
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Les arbres trempés, les haies ruisselantes, la route qui miroite, les lumières orange des réverbères.
Personne à cette heure. Les villas de la banlieue cossue sont closes, fenêtres noires. Les grilles des portails hautes et pointues. Il y a sur les montants l'annonce que ces maisons sont surveillées par une société de sécurité privée au logo militaire.
Des chiens aboient quelquefois dans les jardins. Un feu passe au vert mais il n'y a pas de voitures sur la route.
L'arrêt de bus heureusement est abrité, rectangles de plexiglas entre des montants en aluminium, et la colonne géométrique des distributeurs de tickets éclairée. Une baraque en bois, plus loin, dans une propriété, doit contenir des outils de bricolage.
A cette heure, tout dort. Pas un chat. Si, quand même, furtif, roux comme un renard, queue basse, mouillé comme tout ici.
Plus loin, plus tard. La ville. Les lumières se reflètent sur les trottoirs, roses, blanches, vertes et bleues, dans les rues commerçantes où un Asiatique, l'air transi et pauvre, s'abrite sous le porche d'une banque.
Publié par Alain Bagnoud à 11:28:51 dans Transports | Commentaires (2) | Permaliens
Après avoir travaillé sur les racines de la violence (« Nazisme, terrorisme et tueurs en série » Editions Eclectica), Philippe Cotter se penche sur le sentiment d'humiliation. Ce qui est une suite logique. Enfin, je veux dire : une suite logique dans sa recherche. En ce qui concerne l'enchaînement des causes et des effets, évidemment, c'est le contraire. L'humiliation précède et suscite la violence.
D'où les questions que pose Cotter, docteur en relations internationales. Comment éviter que le sentiment d'humiliation nous submerge ? Et, question subsidiaire mais non moins importante, comme éviter que les humiliés ne se vengent sur des victimes sans défense ?
Philippe Cotter traite autant de l'humiliation individuelle que collective, postulant que les deux sont prises dans des mécanismes identiques qui produisent des effets similaires, à l'échelle des individus ou des peuples. En gros : le sentiment d'humiliation, s'il ne peut être dépassé, produit une estime de soi « en permanence déficitaire. » L'accumulation crée une rage sourde, et l'explosion de la violence qui suit sert à restaurer sa propre fierté.
Et ceci, dit Cotter, est autant valable pour les jeunes tueurs du collège de Columbine (photo) que pour ceux qui se sont emparés des avions du 11 septembre.
Cotter affine son analyse, en différenciant violence sociale et violence extrême, en décomposant le sentiment d'humiliation en plusieurs catégories (sentiment d'infériorité, sentiment d'injustice, humiliation aveugle, défaut de reconnaissance, humiliation culturelle).
Il donne des pistes d'intervention précoce pour désamorcer le processus et le maîtriser. De sorte que son essai, qui peut se lire comme un outil de prévention sociale, ferait aussi un excellent manuel à l'usage de manipulateurs cyniques.
Le texte est clair, ramassé, condensé, contient beaucoup d'idées vulgarisées et intéressantes. Il est suivi par une deuxième partie plus pratique de Gilbert Holleufer.
Ce spécialiste de la sociologie de la guerre, ancien Research Fellow à Harvard, a travaillé à partir de trois rapports qu'il a rédigés sur les données et témoignages de l'enquête du CICR. Les voix de la guerre/People on War (15'000 interviews dans 12 zones de conflit). On voit ce qu'il en est pratiquement en Bosnie, en Afghanistan et dans la région Israël/Palestine. Le point de vue des humiliés. Eclairant.
Philippe Cotter, Gilbert Holleufer, La vengeance des humiliés, Editions Eclectica
Publié par Alain Bagnoud à 09:00:32 dans Lectures | Commentaires (11) | Permaliens
Or donc (« Commencer sa phrase par « Or donc » n'est pas sans conséquence. Tout d'abord prouver que vous maîtrisez la causalité de la chose, ce qui vous fera passer, dans le meilleur des cas, pour un amoureux des formules de conséquences (famille extrêmement réduite pour d'évidentes raisons de temps à perdre). Dans le pire des cas, vous passerez pour un loser persuadé d'atteindre au zénith de la langue en utilisant cette formule à la fois surannée, lourde et moche. » - Delacasa Boombox)...
Or donc, j'étais il y a quelques jours à la Collection de l'Art Brut (voir ici) pour une exposition temporaire sur le Japon. L'Art Brut et le pays du soleil levant. 12 créateurs japonais dont le profil correspond assez à ceux des Occidentaux qu'on trouve dans la collection permanente. Des autistes, des handicapés mentaux, des marginaux, des exclus. La centaine d'œuvres est accompagnée par 9 documentaires d'un quart d'heure chacun, consacrés à certains des exposants.
Deux choses frappent. D'abord la diversité de ces productions. Des exemples. Hidenori Mottooka (1978) aligne des locomotives dessinées de face en les compressant pour que toutes aient leur place sur la feuille qu'il choisit. Eijiro Miyama (1934) ressent une intense satisfaction à se promener le samedi et le dimanche dans le quartier chinois de Yokohama avec des chapeaux faits de gobelets de nouilles, de jouets, d'objets récupérés. Moriya Kishaba (1979) couvre des feuilles de minuscules idéogrammes qu'il ne comprend pas.
Ensuite, ce qui est notable, c'est que ces créateurs ne sont pas vraiment influencés par la culture japonaise. Il y a bien les idéogrammes mais pour le reste, on ne se retrouve pas inséré dans une tradition et des références. Vous verriez ces images sans savoir d'où elles viennent, vous auriez de la peine à en situer la plupart géographiquement.
Je cite le catalogue : « Face à cette société hyperperformante et compétitive, l'inventivité de ces auteurs autodidactes se développe à la faveur d'un processus primaire et pulsionnel, déployant une expression archaïque qui dote les œuvres d'une portée universelle. »
Ce qui, entre parenthèses, pourrait s'appliquer à tous les artistes de l'Art Brut.
Collection de l'Art Brut, 11 av de Bergières, Lausanne, jusqu'au 20 juillet 2008
Publié par Alain Bagnoud à 09:14:54 dans Expositions | Commentaires (0) | Permaliens
On me reproche d'être machiste. Pas vous, pas ici, mais dans une discussion. J'illustrerais régulièrement ce blog de femmes alanguies (voir ici ou ici). Quant aux hommes, ils auraient tous des têtes d'intellectuel (voir ici ou ici ). Bref, je donnerais une image sexiste : la femme un corps de désir, l'homme un cerveau viril.
Ce n'est pas si vrai, il me semble. J'ai également mis en lien des images d'hommes sensuels (voir ici et ici) et de femmes brillantes (voir ici et ici).
Mais enfin, ne voulant d'ennui avec personne, j'admets la critique. Je m'y soumets. J'en tire les conclusions.
Il s'agit de compenser. Ce sera avec ce mannequin animé par jujutsu, qui plaira aux dames ou aux messieurs, je ne sais trop, mais dont on ne pourra pas dire, au moins, qu'il a une tête d'intellectuel.
Publié par Alain Bagnoud à 09:40:26 dans Journal | Commentaires (4) | Permaliens
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Prenant place à côté de Noël, Nouvel An, Pâques ou la trinité, repère annuel rythmant le passage du temps, situé à l'orée des beaux jours, aussi attendu que redouté, voici venir le Salon du livre de Genève. La semaine prochaine. Publié aussi dans Blogres. |
Publié par Alain Bagnoud à 10:53:03 dans Journal | Commentaires (0) | Permaliens
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