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Lettre ouverte aux membres de la fédération.
Je ne suis plus membre de la FFCR. Je l'ai été longtemps, j'ai même fait partie de ses membres fondateurs avant d'appartenir à la commission adhésion/radiation. Mais depuis plusieurs années je n'ai pas renouvelé ma cotisation et n'ai donc aucun droit de regard particulier sur ses activités. Toutefois je me permets d'interpeller mes collègues de la FFCR, membres du CA ou simples adhérents, afin de connaître leur opinion sur un point précis : quand allez-vous réagir ?
N'y voyez aucune ironie ni même provocation. Ma question est sincère, simplement je ne vous comprends pas. La fédération s'est créée dans le but de faire reconnaître notre profession en militant pour un statut juridique particulier. Elle a tout mis en œuvre pour faire admettre à l'échelle européenne une équivalence et une harmonisation des diplômes. Mais après quinze ans d'activité acharnée, quels sont les résultats ? Car si dans un premier temps on ne peut que se réjouir des succès remportés avec la loi musée de 2002, les récentes « initiatives » politiques dans le domaine du patrimoine sont, et c'est le moins qu'on puisse dire, alarmantes. Je ne me lancerai pas ici dans l'éternelle litanie sur la dégradation quotidienne de nos conditions de travail. Vous les connaissez parfaitement et j'image que les récentes informations sur les futurs décrets MH vous alarment autant que moi. Alors qu'attendez-vous ? Que doit-il se passer pour que vous brandissiez l'étendard de la révolte ? Que la situation des jeunes diplômés aille plus mal ? La disparition quasi programmée des services de l'Etat au sein des DRACs en région ? La globalisation des appels d'offres aberrants et une paupérisation générale des ateliers ? Un miracle d'Ecco ?
J'ai de l'estime pour tous ces membres de la FFCR qui consacrent ou ont consacré tant d'heures à l'intérêt collectif. Je me sentirai toujours plus proche d'eux que de tous les éternels « ronchons » prêts à perdre des heures à refaire le monde mais incapables de donner la moindre parcelle de leur temps libre à un engagement associatif. Mais n'est-il pas temps de faire preuve d'un certain regard critique sur nos actions et particulièrement sur la priorité qu'on leur donne ?
Personnellement je ne crois pas que l'on puisse construire sous les bombes. J'entends par là qu'il me paraît illusoire de vouloir traiter des problèmes qualitatifs (comme améliorer les procédures d'appels d'offres) avant d'avoir résolu les problèmes quantitatifs. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : les crédits alloués à la restauration sont arrivés à un tel niveau que tout le reste me semble dérisoire. A titre d'exemple une collègue vient de m'apprendre que 14 restaurateurs (7 pour le support, 7 pour la couche picturale) viennent d'être mis en concurrence sur un panneau à Versailles. Or même si l'on arrive à améliorer les procédures de sélection des candidats, il n'en reste pas moins que 12 d'entre eux seront « légitiment et légalement » écartés.
Je crois que nous devons commencer par dénoncer ce qu'il faut bien nommer un abandon du patrimoine. Il faut « casser » le mur du silence qui cerne ce fragile héritage, mettre sur la place publique les chiffres réels en alertant sans relâche les médias sur notre situation. C'est seulement à ce prix que le politique acceptera de nous entendre et commencera peut-être à chercher des solutions. Car elles existent ces solutions : ici, en Midi-Pyrénées, le Conseil Régional vient de voter un partenariat avec la Drac afin d'adosser ses subventions à ceux de l'Etat (50-50). Certains élus évoquent la possibilité de transférer une partie de la taxe de séjour des touristes à l'entretien des sites visités. Pourquoi la Française des Jeux, ou tout autre organisme agréé, ne distribuerait-elle pas une partie de ses gains pour l'entretien du patrimoine, à l'instar de certains pays européens.
L'état sanitaire de notre profession et par conséquent du patrimoine - est préoccupant. Nous devons, avant tout diagnostic, faire un constat détaillé non seulement des éléments constitutifs mais aussi des altérations. Et si nous voulons éviter que ce dossier ne finisse sur les étagères encombrées de nos décideurs, il faudra se donner les moyens de le mettre sur la place publique. Et soyez en certain, ce constat, pour une fois, personne ne le fera à notre place.
Amicalement
Olivier CLERIN
Ancien membre de la FFCR
Membre aujourd'hui de l'ACRMP
Publié par ACRMP à 13:36:57 dans * Tribunes libres des membres de l'ACRMP | Commentaires (6) | Permaliens
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