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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Combat pour un titre. | 20 janvier 2009

      Au moment où je m'engageais dans l'escalier menant à l'administration de l'école, une main se posa sur mon épaule. En me retournant je découvris le visage de l'intervenant qui, quelques minutes plus tôt, finissait son brillant exposé sur les traitements des supports des panneaux peints.

-         « Tu aurais quelques minutes à me consacrer ? Je voudrais te parler des formations et de ce qui ce passe en ce moment à propos du statut du restaurateur. »

L'entretien qui en suivit ne dura qu'une demi-heure mais il marquera définitivement mon engagement dans la profession. Il m'expliqua, avec beaucoup de conviction, que les étudiants des trois autres formations en conservation-restauration étaient en train de s'organiser en association dans le but de faire front commun au sujet de la future loi musée. Pour l'intérêt de ma formation, mais aussi je crois par affection, il nous incitait à faire de même afin d'obtenir collectivement « un titre protégé ».

De la réunion de ces associations allait naître une fédération[1]. Son nom, à l'image de l'appellation choisie, allait de source. On prendrait le terme de choisi par la plupart des collègues européens mais aussi par la plus haute instance internationale (l'ICOM-CC[2]) : «conservateur- restaurateur». Il ne restait plus qu'à persuader le législateur.

C'était il y a près de vingt ans. Et rien n'a changé.

 Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire l'important dossier que consacre le Journal des Arts dans son numéro de novembre/décembre[3] à propos de la restauration. En page centrale un long article s'interroge sur un métier « en quête de statut » et s'étonne du peu d'avancée d'une « profession qui demeure pourtant la clef de voûte de la sauvegarde du patrimoine ». Parmi les diverses raisons expliquant cet échec, la journaliste n'hésite pas à parler du rejet viscéral du terme par l'administration en affirmant que « l'ostracisme atteint des sommets lorsque l'INP se bat ouvertement contre l'appellation de « conservateur-restaurateur » sous prétexte de nourrir une ambiguïté avec le métier de conservateur ».
 Alors simple problème de dénomination ? Pas si sûr si l'on considère que la défense d'un « titre » sous entend en réalité « titre protégé ». Et qui dit « titre protégé » dit réglementation, c'est-à-dire éventuelles poursuites pour « usage abusif du titre de ... ». Et de cela il semble que les pouvoirs publics français[4] et même l'Europe ne le souhaitent pas. Déjà en 2002 la FFCR avait rencontré M. Bruno Pralat alors en charge de la Délégation aux Professions Libérales (DIPL) afin de réfléchir à cette mise en place[5]. La Fédération avait alors avoué avoir été « singulièrement refroidie » lorsque celui-ci avait « insisté sur le fait que l'Europe ne voyait pas d'un très bon œil la création de nouvelles réglementations, celles-ci étant considérées comme une entrave à la libre concurrence ».
 

Alors que faire ? Dans le combat que nous menons à défendre le patrimoine et sa restauration, il devient urgent de marquer des points. Sous peine de quoi les déréglementations succédant aux coupes budgétaires auront tôt fait de nous mettre tous KO. Alors pourquoi ne pas commencer par changer d'appellation ? La Fédération a initié depuis plusieurs années un travail sur ce sujet. Au-delà de nos points de vue particuliers ou de la simple image que l'on souhaite véhiculer, il est de plus en plus pressant de faire aboutir le dossier du « titre ». Au moins celui-là.

 

Le 18 juillet 1573, Véronèse est obligé de comparaître devant Le Saint-Office. La Sainte Inquisition conteste la manière dont il a traité la représentation de la « Cène » peinte pour les Dominicains de San Giovanni  e Paolo. On lui reproche d'avoir placé le Christ placé au milieu d'une scène de ripaille où évoluent buveurs, noirs et autres nains. Devant les soupçons de scandale et d'impiété, on somme Véronèse de reprendre sa composition afin de retirer les éléments jugés trop profanes. Et bien savez-vous ce qu'il fit ? Il n'en fit rien et ne modifia en rien son sublime tableau. Il changea simplement de titre : le tableau est devenu « Le repas chez Levi ». Et pour sa défense, il ajouta « « Nous autres peintres, nous prenons de ces licences que prennent les poètes et les fous ».

Et bien soyons fous !

 
 

                               Olivier Clerin.

 


[1] A sa création en 1992, la fédération regroupait des associations (dont celles issues des formations) sous l'intitulé Fédération Française des Associations des Conservateurs-Restaurateurs (FFACR) Elle s'est transformée en fédération de membres individuels sous l'intitulé FFCR en 1997.

[2] L'ICOM-CC ( International Council Of Museums, Conservation Committee ou Comité pour la Conservation du Conseil International des Musées) a adopté cette appellation dès 1984.

[3] Le Journal des Arts n°292 – 28 novembre au 11 décembre 2008. Dossier « La restauration en débat » p.17 à 24.

[4] Notons toutefois que deux rapports, celui non publié de Daniel Malingre et celui publique de Christian Kert de 2006, ont appelés à la création d'un titre pour la profession de conservateur-restaurateur.

[5] Voir l'excellent article d'Anne-Elisabeth Rouault « Reconnaissance de la profession : un bilan. – Le Journal de la FFCR n°15 – Décembre 2007 p.17 à 20.

Publié par ACRMP à 19:02:09 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

2009 sera un grand cru!!! | 12 janvier 2009

Ce matin quelqu'un m'a expliqué que 2009 serait un grand cru. En effet, dans ses lointaines terres de Bourgogne les années finissant en 9 sont souvent remarquables et parfois même, comme en 1989, des crus d'exception ... pour le vin bien sûr.

Et bien moi je prédis que dans le Sud Ouest, pour la restauration, 2009 sera aussi un cru d'exception. J'en veux pour preuve ce formidable démarrage de mon activité. En ce 6 janvier je reçois tout d'abord un courriel d'un conservateur m'annonçant la livraison prochaine d'un tableau. Je me dis qu'enfin, je vais pouvoir m'y mettre. Mais c'était sans compter le mauvais temps, car voilà ce qu'il m'écrit : « Bonjour et bonne année,
Comme convenu, le transport du tableau est prévu semaine 2 de ce mois, soit le jeudi 8 janvier avec une arrivée prévue en fin de matinée. Avec une réserve cependant : les chauffeurs de la ville étant aussi commis au sablage (aujourd'hui les routes sont terriblement verglacées), en cas de dégradation du temps, il faudra songer à surseoir. »
Je dois préciser ici que la ville en question est une préfecture et même une capitale régionale et que nous avions déjà sursis à cette livraison dans la mesure où les mêmes chauffeurs étaient réquisitionnés pour un montage d'exposition !!!
Mais le thermomètre n'allait tout de même pas entamer mon moral d'acier. Que nenni.
C'est alors qu'arrivait à l'atelier ma première lettre de commande. Mais quelle lettre !
Elle me confirmait l'acceptation d'un devis réalisé quelques semaines plus tôt en me précisant toutefois que « le poste de comptable de l'Etablissement Public étant actuellement vacant, je ne peux vous adresser un bon de commande en bonne et due forme. Celui-ci sera établi dès l'arrivée du nouvel agent comptable ».
Et ma facture à moi, elle sera traitée quand ? Lorsque le comptable recruté aura mis de l'essence dans sa voiture ?
Alors je vous le dis, 2009 s'annonce vraiment comme un grand cru.
 

LN

Publié par ACRMP à 18:53:26 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Bonne année 2009 ! | 31 décembre 2008

Pour bien commencer l'année et afin de répondre aux sollicitations empressées de mes collègues soucieux de présenter un caractère volontairement optimiste, je vous propose  au moins 5 bonnes raisons de se réjouir pour le patrimoine en 2009.
 1-Les diplômés sortent enfin de leur ghetto.

La politique en faveur des minorités va, on le sait, connaître une forte accélération au cours de l'année qui vient. La mise en place de quotas destinés à aider des couches défavorisées à accéder enfin à des secteurs d'activités jusqu'alors inaccessibles, est une véritable chance pour nous. Car appliquée au patrimoine, cette politique volontariste va très certainement obliger les donneurs d'ordres à sélectionner enfin quelques « diplômés » lors des prochains appels d'offres.

 2-Une baisse des frais de fonctionnement pour les ateliers.

On l'oubli trop souvent mais la baisse d'activité due à la crise (qui je le rappelle aux non initiés, n'a pas commencé pour le patrimoine en 2008 mais en 2003) a des conséquences positives. En effet les coûts de fonctionnement, tels que les primes d'assurance des œuvres ou encore le nombre de tubes de Maimeri commandés, seront fortement revus à la baisse.

 3-Un investissement pour les générations futures !

Plutôt que de continuer à geindre inutilement sur l'abandon général du patrimoine, ne serait-il pas utile, pour bien commencer l'année, de voir enfin la bouteille à moitié pleine ? Car qui dit moins de restauration, dis aussi (et « surtout » serait-on tenté de dire !) moins de bricolage et autre mas cagne. C'est aussi moins de dérestauration à venir, donc des économies ! En poussant un peu loin le bouchon, on peut presque affirmer qu'il s'agit d'un investissement pour les générations futures !

 4-Une année pleine de rencontres nouvelles.

L'effet conjugué de la raréfaction du travail et de la baisse (certes provisoire) du coût des carburants aura aussi son aspect positif. Car c'est avec grand plaisir que les restaurateurs autochtones retrouveront, tout au long de l'année qui vient, leurs collègues parisiens toujours plus présents lors des mises en concurrences. N'oublions jamais qu'il n'y a de richesse que d'hommes (en l'occurrence de femmes).

 5-Un effort pour la planète.

Moins de restauration c'est aussi moins de solvants ! Et moins de solvants, on ne le répétera jamais assez,  c'est aussi un éco-geste citoyen. Mais l'avantage ne s'arrête pas là : réfléchissez aux nombre incalculable de petits cotons hydrophiles épargnés ! Si il fallait encore se convaincre des bienfaits d'une telle situation, pensons aussi au nombre de cartouches de masque ainsi économisées. Et je ne parlerais pas de l'intérêt esthétique de voir enfin les jolis visages des stagiaires de l'atelier débarrassées de leur protection intégrale.

 Alors donc bonne année à tous !
 Olivier Clérin

Publié par ACRMP à 17:16:35 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Restau Presto !!!... | 22 décembre 2008

Faudrait-il en arriver là ????...

Publié par ACRMP à 15:21:02 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Simple bichonnage. | 08 décembre 2008

Longtemps je me suis levé de bonne heure. Surtout pour aller faire des devis. Et ce matin, en posant le pied par terre, encore tout embrumé de sommeil, je sentais que la journée allait être difficile. Non pas à cause de la pluie fine qui ne cessait de tomber depuis maintenant une semaine, mais plutôt à cause du nombre de candidats sélectionnés pour cet appel d'offre : douze ! Rien de moins que douze ateliers pour sept tableaux de petit format. Pour justifier la chose, la pauvre secrétaire que j'avais eue au téléphone m'avait expliqué que le musée ne faisait qu'appliquer la loi, même pour de simples « bichonnages ». Déjà, sur le moment, cela ne m'avait guère consolé. Mais à six heures du matin, en m'habillant dans une atmosphère froide et humide, j'en serais presque arrivé à trouver l'argument pénible.

Le voyage allait être à l'image du temps, désespérément gris et monotone. Je dis cela mais ce n'est pas tout à fait vrai car en arrivant dans la ville en question, nous avons mis plus d'une heure à atteindre le musée. La raison n'était pas seulement imputable aux gigantesques embouteillages mais en grande partie aux talents particuliers de ma copilote. Vu du ciel, je dirais que notre parcours a dû ressembler à une spirale sans fin.

Si je raconte tout cela, c'est pour vous donner une idée de mon humeur en entrant dans la salle mise à disposition par le musée. Je dis salle mais je devrais plutôt parler de pièce tant l'espace était exigu pour le nombre de restaurateurs présents. Dans sa grande générosité, le musée avait consenti à nous fournir quatre tables d'écolier et deux chevalets, le tout installé au beau milieu de réserves surchargées. Devant la cohue générale, certains avaient tenté de se mettre dans le couloir d'accès encore encombré de dizaines de  poêles en fonte d'une précédente exposition.

En saluant l'assistance présente et tout particulièrement deux de mes amis déjà occupés à l'examen des œuvres, j'aurais dû me méfier. J'ai d'abord pensé que leurs sourires m'étaient adressés, tout à la joie de nos retrouvailles. Mais lorsqu'ils me tendirent  le premier tableau, je compris instantanément mon erreur. Le regard pétillant d'amusement, ils observaient ma réaction devant ce qui avait dû être un portrait : la figure du magistrat n'était plus que l'ombre d'elle-même sous les « restaurations » successives. « Bichonnages » avait-ils dit.

Avant que je puisse prononcer le moindre mot, mes amis, sans se départir de leurs sourires,  se saisirent d'un second tableau et le placèrent fièrement sur l'un des chevalets disponibles. Incrédule je regardais l'objet qui semblait tout droit sorti d'un vide grenier et pensais à mes collègues présents qui avaient fait, pour certains d'entre eux, plus de huit cent kilomètres pour voir ça. La seule chose qui me vint à l'esprit c'est la notion de repeint original !

La suite de la journée fut à l'avenant : œuvres rentoilées, coupées, modifiées de format, et même transposées. Devant l'absence de cahier des charges, nous avons bien sûr cherché à rencontrer le conservateur afin de comprendre ce qu'il entendait par « simples bichonnages » et « interventions minimalistes ». En vain. Occupé à des tâches plus importantes, il laissait à son assistante le soin de nous expliquer que nous pouvions proposer les traitements que nous souhaitions. Moi, la seule chose que je souhaitais, c'était partir.

 

Olivier Clérin.

Publié par ACRMP à 18:08:55 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

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