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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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 Alain Bagnoud, La leçon de choses en un jour


Alain Bagnoud, Saint Farinet


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Chemins de fer, par Benoît Duteurtre | 31 décembre 2006

 Benoît Duteurtre continue sa critique de la société moderne. Ah, il ne l'aime pas, la société moderne !  Il a fait les téléphones portables, les sanisettes, les caméscopes, l'enfant-roi, la condamnation de la clope... Dans Chemins de fer, comme le titre l'indique, il s'en prend à la SNCF : son héroïne découvre que ce n'est plus un service public mais une entreprise de voyages qui vise à la rentabilité.
Cette dame est en pleine contradiction : directrice d'une agence de comm parisienne branchée, et vivant comme une paysanne au feu de bois le week-end. En plus, on lui plante un réverbère et des poubelles devant son chalet ! Elle s'indigne, mais les villageois sont pour le progrès. Qu'est-ce que vous voulez faire ? Même si elle vient au village depuis son enfance, même si elle y vit la moitié de l'année, on la tient pour une Parisienne emmerdante.
Bien sûr. Là où je passe mes vacances, c'est la même chose. C'est la même chose partout. Les installés sont toujours des allogènes après 30 ans de résidence et les gens vaguement issus de l'endroit prennent des airs de propriétaire quand ils viennent un week-end. Moi aussi, à Ollon (Ollon Valais, pas dans le canton de Vaud), je suis chez moi trois jours par année, mais partout ailleurs, je reste un touriste ou un implanté. On devrait pouvoir choisir de se proclamer d'où on veut, d'où on aime être, mais il y a des codes sociaux figés, des communautés qui s'accrochent à une identité par l'exclusion, l'esprit de clocher...
En creusant un peu, Chemins de fer, ça aurait fait un bon petit essai là-dessus d'une trentaine de pages un peu colériques. Deux bon petits essais, disons. Sur l'intégration villageoise et sur la SNCF. Avec les citations du langage branché et technocratique que Duteurtre sait si bien reprendre et ridiculiser. Mais comme roman, c'est médiocre. Ça manque de ressort, ça tourne en rond, c'est démonstratif... Bon : lectures de vacances encore. En attendant le réveillon.

Publié par Alain Bagnoud à 16:37:34 dans Lectures | Commentaires (0) |

Entretien avec Jerome Meizoz (2) | 30 décembre 2006

 Max Stirner

Jérôme Meizoz (voir 18.12 et 23.12) est pour l'échange et il a raison. Après les questions que je lui ai posées sur son livre, il m'interroge sur le mien (voir 23.12). Notamment sur des thèmes communs à nos deux ouvrages. Il n'y a aucune raison de ne pas lui répondre, n'est-ce pas ?

J.M. : La leçon de choses en un jour, c'est le deuxième livre d'un Valaisan où les proverbes sont utilisés, tantôt comme sagesse, tantôt comme forme d'oppression par l'indiscutable. Que représente le proverbe dans ce monde que tu décris ?

A.B. : Un pouvoir tout d'abord, il me semble. Dès qu'on le prononce, surgissent lourdement la tradition, la norme. Parce qu'il se présente comme l'expression d'un point de vue collectif, évident, comme la sagesse des pères et des anciens, comme un plus petit dénominateur commun aussi, il impose. Le proverbe est indiscutable. On ne peut pas nier un proverbe, sinon avec un autre proverbe. Mais il permet aussi à l'individu qui l'utilise habilement de sortir de sa faiblesse, de contredire, de contester. Le proverbe justifie le discours subjectif du faible face au fort en disant : ce n'est pas moi qui parle ainsi, c'est l'évidence. Mais cet usage libérateur est réservé aux retors. 

J.M. : Le patois a-t-il été une source expressive importante pour toi ? L'as-tu reconstitué d'après tes souvenirs, as-tu utilisé des informateurs ou des livres ? As-tu vécu une forme de bilinguisme douloureux, naturel, ou comique quand tu étais gosse ?

A.B. : La génération de mes grands-parents parlait le patois et j'en comprenais quelques bribes quand j'étais enfant. Il me semblait qu'on trouvait dans cette langue le plaisir de l'échange, de la blague, du jeu, qu'on plaisantait beaucoup, que ça se prêtait à ça. Mais en même temps, c'était lié au passé et à une certaine rudesse. Aux vieux, aux grands-parents, aux vaches. Ça ne me concernait déjà plus. Maintenant, j'ai tout oublié. La leçon de choses en un jour a donc nécessité des manuels.

J.M. : Quel est l'héritage, pour toi, des débats sur la littérature critique ou engagée, telle que la concevaient des écrivains que tu connais bien, comme Yves Velan ou, par exemple, Gaston Cherpillod ?

A.B. :
La littérature ne doit pas être propagande, elle n'est pas tenue de défendre des idées (elle peut le faire, pourquoi pas ?) mais la manière est essentielle. J'ai de la peine à m'adosser à une théorie, littéraire ou politique, puisque toutes ont fait faillite. Il m'est impossible de m'identifier à une pensée politique et de l'opposer à une autre, de m'appuyer sur un système de droite pour contrer un système de gauche, ou réciproquement. Je me méfie des systèmes et des discours assertifs et assurés, qui me semblent toujours totalitaires. Mais, de Velan, de Cherpillod, j'ai gardé la certitude que la forme est politique, et que c'est par elle qu'on peut exprimer une non-adhésion, une résistance, qu'on peut contester l'ordre présenté comme évident.

J.M. : La tradition littéraire anarchiste semble très présente dans tes références. De Vallès à Céline ou même Alphonse Boudard, il y a un ton décapant, une mise à plat des institutions et des discours. T'inscris-tu dans ce paysage et comment ? Pour toi la littérature est-elle le lieu de la liberté à l'égard de tous les discours d'oppression, et comment ?

A.B. : Stirner voulait expurger l'individu de tout ce qui n'est pas l'individu dans l'individu. Il pensait à des discours dominants, à Dieu, à l'Etat... Il y en a bien d'autres qui nous parasitent, qui tendent à nous conduire et qu'on peut miner et démonter. C'est une des forces de la littérature. Que vous en lisiez ou que vous essayiez d'en faire, elle vous met toujours un peu à l'écart, à côté, vous n'êtes plus dedans, vous ne pouvez pas dès lors être totalement dupe d'un système ou d'un pouvoir. De sorte qu'elle est aussi un outil de libération, et c'est pour ça que les régimes totalitaires s'en méfient. (Mais elle est également plaisir, enrichissement personnel...) La volonté de Stirner, je la retrouve comme écrivain dans la recherche de ma langue propre. C'est un processus que j'ai essayé d'entamer il y a longtemps, qui est difficile à mener, et qui n'est de loin pas encore abouti. M'expurger de tous les parasitismes (le parler évident, naturel et orienté d'un milieu, d'une tribu, d'une idéologie, d'un savoir, d'une classe sociale, de l'université, etc.) et trouver dans le vaste territoire de la langue un espace à moi, lié à mon identité et qui puisse l'exprimer. Pour se retrouver dans l'égoïsme individualiste ? Non. « En tant qu'égoïste, le bien-être de cette « société humaine » ne Me tient pas à cœur, Je ne lui sacrifie rien et ne fais que l'utiliser : mais, pour pouvoir l'utiliser pleinement, Je la transforme en Ma propriété et Ma créature, c'est-à-dire que Je la détruis pour créer à sa place une association d'égoïstes. » (Max Stirner, L'unique et sa propriété, L'Age d'Homme, p.229)

Publié par Alain Bagnoud à 10:36:29 dans Entretiens | Commentaires (0) |

Small World, par Martin Suter | 28 décembre 2006

En vacances, toujours ? Pas assez de neige pour skier ? Fatigué des balades ? N'hésitez pas. Small World. (Un des livres que j'ai empruntés à la bibliothèque municipale.) Martin Suter est un Suisse qui a écrit plusieurs best seller. Small World est le premier. Un thriller à suspense doublé d'une étude de cas médical.
Comme dans tous les thrillers, ça se passe dans un milieu extrêmement riche et il y a eu au début de la dynastie une extrêmement mauvaise action que tout le monde a oubliée. C'est du moins ce que croit celle qui l'a commise, la magistrale, vieille et puissante directrice d'empire industriel qui veille à tout et contrôle tout. Oui mais quelqu'un de son entourage est atteint d'alzheimer, et il redescend dans ses souvenirs à mesure que la maladie progresse. Elle lui donne accès à des zones de sa mémoire qu'on aurait pu croire effacées. Quels secrets ça va-t-il révéler ?
Crainte de la coupable, intrigues, manipulations, tentatives d'assassinat, révélation de la vérité. Puis transaction et happy end. Personnages caricaturaux mais crédibles, rythme soutenu, écriture efficace. Vous allez avoir quelques heures de distraction, et en plus quelques connaissances nouvelles sur alzheimer. Et ensuite, il sera temps de revenir à quelque chose de plus nourrissant...

Publié par Alain Bagnoud à 16:32:11 dans Lectures | Commentaires (0) |

Encore un de fait ! | 27 décembre 2006

 Soulagement ! C'est passé !
Il me semble que je n'ai plus aimé Noël depuis que j'ai sept ans. Pourtant, je suis assez amateur de réjouissances en général, d'amis, de famille, quand c'est dégagé des obligations trop pesantes. Mais là, il y a les rituels étouffants, le devoir des échanges, la déception des cadeaux donnés et reçus, et plus reptilien : le
solstice d'hiver, l'obscurcissement, le froid, la mort ! On éprouve évidemment ces craintes irrationnelles depuis le fond des âges et le fait d'être civilisé n'y change rien : si cette année, le mouvement était irréversible ? Si le soleil ne revenait pas ? S'il n'y avait pas de renaissance ? Et aussi l'angoisse de cette renaissance à venir et une désillusion déjà. Alors, bien sûr,  on célèbre le culte celte de la lumière ! Les saturnales romaines ! Les fêtes de fin d'année avec toutes ces lumières artificielles, toute cette attente vide, tout cet étourdissement, toute cette déception et tout cet ennui ! Il y manque un peu de sens - en tout cas de nos jours.
Mais, bon, il y a plus triste.
Par exemple les livres de Christine Angot... Non, non, je ne vais pas m'y mettre aussi, tout le monde en dit du mal aujourd'hui... Lisez plutôt Balzac ou Proust.

Publié par Alain Bagnoud à 17:00:37 dans Journal | Commentaires (0) |

Les vacances avec Beigbeder | 26 décembre 2006

  Beigbeder et une copine

Je suis parti en vacances. A la montagne. Il est huit heures et demie du matin, je me tiens dans une grande pièce entièrement boisée en arolle où le travail des vieux menuisiers a créé des panneaux décoratifs, avec un gros pierre ollaire qui porte la date de ce travail : 1862. Par les fenêtres, on voit les sommets blancs que le soleil commence à éclairer d'orange, les forêts et les villages de l'autre côté de la vallée, comme des jouets dans la neige.
Les vacances ont un point commun avec la retraite : il faut les préparer. Je me suis donc rendu le 24 dans une bibliothèque publique et j'en suis sorti avec une dizaine de romans, de ceux que je ne suis pas sûr de vouloir posséder dans mes rayons mais que je suis curieux de lire pour toutes sortes de raisons.

Par exemple Frédéric Beigbeder, L'égoïste romantique. C'est un journal qui se fait appeler roman, et Beigbeder est très fier de s'y désigner sous l'hétéronyme d'Oscar Dufresne. Il pense que ça va beaucoup nous intéresser de savoir si Dufresne est vraiment Beigbeder, ou pas tout à fait, ou juste un petit peu.
Donc, le narrateur est un alcoolique mondain qui parade à toutes les fêtes, qui sniffe de la cocaïne dans les toilettes des discothèques à la mode, qui baise des top models, qui passe à la télé, qui va dans les boîtes à partouze avec Ardisson, qui connaît toutes les célébrités, qui a des problèmes d'amour avec les plus belles femmes, qui se veut cynique et romantique à la fois, et qui est écrivain. Il y a quand même une évolution. Quand ça commence, il est juste un peu connu. Quand ça se finit, il est extrêmement connu. C'est l'année 2000, l'année de parution de 99 francs, le best seller de Beigbeder. Puis arrive 2001 et le 11 septembre où on peut admirer la magnifique désinvolture de la jet-set. « Les Twins Towers se sont écroulées - Après-midi piscine. »
Il y a d'autres choses. Anecdotes, réflexions, maximes. Je cite au hasard : « L'amant idéal est un obsédé doux : c'est son cœur qui bande. »
Bref, c'est Gala et Voici pour ceux qui ont eu leur certificat d'études. Je l'ai quand même fini. Enfin, on est en vacances ! (Et puis c'est très vite lu.)

Publié par Alain Bagnoud à 14:56:56 dans Journal | Commentaires (1) |

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