
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Eh bien, puisque le sujet est lancé, continuons à parler un peu des communistes. Pour étoffer le discours, une citation de Max Stirner sur le sujet :
Le principe du travail est supérieur à celui de la chance ou de la concurrence, sans aucun doute. Mais en même temps le travailleur, conscient que son état de travailleur est l'essentiel en lui, se tient éloigné de tout égoïsme et se soumet à l'autorité d'une société de travailleurs, tout comme le bourgeois dépendait de l'Etat-concurrence et se livrait à lui. C'est toujours le beau
rêve d'un « devoir social » : on continue de penser que la société Nous donne ce dont Nous avons besoin, d'où nos obligations et notre dette globale envers elle. On en reste à vouloir servir un « dispensateur suprême de tous biens ». Que la société ne soit pas un Moi qui puisse donner, prêter ou conférer, mais un instrument ou un moyen, dont Nous pouvons tirer utilité et profit ; que Nous n'ayons aucun devoir social, mais seulement des intérêts, à la poursuite desquels la société doit Nous servir ; que Nous n'ayons aucun sacrifice à lui faire mais que, si Nous devons sacrifier quelque chose, ce ne puisse être qu'à Nous-mêmes, voilà ce à quoi les gens qui ont des idées sociales ne pensent pas, parce qu'ils sont, libéraux, restés prisonniers du principe religieux et aspirant de toute leur ferveur à une société sacrée, comme l'Etat l'a été jusqu'à aujourd'hui !
Max Stirner
L'Unique et sa Propriété
L'Age d'Homme, p. 181-183
Publié par Alain Bagnoud à 10:41:06 dans Journal | Commentaires (6) | Permaliens
Il y a un obstacle quand on commence un livre de Boudard: la langue. On se demande très sérieusement au début si on est en train de lire un pastiche ou une parodie de Céline.
Mais on se rend vite compte que c'est du sérieux. Boudard ne veut pas amuser, citer. Il n'y a aucune ironie dans son propos. Il écrit comme Céline, avec un ajout supplémentaire d'argot actualisé (l'argot d'après-guerre), mais en respectant le style du maître dont il s'est approprié l'écriture.
J'ai cherché à comprendre cette servilité. Une des ses explications m'a éclairé. Je cite :
« À partir du moment où j'ai lu Céline, où j'ai compris Céline, je me suis dit : "La littérature n'est pas une chose fermée." J'ai trouvé chez lui un langage qui venait de la rue, qui n'était pas celui des livres que j'avais lus jusque-là. »
Où on voit que Boudard fait une erreur !
Céline n'a pas trouvé son langage dans la rue, il l'a inventé. Il était obsédé par la littérature, par la forme, par l'innovation, la recherche de formules. Boudard, lui,
trouve son langage dans Céline. C'est dire qu'il n'en a pas de propre. On est dans l'imitation.
C'est ce qui gêne, au début. Après quelques dizaines de pages, ça passe mieux. On oublie ces tics, cette appropriation soumise. On s'ouvre à l'univers d'Alphonse. Venu d'un milieu modeste, comme Céline. Ayant frôlé le monde des voyous, comme Céline à Londres, étant tombé dedans, lui, Boudard. Anarchiste naturel, comme Bardamu du Voyage. Obsédé par le sexe, comme le Céline des premiers livres. C'est, si on veut, un petit Céline optimiste et mineur.
Je me fais ces réflexions après avoir lu L'éducation d'Alphonse. Je vous en parle bientôt.
Publié par Alain Bagnoud à 08:53:31 dans Lectures | Commentaires (5) | Permaliens
remettre sur les rails. Très bien. Quant aux logements, ils seront collectifs : « Ce qu'il faudrait, ce serait d'immenses HLM, avec des chambres individuelles de 10 m2 minimum et le reste des pièces seraient collectives : toilettes, salles de bain, cuisines et salons. »
Ça fait rêver, n'est-ce pas ? Ça donne envie d'y être ?
N'hésitez donc plus, votez pour eux. Ou allez voir les autres propositions précises, détaillées, contenues dans leur site.
Toutes plus alléchantes les unes que les autres. (Les commentaires des articles sont aussi très instructifs.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:32:44 dans Polémique | Commentaires (9) | Permaliens
Le personnage principal de Bille en tête, Virgile a 16 ans. C'est un jeune con issu de la bonne bourgeoisie, scolarisé dans une pension chic.
Il se croit révolté parce qu'il veut, je cite : « Des femmes, de l'argent, un nom qui sonne ». Il se prend aussi bien sûr pour Mozart et Christophe Colomb tout à la fois.
Son grand fait d'armes consiste à séduire ou à être séduit par une amie de son père, qui a 36 ans. Pour montrer comme il est poète et fou, il exécute toutes sortes d'excentricités devant elle : il rentre tout habillé dans la baignoire où la dame se baigne, il l'oblige à lui offrir deux montres de luxe parce qu'il a deux poignets, et il est tout content parce
qu'elle l'emmène en Rolls avec chauffeur à Deauville pour baiser dans un hôtel prestigieux.
C'est un sale gosse gâté, odieux, qu'on rêve à chaque page de gifler. Alexandre Jardin, lui, trouve ce tête à claque génial. Il le donne en exemple, il le célèbre dans une langue convenue qui a tout de même la qualité d'être alerte.
Ouf, il y en a au moins une.
Publié par Alain Bagnoud à 10:56:18 dans Lectures | Commentaires (9) | Permaliens
Les journaux parlent de « crime organisé » pour qualifier ce milieu, mais il semble ne rien y avoir d'organisé là-dedans. Longues attentes alcoolisées en groupe dans les bars et les boîtes, actions rapides, sexualité omniprésente, facile et brutale. Il n'y a pas de trajet, de volonté, de destins, seulement une suite de postures, d'attitudes. Publié par Alain Bagnoud à 15:59:16 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens
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