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Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Jusque Dans Mon Lit... | 20 mars 2008

(Je vous assure, ceci n'est qu'un cauchemar...)

Je regardais le pauvre crétin qui s'était hissé en haut de l'immeuble ; un type que j'aurais voulu ne pas reconnaître. Malheureusement, c'était bien Clément qui s'agitait là-haut, dans son costume débraillé d'apprenti-banquier débauché au beau milieu de l'après-midi. Il avait attiré l'attention d'un passant de taille respectable, un grand escogriffe que je reconnus soudain en avalant discrètement ma salive ; gloups. Le président...enfin, l'ex-président Chirac en papy souriant et bien entretenu, les mains dans ses poches sombres aux profondeurs telles que le fisc lui-même s'y égarerait sans doute. Mais non, le bras long mais respectueux de la Justice ne lui tapait pas sur l'épaule en ce matin calme et ensoleillé. L'homme d'Etat retiré des affaires clignait de l'œil en observant les oiseaux qui tournaient autour de la tête de Clem'. Clément, qui au cours de sa démonstration stupide jouait l'équilibriste alcoolique : il tournait sur lui-même, et son numéro de funambule ivre le menait vers un grand sac de toile tendu entre quatre piliers de béton. Je le voyais déjà tomber puis rebondir tristement, sous l'œil des témoins qui en avaient vu bien d'autres. Je me détournai donc, plein d'un mépris rageur pour le pétage de câble empesé de cet employé d'un bureau de change sur la Côte-d'Azur ; il n'y avait rien de contestataire là-dedans...

Je heurtai du coup un petit homme venant au cœur d'un groupe compact que je n'avais pas vu s'approcher - ils marchaient trop vite. Il poussa un cri et je tombai, empoigné et cloué au sol par de solides gros bras. Quelle idée avais-je eue aussi d'aller me retourner au moment où précisément, allez savoir comment et pourquoi, Nicolas Sarkozy s'offrait avec ses gardes du corps une petite ballade sur le front de mer ? Pris de pitié sans doute malgré mon allure de lève-tard, il congédia d'un geste les gorilles qui disparurent dans les palmiers tout proches, et m'invita à la terrasse du plus proche hôtel pour discuter un peu. Vous imaginez ma surprise, mais j'acceptai quand même. Là, il me demanda sans ambages pourquoi je l'avais bousculé. Je me voyais mal lui expliquer mes théories sur la colère et la contestation du capitalisme-tyran ; il me fallait trouver autre chose, et je réfléchis profondément. Pendant mon recueillement presque métaphysique, une longue silhouette diaphane s'approcha en ondulant du bassin, de la démarche souple et assurée du guépard éthiopien. La blanche créature passa près de nous, effleurant du bout des doigts mon interlocuteur : «
Que fais-tu avec ce morveux, mon chéri ? Il a l'air d'un clochard, à ta place je ne me compromettrais pas avec lui... » Les mots de l'amazone (que je ne nommerai pas, hein) firent immédiatement effet sur lui ; Nicolas Sarkozy se raidit sur sa chaise, et je vis ses traits se contracter tandis qu'une distance nouvelle tombait, ou plutôt retombait entre nous. J'ouvris la bouche, mais il ne me laissa pas le temps d'en placer une et m'annonça de but en blanc que je m'étais mis en le bousculant dans une foutue situation, vraiment... Je compris que je n'allais pas m'en sortir. Il fallait m'échapper, là, tout de suite, ou sinon j'irais croupir dans un centre de détention quelconque - avant d'être envoyé dare-dare par charter dans le premier pays auquel on pourrait associer ma condition d'apatride ; et je n'avais pas le moins du monde envie de savoir lequel. Je pivotai donc sur ma chaise et, plongeant à travers les buissons décoratifs de la terrasse, je disparus dans la plus proche ruelle.

Depuis je vis terré dans une cave humide et obscure où je suis arrivé tremblant, traqué par toutes les polices de France ; ma retraite sordide est partagée par de sombres hommes politiques en disgrâce ou qu'on croyait morts depuis longtemps. Des silhouettes alourdies qui ressemblent un peu à Balladur ou à Pasqua, ou à d'autres qu'on a cité plus récemment sur les radios et le reste à l'occasion des élections; mais je fais semblant de ne pas les voir et tout va presque bien. Par la grille de caniveau du plafond entre un peu de lumière et coule un peu d'eau. Un complice nous nourrit, mais j'ai peur qu'un appel à dénonciation anonyme ne l'amène à nous vendre au tarif de gros. Alors, avant de disparaître, définitivement étouffé par la censure, je vous envoie ce petit mot sur un bout de journal délavé, plié en forme de petit bateau abandonné dans le caniveau...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 15:08:48 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (2) |

Trois Tueurs... (3ème Partie) | 14 février 2008

[Frank Black - Robert Onion]
III - LE MARIAGE

Les semaines suivantes, nous étions restés sur nos gardes ; mais rien n'était arrivé. Deux assassins sur trois hors de combat, c'était probablement suffisant et le dernier avait sans doute préféré disparaître dans la nature. D'ailleurs, c'est justement la nature qui prit l'avantage dans le classement des préoccupations de tous, avec des pluies torrentielles qui provoquèrent de nombreuses et terribles crues. Ces intempéries ne surent cependant nous détourner complètement de ce qui à ce moment nous occupait à plein temps, à savoir les préparatifs de notre mariage. Depuis longtemps il était prévu pour cette période, et nous n'avions pas jugé nécessaire de le repousser pour une raison qui semblait de plus en plus mince ; surtout sachant la tournure que les choses avaient pris la dernière fois. En bref, nous pensions raisonnablement avoir réglé le problème de façon définitive.

La cérémonie se déroula tout à fait bien ; les objecteurs se turent à jamais, et nous entreprîmes de fêter l'évènement à la mesure de notre bonheur - c'est à dire sans limite. Nous avions pour cela réquisitionné la maison familiale d'amis qui possédaient, aussi, un jardin capable d'accueillir une cinquantaine de personnes joyeuses, des tables garnies de boissons et de la musique sans que des voisins y trouvent à redire... L'arrivée sur les lieux fut un peu perturbée par le fait que le chemin coupait un ruisseau en crue, le passage à gué s'avérant peu différent de l'apnée pour les véhicules les plus bas ; les moteurs noyés et les véhicules embourbés provoquèrent pas mal d'activité et de désordre pendant les préparatifs de la fête. Vers dix-neuf heures pourtant, comme l'obscurité tombait, tout était à peu près rentré dans l'ordre et chacun s'affairait à passer une soirée mémorable et à rencontrer les nombreuses têtes inconnues qui se croisaient ici pour la première fois. Il y avait des gens de toutes générations et de toutes origines, et pour tous les reconnaître il y aurait fort à faire. J'aurais par exemple été bien en peine d'identifier le type souriant, avec une casquette, qui m'offrit une bière vers vingt et une heures tandis que je passais près d'une des tables du buffet... Je la confiai à mon ami Jacques car j'avais un discours à faire ; puis j'interrogeai Mélanie en privé, soucieux de ne pas passer pour un goujat.
« Non, il ne me dit rien », assura-t-elle quand je lui eus sommairement décrit le bonhomme ; cette réponse me laissa perplexe. Diable, je le connaissais pourtant... Soudain, je me sentis blêmir alors qu'elle me fixait avec des yeux inquiets ; je revoyais ce sourire qui n'en était pas un, cette physionomie impassible, ce visage carré... Je l'imaginai rapidement sans casquette, vêtu de noir, dans une situation bien différente...c'était lui ! Le chef des trois meurtriers qui m'avaient attaqué par deux fois ; déguisé, dissimulé parmi les invités et profitant de l'obscurité relative pour passer inaperçu...

Je me souvins brutalement de la bière qu'il m'avait offerte, puis de Jacques.
« Ne bois pas ça ! », criai-je en le retrouvant tout à coup, la bouteille au bord des lèvres. « Tu tombes bien, s'esclaffa mon ami, j'allais oublier que c'était la tienne... » Il hoqueta de surprise en me voyant la vider prestement dans l'herbe, mais je l'entraînai à ma suite à la recherche de l'individu en lui expliquant la situation. Comme il savait ce qui m'était arrivé, il comprit ; et nous passâmes les invités aussitôt en revue. Il ne nous fallut pas longtemps ; l'homme évoluait en marge du groupe et surtout des lumières, et c'est ce qui le trahit. Je poussai un cri en le voyant s'échapper vers le chemin, et partis à sa poursuite en entraînant plusieurs autres convives avec moi. Le tueur avait pris de l'avance, mais pris dans le faisceau des lampes que nous braquions sur lui, il devrait bien s'arrêter au niveau du ruisseau en crue. Tenter de traverser eût été, incontestablement, une folie... Se voyant pris, il hésita pourtant ; puis il revint vers nous à contrecœur.
« Attendez... »
C'était trop tard. Nous étions tous d'accord ; il fut saisi au collet, roué de coup et précipité, inconscient, dans les flots déchaînés. Un instant, il tourbillonna à la surface dans la lumière des lampes électriques, puis disparut définitivement. C'était fini.

Du coup, débordant d'allégresse, nous partîmes en virée dans les environs, chantant à tue-tête ; même Mélanie, un peu ivre, s'était jointe à nous. Il nous fallait expulser la joie, le soulagement de cette libération par un quelconque moyen. Le saccage d'un supermarché voisin nous calma un peu. Errant parmi les rayons ravagés, riant tout seul, couvert de farine et de peinture, je me sentis vaguement béat ; trébuchant sur des boîtes de gâteaux éventrés, je songeai qu'il en fallait peu finalement. Pour faire basculer une vie. Sans raison...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:07:55 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (6) |

Trois Tueurs... (2ème Partie) | 13 février 2008


II - L'AFFRONTEMENT

J'errais dans les rues avec ma promise ; cette ville fantôme où nous nous étions donnés rendez-vous nous appartenait pour un moment, chaque maison était un peu la nôtre et nous glosions sur les raisons qui avaient poussé les gens, à la fermeture de l'usine, à déserter la cité de béton et de briques aux voies pavées à peine usées par les roues des camions et les chaussures des passants. Quelques badauds parce qu'on était dimanche ; à part cela, personne ne venait plus ici ; et je ne pensais plus aux trois types qui m'avaient attaqué sur la route. Je me disais qu'ils s'étaient trompés, qu'ils m'avaient confondu avec un PDG ou un politicien véreux et qu'une fois leur erreur comprise, ils s'effaceraient de ma vie comme un mauvais rêve. Quoi de plus normal ? Tout ne bascule pas comme ça, sans raison... Mélanie pensait comme moi ; voir tout en noir n'était pas dans ses habitudes. Cependant, une légère angoisse persistait, comme un petit nuage de cette journée passée dans le ciel tout bleu du présent. Un soupçon, qui me fit frissonner quand le bruit du vent rappela le vide intense de toute humanité dans cette ville morte et éloignée de tout. Un doute aussi, une superstition qui me fit me retourner pour regarder la rue déserte ; ils étaient là.

Tous les trois ; ils nous regardaient, tranquilles, un brin moqueurs dans leur sourire en coin. L'air amusé du chasseur attendri par la pauvre ruse de sa proie, et qui n'en va pas moins l'abattre une fois lassé de ces enfantillages. Ils avaient sous le bras d'autres armes, plus grandes et plus impressionnantes ; de ces fusils qu'on utilise dans les parcs pour endormir les éléphants ou les bêtes enragées. Le plus jeune épaula quand j'entraînai Mélanie dans une ruelle adjacente, et une capsule équipée d'une aiguille vint se fracasser sur le mur au-dessus de nos têtes. Le jeu que nous jouâmes sur ce terrain tenait autant de la guérilla que du jeu d'échecs ; j'ignorais la raison de leur changement d'arme, mais je tenais pour certain qu'ils voulaient ma mort. Ils me l'avaient dit une fois déjà, et c'était largement suffisant. C'est pourquoi quand j'en eus l'occasion, j'abattis le tueur chauve avec l'arme que son collègue avait laissée sur le plancher de ma voiture, à notre précédente rencontre. Je restai un moment immobile après, en face de son cadavre, un peu remué au fond de moi par ce que je venais de faire ; mais il le fallait. C'était aussi un avertissement : après tout, ils m'avaient attaqué avec de vraies balles la première fois... Je rejoignis mon amie avec le fusil à fléchettes de ma victime.

Le but n'était pas de les tuer un par un ; il fallait faire sortir Mélanie indemne de cet enfer, le reste m'importait peu. Je l'entraînai en courant dans un passage qui, me semblait-il, ramenait au parking ; comme nous allions y parvenir, une silhouette se dressa sur le toit d'une maison vide. Je vis son reflet au dernier moment dans le pare-brise d'une berline, mais quand je me retournai il était trop tard : Mélanie s'effondrait dans mes jambes, deux aiguilles plantées dans le dos de sa robe. J'expédiai rageusement une rafale de fléchettes en direction du tireur, mais il avait déjà disparu... Je portai ensuite Mélanie dans la voiture, et constatai qu'elle respirait normalement ; Dieu merci, les capsules ne contenaient qu'un somnifère. Puis je m'installai au volant et démarrai en trombe. Le dernier tueur apparut devant mon capot quand nous allions sortir du parking ; je ne fis aucun mouvement pour l'éviter. En fait, je baissai la tête et appuyai sur l'accélérateur, les bras tendus dans l'attente du choc. Son corps brisé s'envola par-dessus le pare-brise fracassé, mais je n'avais pas dévié ma trajectoire d'un pouce ; après la découverte du corps de leur collègue ils auraient dû savoir que je ne plaisantais plus.

-A suivre-

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 09:40:41 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (2) |

Trois Tueurs... (1ère Partie) | 11 février 2008


I - L'ANNONCE

Je roulais à vive allure, en ce matin de février, à travers les bois noirs sur la route humide et froide qui serpentait paresseusement comme les méandres d'une rivière sous les cieux gris ; c'était comme un courant qui m'emportait, un bateau que je dirigeais sur un chenal mouvant d'asphalte. Il y avait quelque chose d'irrémédiable dans tout cela, un destin qui s'accomplissait à travers ce trajet maintes fois répété. Prévue aussi la pause que je fis, m'engageant dans un chemin de terre pour m'arrêter au milieu des arbres et me dégourdir un peu les jambes. Cependant, alors que je me retournais pour refermer ma portière, il y eut un choc sur ma nuque, et je perdis connaissance...

Je me réveillai à plat ventre dans la boue et les feuilles mortes ; tournant la tête, je vis ma voiture à une dizaine de mètres sur la gauche. Que m'était-il arrivé ? Certainement pas un voleur, puisque la voiture était toujours là. Je me relevai gauchement ; et en me retournant, je les vis. Ils étaient trois, en face de moi sur le chemin, répartis en arc de cercle. Au centre un individu au visage carré, les cheveux grisonnant et l'air impassible ; à droite, un type plus jeune aux cheveux longs et noirs - comme les vêtements qu'ils portaient tous. Le troisième, sur la gauche, portait des lunettes de soleil et son visage fermé complétait son austérité d'un crâne méticuleusement rasé. Chacun portait une arme, un long pistolet à silencieux avec lequel ils jouaient nonchalamment.

«
Que...que voulez-vous ? dis-je en reculant d'un pas, me heurtant du même coup au tronc d'un chêne qui m'arrêta.
_
Nous sommes ici pour vous tuer, répondit posément le plus âgé des trois, avec un rictus qui pouvait passer pour un sourire.
_
Pourquoi suis-je toujours en vie, alors ? Vous auriez pu...
_Pour nous, vous êtes déjà mort ; nous tenions à vous le faire savoir.
»

Ils se détournèrent ensuite, comme si le moment n'était pas encore venu et qu'ils attendaient quelque chose ; celui de gauche fit quelques pas en direction de la route. Le plus âgé, les bras derrière le dos, regardait ailleurs : quant au troisième, il se dirigea vers ma voiture et s'installa à la place du conducteur. Saisissant l'instant comme une chance, je me baissai et courus dans sa direction tandis qu'un cri éclatait derrière moi. Je trébuchai en y arrivant, et une balle étoila le rétroviseur au-dessus de moi ; puis je sautai par-dessus le capot. L'homme assis à l'intérieur sortit précipitamment, mais je rabattis violemment la portière sur lui et il s'effondra dans un cri perçant. Je démarrai sur les chapeaux de roues ; les pneus patinèrent un instant dans la boue puis la voiture bondit, et je décrivis une courbe pour faire demi-tour et filer vers la route. Au passage, je manquai de renverser l'un des hommes qui se trouvait sur le chemin ; dans mon rétroviseur je les vis debout tous deux, de plus en plus loin derrière. Les bras ballants, ils me regardaient partir ; et je crus lire sur la physionomie du plus vieux le même sourire un peu narquois tandis que je m'enfuyais...

-A suivre-

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 14:45:15 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (4) |

L'Âge De L'Immoralité... | 28 janvier 2008


Je regarde les arbres, à travers le grillage de la cour. Les assauts de l'Hiver les ont durement éprouvés ; mais ils sont toujours là, résistants. Ils renaissent, leur détermination à survivre n'a pas faibli ; de même, j'ai tenu le coup. Je me sens comme ces arbres, la sève coule de nouveau en moi et le Soleil me réchauffe. Bientôt je partirai d'ici ; le grillage électrifié ne m'arrêtera pas, je serai...libre.

Les raisons qui m'ont fait enfermer ici ne tiennent pas la route ; je ne suis pas un monstre. Ils le savent bien, d'ailleurs, et je connais deux personnes au moins qui travaillent à ma libération. Ma réhabilitation, disent-ils... Je m'en moque. Je ne veux pas faire de bruit, pas apparaître dans les journaux, non. Une fois les portes ouvertes, je m'en irai sur la route, simplement, les mains dans les poches et les cheveux soufflés par le vent du Printemps...

"Il faut le libérer, Trevor ; ça ne peut plus durer, ça n'a aucun sens...
_Ce n'est pas ce que tu disais hier matin, répondit Trevor avec autant d'ironie dans les mots que dans la physionomie.
Mlle Cyrille McKenny se tourna vers Buddy (qui la dévisageait, horrifié) et rougit :
_Hem...ne faîtes pas attention à ce qu'il dit.
Trevor Haynes se racla la gorge bruyamment.
_Bien sûr, Buddy ; le fait que Cyrille...euh, Maître McKenny et moi-même passions certaines nuits ensemble n'a évidemment aucune incidence sur cette affaire... Quant à ce pauvre garçon, si vous tenez absolument à le faire sortir, je...hem...en fin de compte, je ne vois rien qui puisse s'opposer à ce que...

J'erre à présent le long du lac gelé sur le chemin de terre que je connais si bien. Le Soleil bas sur l'horizon réverbère sa pâle lumière sur la glace qui craque et qui gémit sous sa chaude caresse ; loin, au milieu du lac, existe une petite zone d'eau libre, comme le jaune au centre d'un oeuf sur le plat, comme le coeur fondant d'une bûche glacée. Ou le coeur d'une Finlandaise amoureuse...
Je n'ai pas attendu qu'ils viennent m'ouvrir la porte ; ce matin, j'ai eu 19 ans et je me suis volatilisé. J'ai franchi le mur électrifié. Des regrets ? Ni avant, ni après. Je laisse là le lac et reprends mon chemin vers le fond des bois de sapins qui à perte de vue s'étendent autour des prairies glacées que la route avec moi traverse. Les poings noués dans les poches de mon court manteau, je n'abandonne derrière moi qu'un nuage aussi régulier qu'éphémère, et les traces de mes pas que personne ne songerait à suivre...

Allongé sur ce vieux canapé, je suis tout simplement bien. Ce petit bout de femme à califourchon sur mon estomac s'amuse ; petit, tout petit bout de femme. Mais au regard et aux traits d'une maturité que ne laisserait jamais supposer son état-civil...
Comment vous décrire cet amour-là ? Fait d'entente et de gestes anodins, d'espoir et d'attente du jour encore lointain de sa concrétisation. Comme une fraternité d'accueil qui aurait mal tourné dans nos esprits que seul l'âge sépare, en attendant que ça n'ait plus d'importance. "
Un jour, on se mariera, c'est sûr...", me dit-elle ; jamais je n'aurai envie de la contredire...
Mais il y a eux. Ses parents, évidemment. Parce qu'ils n'ont pas confiance, parce qu'ils se méfient de moi ; parce qu'ils ne nous écoutent pas. Ni elle, ni moi. Elle ne sent que la crainte, la défiance, moi je sens de l'hostilité. De la haine qui bouillonne. Un meurtre par principe de précaution ; leur esprit me ronge déjà de l'intérieur, j'ai l'impression de sentir le cancer qui me dévore et qui veut sortir, s'exhiber, me narguer. C'est un monstre avec leur tête qui s'insinue en moi quand je dors pour ne pas me laisser le temps. Quand ils m'auront mangé, elle en trouvera un autre ; et moi je caresserai les racines des pissenlits et des coquelicots... Pourquoi ? Pourquoi pas ?

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 11:31:45 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (7) |

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...bin l'écriture ça vous prend du temps ; et ça vous en prend encore, et puis non, ça ne s'arrête jamais...

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