
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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J'avais
un mauvais souvenir de Claude Simon, sans connaître son œuvre en fait.
Par des rumeurs, des recoupements. Ça venait de l'université. Le
Nouveau Roman, etc. Je liais Claude Simon à Robbe-Grillet que, lui, j'avais lu. Quel ennui ! Les Gommes, La Jalousie, Un Régicide... Il fallait se farcir tout ça, c'était obligé.
Du coup, Claude Simon avait été pris dans le sillage, soupçonné d'être accablant
Puis il y a une année ou deux, j'ai ouvert La route des Flandres.
Par hasard. Parce qu'il n'y avait rien d'autre dans l'endroit où je
séjournais (une chambre boisée avec aux murs deux chromos naïfs tirés
au début du XXème siècle).
Il m'en est resté des images assez fortes pour que je m'attelle à une de ses œuvres maîtresses, paraît-il. Les Géorgiques, que je viens de terminer. Dont le titre, bien sûr, est une allusion à Virgile et aux travaux des champs qui rythment aussi ce livre.
E
t
voilà, c'est fait, je tourne casaque. Je change de discours. Il s'agit
de considérer dorénavant Claude Simon comme un très grand écrivain.
Les Géorgiques
contient trois récits liés à la guerre, à l'Histoire, avec trois
personnages principaux, qui au début ne sont pas très bien identifiés.
Ça ressemble à une sorte de magma, mais un magma travaillé, un chaos
organisé. On découvre l'existence d'un général qui sert la Révolution
française et Napoléon, puis deux autres personnages s'insinuent dans les
phrases courtes qui décrivent sa trajectoire de façon atemporelle. Leur
histoire prend de l'ampleur, leurs trajectoires se séparent, pour se
rejoindre à nouveau, plus ou moins, à la fin.
Ils
sont anonymes, mais on les a identifiés. O., c'est Georges Orwell,
engagé dans la guerre d'Espagne, pris dans les combats intestins entre
les communistes et les anarchistes en 1936 à Barcelone. Il essaie
ensuite désespérément d'expliquer les causes du conflit alors que,
selon Simon, si j'ai bien compris, l'homme est un jouet qui ne peut
rien saisir, dans sa vie mais surtout dans la guerre, ce cloaque
insensé, traversé par des forces irrationnelles qui lui échappent.
Un
autre personnage est Claude Simon lui-même, avec son expérience de la
défaite de 40 pendant laquelle il était soldat dans la Meuse en tant
que cavalier. Et le général est en fait son aïeul.
Il
y a quelque chose de proustien dans ce texte. La phrase, peut-être,
longue, ramifiée, suggestive, qui tire un univers immense du souvenir
et l'impose durablement, de façon définitive. Claude Simon est un de
ces auteurs qui demandent un effort pour qu'on les suive. Mais on en
est récompensé au centuple. Puissance de la langue, force d'évocation,
pouvoir de la mémoire et de ses embranchements. Tout ça crée le sens de
ce montage spatio-temporel, et l'impose comme une révélation.
Publié par Alain Bagnoud à 21:02:26 dans Republication | Commentaires (5) | Permaliens

Woodstock 1969
En
janvier 1970, un train déraille à la sortie du tunnel de Somport, dans
les Pyrénées, à Canfranc. Adam Nada échappe à la mort, mais pas ses
parents, des immigrés partis chercher du travail
loin de chez eux. Le petit garçon est placé dans une famille d'accueil
qui l'adopte. Les Tremblay. Nathan, Alice et leur fille Esther.
Nathan
est enseignant, Alice hôtesse de l'air à mi-temps. Tous les deux sont
pris dans la bourrasque des années hippie, suivent le mouvement, ses
utopies, ses rêves et ses expériences, du communautarisme autogéré à la
découverte de soi par les drogues, en passant par la liberté sexuelle,
le combat politique et les spiritualités délirantes.
Après
une exploration systématique des hallucinogènes, Nathan finit par y
perdre la raison, victime d'un ultime buvard de LSD qui le laisse
prostré, muet, immobile, son esprit en cercle fermé dans les connexions
nouvelles que l'acide a créées. Désemparée, perdue, Alice disparaît
dans un ashram, victime d'un quelconque gourou, et abandonne les
enfants à leur sort.
Ces
scènes et d'autre encore, Adam les a filmées avec une caméra que lui
avait achetée Nathan. Deux décennies plus tard, il y a encore des
retrouvailles précautionneuses avec Esther, la mort de Nathan et une
rencontre avec une Alice vieillie. Il y a aussi la visite de Canfranc
trente ans après l'accident qui a tué ses parents biologiques. Il y a
un livre fait avec tout ça, d'une écriture dense, sourde, puissante,
qui se développe par cercles concentriques autour de deux scènes
fondamentales. L'accident de chemin de fer, la nuit où la raison de
Nathan lui a échappé. Deux scènes qui précèdent les deux abandons
auxquels Adam Nada a dû faire face.
Derniers rites
est un livre qui a une grande puissance d'évocation. Qui dessine autant
des trajectoires individuelles que le portrait d'une époque, vue à
travers la description des mœurs, des usages, mais aussi par
l'évocation d'images et de films. Ceux qu'a tournés Adam Nada, Zabriskie Point d'Antonioni, One american Movie, One PM de jean-Luc Godard, mais aussi le feuilleton télévisé Chapeau melon et bottes de cuir et le film pornographique Deep throat de Gerald Damiano.
Roman
d'une époque : entendons-nous ! Angel Corredera se signale moins par
une analyse du mouvement hippie que par un questionnement incessant de
son sens, par l'illustration des attitudes que prônait cette époque,
par une analyse des croyances et des relations.
On
voit à travers ses personnages des êtres qui cherchent une chose mal
définie mais qu'ils croient probable. Une utopie dont ce qui frappe est
qu'elle n'est pas déterminée, ni précise. C'est une grande chose vague
à l'horizon, qui se détache sur la grisaille du passé mais qui n'a pas
de forme, même si elle véhicule une énergie et un espoir de changement,
dont le bilan, trente ans plus tard, si l'on en croit Angel Corredera,
est très amer.
(Editions de L'Aire)
Publié par Alain Bagnoud à 18:51:41 dans Republication | Commentaires (3) | Permaliens
Le naturel. L'artificiel.
A la montagne ces notions prennent un
autre sens quand on parle avec les gens. Les villageois. Les natifs.
Ce qui est naturel pour eux, c'est ce
qui est là depuis longtemps, hérité, de
tradition. Les prés, les vaches, les raccards, les chevreuils,
les forêts. Mais pas le lynx ni le loup. Ils n'existaient pas
avant, ils ont été introduits ou ils arrivent par la
faute de changements modernes (l'expansion des forêts). Ils
appartiennent donc à l'artificiel et on peut les éradiquer
sans états d'âme.
Pour les amoureux de nature, au
contraire, le naturel c'est la nature sans l'homme. Donc le
chevreuil, le renard et la forêt mais aussi le loup, l'ours et
le lynx. Ces animaux qui seraient dans nos régions si l'homme
ne les avait pas exterminés jadis.
Par contre, la vache, la grange, le pré
fauché sont à leurs yeux des artifices.
Cette position, poussée à
l'extrême, impliquerait que non seulement on n'agisse pas sur
les territoires rendus à la nature, mais qu'en plus, la
présence de l'homme n'y serait pas bienvenue. Même en
tant que promeneur: il dérange les animaux et change
l'équilibre des choses.
D'où les problèmes de
compréhension et de dialogue quand on parle de nature. Mais
qu'est-elle donc?
Moi j'ai ma petite idée
là-dessus. Le naturel est d'abord une construction imaginaire.
On le voit par ses diverses définitions.
Et si on veut le cerner plus
précisément, c'est facile. Il suffit de le chasser.
Vous connaissez le proverbe...
Publié par Alain Bagnoud à 18:09:56 dans Journal | Commentaires (6) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 18:39:54 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 18:31:36 dans Republication | Commentaires (2) | Permaliens
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