Originaire d'Amiens, je suis passée ensuite par l'Université du Montana (USA), Berlin, Grenoble et Luxembourg. Après des études de droit et une spécialisation dans les questions européennes, il était temps de se mettre au travail. Me voilà donc désormais à Bruxelles, où je travaille au Parlement européen en tant qu'assistante parlementaire.
Pour achever cette rapide description, j'ajoute que mes occupations préférées sont avant tout sportives, à travers la pratique du triathlon et du football notamment.
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Seuls 34% des citoyens européens (47% des Français) se disent certains d’aller voter aux élections européennes du 4 au 7 juin prochains. Seuls 38% sont même au courant que les élections européennes auront lieu dans quelques semaines.

A qui la faute ?
Le sondage Eurobaromètre qui révèle ces chiffres est allé un peu plus loin, s’intéressant aux raisons de cette méconnaissance. Chargés de l’information, les médias sont en grande partie responsables puisque 36% des Européens se souviennent avoir entendu, lu ou vu un sujet sur le Parlement européen dans leurs médias.
Lundi dernier dans Libération, Daniel Schneidermann accusait les hebdos, obsédés par la préparation de la présidentielle de 2012 au point de négliger tant les européennes que les régionales (qui auront lieu en 2010). La plupart des analystes - ou plutôt des journalistes - rejettent le blâme sur les partis politiques français, engoncés dans leurs querelles internes de composition des listes et attendant le dernier moment pour lancer une campagne dont on se demande si elle va véritablement être lancée un jour.
Qu’il est difficile d’intéresser les Français aux élections européennes, nous expliquent-ils. Trop lointaine, trop complexe, trop ennuyeuse, l’Europe.
Cachez ces enjeux que je ne saurais voir
Les enjeux ne manquent pas pourtant. Ils donnent le tournis même, si l’on s’y penche d’un peu trop près.
La crise économique et financière d’abord. Elle est le sujet de préoccupation n°1 des Européens. Rares sont désormais ceux qui s’affirment non touchés par la crise. Celle-ci étouffe le débat sur les européennes, nous disent du coup les politiques. Elle devrait l’enflammer au contraire, ce débat. La politique économique et sociale, nerf de la Politique, a toujours et dessine encore le clivage entre gauche et droite en Europe. Au niveau national d’abord mais au niveau européen également : allez assister à un débat au Parlement européen entre le commissaire au marché intérieur, Charlie McCreevy - présenté depuis des années comme le chantre du laissez-faire - et des députés européens réclamant de nouvelles règles de régulation du marché. Vous en sortirez persuadé que le débat politique existe à Strasbourg et à Bruxelles, et que venir voter le 7 juin peut valoir le coup.
Au-delà de la crise économique, l’enjeu pour l’Union européenne est crucial. D’abord et surtout pour le premier concerné, le Parlement européen. Une participation qui resterait sur la pente descendante entamée depuis la première élection au suffrage universel en 1979, qui serait encore plus basse que celle de 2004, représenterait un désaveu des citoyens européens pour une institution qui ne cesse pourtant de s’affirmer face à la Commission européenne et au Conseil. L’argument peut être retourné, allez-vous me dire : la faiblesse croissante de la participation aux élections européennes jusqu’à aujourd’hui n’a justement pas empêché le Parlement européenne de voir ses pouvoirs se renforcer, en s’appuyant sur sa légitimité démocratique. Mais en ces temps de cafouillage institutionnel et de confiance à retrouver pour les citoyens, le Parlement ne se remettrait que très difficilement d’un échec en juin prochain. Car il s’agirait bien là d’un échec et le Parlement l’a bien compris, investissant dans une campagne proactive et paneuropéenne de communication sur l’enjeu des élections.
Personnalisons !
L’enjeu des européennes concerne en fait l’équilibre institutionnel de l’Union européenne dans son ensemble. Les députés européens prennent le risque de ne pas assez le souligner en négligeant de jouer sur le pouvoir de contrôle dont ils disposent d’ores et déjà - sans attendre l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne - sur la Commission européenne.
Les politologues l’ont analysé, l’omniprésence de l’élection présidentielle l’a démontré, la personnalisation des enjeux attirent l’électeur. Dont acte. Personnalisons. Expliquons que les élections européennes, c’est élire des députés mais c’est aussi dessiner le visage de la Commission européenne. Imprudemment, les partis politiques européens se privent de cet attrait en se réfugiant derrière les diplomates, qui leur font valoir que les nominations des responsables européens font l’objet de savants dosages entre Etats membres, dans lesquels le Parlement européen ne saurait s’immiscer. Dès lors, le PSE se tire une balle dans le pied en mettant en valeur le danois Poul-Nyrup Rasmussen, alors que son homonyme et compatriote Anders-Fogh Rasmussen vient d’être choisi comme nouveau secrétaire général de l’OTAN ; le PPE-DE choisit la facilité en soutenant José Manuel Barroso ; l’ADLE devrait se faire entendre beaucoup plus, au même titre que les Verts, qui bénéficient d’une crédibilité beaucoup plus forte au niveau européen qu’en France.
Du côté du droit
Le droit européen prime sur le droit national, au moins au niveau infra-constitutionnel. Ce n’est pas nouveau, c’est réaffirmé tous les jours par le juge européen et par le juge national. Partant de ce principe, la démonstration que les directives et règlement adoptés au niveau européen ont de l’importance devrait être aisée. Elle est pourtant toujours aussi compliquée en France. Là encore, nous pourrions passer du temps à essayer d’identifier les responsables de cette désinformation. Plus utile sans doute serait de souligner que les élections européennes sont une nouvelle fois l’occasion de mener à bien cette démonstration.

Une nouvelle star pour cette campagne : Internet
Un exemple l’illustre à merveille et pourrait à lui seul marquer la campagne : la loi Création et Internet, parfois nommée loi Hadopi (pour une explication par Maître Eolas, lire ici). Son dernier épisode : la partie de cache-cache parlementaire qui a conduit au rejet de la loi par 21 voix contre 15 à l’Assemblée nationale (pour un point d’actualité, lire le dernier article des Ecrans de Libération). Le projet de loi a depuis été réinscrit au calendrier parlementaire pour le 29 avril.
Quel rapport avec le Parlement européen ?
A l’automne dernier, une large majorité de députés européens avait voté en faveur d’un amendement qui rendait le projet de loi français non conforme au droit européen. Au Conseil, la France était alors parvenue à convaincre les autres Etats membres de supprimer cet amendement, inclus dans le paquet Télécom, ensemble législatif qui vise à réguler le réseau européen de communications électroniques. Depuis, la Commission européenne, le Conseil et le Parlement européen négocient afin de tenter de conclure ce dossier en deuxième lecture. Or les négociations bloquent sur cet amendement, revoté par la commission ITRE (Industrie, Recherche et Energie) du Parlement européen cette semaine à Strasbourg, et qui dispose qu’ "aucune restriction ne peut être imposée aux droits et libertés fondamentaux des utilisateurs finaux sans décision préalable des autorités judiciaires, notamment conformément à l'article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concernant la liberté d'expression et d'information, sauf lorsque la sécurité publique est menacée, auquel cas la décision peut intervenir ultérieurement."
Au-delà de la fronde soulevée en France par ce projet de loi et des points controversés qu’il porte, il s’agit là d’un enjeu plus global pour la société d’aujourd’hui : la régulation publique de l’usage d’Internet et des nouvelles technologies. Cet enjeu devrait être réglé au niveau européen, au moins pour en fixer les cadres. Quelle meilleure occasion que ces élections européennes pour mener ce débat ?
Publié par floe26 à 19:46:09 dans Actualité | Commentaires (3) | Permaliens

Ce faisant, la France et l'ensemble des Etats membres prennent le risque de voir s'envoler aussitôt les acquis de la présidence française, qui avait démontré que le volontarisme européen pouvait se montrer à la fois efficace et rassurant. Publié par floe26 à 16:08:56 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
Le Conseil européen n'est pas une institution officielle de l'Union européenne. Il est pourtant en ce moment l'instance décisionnaire la plus importante de l'UE.
Mis en place à l'initiative de Valéry Giscard d'Estaing à la fin des années 1970, le Conseil européen réunit régulièrement les chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres. A ne pas confondre avec le Conseil de l'Union européenne - dit également Conseil des ministres -, institution à part entière de l'UE, qui réunit les ministres des Etats membres selon une organisation thématique (le Conseil transports réunit les ministres des transports, le Conseil économique et financier les ministres de l'économie et des finances, etc).
Prenant acte de l'influence grandissante du Conseil européen, où se négocient les grandes évolutions politiques de l'UE, le traité constitutionnel puis le traité de Lisbonne le reconnaissent formellement comme instance de l'Union. Mais le Conseil européen n'est pas à proprement parler une instance décisionnaire.
Telle n'est pas l'impression laissée par la présidence actuelle du Conseil européen. A propos du paquet énergie-climat (voir note Lire ou relire pour une analyse plus détaillée), Nicolas Sarkozy répète en effet régulièrement que ses dispositions seront adoptées à l'unanimité par les chefs d'Etat et de gouvernement.
La procédure communautaire voudrait pourtant que le paquet soit adopté en codécision entre le Parlement européen et le Conseil des ministres de l'Environnement. D'aucuns craignent donc que la procédure législative communautaire ne soit négligée par la présidence française, voire tout simplement court-circuitée, au profit d'un débat restreint au Conseil européen.
Pour s'assurer du contraire, le Parlement européen a décidé d'avancer son vote sur le dossier, afin qu'il ait lieu avant le Conseil européen des 11 et 12 décembre.
Certes, l'importance du dossier rend à la fois logique et nécessaire la négociation au plus haut niveau politique mais celle-ci doit intervenir en dernier ressort, au terme d'une procédure législative ordinaire qui resterait inaboutie. Le travail de codécision entre le Parlement européen et les ministères de l'environnement nationaux se révèle d'ailleurs tout autant politique mais sans doute plus efficace, gagnant grâce à la multiplication des acteurs la marge de manœuvre et la liberté de ton que perd le Conseil européen, représentant immédiat des intérêts nationaux.
Face aux réticences qui s'élèvent chez plusieurs Etats membres, derrière la Pologne et l'Italie, que ce soit au titre de la défense de son industrie charbonnière (pour la première) ou au regard des difficultés conjoncturelles de l'industrie (pour la seconde), il serait même peut-être judicieux de laisser les enjeux se décanter entre les eurodéputés et les ministres de l'Environnement. Le glorieux moment de la signature du paquet pourra lui être réservé au Conseil européen.
Photos: ue2008.fr, europa.eu
Publié par floe26 à 18:35:53 dans Opinions | Commentaires (1) | Permaliens
Le Kosovo, qui a déclaré son indépendance au début de cette année, a depuis été reconnu par 51 Etats dans le monde. L'une de ses premières démarches en tant qu'Etat indépendant a été de poser candidature auprès de la FIFA - l'organisation rassemblant les fédérations nationales de football du monde entier - et de l'UEFA - l'organisation rassemblant les fédérations nationales de football européennes -. Les deux candidatures ont été refusées. 
Michel Platini, président de l'UEFA, en visite en Albanie la semaine dernière, a expliqué en effet qu'une candidature ne saurait être acceptée si l'Etat candidat n'est pas membre de l'Organisation des Nations Unies. La FIFA avait déjà rejeté formellement la candidature de Pristina à la fin octobre, précisant que seul "un Etat indépendant reconnu par la communauté internationale" peut rejoindre l'organisation. Selon euobserver.com, qui cite l'hebdomadaire bulgare Sofia Echo, la FIFA aurait ajouté que le Kosovo n'est par ailleurs pas autorisé à jouer de matchs amicaux.
La déception kosovarde, le président de la fédération critiquant une décision contraire à "l'intérêt du jeu" ("good of the game") ainsi qu'à "l'intérêt du monde" ("good of the world"), si elle est juridiquement infondée, révèle surtout le poids géopolitique de l'UEFA et de la FIFA, et à travers elle, du football. Le Kosovo l'a bien compris, entrer dans la communauté internationale du football, même si ce n'est qu'en amical, c'est entrer dans la communauté internationale tout court. L'universalité mêlée à la subjectivité passionnée du football, garantit un rayonnement que n'offre malheureusement pas toujours l'enceinte des Nations Unies à New York.
Photo: lemonde.fr
Publié par floe26 à 20:47:41 dans Football | Commentaires (0) | Permaliens
Le paquet énergie - climat est le dossier principal de la fin du cycle 2004 - 2009 pour les institutions de l'Union européenne. Il représente l'un des enjeux clés de la Commission Barroso (faut-il déjà l'appeler Commission Barroso I ?), qui compte dessus pour effacer des esprits les échecs institutionnels et autres controverses sur la directive services (plus connue sous le nom de "directive Bolkestein") ou sur les négociations à l'OMC.
Une priorité de la présidence française
La présidence française en a fait également l'une de ses priorités. Objectif : conclure le dossier avant la fin de l'année, afin que l'UE soit en mesure de défendre une position claire au sommet de Copenhague sur le changement climatique en décembre 2009. Vu du calendrier, le raisonnement peut étonner : pourquoi donc faudrait-il que la position de l'UE soit définitivement fixée un an avant le sommet de l'ONU ? Vu de la présidence française, le raisonnement apparaît plus clair : un accord d'ici Noël non seulement garantirait l'existence même d'un accord européen avant décembre 2009 et, ce qui ne gâche rien, figurerait au "tableau de chasse" de la présidence française.
L'objectif, pour la présidence française mais également pour une partie du Parlement européen, est donc d'obtenir un accord en première lecture. Expliquons ce que cela signifie, à travers une brève explication du système de prise de décision au niveau européen.
Brève institutionnelle : la première lecture
Au sein du système institutionnel de l'UE, le droit d'initiative est détenu par la Commission européenne. En janvier dernier, la Commission européenne a donc proposé différents textes, qui ensemble, composent le paquet énergie - climat, dont l'objectif principal est de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de l'UE et de porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation d'ici 2020. 
Les différentes directives ont ensuite été examinées en commissions parlementaires au Parlement européen et en groupes de travail au Conseil de l'UE. Puis les directives, telles qu'amendées par les députés européens, ont été votées au sein des commissions parlementaires concernées. Etape suivante : l'ensemble des députés européens votent en session plénière.
Mais si les institutions européennes veulent garantir un accord en première lecture, elles doivent éviter la navette qui s'installe entre le Parlement européen et le Conseil lorsque ceux-ci rejettent ou modifient les amendements de l'un ou de l'autre. Pour esquiver ceci, le Parlement européen et le Conseil doivent en réalité se mettre d'accord avant le vote en plénière au Parlement et avant la discussion finale au niveau des ministres - voire des chefs d'Etat et de gouvernement - au Conseil. En d'autres termes, le vote en plénière du Parlement doit entériner l'accord politique trouvé auparavant entre les deux institutions.
Trilogues
C'est précisément dans ce flou institutionnel qui sépare le vote en commission parlementaire du vote en plénière que se cachent l'atout, ou au contraire, le danger, de la première lecture.
Au cours de cette période, des trilogues réunissent les représentants des trois institutions : la direction générale et le cabinet du ou des commissaire(s) compétent(s) pour la Commission européenne, la présidence en exercice pour le Conseil et le(s) rapporteur(s), ainsi que parfois les rapporteurs fictifs, pour le Parlement européen.
Ces trilogues peuvent permettre d'aboutir rapidement sur des dossiers ou au contraire, peuvent attiser les difficultés. La différence se fera justement sur la question de la représentation : si chacune des institutions a le sentiment de voir sa position clairement et justement défendue au sein du trilogue, la première lecture a toutes les chances d'aboutir. Si en revanche, l'une ou l'autre des institutions considère que le mandat de ses représentants n'est pas clair ou ne correspond pas à la position réelle de l'institution, la première lecture devient une passage inefficace voire contre-productif.
Traditionnellement, dès lors, les dossiers les moins controversés profitent d'un accord rapide en première lecture, tandis que les dossiers législatifs plus complexes sont menés jusqu'à une deuxième lecture, voire jusqu'à la conciliation, dernière étape de la navette législative.
Alors, lire ou relire ?
Si nous revenons au paquet énergie - climat, la question est donc la suivante : faut-il à tout prix favoriser un accord en première lecture afin de démontrer le volontarisme européen en la matière, ou au contraire se montrer patient et accepter le principe d'une deuxième lecture, en tenant compte, d'une part de la complexité du dossier et d'autre part, des nouvelles perspectives imposées par la crise financière ?
Au-delà des désaccords sur le fond qui opposent les députés entre eux, ainsi que les Etats membres entre eux, et enfin le Parlement et le Conseil, ces critiques démontrent essentiellement deux choses :
- le sentiment d'insécurité, perceptible au Parlement européen, face à la pratique des trilogues d'avant plénière, dans lesquels les députés se sentent souvent (cf. post ) en position délicate, parce qu'ils ne s'estiment pas pourvus d'un mandat clair par le Parlement européen dans la mesure où le vote en plénière n'a pas encore eu lieu. Ce sentiment est souvent renforcé par le fait que les députés ne peuvent pas toujours s'exprimer dans leur langue maternelle, étant souvent contraints de s'exprimer en anglais, faute d'interprétation disponible.
- le ras-le-bol de certains députés face à la pression exercée par le Conseil - plus précisément, par les présidences en exercice soucieuses de leur bilan final -, parfois soutenu par la Commission, surtout lorsqu'elle est en fin de mandat, pour obtenir des accords en première lecture.
En conclusion, l'enjeu ici, comme ailleurs, reste de trouver l'équilibre entre la nécessité d'agir vite et celle d'agir bien. Vaste programme, que nous suivrons avec intérêt à travers le devenir de ce paquet énergie - climat.
Photos: ue2008.fr
Publié par floe26 à 22:30:50 dans En direct du Parlement européen | Commentaires (0) | Permaliens
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