Samedi, je reçois et je suis déjà dans tous mes états, pour des tas de raisons toutes plus raisonnables les unes que les autres.
Bon, j'avoue que j'appréhende de recevoir des gens d'ici, les gens d'où je viens ne font pas de chichi. La dernière fois qu'ils vinrent, mon modeste dîner, visiblement pas assez carné pour certains de mes hôtes, prit des allures whartoniennes à mon plus grand désarroi. Deux de mes invités avaient décidés d'ajouter au menu la maîtresse de maison, histoire d'arranger le repas à leur sauce. Chacune de leur bouchée fut l'occasion de jouer de la fourchette et du couteau, tout y passa. Ils critiquèrent en croquant voracement ma décoration inachevée, ma jupe décidément trop longue, mon gâteau raté, c'était vrai mais fait avec tellement d'amour ; mes bouches d'aération, ô misère, non nettoyées, je les avaient oubliées ces vilaines pendant mes quatre heures de récurage ; mon langage si disgracieux, j'avais osé, ô scandale, dire « chiant » et « chieurs », c'est si laid dans la bouche d'une femme, une vraie dame ne doit au grand jamais dire de si vilains mots,... Autant vous dire, qu'ils m'ont patiemment déchiquetée à l'aide de couperets fournis par la maison...
N'ayant aucune vocation pour jouer les agneaux sacrificiels ou les dindons, je ne les ai pas encore réinvités.
Certes, là j'invite trois de mes amies qui sont charmantes et ne font pas de façon. Mais deux d'entre elles sont accompagnés de leur « cher et tendre » que je ne connais pas... Les princes charmants sont parfois si compliqués avec leur brushing, leurs capes bien repassées, leurs chemises à col tralala et leurs palais si délicats... Espérons que ces deux-là au moins ne sont pas des ogres déguisés, amateurs à l'occasion de chair fraîche... Autant vous dire que j'ai prévu, j'ai pris de la viande bien saignante, de la bière et du vin pour essayer de les amadouer.
En plus, ces jeunes femmes ne se connaissent pas, et par hasard des disponibilités de chacun, j'aurai Miss excentrique et Miss posée et réfléchie la même soirée. Alors, j'ai acheté de la glace à la framboise, on ne sait jamais en cas d'échauffement des esprits.
Tout va bien. Ce n'est qu'un repas.
Il faut juste que la mayonnaise prenne... La mayonnaise c'est comme la mousse au chocolat, c'est une question de température... Et moi, mon thermomètre interne en ce moment oscille sans arrêt... Satanés perturbations atmosphériques !
Enfin, bref samedi je reçois et je contrôle la situation...
J'ai cherché une nappe pendant deux semaines, une nappe toute simple jaune avec un liséré rouge, que je n'ai pas trouvé. Mais c'est pas grave ce n'est qu'un détail.
J'ai acheté des poivrons verts qui ont des reflets blanchâtres et des poivrons rouges qui ont vécu de drôles d'aventures qui les ont rendus gigantesques et boursouflés. Mais c'est pas grave ce n'est qu'un détail.
J'ai acheté du vin blanc, du rosé mais pas de rouge... J'aurais peut-être dû... Mais c'est pas grave ce n'est qu'un détail.
Il me reste encore un millier de détails de ce genre à régler : acheter encore des bricoles, récurer ma maison sans oublier les aérations à faire briller, ...
Je suis coincée au boulot alors que je n'ai qu'une envie c'est d'être à demain.
Ricochets