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Carnets de Gatrasz...

Primitif urbain [ tendance 'parfois désespéré' ] '' Stone Dead Tripper '' Scimmia...

Mon [Libertin] Sur La Commode... | 24 septembre 2007


     Depuis que cette aimable gazette me fait l'honneur d'assurer la publication de mes articles (comme celui-ci ou celui-là), je me suis laissé dire que bien des maris considéraient d'un oeil suspicieux leur bourgeoise, en parcourant la description (souvent licencieuse) des charmants paysages féminins qu'en d'autres heures mes doigts ont découvert. Certains croient y reconnaître celle qui dans leur dos pianote innocemment sur les touches de son clavecin, la bouche en coeur et le rouge aux joues (parce que c'est la mode à la Cour) ; et d'aucuns me soupçonnent d'avoir puisé dans leur lit matière à mes chroniques libertines... Ils se trompent. Oui, je l'affirme, je n'écris jamais une ligne ailleurs qu'à mon bureau...

C'est un meuble tout à fait spécial, que j'ai fait faire par un vieil artisan pour qui la géométrie et l'anatomie n'avaient plus aucun secret. Non content d'être la solidité même, le bureau ainsi conçu présente l'exquise faculté d'embrasser parfaitement les formes de la Muse qui à l'instant propice viendra s'y asseoir pour m'offrir...son inspiration. Jugez plutôt si elle se présentait :

J'aurais bien envie d'écrire sur elle quelques lignes ; elle rougirait en reculant devant mes premiers assauts. Je la séduirais d'un regard brûlant et la coucherais doucement sur le papier, sur le bureau si vous préférez. J'écarterais ses doutes et ses jupons d'un geste caressant, du bout des doigts ; elle s'ouvrirait comme un livre, écartant dans un soupir ses pages blanches au galbe parfait entre lesquelles se perdrait mon regard. Me penchant sur elle, j'attendrais frémissant, grisé par le parfum de sa nouveauté, que sa bouche effleure mon oreille et, dans un souffle, me commande sans plus tarder de tremper ma plume dans l'encrier. Au moment crucial, nos âmes se rejoindraient ; elle se cambrerait, son dos et ses épaules épousant parfaitement les formes faites pour les recevoir, sur ce fameux bureau de bois verni...

Pour quelles raisons irais-je après ça compromettre l'honneur de mes lectrices au Saint des Saints du domicile conjugal ? Les belles Marquises (qui se reconnaîtront) savent où me retrouver, elles connaissent l'adresse ; pour toute âme qui aimerait m'inspirer, on peut me voir tout simplement chez moi, au 49979 de la Rue Blogg...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:58:15 dans Aventures Scripturales... | Commentaires (8) |

Mésaventure d'[Un Homme Pressé] (Suite et fin)... | 21 septembre 2007


     Justine et Pierre eurent du mal à empêcher le garçon de parler boulot ; pour eux, tout à coup, cela ne signifiait plus grand-chose, mais le jeune représentant était plein d'enthousiasme et d'ambition... Cela finit par lasser le couple. Ils se remirent à parler entre eux, à faire des projets pour les jours à venir. Le jeune homme s'était longtemps montré perplexe sur la décision de Pierre, et avait même dit en riant que le Temps le rattrapperait un jour ; mais l'ex-cadre ne voulait pas en entendre parler. Il parut comprendre enfin, et se tut. Bientôt, il se leva en s'excusant de monter dans sa chambre ; pour aller prendre quelque chose, dit-il. Ils acquiescèrent poliment sans comprendre, et n'y pensèrent plus...

Avant de s'endormir pourtant, Pierre se surprit à repenser à l'inconnu rencontré dans la salle commune ; il avait un sentiment bizarre, une impression qui le mettait mal à l'aise. Il se dit que c'était sans doute parce qu'il se reconnaissait un peu trop en lui, qu'il s'identifiait à lui plus qu'il n'aurait fallu ; et il fit son possible pour chasser l'importun de son esprit...

Au réveil, il se sentit heureux comme jamais il ne l'avait été. Il était libre ; plus de congrès, plus jamais. Juste la vie, le
Temps ; juste Justine et lui. Justine... Elle dormait près de lui, paisible ; le soleil du petit matin jouait avec ses cheveux qui, pour l'occasion, prenaient des reflets argentés...
Il laissa de nouveau son regard errer dans la pièce ; soudain, il tressaillit. Une hallucination, forcément : l'espace d'une seconde, il avait cru voir passer dans la chambre le jeune homme de la veille, avec à la main une mallette qui ressemblait fort à la SIENNE. Celle qu'il avait à ses débuts. L'autre l'avait regardé, et lui avait dit avec un petit sourire : "
...ça y est, j'ai ce que j'étais venu reprendre...merci...". Dans son visage pourtant, il y avait quelque chose de changé ; c'était comme s'il avait été tout à coup...plus vieux. Les traits plus marqués, mais les mêmes yeux moqueurs.

Pierre se passa la main sur la figure, interloqué ; il avait rêvé, c'était certain. D'ailleurs, il n'y avait personne dans la pièce, sinon lui et sa femme qui dormait toujours. Vaguement inquiet, il se leva et se dirigea vers la salle de bains ; il se sentait un peu faible. Une fois la porte ouverte, il s'approcha du lavabo ; et là, passant devant la glace...il VIT. Il SE vit ; et la terreur s'empara de lui. Il s'était couché quinquagénaire, et il se réveillait avec la tête d'un vieillard ! Quatre vingt-dix ans, au moins... Non, ce n'était pas possible ; pas déjà ! Il se précipita dans la chambre pour réveiller Justine. Justine... Adorable petite grand-mère, au visage fripé comme une vieille pomme. Une vraie nature morte. Pierre poussa un cri de désespoir ; la phrase de l'Autre lui revenait aux oreilles. "
...j'ai ce que j'étais venu reprendre..." Il comprenait enfin ; ce que le jeune homme lui avait pris, c'était...le Temps. Ces années de vie qu'il avait voulu Ã©pargner pour Justine et pour lui, comme un placement sur leur vie à venir... Pierre sentit qu'il défaillait, il suffoquait ; en s'écroulant, il voulut hurler. C'était insupportable, tout ce Temps rêvé l'espace d'une soirée, et qui lui avait été repris...
 
Et maintenant, il était trop tard. 

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 10:54:58 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (5) |

Mésaventure d'[Un Homme Pressé] (Première partie)... | 20 septembre 2007


     Le brouillard se levait lentement sur la lande ; ou plutôt il semblait s'écarter Ã  la manière d'un rideau lourd, épais, de chaque côté de la route humide et noire qui traçait son chemin tout droit vers l'horizon bas. Reliant ailleurs et nulle-part, elle se découvrait comme une sinistre scène de théâtre, entre deux clôtures de barbelés qui pleuraient à grosses gouttes la pluie de la nuit. La famille de perdreaux qui s'ébattait sur le bitume n'avait pas l'air de saisir le tragique de cette aube grise et pluvieuse ; quelque chose couvait. C'était peut-être un orage, ou bien alors un coup de fusil, qui sait...

Ce fut moins spectaculaire ; à peine un ronflement, une vibration sur la route et la Renault 25 passa au milieu d'un nuage de plumes. Pierre, 52 ans, cadre dans une grande entreprise de vente par correspondance, filait vers un énième congrès ; sa femme Justine, qui avait tant insisté pour l'accompagner, se cachait les yeux en poussant des cris dégoûtés. Il donna un coup de freins, mais trop tard ; cela suffit tout de même à lui faire ravaler le sentiment de culpabilité qui montait dans sa gorge. A cette heure, ce sont des choses qui arrivent... A cette heure, et à cette vitesse car, tout comme leur vie, la ballade était chronométrée. Le paysage défilait vite, très vite
"ma carrière est en jeu / j'suis une comète humaine universelle" et Justine voyait à peine les animaux qui ne passaient pas sous la voiture. Elle se contentait de regarder au loin...

L'humidité se condensait sur les vitres de la Renault 25 ; avec le chauffage au maximum, Pierre réfléchissait en s'affaissant sur le volant. Tous ces congrès, ces paysages lointains qu'on ne touchait jamais du doigt, il en souffrait de plus en plus ; la frustration le tenaillait tous les jours. Aussi, au soir, quand ils s'arrêtèrent dans ce petit hôtel isolé, Pierre eut-il subitement l'envie de tout laisser tomber. L'argent, il en avait à revendre ; le
Temps, c'est tout ce qu'il lui restait à prendre, et il en avait assez d'attendre.

Il l'annonça à son épouse au cours du repas, entre les frites et l'entrecôte cuite à point ; le visage de Justine s'éclaira, comme il s'y attendait. Combien de fois, en vingt-et-un ans de mariage, avait-elle pu rêver en silence qu'il se décide enfin ? Il l'ignorait, mais cela devait faire beaucoup ; son épouse lui semblait plus grande tout à coup, plus sereine. Plus belle...

C'est au moment du café que le jeune homme vint leur parler. Comme s'il recherchait de la compagnie ; Pierre s'en émut. Il avait commencé comme démarcheur pour sa société, et il se reconnaissait un peu dans ce petit représentant, ce blondinet à lunettes. Même style, même confiance en lui et en l'avenir...
 
A suivre...
 
P.S. : (...petit clin d'oeil à Noir Dez' pour la citation...) 

Gatrasz.

 

Publié par Gatrasz à 11:52:03 dans Rêves (Sur)Saturés... | Commentaires (4) |

Effacement [Do Not Press]... | 18 septembre 2007


Non, je ne suis pas transparent ; quand je regarde mes mains, je les vois. Elles sont pâles, parfois un peu translucides aux jointures des doigts mais juste assez pour voir la lumière au travers. Avec l'hiver, elles se déshabillent de leur peau d'été qui s'écaille, se rompt aux craquelures et s'envole comme la poussière de ce morceau de vie révolu. Elles reprennent la couleur de la lumière, je crois que je suis un caméléon solaire ; me voilà tout imprégné de photons, je deviens médium, j'ai envie de transmettre autour de moi les rayons que je reçois comme un miroir amplificateur...

Mais les gens défilent et s'écoulent comme une marée qui m'évite, comme un courant autour d'un rocher ; c'est un flot continu de silhouettes en accéléré, migrateurs pendulaires qui ne cessent jamais de courir le relais. Un jour j'ai essayé de plonger ma main dans ce flux mais j'ai failli la perdre, heurté de plein fouet par une navette. Il m'a fallu des jours pour retrouver la sensibilité dans mes doigts... Ils sont tous invisibles, ils ne réfléchissent plus la lumière mais l'aspirent comme des tourbillons, des trous noirs qui dévorent toute énergie passant à leur portée.
Des vampires. Des créatures de l'ombre qui ne savent plus photo-synthétiser, des fantômes dont le spectre s'éteint quand ils ne consomment pas quelqu'un... Ils deviennent invisibles et fonctionnent au radar, sortes de chiroptères grégaires qui s'éclairent/se brûlent au laser et aux ultraviolets à défaut du Soleil qu'ils ne savent plus trouver. Percez les murs, ouvrez les toits ; je voudrais que mes cris soient des ultrasons qui fassent sauter leurs serres, qu'ils retrouvent un peu de chaleur, d'air, et le goût frais de l'atmosphère. Que les volets claquent sur leur transe de somnambules, et qu'ils s'éveillent de leur cauchemar à grande vitesse. Qu'ils ouvrent un peu leurs yeux, quoi...

Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 16:32:19 dans La Camisole... | Commentaires (3) |

Anthracophobie [Exotique]... | 17 septembre 2007

--> Un peu de musique ? C'est par ici...

Elle n'a plus d'âge, non, plus de raison
Les souverains de Manille ont bu dans son giron
Grisés aux baisers lourds de son parfum brûlant
Leurs concubines éparses à portée de tourments...
Nébuleuse horreur dont on ne se détache
Elle rampera devant toi, sur moi
Te fera connaître l'ailleurs et mon imperfection
Ses arcanes enroulées sur ta crédulité
Elle s'incruste en toi, te marque, te possède
De sa langue de feu les mots sont vérités
Son pouvoir de nuisance, potentiel de jouissance
Est un monde qui te caresse et s'infiltre en moi
Jusqu'à ce que tu l'acceptes.
Détruis ton âme et sacrifie mon corps
Aux plaisirs nerveux de ton cerveau perverti
Par ses attentions viscérales et muettes
Elle est puissante et gorgée de mes vices
De la semence noire de tes usines
Et je ne saurai jamais la détruire...
Puisse-tu la vaincre, il sera toujours trop tard
Ta faiblesse nous a déjà vaincu
Le souffle frais de tes enfants serait ta rédemption
Mais tu ne demanderas qu'une chose
Eteindre en sa poitrine ta vie terne et cendreuse...
Tu es trop lâche, humain, consume-toi
Ton avenir n'est pas meilleur.


Gatrasz.

Publié par Gatrasz à 11:34:31 dans Filth and Creations... | Commentaires (11) |

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