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ACRMP

Association des Conservateurs-Restaurateurs de Midi-Pyrénées

TOUJOURS PLUS FORT ! | 29 mars 2008

Il y a quelques semaines, un marché public retenait mon attention dans une grande ville landaise. Après avoir vu que la DRAC Midi-Pyrénées lançait à la même période une procédure pour laquelle les offres seraient jugées à 70% sur le prix[1], je trouvais que dans les Landes les choses n'étaient pas si mal, puisque le prix ne rentrait que pour 40 %[2] de la note de jugement. Toutefois quel ne fut pas mon étonnement de constater que 10 % de cette même note seraient attribués en fonction des « performances en matière de protection de l'environnement répondant à l'intégration de l'agenda 21 de la ville » mises en oeuvre par l'entreprise candidate. Je me suis dit alors que l'air du temps devenait bien pesant.

Mais j'étais loin du compte ! Hier, une autre grande ville, bretonne cette fois, me faisait part du lancement d'un MAPA pour la restauration de toiles de grands formats de son musée. Côté jugement des offres, la chose me parut formidable puisque la qualité technique est portée à 70 % de la note de jugement et 30 % pour le prix (on notera au passage que c'est l'exact inverse de l'appel d'offre de la DRAC cité plus haut). Je téléchargeais donc l'ensemble de la lourde paperasse afférente et commençais l'examen du dossier. Et, au premier document ouvert, j'hésitais entre un rire à gorge déployée et des larmes. En effet, il s'agissait d'une attestation sur l'honneur relative à l'éthique. Oui, l'éthique. Mais pas celle de la restauration, celle des achats.  Pour répondre à ce marché, il me faudrait attester  « dans la limite des informations qui me sont accessibles, que les fournitures que je compte utiliser pour réaliser ce marché répondent à des conditions de production socialement responsables et conformes aux conventions internationales reconnues par la France » et ce, après avoir vu les conventions internationales du travail et celles des droits de l'enfant !!! 

Alors, pour vous dire le vrai, je peux toujours, « dans la limite des informations qui me sont accessibles », signer cette attestation. Mais demain que me demandera-t-on ? De certifier sur l'honneur que la résine dammar qui compose le vernis provient bien d'une ferme école de Madagascar ayant reçu le label « Max Havelaar », que les rapports de traitement sont imprimés avec de l'encre BIO, que l'amidon de mes colles n'est pas transgénique, que l'artisan qui fabrique les châssis s'est mobilisé pour la biodiversité et contre la déforestation en Amazonie, que la toile n'ait pas été tissée en Inde par des enfants, que l'industriel auprès duquel j'achète divers adhésifs et solvants (pas BIO du tout) n'ait jamais été, toujours selon les informations qui me sont accessibles, condamné pour harcèlement moral et puis pourquoi pas aussi me demander un certificat de bonnes mœurs agrafé à mes diplômes !

Et bien personnellement, je ne sais toujours pas si je dois rire ou pleurer. 

LN


[1]    Annonce n° 42 publiée le 1-3-2008 dans le BOAMP 044A – Dépt. 31

[2]    Valeur technique de l'offre : 30 % - Compétence, moyens humain et matériel : 20 %

Publié par ACRMP à 19:34:41 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (2) |