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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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La baïne, par Eric Holder | 15 février 2008

 Pointe de Grave

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Eric Holder a du talent. Une écriture. Une manière bien à lui de faire vivre un décor.

Celui du Sud-Ouest de la France, dont il a emprunté un mot du langage particulier pour en faire le titre de son roman. La baïne est une lagune entre le rivage et un banc de sable, formée par la houle de l'Atlantique, dit le quatrième de couverture. Un endroit traître, où même les bons nageurs peuvent se faire emporter par le courant et les tourbillons dus aux failles dans le banc de sable.

Ainsi, au début du livre, c'est une jeune femme qui se noie. A la fin, c'est l'héroïne du livre, Sandrine Laguibson (comme la guitare). Une jeune femme amoureuse de la pointe de Grave, qui en a épousé un natif, qui a deux enfants avec lui, qui s'occupe de faire le guide dans la région.

Et puis arrive un bel étranger, un Parisien, fils d'un cinéaste célèbre qui veut tourner un film dans la région et engage Sandrine pour les repérages. Puis le film se fait, puis il y a un adultère avec le Parisien. Puis une relation qui se noue. Puis j'ai arrêté le livre.

Non que je désapprouve l'adultère, ne croyez pas ça ! Ou que j'aie trouvé Holder mauvais écrivain. Mais le roman était posé sur la pile que je lis, puis un peu plus au-dessous, puis tout au fond, et chaque fois qu'il s'agissait de prendre un ouvrage, c'était un autre. Jusqu'à ce que je me rende compte que je ne le finirai jamais...

J'ai quand même feuilleté un peu, par acquis de conscience. Pour constater que oui elle se noie bien à la fin. On s'en doutait un peu. Quand ça commence par une noyade... Mais pourquoi ? Accident ? Suicide ? Ah ! C'est un mystère que je n'ai pas la force d'élucider.

Si vous voulez le faire, il va falloir lire La baïne.


Eric Holder, La baïne, Seuil

Publié par Alain Bagnoud à 10:18:03 dans Pas fini | Commentaires (0) |

Jusqu'à pareil éclat, par Anne-Lise Grobéty | 17 janvier 2008

Anne-Lise Grobéty, copyright La GruyèreC'est ce qu'on appelle, semble-t-il, de l'écriture féminine.

Je manque de compétence pour juger. Il me semble plutôt, à moi, qu'il y a surtout une écriture individuelle, chaque bon auteur ayant la sienne. Mais bon, pourquoi est-ce que l'écriture féminine n'existerait pas ? Puisque c'est ce qu'affirme Valérie Cossi dans le quatrième de couverture de Jusqu'à pareil éclat, qui parle pour ce livre de « tradition au féminin ».

Voyons donc ses caractéristiques d'après le texte.

Tentative de création d'une atmosphère onirique. Description des liens mère-fille réels ou symboliques. Surattention aux objets, aux matières, aux textures. Communication avec la nature, les arbres et les petits oiseaux.

Et surtout, images, métaphores, personnifications. Un flux d'images, de métaphores et de personnifications. Partout des images, des métaphores et des personnifications.

Tenez, j'ouvre le livre au hasard, vraiment. P. 37 : « les tapis gobaient d'un trait chacun de ses pas. » P. 17 : « Au fur et à mesure qu'on quittait la roture des jardins pour s'approcher de la bâtisse, on voyait bien que les fleurs devenaient de plus en plus guindées, les pelouses pompeuses, contrites... » P. 29 : « L'odeur de cette armée de vieux livres - douze mille soldats aux armes obsolètes, orgueilleusement sûrs de vaincre l'éternité dans leur tunique de cuir rouge foncé. » Allez, une dernière page. J'ouvre au hasard, il y en a partout. P. 75 :  « un pont plié en deux sur la pauvre rivière qui prenait son élan pour fuir et se perdre dans l'immensité. »

Bon.

 

Anne-Lise Grobéty, Jusqu'à pareil éclat, Bernard Campiche éditeur.

Publié par Alain Bagnoud à 09:06:31 dans Pas fini | Commentaires (4) |

Allez jouer ailleurs, par Pascal Bruckner | 10 janvier 2008

Dans le premier chapitre, une rame de métro se transforme en énorme papillon. Dans le deuxième, un clochard qui semble s'exhiber devant des écoliers fait sortir une colombe de sa braguette. Puis on découvre qu'un petit garçon est un ogre.
Bref, ce sont des sortes d'épisodes fantaisistes et fantastiques autour du métro, entre conte de fée et prise d'acide.
Allez jouer ailleurs a été publié en 1976.  Bruckner avait 28 ans. Un livre de jeunesse, donc, parfaitement daté, pris dans l'imaginaire et les valeurs d'une époque post-soixante-huitarde, et qui ont bien vieilli.
N
otre philosophe a fait mieux depuis et a explicité plus efficacement d'autres états de la société. Le Sanglot de l'homme blanc a décrypté la culpabilité tiers-mondiste (1983). Les Voleurs de beauté (Prix Renaudot 1997) a mis en scène la détresse du séducteur vieillissant. La Tyrannie de la pénitence (2006) dissèque le masochisme occidental.
Toujours en phase avec son époque, donc, Pascal Bruckner. Ce n'est pas le dernier épisode révélé par les journaux qui me contredira, tant il illustre bien la période où nous vivons. Les années Sarkozy. Argent, frime, sexe, liaisons.
La presse dominicale suisse vient en effet d'annoncer que Bruckner allait probablement témoigner au procès de Cécile B., dont il a été l'amant. Cécile B. qui aurait assassiné, lors d'une séance S.M. à Genève, le puissant banquier Edouard Stern, alors que sa victime était vêtue d'une combinaison en latex, attachée et empluguée.
Une affaire dans laquelle on cite aussi les noms de Thierry Breton, contre qui Stern avait déposé plainte, et de Nicolas Sarkozy justement, qui aurait eu des liens d'amitié avec le mort.
Ça change du métro transformé en papillon, non ?
 
Pascal Bruckner, Allez jouer ailleurs, Le livre de poche.

Publié par Alain Bagnoud à 09:17:36 dans Pas fini | Commentaires (3) |

L'Insurgé, par Jules Vallès | 21 novembre 2007

Vallès le révolté. Un destin qui intéresse. Une existence précaire, des articles Jules Vallès par Courbetincendiaires, de la prison régulièrement.
Et puis un homme qui a été renvoyé quasi-systématiquement des journaux auxquels il collaborait ne peut pas être mauvais. Il a dû créer les siens pour s'exprimer : Le Peuple, La rue, Le Cri du Peuple, le Drapeau... Vite faillis ou aussi vite saisis par la justice.
De plus il y a la Commune, à quoi il participe avec enthousiasme. Après quoi il doit ensuite fuir en Belgique et en Suisse, à Lausanne, puis en Angleterre, avant d'être amnistié.

Vallès a romancé son existence dans un triptyque, Jacques Vingtras, qui comprend L'Enfant, Le Bachelier, L'Insurgé. C'est ce dernier tome que j'ai abordé avec sympathie. Quelqu'un qui a défendu Louise Michel et Kropotkine, vous pensez bien...
Hélas, Vallès écrit comme un journaliste. Récit au présent, suite de scènes mal reliées entre elles, langage relâché, avec une volonté d'oralité. Mais pas l'oralité de Céline, travaillée, devenue un style. Une oralité molle au contraire, celle de l'orateur et pas celle de l'écrivain.
On suit Vingtras pion, puis journaliste, on a les portraits des grands hommes de presse de l'époque, celui des compagnons de lutte populaire aussi, puis vient la Commune... Mais malgré l'importance de l'événement, j'ai arrêté là.

Publié par Alain Bagnoud à 12:20:52 dans Pas fini | Commentaires (5) |

Mon beau navire, par Anne Wiazemski | 17 octobre 2007

Certains s'en souviennent peut-être, j'avais bien aimé, Canines, d'Anne Viazemski. Une bonne raison pour lire ses autres livres. Mais Anne WiazemskiMon beau navire m'a déçu..
C'est un récit d'adolescence et une traversée en bateau. Rien à dire contre ces sujets qui pourraient avoir leurs charmes si la manière de les traiter n'était pas un peu prévue. .
La fillette qui fait le voyage chaque année devient cette fois plus ou moins amoureuse du beau lieutenant, un gentil marin qu'elle avait envie de retrouver. C'est qu'elle a grandi. Une copine de son âge noue avec elle une relation légèrement ambiguë. Sa mère finit sans doute dans le lit du capitaine. Et la vie ennuyeuse et ritualisée sur ces gros paquebots s'écoule....
Anne Viazemski a tendance à utiliser avec système la focalisation interne, dirigée comme un gros projecteur dans la tête de son héroïne. Sans vouloir expliquer, analyser, elle montre, relate, veut nous faire éprouver peut-être ce que la fille ressent. .
Comme le roman est à la troisième personne, il s'y surajoute les ombres que la narratrice, adulte sagace, pose derrière les scènes qu'elle décrit. Il existe ainsi un petit relent de danger ou de mystère parce que nous devinons et développons les implicites glissés un peu partout. .
L'innocence de l'héroïne nous semble peut-être frôler ainsi quelques dangers. Ça crée une tension. Petite. Pas suffisante à mon goût pour relever cette histoire plutôt fade et me donner envie de la terminer...

Publié par Alain Bagnoud à 11:12:39 dans Pas fini | Commentaires (0) |

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