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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
<< Marinette Matthey, Au plaisir de dire | Manette Salomon, d'Edmond de Goncourt (la pièce) | Orthographe: le niveau baisse >>

Je suis au coeur de tout un suspense ces temps-ci, en lisant le Journal d'Edmond de Goncourt (pour ceux qui aiment les feuilletons, voir ici, ici, ici et ici). Sa pièce Manette Salomon va être jouée au théâtre. Il rêve d'un grand succès à 74 ans, après tous ses fours sur scène, et compte énormément sur Manette. Trois éléments sont en sa faveur, explique-t-il: il devrait y avoir du nu (qui sera finalement supprimé), on montre un singe sur scène, et le texte est bruyamment antisémite, notamment à la fin, dans un souper où les convives échangent les propos les plus violents.
Mais à la première, Goncourt est consterné: les loges autour de lui sont pleines de juifs. Courageusement, il fuit dans les coulisses. Pourtant, à la fin de la représentation, il entend des applaudissements frénétiques partout.
Deux jours plus tard, dans le salon de la princesse Mathilde, il a un mouvement de recul: il voit des juifs dans tous les coins. On lui fait pourtant le plus gracieux accueil, notamment Madame Straus, l'amie de Proust. Mais il est vrai, remarque Goncourt, qu'elle est une femme d'esprit. Cependant, il se pourrait bien que ce soit de la perfidie de leur part.En effet les articles critiques dans les journaux se partagent en deux. Il y en a que Goncourt trouve pleins de charme, de pénétration et de spiritualité: ceux qui vantent la pièce. Ils sont rares. Les autres, ça n'étonnerait pas Goncourt qu'ils soient payés par des banquiers juifs, explique-t-il. Ou alors les folliculaires sont manipulés par leurs maîtresses parce qu'elles n'ont pas aimé ce qu'Edmond a dit d'elles dans le Journal. D'ailleurs, on le sait bien, toutes ces amies de journalistes sont à peu près juives ou furieuses de n'avoir pu jouer dans la pièce, quand ce n'est pas les deux.
Comble de tout, le public lui non plus ne suit pas. Résultat: la salle se vide, la pièce tombe.
Comme quoi, me dis-je, il y a parfois une morale dans l'univers.
Publié par Alain Bagnoud à 09:01:00 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
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