
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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« Les trains s’arrêtent longtemps à Zurich, dont la gare est en cul-de-sac. Cette particularité fait que si l’on y arrive d’un côté l’on en repart de l’autre, en admettant bien sûr que Zurich constitue une simple escale dans l’itinéraire adopté. Mais n’est-il pas arrogant de considérer Zurich comme une simple escale ? L’importance de cette ville en Suisse au plan démographique, économique et culturel ne la vouerait-elle pas plutôt, en tout cas aux yeux d’un Zurichois, à constituer la destination par excellence, éventuellement le lieu de départ de tout voyage digne de ce nom ?... »
La suite de ce roman collectif écrit par des suisses allemands et des suisses romands est ici. Une douzaine d'auteurs. On en a trois déjà: Ivan Farron, Peter Stamm et Jérome Meizoz (voir notamment ici et ici).
L'initiative vient de la Literaturhaus de Zurich et de la Fondation Oertli.
Les personnages? La charmante Sidonia Soguel. L'étrange Hubert Hubert. Pour les premiers épisodes:
I. Ivan Farron
II. Peter Stamm
III. Jérôme Meizoz
Publié par Alain Bagnoud à 17:29:12 dans Lectures | Commentaires (3) | Permaliens
Oh non! dites-vous probablement. Encore cette histoire de papillon avec son battement d'aile qui provoque des ouragans partout dans le monde!
Rassurez-vous, il s'agit d'autres choses dans le roman très bien écrit de Nicolas Couchepin.
Le narrateur a été élevé par une mère alcoolique. Après la mort de son père qu'il n'a jamais connu, il apprend son existence, recueille des documents laissés par ce géniteur, va à la recherche de ses grands-parents qu'il n'a visités qu'une fois dans son enfance. Éloignement qui s'explique bientôt: son grand-père violait sa mère et l'a mise enceinte avant qu'elle n'avorte d'un premier enfant.
La mère a d'ailleurs également abusé de son fils. Celui-ci, devenu gardien de nuit d'un hôtel, jongle inlassablement avec toutes sortes d'objets pour donner un peu de légèreté à sa vie. Il rencontre sur son lieu de travail une femme de ménage somalienne, une réfugiée qui a échappé aux pires horreurs et il devient finalement le père du fils qu'elle porte et qui est d'un inconnu...
Oui oui, c'est un peu chargé quoique thématiquement lié. Le récit est travaillé, la construction impeccable et la langue somptueuse.
J'ai tout de même eu quelques perplexités. Au texte du narrateur s'ajoutent des lettres, des récits de rêve, des extraits de journal intime, morceaux très bien rédigés, mais qui tournent parfois en exercice de style. Et j'ai regretté que l'auteur ne soit pas plus près de son sujet, qu'il garde une distance que je cherche à comprendre. Protection face au contenu fort du roman qui aurait pu tout submerger? Crainte de livrer un univers personnel, d'aller chercher loin en soi des éléments qui puissent mettre en danger?
En tout cas tel qu'il est, ce livre est magnifiquement écrit. Il vient d'ailleurs d'obtenir le Prix de la loterie romande, décerné à Sion samedi passé. La théorie du papillon était couronné ex aequo avec Terrains vagues, de Jérôme Meizoz, dont j'ai déjà parlé ici.
Si je n'ignore rien de tout ça, c'est que j'étais membre du jury. Vous voulez des détails? Qui était dans la sélection, comment ça s'est passé? Impossible de vous répondre. Devoir de réserve.
Ce que je peux vous assurer, en tout cas, c'est que le jury a été impartial. En effet, personne n'a essayé de nous corrompre.
Nicolas Couchepin, La théorie du papillon, Infolio
Publié par Alain Bagnoud à 17:13:56 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
François Bon s'attaque à nos mythologies. Il a fait les Rolling Stones et Led Zeppelin. Il va faire Jimi Hendrix. Ici il fait Bob Dylan, ce qui est un moyen pour lui, comme pour ceux qui ont vécu à l'époque où Dylan était Dylan, de se retrouver eux-mêmes et d'esquisser un auto-portrait en utilisant les espoirs, les rêves et les icônes de jadis.
On apprend effectivement beaucoup sur Bon dans ce livre sur Bob. Peut-être plus que sur Dylan. Tout a été dit sur le personnage. Il n'y a pas de révélation possible mais, chez Bon, une nouvelle manière d'envisager les choses.
Il retravaille le portrait du génie, un caractère rebelle forcément, dur, calculateur peut-être, en même temps fermé sur lui-même et ouvert aux tendances de l'époque. Ce qui finit par lui donner cette aura planétaire et cette réputation de génie.
Mais il y a un prix à payer pour tout ça. Ou du moins Dylan en a payé un: la solitude, le mutisme, le never endig tour, les 14 maisons qu'il possède alors qu'il semble vivre dans une caravane posée sur sa gigantesque propriété de Californie...
Son ambition et son insatisfaction le poussent en avant, le font à chaque fois déplacer les lignes et prendre des virages quand on ne s'y attend pas. Le goût de l'urgence et de l'événement provoqué, dangereux, font qu'il ne répète pas avant un concert ni même avant les disques majeurs, montrant les accords aux musiciens quelques minutes avant de jouer, enregistrant deux prises seulement....
Mais le travail est antérieur. Dans la formation et l'écriture: apprendre par cœur toutes les chansons de Woodie Guthrie, passer son temps sur des machines à écrire... La lecture, l'influence des poètes ont donné à Dylan des moyens d'expression que n'ont pas les autres folk-singers de l'époque (et ils abondent, on voit chez Bon que Dylan n'est pas une génération spontanée)...
Cette belle biographie terminée, tout le mystère reste entier. On veut réécouter les disques, on a plongé dans une époque, on a tourné autour d'un personnage sombre, habité, perdu. Décortiquer a posteriori les raisons de telles paroles, les influences de telle musique est possible.
Mais ce qui échappe toujours, c'est le moment de la décision, et son moteur: ce qu'on appelle la création.
François Bon, Bob Dylan, une biographie, Le livre de poche
Publié aussi dans Blogres
Publié par Alain Bagnoud à 09:35:22 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Le dernier roman de Manuel Vasquez Montalban, paru juste avant sa mort (à Bangkok en 2003) parle du premier roman de Chrétien de Troyes, et porte le même titre que lui. Premier signe qu'il s'agit, si on me permet un langage un peu convenu, d'une polyphonie romanesque où l'intertextualité est la règle.
Il y a d'ailleurs bien d'autres cas de réutilisation du texte de Chrétien de Troyes dans des oeuvres modernes. Par exemple dans la BD.
Trois histoires alternent dans le livre de Montalban. Julio Matasanz, célébrissime spécialiste de la littérature médiévale, obsédé par sa carrière, une des gloires de l'Espagne intellectuelle, reçoit un prix prestigieux. La fine fleur des médiévistes est là pour la cérémonie (notamment Charles Méla, qui a été mon professeur à l'université de Genève. Il est à la retraite maintenant, je crois...) Julio Matasanz y retrouve surtout sa maîtresse, avec qui il a une liaison depuis vingt ans, de colloque en colloque.
Sa femme, Madrona, riche bourgeoise barcelonaise, erre pendant ce temps de boutique en boutique, achetant les cadeaux de Noël indispensables à la réunion hypothétique de sa famille. Autant généreuse que son mari est égoïste, elle aide une copine de gymnase, qui la manipule complètement mais finit quand même avec une balle dans le ventre...
Enfin Pedro, le neveu, essaie de sauver sa vie en Amérique latine. Il est médecin dans une ONG et avec sa compagne infirmière, ils vivent une suite de péripéties qui sont calquées sur le roman de Chrétien de Troyes, Eric et Enide, celui qu'a choisi l'oncle prestigieux comme thème de sa communication lors de la remise du prix.
Il s'agit, comme dans l'original, d'un homme de grande famille qui rencontre une jeune femme pauvre. La vie en commun, trop inactive à leur goût, les pousse vers l'aventure, et là, dans ce Guatemala violent, ils rencontrent, comme les héros de Chrétien de Troyes, trois voleurs, cinq truands, deux géants, un soldat nain dont ils me méfient mais qui les sauve, et ça se termine par les retrouvailles familiales et un repas de fête.
Nombreux niveaux de narration et de lectures, donc. Le thème unificateur est la mort. Elle est partout. Dans la carrière de Julio, cet hommage marquant la fin de sa vie active et étant le signe de son déclin. Dans la santé de Madrona, malade, qui découvre qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre. Dans les aventures du jeune couple, autour de qui les cadavres s'accumulent. La mort et l'amour. Un lien classique.
Et une constatation. Julio Matasanz et sa femme n'ont pas vécu leur vie, elle absorbée par ces mondanités pseudo-culturelle de la grande bourgeoise, lui enfermé dans les cycles médiévaux et qu'intéresse seulement sa carrière. La nouvelle génération au contraire est dedans: l'aide aux plus démunis, les aventures pas toujours agréables, la mort affrontée, l'hostilité des puissants parce qu'ils se préoccupent des pauvres, ce qui est un dangereux ferment de révolution: imaginez que les misérables découvrent que leur vie vaut quelque chose...
La question de l'engagement est ainsi posée, dans un texte riche. C'est la veine exigeante de Manuel Vasquez Montalban. L'autre étant bien sûr illustrée par son célèbre et délicieux détective Pepe Carvalho.
Manuel Vasquez Montalban, Erec et Enide, Seuil.
Publié par Alain Bagnoud à 09:12:32 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai plusieurs raisons pour vous renvoyer à l'article que René-Claude Emery a publié sur son blog le premier novembre.
La première est que l'auteur est mon cousin. Ma mère, Yvette, et sa mère, Anna, sont soeurs. N'est-ce pas? Yvette et Anna. (Les autres soeurs s'appellent Alice, Nelly, Lydie, Georgette, et le frère Angel. Tout ça fait sens, non?)
La deuxième est que René-Claude est un excellent acteur. J'en ai parlé ici et ici. Il joue Oedipe roi de Sophocle au Théâtre des Osses jusqu'au 12 décembre. On le voit dans ses oeuvres sur la photo à droite.
La dernière raison, enfin, est tout à fait accessoire. Evidemment. Dans cet article, il parle de mon roman, La leçon de choses en un jour, et, disons, en un mot comme en cent, qu'il n'en dit pas grand mal...
Le début:
Voilà un auteur dont j'ai lu tous les ouvrages publiés. J'allais écrire publications mais ça aurait été abusif. Il participe à plusieurs blogs, là, dont le sien, là, à un site littéraire, ici, et je crois qu'il a contribué à en tout cas un livre d'art, sans parler des articles de journaux.. La suite ici.
Publié par Alain Bagnoud à 12:09:29 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
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