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Fragments

Des fragments de voyage

Une fabrique de "boats" (avril 2007) | 29 mai 2007


Puisque nous sommes encore dans l'eau, ou sur l'eau, restons-y.

Ce qui se construit dans ce petit port du nord de l'île d'Idjwi est un « boat », pas une pirogue, ni une barque, ni un bateau, : un « boat ». Il servira au transport de personnes ou de produits locaux vers d'autres ports, peut-être sera-t-il motorisé, peut-être que, parfois, il avancera à la pagaie, comme ce « boat » que nous avons vu passer devant Monvu chargé de bananes encore vertes.

L'homme qui le construit, et qui en construit d'autres, plus grands encore, serait venu d'Uvira il y a cinq ans. Il paraît que ces « boats » sont courants sur le lac Tanganyika, tirent-ils de là leur nom anglo-saxon ? Qu'est-il venu chercher sur Idjwi ? Peut-être un semblant de sécurité, peut-être un nouveau marché, peut-être, finalement, quelques arbres encore sur pied.

Mais son entreprise florissante de construction navale, malgré les beaux « boats » qu'elle produit aura bientôt bien du mal a se fournir en matière première : autant convoitée par les exportateurs de « braise », le charbon de bois qui alimente les cuisines de Bukavu...

La calvitie de l'île prend des proportions inquiétantes...


Publié par Mazeo à 22:27:59 dans Idjwi (RDC) | Commentaires (0) |

Un luxe suprême (mars 2007) | 12 mai 2007

 

Voici le crépuscule qui tombe sur Istanbul, le soleil se couche sur l'ancienne Byzance et nous rentrons d'une journée passée à arpenter Üsküdar, à dénicher les quelques petites mosquées de l'architecte Sinan qui existent sur la rive asiatique de la grande ville.

Nous traversons le Bosphore dans un de ces bateaux bus, simple véhicule de transport en commun, le prix du voyage identique à celui du tram de l'autre rive. D'ailleurs c'est tout un peuple qui grimpe à bord au port, qui se rue à l'étage à la recherche d'un siège où se poser le temps de la traversée, femmes portant fichu, jeunes nénettes branchées, sombres moustachus et alternos stambouliotes...

Et voilà le luxe suprême : siroter un thé brûlant les yeux rivés sur ce paysage de minarets, ces valses de navires et de mouettes, ce soleil tombant... Et dire que nous ici, nous nous serrons comme des sardines dans d'improbables transports souterrains, l'air maussade et fatigué !


Publié par Mazeo à 23:38:17 dans Istanbul | Commentaires (4) |

Un train lacustre (avril 2007) | 03 mai 2007


Ce train est en route pour Bukavu avec un chargement de sable. Il a du quitter un petit port un peu plus au nord de Monvu il y a peu. Il arrivera sans doute demain, au petit matin, à Bukavu, ville qui n'est pourtant pas loin (35, 40 km ?).

On entend des éclats de voix qui viennent des couvertes, on voit des silhouettes se déplacer, on repère une flamme ou deux, peut-être que le mousse chargé de faire le dîner prépare ses repas. La nuit va être longue, mais elle est déjà étoilé. Ils sont nombreux à bord, ils participeront au déchargement, demain, un autre jour.

A Kintama j'ai vu ces gens charger les péniches... Ici pas de bulldozer, pas de chargeur, pas de camion, le sable siliceux est pelleté dans des sacs de jute et chacun part au pas de course avec 30 kilos sur la tête, et un autre, et un autre, file ininterrompue de dockers à l'ancienne. Puis ils reviennent vers la carrière, un groupe compact gardant l'allure de la course, rythmant de mouvement d'un chant et contre-chant puissant.

Il y aurait un jour à faire ce voyage, à parler avec les matelots et les dockers embarqués de leur étrange vie, à passer une nuit sur le train lacustre, la flamme du repas, la braise d'une cigarette, peut-être les étoiles, la traversée du lac Kivu.


Publié par Mazeo à 20:31:34 dans Idjwi (RDC) | Commentaires (0) |

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