Ingénieur hydraulicien, j'ai travaillé au Nicaragua entre 1999 et 2001 - point de départ de mon voyage mésoaméricain.
Après quelques années françaises me voici à nouveau sur le "terrain", je serais basé à Antananarivo au moins jusqu'en 2010 !

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On y arrive après avoir traversé des quartiers populaires. Dans ce coin les touristes sont rares et les habitants nous regardent passer avec curiosité. L'appel à la prière retentit alors que nous approchons la mosquée. Un homme s'y rend, il nous accompagne sur le chemin en nous posant des questions sans arrières-pensées. Il nous parle de ses voyages en Europe et nous demande d'où nous venons.
Nous nous installons dans la cour de la mosquée, nous regardons les hommes y rentrer seuls ou par petits groupes. Il règne dans cet endroit un grand calme. Comme si l'immense ville s'estompait pour ne laisser que le contenu de ces quatre murs : une fontaine, quelques arbres, et la mosquée d'où sort maintenant le bruissement des prières.
Nous passons-là un moment en paix.
Publié par Mazeo à 11:58:46 dans Istanbul | Commentaires (0) | Permaliens
Ce lieu qui n'a été construit pour aucun regard, ce lieu terré sous la ville, à deux pas de la magnifique Sainte Sophie, charme. L'éclairage changeant installé pour nous autres, les touristes, y est pour beaucoup, mais même sans cela, il y a quelque chose de simple, de magique dans cette forêt de colonnes qui soutiennent les voûtes en briques de la réserve d'eau.
A y regarder de plus près, on est surpris, si tel chapiteau est un bloc brut, pratique, sorti de la tête du technicien ayant conçu les lieux, tel chapiteau corinthien dénote. Que fait-il là où il n'aurait été jamais vu ? La surprise grandit quand on aperçoit plus loin une colonne finement travaillée, comme ocellée de larmes. Et tout au fond, deux autres colonnes ont été « calées » par de grandes têtes de gorgone posés de travers, à l'envers...
Sans doute par manque d'argent, manque de matière première, manque de temps, et peut-être par un désir pervers de défaire ce que d'autres avaient fait avant, les constructeurs chrétiens de cette citerne ont simplement razzié quelques temples plus anciens des environs... Encore une roue qui tourne : ce qu'un architecte à conçu pour rendre hommage aux dieux, un ingénieur, un millénaire plus tard, utilise pour assurer l'approvisionnement en eau de sa ville !
Publié par Mazeo à 19:58:13 dans Istanbul | Commentaires (0) | Permaliens
Né chrétien en Cappadoce, il a passé la moité de sa vie janissaire, se battant d'Autriche en Perse pour le sultan Soliman (dit le Magnifique). Simple soldat, technicien puis ingénieur du génie militaire, à 50 ans, il devient l'architecte en chef du Hassa Mimarlar Ocagi - le corps impérial des architectes.
Son architecture est marquée par la fascination des Ottomans pour Hagia Sofia, par la recherche du vaste et lumineux espace que ce doit d'être une moquée. Aboutir à cet espace, à cette lumière, c'est coiffer ses bâtiments d'un enchevêtrement de dômes et demi-dômes. C'est libérer les murs de leur charge pour qu'ils puissent laisser filtrer la lumière. Ses mosquées sont alors comme des pyramides de marbre que leurs minarets lacent vers le ciel.
Voici sa tombe, au coin de la Suleymaniye, entre ces étranges pierres tombales comme coiffées de turbans, à coté de la tombe de Soliman et de celle de sa favorite, Roxelane. La tombe de Mimar Sinan surplombe la Corne d'Or, le Bosphore et cette ville qu'il a contribué à façonner.
Publié par Mazeo à 16:21:47 dans Istanbul | Commentaires (0) | Permaliens
Voici le crépuscule qui tombe sur Istanbul, le soleil se couche sur l'ancienne Byzance et nous rentrons d'une journée passée à arpenter Üsküdar, à dénicher les quelques petites mosquées de l'architecte Sinan qui existent sur la rive asiatique de la grande ville.
Nous traversons le Bosphore dans un de ces bateaux bus, simple véhicule de transport en commun, le prix du voyage identique à celui du tram de l'autre rive. D'ailleurs c'est tout un peuple qui grimpe à bord au port, qui se rue à l'étage à la recherche d'un siège où se poser le temps de la traversée, femmes portant fichu, jeunes nénettes branchées, sombres moustachus et alternos stambouliotes...
Et voilà le luxe suprême : siroter un thé brûlant les yeux rivés sur ce paysage de minarets, ces valses de navires et de mouettes, ce soleil tombant... Et dire que nous ici, nous nous serrons comme des sardines dans d'improbables transports souterrains, l'air maussade et fatigué !
Publié par Mazeo à 23:38:17 dans Istanbul | Commentaires (4) | Permaliens
Et pourtant, la ville est toujours là de part et d'autre de la Corne d'Or, entre les deux rives du Bosphore, active et contrastée, une myriade de petits ateliers et des bars branchés, à la ligne irisée de vitres fumées d'une crête répond la ligne brisée de minarets de l'autre. Au détour de ses rues on aperçoit des caractères cyrilliques, grecs, arabes, arméniens, latins. Les drapeaux affichés devant les télécabines des quartiers populaires disent que la ville a gardée ou conquise une influence régionale qu'on lui croyait perdue : les drapeaux sont bulgares, géorgiens ou arméniens, ils sont iraqiens ou syriens, ils sont même sénégalais ou guinéens... Et cette fille que je croise dans une rue de Kumkapi pourrait bien être abyssine.
Ses collines déroutent, son dédale de rues et l'étrange fatras de son urbanisme perd. Parfois seul l'horizon entre aperçu dans telle trouée du paysage urbain permet un instant de se ressaisir et se resituer : ces antennes-là ne peuvent être que celles d'Usküdar... La ville est dense, dense de ses bâtiments comme entassés dans pentes, dense de son histoire, murs de brique et de pierre byzantins, konaks turcs en bois, immeubles presque hausmaniens tout cela s'empile : une strate archéologique que l'on aurait immédiatement sous les yeux.
Le paradoxe est que ses habitants se laissant aller au hüsün, une mélancolie que Orhan Pamuk décrit comme d'autres décriraient la saudade, pensant encore aux splendeurs passées de son histoire n'aperçoivent peut-être plus les splendeurs naissantes de son présent. La ville-monde est encore là, elle vit, elle respire, elle attire maintenant en son sein des gens venus d'aussi loin que jadis.
Publié par Mazeo à 22:25:59 dans Istanbul | Commentaires (3) | Permaliens
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