
Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)
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Publié par Alain Bagnoud à 14:46:39 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai la tentation, depuis que je tiens ce blog, d'y signaler toutes mes lectures. Comme si, faute de ça, elles n'étaient pas validées. En fait c'est assez plaisant. Ça revient à parler d'un livre avec quelqu'un qu'on suppose intéressé. C'est même plus agréable. L'auditeur peut vous interrompre mais si le visiteur du blog s'enfuit, on ne s'en rend pas compte.
Je suis allé à Paris, donc. (Voir plus bas.) Dans le TGV, j'ai lu Fleur Jaeggy. Une Suissesse qui écrit en italien, la langue de sa mère, malgré ses années d'adolescence vécues dans des internats en Appenzell. C'est cette période qu'elle raconte dans Les années bienheureuses du châtiment (Folio). Un court livre placé sous l'ombre de Robert Walser qui était proche d'elle, proche géographiquement même si elle ne le connaissait pas. L'asile où on l'avait interné était voisin de la prison pédagogique.
C'est un livre dominé par la figure d'une de ses camarades parfaite, attirante, un modèle à suivre qui a fini par tenter de brûler sa mère et a été internée elle aussi. Rien n'est expliqué, tout est suggéré. L'écriture est elliptique, parfois fulgurante. Le récit d'internat est un genre classique, mais cette folie sous-jacente, la révolte et le refus qui animent Fleur Jaeggy (le personnage et l'auteur) font de ce petit livre un récit qui marque.
Puis le train est arrivé Gare de Lyon. Et moi chez mon ami Miguel Sancho, peintre. (Je vais essayer de trouver un de ses tableaux pour le reproduire.) On va au Centre culturel suisse. Excellente lecture de mon texte par la ravissante Ariane Moret, une actrice de talent. Repas avec éditeurs, journalistes, auteurs et amis.
Ensuite, deux jours encore à Paris. Musée du Quai Branly (les arts premiers chers à Chirac). Grande Bibliothèque. Cinémathèque. Terrasses (il faisait dix-huit degrés). Ce genre de choses.
Et retour. Dans le TGV, un livre de Modiano, Fleurs de ruine (Seuil). C'était parfait pour quitter Paris, ce roman qui fait une belle débauche de noms de ses rues. Il y a des ambiances pluvieuses, la nostalgie sourde d'un monde obscurci et louche, des destins effilochés dont on retrouve des bouts qu'on n'arrive à nouer à rien. Modiano, quoi !
Avant d'arriver à Genève, j'ai eu le temps encore de lire un récit de Corinne Desarzens. Sirènes d'Engadines (Terre d'encre, Editions du Laquet). Elle est tombée amoureuse des Grisons. C'est très bien. Les couleurs, les textures, les sons, les goûts. De l'histoire, de la fantaisie, un coup d'œil, de la passion...
Publié par Alain Bagnoud à 18:04:22 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon.
La Rochefoucauld
Publié par Alain Bagnoud à 23:29:56 dans Citations | Commentaires (0) | Permaliens
Décidément, il n'y en a que pour Jonathan Littell, ces temps-ci. Les Bienveillantes, un livre qui suscite le débat. C'est bien. Nous sommes quelques-uns à aimer quand on parle de littérature.
J'étais par exemple mardi toute la journée à un excellent séminaire de l'excellent Jean Kaempfer, professeur à l'université de Lausanne. Sur Le bonheur d'être crédule. La question de savoir pourquoi le lecteur croit à la fiction.
Une énigme fondamentale (pour moi et le reste de la petite secte qui lit des romans), que Kaempfer a traitée avec brio, profondeur, science et humour. Ça partait d'Aristote et de Platon, se poursuivait par le XVIIème (Scarron), intégrait le Stello de Vigny, passait par Hugo, Balzac, Zola, Proust, questionnait les « mix multimédia » d'Angot ou Houellebecq qui produisent une création fictionnelle auto-référentielle entre textes publiés, apparitions à la télé, interviews...
Les Bienveillantes ne pouvait évidemment manquer de pénétrer dans le séminaire. Il l'a fait par le biais d'une question, juste avant midi. Ça nous a pris à peu près tout le repas qui a suivi. Une tablée de neuf ou dix lettreuses et lettreux qui débattaient ferme. Lanzmann a reproché ceci, on lui a répondu cela. La documentation ceci, la complaisance cela. Ce roman est un canular, c'est une référence, etc.
Ça m'a fait réfléchir à nouveau sur le livre, que j'ai lu jusqu'au bout, pas d'une traite (qui le pourrait ?), mais soir après soir, avec souvent de l'impatience, parfois un peu d'effort, toujours de l'intérêt et le sentiment d'être devant une œuvre importante. Evidemment, les critiques ont raison. La documentation fait le 90 % du texte. Le personnage d'Aue, globalement, ne tient pas le coup en tant que construction psychologique et logique. Les péripéties ne sont pas vraisemblables. L'écriture manque de, comment dire, contemporanéité... (On peut en rajouter si on veut.)
Mais le roman est réussi. C'est un aérolithe qui ne ressemble à rien, qui est porté par un gigantesque souffle. Un souffle qui, à mon avis, vient de la différence atmosphérique entre la basse pression de la froideur analytique glaciale qui anime le personnage, et la haute pression de l'indignation littellienne, qui ne cesse jamais malgré l'accumulation des horreurs. Une masse de faits sculptés par la colère. Un événement littéraire. Un phénomène social. Un prodige !
Publié par Alain Bagnoud à 09:30:23 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 10:57:04 dans Journal | Commentaires (0) | Permaliens
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