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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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Journal retrouvé | 23 août 2007

23 août 89

La quantité de choses que l'on est bien obligé d'admettre, faute de pouvoir vérifier, par manque de temps et de moyens, pour lesquelles nous ne disposons même pas de Gros: Bonaparte emportant le pont d'Arcole, qui n'a en réalité jamais été franchisources de premières main, mais des vulgarisations, des informations vagues, des axiomes sans preuve...

En tant qu'imaginaire, tout a la même valeur. Mais qu'un fait historique ait eu lieu ou non change quelque chose pour les sociétés. On mesure avec quelle simplicité l'opinion, la représentation du réel, la vision du monde, du bien et du mal peuvent être influencées.
Prôner culture et information comme contre-pouvoirs. Les conditions économiques, sociales, historiques et politiques sont telles qu'il n'est bien sûr pas possible et à coup sûr pas souhaitable de désirer une révolution, un départ vierge et blanc, le passé annihilé sinon comme illustration, et de bâtir sur cette tabula rasa une utopie. L'avenir de l'anarchisme par exemple est de s'opposer aux pouvoirs économique, politique, mais surtout peut-être, actuellement, idéologique - et celui-ci plus particulièrement parce qu'il prône, sous la massification de la consommation, le Même.
Mais l'anarchisme n'est que la loi de la jungle si cet individualisme ne s'accompagne d'une solidarité, d'un respect des autres. En ce sens, la plupart des marginaux qui se disent anars ne sont que de petits révoltés égoïstes.

Publié par Alain Bagnoud à 08:26:01 dans Journal retrouvé | Commentaires (3) |

Journal retrouvé | 11 août 2007

William Faulkner
11 août 1989

Sanctuaire de Faulkner : la chose la plus terrifiante que j'ai jamais lue. Le mal non plus en discussion ou en essence, comme chez Dostoïevski, mais en action. Et bien sûr, le mal est un pouvoir, le pouvoir.

Publié par Alain Bagnoud à 11:05:57 dans Journal retrouvé | Commentaires (7) |

Journal retrouvé | 18 juillet 2007

18.6.89
Modeste Mignon. Balzac est grand lorsqu'il décrit l'ambition, les paniers de crabes, les salons, les intrigues, l'intérêt, les relations ; il est insupportable quand il parle des femmes.
Ses histoires d'amour sont des suites de clichés. Peut-être comprend-il bien le sentiment qui s'éveille mais c'est à l'aide d'une rhétorique creuse, de métaphores délicates comme Balzac d'après Louis Boulanger et Maxime d'Astuguedes sabots qu'il le décrit. Ses héroïnes sont fausses parce qu'il les asservit à l'idée politique qu'il se fait de la femme : un être secondaire, inférieur, qui doit se résigner, abdiquer, devenir la servante de l'ambition de son époux, trouver des consolations dans la Famille et la Religion; un caractère faible à la merci du premier venu, que l'on doit protéger malgré lui; quelqu'un pour qui l'amour est tout et qu'on ne peut laisser aimer car il est assuré qu'il se trompera. On la mariera donc raisonnablement. Et elle remerciera ! Cet être dépourvu de liberté, de choix, on lui nie la libre disposition de soi-même.
L'insupportable n'est pas qu'il note ceci, situation bien réelle du XXème, mais qu'il prône cet asservissement et s'aveugle sur ce que sont les femmes, qu'il ne connaît pas, ou seulement dans leur génie de l'intrigue, dans leur jeu social.
Par contre, il est formidable de justesse, de puissance et d'évidence sur les hommes et leurs mesquins désirs - tant qu'il ne s'agit pas d'amour, où les femmes faussent le jeu...

Publié par Alain Bagnoud à 07:49:22 dans Journal retrouvé | Commentaires (2) |

Journal retrouvé | 05 juillet 2007

5 juillet 1989  
Commencé Dostoïevski, L'Adolescent. Comme à chaque fois, je me retrouve étourdi après une heure de lecture, groggy, doutant de tout lorsque je lève leDostoïevskis yeux, ne sachant plus où se trouve la réalité. Tout son art est du dialogue, même quand on le croit ailleurs et c'est cela qui abolit les frontières entre soi et le livre. De plus, son écriture est parfaite d'efficacité. Elle conduit vers autre chose et n'arrête pas le lecture pour elle-même comme le fait par exemple celle de Flaubert. Mais une diversité de procédés, même s'il fuit l'ornemental littéraire, un suspense dû au dévoilement progressif des caractères et de l'intrigue, les complexités et les profondeurs, ce mysticisme sous-jacent, ce Bien et ce Mal omniprésents et ces personnages représentant chacun un type (l'aristocrate converti aux idées nouvelles, le peuple, la sainte...) : j'ai rêvé, à son exemple, pour dépanner ce prochain roman dont je ne sais encore que ce que j'en ai noté ici (4 personnages dans un train) de le construire dans sa manière, avec des types. Eviter toute référence précise de peur d'artificiel. Il faut encore réfléchir à ce projet informe.

Publié par Alain Bagnoud à 09:24:51 dans Journal retrouvé | Commentaires (3) |

Journal retrouvé | 01 juillet 2007

1 juillet 89
A Verbier, en vacances pour 15 jours dans le chalet familial d'A. Repris les mémoires de Casanova. Je l'avais laissé en 1755 ; je l'ai suivi jusqu'en 1760 (600 pages).
Meilleure preuve que la parole est un acte, et de quelle efficacité ! Pour séduire les femmes, éblouir les hommes et tromper les dupes, Casanova n'a qu'une arme : le discours. C'est par lui qu'il obtient volupté et argent.
Sans doute que l'enveloppe compte. Lui est de belle prestance, couvert de dentelles et de pierres précieuses, remarquable comédien avec le monde pour théâtre. Il sait surtout ne pas rire (résurgences de : « Je gardai mon sérieux... ») C'est en parlant qu'il obtient tout : la parole seule transforme le monde.
L'odalisque blonde, par Boucher
Il pleut. Odeur de la terre, de l'herbe, mêlée à celle des sapins. Les nuages bas sur les cimes proches, comme un brouillard dense qui borne le ciel descendu. Aucune sensation d'enfermement. La pluie est une délivrance, comme l'appel délicieux de la liberté.
J'écris en plein air devant le chalet, protégé par l'avant-toit. Un éclair rapide, le roulement du tonnerre...

Publié par Alain Bagnoud à 10:05:09 dans Journal retrouvé | Commentaires (0) |

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