
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Hier, visite à la fondation Salomon, près d'Annecy. Vous savez, cette fondation pour l'art contemporain située dans un si bel endroit. Je vous l'avais vaguement décrit la dernière fois que j'y étais allé.
L'exposition actuelle s'appelle L'ivresse de l'absolu. Un titre un peu paradoxal puisque les artistes exposés travaillent plutôt sur le temps et la répétition. Le genre, vous voyez, qui choisit un geste, ou un processus et lui reste fidèle pendant toute une carrière. Des décennies parfois.
Autre correspondance : les créateurs réunis par Philippe Piguet ne reproduisent pas des signes grâce à des procédés mécaniques mais les inscrivent eux-même, avec leurs mains, leurs corps.
Il y a des effets divers. Parlons de Roman Opalka (né en 31), et de son œuvre singulière. En 1965, il inscrit en blanc le nombre 1 en haut à gauche d'un tableau noir. Puis 2, 3, etc. En 1972, il atteint le nombre de 1 000 000.
Dès lors, il éclaircit le fond en ajoutant 1% de blanc au fond de chaque toile. Ses dernières oeuvres, toujours de même format, sont désormais presque entièrement blanches et tendent vers l'immaculé. Une œuvre qui s'augmente de 380 nombres par jour et ne s'arrêtera qu'à la mort de l'artiste.
En peignant, Opalka énumère également la suite de nombres qu'il peint et il les enregistre. Enfin, après chaque une séance de travail, il se photographie sur fond blanc, avec une chemise blanche, baignant dans un éclairage blanc, le visage sans expression.
Une manière impressionnante de concrétiser le temps, de l'inscrire, de le mesurer...
Il y a d'autres artistes. Pierre Ferrarini, de Genève, né en 64, qui peint des réseaux, des quadrillages, des trames : « le journal graphique de sa mémoire » (catalogue). Niele Toroni, né en 36, qui applique des empreintes de pinceau numéro 50 à des intervalles réguliers de 30 centimètres sur divers supports. Claude Viallat, Hanne Darboven, Wolfgang Laib et Pierrette Bloch. Tout ça très intéressant.
Si vous avez le temps...
Fondation pour l'art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, Château d'Arenthon, 79290 Alex, jusqu'au 8 juin 08.
Publié par Alain Bagnoud à 09:59:15 dans Expositions | Commentaires (2) | Permaliens
Or donc (« Commencer sa phrase par « Or donc » n'est pas sans conséquence. Tout d'abord prouver que vous maîtrisez la causalité de la chose, ce qui vous fera passer, dans le meilleur des cas, pour un amoureux des formules de conséquences (famille extrêmement réduite pour d'évidentes raisons de temps à perdre). Dans le pire des cas, vous passerez pour un loser persuadé d'atteindre au zénith de la langue en utilisant cette formule à la fois surannée, lourde et moche. » - Delacasa Boombox)...
Or donc, j'étais il y a quelques jours à la Collection de l'Art Brut (voir ici) pour une exposition temporaire sur le Japon. L'Art Brut et le pays du soleil levant. 12 créateurs japonais dont le profil correspond assez à ceux des Occidentaux qu'on trouve dans la collection permanente. Des autistes, des handicapés mentaux, des marginaux, des exclus. La centaine d'œuvres est accompagnée par 9 documentaires d'un quart d'heure chacun, consacrés à certains des exposants.
Deux choses frappent. D'abord la diversité de ces productions. Des exemples. Hidenori Mottooka (1978) aligne des locomotives dessinées de face en les compressant pour que toutes aient leur place sur la feuille qu'il choisit. Eijiro Miyama (1934) ressent une intense satisfaction à se promener le samedi et le dimanche dans le quartier chinois de Yokohama avec des chapeaux faits de gobelets de nouilles, de jouets, d'objets récupérés. Moriya Kishaba (1979) couvre des feuilles de minuscules idéogrammes qu'il ne comprend pas.
Ensuite, ce qui est notable, c'est que ces créateurs ne sont pas vraiment influencés par la culture japonaise. Il y a bien les idéogrammes mais pour le reste, on ne se retrouve pas inséré dans une tradition et des références. Vous verriez ces images sans savoir d'où elles viennent, vous auriez de la peine à en situer la plupart géographiquement.
Je cite le catalogue : « Face à cette société hyperperformante et compétitive, l'inventivité de ces auteurs autodidactes se développe à la faveur d'un processus primaire et pulsionnel, déployant une expression archaïque qui dote les œuvres d'une portée universelle. »
Ce qui, entre parenthèses, pourrait s'appliquer à tous les artistes de l'Art Brut.
Collection de l'Art Brut, 11 av de Bergières, Lausanne, jusqu'au 20 juillet 2008
Publié par Alain Bagnoud à 09:14:54 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens

C'est toujours un moment fort que retourner à la Collection de l'Art Brut à Lausanne.
Initiée par Jean Dubuffet, elle présente, je le rappelle, des œuvres de marginaux, issus pour la plupart de milieux socio-culturels défavorisés, qui ignorent l'histoire de l'art, qui ne créent par pour communiquer, qui ne connaissent pas le marché de l'art et ne s'en préoccupent pas du tout.
Ce qu'ils veulent représenter, c'est une vision intérieure. Elle a sa logique propre, et utilise pour s'exprimer des formes et des matériaux souvent incongrus. Le déclenchement de l'acte créateur qui cherche à l'extérioriser est imprévisible : ces gens commencent souvent assez tard à se manifester.
La Collection de l'Art Brut a ses stars. Par exemple Adolf Wölfli (1864-1930), Bernois abandonné par son père, placé comme valet dans des familles paysannes, devenu bûcheron et manœuvre. Interné à 35 ans et jusqu'à sa mort pour avoir commis des attentats à la pudeur. C'est à l'asile qu'il a commencé à dessiner, écrire et composer de la musique. 25'000 pages de compositions graphiques, de collages, de partitions.
Ou Aloïse (1886-1964). Lausannoise, couturière, internée à cause de son exaltation, qui peignait en cachette sur du papier d'emballage, des enveloppes et des morceaux de carton, avec de la mine de plomb, de l'encre, des feuilles, de la pâte dentifrice... Des couples amoureux. Des évocations de théâtre et d'opéra...
On trouve d'autres informations sur ces artistes et les autres créateurs de l'Art Brut dans le site de la Collection. Et surtout, il faut aller faire un tour sur place.
C'est une expérience esthétique forte, et vous verrez le nombre de questions sur la créativité, l'art, la norme, le kitsch, le marché, la communication, le sacré, etc. qui vont surgir en vous...
Collection de l'Art Brut, 11 avenue de Bergières, Lausanne
Publié par Alain Bagnoud à 09:55:43 dans Expositions | Commentaires (2) | Permaliens
C'est embêtant, je ne sais pas comment illustrer cet article. Le plus simple, évidemment, serait de vous mettre une œuvre de l'artiste, mais je n'en ai pas trouvé.
Il s'appelle Francis Gendre. Il m'a été présenté par un ami, Pierre, il y a quelques années, autour d'un livre que Francis était en train de faire avec Jean-Antoine
Calcio. Duo. Poèmes et dessins.
Francis Gendre. Toujours de noir vêtu, les cheveux longs sur la nuque, calme et mystérieux. Ah, vous le connaissiez peut-être sous le surnom de « Francis des Grottes ».
Nous étions une fois au Café de la Poste, à Chêne-Bougeries, un habitué est entré et l'a appelé ainsi. Il semble que dans les années 70 et 80, quand les promoteurs immobiliers voulaient démolir ce joli quartier au-dessus de la gare de Genève, Francis ait été de tous les combats citoyens pour leur faire opposition.
Désormais, il vit dans les Eaux-Vives. Et il peint. Et il expose. Des sujets liés à l'amour et à la mort, des compositions basées sur les volutes, les enroulements et les arabesques, dans des tons feutrés.
Le vernissage était hier soir, l'exposition dure jusqu'à dimanche. Jeudi et vendredi de 17 heures à 20 heures, samedi et dimanche de 11 à 17 heures. Le samedi après-midi sera musical, une guitare et une flûte joueront du Bach.
C'est à la Galerie Ruine, 15 rue des Vollandes. Tenez, faute de mieux, je vais ajouter une photo de l'endroit, vu de l'extérieur. Merci à l'agence jjkphoto, dont j'ai pillé la page internet.
Publié par Alain Bagnoud à 08:26:54 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens
Ouf, c'était juste. Les dernières minutes. La galerie était déjà en train d'emballer les œuvres vendues que les acquéreurs allaient venir chercher le soir même. C'était 17 heures
35, ça fermait à 18 heures. Nous avions eu peur d'arriver trop tard, coincés dans les embouteillages des pendulaires qui rentraient chez eux, la journée faite, au milieu des files de bagnoles immobilisées feu rouge après feu rouge alors que le crépuscule tombait comme les première gouttes de pluie, dans le flamboiement des néons allumés.
Mais enfin, nous y sommes arrivés. A la Ferme de la Chapelle. Pour une exposition de Noële Baker, sculpteur. Terminée, donc, avant-hier. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas en parler.
Noële Baker travaille avec toutes sortes de matériaux. Bronze, ciment, résines... Mélanges de matières dans les mêmes œuvres qui intègrent aussi aquarelles ou écritures.
Des travaux qui jouent sur la frontalité, la monumentalité, l'équilibre, la répétition, la série. Compositions rigoureuses et souvent verticales. Figures épinglées ou étirées. Statuettes qui semblent celles de déesses archaïques. Eléments constitutifs d'un monument fragile, cultivé et primitif, comme un temple.
Un temple ici construit autour d'êtres chers qui sont décédés. Un temple qui évoque la mémoire, la mort, la création et incorpore des fragments de textes. Des poèmes, des morceaux d'autobiographies écrits par ces proches disparus que Noële Baker commémore.
Mais ce n'est pas un art mortuaire, spirituel plutôt. Une méditation sur la disparition et ce qu'il reste des morts dans les survivants. Un travail attachant sur le sens, la verticalité et la profondeur.
Publié par Alain Bagnoud à 08:33:06 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens
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