
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Un de ces soirs passés, à la radio, j'entends le professeur Luc Montagnier sur une chaîne culturelle. Luc Montagnier. Célèbre pour avoir identifié le virus du sida.
Il est à la retraite, remercié par la recherche française qui a le sens de l'âge, mais réengagé par la recherche américaine qui a le sens du mérite.
Ce que Voltaire prônait, entre parenthèses. Voltaire, cet inspirateur officiel de l'Etat français. Le mérite.
Montagnier, donc, parle du stress-occident sur lequel il travaille désormais.
Je prends l'émission en route. Très instructif ! Je découvre que ce stress-occident est lié à
toutes les maladies importantes. Sida. Cancer. Polyarthrites. Etc.
Et pour lutter contre ça ? demande la présentatrice. Y a-t-il des remèdes ?
Oui, affirme Montagnier. Il propose du jus de papaye fermenté. Très efficace. Ou des fruits et des légumes frais. Tout ça très anti-occident.
Quoi ? Du jus de papaye ? Des tomates, des cerises, des poireaux ?
Puis je comprends soudain, pendant qu'il continue à parler. Il s'agit en fait de stress-oxydant.
La radio, vous voyez. Et puis j'avais bu un ou deux verres de rouge.
Ce vin rouge, qui, justement, est une panacée anti-oxydante. Il faut en user, sinon en abuser. J'ai des preuves.
Une femme de mes connaissances, d'une jeunesse étonnante malgré quelques heures de vol, l'affirme haut et fort. C'est scientifique, dit-elle. Il y a deux choses essentielles si vous voulez rester jeune comme Sharon Stone (48 ans). Le vin rouge et l'orgasme.
Et je dois dire qu'on la croit sur parole quand on la regarde...
Publié par Alain Bagnoud à 09:28:00 dans Journal | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 10:01:41 dans Chansons | Commentaires (0) | Permaliens

Elle a les cheveux coupés très courts, presque ras. Elle est vêtue de noir. Une femme dominante. C'est une ancienne hôtesse de l'air qui cherche à se recycler dans le social après avoir eu de graves problèmes de tympans à cause d'une dépressurisation trop rapide.
Quand elle est passée à la galerie, elle s'est arrêtée devant le monochrome jaune, elle a regardé la liste des prix. Désormais, a-t-elle dit en plaisantant, je change d'objectif et je me mets à la peinture.
Une autre femme, derrière. Elle porte un pull rouge. Elle est arbitre de tchoukball depuis plusieurs années. C'est le seul sport d'équipe joué avec une balle où on ne touche jamais l'adversaire qui joue contre vous. Si tout le monde appliquait les règles du tchoukball, il y aurait le respect et la paix dans le monde, pense-t-elle.
Mehmet, lui, est réfugié. Il est ami avec Joss, un homme qui avoue se donner bien de la peine pour se faire une tête de démon. En fait, il ressemble plutôt à Maurice Béjart.
Ça fait toujours rire Mehmet quand Joss parle de Satan. Il voit le drapeau des USA qui brûle. C'est comme ça qu'ils appelaient les Etats-Unis, dans les discours. Le Grand Satan.
La nuit est complètement tombée maintenant, et je me demande jusqu'à quel point il est possible de se servir de la vie des gens pour écrire ces petits textes.
(L'illustration,, Illusion, est un tableau-tapisserie de Gérald Rast. Contact: geraldrast@bluewin.ch)
Publié par Alain Bagnoud à 08:38:04 dans Transports | Commentaires (4) | Permaliens
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Au début de La Chartreuse de Parme, Fabrice del Dongo est un jeune niais ignorant, susceptible et insolent, qui a bien de la chance, pour pouvoir s'en sortir, d'être riche et de plaire aux cantinières. Enfant de son siècle, il court après quelques rêves contemporains. Voir Napoléon, participer à une bataille. Il ne recherche même pas la gloire mais veut réaliser un concept. « Se battre. » Ce qui implique pour lui un affrontement physique, face à face.
On le voit bien quand, après avoir suivi l'escorte du maréchal Ney toute la journée, puis celle de son père biologique dont il ne connaît d'ailleurs pas le rôle, après avoir passé au travers des boulets de canon et de la mitraille, il ne croit pas encore s'être battu. Il lui faudra deux blessures, au bras et à la cuisse en gardant un pont pendant la débâcle, pour qu'une preuve lui soit donnée.
Tout ça est dérisoire et ironique : se battre, ce concept si glorieux, c'est finalement pour Fabrice, échouer dans la mission qu'on lui confie de rallier les cavaliers, se couvrir de honte en se faisant humilier par ceux qu'ils devraient arrêter et se faire estropier par ceux qu'il venait aider : les Français eux-mêmes.
Tout d'ailleurs, dans cet épisode de Waterloo est absurde. Ces galops de généraux qui semblent errer au hasard sur le champ de bataille, ces soldats que rencontre Fabrice, et qui semblent livrés à eux-mêmes, ce chacun-pour-soi de la retraite. Et jusqu'à cette rencontre entre Fabrice et son père, qui ne se reconnaissent pas.
C'est un hasard extraordinaire, mais insensé. Comme tout dans cette bataille telle que le décrit Stendhal.
Et ce qui donne plus de relief encore à cette représentation, ce sont les abondantes analyses stratégiques qu'on a des batailles de Napoléon, qui paraissent généralement de grandes machines ordonnées, agencées, conduites par un génie supérieur, et répondant à sa volonté. Ou encore, par contraste, la description par Hugo de la même affaire.
J'ai encore ça dans la mémoire. Des images fortes, le chemin creux où les cavaliers qui chargent tombent, se piétinent et s'entassent jusqu'à ce que le trou soit plein et que les suivants traversent sur les premiers, l'arrivée de Blücher, et cette impression de plan génial qui ne fonctionne pas. J'ai lu ces pages pendant mon adolescence. Dans Les Misérables peut-être ?
Stendhal, La Chartreuse de Parme
Publié par Alain Bagnoud à 10:57:17 dans Lectures | Commentaires (2) | Permaliens
Le chemin des écoliers est lié à un mouvement d'idées. Il y a eu un moment, après la guerre, où les écrivains de droite s'opposaient aux idées de Sartre sur l'engagement, la liberté, la responsabilité, et voulaient montrer, eux, que la réalité des choix est plus aléatoire, que des circonstances avaient pu conduire certains dans des voies extrêmes. Je pense par exemple au Petit canard, de Jacques Laurent, où un événement d'ordre sentimental faisait basculer quelqu'un dans la collaboration avec l'armée allemande.
Dans Le chemin des écoliers, Marcel Aymé tourne autour d'une famille pendant l'occupation. Le père vit dans les idées et les théories. C'est un être bon, naïf, qui gagne mal sa vie en gérant des immeubles. Il découvre soudain que son deuxième fils distribue des tracts pour le parti communiste.
Son premier, au contraire, a été introduit dans le marché noir par un ami, le fils d'un caïd de la pègre qui gère un restaurant. A 16 ans, il gagne en une opération plus que deux ans de salaire de son père. Il sort avec une poule de 26 ans dont le mari est prisonnier des Allemands, qui a une petite fille et qui fréquente un ami de son mari, lequel décide d'intégrer l'armée allemande et de combattre sur le front de l'est pour s'opposer aux juifs, aux communistes et aux poètes cubistes. Sic.
L'autre grand personnage du livre est le collègue du père, peu préoccupé par la guerre, lui. Il vit un enfer entre sa femme comédienne ratée qui le méprise, croit être une artiste dont la carrière va reprendre. Ils ont un fils vicieux qui torture les animaux, vit en ménage à trois avec un vieil homosexuel et une putain, se prostitue et finit par tuer la fille et la vendre comme viande au marché noir.
Le tableau s'élargit encore grâce aux notes de bas de page. Les personnages secondaires croisés au hasard y ont droit à leur biographie résumée. Ça donne une foule de destins manipulés, brisés ou favorisés par la guerre. Un maelström qui prend les être, fait basculer leur destin au hasard, et les expédie dans un camp ou dans l'autre.
Démonstration servie par la clarté, la netteté, la précision de la langue, et cette ironie propre à Marcel Aymé qui relativise toutes les croyances absolues.
Marcel Aymé, Le chemin des écoliers, Folio
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:24:54 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
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