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Blaise Cendrars, Bourlinguer | 13 janvier 2010

Louis Valdo-Barbey, Londres Original etching, 1949Troisième tome de ses oeuvres autobiographiques après L'Homme foudroyé et La Main coupée, Bourlinguer en est peut-être la plus connue. Grâce à ce titre probablement. Bourlinguer. Naviguer, voguer, caboter, croiser, sillonner, voyager, marcher, aller.
Pourtant, au départ, le projet était différent de ce qu'il est devenu. Cendrars devait illustrer les gravures de Valdo-Barbey par des textes, chacun parlant d'une ville, ou plutôt d'un port. Il y a Venise, Naples, La Corogne, Bordeaux, Brest, Toulon, Anvers, Gênes, Rotterdam, Hambourg, Paris Port-de-mer.
Mais le foisonnement des souvenirs et du texte a tellement étendu certaines parties qu'elles ont finalement constitué des petits romans, et tout compte fait, les textes ont été publiés seuls.
Ils sont, donc, de grandeurs diverses, certains ne prenant que quelques pages, d'autres s'étendant sur des centaines. Celui consacré à Gênes, par exemple, où Cendrars évoque sa jeunesse à Naples, mêlant comme il en a l'habitude diverses strates et des époques différentes. On le voit revenir de ses trajets en Russie et au Moyen-Orient. Il fuit son patron Rogovine. Cendrars a acheté une épine d'Ispahan, une sorte de canne creuse, dans laquelle il a placé des perles pour les passer en contrebande, et Rogovine, prudent, ne veut pas de ce genre de trafic. Cendrars revient donc à Naples, épuisé, retrouve les souvenirs de son enfance, quand son père y construisait des lotissements.
Il est d'ailleurs beaucoup question de pères dans ce récit fondateur. Le père biologique, que Cendrars a fui à 17 ans, Rogovine, père de substitution, que Cendrars a trahi, et enfin le capitaine sur le bateau de qui il s'embarque, nommé fort opportunément Papadakis. La révolte de Cendrars est le désir de supplanter le père, et cette épine d'Ispahan dont il est question est bien évidemment un symbole phallique insigne de virilité, de parade masculine, avec les connotations que la sonorité du mot suggère.
Je ne vais pas faire de la psychologie ou de la symbolique à la petite semaine. C'était simplement une manière de dire que ce livre est plus qu'un ébouriffant récit de voyage et d'aventures mythologisées, et que tous les amateurs de lecture y trouveront leur compte.

Blaise Cendrars, Bourlinguer, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 10:38:11 dans Lectures | Commentaires (0) |

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