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Comme tout le monde, je suis persuadé de bien faire mon travail. Ou en tout cas de le faire aussi bien, voire parfois légèrement mieux que les autres. Ou que certains autres. Enfin je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire...
J'en étais donc là de ma bonne conscience, lorsque récemment, en rédigeant la réponse à un volumineux appel d'offre (pléonasme me direz-vous), je tombais sur une correction faite sur une proposition de traitement. Un collègue et ami de notre groupement avait ajouté à la rubrique «consolidation ponctuelle des bords de tension lacunaires » ce petit complément «et renforcement du maintien périphérique avec des agrafes inox ». Pourquoi spécifier que les agrafes seraient en inox : évidemment que je n'allais pas écrire « pose d'agrafes rouillées ».
Mais au moment d'appuyer sur la touche « suppr. » de mon clavier, mon geste resta suspendu. Je songeais à mes derniers achats au bricotruc du coin et à mon attitude devant l'immense console des agrafeuses. A bien y repenser, j'avais hésité à prendre une boite d'agrafes inox pour la raison qu'elle coûtait plus du double du prix des agrafes traditionnelles.
Alors pourquoi payer plus cher des matériaux que personne n'irait vérifier ? Non, pourquoi payer plus cher pour une chose que personne n'aurait l'idée même d'aller vérifier ? L'envie de bien faire ? La fameuse conscience professionnelle ? Dans un secteur d'activité où la raréfaction du travail va de pair avec des mises en concurrences de plus en plus brutales, pourquoi continuer à s'interroger sur la qualité des agrafes ? Et des vernis ? Et des matériaux de retouches ? Et ...et la liste est sans fin. La seule réponse qui ne soit pas empreinte d'hypocrisie et de malhonnêteté, c'est que je ne sais pas faire autrement. Mon cerveau a été lentement mais sûrement conditionné par un enseignement nourri de déontologie. Je ne suis pas plus rigoureux ni plus attentionné qu'un autre : simplement mes études et la patience infinie de mes professeurs m'ont appris la prudence indispensable à ce métier. Comme disait le poète, il n'y a pas d'amour mais que des preuves d'amour. L'agrafe inox est une preuve d'amour.
Olivier Clérin.
Publié par ACRMP à 21:41:07 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (0) | Permaliens
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