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Eric Masserey, Une si belle ignorance (généalogies) et autres histoires | 30 octobre 2009

une_si_belle_ingnorance_poche_grand.jpgLes rentrées littéraires ont ceci de plaisant qu'elles nous offrent toutes sortes de productions d'amis dont il est agréable de parler. Vous vous en êtes aperçu, d'ailleurs, si vous lisez régulièrement ce blog.
Aujourd'hui, Eric Masserey. Bernard Campiche, qui sait faire bien les choses, republie en édition de poche un de ses livres paru primitivement aux Edition d'Autre Part, à quoi il adjoint des récits de voyage dont certains, si je ne m'abuse, avaient été pris par la revue Ecriture.
Le premier récit, Une si belle ignorance (généalogies), est tout ce qu'il y a de bouleversant. Adressé à un fils qui n'a pas survécu, il fait le lien entre les morts d'une famille, unit les générations dans cette mémoire qui reste d'eux. Dense, lacunaire, juste, riche, le court texte vaut une autobiographie complète et pose l'auteur au bord de l'indicible, comme sur un cap avancé, apaisé face aux ténèbres et à la tempête.
Les autres textes sont le résultat de vingt ans d'écriture, de voyages et d'expériences. Là aussi, écriture très maîtrisée, sensibilité à fleur de peau... Médecin (on l'entend beaucoup ces temps-ci dans la presse à propos du virus H1N1: il est le porte-parole du canton de Vaud sur le sujet), Eric Masserey a été chargé de mandats pour des organisations internationales. Il était par hasard à Beyrouth en guerre, à Mogadiscio, en Asie centrale, à Madagascar. Il a recueilli des documents familiaux sur l'immigration en Amérique du Sud. Et d'ailleurs, une bouteille de vin le fait autant voyager qu'un Boeing 747...
Qu'on ne s'attende pas à des reportages. Le livre est fait d'éclats. Ces moments où la sensibilité se ramasse autour d'une scène, d'un spectacle, d'une vue. Ces instants où le passé se noue avec le présent et donne le vertige.
Je vous vois venir. Vous pensez peut-être, à lire tous ces compliments, que j'enjolive, que l'amitié m'emporte? Mais attendez un peu: je publierai ici un de cet textes. Vous verrez, alors, si j'exagère.

Eric Masserey, Une si belle ignorance (généalogies) et autres histoires, Campoche

Publié aussi dans Blogres

Publié par Alain Bagnoud à 09:51:52 dans Lectures | Commentaires (0) |

Coaltar | 29 octobre 2009

Il y aura donc, vendredi prochain, une présentation de la revue Coaltar à la librairie MLC (les informations sont sur le bandeau de gauche). Voici, pour l'occasion, une photo d'Alan Humerose (cliquez ici pour voir son film, La barranca de los ojos) et le début d'un de mes textes, tout cela tiré du dernier numéro de la revue, dont le titre est Autour de Malcolm Lowry.

Photo d'Alan Humerose

Malcolm Lowry. Au-dessous du volcan. Rien ne vient. Le livre est imposant, complexe, extrêmement composé, tout y résonne et évoque autre chose. Comment en parler sans dire des banalités et des sottises ? Quelle manière choisir pour éviter la méditation d’artiste narcissique ou la critique universitaire dont l’impossibilité est certaine à cause de limites personnelles ?
Peut-être faut-il, me disais-je, détailler ces blocages, en expliquer la source et les causes, ce qui serait quand même dire des choses sur Lowry. Ou faire la liste des projets esquissés. Projet est ici un bien grand mot puisqu’il s’agissait surtout, en fait, d’angles d’attaque. L’alcool, l’ésotérisme, le cinéma, le nombre deux, le ravin…
Ou écrire sur le premier chapitre et l’expliciter, étant entendu que celui-ci est incompréhensible à un lecteur, même plein de bonne volonté, déjà conquis, attiré par la réputation de Lowry ou convaincu par les chapelles qui vénèrent son nom... (La suite ici.)

Publié par Alain Bagnoud à 12:07:22 dans Journal | Commentaires (0) |

Orthographe: le niveau baisse. L'exemple de Napoléon Bonaparte, jeune officier | 28 octobre 2009

Napoléon Bonaparte jeune"FORMULLES, CERTIFICAS ET AUTRES CHOSES ESENCIELLES RELATIVES A MON ETAT ACTUELL.

"Magière de demander un congé.

"Lorsque l'on est en sentestre et que l'on veut obtenir un congé d'été pour cause de maladie, l'on s'en fait dresser par un médecin de la ville et un cherurgien un certificat comme quoi avant l'époque que vous designé votre senté ne vous permet pas de rejoindre à la garnison. Vous observeré que ce certificat soit sur papier timbré qu'il soit visé par le juge et le commandant de la place..."

                                                             Texte de Napoléon Bonaparte en 1787
                                                             (Cité par Chateaubriand
                                                             dans les Mémoires d'Outre-Tombe)

Publié par Alain Bagnoud à 09:54:34 dans Polémique | Commentaires (9) |

Simenon, Les fantômes du chapelier | 27 octobre 2009

Simenon en maître du roman psychologique. On sait bien que ce qu'aime notre auteur, ce ne sont pas les constructions logiques et les suspenses qui permettent de découvrir finalement des assassins, mais plutôt les mécanismes mentaux qui les font agir, et dont la découverte permet, par exemple, à Maigret de démasquer le coupable.
Ici, il est donné au départ. C'est Léon Labbé, un bourgeois de Concarneau, qui tient une boutique de chapeaux en face d'un tailleur d'origine arménienne, Kachoudas. Kachoudas, immigré récent, est fasciné par ce bourgeois issu d'une lignée de la ville, qui connaît et fréquente tous les notables depuis l'enfance, et il le suit comme son ombre, au bistrot, en promenade... C'est ainsi qu'il finit par le surprendre en train d'étrangler une vieille dame.
Et ce n'est pas la première: la région vit dans la psychose depuis depuis deux mois. Mais Kachoudas hésite à dénoncer son voisin, renonce, tombe malade et meurt. Labbé est très affligé par ce décès qui le prive d'un témoin devant lequel il pouvait se justifier: il a assassiné sa femme et, pour dissimuler son crime, il lui faut éliminer toutes les amies de son épouse qui lui rendaient visite, à chacun de ses anniversaires. Ceci, c'est l'explication logique, et le tueur aimerait démontrer à quelqu'un la nécessité de ces meurtres.
La vérité, c'est que Labbé, en suiveur résigné, a suivi les petites ornières de la vie, n'a pas réussi à se rendre libre, a repris le magasin de son père et épousé par résignation une femme qu'il n'aimait pas mais que sa mère lui destinait. Il est le jouet de lui-même, de ses frustrations, de ses pulsions, et il finit, en bon sérial killer, par étrangler sa bonne qu'il ne supportait plus, puis une prostituée aux côtés de laquelle il s'endort, se faisant prendre ainsi bêtement et lâchement par la police.
Il y a un portrait de la bourgeoisie provinciale là-dedans, mais aussi toutes ces ambiances de petite ville que Simenon sait si bien recréer, et cette mesure de l'étroitesse et du désir de grandeur et de reconnaissance que sont toutes les existences, la nôtre comprise.
Eh oui, le meurtre est un moyen d'en sortir, délicat cependant. Je ne le conseille pas trop. Mais si vous voulez quand même imiter Labbé, lisez attentivement ce livre pour connaître les rouages psychologiques qui risquent de vous faire commettre l'étranglement de trop...

Publié par Alain Bagnoud à 12:50:22 dans Lectures | Commentaires (3) |

Automne | 26 octobre 2009

   Alfred Sisley  L'automne, bords de Seine, près de Bougival, 1873

Les gens partagent difficilement leur espace vital, même quand le soleil et les couleurs de l'automne donnent un air de fête à tout. Une fille avec un livre, une autre avec de très beaux bras qu'elle lève. Dans les champs du maraîcher, un tracteur rouge entouré de petits bonshommes penchés sur le capot ouvert. Champs de maïs, arbres aux feuillages rouges, orange, jaunes. Là où je vais, il y aura des mélèzes somptueux et déjà un peu de neige sur les sommets.
Là où les activités des hommes ont diminué. Là où on ne voit plus ces forêts d'antennes et ces hangars de banlieue.
L'automne, il me faut l'écrire pour le voir mieux. Ce mot. Automne.
Ce qui ne se transforme pas en signe, en symbole existe-t-il? Vignes, forêts, villages, prés, et les nimbo-cumulus au bas du ciel bleu clair.
C'est un de ces temps où on se voudrait peintre du dimanche, avec un chevalet posé devant un paysage et les enfants qui s'arrêtent pour regarder le tableau en cours.
Mais je préfère être seul.

Publié par Alain Bagnoud à 09:20:51 dans Transports | Commentaires (0) |

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