentaires (0) | Permaliens
Encore une chose de faite, à quoi je croyais ne pas croire. Puis le sens est venu. Et me voilà dans le train du retour, en face d'un gros quadragénaire renfrogné T-shirt, baskets voyantes, casquette américaine. Un sparadrap sur la pommette gauche. Petit bouc. Il ouvre une bière en boîte de grand format, un demi-litre.
La nuit n'est pas encore tombée mais le monde s'installe dans la torpeur, les écrans, la résignation.
Qu'est-ce que ça signifie travailler? Assembler et séparer des matériaux? Faire des gestes habiles? Manipuler des informations? Transformer le monde par une action volontaire?
Les dizaines de petites maisons semblent toutes semblables dans ce lotissement, à l'extérieur de la ville, un peu décalées l'une par rapport à l'autre, pour que l'ensemble paraisse organique. On y emménage quand c'est construit, on fraternise avec les voisins. Invitations, fêtes. Ensuite, on se contente de dire bonjour en passant. Puis les enfants grandissent, ils sont loin de tout. Il veulent la ville, le fourmillement, la fête.
Pendant ce temps, le crépuscule augmente sur les terrains vagues au bord de la voie ferrée, sur les champs ras, le pont de l'autoroute avec ses piliers de béton comme une cathédrale.
Publié par Alain Bagnoud à 08:06:50 dans Transports | Commentaires (5) | Permaliens
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