Les Griffes De La Chose Sombre... | 20 novembre 2008
(La scène se déroule fin XIXème en Louisiane ; une trentaine de gentlemen se réunissent dans la maison d'un riche planteur de tabac pour un congrès. Tous sont de gros fumeurs, sauf le narrateur, venu pour accompagner un vieil ami. Survient une créature aux velléités bien particulières...)
[...]
nous étions tous dans la maison, et le vent soufflait en tempête ; son sifflement ondulait comme un serpent, s'enroulant autour de la vieille demeure coloniale pour l'écraser dans ses anneaux. L'atmosphère devenait étouffante et la fumée du foyer mourant s'entassait sous les poutres noires du plafond. Dehors rôdait la Chose Sombre, dans une obscurité qui semblait faite pour elle, humide, épaisse. Toxique. Les fumeurs étaient ses proies de prédilection... Ce dont il s'agissait, personne n'aurait su le dire : les restes de ses victimes, odieusement déchiquetés, disaient sa férocité mais en rien son allure. On eût dit qu'elle vous prenait de l'intérieur, voilà tout ce qu'on avait pu déduire. Votre corps se disloquait ; des blessures suintait un épais goudron - horrible résidu organique à l'aspect profondément malsain...
Quelques uns avaient tenté de fuir, une heure plus tôt. L'ouragan, soudain déchaîné, avait étouffé leurs cris. Pourtant, lors d'une accalmie, j'avais cru percevoir quelque chose : un frôlement contre la porte, un murmure. J'avais ouvert le battant, qu'une rafale avait presque aussitôt rabattue, quasiment arrachée. Quant au malheureux qui se tenait devant... Les genoux et les coudes déboîtés, il s'agitait désespérément dans une pantomime grotesque, avec des spasmes ponctués de cris rauques. Sa figure de souffrance s'imprima à jamais dans nos esprits ; il était perdu. Les plus vifs d'entre nous rabattirent la porte, l'assujettirent avec des madriers. J'eus le temps de voir, cependant, une ombre encore plus noire l'englober totalement, un nuage l'envelopper de ténèbres et le croquer, de milliers de petites dents sauvages... Il parut se rompre, se disperser, et disparut à jamais.
[...]
A présent nous allions aussi devoir sortir, nous aussi : la maison craquait, pliait, menaçait de s'effondrer pour nous ensevelir sous une masse de décombres à l'échelle de son ancienne splendeur. Il y avait ceux qui voulaient demeurer malgré tout, terrifiés ; et ceux, dont j'étais, qui pensaient fuir dans la forêt, s'abriter sous les arbres centenaires que même la tempête n'avait pu jusque là déraciner. La porte enfin ouverte, je plongeai le premier dans l'obscurité. Je rampai le long d'une haie ; on me suivait. Je m'arrêtai soudain : devant moi, une fosse à peu près de la taille d'une tombe et, dedans, une jambe. Dans le même état que précédemment décrit, déchirée, rongée, fondue. Je hurlai : la Chose Sombre était toujours là ! Je vis la terreur gagner mes compagnons tandis qu'un affreux soupçon me prenait aux entrailles... Je voulus me retourner mais n'en eus pas le temps. La Chose Sombre me saisit, m'emporta : mes vêtements, imprégnés d'odeur de tabac blond, craquaient, mes chaussures, mon gilet ; la peau me brûlait aux articulations... Dans un grand cri de terreur et d'agonie, je m'envolai, tâchant de me replier, de retenir mes jambes et mes bras contre la force monstrueuse qui les empoignait. Je devins un point de l'espace, ma conscience s'étrécit, et je finis par perdre connaissance.
Quand je me réveillai, j'étais sur un lit d'hôpital ; bras et jambes immobilisés, mais cependant - à mon grand soulagement - intacts. J'étais faible ; mais je devais me remettre rapidement. De mes amis, nulle trace ; du moins, me dit-on, rien d'identifiable. J'étais le seul survivant...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 19:52:46 dans Rêves (Sur)Saturés...
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Permaliens
Le Miracle Olfactif... | 18 novembre 2008
Ce matin (c'est à dire vers 15h)
, comme quasiment tous les jours, j'ai pris le métro. Vous me direz, c'est une manie, je ne parle que de ça - c'est vrai
. Mais plus c'est noir et profond, plus ça m'inspire. On ne se refait pas... Donc, j'attendais la rame, tout frétillant
parce qu'il faisait froid; j'avais pris soin de prendre des écouteurs larges, en mousse, pour protéger mes oreilles. Enfin, les portes s'ouvrirent, et je me faufilai comme un gardon
dans la rame où il faisait bien chaud. Je remarquai soudain les tronches de mérou
des autres voyageurs urbains, migrateurs
pendulaires comme moi ; je veux dire, ce n'étaient pas forcément des thons
, mais ils se tenaient touts crispés, avec des yeux de merlans
frits, comme s'ils étaient constipés...ou tâchaient de toutes leurs forces de ne penser à rien. Je réactivai mes sens pour comprendre ce qui leur arrivait ; c'est alors que le Miracle
m'apparut.
Un Miracle
comme on en voit peu - un seul type les faisait comme ça, il y a bien deux mille ans. Un miracle... Tenez, je vous explique : c'était un Miracle Olfactif
. Il suffisait de songer à quelque chose, à quelqu'un : aussitôt son odeur
vous entourait. Celle d'une rose, ou bien le doux parfum
de l'être aimé... En ce qui me concerne, mes pensées me prirent à la gorge : j'étais en train d'écouter « Catfish Blues » - ceux qui savent de quoi ça parle comprendront
- et je peux vous dire que les gens s'en sont aperçus ! C'était un peu comme si j'assistais en direct à la multiplication des pains...euh, des poissons
sur les rives du lac de Tibériade. Une odeur de marée
à vous soulever le coeur. Un moment, j'ai cru que tout le monde allait vomir ; puis j'ai compris : il suffisait de penser à autre chose ! Comme j'écoutais la version de Jimi Hendrix de ce vieux blues génial, j'en vins tout naturellement à l'imaginer sur scène, en plein Flower Power
. De quoi assainir un peu l'atmosphère... Je rêvais, je rêvais ; je bondis soudain quand il voulut faire flamber sa guitare ; ouf ! A peine craquait-il l'allumette que j'instaurai le black-out. Une légère odeur soufrée
...c'est tout. Exit les relents
de gratte carbonisée ! Un type à lunettes d'écaille,devant moi, m'adressa un sourire reconnaissant - mélomane, le monsieur...
Sur le quai de la station des Carmes, je pus de nouveau respirer
. Pfff... Me remettant de mon apnée
forcée, dernière solution en fin de compte, je me confiai aux bons soins des escalators. J'aurais pu me féliciter d'avoir évité, dans ma playlist du jour, des choses aussi déplacées que « Chop Suey! », « This is the New Shit », l'intégrale du groupe Odeurs ou encore « Smells Like Teen Spirit » - on ne sait jamais
; mais non. Je me disais juste : « Mon Dieu, les
Miracles Olfactifs - c'est donc pour ça que les passagers du métro font toujours la tronche !
» ...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 11:57:21 dans Psychedelic Breakfast...
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Permaliens
[Van Nuys] Blood Station... | 12 novembre 2008
J'aurais dû me douter, ce matin là, que quelque chose n'allait pas. Je m'étais réveillé comme si j'avais dormi deux heures, la tête dans le brouillard et les idées charbonneuses - c'est souvent comme ça en Hiver, je cherche le soleil mais il n'est pas là pour cautériser mes engelures. Des bleus à l'âme, comme si je m'étais fait tabasser pendant mon sommeil, les yeux bouffis et les cheveux ébouriffés, j'avalai un copieux petit-déjeuner, indifférent à la nausée qui m'envahissait déjà. Ma tendre moitié m'ayant envoyé bosser, je traversai le pont comme une âme en peine ; je me demandais si les canards n'essayaient pas de se noyer dans la vase. Le jour paraissait propice. Devant la station de métro, je dus faire un détour : on avait brûlé là une voiture ou un bus, et le goudron avait fondu... Baladeur vissé aux oreilles, abruti Black Metal, j'attends le métro, adossé aux murs carrelés et sales. Des vagues de musique, le sifflement de la rame qui arrive, les portes qui s'ouvrent...moi qui bascule. Le mur s'efface et m'avale, je m'enfonce sans bruit dans les ténèbres.
A mon réveil, couché par terre, tout a changé ; les néons brillent d'une lueur rougeâtre, les hauts murs ornés de décorations médiévales disparaissent presque sous d'épaisses membranes brunes, visqueuses. La sortie ? Un tube transparent, glissant, comme une artère vidée de son sang... Station des Empaleurs
, annoncent une inscription gravée en caractères gothiques. La rame est toujours là, mais ce n'est plus la même. Une cage étrange et rouge, un sol éponge et une carcasse osseuse en guise de carlingue. J'ai peur, mais c'est toujours mieux que le boyau glissant. Soudain, sans un bruit, le métro s'ébranle... Le conduit obscur où il nous emporte semble tapissé de chair, capitonné d'os et de tendons à vif, les rails sont huilés par on ne sait quelle substance. Une lumière ambrée, qui s'enfle ; la station St Jean des Aurès
puis St Cyprien-Tyrannie
. Une autre encore... Je descends.
Ici, c'est autre chose : j'ai l'impression d'être à l'intérieur d'une gigantesque cage thoracique. Au plafond, les côtes monumentales forment les arcs d'une voûte immense. Les parois suintent de lymphe et de sang qui s'écoulent dans des rigoles, le long des murs, se déversant dans une bouche sombre aux relents insupportables. Un couloir, un escalier rudimentaire aux marches humides, élastiques. Plus je monte, plus il fait sombre et plus l'angoisse me noue l'estomac. Soudain, je m'arrête. Quelque chose m'oppresse, je suis tendu, je sens venir la panique...et puis un coup formidable, en pleine poitrine. Je m'envole, suffoqué, je dévale et je glisse vers la salle, tout en bas, dans un sifflement apocalyptique. Je ne peux plus m'arrêter, la paroi court vers moi et semble se durcir...
Nouveau choc, et je me réveille. Je suis allongé dans la boue ; autour de moi, des arbres dégarnis, des feuilles mortes. Derrière, les portes vitrées de la station Mirail
, comme si le métro m'avait jeté là, éjecté, corps étranger parvenu à destination. Je me lève, piteusement, et m'achemine vers la salle de cours en me prenant la tête à deux mains. Non, décidément, ça ne va plus. C'est de plus en plus souvent, maintenant...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 13:46:49 dans SchizoFrenesy...
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Permaliens
Je Suis Un Danseur... | 10 novembre 2008
Je n'ai jamais été un manuel ; en intellectuel j'ai de sérieuses lacunes. Logique pour moi ne veut rien dire qui ait l'air cohérent, je ne vis que pour l'inutile complexité des choses. J'ai une passion pour la digression ; je suis perfectionniste et brouillon. J'aime le désordre parce qu'il stimule ma créativité, pousse à chercher sans cesse de nouvelles solutions à des problèmes qui, en fin de compte, n'en sont pas. Pour trouver du travail, j'ai eu une idée qui me résume bien : prendre un secteur bouché, et tâcher de trouver une originalité en prenant tout à rebours. A l'instinct. La bizarrerie, c'est mon fonds de commerce. La multiplicité, ma seule sauvegarde et mon seul avantage. Me représenter les problèmes sous tous les angles possibles et imaginables, choisir ensuite mon préféré - le plus scabreux. Comme dans les (mauvais
) romans d'aventures et d'enquêtes, je suppose que j'en ai trop lu petit. J'oscille entre blanc et noir ; je suis en équilibre instable, je titube. Je danse...
Gatrasz.
Publié par Gatrasz à 14:12:16 dans Ombres DePression...
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Permaliens
Co-Men(ta)teurs