Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Le Triomphe Du Roi Des Mers... | 04 octobre 2008


Il s'en allait, fendant l'eau sombre de son étrave puissante et large de cuirassé ; devant lui tout ce qui passait naviguant semblait une coquille de noix. Il en avait coulé bon nombre déjà depuis le début des hostilités, et son arrivée dans ces parages : sa réputation d'invincible n'était plus à faire. C'est ainsi que son apparition soudaine, surgissant des brumes du matin comme du plus profond des légendes, avait semé la panique dans le convoi. Les éclaireurs tournaient en rond, déroutés ; quant aux retardataires, ils accouraient à toute vapeur pour recouvrer la protection du groupe. Se faire surprendre dans ce secteur par un pareil monstre des flots eût signifié immanquablement leur fin... A présent, dédaignant son but premier, le convoi s'était scindé en deux groupes qui, affolés, tournaient en rond autour du gigantesque assaillant, prenant prudemment soin se tenir hors de portée des défenses puissantes - sans être pour autant très rassurés sur leur avenir. Un tel ennemi pouvait réserver de dangereuses surprises ; s'il virait brutalement de bord, il ferait assurément un sort aux plus téméraires de la flottille - ou aux plus lents... Quant aux raisons de leur présence ici, et l'objectif immensément stratégique sur lequel ils convergeaient, espérant être les premiers sur la place, bien sûr, il n'y fallait plus penser. Tranquillement, la masse sombre et imposante de ce monstre préhistorique, que certains parmi les plus facétieux surnommaient Nessie par bravade en raison de sa suggestive silhouette, traçait dans les vagues sa route à la fois débonnaire et terrible, soulevant des remous d'une taille inimaginable. Rien n'aurait pu l'arrêter dans son impitoyable course, seul comptait le but, l'objectif qu'il s'était fixé. Qui s'interposerait entre lui et sa proie serait immédiatement et infailliblement condamné...

Aussi, lorsque la flottille des canards chargea,
Nessie, le grand cygne noir qui régnait sur ce bras mort de la rivière, n'eût-il qu'à tourner sauvagement la tête en poussant un cri rauque : aussitôt les petits palmipèdes s'éparpillèrent, et Nessie triompha dans les éclatantes lueurs de l'aube... Parvenu enfin aux abords de l'objectif tant convoité, il lança en avant sa fine tête au bec rouge : du petit morceau de pain qui flottait, il ne fit qu'une bouchée.

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 16:40:56 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (0) |

Elixir Des Passions (3 et fin) | 13 mai 2008

III. LE CONTRACTUEL

En ville, Mickaël me fit stopper près d'un petit bar sur le port ; j'entrai, toujours sous sa discrète menace. Un groupe de lycéennes babillait autour d'une petite table à gauche tandis que sur la droite le zinc se prolongeait jusqu'à une autre issue. J'y marchai tout droit, l'arme de Mickaël dans mon dos. Nous passâmes devant un barman énigmatique qui nous suivit des yeux un moment tout en essuyant des verres, et un poivrot qui ne nous accorda qu'un coup d'œil. « Comment peuvent-ils ne pas voir que je simule la bonne humeur ? » pensais-je désespérément ; mais ces pavillons de détresse imaginaires restèrent évidemment lettre morte. Cela ne me surprenait finalement pas tellement. De nos jours, personne ne se préoccupe plus de ce que font ses concitoyens ; tout est normal, on ne se met pas en mesure de recevoir les signaux d'alerte qui pullulent à présent dans la Société Silencieuse qui étouffe... Mes réflexions philosophiques au doux parfum de redescente furent interrompues par l'apparition d'un sigle étrange, peint sur un tableau à la sortie opposée du bar ; une évocation hédoniste que soulignait à présent la vue d'une pelouse fraîche et fleurie où s'ébattaient nombre de silhouettes, majoritairement en couple. « Pas de tabou », apparemment, « dans ce lieu de liberté très privé » ; comme l'affirmait l'affiche, on était là dans une bulle, et je me demandai ce qui arriverait si je décidais d'appeler à l'aide. Mais, bizarrement, je sentis la curiosité m'envahir, en même temps qu'un sentiment difficile à identifier ; c'est pourquoi je ne dis rien lorsque mon ami m'envoya rouler, sans violence, dans un moelleux massif de pâquerettes.

«
Excuse-moi, murmura-t-il en s'agenouillant sur mon dos ; je n'ai pas pu faire autrement. Je ne voyais pas comment t'amener ici...
_Mais pourquoi... ?
_Je...je t'aime, tu sais...
»

Je tressaillis et me retournai ; mon regard en coin croisa son œil triste, et mon cœur fut submergé soudain par une vague d'émotion. Ainsi... Je me laissai retomber dans l'herbe humide et odorante, songeur. Devant mes yeux je découvris l'arme que mon ami avait pointée dans mon dos dans cette aventure : c'était un fragment d'épée antique... Rien en vérité ne me prédisposait ni ne m'obligeait à accepter ce que Mickaël s'apprêtait à me faire ; pourtant je sentis ma volonté défaillir, et je m'apprêtai à devenir d'ici quelques minutes parfaitement consentant, couché sous le poids de ce troublant ami qui, maintenant...

«
Monsieur ! Monsieur ! »

Je me redressai, ne sachant si j'allai en fin de compte, bénir ou maudire cette interruption. Le poivrot de tout à l'heure s'approchait rapidement, accompagné d'un contractuel.

«
On me signale, m'annonça ce dernier en désignant le buveur, que vous êtes en infraction de stationnement ; veuillez me suivre, s'il vous plaît, pour régulariser votre situation ».

Je le suivis, laissant mon pauvre Mickaël agenouillé dans l'herbe ; au passage le poivrot me glissa à l'oreille : «
J'ai fait ce que j'ai pu, Monsieur ; vous aviez réellement l'air d'avoir besoin d'aide, vous savez... »

J'opinai du chef, incapable de répondre. Mon opinion sur le Monde se révolutionnait tout à coup. Tout cet Amour... Etait-ce un rêve ? Les rires moqueurs des lycéennes qui batifolaient dans leur box ne m'atteignirent même pas ; d'un seul coup bien placé j'étendis le contractuel. Dans ma main, encore, le pichet à moitié plein que j'avais conservé depuis le début, sans doute. Et Mickaël qui m'attendait, tout seul, là-bas... Tellement d'Amour, en vérité...

FIN

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 16:03:52 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (0) |

Elixir Des Passions... (2) | 29 avril 2008

II. L'AMI

Debout sur le sol dallé, je regardais la petite table de pierre avec un intérêt passionné, tâchant de deviner quel pouvait avoir été son usage ; l'entrée de la salle avait été dégagée ce matin par les bulldozers, et les ouvriers du chantier du golf nous avaient aussitôt téléphoné. Nous, archéologues départementaux, notre boulot consistait à expertiser toute forme de vestige mis au jour et à organiser si nécessaire des fouilles préventives pour pousser le sujet un peu plus loin et juger de l'importance d'un site, voire pour extraire le matériel et reconstruire ailleurs ce qui aurait été découvert sur le parcours d'une autoroute ou d'un gazoduc. Dans ce cas précis, je ne savais pas trop quel château (au vu des dimensions de la pièce et des murs) avait pu occuper la zone, ni à quelle période le situer. Mais il se dégageait quelque chose d'imposant de ces pierres oubliées, quelque chose de profond qui ne demandait qu'à communiquer. Je sentais comme des ombres qui tournaient autour de moi, cherchant l'instant propice pour entrer dans ma tête et me révéler le secret de ces vestiges d'un autre âge. Leur tourbillon m'entraînait vers le centre, vers cette petite table de pierre où se dressaient deux espèces de pichets de verre qui m'intriguaient beaucoup. Ils m'attiraient, ils m'appelaient, sans m'en rendre compte je m'approchais d'eux pas à pas, les mains tendues et les yeux écarquillés ; et tandis que leur image se gravait dans ma mémoire rétinienne, j'eus soudain l'impression qu'ils étaient pleins. Remplis d'un liquide ambré dont le niveau se précisait peu à peu, comme à travers un brouillard ; je perçus même un léger parfum lorsque, toujours sous l'effet de ces étranges souvenirs extérieurs, je fus à même de toucher le bord de l'un des récipients translucides. Il était tiède. Je me saisis de la poignée pour le porter à mes lèvres ; le contenu en était à température idéale, ambiante. Le goût en était à la fois connu et impossible à identifier, il coulait comme du petit lait jusque dans mon gosier surpris, et j'en aurais bu sans réfléchir une rasade consistante si une main ne m'avait rudement pris par l'épaule.

Je me retournais sur Mickaël, mon collègue de travail ; mais je sentis quelque chose derrière moi, et il me dit de ne pas bouger.
« Qu'est-ce qui te prend ?
_Ne dis rien, et avance »
J'obtempérai, un peu secoué par mon retour à la réalité ; les brumes mémorielles se dissipaient douloureusement comme l'alcool se dissout dans l'organisme, laissant derrière elles une légère gueule de bois.

En attendant, mon ami me poussait dehors en pointant une arme dans mon dos ; je me gardai bien de lui désobéir en posant trop de questions, et me contentai de marcher dans la direction qu'il m'indiquait. Dans la voiture cependant, je tentai à nouveau de savoir ce qui lui prenait ; il me fit taire sèchement, me forçant à regarder la route
...

-A suivre-
Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 14:34:56 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (1) |

Elixir Des Passions... (1) | 09 avril 2008

I. LE NAIN

Le Nain Fandrün monta l'escalier de pierre d'un pas lourd. Dans la vaste alcôve où les flammes du feu qui couvait éclairaient de reflets fauves les pierres de la voûte , sa femme Bronnin se tenait devant l'énorme chaudron, les poings sur les hanches :

"Que viens-tu faire ici, Fandrün ? L'accès de ce lieu t'est interdit.
_J'en suis le gardien
, grogna-t-il dans sa barbe.
_Alors tu ne le sais que mieux. Déguerpis ; en ces lieux c'est moi qui commande, et même à toi, Fandrün, je refuserai ce que tu réclames. N'insiste pas."

Le vieux Nain grommela dans sa barbe, et ses doigts se crispèrent sur la poignée de son épée large et courte ; il n'eût toléré cet affront de personne, seule la vision de sa femme au lieu d'une quelconque servante retenait son bras. Fandrün avait été un guerrier redoutable devant lequel fuyait l'ennemi ; mais il défendait à présent l'accès aux caves où l'on fabriquait l'élixir secret dont le Royaume tenait sa force, au cœur du gigantesque château royal. Cette relégation dans les profondeurs froides et sombres eût pu lui plaire s'il n'y avait eu l'ennui et la solitude. Plus d'armées sous ses ordres, plus de combattants à occire ; et Fandrün ruminait en buvant sa dose d'élixir réglementaire, qu'il additionnait de celle de sa femme et de ce qu'il gagnait au jeu contre les gardes de son escouade. Toute honte bue, il déclinait ; et son épée légendaire frappait de moins en moins juste à l'entraînement. Pour cette raison, et parce que les quantités étaient soigneusement comptées, sa femme lui refusait le supplément qu'il lui réclamait souvent. Il ne riait plus maintenant, il ne faisait même plus semblant ; et son regard se fit cette fois haineux, tuant au cœur de Bronnin de nouvelles illusions d'amour qui passèrent à l'instant au rang des souvenirs.

Fandrün se détourna rageusement, puis descendit quelques marches de l'escalier qui descendait dans la grande salle où restaient, vides, les deux pichets réputés contenir la vraie source éternelle d'élixir et qui pour lui s'étaient depuis longtemps taris. Leur vue, du haut des marches, exaspéra sa colère et il sortit son épée complètement du fourreau ; il la fit tournoyer dans l'air sous le regard médusé de sa femme, puis elle quitta ses doigts pour traverser la salle dans un sifflement. Les yeux agrandis par l'horreur, Bronnin, Fandrün et les gardes en faction virent la lame légendaire atterrir à plat dans un fracas terrible sur la table de pierre et rebondir, brisée, entre les pichets de verre intacts et comme impassibles. Le vieux Nain émit un cri plaintif, si bas que seule sa femme l'entendit s'échapper tandis que le corps de Fandrün s'affalait sans vie et sans un bruit sur les degrés de pierre. Avec la fin de cette lame illustre qui seule gardait encore ce qu'il avait été de robuste et glorieux, il avait rendu l'âme
...

-A suivre-
Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 19:59:52 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (0) |

L'Extraction Du Poilu Octobre... | 26 février 2008


C'était en novembre 1917 ; en France, dans les tranchées noires et boueuses du gigantesque champ de bataille national survolé par les quelques corbeaux que les gaz de combat n'avaient pas encore étouffés. Cramponné à son fusil hors d'usage et la baïonnette plantée dans l'eau sale au fond de son trou d'obus, le vieux sergent Félicien Octobre attendait la fin de l'attaque avec une balle dans l'épaule gauche et une petite larme à l'œil droit. Tous ses hommes blessés ou tués dans la charge tragique qui l'avait mené là, à cinquante mètres des lignes dans une zone pilonnée par l'artillerie allemande...

«
Pourquoi, songeait-il entre ses dents cassées, pourquoi sont-y tous tués, mes hommes ? Z'ont-y perdu un troufion, les Boches ? Non, pas un, Sainte Mère !
Il y eut au-dessus de lui un éclatement, très bas, qui interrompit un moment ses pensées. Puis une voix s'éleva derrière lui :
_
Ne crains rien, Félicien Octobre. Tes questions trouveront aujourd'hui une réponse.
Recroquevillé dans la glaise, Félicien se retourna d'un bloc, pointant son fusil tordu vers une haute silhouette blanche vêtue d'une aube comme les communiants et coiffée d'un casque de bronze resplendissant mais - pensa Félicien - dépareillé.
_
Qui...qui êtes-vous ? bredouilla-t-il entre les poils de sa moustache boueuse.
_
Je suis l'Ange de la Mort, et j'ai entendu ton appel. La cause de la mort de tes hommes ? Tu la connais ; pour vous autres, l'artillerie ne fait pas de cadeaux...
_Il n'y a pas de raison plus...haute ?!

L'esprit de Félicien menaçait fort de s'égarer ; aussi l'Ange s'empressa-t-il d'ajouter :
_
Bien sûr, oui ; Dieu les a rappelés à lui, si tu préfères. Ils avaient fait leur temps, ils étaient marqués du sceau du Destin. Mais...nous avons d'autres projets pour toi, Félicien Octobre. Suis-moi.»

Subjugué, le poilu rejoignit l'Ange qui lui donna la main ; il ne remarqua pas le sourire rusé du messager divin qui refermait ses doigts comme une griffe sur la main du pauvre homme. Ensemble ils coururent vers les lignes sans peur, et là, l'impossible se produisit : un
Miracle. Un obus tomba précisément dans le trou qu'ils franchissaient d'un bond, et ils disparurent ; Dieu sait pourtant que deux projectiles ne tombent jamais, jamais au même endroit...

Depuis, tandis que ses camarades reposent paisiblement dans les limbes, le vieux Félicien Octobre, maintenant sans âge, entraîne pour le combat des légions d'Anges qu'on dit invincibles. Il en voit, et il en voit passer, de ces têtes blondes au regard arrogant ; et parfois il se demande, le pauvre, s'il n'est pas un peu passé à l'ennemi. En attendant que l'Eternité passe, il songe à l'heure de la retraite. Mais il sait bien, ce brave homme, qu'elle ne viendra jamais...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 14:49:53 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (8) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| >>

Et sinon...


...je vous rappelle que je suis aussi l'auteur de quelques petites chansons (francophones) pour : ce groupe ; elles y sont ou elles y sont pas, vous verrez :)...

Licence

Creative Commons License

Le contenu de ce blog est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

Navi [Gat'] Heur...

PLEURE PAS CAILLOU, JE T' AIME (MES 24 ANS AUSSI...)

Gatrasz@gmail.com(Mail / MSN)



Espèce de petit primitif urbain, qui traîne la nuit son désespoir dans vos parkings souterrains...

Mes autres pages :

A Polar Experience...
Infernales Autoroutes...



"If you're happy with nothing you'll be so very happy with me" - Ben Harper


La Twal' de mon Rhézo...

Some Cosmic [Candy] Talking...

Depuis le 07-09-2006 :
291831 visiteurs
Depuis le début du mois :
12611 visiteurs
Billets :
323 billets

Décembre

DiLuMaMeJeVeSa
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Fotto Xposiçions...

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03