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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

Silence radio. | 24 juin 2008

           Vendredi 13 Juin, 17 h, France culture. L'émission « Du grain à moudre[1] » a décidé de couvrir les débats du colloque « Vive la culture » organisé par le journal Libération[2]. La discussion du jour porte sur le thème « Faut-il supprimer le Ministère de la Culture ? » avec en guest star Madame la Ministre en personne. Pour lui donner le change, Rolland Joffrin a invité M. Jack Ralite,  Sénateur PC de la Seine Saint Denis, « spécialiste » du sujet.

 

            Pendant près d'une heure, tous les sujets brûlants seront abordés. En tête la fameuse RGPP[3]  et la fusion des directions. Puis seront traités, pèle mêle, les baisses de subventions au spectacle vivant, le moral en berne des créateurs, la colère des intermittents et bien sûr la réforme controversée de l'audiovisuel public. Tout ... sauf le patrimoine. Pas un seul acteur présent n'aura même l'idée d'émettre un avis ou poser une question sur le sujet.

 

            La chose n'est pas nouvelle. On peut même dire que c'est l'inverse qui nous aurait étonné tant le nombre d'émissions portant sur la culture ayant éludé les problèmes du patrimoine sont légions. Même lors des précédentes éditions des journées du patrimoine les médias avaient réussi le tour de force à occulter les difficultés générées par l'arrêt brutal de près de 400 chantiers. Mais comment, alors que la situation se dégrade de jour en jour, que les coupes budgétaires se font de plus en plus sentir, comment expliquer ce silence assourdissant ? 

 

            Sans doute faut-il se rendre à l'évidence : pour le Ministère, comme pour les politiques, les médias ou mêmes les acteurs de la culture, nous n'existons pas. Les choses n'existent que si elles sont médiatisées. Or la dégradation des biens culturels, faute d'entretien, n'est pas une information. Encore moins un événement.

Deuxième constat : nous n'appartenons pas au monde culturel. Faute de représentativité professionnelle et d'organisations efficaces, les sujets touchant au patrimoine, à son entretien, à sa conservation et sa restauration n'entrent toujours pas dans le champ pourtant si large de la culture. L'échec de la médiatisation de notre secteur d'activité c'est d'abord notre incapacité chronique à être organisé et solidaire.

Et que dire de la volonté acharnée, pendant des années,  de privilégier les discussions exclusivement  « ministérielles » et plus particulièrement celles ayant trait au monde des musées ? Quels liens avons-nous aujourd'hui avec le monde universitaire, avec les conservateurs, les historiens d'art et même simplement la presse spécialisée ?

 

            Les raisons d'un tel silence radio sont évidemment multiples et ma réflexion n'a pas la prétention d'être exhaustive. Je laisse à chacun le soin de méditer sur les causes réelles ou supposées d'un tel abandon. Mais pour conclure je reprendrais volontiers les propos de deux intervenants[4]qui, en réaction à l'absence de sujet portant sur le  patrimoine dans l'annonce même du colloque, ont  écrit « Que l'on se questionne sur la Culture, cela ne peut que me réjouir. C'est d'ailleurs dans le vent car à Toulouse une consultation sur le même sujet va avoir lieu les 6 et 7 juin... Pourtant l'enthousiasme retombe vite. Comme à l'ordinaire dans bien des médias (et non des moindres justement), la Culture, ce sont « le cinéma, la télévision, le théâtre ou les arts plastiques »... S'il est indéniable que ces domaines participent pleinement de ce que l'on appelle Culture dans la France aujourd'hui, je ne puis que regretter l'absence cruelle du patrimoine. « Patrimoine » sous toutes ses acceptions : patrimoine bâti, objets mobiliers, littérature... bref, tout ce qu'ont réalisé nos prédécesseurs et de quoi, normalement, les créateurs d'aujourd'hui se nourrissent pour mettre au jour leur propre œuvre. [ ].»

 Et le second d'ajouter «  J'invite les futurs participants à ces assises de la culture à réfléchir à ceci : qu'est que la création sans le patrimoine ? Ne serait-ce pas justement le "divertissement", l'impitoyable fossoyeur de la culture ? Bon début de réflexion pour engager le débat non ? » 
 

Olivier Clerin



[1] « Du grain à moudre », émission de Julie Clarini et Brice Couturier, tous les jours du lundi à vendredi de 17 à 18h, France culture.

[2] Forum Libération sur le thème "Vive la culture !", 3 jours de débats, d'expression, d'échanges.
vendredi 13, samedi 14 et dimanche 15 juin 2008 au théâtre Nanterre-Amandiers

[3] RGPP : réforme générale des politiques publiques

[4] Voir le chapitre « réaction » sur l'annonce du colloque dans les pages du site de libération 

Publié par ACRMP à 22:57:51 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

Actions des chercheurs CNRS et universités de Toulouse | 20 juin 2008

On s'oriente vers le démantèlement rapide du CNRS. Le CNRS sera découpé en 6 instituts, dont ne feront pas partie les sciences de la vie (pilotées par l'Inserm, en lien avec l'Inra et le CEA), l'informatique (pilotée conjointement par l'Inria) et les sciences humaines et sociales, dont l'avenir sera fixé fin 2008, au moment de la signature du contrat d'objectifs entre le CNRS et l'Etat. La ministre nommera les directeurs d'instituts, qui géreront les budgets en directoire, sur le principe des appels d'offres. Le budget de chaque institut sera voté indépendamment de celui du CNRS par le parlement. C'est la fin annoncée de la multidisciplinarité, et de l'indépendance de la recherche vis-à-vis du politique et de l'Economie, sur fond de recul de la démocratie !Ces orientations ne sont toutefois qu'un volet de la politique gouvernementale :En ce qui concerne l'emploi, la précarité devient la règle, les suppressions massives de postes, la flexibilisation des fonctionnaires et leur redéploiement sont d'ores et déjà annoncés au travers de la Révision Générale des Politiques Publiques. Instauration d'une rémunération en trois parties : une fixe, une liée à l'emploi ou au métier et une « au mérite », dépendant des objectifs fixés par la hiérarchie. Ensemble, exigeons :Le respect des missions de service public de la recherche et de l'Enseignement supérieur ;La préservation du potentiel scientifique, du rôle des universités et de tous les organismes comme opérateurs publics ;Un CNRS pluridisciplinaire, qui ne soit pas déstructuré en instituts ;Des financements publics par des soutiens de base à un niveau suffisant ;Une politique  de coopération entre organismes et universités ;Une politique de l'emploi répondant aux besoins : remplacer tous les départs ;  5000 créations d'emplois statutaires par an (toutes catégories), résorption de la précarité ;Le respect des statuts, la reconnaissance des qualifications et une meilleure attractivité des carrières.

 

A l'appel de l'intersyndicale recherche/enseignement supérieur et de l'association « Sauvons la Recherche »

Rendez-vous le 19 juin à 8h45devant la délégation du CNRS9h00 : Occupation de la délégation (comme dans plusieurs régions, avec appel au blocage du Conseil d'Administration)12h00 : Rassemblement / Pique-nique - Place du Capitole
 
Les membres de TRACES réunis en Assemblée générale, le 10 juin 2008, tiennent à exprimer leur vive inquiétude et leur profond désaccord au sujet des dispositions annoncées concernant le CNRS. Sous couvert de lisibilité et d'efficacité, son découpage en Instituts dotés d'un directeur nommé par le ministre accentue le contrôle par le pouvoir politique et le dessaisissement de la communauté scientifique sur les orientations en matière de recherche. Ce découpage s'ajoute à la généralisation du financement sur projets à court terme finalisés et à l'augmentation de la proportion de postes précaires. Ces dispositions, en pesant lourdement sur la liberté et la créativité des chercheurs, sont de nature à nuire à la production de connaissances et aux possibilités d'innovations qui en découlent. De plus, cette réforme va de pair avec un nouveau texte sur le Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS), vidant pratiquement son rôle de toute substance. En qualité d'équipe de recherche en SHS, nous nous inquiétons tout particulièrement du sort réservé à ce champ disciplinaire dans les nouvelles dispositions proposées par la direction du CNRS puisque la création initialement prévue d'un Institut national des SHS a été repoussée sine die. Les membres de TRACES demandent au Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu'à la direction du CNRS l'arrêt du démantèlement de la recherche publique.
 Motion votée à l'unanimité (61 votants)
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Face au refus de la ministre d'entendre nos revendications et les propositions que nous avons faites, SLR et plusieurs syndicats appellent au blocage du Conseil d'Administration du CNRS prévu le 19 juin prochain et, sur Toulouse, appellent au blocage de la Délégation régionale du CNRS à partir de 8h45 et à un rassemblement à la place du Capitole à 12h00. Nous demandons notamment que le CNRS puisse disposer de tous les moyens nécessaires à la définition et à la mise en oeuvre de sa politique scientifique et que toutes les disciplines actuellement présentes y soient maintenues.

 

AG, Mardi 17 juin, 12-13h30, Maison de la Recherche, salle D30. Venez nombreux pour discuter avec l'ensemble de vos collègues de la situation alarmante du CNRS et plus généralement de celle de l'ensemble de la recherche et de l'enseignement supérieur en France et pour proposer les meilleures réponses à lui apporter. La Recherche publique en danger !

Publié par ACRMP à 11:11:01 dans * Nos annonces | Commentaires (0) |

La fenêtre ouverte. | 15 juin 2008

            Pour la troisième fois je me penche sur le tableau. Une fois de plus je reste tétanisé devant la petite fenêtre ouverte dans le vernis. Le long du bord gauche, un rectangle de deux centimètres sur à peine un demi centimètre de large laisse apparaître un magnifique bleu outremer. Avant l'essai de nettoyage, le ciel était vert. Plus exactement brun-vert.
            Tous les restaurateurs connaissent ce mélange d'appréhension et d'excitation avant le nettoyage d'une œuvre. On a beau avoir des années de pratique et d'expérience dans le domaine,  la surprise reste toujours possible. Les œuvres d'art ressemblent aux grands vins : on connaît le vigneron, on a déjà goûté à plusieurs reprises les vins du domaine, on a une idée sur la qualité du millésime et du moment propice où il faut l'ouvrir, et pourtant on s'interroge à chaque fois sur ce que l'on va découvrir.
            En réalisant un nouveau et discret test, je pensais à la solitude du restaurateur. Bien entendu le choix des traitements a été établi sur la base d'un examen minutieux des matériaux et des altérations. Bien sûr  la décision finale se prendra en concertation avec le conservateur en charge du traitement. Bien évidement les différentes options seront argumentées et des examens complémentaires pourront être réalisés. Mais là, en ce moment précis, tout en regardant ma main tenir le long  bâtonnet enrobé de coton imbibé de solvant, je réalisais devant ce centimètre carré toute la responsabilité qui est la nôtre.
Certes cette responsabilité n'est pas juridique puisqu'elle repose exclusivement sur les épaules du propriétaire ou du dépositaire légal. Pas plus n'avons-nous d'obligation de résultat mais, rappelons-le, seulement de moyen. Mais pourtant elle doit bien exister cette responsabilité. Car comment expliquer cette goutte de sueur qui glisse lentement le long de mon cou au moment précis où je tente d'ouvrir une seconde fenêtre ?
  Olivier Clérin

Publié par ACRMP à 21:31:03 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (1) |

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Publié par ACRMP à 21:29:11 dans * Association de Conservateurs - Restaurateurs de biens culturels | Commentaires (0) |

Restaurateur-conservateur | 04 juin 2008

Lorsque l'on parle de l'évolution du monde du travail, les mêmes mots reviennent sans cesse : mobilité, adaptabilité, reconversion. Dans la bouche de nos élus et de nos experts, ils expriment la nécessaire transformation à laquelle notre économie est confrontée si elle veut connaître l'avenir radieux d'une société mondialisée et conquérante.

Si l'on tente d'examiner notre profession à la lumière de ces trois vertus, force est de constater que nous répondons parfaitement à la première qualité. Car le restaurateur moderne est mobile. On peut même affirmer qu'il est incroyablement mobile. Continuer à traverser l'hexagone de part en part pour faire des devis gratuits, au prix actuel du gasoil, ce n'est plus une qualité, c'est vraiment du mécénat.
En ce qui concerne l'adaptabilité, l'image est plus contrastée. Si l'on entend par capacité d'adaptation la faculté à pouvoir répondre à des imprévus tels que réaliser un devis sans voir l'objet (parce qu'il est toujours en caisse ou qu'il est accroché à plus de six mètres de haut) alors oui le restaurateur répond au critère. Par contre si l'on attend de lui la capacité à répondre à un ordre de service qui stipule que le travail doit être réalisé pour avant-hier, alors les choses se compliquent. Il perdra d'autant plus cette qualité si, après avoir attendu plusieurs mois le précieux document, il en reçoit plusieurs avec la même date de rendu de chantier.
Pour la reconversion, le problème est plus grave. Car le restaurateur, malgré ses cinq années d'études après le baccalauréat, ne montre guère d'autres compétences que celles pour lesquelles il a été formé. Certes, au cours de son cursus, il a bien fait un peu de physique et de chimie mais il faut reconnaître qu'il n'est pas très fréquent de voir Rhône Poulenc ou l'aérospatiale débaucher à prix d'or nos jeunes talents. A la décharge des restaurateurs, il faut bien dire qu'il n'est pas facile d'adapter la technique pointilliste à la peinture en bâtiment. 
 Toutefois la chose n'est plus impossible. J'en veux pour preuve les propos tenus par Mme Anne BALDASSARI[1], Directrice du musée national Picasso, au cours de l'émission Nonobstant sur France Inter du mercredi 28 mai. Voici quelques morceaux choisis :
 « ... C'est terrible, on travaille tout le temps, c'est éreintant, rien n'est simple, parce ce que c'est un métier qui est passionnant aussi pour cette raison, c'est éreintant, ça va de la recherche à la rédaction des textes. C'est le service public dans tout son état, dans tous ses états ; de la théorie à la peinture des pattes, à ce que l'éclairage soit correct ... il y a 120 personnes et un directeur de musée fait tout. Je vise, je décadre, je ré-encadre, je dépoussière, je peins, je colle, je fais mes maquettes, je bâtis des légendes, je fais des panneaux pédagogiques. Je préfère m'arrêter là parce que votre émission y passerait. C'est un métier complet ! .... J'ouvre des caisses, c'est d'abord un métier physique, les œuvres sont des objets physiques.
Dans le monde des médias, où on est aujourd'hui, on croit que se sont des images, ce ne sont pas des images. Une œuvre, c'est comme une sculpture, c'est un objet en trois dimensions, c'est d'une fragilité immense. Et conserver c'est permettre que cela dure un peu plus. Donc
c'est un métier extrêmement difficile sur le plan matériel, c'est un métier matériel et théorique
.... »
 Si la restauration est toujours votre passion et si vous souhaitez continuer à l'exercer malgré la chute drastique des crédits alors n'hésitez plus ! Devenez conservateur.


PS : J'ai toujours cru que le refus des conservateurs à l'utilisation, par notre profession, de la dénomination « conservateur-restaurateur » était d'éviter la confusion. Je n'avais jamais imaginé qu'il s'agissait peut-être de jalousie...
 

Olivier Clérin


[1] Au terme d'une double formation universitaire en histoire de l'art, esthétique et sciences humaines, titulaire d'un Doctorat, Université Paris VIII. (1982), Anne Baldassari a rejoint le Ministère de la Culture en 1983. Chargée de mission au Fonds d'intervention culturelle (F.I.C), puis à  la Délégation aux arts plastiques (F.I.A.C.R.E), entre 1983-1985, elle est nommée Conservateur au Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou où elle est notamment commissaire des expositions Art et Pub (Paris, 1989, Tokyo et Kobé, 1990) et de Dessins de Henri Matisse (1990).En 1992, Anne Baldassari est nommée au musée national Picasso comme Conservateur du centre de documentation, archives, photographie, bibliothèque.En octobre 2005, elle est nommée à la Direction du musée national Picasso.
 

Publié par ACRMP à 23:00:54 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) |

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