Indochine 1954 - Episode 4. | 12 janvier 2007
Indochine 1954 - Episode 4.
En début d'après-midi, Henri était de nouveau sur l'aile métallique couleur bleu-nuit d'un Bearcat pour sa seconde patrouille de la journée. Bouclant tranquillement les sangles de son parachute, il n'accordait pas un regard à son chef de patrouille qui s'harnachait de même dans l'alvéole d'à côté. Il ne le connaissait pas vraiment, ce jeunot de capitaine Le Glaec, qui débarquait de la métropole. Hasnel, lui, était né ici, en Indochine, alors ça lui faisait tout drôle de survoler son propre pays sous le commandement d'un Breton. Pas un mauvais gars au fond, Le Glaec ; mais aujourd'hui, Henri Hasnel trouvait la situation plutôt incongrue, allez savoir pourquoi. Avait-on idée, franchement...
En vol, il tâcha de bien "coller" au chef ; en tant que nouveau, Le Glaec était sans doute bigrement attentif à ce genre de détail... Mais il n'eut pas à faire le beau bien longtemps, car la zone de patrouille était à moins de trois minutes de vol ; Diable, elle se rapprochait toujours, rampant dans les collines, sous la végétation, comme une inondation. Le premier éclatement de D.C.A. surprenait à chaque fois ; après, c'était la routine, piquer sur la cible désignée par le chef ou par la radio, et balancer ses charges incendiaires. Puis remonter en zig-zag, en espérant ramasser le moins de mitraille possible, voire pas du tout ; ça devenait presque un tour de force, avec la concentration croissante des batteries. Il ne s'agissait plus guère d'habileté, à ce niveau-là , mais tout bêtement de chance. Bang ! Henri sursauta ; ça y était, le premier coup était tiré, le reste allait suivre. Le Glaec se mit à battre des ailes, pas décontenancé pour si peu, et indiquant son objectif, il piqua. Quelques éclatements, plutôt vifs, l'encadrèrent juste avant qu'il ne largue ses bombes. Hasnel l'imita, plongeant gracieusement vers la traînée de feu qui marquait maintenant le sol comme une grande langue démoniaque. Au dernier moment, une pression sur le bouton de larguage, une traction sur le manche, de toutes ses forces, et hop ! songea-t-il, vers le ciel, avec quelques coups dans le palonnier pour que l'avion se dandine un peu, tout fier de dérouter les pointeurs de D.C.A., et s'enfuir lâchement une fois son forfait acccompli. Retrouver Le Glaec et aviser pour la suite... Le chef parut d'avis de rentrer, peu désireux de narguer les obus qui l'encadraient encore, et Henri se dit que c'était une conduite sage. Il rectifia la position dans la formation, histoire de tenir son rang. De la part d'un autre, ça l'aurait bien fait rire ; mais bon, tout bien réfléchi ce n'était pas si idiot que ça de s'en tenir au règlement de temps à autre, ne pas toujours faire le malin...
A peine eut-il pris sa position qu'il se sentit stupide, cependant ; et il eut envie de se frapper la tête contre le tableau de bord. La fierté de respecter le manuel... Si Le Glaec était un gars bien, il s'en ficherait complètement ; au mieux, ils en riraient...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 15:09:15 dans Aventures Scripturales...
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Permaliens
Indochine 1954 - Episode 3. | 10 janvier 2007
Indochine 1954 - Episode 3.
Ces virées en ville, Henri Hasnel les faisait aussi pour se trouver, comme chaque fois, quelqu'un à écouter. C'était plutôt ça, son truc. Ecouter les gens ; il n'avait rien à leur dire, pas de conseils à leur donner. Juste des yeux grands comme ça qui lui donnaient l'air attentif, et puis l'envie de ne pas réfléchir, d'écouter juste des problèmes auxquels il savait ne rien pouvoir changer. Cela lui donnait du détachement, l'impression d'être moins impliqué. Et pas de regrets...
Cette fois-çi, au lieu d'un collègue ivre ou d'un journaliste complètement usé par l'accumulation des horreurs et l'expatriation, ç'avait été l'infirmière. En fait, il la connaissait ; c'est à dire qu'il l'avait déjà croisée quelquefois, à l'infirmerie ou au mess, mais ils n'avaient jamais pris le temps de faire connaissance. Il ne savait même pas son nom ; alors que, pour lui faire honte, elle devait bien savoir comment il s'appelait. Mais, sans doute par délicatesse, elle continua de l'appeler "Lieutenant" tout au long de la soirée... C'est qu'elle en avait, des choses à dire, cette jolie brunette aux yeux vert pâle, et à la peau claire qui supportait mal le soleil. Des choses banales que connaissait n'importe laquelle de ses consoeurs, ce qui coupait court à toute discussion parce que, quand on sort, c'est plutôt pour se changer les idées ; tandis que lui, il ne savait pas, il n'aurait pas l'impression de se voir rattrapé par le travail et la routine du quotidien. De son côté, il savait qu'elle en avait besoin, comme les autres, de cette écoute. Il savait aussi que pour tout le monde, il avait l'air de se sacrifier, mais peu lui importait : même, ça lui plaisait assez d'avoir cette image-là . Et puis surtout, ça paraissait bien lui plaire, à elle. La petite infirmière... Elle, qui lançait des coups d'oeil vers ses deux compagnes de sortie, l'air de leur dire : "Vous voyez ? Y'en a un qui m'écoute..."
Deux ou trois fois, elle avait bien essayé de le faire parler ; et sans doute que d'içi la fin de la soirée elle essaierait encore. Mais il n'avait pas l'intention de céder, sûr de n'avoir rien à dire, et il riait en secouant la tête. "Non... Vous voyez, je ne trouve rien à dire... Mais non... Si, si, je m'intéresse à ... Mais puisque je te le dis !" Et l'échange progressait ainsi, toujours plus avant dans les confidences de la jeune femme et dans les attentions qu'il lui portait. Jusqu'à ce qu'ils quittent la boîte tous les deux, et qu'ils regagnent la base par leurs propres moyens. Là , ils avaient avisé ; à cette heure-çi ils seraient tranquilles, plus personne à l'infirmerie : pas de blessés. En ce moment, il n'y avait que des morts ; mais on ne les mettait pas là ...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 10:21:09 dans Aventures Scripturales...
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Permaliens
Indochine 1954 - Episode 2. | 09 janvier 2007
Indochine 1954 - Episode 2.
Henri Hasnel eut une pensée pour l'équipage du C-47 arrivé le matin, qui grillaient une cigarette pendant le déchargement de leur avion miraculé. Eux étaient passés ; mais il leur restait à accomplir le retour sur Saïgon, tout aussi risqué si ce n'est plus car la fin de la mission approche, la tension se relâche et il devient tentant de baisser sa garde. Parfois aussi, les nerfs flanchent, on meurt en temps de guerre pour des raisons toutes bêtes ; on oublie de sortir le train d'atterrissage, on oublie de contrôler son altitude avant une manoeuvre...
Comme il arrivait près des baraquements, il croisa un petit groupe de personnes ; parmi eux, la jolie infirmière avec qui il avait passé la soirée d'hier. Il ne réussit pas à lui renvoyer le léger sourire qu'elle lui adressa ; pas le temps, pas vraiment revenu, pas encore décompressé. Il fallait auparavant passer l'épreuve du débriefing. Son équipier et son chef de patrouille étaient déjà dans la salle lorsqu'il entra ; il se joignit au groupe, pour répondre aux questions pressantes du Commandant et de l'officier de Renseignement, pointer sur la carte la position approximative des nouvelles batteries anti-aériennes disposées par l'ennemi. Il y en avait une, deux, trois, quatre à chaque sortie ; toujours quelque chose à dire, à changer.
La veille, il s'était octroyé une virée en ville avec ses camarades de l'escadrille ; un club où les aviateurs étaient reçus comme des demi-dieux, du moins se plaisaient-ils à le croire pour la plupart. Beaucoup préféraient ne pas se demander si le sourire des serveurs asiatiques disparaissait lorsqu'ils avaient le dos tourné, si les informations qu'ils lâchaient sur le bar tombaient dans l'oreille intéressée de personnes intéressantes pour les gens du contre-espionnage. Henri, lui, ne se sentait jamais très à l'aise ; alors il choisissait de se taire et de ne pas boire au-delà de certaines limites. Une sorte de soupçon perpétuel, qui le faisait passer pour un névropathe, taciturne et renfermé. Passer toujours pour celui qui va craquer, se tirer une balle, se faire sauter le caisson. Lui au moins, songeait-il avec une ironie féroce, ne ferait pas d'éclat, pas de scandale à la sortie...
Mais il venait quand même, parce qu'il n'aimait pas boire seul. Planquer une bouteille dans son paquetage, la descendre seul dans sa chambrée, pour lui c'était un peu comme inviter le Diable à trinquer, se donner rendez-vous en Enfer la prochaine fois... Et ça, à savoir définir son Destin et tracer sa route, un itinéraire définitif, quel qu'il soit, ce n'était pas du tout son truc.
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 15:25:56 dans Aventures Scripturales...
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Permaliens
Indochine 1954 - Episode 1. | 05 janvier 2007
Indochine 1954 - Episode 1.
Henri Hasnel déboucla les ceintures de son harnais, lentement, avec circonspection ; puis il se laissa aller contre son siège, et fixa le ciel un moment. Un ciel où il venait d'accomplir la première patrouille du matin... Un soupir lui échappa ; puis il s'extirpa du cockpit de son Bearcat et bondit, ou plutôt se laissa tomber, sur le sol, soulevant un petit nuage de poussière.
Traînant les pieds pour se rendre aux baraquements d'escadrille où l'attendait un fastidieux débriefing, il observa un petit groupe de soldats qui déchargeaient le C-47 de ravitaillement arrivé pendant son absence, et porteur du ravitaillement en matériel et en munitions. Cette scène se faisait de plus en plus rare ; et de nombreux pilotes s'arrêtaient pour la regarder avec nostalgie. Les pièces détachées manquaient, et de moins en moins d'appareils demeuraient en état de vol ; on en venait à cannibaliser les épaves et les avions qui auraient nécessité de trop longues réparations... Henri n'aurait pas su dire si le Gouvernement se désintéressait d'eux ou si, simplement, la situation se déteriorait à ce point sur le terrain. Dix jours plus tôt, le précédent bimoteur de ravitaillement avait été abattu par la D.C.A. Viet-Minh ; Hasnel se trouvait dans le local radio quand c'était arrivé. Il y avait eu d'abord un message affolé, au travers duquel on pouvait entendre les éclatements d'obus de 20 mm ; on avait presque pu deviner le tintements des éclats fouettant la carlingue. Trente secondes après, nouvelle communication où l'on distinguait la terreur dans l'intonation des malheureux qui énuméraient leurs avaries ; et cela s'était poursuivi, ils avaient continué à émettre par intermittence pendant cinq longues minutes avant que le silence se fasse sur le canal. Malgré la distance, Henri aurait juré avoir distinctement entendu au loin, étouffé, le bruit sourd du crash. Il avait ensuite croisé le regard de l'opérateur, qui avait encore le casque sur les oreilles, et tour à tour celui de toutes les personnes qui se trouvaient dans la pièce, sept ou huit au total. Tous avaient la même expression, le même regard, tous avaient aussi cru entendre... Puis chacun s'était secoué, avait repris le travail. On attendrait le prochain créneau de ravitaillement...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 16:42:52 dans Aventures Scripturales...
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Permaliens
Lili Pixy Tangerine | 04 janvier 2007
5. Tangerine (Rêve)
Lili Pixy errait dans un monde étrange, où jamais elle n'était allée encore. Dans une obscurité à l'épaisseur de velours, elle décrivait des cercles pour ne pas s'égarer ; mais lorsqu'elle comprit qu'il n'y avait aucun point de repère, si ce n'est un lourd battement rythmé et sonore qu'elle ressentait jusque dans ses os, de la même manière où qu'elle soit, elle lâcha sa rambarde mentale pour s'en aller tout droit vers l'inconnu. Ainsi avait-elle toujours avancé, en fait ; le reste ne l'avait jamais menée à rien. Mais elle était dans un rêve, et elle n'y pensait pas.
La progression se faisait pour Lili Pixy de plus en plus riche et surprenante ; elle écartait d'immenses lianes qui parfois semblaient vivantes et d'autres fois inertes, ayant le don d'être toujours différentes de ce qu'elle avait prévu. D'énormes fleurs aussi se présentaient, qu'elle contournait avec précautions ; elles étaient reliées entre elles par un réseau abracadabrant de canaux remplis d'une eau sombre qui dégageait fraîcheur et odeurs inconnues. Elle prit facilement l'habitude de sauter par-dessus à petits bonds élégants, parce que si elle n'osait pas ils se mettaient à s'élargir au point qu'elle devait changer de chemin. Bientôt au sourd battement se joignirent d'autres sons plus légers, comme des bambous qui s'entrechoquent, sur un rythme un peu différent. Puis ce furent des cris d'animaux aux tonalités bizarres et qu'elle ne connaissait pas ; ils donnaient l'impression de se répondre, à intervalles réguliers cette fois-ci. Lili sourit en essayant, mais sans succès, de décrypter leur message...
Au bout d'un temps qu'elle ne sut définir, elle s'aperçut que les éléments de cet étrange univers devenaient vaguement lumineux ; finalement, elle commença à distinguer une sorte de halo autour de toutes choses, la couleur ambiante variant selon la nature de l'objet. Elle-même était environnée d'un petit nuage résultant apparemment de toutes les teintes qu'elle avait croisées jusqu'ici ; et comme elle découvrait de nouvelles plantes et de nouveaux éléments de ce monde honirique, Lili Pixy remarqua que son propre halo de lumière s'enrichissait de nouvelles couleurs. En même temps l'univers sonore s'étoffait au fur et à mesure qu'elle marchait ; cela formait en fin de compte une véritable symphonie qui paraissait dicter ses humeurs à la jeune femme. Quand le tempo s'accélérait elle sentait l'angoisse monter irrésistiblement, tandis que chacune de ses découvertes se ponctuait de silences et de notes claires surgies de nulle part.
Alors elle distingua les animaux qui peuplaient cet étrange univers ; déjà elle s'attendait à leur présence, par leurs cris qui peuplaient la musique et par d'autres indices indéfinissables. Elle pensa d'abord qu'ils n'éméttaient aucune lumière ; mais en s'accroupissant tout à coup pour les observer, elle put constater qu'à ses pieds la lueur était aveuglante, mais que de là -haut elle ne pouvait pas le voir. Elle avança la main, et comme par magie les créatures s'écartèrent, expliquant pourquoi Lili n'en avait pas encore senti sous ses pas. Heureusement, songea-t-elle avec soulagement, tant pour elle que pour ces pauvres petites bêtes. Pour les voir, et pour garder l'éblouissement de ce niveau si coloré, elle continua de progresser à quatre pattes. Des marées de bestioles rapides et indistinctes ondulaient entre ses genoux et ses mains sans jamais la toucher. Au dessus de sa tête sifflaient à présent d'autres objets qui passaient à une vitesse incongrue et vertigineuse ; et elle se félicita d'avoir choisi d'évoluer plus bas, surtout quand l'un d'eux faillit la heurter comme elle levait le nez un instant. Pendant une fraction de seconde, elle avait eu le temps de voir cette chose, avant de l'éviter promptement ; cela ressemblait à une sorte de petit spectre, une tache lumineuse qui filait à vive allure, à première vue aussi peu dense qu'un nuage mais au vu de l'air déplacé Lili conclut qu'il valait mieux éviter d'entrer en collision avec ces petits concentrés d'énergie.
Elle se déplaçait avec prudence, à cause des éléments de plus en plus nombreux qui l'entouraient. En l'air, les lianes s'étaient faites multiples, courant dans toutes les directions en créant un réseau de plus en plus serré dans lequel elle n'aurait pas voulu rester prisonnière. Le seul espace laissé libre était celui qu'elle explorait ; haut d'un mètre à peu près, il allait cependant en s'abaissant, lentement mais régulièrement. Il arriva un stade où Lili Pixy dut se résoudre à ramper à plat ventre pour pouvoir continuer sa route. Cela lui répugnait au début, à cause des bestioles qui grouillaient partout sous elle ; mais elle s'aperçut que lorsqu'elle descendait près du sol, qui au passage était fait d'une matière noire, lisse et dure comme de la pierre mais pas trop froide, les multiples créatures lui laissaient la place. Elle se décida donc à s'allonger pour poursuivre ainsi...
A partir de là , elle remarqua une sorte d'uniformité du "paysage" autour d'elle ; à peu près toujours autant de grosses fleurs posées régulièrement, un plafond qui ne descendait plus, des canaux ne dépassant pas deux ou trois centimètres de largeur... Ce fut ainsi pendant un long moment encore, et ne paraissait pas sur le point de changer. La seule chose qui commençait à l'inquiéter était que les bestioles se rapprochaient d'elle ; peut-être qu'elles s'habituaient, ou peut-être s'enhardissaient-elles. En tout cas elle le remarqua ; et bientôt elle put presque les toucher. Elles n'avaient pas l'air menaçantes, et Lili voulut s'arrêter pour les détailler ; mais elle fut alors confrontée à un étrange phénomène.
Les trente premières secondes, tout se passa bien ; puis elle ressentit un léger engourdissement. Cela semblait naturel, et elle ne s'en inquiéta pas outre mesure. Puis elle eut un premier frisson ; et un autre, et un autre encore. Elle eut soudain l'impression nette que quelque chose se produisait : c'était comme si une espèce de vague de froid la gagnait lentement. Pas un froid agressif qui vous brûle la peau, non ; mais quelque chose de diffus et d'anesthésiant qui remontait du sol à travers les vaisseaux et les veines, vers l'intérieur. Cela gagnait peu à peu ; et Lili Pixy eut tout à coup l'intuition que si elle laissait ce sentiment remonter jusqu'au tréfond d'elle-même, jusqu'au coeur de son être, il serait trop tard ; c'en serait fini de sa courte existence, elle serait absorbée par cette chose froide et insidieuse. Elle se souvint que chacun de ses frissons avait un instant repoussé le froid, comme les ondes à la surface de l'eau lorsqu'on y jette un caillou ; désespérément, elle serra les dents et tâcha de faire un mouvement. Aussitôt, le froid s'évanouit ; curieuse, elle s'immobilisa de nouveau, et le froid revint. Elle s'en débarrassa de la même façon. Ainsi, il suffisait qu'elle bouge... Cela irait tant qu'elle ne serait pas fatiguée ; mais bizarrement, elle ne l'était pas, et elle reprit sa lente progression.
Peu à peu, les petits animaux se mirent à la frôler, puis à passer par-dessus son bras, puis par-dessus son dos ; mais ils n'étaient pas froids, ils n'étaient pas désagréables au toucher et ils se déplaçaient avec aisance, ce qui fait qu'elle n'en ressentait aucun dégoût. Finalement, comme ils ne se laissaient pas écraser sous elle et qu'ils ne donnaient pas l'impression de vouloir s'amonceler sur son corps, Lili Pixy décida de ne pas se faire de souçi à leur sujet.
Elle avançait toujours tout droit ; ensuite elle eut l'idée de décrire de vastes sinusoïdes en conservant la même direction générale. Puis elle voulut corser le jeu en faisant onduler son corps comme un serpent, et s'amusa à adopter pour ses mouvements le rythme sinueux de la musique qui l'environnait toujours, dans une ambiance douce et feutrée. L'effet fut saisissant, prenant, captivant, elle sentait comme une évolution de son être ; la lumière qui émanait d'elle était à présent presque blanche et elle avait le sentiment de devenir comme les petites bestioles qui évoluaient autour d'elle, sur elle. Et ces dernières semblaient le ressentir également, l'adopter comme une des leurs dans la grande harmonie de leur mouvement ondulant... Soudain, comme en réponse à un signal, toutes parurent vouloir grimper en même temps sur son dos ; Lili Pixy sentit leur poids augmenter, augmenter... Et tout à coup, sans qu'elle ait eu le temps d'avoir peur, le sol s'ouvrit sous elle et l'engloutit... C'est alors qu'elle s'éveilla.Gatrasz.
(...oui, parce que Lili Pixy, elle rêve, aussi... :)
Publié par Gatrasz à 10:43:40 dans Aventures Scripturales...
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